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CHAPITRE IV

Les mines d'or de MorrO'Velho.

M. Gordon, directeur des mines d'or de Morro- * VelhOj se trouvant à Rio où j'avais eu Foccasion de faire sa connaissance, m'offrit de l'accompagner pour aller visiter son exploitation, qui se trouve située à une centaine de lieues au nord, dans la province de Minas-Gerâes.

J'acceptai avec empressement; le but de celte excursion me tentait, et l'occasion était bonne pour m'édifier complètement sur la manière de voyager dans l'intérieur du Brésil. Le rendez-vous fut fixé à Jniz-de- Fora, limite de la région parcourue par des lignes ferrées ou des chemins carrossables.

De Pétropolis on arrive à cet endroit en se servant du mail-coach qui, partant dès l'aube, suit une route magnifique appelée Uniâo e Industria, construite et entretenue avec un soin remarquable.

On longe d'abord la rivière qui arrose Pétropolis, la Piahana; on passe des coteaux couverts de forêts aux riches plantations de café, trouvant à chaque détour du chemin un paysage nouveau et toujours varié. A mi-chemin , la route traverse , sur un pont hardiment jeté, le fleuve Parahyba, qui sépare les deux provinces

de Rio et de Minas; puis elle s'engage sur la rive gauche AixParahyhuna, longeant des rangées d'agaves, sortes d'aloès gigantesques, ou des murailles de bambous qui forment au-dessus de la tête un arceau charmant de verdure.

Les quatre ou six mules attelées à la voiture sont renouvelées toutes les heures et parcourent Tétape à des allures qui prennent parfois des proportions de vitesse inquiétantes. On est à Juiz-de-Fora vers six heures du soir, après avoir parcouru lestement dans sa journée cent cinquante kilomètres.

La Compagnie qui a construit cette belle voie de communication a voulu sans doute donner au voyageur qui s'engage de là vers l'intérieur un bon souvenir des douceurs de la civilisation, car elle y a fait bâtir un hôtel excellent, réputé à bon droit pour être le meilleur du Brésil. Elle a également établi dans le village de Jaiz-de-Fora, créé par elle, une école d'agriculture dirigée par des hommes compétents : malheureusement cet établissement manque d'élèves. Il est fâcheux vraiment que les planteurs du pays ne profitent pas davantage d'une institution si bien à leur portée, où leurs fils peuvent apprendre toutes les choses de science et d'expérience utiles, au premier chef, dans une grande exploitation.

Non loin de là, sur la montagne, se trouve une colonie de quelque importance formée presque exclusivement de Tyroliens; le site est particulièrement pittoresque, parce que les colons ont donné à leurs babitations, parsemées au milieu des bois qu'ils défri-

chent, le style des jolies constructions de leur pays natal.

Au jour fixé, les différentes personnes qui devaient composer notre petite caravane se trouvent exactes au rendez-vous, et nous nous mettons en selle sur de bonnes mules, alertes et vigoureuses, qui nous amènent, assez tard dans la soirée, à notre première étape, le rancho (abri) de Gonzaga, dont Faspect au clair de lune n'est guère engageant.

Le lendemain matin de bonne heure, nous nous remettons en marche, et Tétape s'allonge devant nous, monotone et sans incidents. J'en profite pour passer en revue mes compagnons de voyage.

En tète marche M. Gordon , le directeur des mines d*or, notre cicérone et notre hôte; il est d'une complaisance à toute épreuve, attentif en toutes choses; c'est un aimable compagnon , dont la conversation est précieuse et intéressante; car, depuis longtemps installé dans ces contrées, il possède sur tout des connaissances nombreuses et variées.

Parmi les cavaliers de notre groupe, il en est un qui est attendu avec une fiévreuse impatience à Morro- Velho : c'est le Révérend Ward, chapelain du stationnaire anglais de Rio. Il doit célébrer les noces de miss Gordon, fiancée depuis plusieurs mois, et attendant l'arrivée d'un pasteur pour se marier. On devine si le tt petit dieu » protégera notre route !

Nous serions parfois dans l'embarras ou le silence, si nous n'avions pour nous aider et nous distraire le chef de la tropillà, senhor Marquez, un vieux Portu-

gais, homme de confiance, ancien employé de la Compagnie, dont les fonctions consistent à amener quatre fois par an le convoi d*or à Rio-de-Janeiro. Tout en cheminant, senhor Marquez récite du Camoëns; il nous parle des splendeurs du Portugal, en faisant toutefois une part énorme à la Citade do OportOj sa ville natale, dont il énumère avec orgueil les heautés et les grandeurs.

Quant à son humble sous-ordre, le noir Antonio, il nous précède majestueusement dans une livrée bleu de ciel à boutons d'or et à larges parements jaunes; un chapeau de haute forme, couvert de toile cirée, orne son chef d*éhène, et ses longues jambes se perdent dans d'immenses bottes à chaudron. Ce groom plein de couleur locale porte sous le bras un faisceau de parasols.

Derrière nous viennent les mules de rechange, trottinant sous la conduite d'un bel esclave noir; puis, plus loin, toute la tropilla (caravane de mules), se composant d'une trentaine de bétes chargées de bagages, de caisses, des mille et une choses que nécessite une installation matérielle comme celle de Morro- VelhOj où les provisions n'arrivent que tous les trois mois.

Les chemins sont mauvais, la route extrêmement . montagneuse, mais peu variée. Nous rencontrons de temps à autre des voyageurs comme nous, quelquefois de gros et lourds chariots aux roues pleines et criardes, attelés de dix-huit bœufs marchant deux par deux. De tous côtés on n'aperçoit au milieu de la bruyère que

des fourmilières, qui s^élèvent eu cônes hauts parfois de vingt pieds, ou bien des bandes Je vautours appelés ouroubouSj s'acharnant sur les nombreux cadavres de mules et de bœufs abandonnés le long du chemin.

Ces oiseaux, aussi laids qu'utiles, sont très en honneur au Brésil, où ils sont protégés, sinon par la loi, du moins par les usages ; il est sans exemple, en efifet, que Ton s'aventure à en tuer un. Aussi les voit-on à Rio,. en bandes énormes, s'abattre sur les toits des maisons, et je connais certains quartiers où ils sont tellement nombreux que les arbres, les charpentes et tous les points où ils perchent en sont noirs. Ce sont, du reste , les seuls agents sérieux de la propreté publique dans le pays ; ils sont même un peu de la police , car ils aident quelquefois, par leur présence, à faire dé2 couvrir, dans les lieux isolés, Tendroit où a été jeté le cadavre d'un voyageur qui a reçu quelque mauvais coup.

A ce point de vue, ils ont eu fort à faire dans les bois et les ravins de mauvaise mine que nous traversons, en franchissant la Serra do Mar, car les nombreuses croix de bois espacées tout le long de la route, et rappelant que là a été enseveli un malheureux assassiné, donnent à réfléchir sur la sûreté du passage. Mais, fort heureusement, il paraît qu'aujourd'hui les brigands de ces parages sont tout à fait calmés.

A la fin d'une journée fatigante où nous avons été aveuglés par une atroce et étouffante poussière, nous nous arrêtons à quelques kilomètres de Barhacena,

chez le senhor daCosta, major de la garde nationale. — Il ne faudrait pas s'efirayer des troubles que peut occasionner ce corps pseudo-militaire-, heureusement pour le Brésil, la garde nationale ne compte guère que des majors!...

Notre hôte n a, du reste, rien de belliqueux, et se livre à la paisible industrie des cigarettes roulées dans la paille de maïs. Il nous raconte qu'il s'assure un revenu annuel d'une cinquantaine de mille francs en cultivant lui-même le tabac, et en occupant ses esclaves à cette fabrication des plus simples. Pour ma part, j'aime beaucoup ces cigarettes du pays, d'une trèsgrande force, mais d'ailleurs d'un goût excellent et très-fin.

De Barbacena, il nous fallut faire plusieurs longues journées à cheval, partant au point du jour et nous arrêtant à la tombée de la nuit. J'étais parfois ébloui et charmé des teintes étranges que nous avions sous les yeux ; les nuances infinies de Thorizon se confondaient insensiblement avec le ciel, tandis qu'au premier plan , la combinaison des difierentcs matières qui composent le sol profondément raviné le rendait tantôt tout rose, tantôt zébré de rouge ponceau, de jaune, de violet et de brun, formant un ensemble de couleurs d'un effet incomparable.

En franchissant la Serra dos Taîpas, nous apercevons une immense étendue de pays absolument inhabité; sur plusieurs points, une longue colonne de fumée s'échappe en spirales de quelque forêt en feu et répand dans l'air un nuage si épais que, vers le

soir, le disque du soleil nous apparaît comme dans un brouillard opaque. Dans le lointain, des bandes* de singes font entendre leurs hurlements sinistres ; un vol de perroquets passe au-dessus de nos tètes; puis c'est un aigle qui s'enlève majestueusement devant nous.

L'élat de la route est indescriptible; les éboulemcnts de la saison des pluies n'ont plus laissé qu'une série de crevasses, au milieu desquelles tout vestige du tracé a disparu. Force est alors de contourner ces trous béants, et grâce aux braves mulets, dont le pied sûr n'hésite jamais, on passe partout à peu près sans danger. Parfois, à Taube, nous trouvons, sur ces hauteurs la terre toute couverte d'une gelée blanche causée par le froid de la nuit ; mais le soleil a bien vite raison de ces légers glaçons.

A Machina de ferro, nous franchissons une montagne d'une richesse minérale remarquable : le chemin, les cailloux, les rochers sont tout de fer, et les pieds de nos chevaux frappent sur le métal presque pur, qui se trouve là dans une proportion do 80 à 90 p. 100, même à fleur de terre. Ces gisements restent malheureusement à peu près inexploités, à cause de la difficulté des transports, du prix excessif delà main-d'œuvre et du manque de houille, que le bois, seul combustible employé, remplace d'une façon insuffisante.

A la fin du septième jour de noire, voyage, nous arrivons sur les rives du Rio das l/elhas où se trouve MorrO'Velho. Ungroupe de cavaliers attend notre petite troupe à la limite de la concession : ce sont les offi-

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ci ers de la S, John-d'eURey mining Company, qui viennent souhaiter la bienvenue à leur superintendent gênerai.

M. Gordon, en effet, est absent de chez lui depuis plusieurs mois ; aussi tient-on aie bien recevoir : à Tentrée du village , les pétards de joyeuse entrée font leur office, et un corps de musique; jouant de brillantes fanfares, prend la tète de notre véritable cortège.

Nous pénétrons dans la cour de Thabitation : une nuée de négrillons en livrée originale se précipitent à la tête de nos montures, et nous mettons pied à terre pour aller saluer madame Gordon et sa fille , qui nous attendent sous la véranda. A la vue du Révérend, certains yeux brillèrent d'une joie non dissimulée : laitente avait paru longue !

Quant à moi, humble laïque, dont la venue n'était pas attendue avec autant d'ardeur j'en pro-' fite pour me retirer dans ma chambre, et y goûter les délices de fraîches ablutions. Quand on a enduré la poussière du chemin sur plusieurs centaines de milles, et qu'on s'est cru à bien des lieues de la civilisation, quelle bonne aubaine de trouver un joli cottage anglais, avec tous les raffinements de luxe et de confort que les sujets de Sa Majesté Britannique ont le bon esprit d'apporter partout avec eux !

Je fus réveillé de bonne heure , le lendemain , par le bruit des machines qui font Tor, ou plutôt qui le dégagent de toutes les matières dans lesquelles il est enveloppé.

Je savais déjà, par les récits de notre hôte, combien

cette exploitation, qui est aujourd'hui en pleine prospérité , avait passé par de rudes épreuves. 11 y a sept ans, tout marchait à merveille; la veine d'or suivie était abondante, quand tout à coup, sans que rien ait pu faire prévoir cette terrible catastrophe, le feu se déclara dans la mine. En quelques heures tous les bois qui soutenaient les travaux de soubassement s'étaient embrasés; des tourbillons de flammes et de fumée s'échappaient par les issues, et empêchaient d'apporter aucun secours.

Entre deux maux, avec beaucoup de présence d'esprit, le directeur sut choisir le moindre : il recourut à Tinondation complète. Il y eut alors une période de trois ans pendant laquelle les travaux ne reprirent qu'avec peine ; de nouveaux accidents se succédèrent à des intervalles assez éloignés, pour détruire chaque fois le fruit de longs labeurs; puis, un jour, un éboulement épouvantable, causé par les ravages de Tincendie et de l'inondation, détruisit en même temps les galeries et les puits : cette fois la mine était absolu* ment perdue.

Mais doué de la ténacité propre à sa race, M. Gordon s'acharne de nouveau ; il creuse d'autres puits, il répare ses machines, il retrouve le filon ! Aujourd'hui la prospérité renaît, et les actions de la Compagnie de Morro- Velho sont aussi recherchées à la Bourse qu'il y a sept ans.

Nous avons entrepris l'exploration de la mine à^or en nous faisant descendre par une des tonnes qui retournent en général à vide, après avoir apporté le

minerai de bas en haut. Cette descente d'environ quatre cents mètres n'a rien de bien attrayant, et malgré soi Ton réfléchit, tout le temps du parcours, à la triste figure que feraient, au fond du puits, les voyageurs du tonneau si la chaîne venait à casser! Les difierentes couches que Ton traverse avant d'arriver au précieux métal ne sont que de Tardoise; cette matière forme également la base de la veine où se trouve Tor.

La chaîne cesse de se dérouler entre des paroisétroites, et nous pénétrons dans une vaste caverne. A la vue de ces murs ternes et gris, ruisselants d'humidité; de ces noirs attaquant la pierre à coups de pioche et dont le torse nu , couvert de sueur, reluit à l'éclat des torches, j'éprouvai tout d'abord un certain étonnement : je ne m'étais pas figuré ainsi une mine d'or, et je me serais cru plus volontiers dans un charbonnage.

Les chants des travailleurs occupés dans d'autres galeries semblent sortir des entrailles mêmes de la terre; nous parcourons successivement ces différents travaux souterrains, accueillis, dans chaque nouvelle excavation , par les retentissants viva dont nous saluent les mineurs.

Comme, à Tœil, on ne distingue nullement le minerai aurifère de celui qui ne l'est pas, nous nous contentons de croire sur parole notre guide, qui tantôt nous fait passer par des couloirs où il faut avancer presque en rampant, tantôt nous avertit de nous effacer contrelesparoishumides pour laisser place aux wagonnets chargés de minerai, qu'on dirige vers l'orifice.

J'avais hâte de quitter ces profondeurs, dont la visite n'offrait d'ailleurs qu'un médiocre intérêt, et nous remontâmes par un autre puits. Celui-ci sert de passage aux tuyaux de quatre pompes, fonctionnant sans interruption; elles sont destinées à puiser Teau de la nouvelle mine, et surtout à vider les anciennes galeries inondées. Mais c'est une pénible ascension que celle de douze cents échelons, par des échelles droites! J'avoue que j'ai revu le ciel avec plaisir.

Le roc dont on extrait l'or est composé de quartz mêlé, dans une forte proportion, à du carbonate de chaux, et fortement imprégné de fer, d'arsenic et de pyrites de cuivre. Les blocs concassés, mais de grosseur inégale, sont apportés à la surface et jetés de là dans un hangar où des ouvriers les réduisent à un même volume. On les verse alors peu à peu dans de vastes entonnoirs qui, par un ingénieux système de plan incliné y ne fournissent chacun qu'une pierre à la fois à un gros pilon chargé de la broyer. 11 y a en ce moment une centaine de ces bocards fonctionnant jour et nuit; aussi quel tapage!

Réduite en poussière extrêmement fine , la matière pulvérisée tombe sur un tamis en fils de cuivre, où elle trouve un courant d'eau qui l'emporte à travers les tissus assez serrés de cette toile métallique. L'eau bourbeuse, couleur ardoise, coule alors sur des conduits en plan incliné d'une longueur de quinze mètres environ.

Ces rigoles sont tapissées de peaux de bœuf juxtaposées, qui ont chacune trois à quatre pieds de long sur un pied et demi de large, et dont on a eu soin de con-

server les poils, pour arrêter la poussière d*or. En effet, ce métal, plus lourd que tous ceux avec lesquels il était en composition dans la pierre, est nécessairement le premier a s'accrocher aux peaux que le courant de Teau prend à rebrousse-poil.

La longueur des conduits assure un temps d'écoulement sufGsant pour que la plus grande partie de Tor y soit déposée , pendant que le quartz pulvérisé et presque tout le cuivre sont emportés par le courant. Il reste alors sur les peaux une espèce de boue noirâtre , qui renferme en majeure partie du sable , de larsenic et de Tor.

En opérant le lavage à la manière primitive, on pent dégager déjà le précieux métal ; mais cette opération, en pratique, serait trop longue. Cependant, pour nous en donner une idée, notre hôle veut bien en faire faire Texpérience devant nous : une négresse ramasse le contenu de deux ou trois peaux, le verse dans un grand plat de bois , puis elle y met un peu d'eau et commence avec la main à secouer doucement son écuelle, en laissant chaque fois échapper, avec le liquide, le sable dont il est mélangé. Peu à peu, toutes les matières étrangères disparaissent; on aperçoit dans le vase une teinte jaunâtre de plus eu plus prononcée, et enfin For se trouve complètement libre; car, plus lourd, il est resté au fond. C'est la méthode des Chinois en Californie ; c'est aussi le système employé par tout mineur qui , à la recherche de l'or, veut essayer quelque minerai où il soupçonne sa présence.

Mais on a trouvé mieux pour les mines produisant de grandes quantités de quartz aurifère : la boue recueillie dans les rigoles est transportée dans des tonneaux où elle subit une rotation continuelle qui dure vingt-quatre heures; Tor, et seulement ce métal, s'amalgame avec le mercure qu*on a eu soin de verser. On passe alors tout le contenu des tonneaux dans des baquets pleins d'eau, soumis à un mouvement de vaet-vient fortement saccadé. L'amalgame, très-lourd, va au fond, tandis que les aulres matières, soulevées avec Teau, s'échappent par des trous ménagés dans ce but. 11 ne reste plus qu'à recueillir lamalgame ; il est séparé en boules de la grosseur d'une pomme et fortement pressé à la main dans des peaux de chamois, d'où le mercure s'échappe en grande quantité au travers des fissures ; mais il est encore loin d'avoir disparu tout à fait.

Pour y parvenir, on dépose ces boules sur des écuelles placées dans un four, où elles sont soumises à l'action d'une forte chaleur : le mercure se volatilise et, se dégageant complètement de l'or, va se refroidira l'air extérieur, dans un récipient, où il est recueilli afin de pouvoir servir encore. Voici donc l'or complètement libre : il est aussitôt fondu en beaux lingots d'une valeur de 500 livres sterling, soit 12,500 francs.

Le mélange d'eau et de matières minérales dont je parlais tout à l'heure, et qui transporte l'or pulvérisé, est trois fois recueilli et trois fois soumis aux mêmes procédés, pour en extraire autant que possible tout le précieux métal qu'il contient. Après ces opérations, le

sable est mis de côté et conservé : dans le cas où un nouvel accident arriverait à la mine, les travailleurs pourraient être utilement employés à en retirer la quantité d'or, relativement minime, qui y reste encore.

C'est Peau qui meut toutes les machines, et comme elle est peu abondante, d'habiles ingénieurs Tout savamment ménagée pour Tutiliscr le plus possible. Aussi ne voit-on au premier abord, tout aulour de soi, qu'un assemblage incompréhensible de rigoles , de charpentes, de roues gigantesques en mouvement continu.

Mais on se rend bien vite compte que le génie de rhomme est là, dirigeant toute cette apparente confusion... et Ton admire, une fois de plus, la science qui a fait trouver For là où il est invisible , et qui a su le séparer des matières au milieu desquelles la nature l'avait caché.

Le rendement de l'or, à Morro-VelhOj augmente depuis quelque temps dans des proportions qui méritent d'être signalées : ainsi, je vois qu'en octobre 1873 il en a été extrait pour une valeur de 6,500 francs; en décembre, ce chiffre s'élevait à 72,000; en février 1874, il était de 255,000, et en avril suivant, de 350^000 francs. Les résultats seront bien plus considérables encore quand la Compagnie aura à sa disposition un nombre suffisant de machines et de puits d'extraction : elle compte y arriver avant deux ans.

Toute la question , pour l'avenir , est de savoir si h veine continuera! En tous cas, on est assuré d'une exploitation lucrative au moins pour quelc^ues

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années ; aussi les actions de la jS. John-d'el-Rey mining Company, d'une valeur nominale de 100 livres sterling, ne peuvent-elles être achetées en ce moment, sur la place de Londres, pour le prix de 250 livres.

Environ douze cents travailleurs sont employés dans l'exploitation de Morro-Velho; de ce nombre cinq cents sont étrangers ou indigènes, blancs ou noirs, et leurs services sont rétribués d'après les capacités de chacun. Le reste de cette population de mineurs est pris dans l'élément servile.

Un dimanche , M. Gordon nous fit assister à une curieuse revue : il passait Tinspection des esclaves de la Compagnie. Je vis là, alignés sur la pelouse devant l'habitation, plus de cinq cents noirs, hommes, femmes ou enfants, tous en uniforme. Les femmes portaient un jupon blanc, un châle bariolé et un mouchoir rouge sur la tête; leurs capitaines féminins, placés en serre-file, se distinguaient par un chàle rouge et des rubans de même couleur cousus en cercle tout autour du jupon, selon l'importance de leur grade. Les hommes avaient un pantalon blanc, une blouse bleue à revers rouges et une petite toque; leurs capitaines étaient en veste, avec les insignes de leur grade sur les bras.

Gmnds et petits, des deux sexes, alignés tant bien que mal , sont là formant un carré , et subissent Tinspection. L'excellent directeur passe devant le front de ses troupes ; rien ne lui échappe , et il distribue à qui le mérite un mot de reproche ou de félicitatioQ. Il a,*dii reste, lieu d'être content, car tous sont

admirablement tenus et respirent la santé et la satisfaction.

C'était un étrange spectacle que cette scène d'esclavage dans le milieu tout anglais où nous nous trouvions! Pour compléter le tableau, au centre du carré formé par les noirs , s'élevait un grand mât au-dessus duquel flottait fièrement le pavillon de

Sa Majesté Britannique et les plis du drapeau anglais

jetaient mollement leur ombre ondoyante sur toutes ces têtes d'esclaves! — Philanthropie et mystification ! . . .

Le mariage de miss Gordon fut pour la colonie l'occasion d'un grand nombre de réjouissances auxquelles nous prîmes avec joie notre part. Un jour entre autres, notre hôte donna un grand bal où furent réunies toutes lesi notabilités et toutes les beautés du pays : grande salle ornée de branches d'oranger en fleur, orchestre éclatant, souper assis, rien n'y manquait.

On se livra avec ardeur à des danses nationales, telles que \e ferro-fogo , dont l'exécution consiste à frapper en cadence des pieds et des mains, et la moreninhoj mesure de polka interrompue par un boléro, où l'on remplace les castagnettes au moyen d'un habile claquement des doigts; autant les naturels du pays, et surtout les femmes, excellent dans ces mouvements langoureux, autant les colons réussissent peu dans ce genre d'exercice, qu'ils veulent, contre toute mélodie, transformer en gigue irlandaise.

La cérémonie du mariage se passa avec la correc-

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tîon la plus parfaite et la plus anglaise; je partageai avec mon aimable compagnon de voyage, Thonorable H. Gough, secrétaire de la légation d'Angleterre, rhonneur de servir de témoin aux deux époux. Au moment du départ, un côté pittoresque se révéla dans son entier : la jeune femme, en effet, après avoir quitté sa robe blanche, repamit en élégant costume d'amazone; le marié revient botté et éperonné; on s'^embrasse sur le perron, on saute à cheval, et les montures partent au galop, tandis que parents et amis, suivant Tantique usage du pays natal, jettent en Pair leur vieilles pantoufles pour porter bonheur au nouveau cauple. •

Femmes de chambre, domestiques, esclaves , bagages, le tout défile ensuite en caracolant aux mêmes allures que les maîtres. Us ont à faire quarante kilomètres aujourd'hui, et autant demain et après-demain, pour arriver jusque chez eux.

Moi aussi, mais moins poétiquement, je me suis mis en route le lendemain, et ma seule conversation a été, tout en chevauchant, de deviser sur le célibat avec Sa Révérence le chapelain Ward.

Ce n'est pas sans regret que je dus renoncer à pousser mon excursion jusqu'aux rives du Rio Doce, distant d'une vingtaine de lieues : là j'aurais pu faire une visite aux Indiens Botacudos qui campent dans les forêts sauvages , ou bien chercher à Diamantina des diamants dans le lit de la rivière; mais il ne me restait plus assez de temps, et je devais être à jour fixe à Rio-de-Janeiro.

Notre route de retour s'effeclua à peu près sans incidents. Nous avions légèrement modifié Titinéraire suivi en venant, et nous dûmes séjourner dans une ville appelée Congonhas de Campo^ contenant d'ordinaire deux mille habitants , mais qui, à Toccasion d^une grande fête foraine, était encombrée alors de quatorze mille voyageurs indigènes. Je laisse à penser dans quel assemblage de noirs et de négresses, de bêtes à quatre et à mille pattes, il nous a fallu passer la nuit, couchés à la belle étoile sur des peaux de bœuf.

Comme nous poursuivions notre route, heureux de^ laisser bien loin cette foule bigarrée et grouillante,, nous rencontrâmes dans un bois solitaire un beau porc-épic qu'un de nos nègres captura. L'homme apprit à ses dépens combien cet animal possède d'excellentes défenses ; car, ayant imprudemment avancé la main pour le saisir vivant, il se sentit piqué d'une quantité de dards qui, comme des flèches, lui restèrent plantés dans la peau et lui causèrent une vive douleur. Cependant, comme nous étions sortis maîtres de la situation, je consentis à laisser au Révérend cette proie qu'il ambitionnait , et il m'entretint toute la soirée de la joie qu'il aurait à en faire doa au Jardin zoologique de Dublin. Malheureusemeut,. dès l'aube, nous eûmes la douleur de constater que, pendant notre causerie, le porc-épic avait pratiqué une brèche dans sa prison de bambous, et avait déguerpi pour se soustraire à tant d'honneur!

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