‹ Sud-AmériqueChapitre 14 sur 21 · HH · texte numérisé non relu

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>le opposée, repéché cette femme et une de ses comignes. Toutes deux, à la nage, fuyaient devant une rogue montée par leurs sauvages compatriotes, les uegueiroSj qui leur lançaient des flèches et cherlaient à les tuer. Ainsi, même sur la Terre-de-Feu , y a peut-être des romans ; et ils se terminent d'une çon tragique I J'aurais voulu questionner la fugitive

consigner le récent scandale de cette contrée voiae du pôle sud; mais comme malheureusement îrsonne ne pouvait comprendre son langage, ses ^plicatîons se réduisaient à une pantomime imposble à saisir. L'héroïne était affreuse, petite et trapue; ont bas , pommettes saillantes rougies et fendillées trie froid, Tair assez sournois. Elle avait échangé •n costume national, composé habituellement de lelques coquillages, contre un grossier poncho^

elle semblait fort apprécier la douce chaleur de ce 'tement. Voulant lui témoigner toute ma sympathie >ur ses malheurs, je lui offris une robe achetée sur ace, et trti cigare; elle montra peu de goût pour la ►be , maïs prit avec avidité le cigare ; c'est à peu près

seul indice qu'elle nipus ait donné d'une certaine ipériorîté parmi les êtres de la création.

Un missionnaire anglican vint prendre passage à ord, et me raconta que depuis nombre d'années il iait établi à l'extrémité de la Terre-de-Feu, tout près tt cap Horn. Selon lui, cette île compte plus de vingt ^iUe habitants, divisés en trois tribus étrangères les Qes aux autres et ne parlant pas la même lai^gue; les aturels sont d'un caractère fort doux, et <î'est par la

faute des Européens qu'ils sont devenus cruels et ont acquis la déplorable réputation de manger de rhomme. S'il faut en croire le Révérend , il y a peu d'années encore, certains navires de guerre et de commerce auraient considéré comme une distraction permise en ces latitudes , de tirer à la cible sur les pauvres sauvages passant en pirogue à portée des carabines. Il est assez naturel alors que ces malheureux , à leur tour, cherchent, un jour de naufrage, à se venger des blancs en se donnant la consolation de les couper en petits morceaux et de simuler, tout au moins, un copieux repas de chair humaine.

Le port de Sandy-Point , devenu pour la navigation à vapeur une station d'arrêt et de ravitaillement des plus utiles entre l'Atlantique et le Pacifique, contribue à augmenter considérablement, depuis quelques années , le mouvement des navires dans le détroit de Magellan. L'importance de cette situation, qui ne peut se trouver compromise que le jour où un canal percé dans l'Amérique centrale viendrait à offrir une route beaucoup moins longue au commerce maritime de l'Europe, n'a point échappé aux républiques de la Plata et du Chili. Ces deux États voisins élèvent aujourd'hui simultanément des prétentions sur la propriété du détroit, et, comme conséquence, sur une partie de la Patagonie, d'une étendue environ de vingt mille lieues carrées. Ils fournissent , à l'appui de leurs prétentions réciproques, des preuves extraites d'anciens documents espagnols qui étendent la viceroyauté , soit du Chili , soit de la Plata, jusqu^à ces

dites. La question reste en ce moment pendante; e est confiée aux plénipotentiaires des deux nations unis à Buenos- Ayres. Dernièrement, un fait marine a failli cependant interrompre d'une manière ;beuse la discussion pacifique des droits de chaque ys. Un bâtiment de commerce français, la Jeannenélie, muni d'un permis en règle délivré par Tautoé argentine, chargeait du guano sur la côte de Ltlantique, tout près de l'entrée du détroit : ce timent, surpris par le commandant de la corvette ilienne en croisière dans ces parages , fut déclaré dûment autorisé à prendre son chargement, et par nséquent coupable de piraterie. Il fut alors saisi et iquipage amené prisonnier à bord du bâtiment de lerre. Maladroitement manœuvré par les hommes la marine chilienne , le navire français se perdit r un gros temps , en essayant de . rallier Punta- 'enas. Naturellement, le capitaine victime de cette enture s'empressa de réclamer et porta plainte vant les tribunaux chiliens : l'aBaire arriva jusqu'à cour suprême de Santiago, mais elle ne laissait pas le d'être épineuse : d'un côté, si le tribunal donnait rt au Chili, il reconnaissait des droits à la république •gentine ; d'autre part, déclarer le bâtiment de bonne ise, c'était, par le fait même, renoncer d'avance la solution pacifique dont les diplomates sud-amé- :ains s'occupent en ce moment * .

* 11 peot être intéressant de donner ici le texte de la circnlaire dans laquelle ministre des affaires étrangères de Baeuos-"yrcs a commnniqué au corps diplo-

Le jugement qui fut rendu fait honneur à Tesprit inventif de la magistrature chilienne , et coupe court, du moins pour Finstant/à la difficulté née des circonstances. La cour suprême a déclaré que le navire français, objet de la plainte, ayant disparu par cas de force ? majeure, il n'y avait pas matière à prononcer un jugement. L'affaire en est là, et la décision me semble devoir contenter médiocrement le capitaine français.

Ce poste lointain de Sandy-Point rend d'immenses services en portant secours aux nombreux navires en perdition sur la côte. Le gouverneur nous dit avoir sauvé cette année plus de cent cinquante naufragés, et il constate qu'il ne se passe pas quinze jours sans un sinistre maritime. Comprenant sa grande mission d'humanité, il se consacre, avec un zèle digne de tous

imatiquc les résultats obtenus par la conférence. On j verra que les rëpobliqnei jud-américaines ont une hante idée des exemples qu'elles donnent.

c BncuoS'Ayres, 9 décembre 1878.

tt Monsieur le ministre,

a J'ai la satisfaction de communiquer à Votre Excellence qu'hier a été signé, à Santiago, par les plénipotentiaires do la république Argentine et de la république du Chili, un règlement honorable de toutes les questions pendantes entre l'une et l'antre, sur la base do l'article 39 du traité d'amitié de 1856.

« En confiant à l'arbitrage la solution de ces questions , en reconnaissant le principe de Yuli possidetis de 1810, et en établissant, en attendant, une juridiction provisoire qui ne crée pas de droits sur l'Atlantique à la république Argentine ni dans le détroit de Magellan au Chili, les deux youvernetnenU ont donné au monde un haut exemple de modération et de sagesse, et une preuve éloquente que les nations américaines savent subordonner leurs différends et leurs passions au* intérêts de la paix et du progrès, toutes les fois qu'elles trouvent de dignes moyens de sauver l'honneur national.

• Je prie Votre Excellence de vouloir bien communiquer au gouvernement dont vous êtes le représentant distingué celte bonne nouvelle, qui maintient la paix entre la république Argentine et la république du Chili, et d'agréer l'assurance de ma parfaite estime.

« M. A. Montes de Oca. »

>ges y à la surveillance de la zone dans laquelle il ut étendre son action. Au moindre indice , il fait s recherches; rien ne le rebute, rien ne le lasse : il X quelque temps, on lui apporta une caisse trouvée r tel degré de latitude et entraînée par tel courant; ns cette caisse était un avis daté de six mois aupara- Qt, annonçant qu'un navire s'était brisé sur Tun des ueils de Feutrée du détroit. Il aurait pu se dire qu'a- &8 un si long temps toute recherche serait inutile ; lis il s'acharna dans ses investigations et finit par trouver , dans les rochers des Douze-Apôtres , un Dupe de malheureux qui avaient vécu là , depuis le ufrage, dans le plus atroce dénûment et sans autre urriture que les pingouins qu'ils pouvaient attraper. Comme le soir même de notre arrivée il faisait un xips splendide et que la lune brillait de tout son éclat, tre commandant se décida à en profiter pour contiler le voyage. Malgré le froid, je passai une partie

• la nuit sur le pont à admirer le magnifique spectacle li se déroulait sous mes yeux : à mesure que nous ancions , le chenal se resserrait , et des deux côtés L ne voyait que montagnes de neige et glaciers Lormes descendant jusque dans Teau ; éclairées par s rayons de la lune , ces masses blanches étaient un efiet saisissant. Vers minuit, la lune se couvrit ; >n8 continuâmes cependant notre marche, et, lorsque

jour parut, nous étions encore au milieu des mongQes, tantôt rasant les rochers, tantôt naviguant dans

* larges baies où déjà nous ressentions les approches une forte brise d'ouest. On se prépara à être secoué,

ire SUD-AMÉRIQUE.

et les chaloupes furent rentrées sur le pont ; vers deux heures, nous passions en vue du cap Pilar, vilain' rocher noir où , poussé par les courants , on se brise comme verre ; et nous voilà voguant sur Tocéan Pacifique ! Suivant son habitude., il fit mentir son nom en nous ballottant sur d'immenses vagues qui renversèrent la soupe et soulevèrent bien des cœurs I

Le 6 août nous marchions par un épais brouillard , et comme depuis trois jours nous n'avions pu relever la hauteur du soleil , le point était incertain. Le sondage n'accusant plus une profondeur rassurante, nous jetâmes Tancre : c*était prudent ; car vers neuf heures du soir , le brouillard s'étant levé , nous aperçûmes à quelques centaines de mètres , droit devant nous , Tîle delsLMochttj qu'il eût été fort désagréable de rencontrer. Il est vrai qu'un naufrage sous cette latitude ne manquerait pas de pittoresque ; en effet, non loin de là se trouve Tlle habitée jadis par le héros d^un des plus chers livres de notre enfance, écrit par Daniel de Foë. Le théâtre de ses exploits s'appelle Juan^ Fernandez, et est situé à un peu plus de trois cents milles de la côte chilienne.

Il paraît que l'histoire si attachanta et si fantaisiste de Robinson Crusoë a un fond de vérité : cette terre est depuis longtemps connue , mais elle a été alternativement habitée, puis abandonnée par les pêcheurs du continent américain. C'est pendant un temps où elle était déserte qu'un naufragé écossais, nommé Alexandre Selkirk, y fut jeté et y passa tout seul, même sans Vendredi , quatre longues années. Il vécut ,

des ressources naturelles du sol considérablement augmentées par toutes sortes de matériaux et d^animaux domestiques laissés par les anciens habitants. Un bâtiment, ayant accosté là par hasard, le délivra : il fit mettre dans la caverne où il avait habité , une plaque commémorative qui s'y trouve encore. Un officier de la marine chilienne ma raconté qu'il avait connu à Juan-Fernandez un autre' Robinson : c'était un malheureux condamné à mort; le gouvernement chilien Tavait fait transporter, à titre de commutation de peine, dans ce lieu alors désert. Cet homme avait fini par trouver moyen d'y vivre assez bien : privé d'armes, il avait acquis une telle agilité que, pour subvenir à sa nourriture, il poursuivait et atteignait à la course, dans les rochers , les chèvres sauvages. Aujourd'hui , nie est définitivement en communication régulière avec la terre ferme. Quelques amateurs de Santiago vont même tous les ans y faire des chasses, et, en tenant compte de l'exagération nationale qui parle d'hécatombes invraisemblables, c'est, paraît-il, un terrain très-giboyeux. Un de nos compagnons de voyage, abusant du degré de prostration où se trouvent des passagers après un long voyage de mer, veut même absolument nous faire croire qu'il y a fait une tt ouverture » aux ânes sauvages !

Santiago, 20 août .

L'arrivée à Valparaiso, par un beau coucher de soleil, offre un magnifique spectacle : la ville est bâtie

en amphithéâtre autour d'une large baie; derrière elle s'étagent deux rangées de montagnes qui dessinent toute la largeur du Chili : la plus éloignée de ces chaînes est la Cordillère des Andes : elle étincelle sous un manteau de neige d'où s'élève majestueusement Ti^romra^t^a^ un des plus hauts volcans du globe.

l alparaiso est une assez jolie ville, resserrée entre la montagne et la mer; on n'y remarque que deux rues très-longues oh. se concentrent toute Tactivité, le commerce, le mouvement des affaires, les lignes de tramways, etc. La plupart des femmes sortent couvertes du gracieux voile noir appelé manta, qui leur enveloppe coquettement la tête et les épaules; nous rencontrons des hommes de la campagne, à chevalet fièrement drapés dans leur poncho. Quand vient la nuit, la police, pour effrayer les voleurs sans doute, munit ses agents d'un sifflet dans lequel ils ont pour mission de souffler sans discontinuer, ce qui produit un vacarme peu propice au sommeil des citoyens paisibles.

Je quittai bientôt Valparaiso pour Santiago. Le trajet se fait en cinq heures par le chemin de fer; on traverse d'abord une série de petits villages, de grands champs de blé, des pâturages et des vignes; puis on s'engage dans la montagne aride et desséchée; la route conduit à une assez grande hauteur d'où l'on aperçoit la Cordillère, au pied de laquelle s'étend la vallée qui produit presque toute la richesse agricole du pays.

La nature est si belle et si majestueuse dans les

Andes qu'on est tenté de revenir sans cesse sur la description des magnifiques panoramas qu'elle présente . Cette immense chaîne de montagnes forme une série de pics et de volcans hauts de cinq et six mille mètres ; leurs sommets se perdent dans les nuages : mais on en voit surgir parfois quelque cime éclatante dont la neige prend, sous les rayons du soleil, des teintes roses variant à chaque heure du jour.

Nous descendons la montagne à toute vapeur et arrivons à Santiago. Cette ville doit à son élévation de six cents mètres au-dessus du niveau de la mer, et au voisinage de Timmense glacière renfermée dans la Cordillère, le climat habituellement très-sain dont elle joait; cependant la petite vérole y cause en ce moment de terribles ravages; elle a fait cette année près de bait mille victimes dans une population de cent cinquante mille âmes. C'est dans la classe pauvre qu'elle sévit avec le plus de rigueur, décimant les familles entassées dans des quartiers uniquement formés de ^anchos infects et mal aérés, au milieu d'une agglomération d'individus dont le tiers à peine est vacciné, •^our éviter le fléau, pourquoi le gouvernement ne )rendrait-il point des mesures énergiques en rendant a vaccination obligatoire? Il pourrait utiliser dans e but les moyens de coercition qu'une loi nouvellelent votée par les Chambres a mis à la disposition de i police : la république vient de décréter, en effet, que ésormais la u bastonnade » serait donnée en plus des eines d'emprisonnement. Il m'a paru curieux de noter ette mesure remise en vigueur dans un pays qui se

pique de pratiquer les mœurs démocratiques... Décidément nous allons pouvoir ranger le knout parmi les instruments de progrès...

L'aspect des faubourgs, qu'on traverse en quittant la gare du chemin de fer, est peu séduisant : mais quand on arrive au centre de la capitale, la mauvaise impression disparaît tout à fait; il y a des rues larges, de grandes places, des magasins élégants, des maisons de belle apparence , des boulevards, et partout un mouvement considérable.

La première chose qui attire Tœil et la curiosité du nouvel arrivant est le rocher de Santa-Lucia : au milieu de la ville bâtie dans la plaine au pied de la Cordillère, s'élève ce monticule converti en jardin d'agrément. Pour se faire une idée de son aspect , il faut se figurer un joujou de Nuremberg en fer-blanc ou en carton, avec châteaux forts, fontaines, kiosques, ponts-levis, maisonnettes, mausolées, ermitages, escaliers, étangs, que sais-je? un vrai musée en plein air de Tart décoratif appliqué aux promenades publiques. Il y a de tout sur cette élévation, jusqu'à une bibliothèque, une église^ un restaurant et... une école de natation. Le guichet où Ton paye ses dix sous d'entrée n'est pas la partie la moins originale : le contrôleur est assis à l'intérieur du premier carrosse apporté par les Espagnols dans cette contrée. Une route en spirale permet d'arriver en voiture jusqu'au sommet, et Ton jouit là d'un panorama complet de la ville et d'une partie du pays... Pauvres tours, campaniles et clochers! ils n'ont pas l'air bien imposant à côté de ces

immenses montagnes qui les écrasent de leur hauteur 1

Il y a dans la ville un monument destiné à rappeler une terrible catastrophe : le 8 décembre 1868, pendant qu'une partie de la population se trouvait réunie pour Toffice dans Féglise de la Compania , un tremblement de terre se fit sentir tout à coup. Les cierges renversés parle choc» mirent le feu aux draperies de la nef, et en quelques minutes un violent incendie se déclara. Par malheur la porte principale de l'église était fermée ; la foule épouvantée se rua vers les issues latérales trop étroites, qui se trouvèrent immédiatement obstruées, et plus de deux mille personnes furent brûlées vives dans cet édifice. Le monument, élevé sur le lieu même où s'est passé cet horrible drame, est surmonté d'une statue de bronze levant les bras au ciel , comme pour implorer miséricorde en faveur de ces malheureuses victimes.

En visitant la salle de bal du grand théâtre, j'appris que l'année dernière un accident du même genre avait failli arriver. On se livrait avec entrain à la danse, quand tout à coup un grondement sinistre se fit entendre : les lustres se mirent à s'agiter et le plancher à se mouvoir : il n'y avait pas de doute possible, c'était un tremblement de terre. En un instant les danses et la musique s'arrêtèrent, les couleurs disparurent des visages encore animés par le plaisir, et la masse des assistants se porta d'un même élan vers une issue étroite pour fuir dans la rue. A ce moment, un homme de sang-froid comprit le danger : on allait

s'écraser en essayant inutilement de sortir. II eut le temps d'atteindre le premier la porte, la ferma au verrou, et déclara que personne ne passerait Heureusement le plafond ne tomba point : on en fut quitte pour la peur, et les danses interrompues recommencèrent de plus belle.

On ne s'habitue certes pas à un danger de cette nature, mais les commotions du sol sont si fréquentes sur toute cette côte, que les habitants tâchent d'en . .prendre leur parti. La seule précaution en usage, lorsque le tremblement de terre devient sérieux , est de sortir en toute hâte des maisons pour se réfugier . au milieu de la rue. Quand le fait se produit pendant la nuit, on a le pittoresque et curieux spectacle d'une population entière afifolée , poussant des cris de détresse et adressant au ciel de ferventes prières, à genoux, en costume de nuit. Je ressentis, pour ma part, une seule secousse pendant mon séjour à Santiago ; encore fut-elle si rapide , que j'eus à peine le temps de me rendre compte du danger : un matin mon lit s'éloigna tout à coup du mur, tous les objets de ma chambre furent renversés, puis le calme revint.

Ces avertissements significatifs, quoique rappelant sans cesse aux indigènes le péril dont ils sont menacés, n'ont point empêché la construction d'édifices généralement plus beaux que solides. Le quartier élégant est rempli de grands hôtels particuliers pour lesquels on a dû dépenser des sommes énormes. Ainsi, j'ai visite une maison où le propriétaire s'est attaché à reproduire

le plus fidèlement possible TAlhambra de Grenade : les murailles, les plafonds, et jusqu^à la fontaine des Lions, y sont construits dans les dimensions de l'original .

Santiago a eu Tannée derrière son Exposition internationale^ dont le palais, les annexes, le jardin ont été soigneusement conservés et serviront de promenade publique. Cette Exposition a, somme toute, ^ssez médiocrement réussi ; elle a eu surtout des résultats économiques déplorables : au lieu de produire un développement commercial, elle a mené le Chili droit à une crise, et voici comment : Plusieurs années heureuses avaient contribué à augmenter considérablement la richesse publique ; Tagriculture et l'industrie minière donnaient des résultats inespérés. Tout entière à la joie du succès, la république convia le monde à une Exposition internationale pour Tannée 1875 : le gouvernement pensait affirmer par là que le pays était entré dans une ère nouvelle, et avait atteint un haut degré de prospérité.

Mais, sur ces entrefaites, des déceptions arrivèrent : plusieurs récoltes furent mauvaises, et les fameuses mines d'argent de Caracoles cessèrent soudain leur rendement. L'exportation diminua et devint d'autant moins en rapport avec l'importation, que la foi générale dans un avenir prospère avait fait augmenter de plus en plus le chiffre des commandes en Europe. L'Exposition s'ouvrit néanmoins; elle accrut encore les idées de dépense et de luxe déjà fort développées au Chili. Qu'en est il résulté? Les matcVi^xiàX^e,^ wv\.

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afflué , le luxe a aag[menté ; il a fait naitre des désirs, des besoins artificiels dans le négoce» et la conséquence a été , en fin de compte , un trouble sérieux apporté dans l'équilibre normal.

Cette situation fâcheuse s'est dévoilée tout d'un coup à la nouvelle récente que la valeur de l'argent avait considérablement baissé sur le marché de Lon* dres : en l'espace de cinq jours, la piastre, cotée à quarante-sept pence, est tombée subitement à trentequatre. Devant la disproportion qui s'établissait entre la valeur des deux monnaies légales de la république, Tor et Targent, les maisons d*importation, qui devaient perdre dans leurs payements à efiectuer en Europe, où elles avaient à solder en or, tandis qu'elles recevaient seulement de l'argent au Chili, ont immédiatement élevé le prix de leurs marchandises de 50 0/0.. • C'était une véritable crise financière qui pouvait devenir fatale en entravant toutes les opérations du commerce. La situation s'est un peu améliorée, mais le coup est porté, la confiance n'existe plus, les affaires sont paralysées , et la baisse , tout en étant moins exagérée, se traduit encore parle change de la livre sterling contre 32 francs en argent.

Heureusement pour le Chili, la tranquillité publique dont il jouit donne lieu d'espérer qu'il verra bientôt revenir les beaux jours de la prospérité financière et commerciale. Le pays a su prudemment, depuis l'époque de son affranchissement de la domination espagnole, se préserver à peu près complètement des révolutions qui épuisent encore les républiques

(voisines Du reste, la configuration du sol est bien de nature à empêcher les guerres interminables : resserrés Jans un étroit espace, entre les montagnes et la mer, les partis sont bientôt forcés d'en venir aux mains et le vider promptement leurs querelles. Cette situation distingue essentiellement le Chili de la république Argentine, où l'espace est si vaste qu'il permet à la guerre civile de se délayer, pour ainsi dire, sur un territoire dépourvu d'obstacles naturels.

Depuis près de quarante années, les présidents se sont succédé sans que leur élection amenât de ces secousses intérieures toujours fatales. En ce moment, don Frederico Errazuriz est sur le point de céder la place à don Annibal Pinto : tous deux appartiennent au parti modéré, dit conservateur-progressiste, et sous cette sage direction la nation a le droit de compter sur un avenir de réels progrès. Cependant, aux dernières élections, un nouveau groupe politique, appelé tt socialiste » , s'est révélé comme passablement puissant, et fort capable, à l'occasion, de saisir le pouvoir. Il est intéressant de le voir se développer , sous la direction d'un homme d'une valeur incontestable, U. Vicuna-Makenna : les meneurs de ce parti sont jeunes, ambitieux, quelque peu turbulents, et recrutés surtout parmi les avocats sans causes qui cherchent dans 1& politique un dérivatif à leur besoin d'activité. Ils tendent à entraîner le peuple, et profitent de son inexpérience pour lutter avec lui contre la classe bourgeoise <lui représente au Chili les idées conservatrices. Leur Srand cheval de bataille semble devoir èlt^ \a. WW.^

contre la domination du clergé, dont les privilèges au Chili sont encore considérables.

Le Chilien est essentiellement patriote ; il aime son pays et s'en montre très-fier en toute occasion. Il adopte avec empressement toutes les idées de civilisation et de luxe qui lui paraissent bonnes; il se pique d'aimer les arts, la littérature, les sciences, dont la culture tend chaque jour à se répandre davantage dans un milieu particulièrement apte à les comprendre et à les apprécier. Partout, dans les villes comme dans les villages, on retroui esprit d'association qui s'établit avec succès, apportant son contingent de bienfaits et de stimulants. Arrivant du Brésil, j'ai été frappé de i voir la ressemblance de c ' *^es sociétés de secours mutuels avec les fameuses irmandades; ici, comme là-bas, ces confréries ont un c . ;j r •• éunion, des caisses de pour l'épargne , souvent un hôpital ou des maisons d'asile. Seulement, au Brésil, les confrères sont bedeaux ; au Chili , ils sont pompiers. . . D'ailleurs, pour la lance comme pour le goupillr la francmaçonnerie s'est mise de la partie et joue même un rôle fort important.

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