CHAPITRE XIII
Débarquement en trapèie. — Arcquipa. — En chemin de fer m Cordillèro dei Andei. — - Navigatioa sur le lac de Titicaca. -^ Pai. — Entrée triomphale da président de la Bolivie.
Aréqaipa, 17 septembre 1876.
Nous avons débarqué à Moliendo par un trapè:
Quelque original que paraisse ce moyen d'atterrii est le seul employé dans ce port péruvien. En el Tétat de la mer, en cet endroit, ne permettant près jamais de faire accoster les embarcations au quai, ( pris le parti de les arrêter toujours à quelques mè de la terre ferme; de là, on lance un trapèze ao( cinq ou six voyageurs à la fois se cramponnent grappe humaine. A un coup de sifflet, une grue, i en mouvement par une machine à vapeur, nous en du canot et nous dépose vingt pieds plus haut , su débarcadère. Les bagages suivent le même chemin Dieu sait si j'ai tremblé pour mon avoir; tout, heu: sèment, est arrivé en bon état.
La voie ferrée par laquelle nous gagnons Aréqi est taillée dans le flanc de la montagne et s'élève ; grandes hauteurs, par des lacets en zigzag qui oblij la machine à marcher tantôt en avant, tantôt arrière. Arrivés au sommet, nous traversons d menses plaines de sable, et débouchons bientôt en de là cordillère et du volcan Misti, ce colosse neig
1 six mille deux cent dix sept mètres, au pied duquel t Aréquipa. Nous descendons à toute vapeur pour trer dans la vallée formée par le Rio Chili; cette liée n*est d'abord qu'un filet de verdure, mais se iDsforme rapidement en une plaine féconde. Ma emière impression sur Aréquipa est excellente : ilà enfin une ville qui a du cachet, avec ses vieux lais, ses églises lézardées, ses fenêtres historiées et 3 portes massives. Mais tout d'abord on est frappé ramoncellement des ruines dont les rues ofirent le eclacle, et qui datent du terrible tremblement de •re de 1868. Presque toutes les églises ont perdu irs tours, beaucoup de maisons sont restées à moitié roulées; la place principale, autrefois ornée d'une lerie en arcades, n'est plus qu'un amas de décomes.
Au moment où j'arrivais, je vis, de l'autre côté de tte place, déboucher un troupeau de vingt-cinq ou inte lamas portant, ficelés sur leur dos, les produits stinés au marché. Elles sont bizarres, ces bêtes au ig cou , à l'œil curieux et à l'air afiable ! La plupart Qt brunes, d'autres sont blanches , quelques-unes nt positivement roses. Je voulus m'en approcher, ais elles me traitèrent en étranger et me crachèrent [a figure !
Les lamas sont des bêtes de somme fort utiles dans tte partie de l'Amérique du Sud : ils ne peuvent rter qu'une charge restreinte de cinquante kiloimmes , mais ils ont l'avantage de grimper comme * chèvres sur les roches ardues de la montagne.
Leurs conducteurs sont des Indiens; coiffés d'une espèce de shako élevé , ils portent les cheveux longs et tressés en nattes très-fines descendant sur le dos, tandis que deux boucles tombent en spirales sur leurs épaules. Les femmes ont un chapeau en étoffe rouge, aux bords relroussés et ornés de galons d'argent; elles sont habillées d'un jupon écarlate, et sur leur dos le plus souvent se prélasse un marmot emmaillotté dans une toile fortement attachée aux épaules et à la ceinture de la mère.
J*achetai quelques fruits à ces pittoresques indigènes; mais ne comprenant pas leur langage, j'eus beaucoup de peine à me rendre compte pourquoi, ayant voulu payer un réal en donnant un billet de quatre réaux, le marchand m'avait rendu : P les fruits que je désirais; 2** un jeton en gutta-percha, àTusage du tramway d'Aréquipa (la seule voiture de la ville); 3® la moitié déchirée d'un billet de deux réaux ; 4!* un paquet de cigarettes. Un religieux qui passait en ce moment, vêtu d'une soutane bleue et coiffé de l'interminable chapeau à gouttière, voyant mon embarras, voulut bien s'arrêter. Il m'expliqua, tout en fumant sa cigarette de feuilles de maïs, que les petites coupures faisant défaut, le marchand me rendait ma monnaie en nature, ou par des équivalents. Je remerciai l'obligeant Padre et me retirai , rempli d'admiration pour la facilité de transactions dont jouit le petit commerce de ce pays, où l'or prime déjà le papier de 70 pour 100.
BOLIVIE. 2âr:
Punho, 19 septembre.
Je me trouve aujourd'hui sur les t)orcls du lac de ^iticaca, et j*y suis arrivé par un voyage des plus urieux eu chemin de fer. Parti d'Aréquipa, dont altitude au-dessu» du niveau de la mer est déjà de eux mille trois cents mètres, j ai atteint dans la même )urnée une hauteur de quatie mille cinq cente mètres, n escaladant une série de plateaux qui forment la lordillère en cet endroit. Cette conformation de la aontagne a permis de faire un tracé sur des pentes elativement peu inclinées^ de sorte qu'il suffit d'une ouïssante locomotive pour les remonter.
Comme la route est longue,, et que sur cette ligne es choses se passent en jEsimille, je chef de train, dont 'étais devenu Tami^ m'invita à venir danser une aniacueca dans le fourgon aux bagages. Je l'y suivis ivec empressement ^ et j'y trouvai déjà réunie toute me société indigène dansant, chantant, jouant de la [uitare et buvant sec , manière assez pittoresque de ranchir les Andes! Mon hôte me fit comprendre que !ette réjouissance était destinée à célébrer le jour anniversaire de l'indépendance du Chili, son pays natal; li, pour manifester sa joie, à chaque arrêt du train il aisait partir des pétards, dont les éebos de la monagne répétaient joyeusement les déioDutions.
Après les danses ,^ arriva le moment de la chasse : m efiet, pendant que nous traversions les hauteurs, lous aperçûmes de nombreux troupeaux de vigognes paissant là tranquillement au milieu des landes. A
rapproche du train » on voyait ces gracieuses bêtes tendre le cou et regarder avec inquiétude, puis soudain bondir toutes ensemble, la tête basse, et se perdre dans le lointain. La vigogne appartient à la famille des lamas : elle est un peu plus grande qu'un chevreuil et couverte d'une toison de couleur brune : les Indiens en tuent un grand nombre pour se servir de leur laine, abondante et extrêmement fine.
De la plate-forme du wagon, j'observais', non sans émotion , tous les mouvements de leurs troupeaux errants : je tenais ma carabine à la main, et de temps à autre j'envoyais à tout hasard une bsJie dans la direction des plus rapprochées. Derrière moi, toute Tassislancc suivait avec anxiété mes mouvements, et m'exhortait à tirer à desjdistances fantastiques.
Après quelques essais malheureux, voilà que tout à coup une bête imprudente se présente à belle portée; je tire, et, à la joie générale, le quadrupède roule à terre !
Aussitôt le conducteur de serrer les freins, i^ donner le signal d'arrêt et de se précipiter le premier vers ma victime, qui fut ramassée et rapportée dans le train. On se remit en marche, et la vigogne fut aussitôt dépouillée par un amateur; j'en gardai pour moi la fourrure et distribuai libéralement les morceaux i^ venaison à mes danseuses de tout à l'heure.
Pendant ce temps, la température s'était considérablement abaissée, et je trouvai les voyageurs restés étrangers aux distractions du fourgon de baga^^^» groupés autour du poêle installé dans notre wagon.
Vous étions parvenus à la région des neiges : d*abord on n'en apercevait çà et là que des plaques isolées, puis peu à peu tout devint blanc, et à la station de Vicocaya 3Î1 le train s'arrêta pour la nuit, une nappe de neige couvrait entièrement le plateau et le sommet des montagnes environnantes. Nous étions à une altitude de [juatorze mille cinq cents pieds ; et je ne résistai pas, flans la station, qui est à la fois un hôtel, au plaisir de jouer une partie de billard à peu près au niveau îlu sommet du mont Blanc; mais ma partie fut courte, car je commençais à ressentir cruellement les atteintes d*un mal appelé dans le pays le soroche , et auquel, fe l'avoue, je n'avais guère ajouté foi lorsqu'on me l'avait prédit avant mon départ de la côte. J'appris à mes dépens combien il est douloureux : c'est une sorte l'étouffement provoquant des nausées, des hémorrhajies par le nez et par les oreilles , des battements de îœur horriblement saccadés; on éprouve ce sentiment pénible d'être privé, dans une mesure suffisante, d'air respirable. C'est affaire d'habitude, me dit-on... à moins que l'on en meure, et plus d'un voyageur en a fait déjà la triste expérience.
Le lendemain , nous repartons dès Taube , et après vsoiv monté d'abord une centaine de mètres plus haut, nous descendons une pente douce, tantôt Sominant de grands étangs où se reflètent, comme dans un miroir, les montagnes nues de la rive, tantôt traversant des bruyères où paissent des troupeaux de lamas et d'alpacas. Vers le soir, nous longeons d'immenses marais d'où partent à tire -d'aile des
nuées d'oiseaux de toutes sortes, et nous armons à PunhOy siluée au fond de Tun des golfes formés par les rives capricieuses du Titicaca, De la ville on aperçoit seulement une petite partie de ce grand lac; mais j'aurai dès demain le loisir de Tadmirer, en le traversant sur un parcours de plus de deux cents kilomètres. Punho n'a de remarquable que sa cathédrale, dont les proportions sont considérables ; devant ce monament s'étend une grande j^lace où je vois rangées une centaine de jeunes Indiennes, aux jupes de couleur sombre et au corsage grand ouvert : elles se tiennent accroupies, en files symétriques, et vendent des fruits ou des légumes desséchés par le froid. Est-ce coquetterie ou pure naïveté? Je ne sais. Toujours est-il qu'il y a un contraste frappant entre l'étalage de ces fruits fanés et une exhibition dont la fraîcheur est digne de séduire le regard de Caton lui-même.
Chililaya, 21 septembre.
Un naufrage à trois mille neuf cent quatorze mètres au-dessus du niveau de la mer n'est pas chose commune! C'est pourtant ce qui aurait pu m'arriver, car, en débarquant à Chililaya, je viens d'apprendre, par les voyageurs du bateau précédent , qu'ils ont dû se sauver en chaloupe, leur navire s'étant échoué sur u» banc de sable. Nous n'avons pas eu le même sort, mais peu s'en est fallu cependant : en sortant du port de Punho, nous nous ensablons d'abord deux ou trois fois; nous parvenons enfin à gagner le large, mai^
est pour sauter et rouler affreusement sur les vagues 5sez fortes de cette petite mer. Pour comble d'ennui, ï séjour du pont est rendu fort pénibk par une pousère incessante : je découvre bientôt qu'elle est prouite par l'action de la brise sur le singulier cornustible entassé à Tavant du bateau, pour Taliment de otre machine ; ce combustible est dû aux lamas, et a té recueilli dans les prairies où séjournent ces utiles uadrupèdes! Quel n'est pas notre dégoût, en nous lettant à table , de voir que le maître coq indien s'est ublié au point de laisser le roulis en mêler des lorceaux égarés aux plats gluants qu'il nous sert !
Nous avons laissé bien loin derrière nous les coteaux •ides des environs de Punho, et nous nous dirigeons îrs une chaîne de montagnes qui se dessine à l'hori- >n , toute couverte de neige : ce sont les pics du orata et de VlUimani; de toute autre part nous ne »yons plus que le ciel et l'eau. Le soir, le lac est tout luminé par un orage : les éclairs se succèdent folleent, et bientôt la bourrasque est dans son plein : )us filons sous le vent, et le capitaine m'avoue qu'il i sait trop où nous sommes. Pendant toute la nuit lUS tournons en rond, au risque d'accrocher quelque me de sable ou d'être jetés à la côte. Heureusement )tre navire , le Vavari, tient bon ; ne soyons pas trop LÎgeants , eu égard aux difficultés qu'il a fallu surlonter pour apporter à dos de mulet, par conséquent /ant la construction du chemin de fer, et par plus e cent lieues de montagnes , ce petit vapeur d'une ontenance d'environ cent cinquante tonneaux. Sur
les bords du Pacifique, il valait peut-être cent mille francs; transporté ici, on estime qu'il a coûté plus de deux millions! Aujourd'hui, il y a deux de ces bateaux à vapeur sur le lac; ils font alternativement le service de la côte péruvienne à la côte bolivienne; mais celte ligne est peu suivie par les voyageurs ; elle sert seulement au transport des marchandises trop lourdes pour être chargées à dos de mule ou de lama jusqu'à la Paz.
Après cette nuit troublée par la tempête, nous retrouvons notre roule à laube; bientôt nous quittons le large pour entrer dans un golfe dont nous longeons une des rives ; la vue en est agréable, quoique la végétation , à ces hauteurs, soit extrêmement rabougrie. Je suis très-frappé de trouver le pays aussi peuplé : partout s'élèvent de petites huttes d'Indiens, groupées autour d'une église et formant des villages coquettement situés dans les plis du terrain; de tous côtés s'étendent des champs couvrant la montagne jusqu'au sommet et disposés le plus souvent eu gradins, à cause de la pente rapide. Çà et là on aperçoit des Indiens, hommes et femmes, bêchant, labourant, faisant paître des troupeaux. Nous croisons de jolies pirogues en jonc qui glissent légèrement sous une voile de nattes gonflée par la brise ; la proue trèsélevée de ces embarcations leur donne Tapparencc gracieuse des cygnes voguant sur Tonde.
Nous laissons à notre gauche plusieurs îles égal^' ment habitées , et nous passons devant celle de Titt" caca* Je m'attendais à voir les Indiens qui sont à bord
se prosterner et chanter quelques hymnes au Soleil , soit en dialecte qutchoua, soit en aimara; mais il
parait qu*ils ont oublié ! Cest pourtant de cette île
qu'est sortie , il y a plusieurs milliers d'années , la souche des Incas, dans la personne de Manco-Capac et de Mama-OellOj le mari et la femme , en même temps que le frère et la sœur, tous deux enfants du Soleil. Ils sont partis de là pour fonder Cuzco et jeter les bases de cet empire sacré que Pizarre et ses soldats 3nt renversé, au nom de la civilisation et du progrès. II y a dans Titicaca des ruines que nous apercevons >ur la côte : ce sont les bains et les palais des Incas, m amoncellement de pierres énormes superposées 1 une façon inexplicable. Ces monuments remontent évidemment à une haute antiquité, mais la science ^'est pas encore complètement fixée sur Tâge qu'il autleur attribuer.
La Pas, 25 septembre.
De Chililaya, il nous fallut douze heures de voiture >our gagner la Paz: six mules nous traînaient péni- Jement dans, une plaine aride où le chemin est à >eine tracé. Mais la beauté du spectacle , à l'arrivée , '^dommage amplement des ennuis de la route : tout
un coup , sans que rien fasse pressentir ce changeaient à vue, on arrive au bord d'un immense pli de Brrain rendu invisible jusque-là par la configuration u sol , et tout au fond on aperçoit la Paz. A quinze cnls pieds au-dessous de nous, à peu près vertica- 'ment, la ville étale sa nappe de toils rouges que
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dépassent les clochers des églises. En face se détache la base de Vlllimani^ aux roches déchirées et travaillées par des éruptions volcaniques, qm donnent à ces montagnes des teintes multicolores, rendues chaudes par les rayons du soleil couchant. Noos descendons au grand trot une route rapide , construite en lacets réguliers, tandis que , sur un sentier tracé en droite ligne, nous croisons vingt fois la file presque non interrompue de lamas, d'ànes, de bestiaux, poussés par leurs conducteurs et animant de la façon la plus variée et la plus bruyante cette sorte de gigantesque échelle.
Nous voici à la Paz de Ayacucho, aux rues étroites et escarpées, pavées de cailloux pointus et glissants. J'ai la bonne fortune de ne point trouver de gîte à Tauberge de muletiers décorée du nom de a Hôtel de Paris )? , et je nrem presse d'accepter une hospitalité gracieusement oflerte par un des principaux commerçants de la ville, M. Steinert. Avec quelle joie je retrouve dans cette agréable demeure un luxe tout européen qui me dédommage des nombreuses privations dont j'ai eu à souffrir pendant ces derniers temps !
La cité est en grand émoi : elle se prépare à recevoir le nouveau président, usurpateur du pouvoir, le générai Daza, un vrai dictateur qui, à la tête de toute Tarmée, va faire son entrée triomphale dans sa bonne ville de la Paz. Désireux de ne point manquer ee curieux spectacle , je vais me placer tout près du palais présidentiel, superbe édifice dont Parchitecture
ulière contraste étrangement avec son toit recout de chaume.
Depuis le matin, les rues sont encombrées d^une lie énorme ou domine Télément indien : les natus du pays, après avoir vendu leurs poules au marché, innent saluer leur président; partout des guirlandes des drapeaux sont suspendus aux fenêtres. En face
palais se trouve une fontaine qui a été désignée *ar rehausser Féclat de la fête; ce monument est rmonté d*une statue représentant Neptune, sortant s eaux , le trident à la main , un pied posé sur un uphin : Tédilité n'a rien trouvé de mieux que de sser à ce Neptune une chemise de gaze, d'orner son dent d'un drapeau tricolore et de lui poser sur la e une perruque de coton, en inscrivant à ses pieds : hertad.
Jamais déroute n'a donné idée de ce que fut le filé des bandes précédant [l'armée dite régulière • s Indiens traînant des animaux chargés de bagages,
fusils cassés, d'ustensiles de cuisine, de vieillies; puis tout un régiment de femmes pliant 18 le poids de bissacs gonflés d'armes, d'enfants au lîllot ou de provisions. Ces femmes sont les rahonas, mirable institution qui tirerait d'embarras plus ine intendance européenne;, voici pourquoi : en livie, l'équipement du soldat en campagne comend non-seulement le fourniment militaire, mais core une femme qui l'accompagne partout, fait ses ovisions, prépare son repas, porte ses bagages et ille, en un mot, entièrement à sa subsistance. L'in-
tendance, si toutefois il y en a une, n'a plus qu'à se croiser les bras.
Après le défilé féminin, arrive celui des troupes ayant à leur tête le président Daza : monté sur un magnifique cheval, vêtu d'un uniforme étincelant, il s'avance au milieu d'un brillant état-major de généraux et de colonels. Son grand panache ronge, jaune et vert, flotte au vent , et , la tête haute, Tair radieux, il fait lentement le tour de la place. Il est du reste assez bel homme et semble ne pas Tignorer. Des jeunes filles lui apportent des couronnes de fleurs qu'il passe à son bras, et de temps à autre il s'arrête, souriant, sous un balcon d'où tombe aussitôt une pluie de feuilles de roses dont il se laisse complaisamment saupoudrer. A côté de lui marchent deux Indiens tenant en main un singulier étendard composé de petits carrés d'étoffe de différentes couleurs; ces hommes portent un chapeau tout couvert de plumes aux couleurs voyantes, et ont les épaules couvertes d'une sorte de surplis. A chaque instant ils s'arrêtent et agitent gravement leur fanion. C'est, me dit-on, le signe de ralliement des Indiens, qui indiquent ainsi la soumission de toutes les tribus boliviennes au nouveau gouvernement.
L'armée vient ensuite , composée d'un millier de fantassins d'une tenue excellente, et de deux ou trois cents cavaliers. La bonne mine de ces soldats est surprenante, à la vérité, car ils viennent de faire plus de trois cents lieues. En effet, don Hilarion Daza, s' étant, au mois de mars , emparé du pouvoir après
oir mis à la porte le président légitime don Thomaso lias, s'est, depuis ce temps, conduit en dictateur triombnt : rÉtat, c'est lui; iln*y aplus de Chambres, plus 3 ministres, plus d'électeurs. Après son coup d'État;
est parti pour faire reconnaître son pouvoir , aussi ou¥eau quMrrégulier, dans toutes les villes principes de la république, passant à Oruro, à Cochafunhttj à Sucre, à Potosi; seulement, comme en m absence il pouvait craindre un soulèvement mililire, il a emmené l'armée dans cette longue tourée qu'il termine en rentrant à la Paz d'où il était mu.
Tout cela parait s'accommoder peu avec le proramme d'une république démocratique, mais c'est ien là le dernier souci du héros du jour : entouré 'une garde prétorienne, à l'a cuirasse et au casque iincelants, il semble défier là Liberté en chemise, ai, du haut de sa fontaine, préside à son triomphe.
Au fait, les Boliviens ont l'air de trouver ce régime larmant ; il en sera ainsi jusqu'à la prochaine révoition, d'où naîtra quelque engouement du même enre. En attendant , le « Maître » a décidé que, peniDt sept jours, la Paz fêterait son joyeux avènement : Dus commençons donc toute une série de réjouismces auxquelles l'armée est conviée en première gne. A cet eflfet, le régiment qui compose la cavalerie olivienne vient prendre ses quartiers dans la ville ; ss escadrons se rangent en bataille sur la place ; mais, )mme il n'y a point d'écuries, les hussards mettent îed à terre , enlèvent la selle , la chargent sur leur
propre tête, et, précédés de leur « femme de c pa({nc M , vont habiter chacun chez soi ou dan caserne, tandis que les chevaux, rendus soudain liberté, prennent, «ous la direction d*un seul cava leur galop vers la prairie, où ils resteront livr eux-mêmes jusqu*à une nouvelle expédition.