‹ Struensée et la cour de Copenhague, 1760-1772Chapitre 5 sur 42 · NOMIE RURALE. ORGIES. VOYAGES · texte numérisé non relu

NOMIE RURALE. ORGIES. VOYAGES

Le jour même de mon départ, M. de Saint-Germain reçut du roi ce billet, dont le ministre m'envoya copie :

« Mon cher maréchal, diverses raisons m'obligent à vous dispenser des soins et des peines que vous causent les affaires du directoire. Vous auriez tort de regarder ceci comme une disgrâce : je désire que vous soyez persuadé de la confiance avec laquelle je vous remettrais une armée s'il s'agissait de la conduire contre l'ennemi. Sur ce, etc. — 22 novembre 1767. »

Dans sa lettre, M. de Saint-Germain cherchait à me persuader que notre cause était commune. Cela n'était point et ne pouvait être. Il s'était attiré une foule d'ennemis dans son département par ses réformes et par la confusion où il avait mis les affaires militaires, et peut-être plus encore en agissant tantôt avec une

dureté impitoyable, tantôt avec une faiblesse qui démentait ses principes. Hors de son département, il avait desservi les autres ministres auprès du roi et traversé leurs opérations, soit par les collisions inévitables entre les mobiles du gouvernement, soit par des empiétements formels.

« Je vous ai suivi de près, me disait-il, comme vous le verrez par la copie ci-jointe. Il vaut mieux être mis de côté que de perdre la vertu et ne pas faire le devoir d'honnête homme. Les crimes qu'on nous reproche sont des babioles que l'on présente pour amuser les femmes, les enfants et les aveugles; mais nos véritables crimes sont d'avoir voulu rendre le roi maître et puissant ; d'avoir voulu lui former une armée convenable et réelle ; d'avoir demandé des nationaux pour cette armée; d'avoir voulu procurer la liberté aux paysans, faire valoir l'autorité royale et la tirer de l'esclavage ; d'avoir conseillé au roi de sentir sa dignité, de ne pas la laisser avilir et de ne pas se laisser mettre sous les pieds d'une puissance étrangère... enfin de n'avoir pas plié aveuglément sous les caprices de bien des gens. Les Russes ont construit leurs batteries avec tous ces matériaux : comme la place était faible, elle s'est bientôt rendue. Je voudrais bien vous imiter en tout, et j'y travaille*. Une faut plus bâtir sur le sable. »

* C'est-à-dire à se procurer un capital au lieu de sa pension.

Il avait donc commis le péché irrémissible : il avait parlé contre la négociation et contre les ministres qui la dirigeaient (de Saldern pour le Holstein et Philosophof pour la couronne de Russie). Le despotisme de ces deux étrangers était véritablement révoltant, mais moi je n'avais eu garde de parler contre eux ni contre leur traité. Je le regardais comme le salut du Danemark. Je croyais, et je disais au roi que si jamais il avait la guerre avec la Russie, ce serait la fable du pot de terre et du pot de fer ; qu'un Etat aussi faible que le sien pouvait bien acheter par quelques complaisances passagères une paix constante avec une puissance trop redoutable pour lui. On touchait au terme, le traité était signé par les plénipotentiaires. Il y était stipulé que l'impératrice emploierait ses bons offices pour le faire ratifier par son fils lorsqu'il serait majeur, et l'on avait lieu d'espérer que cette époque serait avancée par une dispense d'âge. On attendait à chaque moment la signature de Pétersbourg; les ennemis du traité étaient réduits à dire qu'elle était trop différée, et qu'enfin, lors même que l'impératrice signerait, le grand-duc ne ratifierait jamais un traité par lequel on le dépouillait de l'héritage de ses pères. Les ministres et les courtisans danois avaient usé souvent de ce traité contre leurs adversaires; lorsqu'ils se sentaient trop faibles, ils appelaient les deux Russes à leur secours,

— lU —

StirtoiiC Saldern, qui, despotique et emporté par caractère, poussait aux procédés \iolents auxquels l'esprit du gouvernement ne se prêtait pas encore; mais ces intrigants furent punis de leur manège : lorsqu'une fois ils eurent livré le roi à Saldern, ce dernier le maîtrisa sans consulter ni leurs goûts ni leurs intérêts.

Quoique M. de Saint-Germain ne fut plus ministre, il avait la liberté d'aller à la cour; il en profita peu. H voyait du monde, montrait beaucoup d'humeur et ne ménageait pas ses propos. Par là il s'attira un second billet, où le roi lui disait que puisque jM. de Saint-Germain se déplaisait à la cour, il lui conseillait d'aller vivre ailleurs. M. de Bernstorff empêcha qu'on ne touchât à sa pension, mais il s'opposa aussi à ce qu'elle fût capitalisée. Le ministre estimait que cette demande était injurieuse pour le roi par la défiance qu'elle supposait. Il avait raison, et de son côté M. de Saint-Germain n'avait pas tort lorsqu'il se défiait de l'avenir.

Une lettre qu'un ami sûr m'écrivait le 29 novembre me confirma que les Russes avaient agi contre le maréchal. J'eus lieu de l'inférer d'une réponse un peu équivoque de M. de Bernstorff; enfin le comte de Saint- Germain me l'écrivit lui-môme. Laissant de côté d'autres témoignages qui n'ont aucun intérêt, je crois faire plaisir aux lecteurs en mettant sous leurs veux, dans ces

trois lettres, le simple récit, raveii tacite et détourné, enfin les détails de cette intrigue.

Fragment de la lellre d'un ami.

« Le mardi ayant votre départ, M. Pliilosophof demanda, dans l'audience cju'il eut du roi, votre éloignementet la destitution du feld-maréchal. Le roi accorda, quoique avec beaucoup de difficulté, la première demande, mais il refusa absolument la seconde. Cette tentative n'ayant réussi cpi'à demi, ]^L de Saldern luimême revint à la charge la veille de votre départ, et armé des ratifications éventuelles du traité de Holstein, qu'il avait reçues par le dernier courrier de Pétersbourg; il insista sur le second poini, auquel le roi fut enfin obligé de consentir. On assure que, sur le refus que le roi fit d'abord de céder, on lui fit entendre qu'on obtiendrait des lettres de l'impératrice pour l'y engager. »

Lellre de M. de Bernslor/f, du 28 novembre.

« Je me suis rappelé plus d'une fois le mol que je vous dis lorsqu'on eut formé contre moi la résolution qu'on a exécutée contre vous (qu'il m'aurait attendu à la première station). Si j'avais pu quelc|ue chose, cette décision aurait eu aussi peu d'effet que l'autre en a eu

jusqu'ici; mais on a pris tant de soin d'habiluer le roi il ne me parler de rien que des affaires qui me sont confiées, que j'en suis devenu inutile à mes amis. Je suis et serai toujours très touché de votre départ; je vous regretterai et pour le service du maître et pour le bien de mille honnêtes gens ; mais je me dirai quelquefois, pour ma consolation, que a ous auriez eu plus de chagrin que de satisfaction et de succès, et que vous trouverez autre part le bonheur que hion cœur vous souhaitait ici.

« Vous saurez déjà. Monsieur, que M. le maréchal a été remercié, c'est-à-dire dispensé du directoire, le même jour que vous êtes parti. Ces exemples doivent être des leçons pour ceux qui restent, et nous serions les moins excusables des hommes si nous oubliions un moment l'instabihté des choses humaines dont on nous donne de si fréquentes preuves.

« J'ai vu dimanche M. de Brandi et j'ai été très content de ce qu'il m'a dit. L'amitié qu'il montre pour vous me fait oublier entièrement les sentiments contraires qu'il a eus à mon égard.

« 31. Hoier est arrivé et m'a remis la lettre que vous iwez bien voulu m' écrire de Kebshuus. Si j'étais bon à quelque chose, il en sentirait les effets; mais comme vous me dites que je puis écrire en sûreté par son moyeu, je vais au moins profiter de lui, s'il ne peut

profiter de moi, et répondre sans délai et avec sincérité à la question que vous me faites.

K L'impératrice de Russie n'a marqué aucune maumaise volonté contre vous, et ses ministres m'avaient donné leur parole positive de ne faire aucune insinuation qui vous fût contraire. J'avais demandé et obtenu la môme promesse de M. de Scliimmelmann, et je sais qu'elle a été observée par lui. Ainsi donc, ceux qui vous disent que vous auriez eu ces ennemis à craindre, s'ils n'avaient été prévenus par d'autres, se trompent fort. Il y avait été pourvu.

« Je vous ai annoncé à Hanau. J'imagine que cette lettre vous trouvera à Hambourg. Continuez-moi votre souvenir, vos bontés et votre amitié, elles me seront toujours infiniment chères. Jamais je ne vous oublierai, comptez-y, je vous prie. Comptez que je serai toujours avec une estime toute particulière et les sentiments les plus tendres, etc. »

Fragment de la hllre du comte de Saint-Germain, datée de Hambourg, le 22 janvier 1768.

(Après avoir raconté ce qui s'était passé à son égard, depuis le billet apporté le 22 novembre par un aide de camp, jusqu'au second billet, apporté par un heiduque

le 4 docemi)re, cl par lequel il eut ordre de sortir (\u royaume, il ajoutait :)

« Les Russes et Schiramelmann sont les acteurs principaux qu'on a fait aa:ir contre vous et contre moi. La petite clique a aussi poussé à la roue. Rosencrautz [do la marine) était le rédacteur des projets, mais les ressorts actifs ont toujours été Bernstorff et Saldern. Il est vrai que Bernstorlï' ne voulait pas que l'on poussai les choses si loin ; sa faiblesse naturelle l'effrayait toujours au moment du dénouement. Votre honnêteté et votre candeur vous ont toujours fait la dupe de 3L de Bernstorff. J'ai tenté plusieurs fois de vous ouvrir les yeux, mais vous trouvant incurable, j'ai abandonné la chose, et c'est pour cela que vous m'avez vu, après le voyage de Holstein, me retirer de toute affaire et me restreindre au seul militaire, après avoir mis la commission en train. 3L de Bernstorff et les autres ministres ne souffrirent auprès du roi que des espions qui leur étaient assujettis et très dévoués, n'importe au reste quelles mœurs ils ont. Vous n'héliez pas leur fait. 3L de Bernstorff vous appelait son protecteur : le rôle de protégé était trop fâcheux. »

Posl-scriptum d'une lellre du même, sans date, et qui doit être de mai 1 768 :

« Vous savez ou vous saurez que la colère fait tout.

dire à Saldern, et qu'il est très aisé d'exciter en lui cette passion. Une personne qui a voulu voir le fond de son sac sur mon compte, l'a échauffé de telle façon et mis dans une telle fureur que, pour lui prouver que le roi ne pouvait pas me rappeler, il lui a montré une copie de la lettre que le roi a écrite à l'impératrice de Russie. Il dit dans cette lettre que, depuis la mort de feu son père, n'ayant rien tant à cœur que de mériter et cultiver son amitié, et s'unir étroitement avec elle, il avait résolu, pour lui donner des preuves de ces sentiments, de renvoyer de sa cour et de ne jamais rappeler vous et moi, bien distinctement, et un ou deux autres que je ne me rappelle pas (sans doute le comte de Rantzau), comme des sujets qui pouvaient lui être désagréables et capables d'altérer leur amitié, qu'il voulait rendre inaltérable, etc. Saldern a avoué d'avoir composé la lettre, que le roi n'a fait que copier et signer. Saldern n'a pas fait cela à l'insu du ministère, qu'en dites-vous ?... Le jeune Raaben, revenant de Pétersbourg, et fort irrité contre M. d'Assebourg (l'envoyé de Danemark), qui au reste est fort brouillé avec M. de Bernstorff, m'a dit que ledit d'Assebourg avait travaillé à Pétersbourg à notre commun renvoi, devons et de moi et de Daneskiold, et qu'il s'était vanté publiquement d'avoir réussi. Assebourg n'<i pas travaillé sans ordres; et de qui recevait-il ces ordres? Au reste,

Saldern a parlé ici horriblement du roi et du ministère, et de la cour de D Cela n'empêche pas qu'il y commande à la baguette. «

Cette dernière assertion n'était que trop vraie. Les ministres et les courtisans l'avaient employé contre les comtes de Daneskiold et de Saint-Germain. Le comte de Rantzau, autre ennemi de la négociation, eut ordre de se démettre du commandement de Norvège, et de se rendre dans le Holstein, sans passer par Copenhague. Un comte de Gœrtz, qui tenait au même parti, se trouvant absent par congé, fut dépouillé de son régiment et renvoyé du service, sans aucune espèce de compensation. Peu auparavant, on avait fait copier au roi une longue lettre, par laquelle il demandait à l'impératrice d'engager le roi de Prusse à retirer son ministre Borcke.

Tous les ennemis de la négociation étaient ainsi écartés ; le traité était revenu de Pétersbourg avec la signature de l'impératrice. Le conseil du roi y était nommé, avec emphase, comme une espèce de garantie et pour lui donner de la consistance. Tous les ministres avaient été récompensés par des patentes de comtes; Saldern, par le cordon bleu. L'affaire paraissait consommée, et n'avait plus besoin que d'une formalité à la majorité du grand-duc. Cependant les disgrâces, dictées par le despotique Saldern, continuaient. On m'écrivit, dans

ce temps-là, que le roi, lorsqu'il renvoyait même quelqu'un de mes ennemis, disait : u Je suis heureux que Reverdil ne soit plus ici, car il m'aurait bien grondé. »

Sperling eut ordre, le 5 février, à six heures du soir, départir le lendemain, à cinq heures du matin. Il fut au désespoir, quoique cette disgrâce fût adoucie, en ce qu'on l'envoyait gouverner un bailliage près de Sleswig. Le nouveau comte de Reventlou fut traité comme un jouet, dépouillé du département des finances et exclu du conseil, puis admis de nouveau, sans département. Madame de Plessen, grande-maîtresse chez la reine, fut aussi exilée, d'abord de la cour, puis elle reçut l'ordre de sortir de la ville dans la journée, et du royaume incessamment. Cet éclat fut précédé de scènes violentes dans l'appartement de la reine, au moment de ses couches, ce qui faillit lui coûter la vie. On a cru que, si la reine avait conservé Madame de Plessen, elle ne se serait pas livrée aux égarements qui furent la cause de ses malheurs.

Holck secondait en cela Saldern, pour placer auprès de la reine sa sœur, Madame de la Luhe, femme sensée, honnête et douce, mais qui fut sans autorité et sans crédit. La reine l'accepta, à condition qu'on renverrait Madame de Berckentin, parente et ennemie de Madame de Plessen, et gouvernante du nouveau-né.

Ainsi une disgrâce en entraînait une autre, et la scène changeait rapidement.

Le hasard a fait tomber dans mes mains deux passages de lettres de ce redoutable Saldern : je vais les produire, fâché seulement que l'énergie de l'original doive un peu se perdre dans la traduction. Ces lettres sont écrites en allemand ; l'une est du commencement de janvier 1768, l'autre de février ou mars. «Mon « grand tourment vient de la reine, elle a perdu en « Reventlou son bras droit ; elle a encore le gauche, « c'est la Plessen, méchante femme; mais je le lui « ôterai aussi, ce bras-là. Sperling était son espion pence sionné : c'est un vrai misérable. Encore, s'il avait « fait son métier dans quelque vue honnête! mais ce « n'est que jalousie contre le petit Holck, qui, i\ la véu rite, est aussi un misérable, mais meilleur au fond « que Sperling.... Quand le roi va chez la reine, elle « lui dit qu'il devrait avoir honte ; que toute la ville « dit qu'il se laisse gouverner par moi. Elle n'agit en « cela que par vengeance, parce que j'ai chassé sa prête neuse de puces. . . Le roi me dit tout cela ; je lui mon- « tre mon égide et nous rions ensemble... Entre nous, « Reventlou sera bientôt employé de nouveau, mais c( dans quelque place où il puisse être utile. Il a fallu « un peu l'humilier : sans cela, nous n'en serions pas « venus à bout. Il est propre à l'office de gouverneur

— liî:3 — « ou aux finances, comme un ane à jouer de l'orgue. »

Pour en finir snr ce personnage, que nous allons perdre de vue, il fut dans la suite plénipotentiaire en Pologne, où il se rendit également redoutable par son despotisme impérieux. Il continua dans ce pays-là, comme il l'avait fait toute sa vie, à recevoir de l'argent de toutes mains. Il fut ensuite mêlé dans une conspiration tramée par la grande-duchesse de Russie contre l'impératrice sa belle-mère. Celle-ci l'ayant découverte, ne voulut rien approfondir; elle se contenta de renvoyer Saldernde son service. Il est demeuré toutefois chevalier de l'Eléphant et propriétaire de deux belles terres dans cette même province de Holstein, où on l'avait vu greffier, accusé, a^ec preuves suffisantes, de péculal, de concussion et de faux. Ayant réussi à s'échapper de prison, il avait eu le crédit de se justifier auprès de Pierre III et de faire mettre aux fers ses accusateurs et ses juges. Enfin il était devenu ministre à Pétersbourg pour sa province. Soit conviction, soit désir de faire sa cour, il a donné la liberté à ses paysans, c'est-à-dire qu'il les a transformés de serfs en fermiers perpétuels.

En m'éloignant, le roi s'était promis d'avoir désormais à lui seul la gloire de faire cette opération en grand dans ses Etats; aussi affecta-t-il , pendant quelque temps, de s'en occuper sérieusement; mais comme il avait mal saisi tout cela, comme il n'était capable d'au-

— 12i — cune application, d'aucune étude, il fut aisé aux malintentionnés de travailler à contresens. Hoier m'écrivait le 15 décembre 1767 :

(' Hier la commission étant assemblée pour la seconde fois, le roi a fait dire de ne pas commencer avant cju'il ne vînt. Il arriva à onze heures et resta une heure et demie avec nous. Personne n'avait été prévenu , excepté peut-être votre successeur, le nouveau secrétaire du cabinet, Schumacker. Holck (frère aîné du favori), Stampe et Brunn lurent chacun un mémoire touchant la réduction des corvées, et l'on discourut ensuite sur la même matière. Le roi, assis ^ is-à-vis de moi, me fixa longtem})s des yeux et parut attendri. Ce qu'il y a de sûr, c'est que je l'étais. Le souvenir de ce qui s'était passé ci-devant, autant (jue ce qui se passait alors, me déchirait l'âme. J'aurais refusé dans ce moment une pension pour avoir le droit de parler. Rosencrantz et Stampe curent l'effronterie de dire que les paysans étaient plus heureux en Danemark qu'e» aucun pays de l'Europe, sans excepter même l'Angleterre, dont on parlait tant; que, dans tout le royaume, il y avait peut-être sept ou huit seigneurs de terres qui vexaient leurs vassaux; que nous étions tous esclaves du roi (ces messieurs méritaient bien d'être traités comme tels), et que tous ceux qui pensaient ou parlaient autrement ne connaissaient pas le pays.

Stanipe, sans doute pour faire montre d'érudition, cita le mot de Henri IV touchant la poule au pot, et ajouta que le roi était assez heureux pour que ses paysans fussent dès à présent dans cette aisance. Les trois autres messieurs se turent parce que cela leur plaisait ainsi, et moi en enrageant, parce que je n'étais que secrétaire. Après le départ du roi, ne pouvant plus contenir ma bile, je dis tout ce que je pensais à Brunn, sans l'épargner lui-même sur son silence adulateur. Il me répondit qu'il avait à faire la fortune de ses enfants. Les grandes âmes! Que n'étiez-vous là? etc. »

Rien ne prouve mieux combien le roi était peu considéré, puisque l'adulation consistait à le contredire, et chacun s'arrangeait déjà pour l'époque où l'on serait puni d'avoir été de son avis. La manière dont les courtisans s'y prirent pour renverser tout l'ouvrage mérite d'être connue. Ils dirent au roi et firent répéter à la cour que c'était trop peu d'une simple commission temporaire; que la protection de l'agriculture était une œuvre permanente, qu'il fallait en étendre l'objet et former un déparlement d'économie rurale. Gela était absurde, car l'économie rurale appartenait aux chancelleries comme matière de législation et au département des finances comme administration. Créer un nouveau conseil pour cet objet, c'était ajouter un rouage superflu à la machine du gouvernement, et par conséquent en

— li>0 — embarrasser les ressorts; mais ce qui était mauvais en principe allait parfaitement au but des inventeurs. On fit président de ce nouveau conseil le comte de Moltke, qui était depuis peu rentré au ministère. Il possédait des terres immenses, où les paysans étaient plus foulés que partout ailleurs, et il s'opposait ouvertement à toute réforme.

Sous prétexte de rendre ce conseil ou collège digne de son importante mission , on y lit entrer quatre ou cinq membres nouveaux, dont on connaissait les principes et la docilité. Le roi y parut une seconde fois, lorsqu'il lui eut donné cette forme imposante, et y porta un projet d'instructions rédigé en langue allemande par Saldern, à ce qu'on crut, ou par Schumacker, secrétaire du cabinet. Il accorda deux heures pour l'examiner, présenter les objections et proposer les changements que le conseil jugerait nécessaires avant qu'il reçût la sanction. Une seule chose manquait au projet : il n'y était fait aucune mention de l'objet pour lequel l'institution était fondée, savoir : de rendre aux paysans la liberté personnelle. Le nouveau conseil n'eut garde d'apercevoir cette lacune, et le roi reprit son papier, que sans doute il n'avait pas lu. Cepen* dànt il restait encore beaucoup de bien à faire si on l'avait voulu; mais ne rien faire en paraissant très x)ccupé, était le grand but du chef, et il n'y réussit que

— 1^27 — trop bien. On écrivit prodigieusement, on reçut des placets, on expédia des ordres, on promulgua même des ordonnances; on entreprit des réformes dans les terres du roi ; mais enfin, au lieu d'opérer une réforme utile, on sema chez les paysans des germes de mécontentement et d'inquiétude, en leur laissant voir que leur sort avait mérité et provoqué la sollicitude paternelle du roi; leurs maux ne furent plus soulagés, et plus tard ils furent aggravés \

Au fond, ces prétendus sentiments paternels du roi étaient une chimère. Jamais on ne vit apathie plus complète que celle de ce malheureux prince. Avant mon départ, j'avais déjà vu les légers vestiges de moralité que je m'étais efforcé sans cesse de recueillir et d'entretenir dans son âme s'évanouir et s'éteindre. Les motifs de bien public, de ménagements et d'égards pour les individus, le besoin d'être aimé et de le mériter, le désir même de la gloire, n'agissaient plus. Les moyens par lesquels j'avais prévenu chaque jour des incartades sur le point d'éclater n'opéraient presque plus, ou même agissaient à contre-sens. Souvent il se livrait aux actes dont j'avais voulu le détourner, parce que je l'avais averti qu'il ferait de la peine; qu'on l'en

1 II s'agit ici de l'intervalle compris entre cette époque et l'entrée du prince royal au conseil ; car ensuite le projet d'affranchissement a été repris et exécuté.

aimerait moins. Il avait résolu d'être rasch, c'est-à-dire brusque, impétueux, indocile, absolu, et ce seul mot lui a fait commettre mille sottises. En somme, je n'avais presque plus d'influence que par un reste d'ascendant, par la crainte de mes jérémiades importunes; j'avais commencé à voir que ce que je prenais dans l'origine pour une effervescence de jeunesse, ou pour l'effet d'une liberté sans bornes, qui succédait immédiatement à la plus austère contrainte, était réellement l'effet d'un dérangement de cerveau.

Le soin qu'il prenait de me taire ses manies secrètes m'avait réduit là-dessus à d'incertaines et tristes conjectures; je devais le croire fou ou souverainement vicieux. Les extravagances auxquelles il se livra d'abord après mon départ, et que j'avais jusque-là un peu contenues, achevèrent de m'arrêter à la première de ces deux alternatives. Milady augmenta beaucoup son mal par les excès auxquels elle l'entraîna. On le vit un matin, en plein jour, revenir de chez elle en habit gris, sans cordon , et se croyant bien déguisé. Elle l'avait enivré. Le peuple l'eut bientôt reconnu, et le poursuivit de huées et d'insultes, jusqu'au moment oii ses gardes, en lui rendant les honneurs à la porte du palais, firent avec la scène précédente un contraste. affligeant pour tout le monde. Cette Milady l'accompagna les nuits suivantes dans les rues, avec une eu deux personnes,

domestiques et courtisans déguisés ; là , ils couraient €t insultaient les passants, et furent battus plusieurs fois. Ils employèrent, par exemple, une nuit entière (Milady étant habillée en officier, Holck et un quatrième mieux déguisés) à dévaster quelques mauvais lieux, dont ils jetèrent les meubles par les fenêtres, après avoir battu et chassé les nymphes à coups de plat d'épée. Les guets accoururent pour mettre le holà ; mais, ayant reconnu les acteurs , il se bornèrent à empêcher la populace ameutée de prendre la défense des opprimés. Le crime des habitantes de ces asiles impurs était d'avoir mal parlé de Milady leur rivale.

Le moment allait arriver où les honnêtes gens n'oseraient pas eux-mêmes prendre cette licence. Milady avait décidé son amant à lui acheter un hôtel, à la créer baronne, en un mot, à la faire jouir des mêmes distinctions dont tant de maîtresses de ses augustes prédécesseurs avaient été comblées. Les ministres, enfin résolus de la faire arrêter, implorèrent l'assistance de Schimmelmann et de Saldern. Celui-ci les accompagna chez le roi et lui arracha un ordre de la faire enlever. On l'envoya à Hambourg, où elle fut enfermée dans une maison de force. Dans la suite, Struensée lui rendit la liberté.

Dans l'intérieur des appartements, les orgies étaient d'un autre genre. C'était un plaisir royal de se faire

battre par le comte de Holck. On prétend même que le favori poussait la correction à rextrême, et obtenait par là ou des gratifications pour lui ou des grades pour ses amis. D'autres fois, Sa Majesté, étendue par terre, représentait un criminel sur la roue ; un des favoris était le bourreau, et, avec un rouleau de papier, contrefaisait l'exécution.

Pendant que j'étais encore à la cour, j'avais vu l'origine de ce jeu dépravé et extravagant. Un sergent nommé Moerl, Saxon de naissance, ayant assassiné, par une exécrable trahison, et pour lui voler la caisse militaire , un officier, son bienfaiteur, dans la maison duquel il vivait, on le jugea selon une ordonnance royale qui aggravait d'une manière horrible la peine portée par la loi contre les meurtres caractérisés.

Comme je croyais que ces supplices recherchés étaient une barbarie inutile, et que, sur toute chose, je craignais pour le cœur du roi l'habitude de les ordonner par sa signature, je suppliai M. de Saint-Germain de ne présenter la sentence qu'avec une proposition pour l'adoucir. Il me le promit, et ne tint parole que très imparfaitement. Le roi signa sans difficulté une sentence dont la lecture faisait frémir ; mais son imagination resta frappée de l'horreur du supplice. Il désira d'en être témoin, et de voir jusqu'où l'on pouvait soutenir la douleur avec constance. Si cette résolution

avait été moins arrêtée, j'aurais eu assez de temps pour la combattre. Un usage, plus pieux que sensé, des tribunaux danois accorde au condamné un répit, quelquefois de plusieurs mois , pour disposer leur âme à la mort. Moerl eut le loisir d'être catéchisé, et heureusement pour son salul , il tomba entre les mains d'un ecclésiastique imbu des opinions du comte de Zinzendorf, qui en fit un chrétien, un élu régénéré. Lorsqu'il fut à ce point , il demanda lui-même son exécution, comme la voie par laquelle il devait se réunir à son doux Sauveur, et, après avoir soufïerî, disait-il, comme Jésus un supplice infâme, jouir dans son sein d'une joie ineffable. Il appelait la claie sur laquelle il devait être traîné un char de triomphe ; il comparait à la flagellation les tenailles dont il devait être déchiré, et la roue qui devait terminer son supplice était pour lui la croix qui devait tout purifier. Il composa des cantiques qui furent imprimés et chantés dans les rues, à la grande satisfaction de la populace. Enfin, il soutint des tourments inouïs avec la constance et les saints élans d'un martyr, tandis que son complice, moins coupable et un peu moins puni, mais plus faible, expirait dans le dernier désespoir. Je vis le moment où le peuple invoquerait ce Moerl comme un saint.

Après avoir fait mon possible, par les raisons les plus fortes, pour détourner le roi d'assister aux souf-

frances de ce misérable , je crus le retenir en refusant de l'accompagner; Sperling s'y prêta, et le conduisit dans un mauvais fiacre, oii ils ne furent pas reconnus \

Outre les mauvais effets que j'en redoutais, j'ai su depuis que ce spectacle fit naître dans l'esprit de ce malheureux prince de nouvelles manies. Il y avait des moments où il soutenait que c'était lui qui était Moerl, échappé des mains de la justice; et qu'on avait exécuté un fantôme. Ce jeu, de contrefaire le roué, remplissait sa tête d'idées sinistres, augmentait sa disposition à la cruauté et à la mélancolie.

Le projet de voyage dont il était occupé depuis son avènement tenait à ses autres travers. Il avait toujours espéré de pouvoir garder un incognito véritable ; il voulait s'éclipser secrètement, et s'imaginait, par une suite de sa mélancolie, que, sous une autre forme, il échapperait aux noires idées qui le persécutaient . D'ailleurs les diverses aventures qu'il s'était promises avant que sa démence eût fait autant de progrès, il les mettait à présent au nombre des épreuves qui devaient précéder l'heureuse époque de sa transformation; ce temps où il serait devenu parfaitement dur, et dont il s'occupait toujours davantage, quoique secrètement.

Le voyage était du goût du favori ; il aimait à se

1 En Danemark, le peuple est persuadé que si le roi vient à passer, par hasard ou autrement, près du lieu du supplice, lorsqtfon est sur le point

montrer en cette qualité, et il espérait d'imposer aux nations étrangères comme à la sienne. Tout ce qui sentait la prodigalité lui plaisait fort ; il avait déjà dissipé la fortune d'une jeune femme dont il était veuf depuis peu, et beaucoup d'argent du roi. Les ministres s'étaient d'abord opposés au voyage, mais ensuite ils s'étaient laissés subjuguer par les complaisances que le comte de Holck avait pour eux. Il leur passait tout ce qu'ils voulaient, et se montrait indifférent sur les affaires, pourvu qu'on fermât les yeux sur ses profusions. Enfin on composa : les ministres, ne pouvant plus refuser de donner les mains au voyage, mais craignant avec raison tout ce qui pourrait être signé, si le roi, aussi absolu qu'extravagant, était abandonné à ses favoris et aux étrangers, l'engagèrent à prendre avec lui, pour les affaires, le comte de Bernstorff, et, afin que l'argent ne manquât pas, on lui adjoignit le baron de Schimmelmann. C'était un Saxon (d'autres disent qu'il était originaire de Stettin), qui avait été d'abord batelier sur l'Elbe, voiturant des marchandises entre Dresde et Hambourg. Ensuite il s'était mis à trafiquer pour son compte, et avait fait faillite. Insensiblement, il s'était remonté jusqu'à payer ses

d'oxéculer»un criminel, il obtient sa grâce de plein droit. Combien cette équipée du roi, s"il avait été aperçu par ses sujets, n'aurait-elle pas été révoltante !

anciennes dettes et à faire, avec grand profit, des fournitures de fourrages pour les armées prussiennes ; puis, craignant que le roi de Prusse, s'il venait à découvrir coniljien il avait gagné, ne lui fît rendre gorge, il se retira à Altona.

Le Danemark a toujours accueilli les émigrants qui apportaient de la fortune. Celui-ci avait de plus les talents du financier, et il se rendit nécessaire dans un moment de détresse. Il gagna beaucoup avec le gouvernement, par des opérations où il était à la fois traitant et conseiller. Il acheta deux terres de la couronne aux environs de Hambourg, et d'un particulier du Jutland celle de Lindenbourg, qui fut érigée en baronnie. Il avait aussi acquis les possessions du roi aux îles, sm- lesquelles il réalisa de grands bénéfices. Il passait les étés à Hambourg, ou dans le voisinage, avec la qualité de plénipotentiaire auprès des Etats de la Basse-Saxe. En hiver, il venait à Copenhague, pour les opérations de finance. Quoiqu'il ne s'oubliât jamais dans l'exécution, j'ai toujours cru qu'il avait été fort utile, tant ces affaires avaient été conduites avant lui avec peu d'intelligence. Outre le titre de baron, il avait celui de grand trésorier et le cordon de Danebrog. Il y avait peu d'afiTaires importantes dont il ne se mêlât. Les Russes l'avaient soutenu et s'étaient servis de lui. Dans les diverses révolutions de la cour,

il a toujours joué un rôle et mainteiiii son crédit. Ses biens immenses n'y ont pas plus contril)ué que la souplesse de son caractère et ses talents.

Saldern ne pouvant suivre le roi, et se réservant d'ailleurs à quelque chose de plus important, il fit nommer de la suite, pour observer ce qui intéresserait la négociation, un major During, qui avait passé du service de Russie à celui du roi, comme aide de camp. Dans le temps où l'on nommait les élus, M. de Brandi demanda au roi une audience particulière, où il prononça contre Holck une philippique étudiée, tâchant de le convaincre que ce favori, comblé de dons, d'emplois, de faveurs de toute espèce, ne témoignait point à son bienfaiteur l'attachement qu'il lui devait; qu'il lui avait fait défaut dans des circonstances importantes, pour ne pas se distraire de ses plaisirs; que d'ailleurs un tel choix n'était pas propre à honorer Sa Majesté aux yeux des nations étrangères, qui jugeraient du prince par un favori si dénué de mérite ; qu'au reste, il ne chsait rien en particulier qu'il ne fût prêt à soutenir publiquement ; en conséquence, il remettait par écrit à Sa Majesté le sommaire de ce qu'il venait de lui exposer. Il n'alla pas tout à fait jusqu'à thre clairement, ni dans sa harangue, ni dans son mémoire, que, pour choisir un compagnon utile et i)rillant, il fallait le substituer à son rival; mais c'é-

tait le sens de l'un et de l'autre. Le roi parut le recevoir très bien ; mais, le lendemain, il lui envoya son valet de chambre chirurgien pour le saigner, et, le surlendemain, un ordre de se retirer dans le pays d'Oldenbourg. Il n'avait plus ni emploi ni pension; M. de Berastorff lui fit donner une charge de surnuméraire, avec une petite pension, dans la régence de cette province. Après s'y être ennuyé quelque temps, il s'en échappa, pendant que le roi était à Paris, et s'y rendit, espérant y trouver des auxiliaires, et que ce théâtre, où il croyait qu'il aurait paru avec avantage, lui serait plus favorable pour supplanter le favori. La misère l'y attendait; il ne put même parler au roi, et il fallut l'entremise du comte de Holck pour lui procurer une gratification de cent louis qui le mît en état de s'en retourner.

Son ami Struensée était de la suite. Il avait enfin réussi à percer, par le crédit des comtes de Rantzau père et fils, qui persuadèrent au comte de Holck de le faire nommer médecin du roi pour les voyages. Il gagna dès lors, par une grande assiduité, une partie de la faveur à laquelle ses protecteurs le destinaient, et à laquelle il parvint dans la suite. Mais, après l'incartade de Brandt, il n'était pas possible de le rappeler, tant que le crédit de Holck se soutenait.

Le voyage dura, en y comprenant le séjour dans le

Holstein, environ huit mois, depuis le 6 mai 1768 jusqu'au 14 janvier 1769. Je laisse aux journaux et aux gazettes le détail des stations, l'ordre du cérémonial, les descriptions de fêtes, la qualité de docteur conférée au roi à Oxford et à Cambridge, son incorporation à la bourgeoisie de Londres et à la maîtrise des orfèvres, les présents faits et reçus, les médailles frappées en l'honneur du roi, les bons mots que les Parisiens lui attribuèrent, les vers qu'ils firent à sa louange \ Il eut l'imagination très frappée des empressements de la nation anglaise et des honneurs qu'elle lui rendit, et il m'en a fait, quand je l'ai revu, des descriptions pompeuses.

En Allemagne, en Hollande, en Flandre, en Angleterre, sa démence se trahit aux yeux des étrangers ; avant même de quitter ses Etats, dans le séjour qu'il fit à Travendahl, ses amusements, dont mes correspondants me transmirent les détails, ne confirmèrent pas peu les soupçons que j'avais emportés. Le bruit s'en répandit jusqu'à un certain point. Le comte de Rantzau me demanda ce que j'en pensais : je ne lui répondis rien,

1 On a inséré toutes ces flatteries dans YAlmanach des Muses, pour 1769, p. 28, 47, 59, 92, 111, 123, sans parler des autres ouvrages périodiques. Les poètes qui ont des mœurs et une âme devraient comparer ces diverses pièces avec la vérité. Ils se garderont de louer les princes vivants, s'ils craignent de rougir de leurs éloges. Quant aux louangeurs impudents et mercenaires, je n'ai rien à leur dire, mais je cite cet exemple à ceux qui les accueillent et les payent.

ne voulant ni avouer une vérité si douloureuse, ni contester des preuves qui manifestaient chaque jour la vérité.

En France, malgré tout ce que la flatterie répandait, malgré la prévention de ceux qui ne firent qu'entrevoir l'illustre étranger, ceux qui, étant admis chaque jour dans sa société, purent l'observer et le suivre, démêlèrent chez lui un principe d'égarement, et le surprirent à tenir des discours extravagants. Ils remarquèrent de plus que, dans ces moments d'absence, un regard de Holck le rappelait à lui-même. Pendant le voyage, les trois reines, l'épouse, la belle-mère et la grand'mère, vécurent dans une grande intimité et dans un ennui paisible. La reine Mathilde vint au-devant de son époux à quelque distance, et ils entrèrent à Copenhague dans une voiture ouverte, au milieu des acclamations d'un peuple nombreux. Le soir, toute la ville fut illuminée. Le peuple attendait à chaque moment un changement heureiLX, et ne se désabusait jamais, quoique son espoir fût toujours trompé.

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