QUATRIÈME QUESTION
Quels sont les effets matériels et moravo) des achats de blé par peur ou par agiotage ?
Les efifets matériels par peur ou par agiotage doublent les calamités causées par une mauvaise récotte. La peur produit raccaparement , l'agiotage fait monter les prix; dans l'un comme dans l'autre cas, les malheurs d'une disette sont aggravés par les profits réalisés par quelques-uns au détriment de tous.
Cette question est très-difficile à résoudre; si le salut public exige l'intervention du gouvernement , le droit de propriété , la liberté individuelle et commerciale ne peuvent être entravés ; du reste l'expérience prouve que le pouvoir est impuissant , lorsqu'il veut essayer de restreindre ou de réprimer les accaparements ou l'agiotage sur les grains. Pendant notre première révolution la puissance dictatoriale et terrible du Comité de salut public, ayant pour auxiliaire la guillotine , n'a pu vaincre l'obstination coupable des accapareurs. En voulant détruire le mal , le Comité de salut public l'a augmenté en supprimant les transactions qui , en temps de disette, prennent faussement le nom d'accaparement et d'agiotage.
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La véritable liberté ne comporte pas d'abus ; en laissant au commerce toutes ses allures , la concurrence corrige le mal: à défaut de la concurrence, les arrivages étrangers, la prévoyance d'un gouvernement éclairé, dont le droit en pareille circonstance est d'intervenir comme importateur, rétablissent promptement l'équilibre entre l'ofifre et la demande.
Cette question a été longuement traitée dans plusieurs écrits; la science a cherché le moyen de conserveries grains pour faire refluer l'excédant d'une année abondante sur les années de disette ; mais , jusqu'à ce jour, les systèmes ou les moyens matériels proposés ont été impuissants. Les grains sont une denrée difficile à manier ; si on les conserve par trop grandes masses dans les greniers, ils deviennent la proie des rats et des insectes , ou iK)nt exposés , par suite de l'encombrement , à une fermentation qui les fait geitner et pourrir.
Les greniers d'abondance sont condamnés , nou seulement par la difficulté qu'on éprouve à conserver les grains, mais encore, et c'est là le côté le plus important de cette question , parce que l'alimentation de ces greniers d'abondance fonctionne toujours au rebours du rôle bienfaisant qu'on veut leur faire jouer.
Pour approvisionner Jes greniers d'abondance , il faut retirer de la circulation , dès qu'on s'aperçoit que la récolte est insuffisante , des quantités de grains qui
raréfient la denrée sur les marchés el accroissent le malaise général. On devance ainsi Theure de la pénurie; on crée dans la population riche des imitateurs, on arrête les transactions du commerce ou on lui donne le signal de Faccaparement et de Tagiotage. La peur fait le reste, 1^ masses se frap{>ent; à la stupeur succède la colère, et c'est ainsi qu'on soulève dès populations qui, jusqu'alors, étaient restées paisibles.
Les approvisionnements sont aussi fatals aux années de disette qu'aux anné^ d'abondance. Lorsque la récolte est médiocre ou insuffisante^ les achats de grains destinés à être mis en réserve surhaussent les prix pour les avilir lorsque l'abondance est revenue. Par des achats sur de grandes masses on frappe les consommateurs, comme, plus tard, lors de la revente, on frappera les producteurs.
Laissons donc de côté ces moyens inutiles et dangereux pour porter toute notre activité sur l'améfioration de l'agriculture.Enaugmentantle rendement, en mettant notre production au-dessus des besoins de notre population , nous aurons trouvé le véritable remède aux effets matériels et moraux des achats de blé par peur ou par agiotage.
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