‹ Struensée, drame en cinq actesChapitre 11 sur 16 · L.\ KEINK · texte numérisé non relu

L.\ KEINK

Calme-toi, mon enfant ; au milieu du tumulte De la place publique, on peut craindre une insulte Mais ici, n'as-tu pas assez de défenseurs? On ferait une armée avec tous tes danseurs.

KMMY.

Le bal sera bientôt désert; on se retire.

Et parmi cent propos je viens d'entendre dire

Qif.'i cli'inin^ (^oin (li^ l'ue on t)!;i(iue des canons.

LA. REINR.

A part.

Déjà!

Haut.

Ce n'est pas nous, Emray, qui gouvernons. Nous sommes à l'abri de toute violence.

EMMY

C'est à lui qu'on en veut? au ministre?

LA. REINB.

Silence! Sois prudente. Personne encor n'en est instruit, Mais c'est lui qui doit être arrêté cette nuit.

Arrêté! juste ciel! mais vous êtes la reine ;

Vous ne permettrez pas, madame, qu'on l'entraîne.

LA REINB.

Ses ennemis ont tort, et je plains son malheur; Mais mon autorité fléchit devant la leur ; Us ont trompé le roi, le roi faible et crédule, Qui cède aveuglément à quiconque l'adule. Et d'ailleurs, convient-il que je prête mon nom Aux débats irritants, au choc des partis? Non, Non; laissons accomplir leur tâche parles hommes Et n'allons pas mêler, naïves que nous sommes, Nos instincts, nos penchants à leur travail profond, Les fantômes qu'on rêve aux choses qui se font.

EMMY

Vous tenterez au moins de conjurer sa perte?

LA RKINK.

C'est tenter l'impossible. A quoi bon?

A part.

Calme, inerte, Lorsqu'il touche peut-être au moment du trépas

Je m'étais abusée, elle ne l'aime pas !

Haut.

Pourquoi l'arrête-t-on, puisqu'il n'est pas coupable? Il n'a fait aucun mal, il en est incapable ; Tout ce qu'on lui reproche est faux, je le soutiens.

L\ HKINK.

Sans doute, Emmy, sans doute ; à mes yeux comme aux tiens.

Mais se demande-t-on, quand l'eau couvre la berge,

Quel mal a fait la digue au flot qui la submerge?

Le comte a mis un frein à d'antiques abus ;

Aussi nos hobereaux, de préjugés imbus,

Font pleuvoir sur sa tète, au milieu des scandales,

Les pierres qu'il ari-ache à leurs tours féodales ;

C'est l'éternel combat d'hier contre demain,

Le duel du papier contre le parchemin.

Seul et sans arme, à mille assauts il est en hutte.

Etranger, né d'hier, en commençant la lutte.

Peut-être aurait-il dû moins présumer de lui

Et chercher à la cour un ferme et sûr appui ;

Peut-être eût-il trouvé quelque souche robuste,

Quelque chêne assez fort pour protéger l'arbuste,

Et se fût-il acquis un peuple soupçonneux

En s'attachant au sol par de solides nœuds.

KMMY.

Mais ce qu'il n'a point fait, ne peut-il plus le faire?

Sans cloute ; seulement, à toi je m'en réfère, Quelle femme oserait assez mettre en oubli Le nom qu'un long amas d'aïeux ont ennobli, Pour l'unir à celui d'un parvenu, d'un homme Sans naissance?

Parmi celles que l'on renomme, Quelle femme oserait se prétendre au niveau Du faîte qu'a gravi seul cet homme nouveau?

Ton estime pour lui, mon Dieu, je la pai'tage ; Mais peut-être qu'au rang tu tiendrais davantage, S'il fallait que de toi son salut dépendît.

KMMY.

Non! je ferais, madame, ainsi que je l'ai dit.

LA REINE

A moins que ton tuteur, entiché de noblesse, N'usât de son pouvoir pour forcer ta faiblesse A maintenir un nom fameux depuis mille ans Et ne vînt tempérer tes généreux élans.

EMMY

Mon cœur n'est pas soumis aux ordres qu'il intime.

LA REINE

L'intérêt que t'inspire une noble victime Serait assez puissant pour te faire braver?...

EMMY

Je braverais le monde entier pour le sauver. LA KEINK, la baisant au front.

Chère enfant ! combien j'aime à voir ta grandeur d'àme ! Silence 1 le voici.

KMMY.

Je rentre au bal. madame.

(KUe sort vivement.) eXaUEJVSKE entre.

LA REINE

Comte...

Soyez tranquille; une longue torpeur

LK REINE

Ah ! ce n'est plus pour lui, c'est pour vous que j'ai peur.

Pour moi ?

LA REI.VE

Vous devez être arrêté ce soir même.

J'entends. Rant;'.au vous a conté son stratagème.

LA REINE

Rantzau, soyez-eu sûr, m'a dit la vérité. J'ai souci comme vous de votre dignité,

Comte; ne fuyez pas, quand il vous le conseille, J'y consens; mais au moins ne fermez pas l'oreille. Mieux vaut trembler à tort qu'être pris en défaut.

Madame

LA. REINB.

A grands devoirs, grandes vertus. Il faut. Ecoutez-moi ; vos jours, vous me l'avez dit, comte, M'appartiennent; je puis en disposer; j'y compte. Pour la seconde fois j'ose vous en prier. Il faut

Parlez, madame.

LA. RKINK.

Il faut vous marier.

Quoi! c'est ainsi qu'au mal vous voulez que j'obvie ? Vous m'arrachez le cœur pour épargner ma vie ! Au lieu d'être indulgente ou cruelle à demi, Que ne me traitez-vous, madame, en ennemi? De mes persécuteurs que n'ètes-vous l'émule ! Eux du moins finiront mes tourments sans scrupule ; Eux du moins n'auront pas la barbare pitié De ne me laisser vivre ou mourir qu'à moitié.

LA REINE

Comte, souvenez-vous du pacte qui vous lie.

Pnis-je m'en souvenir, madame, si j'oublie Comment, dans quel moment, ce pacte se conclut ?

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