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bourg, dé Lubeck et de Riga, de* traites de commerce qui stipulaient une liberté réciproque, et entra en négociation avec l’Angleterre.
A l’intérieur, il était [dus puissant qu'aucun roi ne l’avait jamais été; mais il ne voulut jamais prendre d’autre titre que celui deJarl.On put bien, pendant sa vie, blâmer quelques-unes de ses actions, mais, après sa mort, son mérite fut généralement reconnu , et les femmes surtout , dont il avait protégé les droits, prièrent pour le repos de son ame.
Ce ne fut qu’à la mort de Birger, arrivée en I2G6, que AA'ai.krmar devint véritablement roi ; depuis plus de seize ans, il ne l’était que de nom. Il avait alors 21 ans ; il passait pour le plus bel homme de son époque , et était marié à Sophie , princesse de Danemark , Cètlc reine . d’un caractère hautain et moqueur, fut cause de la désunion qui éclata bientôt entre AValdemar et ses frères : le duc llagnus, qui possédait la Suderinanie, et qui était maigre et brun, fut surnommé par elle le chaudronnier; et F.rik, autre frère du roi, le prince de rien. Magr.us tenait Une cour plus brillante que celle du roi, et s'entoura d’une noblesse aguerrie. Quant à Ivrik , il se retira en [Norvège, et il était facile de prévoir que les" deux frères prendraient les armes à la première occasion.
Cette occasion ne se fit pas attendre. Jutta, sœur de la reine, et belle comme un ange du ciel, au (lire de la chronique riinée qui est la sourre principale pour l’histoire de cette époque, Jutta quitta son couvent et vint à la cour de Suède. Elle eut un enfant du roi, qui, par cet adultère, se dégrada aux yeux du peuple et provoqua les plaintes du clergé a un tel point qu’il se vit contraint d’entreprendre un pèlerinage à Rome, pour se faire absoudre. Pendant sou absence, Alagnus fut chargé de la régence, et, au retour du roi, refusa de lui rendre le pouvoir, car il s’était affermi par une alliance avec le roi de Danemark. La guerre éclata , et , pendant que Alagnus attaquait et anéantissait l’armée de
AValdemar, celui-ci dormait, et sa femme jouait aux échecs , en se moquant de son beau-frère. Le roi s'enfuit eu Norvège, non sans beaucoup de peine, revint quelque temps après, fut fait prisonnier par IMagnus, et se vit contraint de se contenter de la Gothie.
Cependant il ne se résigna pas à son sort, et parvint à obtenir l’appui des Danois et des Norvégiens; mais, au moment où ses affaires commençaient à présenter un meilleur aspect, ce prince inconstant abandonna tout jus-
u’à la reine Sophie elle-même , afin
ese livrer plus librement à sa passion pour une autre femme, à laquelle en succédèrent d’aulres encore.
Plusieurs fois il passa en Danemark, et revint aussitôt en Suède renouveler ses prétentions à la couronne; mais il Unit par être fait prisonnier, et fut envoyé au château de Nikoepiug, où il resta enfermé jusqu’en 1302, époque de sa mort.
M aonus rrfut couronné en 1279, et le premier prit le titre de roi des Suédois et des Colhs. I.e commencement de son règne fut signalé par des troubles que suscitèrent quelques membres de la famille des Fôlkungcs. lis se plaignaient de la préférence accordée par le roi à des étrangers, et surtout aux Danois, et prirrnt les armes dès 1278; ils tuèrent Ingemar Nilsson, favori du roi; firent nrisouniersoi'beau-père, le comte dellolstein, qui était venu voir sa fille; contraignirent la reine à se réfugier dans un couvent, et parlaient même de rétablir AValdemar sur le trône. lAlagnus s’efforça de les calmpr par des promesses et pur des prévenances. Il se rendit à un repas qu’ils lui donnèrent dans un de leurs châteaux, et les invita à son tour; mais à peine se furent-ils présentés, qu’il les fit arrêter dans la même salle où ils avaient assassiné son favori. On les conduisit à Stockholm, où quatre d’entre eux furent décapités, après avoir été condamnés, en vertu de la loi romaine, coqimeeoupabies de lèse-inajesté.
Dès lors la puissance de Magnus s’établit de plus en plus. Il défendit, •ous les peines les plus sévères, lesas-
>gle
L'UNIVERS
sociations des nobles entre eux , régla les assemblées de la noblesse, qui peu à peu avaient pris la place de relies du peuple, et délendit de s’v rendre en armes ou accompagné de domestiques. De plus, il protégea les paysans contre les exactions des nobles; ce qui lui fit donner le nom de /.adulas , ou serrure de grange. « Le nom de Ijidulas, dit une chronique suédoise, est un titre bien honorable, et il a fait plus de gloire au roi Magnus que n’aurait pu lui en faire celui d'empereur des Romains; car bien |>eu de princes jusqu'ici auraient mérité d'étre surnommés Ladulas : les Laduhrott (qui brise la porte des granges) ont tou jours été beaucoup plus communs.»
Ôn remarque en général , dans tous les actes de Magnus,riutroductiond'un nouveau droit de majesté, c’est-a-dire, du droit qui , basé sur les éd:ts des empereurs romains, avait été modifié, d’une part, par le dro't canon, et de l’autre , par la conquête qui avait fondé presque tous les états de l'Europe.
Quoique le titre sur lequel reposait l’autorité de Map. .us fdt assez contestable, et bien que l’ancienne constitution u’otïrit aucune trace de ce qu'on appelle droit de majesté et inriolabi litè rogale, l'applicat:on soudaine d'une loi romaine contre lesFoIkunges ne parut pas caractériser suffisamment l’ére nouvelle, ni offrir assez de sdreté contre de semblables agressions; aussi, au conseil ua.ional de 1379, Magnus fit déclarer que quiconque attenterait à la personne d'un roi couronné, serait excommunié et perdrait scs droits éventuels à la couronne, t Les courtisans et les suppôts des rois despotiques , au XVI' siecle, profitèrent de la tendance qui se manifesta dans la conduite politique de Magnus, pour forger des actes qu’ils supposaient avoir été sanctionnés sous son régné, et qui donnaient au roi de Suède tous les droits dont les rois téodaux jouissaient dans les pays autrefois ci nqu's; mais il est bien constaté qu'en Suède les rois n'eurent jamais la propriété exclusive et directe du sol , des grandes forêts, de la pêche sur les eûtes, des
mines , etc. Il n’est pas vrai non plus que ce soit sous Magnus que les impositions foncières aient été introduites; elles existaient avant lui, et, depuis long-temps, le domaine privé des rois ne suffisait plus aux dépenses du royaume , ' surtout depuis que , pour faire la guerre, on ne recourait plus aux compagnonnages, mais à la levée eu masse de la nation. M. Geijcr, dans son Histoire de Suède, qui sert de base principale à notre travail, a prouvé toutes ces assenions, à l'aide de documents incontestables.
I ne institution manquait encore à Magnus pour constituer une monarchie féodale: c'était une noblesse chevaleresque semblable à celle qui , dans les autres états de l’Europe, avait été formée par les compagnons de chacun des rois, lors de la première conquête. Il y avait bien d'anciennes familles, descendants, vrais ou prétendus, des rois; mais cette noblesse primitive différait essentiellement de la noblesse féodale : elle jouissait de l'indépendance que la noblesse domestique des rois féodaux chercha toujours vainement à conquérir ; et néanmoins elle disparut avec l’ancienne forme de l'état , et se confondit bientôt avec la noblesse féodale. Comme les personnes qui composa:eut la cour du roi avaient toujours joui de certaines prérogatives personnelles, il ne s'agit plus que de régler et d'étendre leurs privilèges pour organiser tn.e caste guerrière, surtout a cette époque où la masse du peuple avait perdu toutes lestraditious du patriotisme, des droits politiques et de l’honneur guerrier.
Magnus ne chercha pas, pour le moment, à dépouiller les chefs séculiers et ecclésiastiques de l'autorité dont ils jouissaient dans leurs provinces; il parut, au contraire, l’augmenter en déclarant libres d'impéts tous ceux qui faisaient le service a cheval, soit près d’un de ces chefs . soit près de la pers mie du roi. Ainsi se forma une chevalerie, avec des intérêts séparés de ceux du peuple, et qui devait bientôt faire disparaf.re I anc'e n? noblesse.
C’est ai..si que, plus lard, labourgeoisie
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SUÈDE
Ait, en Europe, l’alliée ta plus puissante des rois centre la noblesse féodale, quand ceux-ci aspirèrent au pouvoir absolu.
l.es dernières années du règne de Magnus furent assez tranquilles, l 'ne saee économie lui permettait de dépenser des sommes considérables pour accroître son influence à l'étranger. Sa cour était brillante et toute chevaleresque, et lui-mi’me il donnait souvent l’accolade. Il releva la d'gnilé de maréchal et d’échanson , qui paraissait devoir remplacer désormais celle des anciens jarls. Il dota richement les couvents et les églises, et prit même la croix ,-ontre les infidèles cle la Terre- Sainte ; mais la’ mort l’empêcha de réaliser ce projet , et , pour racheter ce voeu , la Suède paya quelque temps la dîme au pape.
A la mort de Magnus, en 1290 , le plus dgé de ses lils, Ribgeb, qui avait été reconnu pour son successeur, en 128-1 , n'avait encore qup dix ans. Conformément aux dernières vol entés de son pore, il eut pour tuteur le maréchal Torkel , fl* de Canut , qui avait été nommé également administrateur du royamne.Torkel continua a gouverner lé pavs d'apres les prneipes de Magnus. il débuta par une expédition heureuse contre les Russes et les Kiulaud-is encore païens , ce qui éta't un silr moyen de s'assurer l’amitié du pape, et étendit les frontières du royaume jusqu’à Kexholm et Landsôrona. En 1298, le roi épousa une princesse da oise, et fut couronné, ainsi que la reine, en 1302. A la même époque, H’aldemar, frère puîné de Hirger, fut marié à la fille du maréchal Torkel , qui , l’annee suivante, se démit de la régence.
A peine Rirger fut-il entré en jouissance de ses droits, et à peine eut-il remis à ses frères , Erik et // ’atrlemar, les provinces que le testament de Magnus leur assignait, queeeux-ci, se rappelant sans doute que leur père avait autrefois détrôné son frère tValdemar, commencèrent à comploter contre le roi. Ambjoem , érhaiiSOududucKrik, était a la tète du parti des princes;
Torkel, de son côté, continuait à administrer la Suède au nom du roi; mais il avait pour ennemis les grands du royaume et le haut clergé, parce qu' I prétendait leur faire payer une partie des dépenses occasionnes par la guerre contre les Russes et celles que nécessitait l'entretien de la cour; et, comme Is s’y refusaient obstinément , le maréehal ’se disposait à les faire incarcérer quand ils se dérobèrent par la fuite à ses persécutions. Le roi, vo'aut la lutte ainsi engagée, promit publiquement de ne jamais se séparer de Torkel , et fit reconnaître pour sou suce sseur à la couronne, son jeune fils Magnu *.
Ce fut en ! 30 « que la discorde éclata entre les trois frères. I ii traité favorable au roi fut rompu aussitôt que conclu, et les princes, assistés par le roi de Norvège. déclarèrent la guerre à Rirger. Mais ils s’aperçurent bientôt qu'il fallait, à tout prix, le séparer de son sage conseiller; ils lui firent donc offrir leur soumiss'on , à condition qu'il éloignerait Torkel, dont Waldemar répudia la fille, en déclarant que sa conscience î.c lui permetta't pas de rester uni à la fille de son parrain. Pirger donna dans le piège, et Torkel fut exécuté le fi février 130(5; mais, huit mois après, les princes arrêtèrent le roi ainsi que sa femme et ses enfants; le prince royal seul fut sauvé et emporté en Danemark par un serviteur fidèle.
Erik M entre ri , roi de Danemark, qui était frère de la femme de Rirger, et qui avait épousé la sceur de ce prince, ne laissa pas un pareil crime impuni; il attaqua les ducs, et, en 1308, Rirger fut mis en liberté, à la rondition, toutefois, qu’il se contente- ait de la portion de son royaume que les ducs lui assigneraient. Avide de vengeance, il se rendit aussitôt en Danemark, et revint avec une armee danoise, au moment où, de leur côté, les .Norvégiens entraient en Suède Par la paix d’iielsinhorg, conclue en 1310, le roi fut rétabli dans la plus grande partie de ses états, et reconnu comine suzerain par les ducs.
L’UPiJVERS.
Pendant les années qui suivirent ce traité, le royaume fut désolé par la disette et par les épidémies. A ces fléaux venaient se joindre les impôts excessifs que le roi, aussi bien que les princes, exigeaient des Suédois pour l'entretien d’une cour magnifique, presque entièrement composée d’ét rangers.
Cependant, la bonne intelligence paraissait rétablie entre les trois frères. Le duc tValdemar, qui vint visiter Birger dans son château , lut si cordialement reçu par celui - ci et par la reine., qu’il persuada à F.rik d’imiter son exemple et de l’accompagner à la cour. Vainement on les avertit de ne pas s’y rendre ensemble; pleins de confiance l’un et l’autre dans la loyauté du roi, ils dédaignèrent ees sages conseils et persévérèrent dans leur résolution. Maisà peine leur suite, à laquelle oii avait donné des logements dans la ville, eut-elle quitté le château , qu’ils se virent arrêtés et jetés dans un cachot , les fers aux mains. Le roi distribua aussitôt leurs bieas et eeux de leur suite aux serviteurs de sa maison , et , se félicitant d'avoir suivi le conseil de sa femme , il s’écria : • Maintenant je tiens la Suède en mon pouvoir! » et, suivant l’expression d’une ancienne chronique, s’abandonna, comme un nouvel Daudet, à tous les transports de sa joie. Mais bientôt , exaspéré par le soulèvement général des partisans des princes , Birger lit fermer les portes de la tour où les princes étaient enfermés, et jeta les clefs à la mer.
Livrés ainsi aux horreurs de la faim, ils moururent tous deux , l'un au bout de trois jours, et l’autre au bout de onze.
Cette conduite barbare causa la perte de Birger. La ville de Stockholm lui ferma ses portes, et le siège fut mis devant le château de Nvkôping . qu’il occupait , et qui fut pris et rasé. Toutefois Birger se maintint encore quelque temps au moyen des troupes que sou fils Magnus liii amena du Danemark.
Mais bientôt il fut contraint de s'enfuir d’abord dans l'ile de Gothiand , et plus tard en Danemark , où if mourut en
1321 , en apprenant que son fds Magnus, contraint de capituler, avait été exécuté a Stockholm, contre les clt'jses de sa capitulation.
Il ne restait plus de toute la famille des Kolkunges qu’un enfant de trois ans, MAr,si s. /ifj du duc Erik. On convoqua donc, à i psal, les grands de l’empire, les évéaues, la uoblesse, les députés des villes , août il est fait mention pour la première fois dans cette circoivstance, et quatre paysans de chaque district. Mais , fils de Aclli/muud, chef du parti des ducs, et régent par la velouté des grands, prit dans ses bras et porta au milieu de l’assemblée le jeune Magnus, qui fut nommé roi par acclamation, en même temps eue Haqvin / U! , père de sa mère, lui laissait le rovaume de Norvège. Deux régences differentes furent établies dans les deux royaumes. Celle de Suède, qui dura jusqu’en 1338, rétablit la tranquillité et affermit le pouvoir de la noblesse. Cette uoblesse, jiar les confédérations que formèrent ses différents membres , commença bientôt à constituer ie pays en aristocratie républicaine.
Le même jour où l’on éleva sur le trône un roi de trois ans, les personnages les plus émiuents parmi les nobles et les évêques se lignèrent pour porter assistance et conseil à Mais, ou à quiconque lui succéderait dans la régence; ils promirent au peuple que chacun serait maintenu dans son ancienne liberté et dans ses aneieus droits; que de nouveaux impôts ne seraient décrétés qu’autant qu’ils seraient nécessaires pour la défense du royaume, et que le peuple y aurait donné son assentiment; aue les fondés de pouvoir, chargés par les seigueurs de lever ees impôts , seraient accompagnés par deux paysans de chaque province, qui veilleraient et à la pereeption et a l'emploi des deniers publics.
En 1322, une nouvelle ligue se forma.
Elle se composait de 3â des principaux seigneurs séculiers et ecclésiastiques, tous du parti des princes et des rois. Ils promirent de s’aimer mutuellement comme des frères , de soumettre leurs
SUÈDE
contestations à la décision de ia ligue , et de ne jamais s’eu détacher, sous aucun pretexte. Cette ligue avait surtout pour but de résister aux étrangers qui , depuis le régne de Magnus Ladulas, s’étaient introduits à la cour, et qui , à cette époque , relevaient la tête , parce que l’iuid entre eux , Canut Porse, était le favori de la reine-mère. Les seigneurs confédérés Tayaut forcé à quitter le royaume, la reine, pour le retenir, le prit pour époux, et, par cela même, perdit toute influence dans le royaume , bien qu’il fût mort peu de temps après. I ne .semblable révolution s’était operée en Danemark : les seigneurs y dominèrent aussi à cette époque; mais iis étaient beaucoup moins unis que ceux de la Suède.
Durant la minorité de Magnus, les paysans de la Scauie se révoltèrent, et se donnèrent à la Suède, de sorte que, lorsqu’en 1333, ce prince fut déclaré majeur, à l'âge de 18 ans, il prit le titre de roi ae Suède, de Norvège et de Scauie. Mats, fils de Kettibimnd, mourut en 1336, après avoir assisté au couronnement de Magnus et de sa femme Blanche, Tille d’un comte de Naniur. NU*, fil* d' Imbjoern, succéda à Mats, et il se forma aussitôt, entre 23 seigneurs de ses amis , une nouvelle ligue , dans laquelle le roi lui-même et sa soeur Kupheinie entrèrent. On prit quelques mesures contre le brigandage ; on alndit l’esclavage pour les chrétiens, et Ton fit rédiger les coutumes de plusieurs provinces; mais le roi était entièrement sous la dépendance de la noblesse, quelques efforts qu’il Ht pour s'en affranchir.
Une des suites funestes de ce gouvernement aristocratique, c’est que les charges du peuple allaient toujours croissant. Beaucoup de paysans, dans l'impossibilité de payer les impôts, quittèrent leur héritage; et, eu 1 3-tG , on se vit contraint d’accorder une exemption pour six aus à tous ceux qui consentiraient à revenir. Le mauvais état des finances avait eu pour première cause les guerres eodleuses entreprises contre la Russie. Il parait
d'ailleurs que l’acquisition de la Scanie avait dd é’tre fort onéreuse, car Masnus, dans un écrit qu’il fit publier, pour se disculper d'avoir épuisé le trésor, insiste particulièrement sur l'obligation où s’est trouvé le gouvernement de payer des sommes considérables aux anciens possesseurs et aux créanciers de cette province. Mais ce que le peuple lui reprochait par-dessus tout , c’était son incurie , qui laissait les nobles dilapider les hieus de la couronne, et les dérèglements de sa vie privée, qui lui firent donner le surnom de Ame* (mignon), et qui le dégradaient totalement aux yeux d’un peuple, qui ignorait encore ce vice des peuples du midi.
Telle était la fâcheuse impression produite par les desordres du prince, qu'en 1348, Magnus, pour se réhabiliter un peu dans l’opinion publique et pour mériter le pardon de l'église, crut devoir entreprendre contre les Busses une expédition non moins coûteuse que les précédentes. A tous ceux qu’il pouvait atteindre, il donuait à choisir entre le pape et la mort , et lorsqu’ils se décidaient pour le premier , il leur faisait couper la barbe et administrer le baptême. Mais bientôt ces mêmes Russes, dont la barbe avait repoussé, cernèrent de tous côtés dans son camp, le roi , qui ne dut son salut qu'à la fuite.
Ce désastre fut suivi de nouveau^ malheurs. Les mercenaires étrangers, que Ton s’était llaité de payer avec le butin fait sur les Russes, commencèrent a ravager La Suède , et il fallut , pour les faire rentrer dans Tordre, accorder des terres à leurs chefs ; d’uu autre côté, le clergé , après avoir inutilement demandé le paiement des sommes qu'il avait prêtées pour la croisade contre les Russes , fit lancer contre le roi l’excommunication. Enfin, et comme pour mettre le comble à taut de maux , la peste noire, qui ravageait •TEurcpe vers le milieu du XIV’ siècle, sévit également eu Suède. Dans quelques provinces, il ne resta que le sixième des habitants ; d’autres lurent entierementdepeuplées, et, long-temps après, on retrouva, dans les forêts,
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des églises dont on avait tout à fait perdu la mémoire. O cruel lléati , qui s'attaquait aussi bien aux animaux qu'aux hommes, reparut eu 1360, et, cette fois , il moissouna surtout les enfants.
Cependant, nu milieu de tant de désastres, Haquin, fils puîné du roi Magnus , avait été nommé roi de Norvège, et son fils aîné , l'.rik , avait été mis sur le trône de Suède par les mécontents. De là, entre le père et le fils, une guerre qui finit par un traité, dans lequel Magnus promit de chasser du rovuume son jeune favori ttenat, fils d' Algol, qui était tout à la fois mignon du roi et amant de la reine, et qui , de plus, gouvernait le royaume. Par le même traité , il céda à son fils j Erik quelques provinces et, entre autres , la Seanie , qu’on le soupçonnait de vouloir rendre au Danemark. Il paraît qu'il avait été conclu entre Magnus et Waldemar, roi de Danemark, un traité secret, par lequel celui-ci cédait au premier plusieurs provinces, pourobtenir son assistance contre Erik et* contre les seigneurs. Déjà Waldcmar était sur le point d'entrer en campagne, quand tout à coup, eu 1339, Erik , sa femme et ses enfants moururent, soit de la peste, soit par le poison. Magnus fut de nouveau reconnu roi de toute la Suède, et aussitôt il rappela son favori et céda la Seanie au Danemark.
ta même terni» Waldemar, que le roi appelait son .uni , ravageait les îles d'Oeland et de Gothland. Cet oubli de tous les devoirs d’un roi attira sur Magnus tant de mépris, que les enfants euxmêmes lui jetaient ne la boue , et que, partout , on chantait contre lui des vers qui offrent quelque ressemblance avec ceux qu’un mépris, non moinsmérité, fit composer plus tard, en France, contre Henri III. Les choses en vinrent au point que Haquin , à la prière des nobles , quitta la Norvège, attaqua son père, le fit prisonnier, et se fit couronner roi de Suède ; mais bientôt après, tl se réconcilie avec Magnus, se marie, coutre l’avis de la noblesse, avec Marguerite, princesse danoise, et
chasse du royaume 24 des principaux seigneurs. Irrités d’une semnlable conduite, les seigneurs se liguent, déposent Magnus et Haquin, et vont en Allemagne chercher Albert, duc de Mekle i bourg, fils de la princesse Euphémie, qu ils proclament roi de Suède. Cepend- nt Magnus et Haquin, auxquels une partie du royaume est re-tee fidèle, perdent, en 1365, la bataille d’Enkoeping, où Haquin est blessé, et Magnus fa t prisonnier.
ta captivité de Magnus dura jusqu’en 1371. A cette époque, le roi de Norvège, sou fils, et le roi de Danemark ayant attaqué la Suede , et s’étant avancés jusqu’à Stockholm , les villes anséatiques firent conclure entre les trois royaumes uue paix qui rendit la liberté’a Magnus (*), et laissa le trône de Suède à leur protégé Albert. Ces républiques marchandes , alors toutes-puissantes dans le Nord , purent bien défendre Albert contre ses eunemis extérieurs , mais non le rendre indépendant à l'intérieur. En effet , le parti ne Magnus était encore assez considérable, surtout dans les provinces habitées par les (îoths, et , d'un autre côté, la préférence que le roi accordait partout aux Allemands augmentait le nombre de ses ennemis; car si les seigneurs avaient pris pour roi un étranger, c’était uniquement parce qu’ils ne pouvaient en choisir un parmi eux , sans donner lieu à des guerres intestines, ruineuses pour leur autorité. Aussi, lorsque Haquin s’avança en Suède, soutenu fiar les villes ansi atiques , il ne resta plus d’autre ressource à Albert que de se soumettre entièrement aux nobles. Il nomma lin, fils de J on, chef de sa cour, et lui donna plein pouvoir pour exercer dans sa plénitude l’autorité royale , et pour administrer les domaines de la couronne.
Quelques années plus tard, il reconnut, dans un traité fait avec le conseil de l’einpire (l’assemblée des seigneurs) , que ses préposés s'étaient permis beaucoup d’illégalités, et en
(*) Il mourut cbei »ou CU en i3;4.
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conséquence il abandonna au sénat Cependant sur plusieurs points du l’administration de tous les châteaux royaume les partisans d'Albert se teroyaux et de toutes les forteresses , et naient toujours sous les armes ; ils lui permit de pourvoir lui-même aux s’emparèrent de Stockholm, ravagèplaces qui vaqueraient dans son sein, rent le pays, et obtinrent l’assistance La puissance des seigneurs s’accrut en- des ducs dé Meklembourg et de la ligue core par les immenses richesses que la auséatique. Les villes de Wismar et peste accumulait eutre les mains d’un de Rostock ouvrirent leurs ports aux petit nombre d'entre eux. Voila coin- Frères / italiens , pirates qui , sous ment Ko put prêter des sommes consi- prétexte de porter des vivres à Stockdérahles a l'état, et obtint en garantie nolm , infestaient les côtes de la Suède toute la Finlande, une partie de la et toute la Baltique. Les brigands , qui Suède, les principaux dbâleaux du inquiétèrent le commerce pendant royaume et une grande partie du do- plus de cent ans, tournèrent bientôt màine de la couronne. leurs armes contre les villes anséa-
Les tentatives du roi pour le réta- tiques , non moins que contre les Dablissement de sou autorité finirent nois et Suédois, et ces différents états par le dépouiller du peu qui lui en res- réunis eurent beaucoup de peine à les tait, et comme d’ailleurs le besoin d'ar- faire disparaître, gent se faisait de plus en plus sentir , Malgré la nécessité de se réunir sa position devint tellement insuppor- contre les dangers communs , l’anartable, qu’il se vit dans la nécessité de chie en Suède était complète. Les notenter quelque grande entreprise , et blés construisaient partout des châde chercher son salut dans le déses- teaux pour se faire la guerre eutre poir. Ho mourut en 1386; Albert crut eux, et pour dominer et ravager le que le moment favorable était venu , pays. Enfin, en 1305, on convint de et réclama auprès des seigneurs une faire la paix. Albert et son fils, qui moupartie des biens de la couronne et de rut deux ans plus tard , furent rendus l’état qu’ils s’étaient appropriés. Les à la liberté , moyennant une rançon héritiers de Bo , qui auraient eu sur- de 60,000 marcs d’argent ; mais detout à souffrir de cette mesure , pri- puis lors il est si peu question d’Alrent les armes et offrirent la couronne bert , que l'on ignore même l’année a la célèbre Marguerite , veuve de Ha- de sa mort.
(juin, roi de Norvège et le dernier Désormais sans rival, Marguerite, ues Folkuuges. Déjà reconnue comme qui n’avait pas d’enfants , fit couronrégente en Danemark et comme reine ner roi de Suède le fils de sa nièrégnante en Norvège , Marguerite ac- ce, Ébik, duc de Poméranie , que cepta cette offre, et la guerre éclata le Danemark et la Norvège avaient de nouveau. Albert, son fils, et beau- déjà reconnu. A l’occasion de ce ccucoup de chevaliers allemands furent ronnement , fut conclue, le 20 juillet faits prisonniers à la bataille de Falkô- 1397 , la fameuse ligue de Calmar (*), ping, que le maréchal Erik, fit* de qui fut signée par dix-sept seigneurs, Ajell, lui livra en 1389. Albert avait et resta si inconnue en Suède qu’autoujours parlé de Marguerite avec le cun des historiens contemporains n'en plus profond mépris; il avait fait vœu parle. Cette ligue n'était rien autre de ne mettre sur sa tête le bonnet chose qu’une association conclue, royal que lorsqu'il aurait conquis le comme nous en avons déjà vu plusieurs, Danemark et la Norvège ; aussi quand entre quelques seigneurs de* trois il fut tombé au pouvoir de son en- royaumes. On convint de maintenir la nemie , celle-ci , comme pour punir paix entre les trois royaumes , d’élire son arrogance , lui fit faire un man- les rois en commun , et de donner la teau large de quinze aunes, avec un préférence au Ois du roi précédent, camail dont la queue avait dix-neuf aunes de long. (•) Voyez pl. XIII.
3* Livraison. (Suède.} >
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toutes les fois qu'il en existerait un , Je défendre avec les forces des trois royaumes l’état qui serait attaqué, et 'Je ne jamais donner asile dans l’un des trois a quiconque serait banni de l’un des deux autres.
Le roi Erik n’avait que seize ans quand il moula sur le tronc, et Marguerite gouverna jusqu’en U 12, où elle mourut. Le régne de ce prince ne fut pas aussi troublé que les précédents, mais les exactions des seigneurs, et les impô:s extraordinaires continuèrent a peser sur le pays. Peu de temps avant la mort de Marguerite itrik parut vouloir s'émanciper ; il lit même décapiter le favori de la reine, et, sans la lin de cette princesse, tout porte a croire qu’m. e guerre edt été le résultat d’une semblable tentative.
Resté seul maître du triine, Erik se proposa deux buts vers lesque s il concentra tous ses efforts, c’était de rendre héréditaire dans sa maison la couronne des trois royaumes , et de réunir les états des duré de liuisle u à la couronne de Danemark. Mais la guerre entreprise contre ces ducs, que la ligue a.iseatique protégeait , moissonnait la jeunesse des trois rot eûmes, et exigeait sans cesse de nouveaux impôts, d autant plus onéreux qu'il fallait les payer eu argent c. mpia.it, afin qu’on pdt les envoyer en Danemark.
Les nobles et les gouverneurs étrangers des chàtcufu royaux rivalisaient en Suède de tyrannie et d'exactions, lin avover royal fa suit suspe.ulre les paysans dans "la cheminée, et attelait aux voitures des femmes enceintes.
L’archevêque d’iîpsal exerçait en grand la piraterie , a laquelle s'adonnaient presque tous les seigneurs. Son prédécesseur, étranger comme lui, avait été dcjiosp pur u.i chapitre, pour s’ètre livre a des vices abominables ; nommé pur le roi u l'évéclié de Skalholt en Islande , il s'abandonna de nouveifu a s.-s goilts dépravés, et avec tan du scandale que les paysans lui attachèrent une meule au cou , et le précipitèrent dans le lleuxe Itruar.
Cependant, las de tant d’oppressions, les paysans relevèrent enliu la tôle.
Ce fut ceux de la Dalécarlie qui donnèrent le signal; ils envoyèrent à la cour eu Danemark , l’un d'entre eux, Kiigil'ocrt , lils d’Eugiibert. Le roi fit examiner leurs plaintes par le conseil de Stockholm qui les trouva fondées , mais les officiers coupables conservèrent leurs emplois. Engilbert revint à la charge, et parla cette fois avec ta.it d'énergie que le roi lui défendit de jamais réparai! re en sa presence:
« Je reviendrai pourtant encore une fois , » dit Engilbert ; puis il s’en retourna chez lui , lit prendre les armes à ses amis, chassa les officiers royaux de la Dalécarlie et de la Westmanuie, puis il se rendit à 1 psal où il persuada aux paysans de tout le royaume de le suivre, et en moins de cinq mois tous les officiers étrangers furent chassés du royaume , et tous les châteaux au pouvoir des paysans. Les seigneurs et les évéqurs, qui ne voulaient pas abandonner la cause du roi sous prétexte qu'ils lu, avaient prêté serment, furent contraints de céder aux menaces; mais en général Engilbert montra tant de modération qu’aucun des officiers du roi ne fut tué, et que la propriété privée fut partout respectée. Le tfi août 1434, les paysans déclarèrent qu'ils ne voulaient plus du roi Erik, et avant la lin d'octobre tout était Uni , et chacun rentra dans ses foyers.
En janvier 1435, les paysans se réunirent de nouveau , et Engilbert fut à l'unanimité nommé administrateur du royaume. Jusque-là il avait signé ses ordres : •> Moi Engilbert, fils d'Kngilbert, et tous mes consorts. » Quelque te mps apres, par suite de l'intervention des seigneurs, un traité fut conclu avec le roi, qui promit de ne plus employer d’étrangers , et nomma adminixirateur du royaume Charles Monde, /ils de Canut , et grandé-chanson Ch lister U osa, fils de MU; nuis aussitôt la discorde éclata entre le roi et la noblesse , et le roi , pendant son retour en Danemark, ayant fa t ravager les côtes de la Suède, Charles lio de et Engilbert s'emparèrent de .Stockholm, et administrèrent en commun, car les seigneurs n’étaient
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pas encore assez forts pour se défaire fectait la plus grande dévotion, bien du dernier. Peu de temps après, ils le que ses mtétirs faciles donnassent tnt firent assassiner par un seigneur avec démenti continuel à ses pratiques. O lequel il venait de se réconcilier, et à fut sous son règne que le premier pro* la nonne foi duquel cet homme géné-1 ces inquisitorial eut lieu en Suède : un reux n’avait pas craint de se lier. Char- pauvre paysan se croyant inspiré par les Bonde amnistia l'assassin, mais le la sainte Vierge, osa s’attaquer aux peuple révéra la mém ire d’Kngilhert, moines ; on le mit en prison, on le fit comme celle d'un martyr delà liberté: jedner jusqu’à ce qu’il se rétractât,
on erut même que des miracles s’opé- puis ou le promena processionnelleraient sur sa tombe. ment, nu jusqu'à la ceinture, portant
Charles, par de semblables moyens, un flambeau a la main et un fagot sur se défit peu à peu de ses adversaires le dos, eomine pour indiquer qu'il seet de ses compétiteurs parmi les no- rait brillé s’il récidivait. h|es et les paysans. Il était déjà roi de Charles Bonde, d’abord très-honoré fait; mais tant qu’il pensa que la no- par Christophe, fut bientôt supplanté blesse ne lui était pas encore assez dé- par scs rivaux ; il se retira dans ses vouée, il continua à traiter avec Erik, domaines, et fut exclu de la régence plutôt pour amuser les Suédois que qu’on nomma au départ de Christophe, dans l’intention d’arriver à un résu!- Le roi s’abstint d’appeler, comme ses tnt. De 113» à 1439, on ne conclut pas prédécesseurs, des etrangers aux premoiris de dix unions, confirmations, miers emplois, niais il er résulta peu traités et fédérations; enfin, en 1139, d’avantage pour le pays ; les seigneurs les Danois et les Suédois renoncèrent suédois se disputèrent les places avec f irmellement à Erik , qui se retira à plus d'acharnement que jamais. D'un l’I'e de Gothland , où il vécut encore autre côté, le besoin d'argent se faisait dix ans avec ses maîtresses, exerçant toujours sentir, et uneex|>édition malla piraterie, sans être inquiété par’son heureuse contre I Me de Gnfliland vint neveu et son successeur, qui tolérai} encore l’augmenter. Néanmoins le roi ses brigandages en disant : * Il -font ne laissa pas de réunir une grande arbfen que mon oncle ail de quoi vivre! » niée et une flotte considérable pour Ce successeur était Christophe de tenter un coup décisif contre la ligue Bavière, fils du due palatin et d’une anséatique : son dessein était de sursrrur d'Erik; les Danois l’avaient prendre Lubeck , où plusieurs princes nommé roi après l'expulsion d’Erik, allemands, qui étaient du complot. En Suède, on se décida moins vite; se trouvaient comme par hasard. On mais, comme les maisons de Il 'a sa et y avait introduit des armes dans des A'Oxenstierna, adversaires des Bonde tonneaux, et un incendie devait seret des h tjflke, exerçaient encore une vir de signa! à l’attaque; mais les grande influence, Charles Bondetrouva bourgeois s'emparèrent des princes au bon de faire nommer roi Christophe, moment où ils couraient aux armes, après avoir obtenu de ce prince de et les chassèrent de la ville. Christogrands avantages pour sa maison et plie, contraint de battre en retraite, pour lui-même. Contraint de différer mourut pendant son retour à Helrexécution de ses projets ambitieux, singborg en 1418. il ne laissa |»s il préparait sa propre royauté par des d'héritiers, et ne fut regretté de perpropliéties qu’il faisait répandre dans sonne.
le peuple. Charles Ronde, fils de Canut, vi-
C’était surtout le clergé qui tenait vait depuis quelques années retiré à l'union; i) fut le plus ferme sou- dans ses châteaux en Finlande; il tien de Christophe, qui de son côté laissa les prélats, les seigneurs, les ne négligeait rien pour se rendre nobles et les paysans s'assembler à agréable aux prêtres. Il se fit nirin- Stockholm pour choisir un roi, et se bre d'uue confrérie religieuse, et af- borna à faire répandre de nouveau,
L’UNIVERS
par ses amis, les prophéties qui lui promettaient la couronne. Mais au moment décisif, il parut a Stockholm avec une suite nombreuse de gens de
f;uerre. Au moment où il entrait dans a ville, une pluie abondante tomba, et comme depuis plusieurs années le pays était en proie à la sécheresse, le peuple superstitieux 'cria au miracle.
Cependant les (kenstierna, qui occupaient la citadelle, parlaient de maintenir l'union. Déjà l'on s'insultait de part et d'autre , et l'on était au moment d'en venir aux inains, lorsque Charles sut ménager une assemblée des notables, dans laquelle il fut élu roi, par soixante-deux voixsursoixantedix. Les Oxenstierna parurent d'abord vouloir ne pas se soumettre, mais quelques jours après, Bmgt Oxenstierna, ar.'hevêqued’Upsal , couronna la reine, épouse de Charles et la plus belle femme Je son temps.
La première entreprise de Ciurles devenu roi iat dirigée contre l'ile de Gothland ; Charles en confia la conduite à son ancien ennemi Magnus Gren, qui venait de se réconcilier avec lui , et qui ne prit l’ile que pour la livrer avec la flotte suédoise aux Danois.
Peu de temps après, Charles fht aussi élu roi en Norvège; les Danois prirent pour roi Christian, duc d’Oldenbourg, qui sut adroitement se ménager un parti en Norvège. La guerre était prête à éclater entre Christian et Charles , lorsqu’on envoya de part etd’autreà Halmstadt douze seigneurs danois et suédois, avec mission d'arranger le différend à l’amiable. Après quelques pourparlers, on convint que les Norvégiens seraient libres de choisir entre Charles et Christian; mais les seigneurs suédois , ambassadeurs de Charles , stipulèrent encore , dans un article secret, que toutes les hautes charges de la Suède seraient désormais à la disposition du conseil des seigneurs; qu'on tiendrait un congres a Calmar, où l'on demanderait à Charles de consentir à cette condition, et qu’en cas de refus, la couronne serait offerte a Christian , qui fut choisi
par les Norvégiens. Mais Charles eut probablement connaissance de cet article secret , car le congrès de Calmar n'eut pas de suites, et la guerre avec le Danemark éclata bientôt.
Charles , qui avait le peuple de son côté, assembla une armée considérable eu 1452 , et pour la première fois on vit en Suède de l'artillerie de campagne :
elle consistait en vingt canons , montés sur des traîneaux ; mais il se contenta de ravager le pays, sans prendre aucune place forte, et bientôt son armée se débanda. Alors Christian s’avança eu Suède, et Charles fut contraint de s'enfuir à Stockholm.
Les années suivantes, le pays fut affligé par des troubles intérieurs, par la peste et par la disette. Des expéditions sans résultat furent terminées par des traités de paix sans exécution , et le roi paraissait ne songer qu’à amasser des richesses. D’un autre côté, ses capitaines et ses officiers étaient pour la plupart Danois, car il ne pouvait se fier aux seigneurs suédois, et il en était de même pour le Danemark. Les paysans seuls et les gens de basse condition avaient encore une patrie , les nobles et les seigneurs n’avaient plus que des intérêts de parti.
La perte de Charles semblait déjà presque assurée, lorsqu’il s’attaqua aux biens de l’église. Il cnit occuper les mécontents par une entreprise contre l'ile d’Oeland, qui venait de tomber entre les mains des Danois. Il partit donc pour le sud du royaume , afin d'y faire lui-même les préparatifs de guerre nécessaires , et confia les levées dans le nord à l’archevêque d’Upsal. Mais l’archevêque, .Ions Oxenstierna , déposa sa soutane sur le maître-autel de la cathédrale, prit le casque et l'épée , afficha à la porte de l'église une déclaration de guerre contre Charles, et le surprit à Strengnas (*).
Le roi s’enfuit , non sans beaucoup de peine, à Stockholm, et comme il voyait que l'archevêque devenait de jour en jour plus puissant , et que d’ailleurs
(*) Nous donnons une vue de cette ville pl. XIV.
SUÈDE
il doutait de la fidélité des bourgeois, il disposa de ses trésors, partit auront la nuit, et aborda à l)ant/.ick , où il séjourna sept ans. Ce chef de parti si redoutable était devenu un roi trèsfaible, et dans la lutte qu'il eut à soutenir contre l’archevêque d'I psal ce dernier se montra meilleur capitaine que lui.
La ville de Stockholm capitula après un siège de quatre semaines , les châteaux se rendirent encore plus vite, et lorsque Christian arriva avec sa flotte, tout le pays était déjà soumis. Christian fut couronné à Upsal en 14.17, après avoir confirmé le clergé dans tous ses privilèges. Les paysans, ui tenaient encore pour Charles, céèrent à la force du fait accompli.
Le début du règne de Christian en Suède fut assez heureux ; mais ayant acheté le Holstein des comtes" de Schaumbourg, il se vit obligé d’exiger d’énormes impôts, ce qui lui lit donner le surnom de poche sans fond. L’archevêque, qui était à la tête de l’état pendant que le roi séjournait en Danemark , avait sa part de la haine publique.
En 1463, comme on redoutait une descente de Charles Ronde , Christian revint en Suède , et voyant que Charles n’arrivait pas , il entreprit une expédition contre la Russie , et confia à l’archevêque le soin de faire rentrer, pendant cette expédition , un nouvel impôt, dont les paysans feudataires de l'église ne devaient pas même être exempts. Mais comme ceux-ci annonçaient l’intention de résister les armes à la main , l'archevêque se hâta de promettre la suppression de cet impôt. Christian , à son retour de Russie, l’accusa d'avoir lui-même excité les paysans à la révolte, et le fit arrêter ; lés paysans, qui voulaient le délivrer , furent trompes par le roi , et surpris par son maréchal Thune, le boucher des paysans. Christian, qui commençait à désespérer de la Suède, emmena en Danemark son prisonnier, et tout ce qu’il trouva de précieux à Sto kholm , depuis la houle d'or qui surmontait la coupole du château jus-
qu’à des vases , des fenêtres ;*) et des cliaudrons. Il fit fouiller dans la terre, dans les lacs et dans les murailles du château, croyant y trouvfrdes trésors.
Une lettre "contemporaine dit qu’il chercha de l’argent dans trois éléments, dans l'eau , dans la terre et dans l'air.
A peine fut-il parti, que l'évêque de Linkôping, Kettl tVasa, se mit a la tête des paysans , et le déclara déchu de la couronne. Christian revint pendant l'hiver; les paysans alors se retirent dans les forêts, il les poursuit, est entièrement battu , et parvient difficilement à s’enfuir à Stockholm. Animés par la victoire , les paysans ne font plus aucun cas de l’cveque Kettl , ils déclarent que la Suède n'est ni une commanderie ni une paroisse , mais un royaume, et ils rappellent Charles Bondé. Alors Christian relâche l’archevêque, et au Imut de six mois, Charles est contraint de se retirer en Finlande, après avoir dépensé tous ses trésors.
Pendant les trois années suivantes, la Suède resta sans roi et en proie aux fureurs des partis Les seigneurs voulaient démembrer le royaume en quatre cercles pours’en rendre plusfacilement les maîtres; mais depuis F.ngilhert, fils d'Engilbert , les paysans sentaient leur force ; ils s’opposèrent à ces desseins funestes , et en 1467, Charles Ronde fut rappelé pour la troisième fois. Il mourut roi en 1470, âgé de soixante et un ans. Pendant ses dernières années il eut encore à lutter contre Christian et les Danois sur les frontières , et contre les seigneurs conduits par lxrik Wasa à l'intérieur. Sténon Store, a la tête des paysans, le défend it contre les uns et contre les autres, et Charles, en lui laissant le pouvoir, lui conseilla, peu de moments avant de mourir, de ne jamais prendre la couronne. Il avait bien montré par son propre exemple, qu’en s’appuyant sur les paysans, on pouvait alors en Suède tout, hors por-
(*) Le verre à cette époque était du plus haut prix en Suède. Les fenètrex même dans les maison-- des nobles étaient encore pratiquées dans le toit, et au lieu de verre on sc -ci s uit de parebemiu ou de Iode goudronnée.
L’UNIVKRS.
ter le sceptre. Les Stures profitèrent de In leçon, ils n'aspirèrent pas au trône , et se dévouèrent sans arrièrepénséc aux intérêts du peuple. Leur époque n'en fut pas moins en proie à des tr ubles continuels.
Immédiatement après la mort de Charles, Sténon Sture fut proclamé administrateur par les bourgeois de Stockholm et par les paysans de la Dalécartie; mais le conseil ne le reconnut qu’un an plus tard , alors que les seigneurs s'aperçurent que Sténon était assez fort pour se passer de leur suffrage. Quelque temps après, Christian 11 arriva avec sa flotte devant Stockholm, et l’on entama des négociations , à la suite desquelles il fut enfin convenu qu'une commission, composée d’un certain nombre de membres des conseils des trois - royaumes, prononcerait sur tous les points en litige. Mais au jour assigné pour cette assemblée, ni Sténon, ni aucun de ses amis ne parut. Il n'avait voulu qu'amuser quelque temps les Danois, et s'était rendu en Ostrogothie pour lever des troupes. A 'ils Sture, fils du maréchal Ro, qui, quoique portant le même nom que Sténon, était cependant d’une autre famille; Nils Sture, l'ami fidèle de Sténon, s'était rendu dans le même temps en Dalécarlie. L’L'pland, province où Stockholm est située, était, sauf la capitale, entièrement soumise aux Danois, et Christian se croyait tellement sdr de posséder la Suède, que la seule chose qu’il regrettât , c'était la fuite de Sténon, de ce polisson (c’est ainsi qu’il l’appelait), qui, pour ne pas être châtié avec des verges, était allé se cacher dans les forêts.
Mais bientôt les deux SI lire descendirent du nord vers la capitale; Christian marcha à leur rencontre, et se plaça entre eux et la ville. Son quartier - général était sur le mont de lîrunke, qu'il avait fortifié, du côté de la ville, •< par (tes nouvelles pratiques , » c’est-à-dire par un rempart en bois , muni de quelques pièces d'artillerie; un autre corps était placé au lias de la montagne, près du couvent de
Sainte-Claireg un troisième s’appuyait au rivage et à la Hotte, et l’on avait jeté un pont sur un bras de mer qui le séparait du reste de l’armée. Sténon distribua également son armée en trois corps , et confia le commandement de l’un d'eux à Nils, qui devait se faire jour à travers des marais pour sur-
firendre la flotte et le corps danois qui a protégeait.
Sténon et tonte son armée passèrent la nuit en prières , tons sp confessèrent, puis , quand vint le jour, ils attaquèrent avec vigueur le quartier général des Danois, en chantant la chanson de saint George. Quatre fois Sténon fit donner inutilement l’assaut au mont de lîrunke; il ne parvint à s'en rendre maître que lorsque, ayant renforce l'attaque contre le couvent de Sainte-Claire, il attira sur ce dermer point une partie des Danois, qui descendirent des hauteurs pour apporter du secours à leurs compatriotes.
Alors les bourgeois, qui étaient sortis de la ville, mirent le feu aux retranchements des Danois, et coupèrent le pont qui assurait la communication de l’armée ennemie avec le troisième eorps. Nils Sture, qui avait eu la plus grande peine à surmonter les difficultés du terrain, tomba enfin sur celte division vers le soir. La déroute des Danois fut générale; Christian luimême, qui avait valeureusement combattu, fut blesse, et ne parvint à se sauver sur sa flotte qu’avec une faftile suite; il arriva assez à temps pour empêcher que les Suédois de son paiti ne fussent jetés à la mer par les Danois.
Sten Sture ne s’était pas moins expose que Christian ; plus d'une fois il se trouva cerné par les ennemis ; mais un pauvre paysan, nommé Vours valeureux, ne le quitta pas un seul instant, et, armé d’un enorme glaive, tua tout ce qui résistait à son général. L’épouse de Sten et les dames de Stockholm regardaient du haut des tour»
cette bataille, où les paysans, armés d'ares et de haches, anéantirent une nombreuse armée de chevaliers , soutenue par le canon. Cette bataille eut lieu le 14 octobre 1471. Christian vé-
SUÈDE
eut encore jusqu’en 1481, mais il n'osa plus attaquer la Suède.
Cesdix années furent, pourla Suède, les plus heureuses de tout le quinzième siècle. Les inovens employés par Christian pour alferniir son pouvoir en Danemark, (irent voir aux seigneurs suédois qu'une fois établi en Suède, il ne se contenterait plus d’être un roi sans pouvoir, routine les rois de l'union qui l’avaient précédé. Ils se réconcilièrent (Lnc avee l'administrateur, qui prolita de In pacification générale |>our rétablir l’ordre. Il ne souffrit aucune exaction, et les paysans disaient que Stenon Sturc se "ferait plutôt tuer que de permettre qu'une seule brebis fût enlevée à un paysan.
Par suite des privilèges que la "ligue anséatique avait su se faire accorder pendant les troubles intérieurs, les magistratures des villes étaient presque toujours confiées;'! des Allemands, et les choses étaient poussées au point qu’ils ne laissaient, disait-on, aux Suédois que les emplois de bourreau et de fossoyeur. Sténon, les pavsans et les bourgeois demandèrent qu'on nommât des Suédois aux fonctions publiques , déclarant que s’il n'en était pas ainsi , ils ne viendraient jamais au secours des seigneurs. 11 fallut céder. Aussitôt que la tranquillité fut rétablie, le commerce refleurit, et l'agriculture reprit un nouvel essor, surtout lorsque par de sages mesures on eut emperhé le démeinbrcmenteontinueld s héritages.
lin des plus grands services rendus |«r Sténon à la Suède , fut la fondation de l’université d’Upsal. Une école existait dans cette ville dès le XIII* siècle. Kn Î438 on avait fait venir d'Italie un professeur académique pour y enseigner les s/uitia prirMegiala. Sténon fit renouveler à Rome la permission que l’on a\ ait déjà accordée à quelques rois, d’y établir un studium générait pour l’enseignement de la théologie, du droit canon et du droit civil, de la médecine et de la philosophie, avec pouvoir de conférer les dignités universitaires. En 1477, l’université fut inaugurée. L’administrateur et le conseil lui accordèrent les
privilèges dont jouissait l'université de Paris, et l'arcbevôque fut n. miné chancelier. Jusque-là les gens qui cherchaient à s'instruire s’étaient rendus à Paris, à Prague et à Uologne, et on se plaignait , non sans raison , qu'au lieu de connaissances utiles a la Suède, ils ne rapimrtasseut deees universités que des théories de droit romain et de monarchie absolue.
Tant que (Christian vécut, Stenon sut toujours rendre vaines les négociations entamees entre les seigneurs suédois et ce prince; mais apres sa mort, il ne put enqiêeher le recez de Calmar, qui renouvela l'union en 1483, et par lequel Jkan, fiis de Christian, fut nommé roi, après avoir promis, sous serment , de maintenir tous les privilèges de I église, de résider successivement un un dans chacun des trois royaumes, de n'appeler aux emplois que des nobles indigènes, de ne nommer les gouverneurs des châteaux qu'avec le consentement des seigneurs di: la province, île ne jamais s’immiscer dans le choix des membres du conseil, qui pourvoirait lui • même aux places vacantes, de ne pas acheter des terres dans le royaume, d'abandonner l'administration de la Suède quatre conseillers responsables , de laisser chaque noble maître absolu duns sa maison , et libre d’y donner asile A ceux que le roi n’aimerait pas, etc.
Sténon Sturc sut, pendant quatorze ans, empêcher l'exécution de cette in forme transaction, en réveillant l'ancienne qupre.lc au sujet de Pile de Gothland; niais, de leur côté, les sert gneurs ne cessèri nt pas de correspon»
dre aver Jean, et de susciter à Stenon des obstacles, afin de le porter à des mesures qui détourneraient de lui la bourgeoisie et le brouilleraient avec le pape.
Kn 1 40.» . les Russes attaquèrent la Finlande. Sténon réunit aussitôt une armée nombreuse pour les en chasser mais il ne se mit en marche que dans l'automne, et ne s’avança que lentement, tenant l’oeil toujours fixé sur ses adversaires eu Suède, de sorte que la plus grande partie de sou armé*
L’UNIVERS
périt par suite des fatigues d’une campagne d'hiver. Il revint donc en Suède, laissant le commandement de l’armée de Finlande à Svante Sture , le fils de Nils; mais celui-ci, peu satisfait des faibles renforts que Sténon lui envoyait, s’unit au conseil des nobles.
On reprocha à Sténon d’avoir laissé ravager la Finlande par les Russes, «l'avoir perdu l’orillamme de saint Erik . d'empêcher l’exécution du recez de Calmar, bien qu'il eût plusieurs fois promis de ne pas s’y opposer ; enfin, ae vouloir rendre les paysans maîtres du gouvernement. O’un autre côté , la peste, des disettes et des incendies indisposèrent le peuple contre lui, et le pape l’excommunia. Alors les seigneurs appelèrent le roi Jean.
Sténon se retira en Dalécarlie, réunit les paysans, et traita avec les villes anséatiques , les adversaires éternels de l'union des trois royaumes.
Puis il se rendit à Stockholm, que Jean assiégeait du côté du mont de Brunke, comme l'avait fait son père quatorze ans auparavant. Sténon fit incendier les faubourgs , afin de pouvoir opérer une sortie pendant que les Dalécarliens attaqueraient les assiégeants; mais Jean leva le siège, surprit les Dalécarliens près de Rotebro, et les défit. Puis il revint devant Stockholm avec les drapeaux enlevés à l’ennemi. Sténon, prenant l’armée du roi pour celle des paysans , sortit de la ville, et ne parvint à éviter la captivité çrn’en se précipitant avec son cheval dans les fossés du château.
Peu de temps après, il convint avec Jean de le reconnaître, à condition qu’on lui laisserait une partie du royaume en fief, et qu’on ne lui demanderait jamais compte de son administration. La convention conclue, il introduisit lui-même dans la ville et dans le château le roi , qui eut grande peine à empêcher ses partisans de tuer Sténon. * M’avez-vous tout bien préparé ici? dit le roi, en entrant dans le château. — Demandez-le-leur, dit Sténon en indiquant les seigneurs suédois, car ce sont eux qui ont préparé votre ménage ! » « Sire Sténon , repartit le
roi , vous me laissez en Suède une succession bien triste; vous avez rendu maîtres les paysans , que Dieu a créés pour être esclaves, et ceux qui devaient être les maîtres , vous avez voulu en faire des esclaves. »
Il fallut l'intervention de Sténon pour décider les paysans à reconnaître le roi Jean, et à retourner dans leurs foyers. Jean commença par faire un grand nombre de chevaliers , car les femmes , disait-on , n’avaient favorisé son parti que pour voir la chaîne d'or sur la poitrine de leurs maris. Ensuite il nomma Sténon Sture grandchambellan , Svante Sture grand-maréchal, et le premier, l’un des quatre gouverneurs.
A peine le roi avait-il quitté la Suède, que les seigneurs, ennemis de Sténon, commencèrent à lui susciter de nouveaux embarras. L'archevêque, muni d'un bref du pape, lui demanda compte de ce que les églises avaient perdu pendant la guerre. Le roi , convaincu que ce serait toujours son autorité qui aurait le plus à souffrir, si l’on en venait aux armes, s'efforça de terminer tous ces différends. Sténon céda une partie de la Finlande, et promit de ne plus jamais soulever les paysans.
Dans le cours de Vannée 1 500, l'armée danoise du roi Jean, composée en grande partie de chevaliers , fut entièrement défaite par les paysans dithmarses , qui n'avaient jamais reconnu de seigneurs. Le contre-coup de cet événement se fit sentir en Suede, les paysans y relevèrent la tête , et les seigneurs se rallièrent h Sténon. Aussi, lorsque Jean exigea des impôts pour se mettre en état d’assembler une nouvelle armée, Sténon Oxenstierna, auquel le roi avait enlevé la pêche du saumon, prit le premier les armes, et Svante Sture aéelara personnellement la guerre au roi, parce que, est-il dit dans la déclaration, « Sa G race ne l’avait pas récompensé pour lui avoir procuré la couronne contre la volonté du peuple. »
Sténon Sture fut de nouveau nommé administrateur le 29 juillet 1501 , les paysans se révoltèrent, l’archevêque
SUÈDE
même n’osa plus s’opposer au soulèvement général, et Hemming Gadd,i\êque désignéde Linkôping, vint assiéger Stockholm, où Jean avait laissé sa femme et ses enfants, en partant pour aller chercher du secours en Danemark. La ville reçut bientôt l’armée suédoise; mais le château ne se rendit qu 'après un siège de huit mois, et trois jours seulement avant l’arrivée de Jean, qui fut rontraint de s’en retourner avec sa (lotte. De mille combattants renfermés dans le château, il n’en existait plus que soixante-dix au moment de la reddition, et dix seulement n’étaient pas malades. Jean ne possédait plus en Suède que le cliâteau de Calmar. En Norvège, il étouffa la révolte dans le sang de la noblesse, après avoir fait assassiner le chef de cet ordre.
Au mois de décembre 1503 , Sténon Sture accompagna jusqu'à la frontière la reine, épouse de Jean, qui était restée prisonnière un an et demi. Pendant le retour , il mourut à JonkOping, empoisonné, dit-on, ou par le médecin de la rrine danoise , ou par la maîtresse de Svante Sture. Celuici cacha la mort de Sténon a tout le monde , jusqu’à ce qu’il se fdt mis en ossession du château de Stockholm.
1 fut proclamé administrateur, le 21 janvier t50-l. Les huit ans de son admin;st ration offrent un état de guerre continuelle contre le Danemark. I,e principal résultat de cette lutte fut la reprise du château de Calmar, après un siège de six ans, et la conquête de quelques iles.
Svante avait pour appui dans le conseil et dans les combats, Hemming Gartd, prêtre par état et par son savoir, mais soldat par ses inclinations.
Pendant trente ans , il avait été à Rome chargé des affaires de Sténon Sture, et, à son retour, animé d’une haine violente contre les Danois, il dirigea presque toutes les incursions faites par la Suède sur le territoire danois. Sa dignité épiscopale ne l’empêchait pas de piller les couvents, non plus que son grand âge ( il avait alors soixante -dix ans) de prendre
part, avec neuf navires suédois, aux expéditions des villes anséatiques, qu’il avait liguées avec la Suède.
Svante Sture mourut en janvier 1512, à Westeras, dans une assemblée des montagnards , convoquée à l’occasion de la découverte d'une mine d'argent. Le peuple eut beaucoup à souffrir, durant son gouvernement, des guerres nombreuses qu’il fut forcé de soutenir; maison l’aima pour son affabilité et pour l’amour paternel qu’il portait aux soldats. On garda le secret de sa mort jusqu'à ce que ses partisans eussent pu se rendre maîtres des châteaux de AV esteras et de Stockholm , puis on proclama administrateur , son fils , Sténon Sture le jeune.
Le conseil voulait ne pas le reconnaître , et se réconcilier avec le Danemark , à l'exemple des villes anséatiques, qui venaient de faire la paix L’on était au moment de prendre les armes ; mais le parti de Sténon était trop puissant , et il fallut se résigner, quoique de mauvais gré.
L’année suivante, Jean mourut, et laissa la ronronne du Danemark à son fils, Christian H (Christiern), appelé le tijran , qui, du vivant de son pere, avait administré le Danemark, et qui désormais prétendait aussi il la couronne de Suèrle, qui lui avait été destinée dans un des nombreux traités faits avec Jean. Le nouvel archevêque Gustave Trotte , d'une famille qui avait de grandes possessions en Danemark, et qui avait toujours été hostile à celle des Sture, prit le premier les armes contre Sténon : il fut vaincu et déposé.
En 1518, Christian vint avec une armée débarquer près de Stockholm , mais Sténon le défit entièrement.
Après la bataille, le roi demanda à Sténon une entrevue, et aussitôt que Hemming Gadd, le jeune Gustave AVasa, qui avait porté le grand drapeau pendant la bataille, et quatre autres chevaliers suédois furent arrivés sur sa flotte en qualité d’otages, il fit lever l'ancre , et les emmena en Danemark. Puis il obtint à Rome, contre la Suède, un interdit, dont
L’UNI VERS
l’exécution lui fut coudée. On se prépara à la guerre pendant une année entière. Enfin, en lôi’O, les Danois entrèrent en Stiede ; Sténon les rencontra sur la glace du lac Asunder en Westrogothie : inalheureusemunt il fut blessé au commencement de la bataille, qui, par suite de cet accident, fut gagnée par les Danois. A Straignas, où il fut porté , Sténon reçut la nouvelle que les Danois s'approchaient de I'I pland, après avoir une sec aide fois battu les Suédois; il se dirigea en toute lutte sur Stockholm, mais il mourut dans son traîneau sur le lac Mœlar.
A la mort de Sténon, l’anarchie fut générale; les seigneurs ne voulaient pas obéir, et n'osaient pas commander; les paysans, n’ayant plus de chef, furent facilement disperses par la cavalerie étrangère de Christian. Dans cette situation désespérée, les seigneurs s’assemblèrent à L.psal, et reconnurent Chhistiax pour roi, à la condition qu’il se conformerait au rcccr. de Calmar; il le promit, cl lit proclamer en même temps une amnistie générale. Christina (iyUenxtierna , veuve de Stén m et mère de quatre enfants , défendait encore le château et la ville de Stockholm avec la plus grande valeur, llemming, croyant tout perdu, lui persuada de traiter avec Christian.
Dans le cours de l’automne suivant, Christian revint en Suède pour se faire couronner à Stockholm, et se montra plus nfl'uhlc que de coutume, afin de mieux cacher ses projets sanguinaires. Deux jours apres le couronnement, Gustave Tr.die, l’ancien archevêque, entra dans le rhdteau , pour réclamer auprès du roi satisfaction des injures que Sténon le jeune lui avait faites. Jusque-là Gustave agissait sans doute de concert avec le roi ; mais on doit croire qu’il ne prévoyait pas les suites de cette démarche , puisqu'il demanda que la question fdt décidée à Rome, l.e roi ré|iondit qu’il fallait en finir sur-lechamp. Alors Christina GyJlenstierna, indignée, pour repousser" les accusa-
tions qui pesaient sur son époux , représenta un roi que Gustave Trolle n’avait été dépose qu’en vertu d'un dix-ret des états, signé par un certain nombre d'évêques et de seigneurs séculiers. Cet acte devint une liste (le proscription. Tous ceux d’entre les juges ue Trolle qui étaient présents ( et parmi eux se trouvaient plusieurs évêques) furent aussitôt arrêtés et jetés dans un cachot. I.e lendemain, on leur demanda si ce n’était pas une hérésie que de se liguer contre le saiut-siége; et comme ils répondirent affirmativement, on les tint pour convaincus et condamnés.
Aussitôt on fit proclamer dans les rues, (lue personne ne devait sortir (lésa maison avant un certain signal, et vers midi on inv itn les bourgeois a s’assembler sur la grande place, où les évêques de Strengnas et de Skara (*), douze seigneurs laïques, la plupart des membres du conseil, le bourgmestre , les sénateurs et plusieurs citoyens de Stockholm furent conduits garrottés.
Ln chevalier danois harangua le peuple, lui dit de ne pas s'étonner de ce. qui allait arriver; que Gustave Trolle était veau implorer à genoux la sévérité du roi contre les coupables , et que Christian n’avait pu lui refuser justice. L'évêque de Skara et quelques autres prisonniers s'écrièrent que ce discours n’élait qu’imposture; mais les bourreaux leur imposèrent silence, et ils furent tous décapités, sans avoir pu obtenir le secours d*un confesseur. Bientôt le massacre devint général; les spectateurs qu'on vit pleurer, eurent immédiatement la tête tranchée, et l’on alla jusque dans l’intérieur des maisons chercher cpiix qui étaient repaies jiour ne pas aimer les Danois.
Ohms Magnus, qui nous a conservé le récit de ce carnage, vit de ses yeux décapiter quatre-vingt-quatorze personnes; plusieurs autres furent étranglées ou massacrées. La nuit même ne liiit pas un terme à cette scène d'horreur: les maisons des victimes furent pillées , leurs femmes et leurs filles
(*) Voyez/»/. X.V, uuevue de cette ville.