ACTE V, SCENE III. J-Jl
LA REINE
Tu l'as dit! tu l'as dit! et j"en palpite encore!
— Mais laissons le passé! Tournons-nous vers l'aurore,
Arai, vers l'espérance. Eh! ce rêve charmant
N'est pas une fin; c'est un recommencement.
STRUEXSÉE.
Sans doute...
LA REINE
II continue, il persiste, aussi tendre.
L'orage dissipé, nous allons le reprendre, Après le dévoùment si vaillamment offert Plus libre, et plus heureux après avoir souffert!
STR CENSÉE, seco;i:iiit la tùtc.
IMus heureux"?., plus heureux?..
LA REINE
Oui, cela me regarde.
Tu verras. C'est mon tour ! c'est mon tour ! Il me tarde De te montrer aussi comme je suis ii toi De toute ma puissance aimante, ù mon vrai roi !
s T R V E N s E E, qui veut l'interrompre.
Va! je connais ton cœur...
LA REINE
Pas tout entier peut-être.
Et c'est toi cependant cjui me l'as fait connaître A moi-même; c'est toi, maître, qui, jour par jour, L"as fait plus grand, afin qu'il contînt plus d'amour! Ah ! quand tu l'as ainsi pènélré de ta flamme, Comment ne pas t'aimer, cher auteur de mon âme, Ne pas t'adorer, toi par qui le jour m'a lui, Aujourd'hui plus qu'hier, demain plus qu'aujourd'hui?
STRl'ENSKE.
Oh! c'est trop!..
LA REIXE.
Ce n'est pas assez ! — Mais le doux rêve Nous garde encor des mois, des ans, sans qu'il s'achève ! Et nous avons le temps.
Tais-toi, par grâce !
LA REINE
Eh! quoi!
Moi, je te disais : Parle! et tu me dis : Tais-toi!
Posant la ti5tc sur son épanlo.
Quand sur ton cœur, ma main dans ta main, je me presse, Elle n'est pourtant pas terrible, la caresse ! N'es-tu pas heureux, dis?
STRUENSEE, avec un rire d'angoisse.
Oui, presque trop heureux!
Oui, c'est si doux... que c'en est presque douloureux! — Oh! laisse!...
LA REINE, liant.
Dans l'extase où notre amour se noie, Voyez-vous le poltron! Il a peur de sa joie !
STRUENSEE, brusquement.
Non, ce n'est pas cela, mais il faut se quitter!
LA REINE
Oli! déjà!
Le jour naît, le soleil va monter.