‹ Suède et Norwége par m. Ph. Le BasChapitre 60 sur 72 · DEUXIÈME ÉPOQUE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME ÉPOQUE

LA NOAWÉC.E *OÜS LA DOMIRATIO.X DU Danemark.

A partir de 1397 l'histoire de la Norvège se trouve confondue avec celle du Danemark et de la Suède, quoique, pendant tout le temps que dura l'union de Calmar, les Norvégiens fussent considérés comme un peuple indépendant , et que leur royaume fdt regardé comme un État électif. Mais n'ayant ni une noblesse ni un clergé puissants, point de villes marchandes et une agriculture encore dans l’enfance, la Norvège ne pouvait

3ue perdre, dans cette union avec les eux Etats voisins, son antique indépendance; et, lorsque les crimes de Christian eurent amené sa déchéance et la rupture du traité de Calmar, la Norvège , après quelques vains efforts pour ressaisir sa liberté , devint une , simple province du Danemark , que le sénat de Copenhague d’abord , puis le roi, après la révolution de 1G6I , qui lui rendit le pouvoir absolu , traitèrent

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comme une préfecture danoise. Un pays où la vie polit ique est ainsi éteinte, ne peut avoir une bien longue histoire. Aussi nous contenterons-nous de rapporter rapidement le petit nombre d’événements dont il fut le théâtre.

Les succès de Gustave Wasa, la révolte de la noblesse danoise du Jutland avaient mis lin à l'odieuse tyrannie de Christian , et son oncle Frédéric de Holstein avait été proclamé roi à sa place le 25 mars 1523 , deux mois avant que le libérateur de la Suède reçût le même titre de la reconnaissance de la nation. Cette double élection mit fin au pacte qui unissait les trois royaumes Scandinaves ; la Norwége reconnut pour roi Frédéric, qui promit que les marchands anséatiques n’auraient plus le droit d'acquérir des biens-fonds, et que le roi rachèterait les îles Orcades et Schetland , aliénées par Christian I" en faveur de l’Ecosse , sans le consentement du sénat norxvégien. Cependant Christian conservait des partisans ; les efforts qu’il avait faits pour soustraire en Danemark le peuple à la domination des grands, avaient presque effacé, dans l’esprit des paysans norwégiens , le souvenir de ses' cruautés, qui ne s’exercaient d’ailleurs que sur les riches et les'puissants; en outre Christian paraissait fermement attaché à l'Église romaine; aussi le clergé, menacé dans ses richesses et son autorité par la réforme qui , après s'étre étendue dans le Danemark et la .Suède , voulait (ténétrer encore dans la Norvège , s'intéressa vivement a la restauration du prince déchu, bientôt une conspiration se forma ; on battit monnaie avec l’argenterie des églises; Charles-Quint fournit quarante mille florins ; de riches bourgeois d'Allemagne et des Pays-Bas avancèrent de fortes sommes , et Christian vint débarquer, en 1531, sur les côtes de Norwege. line assemblée de prélats , de notables , de bourgeois et de laboureurs le reconnut à Opslo pour légitime souverain; et, en voyant accourir auprès de lui tous les mécontents des deux autres royaumes , il put croire qu’il allait ressaisir son an-

cienne puissance. Mais le meurtre de son meilleur général , qu'il immola à ses soupçons, des lenteurs, de fausses mesures | et surtout l’alliance de Gustave, de Frédéric et des villes anséatiques, firent échouer son entreprise. Assiégé dans Opslo , il se rendit au général de Frédéric , et une sentence du sénat danois le lit enfermer dans le château fort de l’île d'Alsen; ily passa vingt-neuf ans dans undonjon dont on avait muré la porte, n’ayant avec lui qu’un nain qui l’avait longtemps servi.

La Norvège , réduite à implorer la clémence de Frédéric, ne perdit aucun de ses droits ; mais le souvenir de sa défaite pesa toujours sur elle. Le Danemark se souvint de l’avoir trop aisément vaincue. Aussi , lorsqu’nprès la mort de Frédéric l’archevêque de Drontheim voulut faire proclamer le palatin Frédéric roi de Norvège, Christian 111, le fils aîné de Frédéric de Holstein, ayant été reconnu par le sénat de Copenhague, publia le décret suivant :

« Le royaume de Norvège étant tel- « lement déchu de sa puissance et de « ses revenus, que ses habitants ne sont » plus en état d’entretenir un roi , ce « rovaume étant cependant obligé « d'ètre uni à perpétuité à la couronne « de Danemark , et la plupart de ses sé- « nateurs, et en particulier l’archevé- « que, qui est la première personne de n I Etat, s’étant montrés, dansun court « espace de temps, ennemis decette cou- « ronne à deux reprises différentes , en « quoi ils ont été imités par la plupart « des autres sénateurscontreleur devoir « et leurs engagements; à ces causes, « nous, Christian , nous nous sommes « engagés envers le sénat et la noblesse « de Danemark, et leur avons promis « que, s’il plaît au Tout-Puissant que « nous recouvrions ledit royaume de « Norvège ou quelques-unes de ses pro- « vinces, de façon que nous les redui- « sions sous notre obéissance, ledit « royaume , soit en tout ou en partie , « sera et demeurera soumis à la cou- « ronne de Danemark, de la même ma- « nière que le Jutland , le Séeland , la

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« Fionie ou la Scanie; en sorte qu’à l’a- « venirilnesera plus un royaumeàpart, « et il ne pourra plus litre appelé ainsi, « mais une pnrtiedu royaume de Dane- « mark, soumise à perpétuité à cette « couronne ; bien entendu cependant » que si la Norvège vient à être engagée <i en quelque guerre, le sénat et les états « de Danemark seront tenus de nous « seconder fidèlement pour qu’elle re- « çoive les secours nécessaires. »

Cependant le roi adoucit quelque peu la rigueur de ce décret; la Norvège perdit , il est vrai ,son sénat et la prérogative de prendre part à l’élection des rois , mais elle conserva le titre de royaume , et les états ne furent point abrogés. Les habitants furent aussi maintenus dans la jouissance de leurs privilèges civils ; et, quoique les nobles danois se fussent fait accorder plusieurs fiels , ils ne purent y introduire le régime de leur pays. La diète continua a être composée de nobles , d’ecclésiastiques et de paysans.

F.n 1561 sé passa un événement important pour la prospérité commerciale de la Norvège. Les Anséates établis à Bergen avaient le monopole du commerce de tout le royaume, et entravaient , par leurs privilèges, tous les efforts de l’industrie nationale; mais déjà cette puissance formidable , ni avait été si longtemps la terreur il Nord, commençait à déchoir. Le gouverneur de la ville pour Frédéric II , successeur de Christian III, crut le temps enfin venu de les contraindre à se soumettre aux lois du pays. Il commença par renouveler les fortifications du cnàteau qui gardait la ville, puis il fit raser toutes les maisons qui se trouvaient entre le fort et la factorerie allemande, afin que celle-ci se trouvât sous le feu de son artillerie; ayant ensuite assemblé les chefs du comptoir nnséate, il se fit montrer leurs titres; et s’etant convaincu qu’ils avaient étrangement abusé de leurs privilèges , il les força de démolir le fort qu’ils avaient élevé. Le pasteur de leur église dut se soumettre à la juridiction de l'évéque norvégien (*) , et les corpora- (”) Ci-lait Christian III qui avait intro-

tions, qui s'étaient mises sous la protection de la factorerie , eurent ordre de prêter hommage au roi ou de quitter le pays.

Quelques années plus tard , la tranquillité du pays fut un instant troublée par l'ambition du roi de Suède, Erik, (ils de Gustave. F.n 1567, un corps suédois traversa la Daléearlie; et, à travers des montagnes escarpees et des forêts épaisses , sans autre guide que la boussole, arriva jusqu’à la ville d'OpsIo. Il eût pu s’emparer facilement de l'importante forteressed’Aggersbus, s’il n’avait été obligé de laisser son artillerie en arrière. Les Danois eurent le temps de recevoir des secours, et forcèrent les Suédois à se retirer. C’est dans celte retraite que l’ancienne ville de Hanimer fut détruite par les flammes. Mais dans le même temps s’élevait une ville nouvelle , celle de Frédérikstad, à l’embouchure du Glommen , près de l’endroit où existait jadis la cité de Sarpsborg.

Lorsque Christian IV , successeur de Frédéric II, vint visiter la Norvège et recevoir l’hommage des habitants de ce royaume , les députés de la dicte, après la cérémonie du serment , lui présentèrent un mémoire pour le redressement de leurs nombreux griefs; le roi le renvoya au sénat de Copenhague, qui répondit u'on restituerait les anciens titres et ocuments détournés par les employés danois, qu’on mettrait à la tete de l’administration un chancelier ne dans le pays , qn’enfin on cesserait de conférer des fiefs norvégiens à des Danois. Ces promesses auraient été illusoires si le roi ne s’en était lui -même souvenu. Zélé pour la cause du peuple, qu'opprimait l’aristocratie danoise, il lit tout pour soulager ses misères; on le vit même , en 1599, pour ouvrir un nouveau débouché au commerce , reconnaître lui-même toute la côte de la

duit le luthéranisme en Norvège, avec la forme épiscopale que ce culte av ait adoptée en Danemark et en Suède. Ce changement important se fit sans rencontrer une opjiositiou violenleet sans coûter imegoultedesang.

Digitiz

L’UNIVERS

Laponie norvégienne. Malgré les dangers d’une navigation dans ces mers polaires, il partit de Copenhague au printemps avec douze vaisseaux , passa dans le Catégat, puis dans l’Océan, visita les îles, les golfes et les ports de la Norvège , doubla le cap Nord et pénétra dans la mer Blanche. Près du fort de Wardhus la quille de son navire se brisa contre un écueil, et il aurait péri s’il n’avait été secouru par des marins anglais qui sc trouvaient à peu de distance.

En I G 1 1 , Christian déclara la guerre à la Suède , enleva Calmar et l’île d'OEIand, et serait arrivé peut-être jusque sous les murs de Stockholm sans l'habileté du prince royal Gustave- Adolphe. La Norvège aurait pris peu de part à cette guerre si elle n’y avait été directement provoquée par une audacieuse entreprise d’un corps auxiliaire. La plupart des troupes suédoises étant occupées en Livonie et en Russie, Gustave envoya des agents en Écosse pour enrôler deux corps d’Écossais; comme les croiseurs uanois les empêchaient d’arriver directement en Suede, ils débarquèrent en Norvège dans le dessein de traverser ce pays.

L’un d’eux , après avoir forcé le commandant danois de Drontheim à capituler, traversa sans difliculté le Jæmtland et l’Herjedalie ; mais l'autre, qui avait débarqué dans le district de Romsdal , se trouva , après avoir gravi de hautes montagnes , enfermé dans la grande vallée de Gulhrandsdalen , où il périt jusqu’au dernier homme sous les coups des paysans. La paix qui termina cette lutte, en 1013, valut à Christian toute la partiede la Laponie qui s’étend depuis ie golfe de Titis jusqu'à celui de Waranger.

A la gloire des armes Christian voulut joindre celle de législateur : il fit examiner les lois civiles et criminelles de la Norvège, et quand cette révision du code national eut été achevée, il voulut encore soumettre ce travail , avant de le rendre exécutoire, au jugement des meilleurs jurisconsultes de la Norvège, et se rendit lui-même dans ce dessein à Bergen.

En même temps il introduisit quelques réformes dans la discipline ecclésiastique et dans le régime des écoles.

Une mine d’argent fort abondante ayant été découverte dans le canton de Bcskerad , en 1621, Christian fit bâtir près de la mine la ville de Kongsberg ; et , comme les paysans norvégiens étaient peu accoutumés aux travaux des mines (*) , le roi fit venir des mineurs allemands pour les diriger.

Trois ans plus tard il fit construire, sur l’emplacement de l'antique cite d’OpsIo détruite par un incendie, la ville de Christiania, qui devint le siège du gouvernement; il bâtit aussi Christ iansand et la forteresse de Flekkeræ. Enfin il essaya de relever, par la cession de plusieurs prérogatives, la noblesse norvégienne, mais sans y parvenir. Si ses efforts pour retrouver le Groenland et découvrir un passage aux Indes par le pôle ne furent pas couronnés au succès , ils prouvent au moins sa sollicitude pour le commerce de ses sujets , et les expéditions qu'il fit entreprendre donnèrent de nouvelles notions sur les mers arctiques et sur la pêche de la baleine.

Sous ce prince , qui encouragea dans ses deux royaumes les lettres et les sciences , aussi bien que le commerce et la navigation , un évêque de Drontheim , André Arrebœ, écrivit un poème remarquable sur la création, intitulé Hcxaineron ou l'Œuvre de la première semaine.

Le successeur de ce prince remarquable, Frédéric III , fut proclamé le 24 août 1648, à Christiania, après l'avoir été, le 6 juin de la même année, à Copenhague. Dans le voyage u'il fit en Norvège, il essaya de relire aussi quelque éclat à la noblesse norvégienne , mais sans réussir mieux que son père; car cette classe était peu nombreuse et sans influence sur ie pays. Lorsqu'on délibéra dans la

(*) Fn 1 54o , de» mines ayant été découvertes dam le ranlon de Tellemarkcn , les paysans avaient refusé d'y travailler, et une révolte daugereuse avait même éclaté à cette occasion.

NORWÉGE

diète de 1663 sur quelques objets d'administration intérieure , onze gentilshommes seulement se présentèrent pour demander qu’on prit des mesures afin de maintenir leur ordre. Cette étrange requête resta à peu près sans résultat , quoiqu’on pût sans danger faire quelques concessions à une classe que sa faiblesse rendait si peu redoutable. Dans la suite, lorsque les gouvernements, qui , au moyen âge .étaient autant de fiefs, devinrent de simples intendances ou bailliages , et que les terres du domaine furent données à ferme ou vendues au plus offrant , sans égard à la naissance, la classe des nobles alla chaque jour perdant en nombre et en crédit; peu à peu la plupart des anciennes familles nobles se fondirent dans la classe des cultivateurs , et il ne resta dans le pays , avec des titres féodaux , que quelques gentilshommes allemands ou danois.

A la suite de la guerre de 1 658, signalee par le passagede l'armée suédoise sur les glaces du grand et du petit Belt , la Norwége devait perdre, par le traité de paix, la province de Rohus et le gouvernement de Drontheim. Mais des difficultés ayant arrêté la ratification du traité , et la guerre ayant éclaté de nouveau , les Norwégiens , mécontents de voir leur royaume morcelé , s’armèrent, et, sous la conduite de l’intrépide Pierre Norrmann , forcèrent le commandant suédois de Drontheim de capituler. Lorsque Charles-Gustave se disposa lui-même à diriger les armées suédoises contre la Norwége, ils firent dans leurs défilés une résistance opiniâtre , jusqu’au moment où la mort du roi de Suède les délivra d’un danger imminent. Néanmoins la paix de 1660 leur enleva la province de Bohus , mais ils conservèrent celle de Drontheim.

Ce fut à la suite de cette paix que s’opéra la révolution qui, par la coalition du clergé et des bourgeois , rendit au roi de Danemark l’autorité absolue. Le 10 janvier 1661, la noblesse , le clergé et les bourgeois remirent à Frédéric III un acte qui déclarait sa couronne héréditaire et son

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pouvoir illimité. La Norwége n’eut aucune part à cet événement qui changeait son droit public ; province docile , elle accepta la révolution opérée à Copenhague et prêta serment à la nouvelle constitution , à la loi royale, où se trouvait cet article : « Les rois hé- « rêdilaires de Danemark et de Nor- « wége seront en effet et devront être « regardés par tous leurs sujets rom- « me les seuls chefs suprêmes qu’ils « aient sur la terre. Ils seront au-des- « sus de toutes les lois humaines et « ne reconnaîtront, dans les affaires « ecclésiastiques et civiles, d’autres <■ juges que Dieu seul. >> Quatre ans après , le roi Frédéric laissa , par sa mort , à son fils Christian V le pouvoir le plus absolu qu’exerçât aucun monarque de l’Europe.

Le nouveau roi par droit divin voulut rivaliser d’éclat et de faste avec Louis XIV. L’ancien ordre de l’Éléhaut fut renouvelé, celui du Danerogeréé; il donna des tournois, ouvrit des théâtres et fit frapper des médailles , tout comme le vainqueur de l’Espagne , de la Hollande et de l’Empire; il voulut même reconstituer, au profit de sa royauté et pour l’éclat de son trône, une féodalité nouvelle; les charges de cour furent multipliées, et des fiefs avec titres de comtés et de baronnies, ainsi que des privilèges honorifiques et lucratifs, furent donnés à des familles danoises.

La Norwége eut deux comtés, Laurwig et Iarlsberg , et une baronnie, celle de Rosendal. Mais ce qui n’était pas au pouvoir du roi, c’était de changer les mœurs et les lois civiles des Norwégiens : les nobles de création royale, dont l’un, le comte de Tœnsbcrg , s’appelait Schumaker quand il n’était que le fils d’un marchand de vin de Copenhague, ne purent former une caste nobiliaire, et furent même contraints de se soumettre, dans l’exercice de leurs prérogatives féodales, aux restrictions qui résultaient des institutions civiles du pays.

Les guerres de Charles XII contre , Frédéric IV, successeur de Christian V,

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eurent pour principal théâtre la Norvège, et ce grand drame se termina sous les murs de la petite ville de Frédérikshall. Sitôt que Charles était arrivé en Suède, après sa captivité de Bcnder, il avait ordonné de nouvelles levées et mis sur pied une armée de soixantedix mille hommes; en même temps, il organisait un corps considérable de milices. Tous les Suédois devinrent soldats, et il ne resta, à la lettre, que des vieillards, des enfants et des femmes, pour vaquer aux travaux de l'industrie et de l’agriculture : il y avait de l’enthousiasme, mais il régnait aussi un grand mécontentement nourri par l'esprit de parti et par des mesures arbitraires. Au mois de janvier 171G, le Sund , qui sert de passage entre la Scanie et r Ile de Sélande, c’est-à-dire entre la Suède et le Danemark , se couvrit entièrement de glaces. Charles crut un instant qu’il pourrait renouveler les prodiges de son aïeul ; mais la nature trompa son attente et rassura les Danois épouvantés. Un dégel commença à faire fondre les glaces. le jour "même où l’on faisait des prières publiques pour le succès de l’expédition. Peu après, l’armée suédoise eut ordre de diriger sa marche sur la Norvège. Cette invasion devait changer la situation politique du Nord.

« Les circonstances n'étaient pas favorables; des neiges entassées gênaient la marche des troupes et rendaient les transports très-difficiles. Les employés danois avaient animé les habitants des frontières, et l’état de souffrance où la Suède se trouvait réduite 11e pouvait encourager les Norvégiens a faire cause commune avec elle. D’ailleurs, fcux moyens naturels de défense que présentait un pays coupé de roches, de ravins, l’art avait joint plusieurs places fortes, dont l’une surtout était redoutable ; elle allait acquérir une grande célébrité dans cette guerre, et son nom devait se lier aux plus grands souvenirs de l’histoire.

« F.ntre la province de Bohus et le canton de Boresyssel, près d'un détroit que forment les eaux du Cattégat , s’élève une masse de rochers de l’as-

pect le plus rude et le plus sauvage.

À u pied de ces rochers, à l’embouchure du Tistedal , uni se précipite de leur sommet, une industrie courageuse avait d’abord créé un bourg nommé Hald pour le commerce de la contrée; déjà, pendant l’expédition de Charles- Gustave, les habitants de ce bourg, sous la direction de. Pierre Norrmaqn, établirent un petit fort sur un roc escarpé. Le bourg devint peu à peu ppe ville qui reçut le 110m de Frédériksball. Au petit fort succéda une forteresse qu’on appela Fredérikstein ; plusieurs autres ouvrages de fortification furent établis sur les hauteurs voisines.

■> Charles entra en Norwége avec un corps de troupes dont il avait luimême le commandement en chef; il éprouva de grandes difficultés dans plusieurs rencontres, et, surtout au passage de Basmcè, il lit des pertes sensibles; il s’empara cependant de la ville de Christiania, mais il ne put réduire, faute de grosse artillerie, la citadelle d'Aggershus. La ville de Frédériksball ayant été investie, plusieurs habitants mirent le feu à leurs maisons , après les avoir remplies de matières combustibles, et des miliciens, rassemblés par un négociant, Colinoersnon, disputèrent les passages. Un magasin de poudre, de bombes, de grenades, sauta, et les combattants se mêlèrent au milieu des flammes et de la fumée. Après une lutte effroyable, les Suédois se retirèrent, laissant un grand nombre de mpris et de blessés; le roi lui-mémë ne pui échapper qu’à travers les plus grands dangers. Une bombe tomba sur la maison où il était logé,, et les éclats le blessèrent au visage. Un convoi d’artillerie avait été expédié de Gothemr bourg; déjà il était arrivé dans le port de Dvnekille, voisin de la frontière, et détendu par une batterie. Le capitaine de vaisseau , Pierre Tordcnschoeld, né en Norwége, et qui s’éleva au grade d’amiral en Danemark, attaqua le port. Les officiers suédois s'étaient assemblés pour assister à une noce; ils se croyaient en sûreté et regardaient le port comme à l'abri d'un coup de main; Tordensdiodd y pénétra

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avec deux frégates, enleva le convoi et détruisit plusieurs vaisseaux. Charles, ui avait l'intention de faire le siège e Frédérikstein, fut obligé d'v renoncer pour je moment; il abandonna les endroits qu’il avait occupés, et, sc contentant de fortifier la place de Sundborg sur l'extrême frontière, il retourna en Suède.

«On craignait dans ce pays une invasion des Danois accompagnés des Russes; mais Pierre ne seconda pas ce projet; il était moins porté pour le Danemark , et il montrait de plus en plus du penchant pour les négociations avec la Suède et les plans politiques du baron de Geertz.

« Au printemps de l’année 1718, le roi de Suede se décida a retourner eu Norwége. La première expédition, entreprise trop précipitamment , lui avait coûté quatre mille hommes ; il voulut prendre mieux ses mesures, et surtout se mettre en état de réduire la forteresse de Frédérikstein, qui était le boulevard le plus redoutable de ce pays. Parmi ceux qui l'entouraient dans ce moment était Emmanuel Svedenborg , devenu fameux depuis dans toute l'Europe connue chef de secte , et sous des rapports bien differents de ceux de la tactique et de la guerre. Il s'occupait alors avec beaucoup d'ardeur de sciences mathématiques. Ce fut lui qui se chargea de transporter par terre des vaisseaux armés dans les eaux qui conduisent à Frcderikshall, et dont l’entrée était étroitement bloquée par les Danois. Quand tous les préparatifs furent achevés, Charles envoya un corps de six mille hommes, sous le commandement du général Armfelt, pour agir contre Dronlheim, et luiméiue conduisit l'armée principale vers Fréderiksliall. Ayant investi cette ville, il attaqua les petits forts en avant de Frédérikstein. Ou s’etait emparé du plus voisin, Gyldenlœv, et le 27 novembre 1718 la tranchée fut ouverte devant la forteresse principale. Les travaux avançaient sous les yeux du roi, qui, pour pouvoir mieux les suivre, avait fait construire à son usage une cabane en bois a peu de distance.

la; 30 novembre, il les visita vers neuf heures du soir; il s'appuya -sur le parapet, et quelques moments apres on observa qu'il posait sa tète sur ses bras. On le crut endormi; mai^ on eut enliu de l'inquiétude : on approcha, Charles était mort ; une balle l'avait atteint à la tempe, et il avait cessé de vivre dans le meme moment. Sa main était sur la garde de. son epée. Cette catastrophe, qui produisit tout à coup des changements si mémorables, est devenue un de ces problèmes historiques qu'il est difficile de résoudre.

Selon les uns, elle fut l'effet naturel du feu de l'ennemi, auquel le roi se trouvait exposé; selon d'autres, elle fut amenee par la perfidie des antagonistes qu'il avait dans son armée même, et qui avaient fait le plan d une révolution. Charles n'etait âgé que de trente-six ans (*).

L’armée que Charles avait conduite en Norwége rentra aussitôt en Suède; quant au corps du général Armfelt, la résistance opiniâtre du commandant de Drontheim l’avait également forcé à la retraite, et l’hiver, plus impitoyable que l'ennemi, le décima dans les montagnes qu'il lui fallut traverser pour rentrer en Suede. C'était au plus fort de l'hiver, dans le mois de décembre; aussi la plupart des hommes périrent de froid au milieu des neiges, et le reste fut contraint d’abandonner son artillerie.

Par la paix de 1720, la Norwége, qui avait failli être conquise par les Suédois, resta unie au Danemark; mais des mesures intempestives , prises par Frédéric IV, amenèrent un complot dont les suites pouvaient être la restauration du troisième royaume Scandinave. Frédéric ayant voulu changer le cadastre, ainsi que les poids et mesures, celle entreprise mal dirigée excita un mécontentement général , qui s'accrut encore quand le roi lit vendre les terres des églises. L’n habitant de Drontheim, Inul, crut pouvoir enproliter pour opérer une importante revolu-

(*) Calteau-Cslleville, Histoire de» révolutions de Norwége.

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tion; aidé du général suédois Cojett, il fit proposer au czar Pierre le Grand de faire une descente en Norwége. Le jeune duc de Holstein, que Frédéric venait de dépouiller d’une partie de son héritage, devait être proclamé roi de Norvège; l'Islande, le Groenland et les Iles Feroë, auraient indemnisé le czar; mais le complot fut découvert, et Inul paya son audace de sa tête.

Depuis la mort de Charles XII et la paix qui en avait été la suite, la tranquillité du Nord ne fut point troublée jusqu’à la fin du dix-huitième siècle.

Un moment, en 1751 , on crut que la guerre allait se renouveler; mais, au lieu de voir dévaster leur pays, les Norvégiens virent prendre des’ mesures qui devaient prévenir toute cause de querelle à l’avenir. Des commissaires, nommés par les deux gouvernements de Suède et de Danemark, tracèrent la limite des deux États sur une étendue de plus de quatre cents lieues, avec une précision et une exactitude dont il n'y avait pas eu encore d'exemple chez les peuples les plus civilisés. Des bornes en pierre furent placées de distance en distance sur des plates-formes solides, et, quand la frontière traversait une forêt , on abattait le.s arbres qui se trouvaient entre les bornes sur une largeur de trentedeux pieds, afin qu’on pilt aisément apercevoir en tous lieux la limite.

Ce calme ne fut pas perdu |)our l'industrie, les sciences et les arts; l’ex-

f donation des mines se perfectionna; e commerce s’accrut ; une associât ion , connue sous le nom de Société noire, établit des fonderies, des fabriques de potasse et de verrerie. En 1782, Drontlieirn eut une société des sciences, et Bergen produisit l’un des hommes les plus distingués du Danemark, Louis Holberg, qui devint l’oracle de la littérature Scandinave; le naturaliste Gunnerus, l'historien Strom, l'antiquaire Schrening, et les deux poètes Tullin et AV esse I , honorèrent la Norvège par leurs travaux. Pour régulariser ce mouvement littéraire, l’étendre sur tout le pays et lui donner une utile direction, la Norwége obtint, après

de longues sollicitations, qu’une université fût fondée à Christiania en 1811. Vers le même temps se formait, dans la même ville, une société pour ta proscrite de la Norwége, divisée en sept classes , ayant pour attributions spéciales la philosophie, l’histoire des sciences physiques et mathématiques, l’agriculture, la pêche et la chasse, les miiies et forêts, enfin l’industrie et le commerce.

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