MADAME DE STAEL-HOLSTEIN A REVERDIL, A NION
Coppet, 13 novembre ISO'i.
Voulez-vous remettre ce billet à M. Mestrezat après avoir lu ce qu'il contient? Me permettez-vous de vous demander de donner, en diverses fois, cet hiver jusqu'à la concurrence de trois louis à M. Tissot le père, dont je vous rembourserai à mon retour ? Voulez -vous aussi leur mettre dans la tète qu'il est très heureux pour leur fils d'être placé là ' ? Il peut, s'il se
• La mère de l'éditeur.
'■î Un emploi à Genève dans les droits réunis.
conduit bien, passer de là dans d'autres emplois. Je ne vous verrai donc pas avant de partir !
En revenant d'Italie le 14 juin je serai à votre porte. Dcmanrlez à Dieu qu'il bénisse mon voyage; ah! c'est à lui que les orphelins s'adressent. Je suis pleine de tristesse, plaignezmoi tous les deux et recevez mes plus tendres amitiés.
MADAME BE STAEL-HOLSTEIN A REVERDIL, A XlG.N'.
Genève, le 21 novembre 1804.
Me pardonnez-vous de ne vous avoir pas répondu plus tôt ? Il me semble que les nouvelles m'ont absorbée tout entière \ J'aurais voulu en parler avec vous; mais écrire ce n'est rien. Si vous savez quelque chose cependant, dites-le-moi. J'approuve toutes vos idées sur les lettres' ; je vous prie de faire copier celles qui paraîtront les plus dignes d'intérêt, des vivants comme des morts : nous choisirons après. Je serais aussi d'avis de mettre les lettres de compliments, et je vous dirai pourquoi. Je ferai une fois une vie politique de mon père, et je mettrai ce recueil de lettres comme un volume de notes, et j'aimerais qu'il donnât l'idée de l'enthousiasme qu'il a excité. A ce que je devrai pour ces copies, voulez-vous ajouter deux louis que je vous prie de donner à M. Tissot? J'aime ce petit rapport de bienfaisance qui passe par vous, qui êtes si bon et qui supportez les peines de la vie par l'élévation de l'esprit et de l'âme; moi qui ai peut-être un peu de cette élévation, je ne sais point en faire de la force, et je tombe souvent sous le poids des regrets du cœur et des chaînes de la
1 C'est vers ceUe époque que Napoléon fut couronné empereur. * Les lettres manuscrites laissées par son père et sa mère.
pensée. Adieu : parlez de moi à votre intéressante compngne, et faites mes compliments au général Frossard. Savez-vous des nouvelles de Madame de Bonstetten?