‹ Struensée; drameChapitre 4 sur 91 · PROLOGUE · texte numérisé non relu

PROLOGUE

STRL'ENSIlE.

Ah! ce n'est pas juste!... Oh! pardon ! le cri m'échappe!

Le coup fait tant de mal, du père, quand il frappe!

Ce dont vous m'accusez avec cette rigueur,

Père, vous me l'avez vous-même mis au cœur.

Vous aviez pour ami, dans vos jeunes années,

Le ministre qui tient en main les destinées

Du Danemark, — le roi, malade condamné

Par ses vices, n'étant qu'un spectre couronné.

Le comte de Hantzau vous écrivait naguère :

« Viens donc me retrouver ici, je veux t'y faire

Une place très haut malgré les envieux, »

Et vous lui répondiez toujours : .le suis trop vieux.

Est-ce vrai?

C'est vi'ai.

STRUEXSlîi;.

Lui pourtant, sans qu'il se lasse, Insistait : « Que ton fils, en ce cas, te remplace. Tu me dis qu'il est plein d'ardeur et plein de foi. Savant, bon médecin déjii. Donne-le-moi.

Car je me sens vieillir il sied qu'on se connaisse Et veux avoir autour de moi de la jeunesse. » Alors vous m'avez dit, père : Vois à ton tour.

ADAM

3Iais...

STUUENSÉE.

Me Tavez-vous dit?

ADAM

Je croyais que la cour Et l'intrigue n'allaient guère te faire envie ! Tu reviendras lassé, brisé, de cette vie!

CIiniSTEL.

Lui, mon oncle, il est jeune et de force à lutter.

STRUENSÉK.

Oui, laissez-moi, de grâce, aller, chercher, tenter î L'action ! l'action I Vous m'avez mis dans l'âme L'étincelle, mon père, et l'étincelle est flamme Et m'embrase, et je cède à ce je ne sais quoi D'emporté que je sens en moi plus fort que moi.

ADAM

Vanité! Tu confonds la sève avec l'écorce. Et lu prends ton orgueil, mon fils, pour de la force.. Te voilà fier d'un rêve! et d'un rêve avorté D'avance !

CHRISTEL

Je suis, moi, fière de sa fierté!

STHUENSÉE.

Le rêve que je fais, vous croyez le connaître?...

ADAM

Eh! c'est d'être puissant! d'être chef! d'être maître!

Non, mon père ; le grand rêve dont je suis fier N'est pas à moi seul; c'est ce qui flotte dans l'air, C'est le souffle nouveau, le souffle d'espérance, D'amour, de liberté, qui nous vient de la France. Ah ! mon père, ils sont là tout un groupe éclatant. Les philosophes, tous écrivant, combattant. Et sur leur siècle, à qui l'avenir se révèle, Semant les vérités de la bonne nouvelle. L'Europe les admire; ils sont comme des rois; Voltaire...

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