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CHAPITRE XII

Une tournée dans les haciendas da Sud. — La Samacueea, — La culture du blé. — L*ez-roi d*Araucanie. — Copiapo : la sécheresse; le serro encantado, — Ricbesses minières. — Iquique et Ariea : Tincendie et le tremblement de terre.

Chimborapao, 30 août 1876.

J'avais fait la connaissance à Santiago de don Annibal Ranchez, marchand de bœufs, qui, touché de me voir admirer son pays, ir'if^at de raccompagner aux haciendas (propriétés rurales), où il se proposait d'acheter un millier deib^tes à cornes. Naturellement, j'acceptai cette oSre et me trouvai exact au rendezvous qui me fut donné, pour une heure matinale, à la gare du Sud.

Le chem" i«jde fer que nous parcourons n'a pas été bien difficile à tracer ; il se prolonge, sans travaux d'art considérables, dans le sens de la vallée située entre la Cordillère et une autre chaîne de montagnes du côté

de la mer. Celte vallée, tantôt s'étale de façon à former ^ .e province entière, tantôt se rétrécit en une bande n'ayant plus qu'une ou deux lieues de large. Nous traversons d'immenses champs de blé, encore à peine sorti de terre en cette saison, puis des pâturages peuplés d'animaux; çà et là quelques bois d'épines et de grandes lignes de peupliers, serrés les uns contre les

autres, coupent la plaine et deviennent plus nombreux à mesure que nous avançons vers le sud. Après un court voyage, nous descendons à Chimborango.

Comme il pleuvait à torrents, mon compagnon remit à un jour plus clément les affaires sérieuses et me conduisit dans une maison amie, où une réception cordiale nous fut faite. La famille auprès de laquelle je fus introduit était en fête : des branches d'arbres et des bannières multicolores ornaient la salle commune de cette modeste habitation de campagne ; contre les murs étaient rangées des chaises, occupées par un charmant essaim de jeunes Glles, toutes plus jolies les unes que les autres. L*une d'elles, s'accompagnant d*une guitare, chantait des canciones et des tonadas, sortes de ballades parfois graves, parfois pleines de gaieté, auxquelles la langue espagnole prête encore un charme de plus; le groupe des assistants répondait en chœur, et semblait prendre un vif plaisir à cet exercice. La maîtresse du lieu circulait dans la salle, offrant gracieusement à la ronde divers rafraîchissements, tels que la chicha^ petit vin du pays, ou bien des liqueurs verdâtres à base de céleri, fort appréciées par les indigènes.

Soudain un couple s^avance au milieu de la salle, et, au son de la musique et des chants, se niet à danser la samacueca : Thomme et la femme, tenant chacun un mouchoir, Tagitent et le tournent au-dessus de la tête, en marquant un petit pas sautillant et cadence; tantôt ils se rapprochent, tantôt ils s'éloignent, tantôt Jls se trouvent dos à dos. Le cahaïlerOj le poing sur la

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ché, prend des airs vainqueurs et cherche à fasciner enorita qui lui fait vis-à-vis. Celle-ci , dans des 38 langoureuses ou piquantes, semble d'abord 'mée» puis résistante, jusqu'à ce qu'enfin, réduite erci, elle laisse tomber le mouchoir...

a fête s'étant prolongée jusqu'à Taube, je revis Iques heures après les gentilles danseuses, tout aées encore par les plaisirs du bal, venir dévoteit assister à la messe du dimanche, enveloppées de s mantilles noires qu'elles arrangent avec une e charmante. Ces jeunes femmes agenouillées les dalles du sanctuaire, prenant des poses tour à

pieuses et coquettes, offraient le plus séduisant ) d'œil. De toutes parts arrivaient à cheval des pagnards, dans le pittoresque costume duhuasso; icoup d'entre eux amenaient en croupe leurs ises, qui, assises derrière la selle et tenant leur i à bras-le-corps, doivent avoir vraiment une siette » ou une habileté merveilleuse pour garder i leur équilibre, à Tallure vive du galop.

fallut quitter cette société villageoise et monter eval afin de passer une inspection de bœufs à Vhada du PerejiL Pour nous les montrer , le prolaire ordonna immédiatement un rodeo : c'est èration que j'avais si souvent vu faire à la Plata; s ici elle est plus facile, parce que les animaux

moins sauvages. En revanche, les cavaliers lient bien mieux leurs chevaux et exécutent de tables tours d'adresse en les faisant tourner sur mêmes dans tous les sens. *

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Ces hommes ont pour jeu favori une lutte à cheval qu'ils désignent par le verbe topear. Deux cavaliers se placent vis-à-vis Tun de Taulre, à une certaine distance, et, au signal donné, ils se chargent réciproquement de toute la vitesse de leurs montures; celles-ci se choquent violemment ; une lutte de force et d'adresse s* engage homme contre homme, cheval contre cheval, car il s'agit de renverser l'adversaire ou de lui faire lâcher pied. Les chevaux s'animent beaucoup à cet exercice , et Ton parvient même à les lancer jusque contre des murailles, ^faites ordinairement de terre séchée, qu'ils réussissent à renverser' à coups de poitrail; ils sont à ce point habitués à lutter que, lorsqu'ils se trouvent alignés les uns près des autres, devant un cabaret quelconque, presque toujours l'un d'eux donne une poussée pour bousculer les autres afin de se distraire en attendant les maîtres.

Après avoir acheté deux ou trois cents bétcs à cornes, don Annibal me conduisit à une autre Aff' cienda appartenant à don Adolfo Blanco. Ce riche propriétaire consacre la majeure partie de ses terres à la culture du blé , et les nombreuses machines à vapeur, les batteuses, le& faucheuses mécaniques, rangées symétriquement dans la cour de son habitation, attestent toute l'importance de son exploitation L'agriculture semble appelée à un grand avenir ai Chili, grâce à la fécondité du sol: aujourd'hui, I< production du blé s'élève annuellement à environ cin( cents millions de kilogrammes; elle est susceptible U' s'étendre encore bien davantage. En eCTét, non-seule

ment le pays se suffit largement à lui-même , mais il s'est formé un courant, toujours croissant, d'exportation vers l'Australie par le Callao, — Il n'est pas sans intérêt de constater que le faisceau des colonies australiennes, après avoir tenté de vastes essais agricoles , y a renoncé à cause du ipeu de richesse du terrain, et a préféré donner un plus grand essor à Télément pastoral, quitte à faire venir de la côte sud-américaine les milliers de sacs de farine nécessaires à sa consommation. — D'autre part, tous les jours encore le gouvernement chilien étend ses frontières et donne aux agriculteurs des terres excellentes, en repoussant vers le sud les tribus sauvages et insoumises d'Araucanie. Ces poignées d'Indiens , qu'aucun procédé de douceur ou de violence n'a pu policer, vont s'éteignant peu à peu , mais en disputant néanmoins avec acharnement leur territoire au cordon de troupes chargé de les refouler.

Le citoyen français qui se faisait appeler roi d'Araucanie était allé chercher dans une de ces peuplades , composée de quelques individus seulement, la couronne avec laquelle il essaya pendant un certain temps de parader eh Europe. Mais on prétend au Chili qu'il avait négligé de dire aux chancelleries dont il réclamait la reconnaissance de ses titres, que sa royauté n'avait guère duré plus que ne dure une barrique d'eau-de-vie entre les mains de pareils sujets!

J'avais abandonné mon ami don Annibal à ses préoccupations bovines, pour me livrer pendant quelques jours, dans Vhacienda de M. Blanco, au plaisir de la

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chasse. Je la trouvai des plus abondantes au milieu des plaines ou des marais de cette propriété. Le gibier d'eau en particulier s'y trouve en très-grande quantité, et tout le jour des bandes de pigeons sauvages, de perroquets, de cormorans, d'oies et de dindons passaient par milliers au-dessus de nos têtes; parfois même nous apercevions, planant dans les airs, axi condor au vol majestueux : mais mes balles ne parvenaient pas à Fatteindre, et Foiseau des Andes reg3.gnait, à mon grand désappointement, les cimes neigeuses de la Cordillère.

Copiapo, 9 septembre.

Je quittai Valparaiso le 1" septembre, sur un d(?^ bateaux qui font le service entre cette ville et le Cà^^ lao. S'arrêtant à tous les ports de la côte, ces navire offrent un singulier assemblage de bêtes, de gens, d légumes et de produits de toutes sortes. Comme tou le littoral est un pays aride, les habitants doiven chercher leur alimentation dans les provinces fertile^ du Chili ; aussi le pont et Fenlre-pont sont-ils encom — brés de vivres et de denrées que les petites indus^ tries écoulent successivement à tous les points d'arrêt. Le bâtiment se trouve transformé en un véritable champ de foire : chaque marchand y établit sa tente, et rien n'est amusant comme de voir cette population grouillant, riant, chantant, cuisinant et ayant mal au CtBVLV, au milieu des paniers entassés et des gallinacés affolés. La première nuit, un vent d'ouest nous envoya

]e grosses vagues sur lesquelles nous roulions afireu- . lement : impossible de fermer Fœil, car Tentrepont enfermait une centaine de bœufs, et ces malheureuses »étes, attachées par les cornes, faisaient de leur mieux lour rester debout. On se figure le tapage produit par es quatre cents pattes qui, à chaque coup de tangage, ardaient simultanément l'équilibre!

Nous longions de très-près la côte; elle n'a rien de éduisant : ce sont toujours des montagnes nues, elées et arides, dont la mer fatigue continuellement 3s roches déchirées. Nous nous arrêtâmes successiement à Coquimho, à Huasco , à Carrizal. Dès otre arrivée, à chacune de ces stations, nous voyions B détacher de la rive des barques chargées d'habitants ui venaient faire leurs provisions à bord. Le soir, uand on jetait Tancre vers huit ou neuf heures, nous fuissions d'un double spectacle : au dehors, chaque oisson qui nageait autour du navire produisait dans i mer phosphorescente de longues traînées lumieuses; sur le bâtiment, nous avions le plaisir d'assister u haut de la dunette au marché qui se tenait sur le Ont, à la lueur incertaine des lanternes vénitiennes.

A Caldeira, où je débarquai , je pris le chemin de îr pour me rendre à Copiapo : un petit train de deux oitures part à midi, et nous voici dans le désert 'Atacama : du sable , des cailloux , des montagnes e cailloux et de sable !

Quand on vient, comme c'est le cas pour moi, d'un ays où il n'y a pas une pierre sans un arbuste, où ttut est vert à en fatiguer la vue, on éprouve une sin-

gulière impression à se trouver transporté dans une contrée d'un aspect absolument différent. On croirait qu'une main maudite a versé sur cette région une immense quantité de corrosif: certes, elle n'aurait pas mieux réusâi à faire disparaître toute trace de végétation.

Après deux heures de trajet dans ce désert, nous rentrons dans la verdure, car Copiapo est entourée de vignobles et de jardins ;avec deTeau, des fleurs et des fruits! Mais cette végétation est ici un grand luxe, obtenu seulement par de savantes combinaisons et des soins continuels. Il ne pleut jamais dans ces parages, et Tannée dernière a été tout à fait exceptionnelle, parce que Teau du ciel est tombée pendant deux heures ! Seul le Rio Copiapo, un modeste ruisseau, produit toute la richesse agricole du pays; il forme, sur tout son parcours depuis la Cordillère , une oasis large de vingt à cent mètres. Cette bande étroite est consacrée à la culture du blé, et donne deux récoltes par année. Mais aussi il faut voir avec quel soin est établi dans chaque champ un ingénieux système d'irrigation, au moyen duquel il n'est pas un espace de» cinq mètres carrés qui ne soit muni d'une petite écluse.

Notre consul, M. Crooy, a pu, par un long séjour dans cette contrée, se rendre compte des ressources qu'elle offre et des perfectionnements à y introduire, et il préconise dans la province un système d'irrigation appelé peut-être à un grand succès. D'après lui, avec le secours des neiges perpétuelles de la Cor-

dillère, il ne serait pas très-difficile de diriger quelques courants d'eau vers Touest ; on pourrait aussi , par ce moyen, tenter de boiser en partie ce pays; les pluies seraient alors attirées, et quelles richesses agricoles n*obtiendrait-on pas dans une terre douée d'une si grande fertilité?

La sécheresse a produit, non loin de Copiapo, un singulier phénomène d'où est née une légende : pendant mon séjour, j'avais souvent entendu parler d'un certain a génie » habitant le désert; cet être mystérieux piquait grandement ma curiosité, et un jour on me conduisit vers sa demeure appelée serro encantado (la montagne enchantée). Je suis revenu de là tenté, en vérité, de croire à son existence; car, si je ne l'ai pas vu, je l'ai du moins parfaitement entendu ! En effet, après avoir galopé une heure dans la plaine, nous arrivâmes au pied d'un ancien volcan : à cet endroit, une accumulation de sable , prise entre deux contreforts , s'étend en nappe oblique sur un espace de plus de deux cents mètres; mais au lieu de suivre les lois de la pesanteur et de descendre peu à 'peu vers les parties basses de la vallée, ce sable tend au contraire à remonter, et on le voit glisser sur cette surface unie, dans un léger nuage soulevé par la brise; en même temps, il s'échappe de la montagne un grondement sourd, prolongé, quelque chose comme un hurlement sinistre d'un effet très-saisissant. Le vent étant venu à fraîchir, le « génie )) se mit dans une atroce colère, et il hurla si lugubrement que nous trouvâmes nos chevaux, attachés dans la vallée, tremblant de

tous leurs membres et faisant des efforts désespérés pour fuir.

Il est à supposer que* ce sable, excessivement fin et sec, roulant sur lui-même à une grande profondeursur une montagne probablement creuse , produit ce bruit extraordinaire. Mais, d'après la légende , il y a dans ces cavernes inexplorées un amas prodigieux de lingots d'or, défendus par quelque monstre, et il serait téméraire d'essayer de lui disputer ses trésors. Dès lors, il n'est pas étonnant qu'en présence de ce fait inexpliqué, la croyance populaire veuille à tout prix le rattacher à Tobjet de ses préoccupations constantes : la recherche des métaux précieux.

Comment n'être pas frappé, en effet, de la richesse minière de cette contrée , où le minerai de cuivre, d'argent ou d'or est aussi commun que la pierre? Depuis trente ans, le district a donné pour un milliard et demi de produits, et ce qu'il peut fournir encorecst incalculable. Malheureusement, la cherté de la maind'œuvre est telle que les dépenses d^exploitation dépassent le plus souvent les profits des petites entreprises.

Nous sommes ici dans le pays des fortunes rapides, des coups de chance et des coups de pioche donnant des millions; les habitants se ressentent de ces émO' tions : ils font un peu l'impression de ces joueurs qn*on rencontre autour du tapis vert. Naturellement, on n'entend parler qae de mines, de filons, de lingots, des endroits fameux fouillés avec fureur, et pois» jdéi>4éceptions et des revers! Le terrain lui-même

st en rapport avec cette fièvre des chercheurs : parout, dans le désert et dans la nu^ntagne, on aperçoit les trous de deux mètres de diamètre environ, ayant les profondeurs parfois considérables. Le mineur qui

cru trouver un filon a fait ce puits en s'aidant de la lioche, lentement, car il faut environ un mois à un mvrier seul pour avancer de huit mètres ; il doit porter •urson dos, dans une hotte, le minerai arraché 4u sol 't remonter à la lumière par les saillies du rocher, ians échelle et souvent sans corde. Quand il a travaillé linsi pendant plusieurs mois, fréquemment le bénéice ne se trouve pas suffisamment rémunérateur; il ibandonne alors sa mine : un autre la reprend, et i'est parfois seulement le quatrième ou le cinquième Propriétaire qui arrive enfin à la richesse, en trouvant me veine bonne à suivre.

Je suis allé visiter dans les environs une mine de 'Oivre exploitée d*une façon mieux entendue; le travail y est des plus simples : une roue , mue par un 'heval, retire le minerai du filon dans des galeries à >las de cent mètres de profondeur : en haut, les >loc8 sont réduits à coups de pioche en petits mor- 'eaux, puis envoyés aux fourneaux. Le rendement de :ette mine était assez fructueux; elle donnait, sur une onne de minerai, environ 40 pour 100 de cuivre. Le >ropriétaire me dit qu'il traitait à forfait avec ses )avriers et partageait avec eux tous les bénéfices : îeux-ci peuvent s'élever tout à coup dans des proporions considérables , car on ignore ce que Ton trouvera le lendemain : qui sait? peut-éire de For. En

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eRct, en voyant arriver un panier rempli de pierres d'un certain aspect, Xi. Croay m'assura qu^elIes devaient contenir des échantillons aurifères ; nous fîmes réduire en poussière, puis laver ce sable à la façon primitive, et bientôt apparurent des grains brillants et jaunâtres ;... mais il y en avait trop peu pour qu'ils valussent la peine d'attirer Tattention du mineur.

Un j)eu plus loin nous visitâmes une mine d^argent où se répète le même travail. A quelques lieues de Copiapo se trouve un gisement fameux de ce métal, dans un endroit du nom de Chanarcillo; cette mine a produit jusqu'à cinquante mille kilogrammes d'8^ gent pur en une seule année. La montagne qui enresferme une si grande abondance est divisée en plus de deux cents propriétés, et la quantité de trous dont elle est perforée de toutes parts la fait ressemblera une garenne remplie de terriers.

L'argent est dégagé des matières étrangères avec Irsquelles il se trouve môle, par les mêmes procédés que ceux employés pour l'or : pulvérisation, lavages successifs et amalgames. Après ces différentes manipulations, on sort. du four des blocs en forme de cônes pesant de cent cinquante à deux cents livres.

Dans le musée du collège provincial, j'ai pu voir réunis tous les spécimens des richesses minérales que renferme la province A'Atacama : ce sont de curieux échantillons d'argent natif en barres, en feuilles, oo coulées, en filaments enchevêtrés, tels qu'ils ont été trouvés dans le sol; puis de l'or, du cuivre, des aaté^ thjstes, des cristaux. J'ai été surpris de trouver là des

blocs d'une houille d'excellente qualité qui, me diton, se trouve en grande abondance dans un rayon peu étendu ; cependant ces mines sont à peine exploitées, et c'est regrettable dans un pays où Ton a si grand besoin de ce combustible. On a découvert aussi, dans la Cordillère, des gisements de borax : encore toute une richesse pour l'avenir, car jusqu'à présent le Pérou est le seul pays, dans l'Amérique du Sud, qui en livre au commerce.

Atacama est comptée, par sa production minière, comme la plus importante des provinces du Chili, et lechiOre de son exportation s'élevait en 1875 à plus de 68 millions de francs. En comparant entre eux les résultats annuels, on remarque qu'ils sont généra* lement en gradation ascendante, et cependant le nombre des mines exploitées et des bras employés est de beaucoup inférieur à celui d'il y a cinq ou six ans. Ce. fait provient de l'action centralisatrice exercée sur ce genre de travaux : la production augmente tandis que la main-d'œuvre diminue.

U n'est pas douteux que l'industrie minière pourrait prendre beaucoup plus d'extension , si certaines conditions plus favorables lui étaient offertes. Ainsi, j'ai entendu faire au gouvernement le reproche d'avoir maintes fois contrarié le développement de cette province du nord : des dissentiments de partis, des luttes pohtiques ont été souvent la cause de cette incurie, pour ne. pas dire de cette hostilité gouvernementale. L'Etat a, en outre, grevé les découvertes d'une nouvelle taxe de cinquante à soixante-quinze francs,

au lieu de quinze exigés antérieurement; or, bien des travailleurs ne se trouvent pas possesseurs de cette somme, et même, après Tavoir payée, ils se voient souvent obligés d'attendre plusieurs mois avant d*ètre déclarés légitimes propriétaires, et, par conséquent, ne peuvent entreprendre des travaux. Il leor faut s'adresser ensuite à un ingénieur du gouvernement, qui fait solder fort cher le mesurage exigé par la loi. Mais ceci concerne les petites exploitations; quant aux autres plus Importantes, elles manquent, surtout en ce moment, d'une impulsion que pourraient seuls donner des capitaux assez solides pour soutenir un travail peut-être infructueux pendant plusieurs années. En efTet, beaucoup de gisements encore trèsricbes ont été abandonnés faute de bras; il s'agirait donc de reprendre en sous-œuvre le filon délaissé, ou de faire des recherches pour le retrouver, et la plupart de ces travaux devraient être repris à nouveau, parce que les premiers mineurs ont négligé d'ctayer leurs galeries. Mais, selon l'avis des hommes les plus compétents, le succès final ne saurait être mis en doute sous une direction énergique disposant de sommes suffisantes et ayant à sa solde de bons ingénieurs.

Une compagnie établie sur une grande échelle pourrait utiliser les voyages de retour de ses navires, pour transporter directement dans ce pays des marchandises européennes, car la vente des articles d'importation est entièrement abandonnée aujourd'hui aa petit (^pmmerce : celui«-ci fait des bénéfices considé-

rables, et cependant toutes ces marchandises viennent en seconde main de Valparaiso.

La perfection du travail et la force du capital ont donc là beau jeu pour arracher la richesse à celte terre qui , pour ainsi dire , n'a encore été que grattée à la surface.

En rade à^Arka, 1 3 septembre.

Mon voyage sur mer s*est continué dans sa monotone uniformité; après la côte chilienne, nous avons commencé à longer la Bolivie, dont les rivages ne sont ni moins arides ni moins désolés.

La Bolivie a plus de cent lieues de côtes fort peu habitées, et il n'y a sur toute cette étendue que deux ports, Cobija et Tocapilla. Bien que du premier point parte la route ofticielle pour les villes les plus importantes de la république : la Paz, Cochabamba et Sucré j ce chemin est pour ainsi dire abandonné : voyageurs et marchandises ont tout avantage à prendre la route beaucoup plus courte qui passe par le Pérou.

Pabellon de Pica, port péruvien où nous arrêtons ensuite, se distingue par une montagne de guano de couleur jaunâtre, devant laquelle plusieurs navires sont occupés à prendre leur précieux chargement. Nous quittons ces lieux, chers à toute la gent ailée de. rOcéan, pour aller jeter l'ancre devant Iquique. L'année dernière, cette ville a flambé comme une boite d'allumettes ; toutes les maisons, construites en bois, étaient un excellent aliment pour le feu ; aussi l'élément destructeur n'a-t-il rien épargné. On la rebâtit en ce moment, et comme ces constructions en

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planches ne sont pas difficiles à établir, la ville a déjà un aspect respectable et sera bientôt mûre pour un nouvel incendie ou un grand tremblement de terre.

Dans les différents ports où nous avions fait escale, j'avais vu les habitants, au rebours de ce qui se passe partout ailleurs, venir chercher sur le marché ambulant du bord les légumes et les fruits; ici, où je me figurais que nous enverrions à terre chercher deTeau douce, j'apprends que les indigènes en sont réduits à boire de Teau de mer distillée dans des machines à vapeur; donc si, par malheur, les chaudières venaient à éclater, les Iquiquois mourraient de soif.

Ce port était autrefois le grand entrepôt des salpêtres exploités dans les environs, où le nitre alcalin se présente en couches épaisses, sur des étendues considérables appelées salitrales. Mais actuellement l'exportation de ce produit se trouve fortement compromise, grâce aux désastreux principes économiques qui dirigent les finances de la république péruvienne. J'aurai l'occasion, plus tard , de revenir sur ce sujet.

Au moment de nous remettre en route, nous embarquons un indigène auquel des amis bruyants font des adieux enthousiastes. Le maître d'hôtel du bord veut bien m'apprendre que ce personnage tant acclamé est un grand poète du Pérou. » Sans doute, me disais-je, il se dirige vers Lima pour lire au peuple assemblé quelque nouveau poëme dont il a bien voulu donner la primeur à un cercle choisi d'auditeurs iquiquois, » Mais, ô déception! ce fils chéri des Muses m'apprend bientôt lui-mêm^ qu'il va demander

u gouvernement Taulorisation. d'exploiter un dépôt e guano découvert dans ses promenades poétiques; t les enthousiastes de tout à Theure ne sont autres ae ses bailleurs de fonds !

Aujourd'hui, nous jetons Tancre devant Arica, ievenue célèbre, dans les annales de la navigation, par B singulier accident qui s'y est produit : en 1868, un remblement de terre secoua d'une façon terrible toute

ette partie de la côle : trois vagues énormes, sou-

tées par je ne sais quel travail sous-marin, furent cées par-dessus la ville, et la détruisirent à pou rès complètement. La plus forte de ces vagues mporta un bâtiment américain qui se trouvait en ide et le déposa, droit sur sa quille, à Fintérieur des irres, à plus de cinq cents mètres du bord de la mer. e navire tout en fer, du nom de IVateree, étant »ut prêt pour PappareiHage et avec l'équipage à son Mte, a donc franchi la berge, k ligne du chemin 3 fer, des marécages et des champs cultivés : il est , planté au beau milieu de la plaine, attendant sans )ute qu'une nouvelle perturbation des éléments enne le remettre à flot. Autour de cette épave, les brisseaux forment aujourd'hui un épais taillis, et les «ards grimpent sur ses flancs noircis par le temps. 5 pénétrai dans l'intérieur en me servant, en guise échelle, d'une des immenses roues du bateau; il \i maintenant démâté et sans pont , mais les grosses lèces de fer sont restées. Je trouvai établie dans une es chaudières tonte une famille indigène, qui semlait apprécier fort cette étrange habitation.

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