LE PRINCE CHARLES DE HESSE A REVERDIL
Hanau, le 24 novembre 1767.
Monsieur, N'ayant répondu que par un post-scriptum, et dans la plus grande hâte, à votre dernière chère lettre, je n'ai pu toucher à certains articles qui, à ce que vous me dites, mettraient le sceau à notre raccommodement (par parenthèse, il faut que je vous dise, que je n'ai jamais été brouillé le moins du monde avec vous, et que tout mon procédé devrait vous prouver combien j'attache de prix à votre amitié, puisque, dès que j'appris quelque chose qui pouvait me faire craindre de l'avoir perdue, dès ce moment j'ai tâché de rentrer en explication avec vous, et, si jamais vous entendez quelque chose de moi, agissez de même et marquez-le-moi, et je vous en aurai la plus grande obligation). Le premier article est touchant ma mère. Elle a lu votre lettre et vous remercie de ce que vous
m'avez dit, mes fautes et mes défauts, ce qui vous montre d'autant plus mon véritable ami à ses yeux.
Le second article est pour ma femme. Elle vous remercie bien des fois de votre souvenir, et de la part que vous prenez à son heureuse délivrance, et me charge de vous faire ses compliments en y ajoutant beaucoup de belles choses.
Le troisième article regarde son laquais Petersen. Je serai charmé de trouver une occasion qui quoique bien faible serait à même de vous faire plaisir aussi bien qu'à Madame deGabell. Je viens , pour cet effet , d'envoyer la supplique de Petersen aujourd'hui au lieutenant-colonel Wegener, à qui je le recommande de mon mieux. Il aura l'honneur devons en parler plus au long.
Voilà donc la paix signée et ratifiée à jamais.
Un article cependant, que j'y ajoute, c'est que votre correspondance aille plus vivement que jusqu'ici, que toutes les semaines ou au moins tous les quinze jours nous nous écrivions. Vous me direz ce qu'il vous plaira et ce que vous pourrez me dire des circonstances copenhagoises, et surtout vous me marquerez si jamais quelqu'un voulait fomenter quelque brouillerie entre nous.
Je viens d'écrire aujourd'hui au roi pour le remercier de sa lettre et de ses patentes. Mon frère cadet m'a raconté un compliment de Sa Majesté, avec une nouvelle qui regarderait plus le premier chirurgien de la couronne , que moi , son très humble serviteur en toutes autres choses qu'en médecine. J'y ai dû répondre, car Fritz m'a dit que je ne pouvais m'empêcherd'en faire quelque mention.
En cas qu'on vous en parle dans un mauvais sens, justifiezmoi et marquez-moi outre cela comment je dois dans la suite écrire au roi. Fritz m'a assuré que mes lettres avaient été trouvées trop steiff^ j'attends votre ré;:onse.
Adieu , mon cher ami ; soyez bien sûr de ma constante et sincère amitié.
' Roides.