‹ Subsistances et populationsChapitre 27 sur 41 · DIXIÈME QUESTION · texte numérisé non relu

DIXIÈME QUESTION

N'y aurait-il pas moyen d'employer plus fructueusement qu'on ne Va fait jusqu'ici les irrigations , tant des cours d'eau navigables que des cours d'eau non flottables ni navigables^ qui sillonnent la France en tous sens ; à convertir, par exemple , en prairies ou en cultures rizières, oléagineuses ou potagères , des champs riverains , aujourd'hui presque improductifs ?

Certainement les irrigations des cours d'eau non navigables ni flottables qui sillonnent la France en tous sens peuvent être améliorées. -Nous avons fait encore bien peu de progrès sous ce rapport. Mais ne faut-il attribuer notre infériorité , en ce qui concerne les irrigations, qu'à notre insouciance ou à notre incurie? D'autres causes ne concourent-elles pas à entraver notre essor dans la voie du progrès? Là est toute la question.

Une bonne partie de la France par sa situation géographique, par le climat tempéré dont elle jouit, par l'influence d'une atmosphère humide causée par le voisinage de la mer, n'est pas propre aux irrigations.

La soinme des pluies d*une année entière équivaut à une hauteur de 75 centimètres , bientôt réduits à 32 par la moyenne d'évaporation. Ces 32 centimètres d'eau sont plus que suffisants , avec les autres conditions dont nous venons de parler, pour assurer de bonnes récoltes en céréales, dans plus de la moitié de la France. Les bienfaits de Firrigation sont donc contestables. Mais nous admettons , pour un instant , que toute la superficie de notre pays ait besoin , pour assurer et augmenter sa production , d'un vaste système d'irrigation. Comment résoudre la difficulté de l'aménagement des eaux en présence du morcellement de la propriété foncière? Il n'est pas d'arrondissement qui ne compte des millions de parcelles , parcelles toutes soumises à des cultures différentes , la plupart donnant des récoltes que l'irrigation anéantirait . Soumettez centhectares à l'irrigation , et quelques précautions que vous ayez prises, il est certain que , soit par l'infiltration, ou autrement, vos eaux trouveront des parcelles plantées en vigne , des céréales , beaucoup de plantes qui ne demandent , pour venir à bien , qu'un peu d'humidité atmosphérique et du soleil.

Il y a entre le parcours , la vaine pâture et un système général d'irrigations une grande similitude ; le parcours et la vaine pâture ne sont pas plus faciles à supprimer que l'irrigation n'est facile à établir. Le morcellement, l'inextricable désordre de la propriété,

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les innombrables intérêts qu'il faudra concilier et régler, la question d'argent qui sera une grosse affaire lorsqu'il s'agira de solder les frais d'un vaste système d'irrigation et de dessèchement , sont autant de pierres d'achoppement contre lesquelles viendront se briser toutes les tentatives qui ne seront pas précédées de l'agglomération des parcelles , de la reconstitution d'une moyenne propriété sagement aménagée.

Ce n'est pas à dire qu'il ne se trouve sur quelques points de la France certains terrains où il n'y aurait pas utilité et profit à entreprendre des travaux d'irrigations et de dessèchement; mais ces superficies sont rares, peu étudiées , peu connues et demandent, avant tout, des études sérieuses , faites par des hommes compétents , avant qu'il soit possible de songer à en tirer parti.

Sans le morcellement , nous pourrions en France supprimer le parcours et la vaine pâture, irriguer quelques plaines presques stériles , aujourd'hui coûteusement cultivées en céréales , et les convertir en prairies productives.

D'après M. de Gasparin , la France ne possède que 4,198,000 hectaresde prés naturels ne pouvant nourrir que 52,000,000 tètes de toute espèce de bestiaux équivalant à 14,000,000 de bœufs et vaches. En triplant l'étendue de nos prés , nous triplerions notre bétail , notre fumier, notre production en blé , et la grave question des subsistances serait résolue.

On le voit , la création d'un vaste système d'irri-

gâtions demande , avant d'être convenablement posée , la solution préalable de bira des questions , et , avant tout, la suppression du morcellement. Les intérêts de Tagriculture se trouvât constamment en présence du morcellement, cette détestable erreur de révolutionnaires incapables qui n'ont pas su prévoir qu'en divisant à Tinfini notre sol , ils entraveraient toutes les tentatives et s'opposeraient à tout progrès.

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