‹ Struensée, drame en cinq actesChapitre 9 sur 16 · L.V REINK · texte numérisé non relu

L.V REINK

Il faut que la nature aide le raédecia, Sire.

LE ROI

Et pour accomplir un sinistre dessein, Quand celui-ci, malgré le vœu de la nature, Eternise le mal, prolonge la torture Et l'augmente à plaisir

LA REINE

Sire, vous blasphémez !

Pardon, Sire ; il a soin de vous, et vous l'aimez.

LE ROI

Est-ce à vous qu'il convient de prendre sa défense?

Est-ce à vous qu'il convient de lui faire une offense?

Sire, vous savez bien que votre guérison

Est son plus cher désir, son plus haut horizon.

LE ROI

Non, non ; l'on se disait : Le roi chétif et mièvre Est là-bas dans sa chambre, il grelotte la fièvre ; Qu'importe? imaginons quelque plaisir nouveau. Mascarades, concerts et courses en traîneau ; Quelle existence douce et splendide et charmante ! Le roi souffre, le roi gémit et se lamente,

11 pourrait nous troubler; enfermons-le tout seul Dans son palais muet, triste comme un linceul. Mais, si bien que l'on ait fermé porte et fenêtre, Voilà qu'en mon cachot une lueur pénètre, fit que le prisonnier secouant ses barreaux. Se dresse devant vous pour punir ses bourreaux.

LA KEIXK.

Oh ! sire, revenez de ce délire extrême ; Vousêtesjuste et bon, quand vous êtes vous-même; Un tel amas d'horreurs ne peut pas être issu De votre jugement, et dans ce noir tissu De monstruosités, de crime et de folie. Je reconnais l'esprit de la reine Julie.

LK KOI.

Ma mère ! gardez-vous de la calomnier

Et songez bien plutôt à vous justifier.

Du sein de mes sujets, des voix, des voix amies

Jusqu'à mon trône ont fait monter vos infamies.

Lisez cet écrit.

LA KKINK.

Dieu!

LR KOI.

Lisez.

LA REINE

Mes ennemis Vous avaient devancé, sire ; ils me l'ont transmi.s, Je le connais.

LK KOI.

Eh bien?

LA KEINK.

Sire !

LB KOI.

L'on vous ilénonce ; Justifiez-vous donc, j'attends votre réponse.

LA RKINK.

J'ai fait à ces noirceurs l'accueil qui leur est dû.

LE ROI

Répondez.

LA KKINK.

Mon mépris a déjà répondu. Sire, écartez-vous, chassez un mauvais ^onjje; Je ne souillerais pas mes lèvres d'un mensonge, Je ne chargerais pas mon àme d'un remords, Eussé-je à me sauver de mille et mille morts. Ne me croirez-vous point, sire, lorsque j'atteste Sur ma vie en ce monde et sur ma part céleste Que mon cœur est resté pur, fidèle et loyal, Comme à l'heure ou j'entrai dans le lit nuptial?

LK KOI.

Non. non !

LA RKINK, après un moment de silence.

La vérité qui parle par ma bouche Doit avoir un accent qui persuade er touche ; Ou, si ma voix ne peut la proclamer, bien mieux. Lisez-la sur mon front, lisez-la dans mes yeux. Jri j'avais f«it le mal, aurais-je assez d'audace, Sire, pour vous parler, vous r. garder en face,

Et, dès les premiers mots de reproche entre nous,

Ne me serais-je pas jetée à vos genoux?

Eh bien ! ce qu'aurait fait la femme repentante,

L'épouse dévouée en ce moment le tente,

Non pour vous supplier dans son propre intérêt,

Sire ; s'il s'ajîissait d'elle, elle se tairait ;

Mais pour vous conjurer, à vos pieds qu'elle embrasse.

D'être clément et bon envers vous-même ; grâce,

Au nom du ciel, et grâce en votre propre nom ;

Sire, me croyez-vous?

LK ROI, uu moment ébranlé, après un violent combat intérieur. Non, non, mille fois non !

Vous me trom;jez!

LA REINK.

Alors, je n'ai plus rien à dire, Sinon que je vous plains; adieu, je me retire.

LK ROI

Vous ne sortirez pas, quand je vous le défends.

LA REINE

Sire, je vai3 prier auprès de nos enfants

Et veiller au seul bien qui désormais soit nôtre.

No» enfants? nos enfants? je n'ai qu'un enfant. L'autre. L'autre n'est rien poui- moi.

LA RlilNE.

Mes deux chers innocents!

Quand vous aurez replis empire sur vos sens.

"Vous vous repentirez de cette insulte araère Dont la femme rou^t, dont s'indigne la mère. Pour la dernière fois, adieu.

LE ROI

Restez.

LA KKINK.

Pourquoi?

LE ROL

Parce que je le veux, parce que je suis roi. Parce qu'à l'avenir je le serai sans cesse.

LA RKINK.

Sire, avant d'être reine ici, j'étais princesse. Princesse d'Angleterre, et j'ai, dans mon pays, Appris à commander mieux que je n'obéis.

LE ROI

Eh bien ! madame ! eh bien, l'on s'instruit à tout âge; Je ferai pour vous plus que votre parentage Et, si peu de penchant au bien que vous ayez. Je vous enseignerai vos devoirs.

LA KKINK.

Essayez !

LE ROI

Madame !

LA REINE

Faites place à la reine.

LE ROI

Madame !

LA REINE

Vous venez de poi-ter la main sur une femme ; Mais prenez garde au frère en outrageant la sœur.

Ah ! que n'est-il ici, ton noble défenseur. Pour t'entendre avouer ton forfait exécrable.

LA REINE

Ah !... vous me faites mal.

LE ROI

A genoux.

STRUE^SKK survenant tout à coup.

Misérable !

LE ROI

Toi ! c'est toi qu'attendait mon courroux frémissant !

Tu te livres à moi, tu m'apportes ton sang.

Je t'ai fait gentilhomme ; allons, prends ton épée,

Et mérite aujourd'hui ta noblesse usurpée.

En garde !

STKUKNSEE. (Il tire vivement son épée et la rejette ensuite loin de lui.)

Je suis prêt.

LE ROI

Ah ! traître et fanfaron !

STRUE.NSEE immobile, les bras croisés, et le regard fixe sur le roi. Frappez.

LE ROI

Je te tuerai comme on tue un larron.

La mort est bien plus près de vous que de moi, sire. Ne la sentez-vous pas venir?

LE KOI, laissant tomber son épée.

Que veux-tu dire?

LA REINE

Son front pâlit.

LE ROI

Démon, tu crois me faire peur ?

D'où vient que sur mes yeux s'étend une vapeur? Ce n'est rien... un moment de faiblesse... prends garde, Je me vengerai, va ! je... Comme il me regarde ! Laisse-moi ! ton regard brûle comme un charbon. Je te pardonnerai... grâce 1... je serai bon... Grâce !

C'est la mort !

8TRUENSER.

Non, madame; c'est un spasme.

En ne combattant point les progrès du marasme, On rendrait au néant ce corps faible et perclus ; Dans une heure peut-être il n'existerait plus.

LA REINE

Sauvez -le !

STRUKNSÉK.

Mais s'il vit, la lutte recommence.

Pourrais-je conjurer ou calmer sa démence,

Vous préserver toujours de quelqu'affront nouveau? Ah ! le vertige danse autour de mon cerveau !

LA REINE

Par votre art souverain qu'un prodige s'opère ; Après avoir sauvé l'enfant, sauvez le père. Et tout ce que mon cœur contient d'affection S'épanchera sur vous en bénédiction.

Ecoutez la pitié dont votre âme est remplie ; Voyez ! c'est à genoux que je vous en supplie.

STKOENSÉB.

C'en est trop ! devant moi vous abaisser ainsi ! Levez-vous ! levez-vous, reine. — Il vivra.

Merci.

Page 1