‹ Subsistances et populationsChapitre 16 sur 41 · LIVRE TREIZIEME · texte numérisé non relu

LIVRE TREIZIEME

D'après V Annuaire du burewu des longitudes , la population totale de la France s'élevait , en 1847 , à 35,400,486 âmes et suit , dans son accroissement, une progression géométrique dont la raison est 4 + 1/199, de sorte que :

Dans 1 9 ans , elle se sera accrue de . . 3,61 8, 1 00

Dans 36 ans, de 7,236,000

Dans 52 ans, de 10,854,000

Enfin , dans 138 ans, elle aura doublé.

Le déficit en grains , d'après le relevé des douanes, s'élève , pour la moyenne des onze années de 1 836 à 1847 exclusivement, à 1,013,890 hectolitres.

Le rapprochement de ces deux données, parfaitement exactes de tous points , est fait pour inspirer les plus sérieuses réflexions. Comment la France, dont la production agricole , par suite du morcellement , va toujours en diminuant, fera-t-elle pour nourrir dans 19 ans, 39,018,486 habitante; 42,636,486 dans 36 ans; 46,254,486 dans 52 ans et 70,800,972 dans 138 ans? A~t-on jamais calculé ce qu'il faudra de grains, seulement pour nourrir dans 52 ans notre population ? Dans 52 ans, en admettant que la production alimentaire de la France soit restée stationnaire , il nous faudra tirer de l'étranger l'équivalent de plu» de 35 millions d'hectolitres , dépenser, au prix minimum de 22 francs* l'hectolitre pour les blés étrangers rendus dans les ports de France , 700 millions par an , employer 35,000 navires de 100 tonneaux chaque, alors que tout le tonnage de la marine mardmnde de France ne représente que 1 7 millions d'heetolitres de grains , ce qui e^ à peine ce qu'il &adrait pour nourrir la France entière pendant un nK)is et demi. Ajoutons que toute la marine militaire de notre pays employée exclusiv^nent à des tran^rts de grains n'en apporterait pas de quoi nourrir la population entière pendant cinq jours.

L'Angleterre , la personnification par excellence du

crédit sur la plus grande échelle , avec les plus vastes ramifications , le pays le plus riche du inonde , a vu soQ industrie arrêtée , ses transactions suspendues, sa fortune gravement compromise pour avoir été obligé d'importer, du 5 juillet 1846 au 10 octobre 1847, 39 millions d'hectolitres qui ont coûté 850 millions. Renouvelez cette cruelle expérience deux fois de suite et r Angleterre succombe. Gomment la France qui a supporté si difficilement la disette de 1847 , disette qui a , selons nous , avancé Theure de notre révolution , pourra-t-elie , dans un demi siècle , payer tous les ans la lettre de change de 700 millions tirée par la &mine éur sa fortune?

En 1847 , les importations ont excédé les exportations de 7,603,737 quintaux de grains de toutes sortes , ce qui ireprésente au moins dix millions d'hectolitres de grains et tteie dépense de plus de 300 millions payés en numéraire , somme énorme , équivalente en perte de travail , de Crédit , de circulation active et productive, en travaux inachevés, su^ndus ou abandonnés à une somme décuple.

k l'heure où nous écrivons ces lignes (décembre 1 849) , les classed agricoles , ouvrières et manufacturières, le peuple à tous les degrés, ne s'est pas encore relevé de la ruine occasionnée par la récolte de 1847 qui était , que personne ne l'oublie , ime année de récolte médiocre.

Si grandes que soient les illusions et l'aveuglement de certains hommes sur le présent , ils ne peuvent méconnaître les calamités que nous réserve l'avenir. Ces calamités , les partisans de la doctrine du laisserfaire, laisser-passer, ne les redoutent pas ; ils disent que la population n'augmente qu'en raison directe de l'accroissement des subsistances , que les deux lignes sont parallèles, soumises à la même et inexorable loi. Outre que ces calculs sont immoraux , la loi de nature leur donne un cruel démenti.

La misère est éminemment prolifique ; voyez l'Irlande , les districts manufêcturiers de l'Angleterre , tous les grands centres industriels de la France ; consultez les tables de naissances et vous verrez que les pays les plus pauvres , les contrées les plus misérables , les villes où la fièvre de .&mine règne comme une épidémie perman^ite , donnent , proportion gardée , le plus de population. Les classes riches , cela est triste à constater , redoutant pour leur progéniture les effets de la loi de succession , ont peu d'enfants ; chez eux les calculs de l'orgueil , la contrainte morale doublée de la contrainte physique , les moyens préventifs mettent obstacle à la pro-

création , aussi voyons-nous cette population rester stationnaire , décroître même. 11 n'en est pas ainsi dans les classes pauvres ; les enfants , qui sont une charge que redoutent les riches , font la fortune des classes indigentes, de celles livrées à Tagriculture surtout : de là cette effrayante augmentation des naissances qui fait ressembler, à l'économie, à l'ordre, à la prévoyance et au bonheur près , l'habitation des pauvres à une véritable fourmiBère.

Plus vous aurez de misère et plus vous aurez de naissances, c'est la loi fatale , inévitable. La solution du problème qui nous occupe a donc un double but , celui d'améliorer le bien-être de la population , et , par suite , de réduire l'accroissement des naissances , ce qui est autant de pris sur le hideux impôt de mortalité que prélève la mort sur les classes pauvres.

On le voit , il est grand temps dans l'intérêt de la morale publique , de notre sécurité , de notre conservation, d'opposer une barrière aux calamités prochaines qui menacent notre pays. Par quatre fois déjà, en 1792, 1812, 1829 et 1847, la Providence nous a donné de cruels avertissements. Sachons écouter la voix qui nous crie de nous hâter , de ne point nous ^idormir dans une fausse sécurité ; mettons à profit les leçons du passé , c'est ainsi que nous pourrons assurer le repos de l'avenir.

Hegewiscb, le traducteur allemand de Malthus, regarde l'essai sur le principe de population, comme une révélation des lois de l'ordre moral comparable k la découverte des lois de Tordre physique de l'univers, par Newton.

<( La question de la population, dit M. Rossi, touche à tout ; à la morale et à la physique , à l'économie nationale et à l'économie domestique. L'état, la famille, l'individu y sont également intéressés, pour le présent et pour l'avenir, pour leur force comme pour leur bonheur. »

Deux écoles se sont formées sur la question qui nous occupe. La première , dont Hegewisch a été le chef, tout en acceptant les idées de Malthus , les a poussées jusqu'à l'exagération, l'immoralité. A. la pudique doctrine de la contrainte morale, elle a ajouté la contrainte physique, et les moyens préventifs , ces expédients obscènes que repoussent également la morale, la pudeur et les lois de l'économie politique. La seconde école rejette avec mépris les conseils de prudence adressés aux familles, toutes

les impuretés économiques inventées par les disciples de Malthus ; elle dit que la richesse et le bien-être du pays ne peuvent que s'accroître par la population, que la population fait des travailleurs, les travailleurs des produits, que Thonime étant en même temps producteur et consommateur, la population ne saurait être une cause d'encombrement et de misère. Les partisans des doctrines de Malthus, doctrines exagérées par ses disciples ou ses commentateurs , cherchant à justifier leurs impitoyables raisonnements , se demandent s'il n'est pas profondément immoral et inhumain de donner le jour à des êtres qu'on ne peut ni nourrir, ni élever, à des enfants voués en naisssant à une agonie permanente, à une mort certaine. Us disent : « L'homme a-t-il le droit de s'entourer de victimes et de cadavres pour se procurer quelques plaisirs fugitife , quelques satisfactions sensuelles? Si les riches, sous les inspirations de l'orgueil , contrarient le vœu de la nature, est-ce là une raison d'exciter les pauvres à mettre au monde des enfants qu'ils ne peuvent élever ? Une population robuste et satisfaite donne à l'État plus de forces et de sûreté qu'une population beaucoup plus nombreuse , mais pauvre , maladive , mécontente. Quel homme d'État ne préférerait pas deux millions de Suisses à six millions d'Irlandais! La France, avec trente-quatre millions d'habitants, pourrait au besoin lever des armées

aussi nombreuses que la Russie avec ses cinquante à soixante millions de sujets, dont une si grande partie n'atteint pas, dit-on, l'âge de dix-huit ans. La force des États , en ce qui concerne la population , ne se mesure pas seulement au nombre des hommes ; elle se mesure avant tout par le taux de la vie moyenne et de la vie probable. Les enfants ne sont pas une force, mais une charge pour la société. »

A ces objections les humanitaires répondent que si le développement de la population rencontre dés obstacles , il &ut en accuser nos institutions , l'excessive inégalité des conditions sociales, le vicieux aménagement de la propriété foncière, le défaut d'organisation du crédit qui vivifie le travail , à notre système épuisant de douanes, impôts, octrois, etc., qui renchérissent les produits et supprimait les consommateurs , à l'imperfection de nos voies de communication , de tous les rouages de la machine gouvernementale qui fonctionne à rebours et ne tient aucun compte de tous les éléments de prospérité si libéralement départis par Dieu sur notre beau pays.

Selon nous, ces derniers ont raison ou il faut méconnaître la justice divine, la loi éternelle qui dit: croissez et multipliez. Si nous résistons à la nature, si nous faussons ses lois , nous détruisons la famille et, avec elle, le travail, son corollaire indispensable ; plus de travail , plus de production , plus de société. Le mal qu'on voulait détruire en restreignant la

population par des moyens révoltants , se représente plus hideux d'un autre côté, puisqu'il anéantit la source même de la vie , le travail.

M. Auguste Comte a i^gnalé l'extrême fécondité de la classe indigente ; nous tirerons nos conclusions de cette observation éminemment vraie. La question est là , sa solution ne demande aucun de ces indignes moyens que réprouve la pudeur, que condamne la morale et nous donne , une fois de plus , l'occasion de reconnaître la justice, la bonté et la puissance infinie du créateur.

« Raisonnons pourtant , ditM. Proudhon, raisonnons encore , l'impureté nous montât-elle jusqu'aux cheveux. L'illustre Lavoisier, cherchant un remède à l'asphyxie qui frappe, dans les fosses des grandes villes» le pauvre vidangeur, s'imposa de plus affreux dégoûts.

» S'il est vrai que la contrainte morale , subitement devenue contrainte physique et résolvant à sa manière le problême de la population , soit d'une pratique utile aux gens mariés , cette utilité n'est pas moindre pour les personnes libres. Or (c'est ici le côté immoral de la chose , non prévu par les économistes) , le plaisir étant voulu et recherché pour lui-même sans

la conséquence de progéniture, le mariage derient une institution superflue ; la vie des jeunes gens se passe dans une fornication stérile ; la famille s' étant , et atec la famille la propriété ; le mouvement économique reste sans solution , et la société retourne à l'état barbare. Malthus et les économistes moraux rendaient le mariage inaccessible ; les économistes physiciens le rendent inutile : les uns et les autres ajoutent au manque de pain le manque d'affec^ons, provoquait la dissolution du lien social : et voilà ce qu'on appelle prévenir le paupérisme, voilà ce qu'on entend par répression de la misère. Profonds moralistes I profonds politiques I profonds philanthropes I

Voici maintenant les utopies du socialisme sur cette question :

En première ligne, nous devons mettre le système de Fcmrier, système immoral , désorganisateur, antisocial; système à lupanards, à prostitution intégrale; système qui détruit la possession morale et sainte qui

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résulte du mariage et fait de la femme une misérable prostituée.

Pour trouver l'équilibre de la population , Fourier Mi observer <( que les filles publiques ne deviennent pas mères une fois sur des millions : au contraire , la vie de ménage , les soins domestiques , la chasteté conjugale, favorisent éminemment la progéniture. »

Non seulement cette doctrine de prostitution est cynique, abjecte, mais encore elle est fausse et absurde. Si toutes les femmes sont des prostituées et si la prostitution s'oppose à la génération, que devient la population? Ce système de Fourier ne diminue pas les naissances , il les supprime , à la mort il joint l'ignominie.

Après les impudiques doctrines de stérilité- erotique du phalanstère se présentent , pour modérer l'excès d'accroissement de la population , les partisans de ce principe barbare que V homme a le droit et le devoir de limiter sa progéniture. Les moyens d'exécution de ce système sont pathologiques et iconsistent dans l'extraction des fœtus, ou éradiations des germes et embryons. Ces saletés économiques , dignes de la cour d'assises , ont été sérieusement* développées comme moyens préventifs et restrictifs à l'accroissement de la population. Nous ne parlons de ces horreurs que pour les flétrir avec énergie et montrer jusqu'où peuvent aller les aberrations de certains économistes-bourreaux qui ne craignent pas de justifier l'assassinat , de se faire les apologistes des pluis granides immoralités.

Nous négligeons le système des inlerrvptiom ^ abstinence dont la physiologie ne justifie pas l'efficacité et qui apporterait nécessairement dans la société les éléments de la plus profonde démoralisation , pour arriver à Vallaitememt triennaL Le docteur Charles Loubon cherche les limites de la procréation dans la procréation elle-même , se fondant sur ce qu'il y a, chez la femme qui nourrit, stérilité naturelle. M. Loubon s'attache à démontrer, par une masse d'autorités et de faits , <i que la vie humaine se divise en un certain nombre de périodes déterminées , période de croissance , période de fécondité , période de vieillesse. » Parmi ces périodes , celle de lactation embrassant trois années , la femme mariée à viiigt-etun ans révolus ne pourrait au plus donner le jour qu'à trois ou quatre enfants et qu'ainsi se trouverait résolue la question de la population.

Ce système d'équilibre est moral, il repose des théories d'assassinat, d'infanticide et d'àvortement dont nous avons eu à nous occuper; mais est-il confirmé par l'expérience, est-il surtout praticable? La science médicale n'est pas aussi explicite que le docteur Loubon ; tout en reconnaissant qu'il y a une certaine antipathie entre les fonctions des mamelles et de l'utérus , elle n'affirme pas, les Êiits de tous les jours seraient du reste là pour prouver le contraire, elle n'affirme pas qu'il y ait chez la femme stérihté pendant la période de lactation , lorsque cette période se pro-

longe au-delà du terme assigné par la nature pour Fallaitementd'un seul enfant. Si eette stérilité n'existe pas, le système du docteur Loubon tombe ; si cette stérilité , qui a le défaut d'être exclusivement physiologique , existe au contraire et qu'elle soit mise en pratique , la population ne reste pas seulement stationnaire , ce qui serait un mal , mais elle tend constamment à baisser, ce qui est impossible.

Qui ne comprend que si chaque mariage ne donne que trois enfants , quatre au plus , le tribut prélevé par la mort sur les naissances , défalqué , les lois d'équilibre de la population seront rompues et la décroissance inévitable.

L'allaitement triennal impose à la mère de quatre enfants un esclavage d'au moins seize années. Seize années de procréation et d'allaitement 1 les seize plus belles années de la vie dépensées à se ruiner le tempérament et la santé I Combien est-il de femmes qui accepteront, qui pourront accepter une pareille corvée? Cet esclavage est nuisible à la mère et inutile aux enfants. Si le tempérament de la femme résiste aune lactation d'autant plus abondante que les nourrissons deviendront plus âgés et plus forts , il s'épuise ; si le contraire a lieu , l'antipathie entre les fonctions des mamelles et de l'utérus est détruite et la procréation reprend son cours. En France , grâces aux vices de l'éducation et aux habitudes énervantes , la santé des 'femmes est gravement altérée , dans les classes riches

surtout. Ce ne serait donc pas sans danger que le système du docteur Loubon pour^t être appliqué ; c'est une honnête utopie et voilà tout : on ne viole pas impunément les lois de la nature et les mœurs qui sont une seconde nature.

Malthus propose, pour réprimer l'excès de population , Tajournement du mariage jusqu'à la trentième ou quarantième année ; il oppose la famine du cœur à la famine de Testomac. J.-B. Say, Rossi et Droz , le plus grand nombre des économistes chastes et vertueux , partagent , faute d'autres , cette doctrine de contrainte morale , tout en reconnaissant les difficultés de transposer les périodes de la vie humaine , de faire que jeunesse languisse et que vieillesse reverdisse.

M. Chevalier veut augmenter la production, restreindre la consommation et faire moins d'enfants y ce qui revient à dire qu'il est possible d'augmenter la richesse sans accroître la population , ou , comme dit M. Proudhon , de vouloir réduire le nombre des bouches en augmentant le nombre des bras.

rémigration n'e$t qu'un palliatif ; d'aprë$ llalthus , l'expert par excellence en pareille matière , l'émigration ne tend pas à dépeupler un pays , mais à accroître le nombre des naissances. Il cite à cet effet la Suisse , la Savoie , l'émigration considérable qui a eu lieu, en 1770, d'Ecosse en Amérique, et &it ressortir l'extrême difficulté de dépeupler un pays en lui enlevant ses habitants, l^lthus montre ensuite que l'émigration est au contraire favorable à la multiplication de la population du pays dont on émigré. <( Il n'y a pas lieu de croire , écrit-il , que l'émigration des colons qui ont fondé les Etats-Unis , ait produit une diminution sensible dans la population. On a remarqué que les provinces d'Espagne qui ont le plus donné de colons à l'Amérique , sont celles dont la population s'est accrue. ^

L'émigration a toujours à surmonter les difficultés d'un premier établissemrat, témmns les tentatives de colonisation faites au Mexique , au Pérou , dans la Nouvelle-Angleterre , à la Guyanp , par les Français en 1663 , etc. Ces difficultés dépendent du sol , du climat, des habitudes de la mère-patfie , de la privation de toutes les. commodités habituelles de la vie ,

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du défaut d'appropriation des moeufô des émigrants avec les mœurs propres au pays dans lequel ils viennent s'établir. Ces émigrations ne changent pas les conditions misérables de ceux qui s'expatrient , elles les a^avent, au contraire. Les nouvelles colonies ne peuvent donner de longtemps des produits annuels en rapport avec la population ; la misère du pays qu'on a quitté se retrouve dans lô nouveau pays qu'on occupe, seulement cette misère est a^ravée par la nostalgie , cette maladie dont le seul remède est dans la vue du pays natal.

Pour émigrer , il faut être riche , il faut être en mesure de pourvoir aux premiers frais d'établissement , au manque de subsistances ; tes pauvres savent ces choses ; mourir ici où là bas , ne leur est pas indifférent , et c'est pour cela que nous voyons les populations les plus misérables , les plus déshéritées , les plus affaméeiB, celles que la mort décinae régulièrement et inévitablement r^ter avec indifférence au gîte et y mourir.

Voici ce que dit Malthus à ce sujet : « On dira peut-être que C'est la faute de ceux qui , ayant une occasion d'émigrer, préfèrent vivre où ils sont dans la gêne et le célibat. Est-ce donc un tort d'aimer le sol qui nous^a vus naître , nos parents, nos amis, les compagnons de notre enfance ? De ce qu'on ne brise pas ces liens, faut-il conclure qu'on n'éprouve point de vraies souffrances? Une telle séparation est quelque-

fois comprise dans les grandes vues de la providence , mais elle n'en est pas moins douloureuse. Quoiqu'elle fasse le bien général , elle ne cesse pas pour cela d'être un mal individuel. D'ailleurs un établissement étranger présente toujours, surtout aux hommes des dernières classes, uûe apparence de difficulté et d'incertitude. Ils entrent en quelque défiance sur tout ce qu'on leur dit du haut prix du travail et du bas prix des terres. Ils craignent de se mettre à la merci d'entrepreneurs intéressés. La mer qu'il faut traverser semble opposer à leur retour une barrière insurmontable , parce qu'ils sentent qu'ils ne trouveront pas des gens empressés à les défrayer. Si l'esprit d'entreprise ne vient pas se joindre aux angoisses de la misère, ils aimeront mieux , et l'on n'a pas droit de s'en étonner, souffi:*ir où ils sont , que de chercher au loin des maux inconnus. »

Au point de vue pratique, l'émigration en grand n'est pas possible, d'abord à cause de la somme énorme qu'il faudrait dépenser, et, ensuite , parce que toute notre marine militaire et notre marine marchande exclusivement employées aux transports des émigrants ne suffirait pas à nous enlever le vingtième de Texcédant annuel de nôtre population. Qu'on étudie avec soin ce qui s'est passé tout dernièrement pour la colonisation de l'Algérie , qu'on se rende compte des dépenses occasionnées par cet essai aussi coûteux que déplorable dans ses résultats et on

aura la conviction que Témigration n*est qu'un palliatif et non un remède à l'excès d'accroissement de la population. Nous avons démont;ré qu'il nous serait bientôt impossible de compléter à l'étranger nos approvisionnements en subsistances, comment pourrions-nous arriver à transporter dans des colonies lointaines l'excédant de notre population ?

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