DEUXIÈME QUESTION
Comment peut-on arriver par approximation setUement an quantum de la consommation ann/ueUe de chaque individu, et quel est ce quantum ?
Dans le rapport, fait au Roi , le 30 mai 1840, par M. A. Gouin , sur la Statistique de l* agriculture, ce ministre dit :
M II est très-difficile de déterminer la quantité des produits agricoles consommés, parce qu'il y a un versement perpétuel d'un arrondissement, d'un département, d'une région , dans un autre , et que la vérité des chiffres est ejqposée à être altérée, d'une part par les omissions , et de l'autre par les doubles emplois. On ne présente donc les investigations sur cet important sujet que comme des approximations; mais on peut affirmer qu'il n'y en a point eu jusqu'à
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ce jour qui aient été faites d'après des matériaux aussi nombreux et aussi cemplets. Une garantie inattendue de leur exactitude , c'est que leurs chiffres sont en rapport avec ceux de la production , quoiqu'ils aient les uns et les autres une origine différente , et qu'ib résultent d'immenses calculs faits séparément et sans aucune prévision de la concordance de leurs résultats. »
Voici ce qu'ajoute le ministre sur les résultats obtenus par la Statistique de l'agriculture :
« Après avoir rassemblé , par le concours de plus de cent mille collaborateurs , environ dix-huit millions et demi de termes numériques « exprimant des faits agricoles et sociaux, il restait à remplir une tâche beaucoup moins vaste , sans doute , mais , s'il se peut , bien plus difficile encore , celle de classer les résultats de tous ces éléments dans l'ordre de la plus grande liaison^ des choses et des idées , et de les exposer d'après une méthode simple et naturelle , qui permet d'en saisir l'ensemble et les différentes parties , de les étudier, sans être obligé de les soumettre à des transformations, et d'y puiser rapidement sans peine des objets de recherdies nombreux et variés. Si l'on ne peut se flatter d'avoir satisfait à toutes les conditions de ce problème, on peut assurer du moins qu'on n'a rien négligé pour introduire dans ce prodigieux amas de chiffres l'ordre et la clarté.
» Pour décrire agronomiqueitient la FraïKje, il s'offrait d'abord une division des matières très-facile ,
qui consistait à enregistrer, sous le titre de chacun des départements r tous les chiffres qui lui appartiennent, et à mettre toutes ces statistiquesdépartementales à la suite les unes desautres, dans Tordre alphabétique; mais par cette diirtribution on n*eùt obtenu que des notions locales; la connaissance des faits généraux aurait échappé , et il aurait été d'autant plus difficile d'en trouver la trace, que Tordre alphabétique aurait rompu toutes les affinités naturelles, en rapprochant les départements les plus éloignés, et en éloignant les plus rapprochés. L'ancienne diyi^on par provinces n'aurait pas été plus favorable ; et quand bien même elle n'eût pas été totalement hors de question, on l'aurait repoussée, car elle partageait le territoire en parties trop nombreuses et trop égales , qui ne permettaient d'établir entre elles aucune comparaison.
» Dans la nécessité de grouper les départements par région, pour conserver leur rapport de climat, de sol , de positions géographiques et toutes les autres analogies existant entre des populations limitrophes , on a cherché une division large et très-simple , d'une conception et d'un souvenir faciles , et tirant sa base de Tordre naturel. Le méridien de Paris, qui sépare la France en deux parties presque égales , et le 47" parallèle, qui le coupe précisément au centre du royaume, ont fourni le trac^ de cette division par laquelle le territoire est partagé en quatre régions ,
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contenant chacune vingt-et-un ou vingt-deux départements, et ayant à très-peu près la même étendue et la même population : circonstance essentielle, puisqu'elle rend possible de comparer ensemble les différentes parties du pays, soit Tune avec l'autre, soit deux à deux. Ainsi , de même que l'agriculture dé chaque région peut être comparée à celle des trois autres régions séparément, on peut encore, si l'on en réunit deux ensemble , comparer une moitié de la France aVee l'autre moitié , et montrer les analogies et les différences qui existent entre elles , soit qu'on oppose le territoire oriental au territoire occidental, soit qu'on rapproche les départements du nord de ceux du midi.
» Des subdivisions, qu'on peut admettre ou rejeter à volonté, sont données par la considération du gisement. Elles rassemblent, dans chaque région, les départements qui bordent les frontières ou les côtes , et ceux qui appartiennent à l'intérieur du pays. Il importait de constater si ces dissemblances dans la position géographique exercent sur l'agriculture une aussi grande influence que celle qu'elles ont sur la population.
» Dans chacune des quatre grandes divisioifê du territoire , trois séries de tableaux statistiques reproduisent tous les faits agricoles sous des points de vue différents.
)> La première série concentre ces faits dans chacun
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des d^artements auxquels ils appartiennent. C'est une topographie'!slatistique de Tagriculture.
» La seconde série énumëre tous Ic^ produits ruraux; chacun d'eux y est l'objet d'un tableau spécial , et l'indication des localités ne vient qu'en seconde ligne. Néanmoins, elle reçoit ici un développement dont il n'y a point encore d'exemple. La production de chaque sorte de culture est exprimée non seulement par département, maïs encore par arrondissement; ce qui forme %ine masse de détails complètement inédits.
» La troisième série récapitule à la fois les deux autres par département et par produits ruraux. Toutefois , elle ne se borne point à en résumer les chiffi*es; elle les distribue de manière à montrer quels scmt les principaux éléments de l'économie agricole d'une région.
» Elle énonce dans une suite de tableaux , l'étendue des culture, les semences qu'elles exigent, la quantité de produits qu'elles fournissent , celle qui est disponible , celle qui est consommée annuellement , et enfin la valeur de chacune de ces classes, soit totale, soit par hectare.
» Ces trois séries se complètent les unes les autres. Elles se contrôlent mutuellement ; et, en effet, il serait difficile que des chiffres considérés sous tant d'aspects, ne décelassent pas les erreurs qu'ils contiendraient. S'il en est qui soient exceptionnels,
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robservation les trouve et les saisit aisément au milieu de ces évolutions multipliées, et Ton peut reconnaître , par quel phénœnène est interrompue la chaîne des analogies.
» Outre leur but commun et général , ces séries , qui se composent de plus de 2100 tableaux statistiques , satisfont chacune séparément à un besoin particulier de la science et du pays.
» La première est réclamée par la géographie de la France, la seconde par Tagriculture, la troisième par l'économie politique , qui depuis longtemps appelle de tous ses vœux les importantes notions qu'elle doit y trouver.
)> Les faits numériques dont est fonnée la statistique de l'agriculture sont rattachés dans un ordre, constant à chacune et à toutes les divisions du territoire, depuis l'arrondissement qui ne contient pas 150,000 hect., jusqu'à la double région qui en comprend plus de vingtHsix millions. »
Nous avons donné , au livre second de cette oeuvre , le quantum de la consommation annuelle pour chaque division. Si on compare ce quantum avec une moyenne prise entré les résultats trouvés par MM. Dumas , de Gasparin et Meunier, on voit que les chiffres s'équilibrent, surtout si l'on prend les consommateurs en masse et qu'on les compare à la production générale.
Quant à la part de subsistances disponibles pour chaque classe de citoyens , ce serait là le côté vraiment
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ur^nt de la question, mais nous ne pensons pas qu'il soit encore et de longtemps donné à personne de pénétrer ce mystère. On a bien, par les travaux de MM. Yillermé, Frégier, Blanqui et autres, sur les classes misérables, comme un aperçu, comme un pressentiment de Tafireuse inégalité de la r^rtition des subsistances , mais on ne connaît pas encore la profondeur du mal, jusqu'où s'étend la lèpre de famine qui dévore les classa ouvrières.
TBOISIÈME QUESTION.
Quelê ieraient les effets d'tme habituelle et trop forte disproportion entre la production alimentaire et la consommation sur la samté publique et la vie moyenne des hommes , sur leur moralité et leur bien-être, sur les sciences et l'industrie, sur les beaux-arts, sur la paix et sur la guerre, sur la civilisation , en un mot sur l'état social et politique de la France et de l'Espagne ?
Les effets d'une habituelle et trop forte disproportion entre la production alimentaire et la oonsommatioa sur la santé publique et la vie moyenne des homnies sont dés^treux : il n'y a ni tête ni fête où l'estomac crie. Le n^uique de subsistances détruit la santé publique, fait baisser le niveau de la vie moyenne ;
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avec la misère disparaît le travail , ce moralisateur par excellence ; plus de travail , plus de bien-être.
Le premier, le plus indispei^able besoin de Tespèce humaine n'étant pas satisfait, la partie brutale de rhomme reprend son empire sur la partie intelligente; les sdences , les beaux-arts et Tindustrie périclitent ; l'influence de cette décadence se fait sentir sur les relations de peuples à peuples. La nation dont la production baisse , est à la merci de la nation qui a de Texeédant , lé plus clair du travail et de la fortune du peuple qui demande toujours , va augmenter la richesse et le bien-être de celui qui produit et dont les prétentions grandissent en raison directe des besoins qu'il est appelé à satisfaire. De ce défaut d'équilibre aune guerre , il n'y a qu'un pas. Napoléon le comprenait ainsi; par le blocus continental, il conquérait l'Angleterre bien plus sûrement que par une descente armée sur le sol britannique.
La -guerre , c'est la barbarie , c'est l'affaissement de la civilisation. Les bienfaits de la paix au contraire sontinépuii^bles; la paix profite à la pensée , agrandit le cercle de l'intelligence humaine , améliore et développe l'état social et politique des peuples; la paix est à la guerre , ce que la liberté est à l'esclavage.