‹ Sud-AmériqueChapitre 13 sur 21 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

Le détroit de Magellan et Sandy-Point, — L*tle de Robinion Gmioê. — Valparaito ; Santiago. — Tremblements de terre. — RétolUt» économiques de TExposition de 1875. — Politique intérieare.

A bord de Vlheria, 8 août 1816.

Le 22 juillet, dans la matinée, je quittais sur Vlberia, de la Compagnie du Pacifique, la rade de Rio de Janeiro. Ce ne fut pas sans émotion, je Tavoue, que je vis s'efiacer peu à peu, dans le lointain, ce panorama qui pour moi résumait le Brésil et me rappelait tant d'heures charmantes.

Quatre jours après nous stoppions en vue de Montevideo pour prendre les passagers et les dépêches; puis bientôt, sortant Au Rio de laPlata, nous mettions le cap sur le sud. Vlberia est un superbe navire de six mille tonneaux ; nous faisons environ trois cents milles par vingt-quatre heures, et cette rapidité me rend particulièrement sensible à la brusque transition des chaleurs tropicales aux rigueurs d*un hiver austral.

Le l'^août, nous entrons dans le détroit de Magellan ; le canal où nous nous engageons au petit jour est fort large, et des deux côtés c'est bien l'aspect d'une terre désolée que nous avons sous les yeux. A droite s'étend la Patagonie , tantôt découpée par de grandes plaines de sable, tantôt légèrement ondulée par des

Qticules dont les crêtes couvertes de neige scintilt aux rayons obliques du soleil levant; à gauche, Terre-de-Feu, d'un aspect plus lugubre encore : s complètement dénué de végétation , terre noire de loin semble avoir été déchirée par une gigan- [ue charrue. Pas un arbre, pas un habitant ; quelques eaux placés de loin en loin aux angles des berges, ir indiquer aux navires leur route pendant le jour; îs, la nuit, on se trouve sans points de repère. Tout avançant, nous longeons des îles de sable, dont les is élevées et comme coupées au couteau- leur ment Taspect d'immenses fortifications. Enfin, vers IX heures , nous mouillons devant Punta-Arenas, 5 les Anglais appellent Sandy-Point. jC Chili a fondé il y a vingt ans , en cet endroit itivement favorisé parce qu'il est abrité des vents plus froids , une petite colonie de convicts, comée d'un millier d'habitants ; c'est, je crois, la station Qmerciale située à la plus basse latitude dans tout îmisphère austral.

Jn arrêt de quelques heures nous permet de desidre à terre pour visiter le village, qui s'étend une montagne en pente douce jusqu'à la mer ; il coupé de rues tracées droites et larges , avec des isons petites et basses très-clair-semées.La végéta- 1 tout alentour se compose seulement de bois raigris : c'est un paysage d'hiver, triste et froid. Après s promenades d'il y a quelques jours au milieu des mes à sucre, il m'a paru bizarre de marcher sur glace et de faire crier la neige sous mes pieds.

A ccUc époque de Tannée, les indigènes quittentle rivage et vont chercher un abri dans Fintérieiir da pays. Je rencontrai pourtant plusieurs Patagons dont Taspcct me frappa vivement : leur taille est haute de six pieds , leurs membres sont à la fois grêles et grossiers, les mains et les pieds sont énormes; de longs cheveux tonihent en désordre sur leurs épaules, couvrant en partie leur visage bestial aux teintes sombres, aux angles saillants. Ils ont pour tout vêtemont un tapis carré, fait de peaux de huanacos (lamas de la Cordillère), cousues ensemble, et dans lequel ils s'enveloppent de la tète aux pieds, en ayant soin de mettre la fourrure à Tintérieur. Le commerce de ces peaux est le seul lien qui les mette en relation avec I la colonie : pendant la saison d'été, ils viennent en 1 grand nombre à Sandy-Point échanger ces produite I de leurs chasses contre quelques bouteilles d'eau-da- 1 vie. Les colons, du reste, connaissent parfaitement la valeur de ces fourrures, remarquables par leur souplesse et leur jolie nuance, et ils nous les vendent fort cher.

Je parcourus les huttes du village pour trouver ef produit indigène; un émigrant français, qui m'accooD pagnait , crut devoir entre temps me raconter ^ u rôle politique )) pendant la Commune de Pari mais il m'intéressa davantage en me faisant fairr connaissance d'une jeune habitante de la Terre Feu. Mon cicérone d'occasion me dit que, peu de; auparavant, le canot à vapeur d'un bâtiment de g chilien stationné dans le détroit avait , en longe

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