RBVERDIL A MADAME REVERML, SA MÈRE , A NI ON
Copenhague, Î9 juin 1765.
Il s'en faut bien, ma très chère mère, que je sois riche et en crédit. Ce que j'ai par delà les fonds que vous m'avez con-
fiés se réduit à fort peu de chose, et, pour le crédit, je n'ai guère été à portée de ressayer au delà de trois cents écus. C'est une somme modique, pour la confier à une personne qui n'a pas de dettes, et qui a plus que cela en mobilier, et presque autant à prétendre à chaque instant en pensions échues; car, en cas même de mécontentement ou de mort, on achèverait le semestre commencé.
Cette pitance augmentera encore dans peu, si le gouverneur du prince royal ne m'a point repu d'eau bénite. Et pourquoi le ferait-il? En premier lieu, il m'a fait l'offre spontanément, et secondement, comme il est en même temps ministre des finances, il aurait mauvaise grâce à dire qu'il n'a pas pu.
Je vous dis tout cela, ma très chère mère, pour vous faire comprendre que plus je suis sensible à l'offre que vous me faites d'une année ou environ d'intérêts, moins je dois l'accepter.
- Mes circonstances me mettent, Dieu soit loué, au-dessus du besoin. J'ai plus de rentes que tout le reste de la famille ensemble. Il est vrai que je suis dans un pays où tout se vend au poids de l'or.
Il est vrai encore que mes dépenses ne sont pas toutes de mon choix, mais enfin j'ai de reste : pourquoi anticiperais-je sur un partage que mes vœux les plus ardents sont de ne jamais exécuter ?