PROLOGUE
Est-ce à Voltaire, ô naïf, que ta crois? Le roi Voltaire, ami d'un roi d'une autre étofi'e, Habite en ce moment chez ce roi philosophe. Voltaire est à Potsdam! 0 spectacle enivrant! Le grand Voltaire auprès de Frédéric le Grand ! i^uels bienfaits inou'is sur tous tant que nous sommes Va répandre l'accord fécond des deux grands hommes 1 Ah bah ! l'un n'a qu'un but, mettre en feu l'univers, Et l'autre qu'un emploi, lui corriger ses vers; Frédéric le Grand biffe un peuple d'un paraphe, Le grand Voltaire épluche au roi son orthographe !
STRUEXSIÎE.
Mais que Voltaire un jour s'échappe frémissant,
Et, libre, il redevient aussitôt lout-puissant.
Avec sa forte armée, avec son vaste empire,
Que ferait Frédéric, s'il se mettait à rire ?
— Au surplus, que l'homme ait ou non démérité,
Je laisse son erreur, je suis sa vérité.
Le droit, qu'en attendant qu'on le lise ou épôie,
La grande humanité, voilà ce qui m'appelle!
Voilà (trouvez encor l'orgueil démesuré!)
Ce que je veux servir, ce que je servirai!
L'humanité! ^lon fils, sans phrase et sans grand geste, Je l'aime comme toi, mais d'un cœur plus modeste. Seulement, pourquoi donc l'aller chercher si loin? Elle est partout. Elle est aussi dans l'humble coin De notre bourg, famille entourant ma famille, Où j'aurais marié mon fils avec ma fille. ■C'est là que tu pouvais servir l'humanité. Et bien mieux : le bonheur conseille la bonté.
Le jour, tout aux souffrants, tu rassures qui tremble^
Tu panses, tu guéris. Le soir, on est ensemble.
Et qui t'empêche alors d'écrire, si tu veux,
D'exprimer, pour le peuple et l'avenir, tes vœux.
Tes requêtes, tes plans? de dire ta pensée?
Ta femme suit des yeux la page commencée^
Tu la lui lis, et, dis, quel orgueil est le tien
Quand elle bat des mains et crie : oh ! que c'est bien !
Je suis présent aussi; je vous vois, je t'écoute;
Et, pour moi, vieux, qui touche au terme de ma route,.
Oh! Dieu bon! quelle joie, au bord du grand sommeil,
D'entendre quelque doux enfant au front vermeil.
Qui va dormir aussi, de sa voix tendre et chère,
Les yeux déjà tout gros, dire : bonsoir, grand-père !
Ail! vous m'accablez! ah ! pourquoi me faire voir Le seuil du paradis sur le seuil du devoir?
Al» A M, iiioiilr.iiu Clirislcl.
Ton premier devoir est envers cette âme tendre.
CHRISTEL
11 en a d'autres. 3[oi, je peux, je dois attendre.
ADAM, surpris.
Comment ! tu le soutiens !
CHRISTEL
Certe il eût été doux.
Père, que jamais Jean ne s'éloignât de nous. Mais quand, sous votre toit béni, d'un cœur tranquille. Nous avions arrangé tous les trois notre idylle. Songions-nous qu'au dehors, accablés et plies. Peinaient et gémissaient des êtres par milliers?