PROLOGUE
On connaissait si mal leur angoisse mortelle,
La longue iniquité sur leur foule était telle,
Ils étaient tellement faits à leur joug affreux,
Qu'eux-mêmes volontiers s'ignoraient malheureux,
Et que, pour eux, leurs maux, servitude, torture,
Misère et désespoir, étaient dans la nature.
Mais un jour, — quel réveil! — dans ses livres proscrils,
Voltaire par l'Europe a jeté ses grands cris :
— Vous, opprimés, pareils à des bêles de sommes,
Debout ! rappelez-vous que vous êtes des hommes !
Et vous, dans un bien-être égoïste engourdis.
Voyez donc comme on souffre ! on soutire, je vous dis ! —
Ils nous ont émus tous, ces appels magnanimes.
Père, et vous avez plaint avec nous les victimes :
Serfs du Jura, Calas. Labarre, des héros
Dont on fait des forçats, et, livrés aux bourreaux.
Des vieillards sous le fouet, des enfants sur la roue.
Les pères dans le sang, les filles dans la boue.
Les Immbles proie aux forts, les bons ])roie iiux mau\ais!
Nous pleurions. Jean m'a dit : Ne pleure pas ! j'y vais !
Il y va. — Pourriez-vous, pour vous et pour les vôtres,
Être heureux, en étant malheureux pour les autres?
Je vous connais : joyeux, mais ayant sous les yeux
La douleur, vous seriez triste d'être joyeux.
ADAM, ébranle.
Je répète qu'il peut, à son tour, par le livre. Secourir les souffrants. Le verbe aussi délivre !
(.IIUISTEL.
Non, sa force à lui, c'est d'agir. C'est de lutter. De dominer de haut les esprits, d'emporter Les cœurs par sa parole enflammée ou railleuse... Il tient cela de vous, cher oncle.
« STRUENSKE.
AUAM, la mciinraiU <lu diii-l.
Ah ! l'enjôleuse!
CHRIST KL
Donc, pour notre rançon comme pour ton lionneur, Jean, tu dois partir; va gagner notre Lonlieur, Et, plus fort des douleurs à ton bras appuyées, Rapporte-moi ma dot de larmes essuyées!
STRUENSKE.
Ma force? ah ! ce sera, dans mon isolement. De sentir ton regard me suivre doucement.
CHRISTEL
Oui, que mon souvenir te garde et te soutienne ! Prends avec toi mon àme et l'ajoute à la tienne! Doux et fort, tendre au faillie, implacable au méchant, Va, marche, mon aimé, marche! et sème en marchant L'action et l'idée aussi grandes que bonnes, A mesure enrichi de tout ce que tu donnes !
STRUEXSÉE.
('.hère Christel !
ADAM
Cœur d'ange!
Konirc le jpuno paysan.