SIXIÈME QUESTION
Quelles sont les consépiefices économiques^ agricoles , financières et politiques des importations , tant en viande qu*en grains ?
Les conséquences économiques sur le régime alimentaire des importations en viande et en grains sont presque nulles. En ce qui concerne les bestiaux tant sur pied qu'en viandes séchées et fumées , nous croyons avoir démontré qu'excepté la Russie, il n'était pas un état d'Europe auquel il fût possible de non» fournir de la viande en assez grande masse pour influer sur les prix de notre production. Pour la Russie , les craintes de concurrence sont chimériques, le coût du transport ou de la conduite du bétail s'oppose à toute importation lucrative.
Pour les grains, Texpérieûce démontre que l'étranger ne peut envoyer sur nos marchés ses céréales cpi'à des prix bien supérieurs à ceux de notre production pendant les bonnes années. Dans tous les cas , l'échelle des droits de douane sur les grains maintiendrait l'équilibre en faveur de notre agriculture qui, au prix minimum de 21 fr. 2[S par hectolitre , trouve, malgré
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le dépérissement de notre agriculture , une assez satisfaisante rémunération.
Sous le rapport financier , Tintroduction des denrées alimentaires produit les plus détestables effets. Les importations de graios font sortir des masses énormes de numéraire du pays qui demande, sans faire augmenter le solde des échanges de la part des contrées qui expédient. Le défaut de numéraire , le déplacement considérable et souvent inattendu du plus actif agent du commerce et de Tindustrie , la gène que la cherté des substances alimentaires apporte dans la fortune pubhque et privée , occasionne un temps d'arrêt dans toutes les transactions. Du haut en bas deFéchelle agricole, commerciale, industrielle se produit une secousse qui paralyse les transactions , arrête les travaux , suspend le mouvement producteur de tout un pays.
L'Angleterre dépensant 800 millions dans une seule année pour parer au déficit de subsistances causé par une mauvaise récolte, subit une crise financière qui jette son commerce et son industrie dans une stagnation qui est la mort. La France , pour solder en 1847 ses acquisitions de grains à l'étranger , fait sortir de son territoire 300 millions en rmméraire, et nous voyons, sans qu'on s'en rendit bien compte tout d'abord , non seulement le commerce et l'industrie restreindre leurs affaires, mais encore cet état de gêne porter sur tout le peuple , le mettre en mouvement ,
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occasionner un mécontentement , une fermentation qui font naître un pressentiment , bientôt réalisé , de la révolution qui doit éclater plus tard.
Au point de vue politique, c'est toujours un mal et un danger que d'être tributaire de l'étranger, surtout lorsqu'il s'agit de subsistances. Vienne une guerre maritime, et la première, la plus considérable bataille que nos ennemis gagnent infailliblement , c'est de nous affîimer. Si par suite du vicieux aménagement de notre sol , de l'augmentation progressive de notre population , nous^ sommes obligés d'aller chercher à l 'étranger un surcroit de subsistances, nous nous trouvons à la merci de l'Angleterre qui nous décime ou nous rançonne. Dans le cas d'une guerre continentale , les puissances étrangères nous ferment leurs portes et puisent leur force dans notre pénurie et notre isolement.
On le voit , de l'augmentation de notre production agricole découlent lesconséquences économiques, industrielles , financières et politiques qui font la force des États. Restreignez le morcellement , réglez l'aménagement du sol par des lois conservatrices , reconstituez la propriété productive, et vous accroîtrez tout aussitôt le rendement agricole, et vous délivrerez la France de Thumiliation et du danger d'aller mendier à l'étranger ou arracher de vive force le morceau de pain qui doit faire vivre sa population.
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