‹ Suède et Norwége par m. Ph. Le BasChapitre 62 sur 72 · CHARLES · texte numérisé non relu

CHARLES

Pendant l'automne de 1815 Charles-

i,e choix des personnes chargées régence pendant la minorité du se fera diaprés les mêmes règles la même maniéré que le prescrit

Jean fit un premier voyage en Norwége pour visiter les villes de Christiania et de Drontheim (*); il y retourna au mois de juillet 18l(i, pour dore la diète assemblée à Christiania depuis l’année précédente. Enfin Charles XIII étant mort le 5 février 1818, Charles -Jean fut proclamé roi de Suède et de Norwége , et couronné à Drontheim , après l’avoir été à Stockholm (**).

L’histoire de la Norwége est maintenant unie à celle de la Suède. Un même roi constitutionnel préside aux destinées des deux pays; leurs produits s’échangent, leurs relations se multiplient , leurs intérêts commerciaux et industriels se mêlent; et pour les mieux unir encore, le roi facilite les communications des deux royaumes, en faisant passer par -dessus les alpes Scandinaves la grande route dont nous avons eu occasion de parler plus haut(***). Cependant plus d’une fois, comme on a pu déjà s’en convaincre (****) , scs vues bienfaisantes et son noble dévouement pour les deux peuples frères , paraissent avoir été méconnus ou du moins mal compris par la majorité du storthing. Les Norwégiens, débarrassés de la domination danoise, non par un de ces efforts héroïques qui consacrent à jamais l'indépendance d’un peuple, mais par suite d’événements qui se sont passés loin d’eux, à leur insu et sans leur coopération , portent aussi haut leurs prétentions que s’ils avaient conquis le droit d’être libres. Qu’ils se rappellrnt leur longue soumission nu Danemark , la pauvreté de leur sol qui les rend tributaires de la Suède , même pour leur subsistance, le triste état de leur industrie , et la nullité de leur importance politique dans la balance de l’Europe. Sans doute l’on peut être heureux en restant libres et pauvres; mais il ne faut point se retrancher dans une sauvage indépendance qui doit arrêter tout progrès. Le progrès politique

(*) Voyez, p. 3^0.

(**) Voyez p. 378.

(***) Voyez p. 4*5.

(****) Voyez p. 383-394.

n’est possible qu'à la condition de l’unité; et pourquoi la Norwége,qui, depuis des siècles, est restée une simple province d'un royaume étranger, sans chercher jamais à reconstituer sa nationalité perdue, ne s'unirait -elle pas aujourd’hui fraternellement à la Suède? Pourquoi ne serait -elle pas Scandinave,commelaSuedeelle-mètne.

Au reste, écoutons sur ce point les réflexions d'un député norvégien, au storthing de 1814.

« Sous le rapport politique, il n'y a pas sans l’union (le véritable indépendance pour les deux pays. C’est elle seule qui peut assurer pour toujours le bonheur et la tranquillité de la presqu’île Scandinave , en concentrant sa politique au dedans d’ellemême , en ne la rendant plus victime ou instrument d’une autre puissance, étrangère à ses intérêts. Depuis un siècle la Norvège ne fait-elle pas bien gratuitement non-seulement les guerres du Danemark contre la Suède, mais aussi celles des puissances qui l’ont influencé? Et ne se trouverait-elle pas toujours dans le même cas , si elle continuait à rester séparée de la Suède ?

car voilà à quoi aboutit l’indépendance dont on parie. Réunis ensemble, ces deux pavs, désormais bornés seulement à leur défense maritime , pourraient employer au profit de leur agriculture, de leurs mines, de leurs pêches, de leurs manufactures et de leur commerce , les moyens qu’ils ont épuisés jusqu’ici pour la défense d'une frontière immense, pour se faire la guerre l’un à l’autre , en un mot, pour s’entre-déchirer et s’affaiblir mutuellement. En simplifiant ainsi leur défense , ils la rendraient plus facile et plus sdre. Leur force réelle redoublerait en se concentrante! en se développant de concert. Il en est des États comme des hommes : ce n’est que dans une certaine assiette qu’ils se trouvent à leur aise ; toute autre les gêne , les inquiète et les tourmente. Pour assurer invariablement leur bonheur et leur tranquillité , il faut qu’une politique éclairée cherche à leur procurer cette position qui leur convient. Qui

ne trouverait point celle de la Suède et de la Norwege, en consultant seulement leur situation géographique?

bille serait sans doute imposante l’attitude qui en résulterait, mais elle n’inspirerait jamais de crainte aux autres puissances , parce que la Scandinavie n'aurait plus rien à désirer au delà des mers qui baignent ses rivages. L’histoire ancienne et moderne attestant également que toute, possession d’outre -mer n’est qu'une possession précaire, qu’un germe de discorde continuelle avec le voisin continental, l'indépendance de la Scandinavie serait toujours respectée par les autres puissances, par le même principe qui lui ferait respecter la leur.

« Sous les rapports commerciaux et économiques, les avantages seraient plus grands qu’on ne le pense généralement. La Norvège ne produit pas tout le blé qu’il lui faut. Le cultivateur suédois en consomme souvent par la fabrication de l'eau-de-vie plus qu'il n’en faudrait à la Norvège. Maintenant il ne serait plus embarrassé de son superflu. Trouvant toujours un débouché sdr et avantageux , il ajouterait par des défrichements annuels à ses récoltes abondantes, et de cette manière l’agriculture suédoise, avançant déjà si heureusement vers la perfection , parviendrait dans peu à fournir à la Norvège le ble dont elle a besoin. La Suède a des fabriques et des manufactures qui nous manquent, et qui perfectionnent avec succès une grande quantité de nos productions.

Les poissons de la Norvège sont un article d'une consommation indispensable à la Suède. Voilà des objets considérables d'un commerce d’échange intérieur et d'un cabotage très-lucratif. Les navires de la Norvège ne suffisent point à l'exportation de ses produits ; la navigation suédoise y suppléerait utilement. Les communications intérieures sont en Suède l’un des objets principaux de l'attention du gouvernement : des canaux et des fleuves navigables apportent déjà ou apporteront bientôt jusque dans notre voisinage les produits de la Suède et ceux

L’UNIVERS

de la Baltique. D’autres communications ne manqueront pas d'être établies, qui rapprocheront encore plus les deux Etats l’un de l'autre. La nature elle-même nous fera voir qu’elle ne nous a point séparés autant qu’une politique astucieuse nous l'a voulu faire croire jusqu’à ce jour (*). »

Au reste , j’ai peut-être eu tort d’insister aussi longuement sur ce point :

l’opposition que rencontre Charles X l V s’affaiblit chaque jour; et les marques de respect et d’amour que le roi reçoit toutes les fois qu’il parait en Norwége, montrent que cette population intelligente s’est ralliée franchement au système que représente Charles-Jean, l’union, la force et l’indépendance de la péninsule Scandinave.

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