‹ Sud-AmériqueChapitre 7 sur 21 · REIS DE RÉCOMPENSE · texte numérisé non relu

REIS DE RÉCOMPENSE

à qui ramènera à son maître l'esclave Romano qui a fui de hfazenda de..., le... Il est âgé d'environ vingt-cinq ans, est grand et fort, parle avec difQculté, et a perdu deux dents de la mâchoire supérieure. Quiconque le cache sera poursuivi avec toute la rigueur des lois.

A VENDRE cinq gentils petits nègres de sept à quatorze ans, un noir et deux négresses pour le travail des champs, ainsi qu'une jolie mulâtresse, rua do Hospicio, ja9 69.

Il y a, dans une volumineuse feuille quotidienne de la capitale, le Jornal do CommerciOj deux grandes pages où se trouvent pêle-mêle les offres de vente, d*achats, d'échange pour les chevaux, les esclaves, les batteuses mécaniques, les mules, les meubles, etc.

Plusieurs maisons dans Rio de Janeiro ont encore la spécialité de ces trafics d*esclaves qui, parait-il, sont fort lucratifs; mais le pittoresque barbare des ventes publiques où les acquéreurs venaient inspecter, comme si c'étaient des bêtes, les pauvres êtres exposés,* s'est complètement effacé. Un très-grand nombre de fortunes actuellement considérables ont été faites au Brésil par la traite des noirs. C'était au temps où le nègre rapportait au vendeur 200 et 300 pour 100 de sa valeur. Les horreurs de la traite sont trop connues

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pour que je m'arrête à les rappeler ici ; elles s'étaient encore accrues lors du trafic clandestin qui s^est iait au Brésil jusqu'en 1852.

En voyant disparaître à grands pas la plaie sociale de Tesclavage, il est pénible d'avoir à constater que ces êtres, rendus intéressants par leur infortune, une fois devenus libres, ne travaillent plus et ne travailleront jamais. Ces natures foncièrement paresseuses n'ont aucun souci de l'avenir : pour vivre, il leur suffit de se nourrir de quelques fruits de la terre; celle*ci, dans ces pays merveilleux , en produit sans culture : n'ayant aucune idée de la civilisation , les noirs n'en éprouvent pas les besoins , et l'idéal pour eux est le farniente. Nous en avons des exemples sous les yeux dans toutes les grandes propriétés où des affranchis, vivant sur des terrains qui leur ont été abandonnés, ne font absolument rien et végètent dans la paresse et dans l'ivrognerie.

Il faudra sans doute un temps considérable pour modifier cette race africaine proprement dite, transplantée sur le sol américain ; je crois plutôt qu'elle, s'éteindra en très-peu d'années : il restera seulement alors, comme vestiges de son passage , le type et la couleur, deux caractères déjà trop mêlés dans le sang des Brésiliens. Il en résulte, du reste, que les préjugés sur la difiièrence de caste par la couleur, si exagérés aux États-Unis , sont très-effacés au Brésil. L'esclave, il est vrai, est d'une classe à part ; il est considéré comme un être inférieur, un peu comme un animal domestique; mais on ne lui témoigne aucun

mépris : nulle marque distinctive ne fait reconnaître le noir ou le mulâtre esclave » de Thomme de couleur qui est libre; aussi dans les rues, dans les voitures publiques » dans les églises , le blanc coudoie-t-îl le nègre sans aucune répugnance.

L'esclavage tant décrié en Europe Test beaucoup moins , il faut Favouer, par les Européens habitant le Brésil : par exemple, aucun agriculteur, aucun directeur d'exploitation» tout en se montrant très-jaloux de sa qualité d*Européen, ne se fait le moindre scrupule de posséder des esclaves et de s'enrichir de leur travail. J*ai raconté ailleurs ce qui se passe dans la province de Minas, où une compagnie anglaise, ayant son siège à Londres, administrée exclusivement par des sujets delà reine , possède des centaines d'esclaves. Quoique les traitant admirablement, ce que je m'empresse de reconnaître, cette compagnie n'en agit pas moins dans un sens diamétralement contraire aux vœux si souvent exprimés par toutes les autorités diplomatiques et militaires de la Grande-Bretagne.

Il est assez naturel, devant de tels exemples, qu'on s'étonne au Brésil de voir de temps à autre s'élever des doutes (comme cela est arrivé tout récemment) sur le droit qu'aurait le gouvernement de réclamer un esclave fugitif, réfugié à bord d'un bâtiment de guerre étranger mouillé dans les eaux brésiliennes !

Le pays a, somme toute, fait son devoir en renonçant généreusement à l'esclavage ; mais il est juste après tout, ce sacrifice une fois &it, qu'il ait demandé à un espace de temps déjà fort court un adoucisse-

meut à la crise que la nouvelle loi doit iaire subir à son agriculture I

Après avoir essayé de dépeindre Tesclavage sous son côté rigoureux, je manquerais d*exactitude en ne disant pas aussi combien , dans beaucoup àe/àzendas, Tesclave est heureux, et jouit même d'un bien-être et d'une sécurité dont plus d'un travailleur européen serait jaloux. En effet, Tidée de hifamiUa antique semble s'être conservée autour de certains senhores, qui Ont compris leurs devoirs au point de vue moral et humanitaire.

Le lien existant entre le maître et son esclave est d'une nature bizarre et difficile à définir : c'est peutêtre un sentiment du genre de ceux qui unissent l'un à l'autre l'homme et les animaux destinés à l'aider dans son travail, et partageant pour ainsi dire son existence. Rien ne donne une plus juste idée de ces rapports, que la vue des petits enfants d'esclaves, admis dans la vie de famille a peu près comme chez nous certains chiens ou chats participent à la vie commune. Les sentiments éprouvés pour ces moleques (petits nègres) tiennent un peu de l'affection des parents pour leurs enfants, et beaucoup de l'attachement du maître pour son caniche préféré.

Tout cela est tellement différent de nos idées européennes, qu'il faut s'abstenir de juger, car on jugerait à faux. Je puis en donner un exemple : un jour je parlais à une aimable Jàzendeira de ses jolies mulâtresses; aussitôt, flattée de mes éloges, elle les appela au salon où nous nous trouvions , leur donna

Tordre de se ranger devant moi, et commença à me débiter un véritable boniment sur les qualités de son troupeau féminin. La senhora faisait sur chacune de ces pauvres filles une plaisanterie ou une remarque qui m'embarrassait pour elles, mais à tort sans doute, car les intéressées ne paraissaient nullement humiliées de cette exhibition ou de ces lazzi.

Or y le lendemain, comme je mesurais encore dans mon esprit Tincommensurable distance sociale à laquelle de pareils procédés placent ces pauvres êtres, il arriva que, jouant dans la soirée au jeu de colin-maillard ou de main chaude, la maîtresse de la maison et ses filles ne se trouvèrent pas en nombre suffisant pour animer la partie. Aussitôt les mulâtresses de la veille furent appelées, et elles se mirent à jouer tout bonnement avec nous, sans que cela eût Pair d^embarrasser personne I . . .

n y aurait encore bien des choses à dire sur ce sujet plein d'intérêt, chaque localité ayant ses particularités et méritant une étude spéciale. Mais je m'arrête, espérant du moins avoir fait saisir les traits saillants de ce legs d'un autre âge qui se nomme Tesclavage , et qui demain aura disparu sous le coup de balai de la civilisation.

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