‹ Subsistances et populationsChapitre 5 sur 41 · XII · texte numérisé non relu

XII

Traitons maintenant Hmportante et féconde question du morcellement immodéré sôus le rapport de rélève du bétail, de la culture du blé et autres céréales

de première nécessité. Le$ sub^tauces sont notre grande affaire ; nous avons la ferme conviction que c'est le mot de l'énigme sociale et que plutôt ce mot sera dégagé de l'inconnu , plutôt nous aurons l'ordre et la paix sans lesquels il n'y a pas de société possible.

Les subsistances diminuent rapidement; ce fait déplorable serait peut-être encore passé longtemps inaperçu si la disette de 1847 et les souffrances toujours grandissantes des classes ouvrières n'avaient enfin éveillé l'attention de tous les hommes prudents.

M. de Cormenin était bien inspiré lorsqu'il mutait au concours cette importante question : Pourquoi la production de la France est-elle constamment au dessous de sa consommation ?

Pour résoudre ce proUême, on a épuisé toutes les suppositions ; les penseurs se sont accrochés aux. branches delà science et de l'économie pditique, sans daigner jeter un regard sur la terre, ce grand réservoir de toutes les choses qui sont utiles et indispensables à l'humanité.

Quelles que soient la richesse et la fécondité du sol, si vous lui demandez toujours des produits sans le régénérer, sans le vivifier, vous arriverez -bien vite à l'épuisement et à la stérilité : c'est un principe élémentaire d'économie rurale. Avec le morcellement, les Français ont usé de la terre comme des enfants prodigues , des dissipateur^ , des sauvages ; ils ont man^ ie fonds ^yec le revenu, ils. ont co^pé l'arbre

mSTOIRE mî MORCELLEMENT. 111

pour en avoir les fruits, sans se soucier du présent, sans s'inquiéter de l'avenir !

En traçant Thisloire du morcellement, nous avons aussi tracé Thistoire de la décroissance de nos produits de première nécessité. Avec l'augmentation des parcelles, on voit diminuer les subsistances les plus indispensables, blé, viande, vin ;>n suit comme à la trace cette décadence dans la quantité et la qualité, on a comme un pressentiment , bientôt vérifié , de l'état de misère, de décrépitude et d'avilissement où est tombée notre agriculture.

Pourquoi le dissimuler plus longtemps : le pays a besoin de connaître toute la vérité , c'est son droit, comme il est de notre devoir d'éclairer les incrédules qui mettent encore en doute les désastres causés par les lois sur la propriété et lès successions.

Le sol de la France est arrivé à un tel état de morcellement, de division et d'anarchie, que bientôt le haut prix des subsistances sera inaccessible aux travailleurs. Pour l'agriculture, la calamité qui nous menace se traduit par ce fait, c'est qu'avec la parcelle, il n'est plus possible de se livrer à l'élèye du bétail, parce que, cultivant à bras, le secours des bétes de charrue est inutile d'abord, et ensuite parce que la parcelle en détruisant les prés ou s'opposant à leur création, a fait disparaître aussi la nourriture. Lorsque le bétail manque, le fumier fait défaut; plus de fumier, plus de blé : c'est la loi inévitable .

Là t^re étant la base de tout, du moment que vous violentez cette base, que du rocher solide qui porte tout l'édifice, vous avez fait uûe massa friable qui tombe en poussière et ne peut plus rien soutenir, vous avez contrarié et rompu les lois de l'équilibre, vous n'avez fait que d^ ruines.

Les études les mieux faites, les documents las plus authentiques , puis^ aux sources les plus véridiques , constatent que non seulement le bétail a considérablement diminué, mais encore qu'il a .ocmsâdérablement dégénéré , grâce surtout à la mauvaise nourriture et au peu qu'il est possible d'en donn^. Les issmsy qui ne se mang^t pas, tmt augmenté; le poids moyen a diminué, la viande a: perdu sa qualité avec sa graisse. Si des races bovines, nous passons ^ux raoes ovines , la décadence est aicc»^ plus marquée; la laiae n'a plus aucune des qualités que veut l'industrie, le poids de la tœson est insi^îfiant ; quant à la viande, excepté à Paris, qui attira tous 1^ produits exceptionnels parce qu'il peut ies payer, dans certaines contrées, elle n'est plus mangeable.

Djspuis quelques annéfôf, pour remédier à la d^nérescence de nos races j le go^ememeiit a lente

plusieurs essais. Dans l^ei^oir de vivifier nos races bovines par <Jes eroisemeats judicieux, il a demandé et fait venir à grands frais d'Angleterre des sujets de la belle race améficNrée de Durham. Nos éleveurs sont restés éèahis, confondus à l'aspect de ces superbes animaux, aux formes si parfaites» où tout a été calculé, — oui, tout a été calculé par Backcwell, — en vue d'un engraissement précoce» facile, et surtout en vue de l'augmentation des parties nutritives. La France agricole a tressailli d'espérance lors de ces premières importatioifâ. Avec le Durham, ces mastodontes de chair sans os, les diétives races de nos pays dévident promptementse transformer. Ce fut de partout alors comme un ^concert d'espéranees et d'admiration ; les cultivateurs se dii^utèrent avec acharnement les taureaux mis en vente aux enchères, ce fut à qui ramènerait de Paris une de ces merveilles que la province a tant admirées.

Cependant les illusions devaient être de courte durée ; le gouvernement d'alors , les cultivateurs anglomanes, tous les éleveurs enthousiastes qui criaient au miracle et rêvaient fortune en rêvant Durham, ayant compté sans le morcellement, furent obligés de compter deux fois. H y a même encore quelques esiMrits persévérants qui ne se tiennent pas pour battus et luttent toujours, mais si vous voulez savoir ce que leur coûte cette innovation qui devait les conduire à la fortune , passez au bureau des hypothèques où

Monsieur le conservateur qui ne rêve pas, lui, pourra vous remettre un bordereau d'inscription qui vous fera réfléchir.

En introduisant avec tant de solennité les races anglaises en France «t en les adoptant avec un engouement irréflécki, le gouvamementet les agriculteurs avaient oublié une chose assez essentielle cependant, c'est qu'il faudrait les nourrir. Où prendre, avec le morcellement qui égratigne le sol, les masses de bons fourrages indispensables pour soutenir et fortifier les qualités exceptionnelles qui font la réputation et la fortune des Durham ? Excepté chez quelques riches agriculteurs , qui se donnent le luxe du Durham, comme d'autres se^ donnent le luxe des chevaux et des voitures, cette race a partout, sous l'influence d'une nourriture insuffisante et mauvaise, promptement dégénéré et cela à ce point que les métis trois-quarts n'ont, le plus souvent, aucune des qualités qui distinguent cette race «admirable.

Ce qui est dit pour les races bovines anglaises s'applique de tous points aux tentatives faites sur les races ovines du même pays. Les moutons Dishley, les Southdown ont trouvé beaucoup d'admirateurs et peu

de partisans : ça été un succès de curiosité et voilà tout. Le remède des importations de bétail ne pouvait rien pour guérir la maladie qui tue notre agriculture, le mal n'était pas là ; «n agir ainsi , c'est vouloir mettre la conséquence avant le principe, le résultat avant les moyens de l'obtenir. De cette anomalie est résulté la déception, le découragement, et cependant ces tentatives méritaient un meilleur sort : nous espérons qu'en des temps plus favorables on y reviendra.

Le bétail ayant fortement diminué , le fumier a suivi la même marche. Le fumier, c'est le baromètre de l'agriculture, c'est la pierre de touche du progrès ou de la décadence d'une exploitation. De toutes les pertes, de tous les mécomptes qui peuvent assaillir la production, il n'en est pas de plus sensibles que la disparition du fumier qui, après tout, sachez-le bien, est le premier des agronomes.

Cette vérité pourra peut-être blesser quelques Dombasle méconnus, froisser l'amour-propre de plus d'un agriculteur prétentieux, mais elle est réelle. Sans fumier, quelle que soit la perfection • des labours , l'époque favorable des semailles, les dispositions climatériques de toute une année, vous n'obtiendrez qu'une récolte insuffisante. De toutes les choses qui se paient, le fumier est la seule qui ne se vende pas ; avec de l'or, vous pouvez avoir de tout excepté du vil et immonde fumier. Dans nos campagnes, vous

trouverez à achetter du blé, mais presque jamais de fumier ; l'agriculteur qui vous le vendrait ne serait pas seulement un maladroit, ce serait un insensé.

Nous savons bien que les forts, les savants , les chimistes sont venus dire aux agriculteurs : à quoi bon vous tant désespérer? Est-ce que la science n'^t pas là ? Est-ce que nous n'avons pas trouvé des engrais pour tous les produits. Est-ce que nous ne pouvons pas remplacer avec avantage, et en centuplant ses vertus, ce misérable et infect fumier qui empoisonne de ses émanations putrides vos fermes et vos maisons, etc ?

Nous nous arrêtons ici, ne voulant pas suivre plus loin le charlatanisme des livres publiés à grand renfort d'annonces mensongère. Que Dieu vous garde de la chimie agricole et ses miracles t De toutes les calamités qui affligent notre agriculture c'est la plus funeste, la plus ruineuse.

C'est à l'Aliemage , au célèbre Liebig que nous devons cette école un peu ridiculisée de nos Jours qui dit que le sol ne doit servir qu'à fixer les racines des plantes et à conduire l'eau et les sels nutritifs dont elles ont besoin.

HISTOIRE DU MORCELLEMENl . ïlî

« Sekmce système, écrit quelque part M. le docleur Fischer^ il s'agit seulement de soumettre le« plantes à une analyse exacte, pour découvrir leur contenu en cendres, et rendre an sol la même quantité en substonOB» inorganiques. Le sol est une bonne nourrice, qui transmet aux plantes les aliments que M. le doct^ir Liebig a jugés convenables pour elles. Les cultivateurs sont soulagés du soin pénible de se procurer une quantité suffisante de fumier. M. Petzhotdt leur apprend que non seulement le fumier n'est pas ^eessaire, mais q^i'il est même nuisible, parce que les principes nutritifs qu'il contient ne sont que très-rareildent distribués aux plantes, dans les proportions que demande leur individualité.

» C'est une particularité de cette doctriùe, qu'elle semble ne s'occuper que de la nourriture des plantes, qu'on doit leur donn^ par des matières inorganiques. On semble ign(H*er qu'outre la nourriture, la vie végétative a encore d'autrœ besoins, tels que la him^re, ladiateur, l'humidité, Tévaporation, etc.

» Cependant il y a des hommes qui s'extasient devant cet illustre professeur, qui veut nous apprendre, à nous cultivateurs, à produire une pièce de 5 francs avec une pièce de 20 francs. »

Ces découvertes seraient peut-être applicables si on pouvait mettre en ligne de compte les secrets, les mystérieuses et introuvables combinaisons de la nature , tous* les phénomènes inconnus et inommés qui

s'opèrent pendant la germination, la naissance, la végétation, la floraison, la fructification d'une plante. Pourquoi ei^érer percer les voies divines de la providence ? Si Dieu vous donnait son secret, Thonime serait aussi grand que lui, ce qui ne peut être.

Donc les chimistes se s^it mis à l'œuvre et les voilà qui étiquettent leurs engrais parfumés, — le mot n'est pas de trop, — comme les pharmaciens étiquettent leurs médicaments. Il y a une série de flacons pour le blé, l'orge, le seigle, l'avoine, et toutes les céréales ; il y a une autre série pour les plantes fourragères, une troisième pour les plantes à racines comestiblesr^ etc., etc. Ce n'est plus de l'engrais, c'est de l'essence, de la quintessence d'engrais ; c'est la médecine homéopathique appliquée à l'agriculture, avec une pincée de ces engrais chimiques pulvélurents, vous obtenez des merveilles, des prodiges de végétation. Et comment en serait-il autrement ? Dans la composition du grand régénérateur la chimie a accumulé tous les sels*, toutesfes substances qui constituent la plante que vous voulez cultiver. Convenez' que cette plante serait bien difficile, si elle ne s'accommockdt pas de l'excelli^t régime auquel vous la soumettez ?

Disons-le tout de suite, voilà des misères, des puérilités, des montes pour amuser les enfants, tout cela n'est pas plus sérieux que vrai. Et cependant que de gens s'y sont laissé prendre, que de sommes

énormes dépensées en pure perte I L'agriculture était encore une fois sauvée \ le remède était certain, infaillible, il n'était plus possible d'en douter.... Les expériences avaient été faites avec un plein succès, dans un carré de jardin ou sur les plombs d'un toit. . . . Les hoinmes instruits etmodestes qui font la gloire delà France se sont bien. gardés. de donner dans, ces exagérations d'un charlatanisme honteux; ils travaillent à résoudre des problême^d'amélioratiofi* agricoles ; maisilsse gardent bien, en émettant l^rs théories, de vouloir rivaliser avec la nature et reconnaissent que le meilleur des engrais est encore et sera toujours celui qui est produit par des bestiaux bien nourris et bi^i soignés.

La plaie du morcellement devait donner naissance à bien d'autres mensonges ; on écrivait un volume sur les remèdes ridicules ou dangereux qui ont été proposés pour relever la fécondité de la terre épuisée. Dans leur excès d'innovations, les sauveurs de l'agriculture ont exploré toutes les branches, se sont accrochés à tous les produits. Il n'y a pas jusqu'au sel qui n'ait été mis en cause.

Pour la nourriture de rhoBune, quelle que soît la légèreté de Tiinpôt sur le sel, cet impôt est de trop. « Le sel fait partie de réeoDomie domestique, dît Lamartii^ ; l'imposer, c'est comiM si on imposait le âang et les nerfs de l'honmie. i^

Déjà, sous Henri it, Sully reg^urdait comme une impitoyable dureté de vendre si cher au pauvre une denrée si commune et pourtant si nécessaire.

Yauban regardait le sel comme la manne donnée à l'homme par le ciel, et il voulait dans sa Dime Royale^ une régie paternelle cjui la distribuât à bas prix au pauvre peuple.

a Le sel , disait l'abbé Maury, est un cinquième élément ; la disette du sel ou sa cherté est donc au nombre des calamités que le corps législatif doit prévenir. »

Casimir Périer répétait souvent : « Ne sait-on pas que nous devons chaque jour nous attendre à la réduction ou même à la suppression de l'impôt du sel ? »

Hume : a II n'y a peut-être pas d'ab(dition de taxe qui ait produit d'aussi heureux résultats sur toutes les classes que celle du sel en Angleterre. »

Brougham : m J'ose vous prédire que si la chambre fait son devoir, cet impôt , que tout le nMmde est d'accord pour repousser, sera aboli. »

Cobden : « L'opinion publique regarde l'impôt du sel comme une cruauté envers le peuple. »

HISTOIRE DU MORCELtBMKNT. 121

Nous pourrions multiplier ces citations à Finfini. Depuis Sully jusqu'à nos jours, les plus grands hommes de la France et de FÂngleterre ont én^^ue^ ment demaadé la suppression de Timpôt sur le sel.

A l'heure où nous écrivons ces lignes plusieurs conseils généraux, une certaine fraction de l'assemblée lég^atiye» demandent , vu le découvert én^mne de notre bud^t , que raneien droit de 3 décimes soit r^abli, du moins temporairement. Non seulement cette demande est injuste, mais elle est maladroite. Il est triste dé constater combien en France les bonnes idées mettent de temps à faire leur diemin. En 4847, M. J.-J: JuUien a publié un livre intitulé : Le seL inq^ât, réàuctùm, régie. Ce livre, qui est comme l'alpha et l'oméga de la science sur cette matière, donne une solution mathématique aux deux tennes de ce problème :

Abaisser le prix du sel de 20 c. par kilogramme, sans diminuer d'un centime le revenu qu'il donne au trésor.

Organiser la production, le transport, la vente et le commerce du sel, dans le triple intérêt du produc^ teiir, du c(msommateur et du commerce d'exportation.

Le beau travail de M. Jullien n'avait cependant pas édiappé à la vigilante attention de M. le ministre des Finances. Un projet de loi, avec exposé des motifs calqués sur le livre de N. Jullien, était d^à déposé

par le Ministre lorsque la révotution de fêtrier a éclaté. La République tenant à honneur de réaliser les promesses faites par la Restauration et la monarchie de Juillet, le sel a été dégrevé au grand préjudice du trésor qui ne peut se passer en ce moment des 50 millions perdus sur la perception de ce seul impôt. Il conviendra donc, dans l'intérêt des consommateurs, comme dans Tintérèt de nos fins^ces, d'adopter, si on veut revenir sur le vote du mois de décembre 1848^1es bases posées par M. J.-J. Jullien.

Au point de vue agricole, aucune expérience bien fkite ne démontre que le sel soit utile à la végétation ; tout, au contraire, prouve que cet agent est dangereuxV presque, toujours nui^ble. Quelle que soit la manière d'employer le sel, (pi'il soit en crktaux, en dissolution complète ou mélangé avec d'aulres substances, cet emploi est toujours difficile. M. de Dombasle ne se sert du sel cpi'avec une certaine circonspection, il ne le recommande, ni ne le défend, il laisse l'utilité et l'opportunité de son usage à la sagesse, à la prudence et à' la sagacité des agronomes intelligents et instruits. Et eu effet, l'emploi du^l en agriculture est une eiq>érience qui demande les plus grands soins, les connaissances les plus approfondies en géologie, et encot*e tout cela devient-il inutile, F homme n'ayant pas encore trouvé le moyen de connaître à l'avance dans quelles conditions d'humidité ou de sécheresse se trouve le sol pendant l'année

des expériences. La Constituante de 1848 a donc donné tôte baissée dans une utopie lorsqu'elle a cru sur parole les orateurs qui sont venus lui affirmer qu'en diminuant ll'impôt des deux tiers, l'agriculture s'empresserait de profiter de ce dégrèvement pour se servir du sel comme engrais. Nous ne craignons pas de le dire, à l'heure qu'il est, la douane n'a pas encore livré un grain de sel à l'agriculture et cette innovation tant prônée n'aura d'autre effet, et celui-là est bien positif, que de produire un déficit énorme au budget.

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Il n'est pas non plus très-exact' d'affinAer que l'emploi du sel pour la nourriture du bétail soit une bonne chose. De ce côté, nous nous heurtons encore aux impénétrables lois de la nature. Nos plus grands éleveurs ne sont pîis d'accord sur ce sujet» les expériences ont été à la fois affirmatives et négatives. La donnée du problème est, déjà très-obseure, très-embrouillée , la solution n'en saurait être ni claire , ni compréhensible. Nous savons bien que certains fourrages récoltés sur les lais de mer et par conséquent très-imprégnés de sel sont très-favorables à la santé et à l'engraissement du bétail , mais nous ne devinons

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rien du travail mystérieux et occulte qui s'est opéré pendant la végétation des herbes composant ces fourrages. Les parties salines se sont*elles incorporées aux plantes par les racines ou par les tiges? Bans le premier cas, le sel a été, pour ainsi dire, distillé par la végétation , il s'est transformé, il noua échappe; dans le second cas , le sel s'est mélangé avec l'air humide , il a été absorbé par les feuilles de la plante , il nous échappe encore. Si parfeite, si puissante que soit l'analyse , il n'y a pas de creuset ou d'alambic , il n'y a pas de précipités qui puissent donner la solution de ce problème.

Le sel est éminemment antiseptique , il peut donc être bon pour le bétail comme médicament, mais hors de cette application, gardez-vous de l'employer. Nous avons plusieurs fois été à même de constater tout le mal qu'il peut faire.

Nous voici donc obligé , après avoir analysé quel*ques palliatifs , de revenir au vulgaire fumier d'étabte et de reconnaître une fois pour toutes que , grâ<^ au morcellement exce^if de la prc^riété foncière en France , le précieux agent reproducteur manque complètement.

Pas de fumier, pas de blé, cet axiome est terrible; il fait peser sur le présent une cruelle incertitude et sur l'avenir les {dus sombres aj^rébensions.

Dans sa. misère , pour tromper la faim , le peuple des campagnes s'est jeté sur la culture de la pomme de terre, du maïs, du blé noir, sur toutes les substances alimentaires de second ordre. La pomme de terre surtout , à défaut de blé , de viande , a été adoptée par le peuple pauvre qui ^ fait aujourd'hui presque sa seule nourriture,

& k quantité du fumier disponible chaque année est le baromètre de la prospérité agricole , la culture de la pomme de terre donne au8si la mesure exacte du degré d'abaissement de la fécondité du sol et de la misère du peuple ; c'est la dernière tentative permise à une nation qui manque du nécessaire et cherche Picore à se faire illusion. Il a fallu la terrible maladie qui depuis cinq ans ravage ce tubercule, il a fellu cet avertisi^m^t-du ciel, pour que les cultivateurs se rendissent hi&a compte des tristes résultats d'une récolte aussi pauvre comme production qu'elle est malsaine coomie nourriture.

Voyez où en sont arrivés les Irlandais dont le pays est cependant si fertile, par suite , non du morcellement de la terre, en Irlande, moins qu'ailleurs, la terre est morcellée , mais k cause de l'organisation viei^ise des baux à ferme , ce qui est plus grave encore! Voye:i ce peuple qui émigré, triste palliatif , au

dire de Malthus, ou qui s'éteint faute de subsistances, par suite de l'organisation vicieuse de son agriculture, de cette pratique déplorable des grands propriétaires qui , vivant loin de leurs terres, afferment à un agent général, qui réaffernie à des agents principaux, lesquels sous-afferment par parcelles à des sous-agents qui louent eux-mêmes à d'autres cultivateurs , et, ainsi de suite jusqu'à une extrême division , si bien que les domaines , tout en restant intacts entre les mains des propriétaires comme superficie , sont plus divisés, plus morcelles comme culture , que le sol de la France. Aussi la misère est-elle à son comble en ce malheureux pays , qui en est réduit à recevoir de l'étranger tout le blé , presque toute la viande, nécessaires à son alimentation.

Comme en Irlande, la pomme de terre envahit déjà toutes nos cultures, on la voit peu-à-peu se substituer au blé et prendre une place importante dans notre alimentation. Ces progrès sont douloureux à constater; la pomme de terre contient très-peu de parties nutritives en comparaison de ses parties malfaisantes et délétères. Les gens du peuple qui ne mangent que de ce tubercule, faute de choses plus substantielles et plus saines, trompent la faim, mais ne se nourrissent pas.

L'inexorable problême de l'alimentation est donc aujourd'hui posé d'une manière irrévocable. De la solution prompte , immédiate dé ce problême, dépend le repos et la sécurité de tous. Malheur à ceux qu'un

froid égoïsme rend aveugles et sourds , car un jour viendra où, pour n'avoir pas voulu voir et entendre , ils assisteront à une révolution qui n'aura rien de politique, rien de social, mais sera le dernier excès d'une nationalité qui tombe dans la barbarie, d'un peuple qui se suicide.

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