‹ Subsistances et populationsChapitre 26 sur 41 · NEUVIÈME QUESTION · texte numérisé non relu

NEUVIÈME QUESTION

Ne devrait-on pas et comment pourrait-on introduire , dam les écoles primaires de la campagne , renseignement des notions élémentaires sur l'agriculture?

Les écoles primaires de la campagne devraient être, selon nous , les véritables fermes-écoles de l'agriculture. Là , sans déplacement pour les enfbnts , sansfi*9is considérables pour l'État, au grand avantage des communes rurales, il serait possible de modifier rinstruction primaire et de lui faire jouer son véritable rôle. Aux demi-savants sortant des mains de MM. les instituteurs communaux, espèce d'instruction incomplète dont on ne connaît encore ni les avantages ni les dangers , on verrait succéder des occupations

qui , pour être plus modestes , n'en seraient pas moins utiles.

Il n'est pas une commune rurale en France qui n'ait à sa portée un terrain dont elle ne pût disposer, soit pour fonder une pépinière , un jardin potager ou se livrer à quelques essais de culture de céréales , de plantes sarclées ou de plantes industrielles.

Ces terrains annexés aux écoles primaires-agricoles, seraient exclusivement cultivés par les jeunes enfants. On graduerait le travail suivant l'âge et la force des élèves , l'agriculture ayant cela de bon sur l'industrie , c'est que toutes les forces , si chétives qu'elles soient, lui sont utiles , indispensables même.

La création d'une pépinière dans chaque commune serait un premier et très-salutaire bienfait ; le reboisement de la France, aujourd'hui paralysé par Tégoïsme et l'avidité des propriétaires ou par les difficultés qu'on éprouve lorsqu'il faut se procurer des plants convenables, s'entreprendrait alors sur iHie grande échelle. La création de nombreux vergers apporterait richesse , bien-être et bonheur aux populations rurales. Il n'est pas jusqu'à la culture des arbres d'agrément dont les produits vendus à bas prix , n'encourageât les propriétaires aisés à créer , à l'imitation de l'Angleterre, ces jardins paysagers, aussj agréables à la vue qu'ils sont dispendieux à entretenir et , par conséquent, utiles aux manouvriers indigents.

Les cultures maraîchères entreprises par les élèves

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des écoles primaires-agricoles auraient aussi des avantages bien précieux , surtout si Ton songe à Tinsouciance et Tincurie des habitants de nos campagnes à Tendroit des produits du jardinage. Faute de graines ou de connaissances suffisantes , nos cultivateurs négligent ou s'abstiennent de cultures maraîchères d'un bon produit. Après la pomme de terre , le chou, les laitues dégénérées , ils ne connaissent presque plus rien. Le jardin de l'école primaire-agricole n'aurait-il d'autre avantage que de permettre de récolter, pour les distribuer ensuite à bon marché aux propriétaires d'une même commune , les graines potagères les plus utiles , les plus avantageuses , celles qui donnent les meilleurs et les plus abondants légumes, que cela seul serait une bonne institution. Il est difficile de soupçonner à quel point les campagnes éloignées des grandes villes manquent de bonnes graines de semence; de là ces déceptions continuelles qui fatiguent , dégoûtent, et la culture des légumes , comme celle des arbres forestiers et fruitiers, est négligée d'abord, pour être abandonnée ensuite.

Si le terrain de l'école primaire-agricole le permettait, quelques planches de céréales ne seraient point inutiles , ne fût-ce que pour apprendre de bonne heure aux enfants à connaître les espèces , les diverses pratiques économiques et productives d'une culture perfectionnée.

L'école primaire-agricole s'occuperait aussi de

plantes sarclées, de prairies artificielles, de cultures industrielles et de toutes les menues œuvres de l'agriculture qui sont autant de sources fécondes d'où découle la production.

Faute d'espace , nous n'indiquons que très sommairement notre pensée au sujet de la création des écoles primaires-agricoles; nous nous réservons de revenir plus tard sur une question que nous considérons comme devant être de la plus haute utilité , tant pour l'instruction agricole que pour l'augmentation de nos subsistances.

Pas n'est besoin d'ajouter que ce projet ne demande presque aucune dépense; dans tous les cas les déboursés nécessaires à la création des écoles primaires-agricoles seraient bientôt couverts par la vente des arbres forestiers , fruitiers, d'agrément, par les graines , les légumes et céréales.

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