CINQUIÈME QUESTION
Quel e$t mr V apport, le voitwrage et la répartition des substances, l'effet des eanawe, des routes de terre, des chemins de fer et des chemins vicinaux ?
Comme note à cette question, M. de Gormenin Eut les réflexions suivantes :
<( Supposez que TÉtat ait entrepris à ses frais et achevé depuis quelques années la longue et magnifique route ferrée du Havre à Marseille , que serait-il arrivé? Nous n'eussions peut-être pas souffert de la disette, autant du moins : les blés vçnus de l'Asie par la Méditerranée et les blés venus d'Amérique par l'Océan, se fussent rencontrés au centre de la France , presque sans frais et sans difficultés de transport, et les veines transversales qui auraient abouti à cette grande artère eussent reçu à temps , et selon leurs besoins , toute l'alimentation qui leur manquait.
» D'un autre côté, les céréales de l'intérieur se fussent réparties plus commodément, et nous eussions eu moins d'oscillation de prix , de département à département.
» Pareillement, avec un bon sytème de canaux
navigables, on peut faire affluer les subsistances jusqu'au pied des montagnes.
» De même aussi, avec des chemins vicinaux viables en toute saison , bien empierrés, bien entretenus , les frêles voitures des fermiers apporteraient plus facilement les approvisionnements aux greniers de dépôt et aux marchés de vente des villes. 11 ne faut pas oublier que les céréales sont une matière trèslourde et très-encombrante , et que la distance du lieu de la production au lieu de la consommation , en augmente beaucoup le prix. »
Les moyens de circulation , déjà bien améliorés en France , sont loin d'avoir reçu tous leurs développements. L'insuffisance de nos voies de transport paralyse notre industrie en élevant considérablement le prix des matières premières et dii combustible. En 1847, cette insuffisance s'est fait particulièrement sentir pour les blés arrivés à Marseille ; alors que les grains étaient à un prix accessible dans les ports de mer de la Méditerranée ou de l'Océan , le centre de la France voyait monter ses niercuriales de grains h un taux hors de proportion avec le prix de cette denrée à la frontière.
Si nous n'améliorons pas notre rendement agricole, dans cinquante ans , il nous faudra tirer de l'étranger 35 à 40 millions d'hectolitres de grains , c'est-à-dire , transporter et voiturer une masse trois ou quatre foi& plus considérable que celle qu'il nous a été impossible,
SOCIÉTÉ d'Économie charitable. 391
même avec les secours du Gouvernement , de faire pénétrer en temps opportun des ports d'arrivage dans rintérieur de la France.
De toutes les voies de communications les chemins de fer sont celles qui peuvent effectuer les transports au meilleur marché possible. Le charroi d'une tonne de marchandise dans un chemin boueux, rempli d'ornières, en partie défoncé par une trop forte circulation ou nouvellemœt empierré , coûte 80 cent, par kilomètre. Sur les bonnes routes, le prix du même service n'est que de 30 centimes et se réduit à iO centimes sur les chemins de fer.
On comprend de quelle importance serait pour l'agriculture, pour l'industrie, pour notre force politique, le perfectionnement de nos voies de communications. Pour l'agriculture un vaste système de routes de terre , de chemins vicinaux , de rivières rendues navigables , de canaux , de cliemins de fer, mettrait ses produits, toujours encombrants, en valeur, par la.faciHtéetle bon marché des transports. Cette extrême mobilité des produits profiterait à l'industrie, et, par conséquent , au bien-être de la nation. Sous le rapport politique, la fecilité du déplaceme^t de la force militaire en augmenterait la puissance, en même temps qu'elle permettrait de réduire l'efiTectif qui nous ruine. Mais pour les subsistances surtout le perfectionnement de nos voies de communications est un point de la dernière importance.
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