TREIZIÈME QUESTION
Que doit-on attendre des nouvelles inventions et méthodes pour garantir de leurs maladies, des insectes et des accidents ordinaires, soit les blés en meules, en granges ou en silos, semés ou sur pied, soit les pommes de terre ; pour moudre les grains, pour bluter les farines, pour fabriquer le pain ? Pour faire des économies sur certaines alimentations dont la farine est la base ?
Voilà une questîonplusfacile à poser qu'à résoudre. Si on en juge par ce qui a été fait, par ce qui est tenté chaque jour, nos produits doivent être à Fabri des maladies , des insectes et des accidents ordinaires. Jamais peut-être nation n'a plus cherché, plus travaillé , plus innové , mais que reste-t-il de tous ces procédés ou de toutes ces machines ? Ce qu'il en reste forme la collection des brevets d'inventions, espèce d'ossuaire vulgaire qui n'a jamais reçu un mort illustre. Quelques procédés cependant sont infaillibles, mais ils sont toujours trop coûteux ou impossibles à mettre en pratique lorsqu'il s'agit de les exploiter en grand.
I^ plus sage, c'est de chercher par des soins
continus, une surveillance de tous les instants, une activité toujours en éveil, le meilleur mode d'aménagement et de conservation de nos denrées, alimentaires ; c'est de tenir compte du climat, des variations atmophériques qui ont tant d'influence sur la conservation de nos produits.
Il y a aussi beaucoup à faire, et en cela nous devrions imiter les Anglais, non seulement sur l'espèce de blé à cultiver, mais encore sur la manière de moudre les grains et de les bluter. En France , dans beaucoup de contrées , les pratiques de la meunerie sont si vicieuses qu'il se perd plus de 30 pour cent de farine. Le mode de fabrication du pain aurait aussi besoin d'être amélioré, et nous ne doutons pas qu'avant peu, si les recherches auxquelles on se livre continuent , on ne trouve le moyen de perfectionner sensiblement la fabrication du pain , soit en mêlant de nouvelles substances à la farine , soit en adoptant un mode de cuisson plus parfait et plus économique.
De sages règlements sur la boulangerie sont encore à faire. Depuis quelque temps les administrations locales semblent tolérer certaines fraudes sur les farines et ne surveillent pas assez la vente du pain qui devrait toujours être au poids, malgré les doléances de MM. les boulangers à ce sujet.
Pour nous , la meilleure de toutes les inventions, tant pour garantir de leurs maladies, des insectes et
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des accidents ordinaires , soit les blés en granges ou en silos, semés ou sur pied, soit les pommes de terre ; pour moudre les grains , pour bluter les farines, pour fabriquer le pain, pour faire des économies sur certaines alimentations dont la farine est la base, c'est d'augmenter notre production par la suppression d'un morcellement exagéré.
En augmentant notre production , les pertes que nous venons d'énumérer deviennent insignifiantes et les déchets bien au-dessous dés dépenses qu'il faudrait faire pour les éviter.
quatorzième question.
Dans quelle proportion l'usage et la consommation des légumes y des fruits y des vins et boissons fermentées, du laitage, des œufs, du sucre, du café, du riz, du gibier, des poissons de mer et de rivière, de toute sorte de viandes et autres substances alimentaires diminuent-ils la dépense des céréales ?
Nous ne posons les chiffres qui suivent qu'avec une extrême circonspection ; si habiles, si ingénieuses qu'on veuille trouver les statistiques, nous ne pensons pas qu'il soit jamais possible d'arriver à trouver d'une
manière exacte dans quelle proportion, par rapport à nos subsistances, les légumes potagers , les fruits, le laitage, les œufs, le gibier, le poissonf de mer et de rivière diminuent la dépense des céréales.
M. de Gasparin pose les chiffres suivants; nous donnons ensuite leur équivalent en froment.
Lait.. 3,755,000,000 kil.
OEufs 70,000,000
Poissons 30,000,000
Total 3,855,000,000
Lait équivalant à. . . 1 ,126,500,000 k. de froment OEufs équivalant à . . 1 49,400,000 — Poissons équivalant à 49,800,000 —
Total 1 ,325,700,000 k. de froment
Ce.t équivalent en froment représente à-peu~près 18 millions d'hectolitres ou un peu plus de neuf grammes par jour et par tète d'habitant.
Les fruits , le gibier et le café surtout sont des denrées de grand luxe, il n'en peut donc être ici question.
Le sucre et le riz, au contraire, veulent être examinés avec soin. Pour ces deux denrées rien n'est donné au hasard , la douane ayant pris bonne note des quantités fabriquées ou importées.
La consommation du sucre en France est par an de 1 1 4 millions de kilogrammes.
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Dans Tannée 1841, il est entré 12,278 309 kilogrammes de riz.
En nous servant des analyses et assimilations de MM. James et Johnston nous trouvons que les 114 millions de kilogrammes de sucre consommés en France équivalent à 1,100,000 hectolitres de blé, et, pour le riz, à 110,000 hectolitres. Ce qui donne , pour ces deux denrées , un surcroît d'alimentation qu'on peut évaluer, par an et par tête , à deux kilogrammes 35 grammes de froment.
Comme on le pense bien, les deux dernières denrées dont nous venons de parler, copime le fruit , le gibier et le café , sont principalement destinées aux classes riches. Les pauvres ne connaissent souvent ces substances alimentaires que torsqu'ils sont à Thôpital, à titre de remède.
quinzième question.
Quelle est la différence numérique entre les cultivateurs de toute e^èce qui produisent , par leur travail manuel y des subsistances de toute espèce , et ceux qui, travailleurs industriels où non, les consomment ?
Il est très-difficile de répondre à crtte question ; la basé manque, lé résultat nous échappe. Une bonne'
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statistique des cultivateurs qui produiseat et de ceux qui consomment est encore à faire. De ce travail pourraient cependant résulter les plus utiles enseignements , tant pour la répartition du travail que pour la répartition des subsistances. En opérant un recensement de la population , il serait facile de mettre en regard de chaque nom une note qui indiquât d'une manière exacte la pmfession , la qualité de producteur ou de consommateur.
Voici , à ce sujet, ce que dit M. Rubichon dans ses remarques sur Tagriculture en France :
« Il y a cinquante ans , que sur cent familles « il en était cinquante de Tordre des paysans , et autant d'un ordre supérieur. Aujourd'hui, il y a 75 familles de paysans et 25 des autres ordres. Le Code Napoléon tient le corps social dans un état perpétuel d'hostilité intestine et porte toutes les forces d'un seul coté ; car d'ici à un temps donné, sur 100 familles, il n'en restera que 15 des classes supérieures. Le nombre proportionnel des familles des paysans , qui n'auront pas une étendue de sol qui puisse les faire vivre , sera alors de 5 ou 6 contre un. Ils regarderont comme propriétaires illégitimes les habitants des villes qui possèdent des terres. C'est là le princii)e fondamental de leur éducation, principe qui doit se développer lorsqu'elles seront à la proportion que nous avons établie , ce qui ne demande pas un bien grand nombre d'années. La France arrivera là sans même s'en
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apercevoir, à moins qu'une guerre civile ou étrangère ne prévienne cette complète dissolution , qui provient de la même cause que celle qui a détruit les empires qui Tont été : la disette d'abord et en suite la fa-mine. »