‹ Suède et NorwégeChapitre 10 sur 60 · SI · texte numérisé non relu

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On ignore si la clause du service autrichien fut rétablie sur cette seconde copie; ce qu'il y a de certain, c'est qu'on n'avait point les signatures de G allas et d'Altringer qui commandaient des corps sépares. Waldstein confia la commission importante de les gagner ou de les éloigner, à Octavio

L'UNIVERS

Piccolomini, qu'il avait ôomblé dliotineurs et de richesses, et auquel il aocordait la plus entière confiance; parce que, dit Richelieu , on lui avait dit que sa nativité convenoit avec la sienne:

« ce qui , ajoute le cardinal , lui devoit donner le plus de défiance; car, puisqu'il étoit de naturel si rusé, il devoit Croire que Piccolomini n'étoit pas tooins trompeur que lui. »

Au lieu d'agir dans les intérêts de Waldstein , Piccolomini Intrigua contre lui , et Altringer se rendit en toute hâte à Vienne, pour hâter la perte de Waldstein , avec l'assistance de l'ambassadeur d'Espagne, des jésuites, des confesseurs et des autres ennemis du duc. On agit avec tant de promptitude, et on garda si bien le secret, que les amis de Fnedland eurent à peine quelques soupçons de ce qui se passait. Le 24 janvier, l'empereur transféra secrètement le commandement en chef à Gai las , délia tous les soldats des serments prêtés à Waldstein, promit une amnistie générale pour le passé , et menaça des peines les plus sévères ceux qui , à l'avenir , désobéiraient aux ordres envoyés de Vienne. Gallas , dans la conduite qu'il aurait à tenir , ne devait prendre conseil que de sa prudence et des circonstances : on l'invitait seulement à agir de manière à exécuter promptementce dont on était convenu dans l'intérêt général , et à s'emparer de Waldstein mort ou vif.

Celui-ci s'apercevant bien qu'il se tramait quelque complot contre lui.

convoqua de nouveau ses ofliciers ; et lorsqu il vit que Piccolomini , Gallas et Altringer ne se présentaient pas, il publia , le 20 février, un manifeste* dans lequel il protestait contre l'accusation quon lui intentait de vouloir abandonner l'empereur et la religion catholique. Mais déjà, le 18 février, on l'avait déclaré publiquement à Vienne traître à l'empire, et le même jour.il avait lui-même dépêché le duc Lauentourg à Bernard de Weimar pour le

§resser de se réunir à lui. Bernard .

ien qu'on lui montrât l'acte signe par les généraux , et qu'on l'assurât de ce qui s'était passé a Vienne , ne se

pressa point d'avance*. Peu de Jours auparavant, Oxenstierna lui avait écrit de ne pas entraver Waldstein dans l'exécution de ses desseins, mais d'agir avec circonspection : il craignait en effet que Waldstein ne songeât peut-être qu'à tromper les Suédois , et que même, s il venait à exécuter sa défection , il n'eût peut-être pas toutes les ressources nécessaires pour la faire réussir.

Bernard répondit donc au duc de Lauenbourg qu'il ne pouvait se fier à un homme qui ne croyait point en Dieu. Mais lllo et Terzki lui ayant expédié courrier sur courrier, Bernard se mit , avec la plus grande circonspection, en marche vers Égra.

Waldstein arriva dans cette ville le 24. Il n'y avait plus à reculer. Piccolomini avait débauché la plus grande partie de l'armée , et la ville de Prague était au pouvoir de l'empereur. Waldstein se flatta qu'il pourrait s'échapper avec quelques fidèles ; mais ceux qui avaient conspiré sa mort se trouvaient précisément dans le nombre des fidèles qui l'accompagnaient. Buttler9 Gordon et Leslie, tous étrangers, étaient les chefs des conspirateurs, qui se composaient de trente soldats, dont deux Écossais, un Espagnol, et tous les autres Irlandais. Le 25, pendant un banquet, auquel Gordon invita ceux dont on voulait se défaire , des hommes armés entrèrent dans la salle du festin, et aux cris de vive Ferdi nandï vive la maison d Autriche! immolèrent Kinskî. Illo et Terski, qui périrent en se défendant vaillamment. Ensuite, comme le duc ignorait encore ce qui s'était passé, on délibéra s'il fallait le faire prisonnier ou le tuer. On se décida pour l'assassinat. Waldstein, reveillé par le bruit qu'occasionnait le désarmement de ses gardes, se lève en sursaut au moment où le capitaine Deveraux pénètre dans sa chanv bre: «Voilà, s'écrie lecapitaine, le lâche « qui veut conduire à l'ennemi l'armée « de l'empereur, et qui espère lui ar- « racher sa couronne ! » Waldstein , sans proférer un mot, ouvre tes bras, et, percé d'un coup de pertuisane, tombe mort aux pieds de son bour-

SUÈDE

reati. Dans tonte la Bohême, des exécutions et des confiscations sans nom* bre eurent lieu, et les conspirateurs furent richement récompensa : Leslie et Buttler furent faits comtes, Piccolomini fut élevé au rang de prince.

« Cest , dit Richelieu dans ses mémoires (*), une chose bien étrange et 3ui montre la faiblesse et l'indignité es hommes, que, de tant d'hommes qu'il avoit obligés, il n'y en eut pas un seul dans la Tille qui s'émût pour ven-

fer sa mort, chacun d'eux cherchant es prétextes imaginaires de son ingratitude ou de sa crainte.

« Sa mort est un prodigieux exemple ou de la méconnoissance d'un serviteur ou de la cruauté d'un maître, car. l'empereur, durant sa vie, qui a été traversée d'accidents mémorables , n'a trouvé personne dont les services approchassent de ceux qu'il lui avoit rendus; mais aussi difficilement les histoires fourniront-elles un exemple d'un serviteur si hautement récompensé de son maître qu'il l'avoit été du sien. « Néanmoins nous le voyons terminer sa vie d'une mort violente par le commandement de son maître, et l'ayant si souvent exposée pour son service , lut être ravie par lui-même.

Son maître se plaint qu'il lui a été infidèle , et qu'ayant tant reçu de sa libéralité qu'il ne lui restoit plus rien à espérer ue lui, il le méprise et est las de le servir. Mais il faut qu'il avoue qu'il ne peut coter aucun desservice qu'il en ait reçu , et WaWstein lui pourroit compter un million de services qu'il lui a rendus; et si l'empereur lui oppose les jalousies qu'il lui donne sujet devoir de lui, il pourroit avec justice lui répondre qu'auparavant que de les croire, if devoit peser en son esprit dépouillé de passion quels étoient les plus, grands ou les témoignages effectifs delà fidélité ou les simples soupçons du contraire.

Mais soit que l'empereur ait été un mauvais maître ou Waldstein infidèle serviteur, c'est toujours une preuve de la misère de cette vie, en laqueUt

(*) Tome Tin, p. xoo-ioa.

itl

si un maître a peine de trouver un serviteur à qui il se doive confier eo» tièrement, un bon serviteur en a d'an» tant avantage de m fier totalement en son maître, qu'il a près de lui mille envieux de sa gloire, et autant d'ennemis qu'il a faits pour son service, qui par mille flatteries l'accusent envers lui ; que l'esprit d'un prince est jaloux, méfiant et crédule, et qu'il a tout»

puissance d'exercer impunément si mauvaise volonté contre lui; que c'est crime à ceux qui demeurent en vie de s'en plaindre, et que pour lui plaire chacun lui déguise du nom de justice les actions de sa cruauté ou de son injuste jalousie. »

Ce n'est pas ici le lieu d'entrer dans une longue discussion sur le degré de culpabilité de Waldstdn. Nous aurons occasion d'y revenir en nous occupant de l'histoire d'Allemagne. Noue nous contenterons de communiquer à nos lecteurs l'opinion qu'émet à cet égard M. Raumer, célèbre historien allemand , dont les travaux nous ont fréquemment servi de base dans tout ce qui concerne la guerre de trente ans.

« II faut avouer, dit-il, qu'à l'époque où l'empereur condamna Waldsteia, il n'avait fait aucun traité, ni avec la Suède, ni avec la France, et que bien loin d'avoir des motifs suffisants pour faire tuer un homme investi du pouvoir illimité de l'empereur, on n'en avait même pas pour le mettre en Jugement. Mais c'était précisément rétendue de ce pouvoir qui rendait sa perte inévitable. Au reste, l'idée d# an constituer comme puissance indépendante, et comme médiateur entre deux partis également exagérés, entre ses compatriotes et l'étranger, n'était point à cette époque aussi extravagante

S 'elle l'aurait été dans tout autra nps. La plus grande partie des ennemis du duc étaient aes personnes méprisables qui enviaient sa puissance} mats lui, de son cfoé, manquait de cette franchise qui caractérise uai grande ame. Flottant entre différente* résolutions , se laissant guider tout à la fois par la circonspection , l'audace, la superstition, l'orgueil, lambitiou et

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Va varice, il perdit non seulement la confiance de tous les princes, mais aussi cette confiance en soi-même, qui fait choisir avec indifférence entre le vice et la vertu. »

Quand Louis XIII apprit la mort de Waldstein, il s'écria : « J'espère « que tous les traîtres à leurs souve- « rains auront le même sort! » Le cardinal de Richelieu ne put s'empêcher de dire à cette occasion : « Le roi pou- « voit bien se dispenser d'exprimer si lift brement ses pensées ! » C'est que le cardinal comptait beaucoup sur la défection de Waldstein pour balancer l'influence d'Oxenstierna , qui de son côté s'était bien aperçu des intentions du cardinal et mettait tous ses efforts à entraver ses projets.

« Le chancelier, écrit Feuquières (*), « étoit déjà entré dans une telle alarme « de l'union des électeurs de Saxe et « de Brandebourg avec Friedland joint « à S. M., que quelque bonne mine « qu'il ait faite, il y a long-temps qu'il « n'a reçu une nouvelle qui lui ait plu a davantage que celle de sa mort , de « laquelle le duc Bernard de son côté « n'a aussi eu moins de joie. »

Au reste, la mort de Waldstein n'eut point pour la cause des protestants les suites qu'on aurait pu espérer; ils ne surent pas profiter du premier moment de consternation qu'elle causa, et le roi Ferdinand ayant pris Ratisbonne le 26 juillet, le théâtre de la guerre fut encore transporté en Bavière. En même temps les protestants ne purent plus se dissimuler que leurs alliés songeaient uniquement a gagner à la paix , la France, P Alsace, la Suéde, la Poméranie. La défiance entre les Français et les Suédois n'était pas moindre , c'est ce que prouvera ce passage de la correspondance de Feuquières :

• « Nous ne nous trouvons pas peu empêchés, M. DeLagrangeetmoi,deIa sorte dont nous avons à nous conduire à l'égard dudtt chancelier , auquel la fierté et l'orgueil brutal fait perdre le jugement : parce que si d'une part nous voulons le gagner par persuasion,

son humeur méfiante, couverte et insolente, nous ôte tout moyen de nousajuster avec lui ; et si d'un autre côté nous le voulons combattre, la mauvaise disposition de tous les esprits est telle contre lui qu'il nous sera difficile de l'ébranler sans le faire tomber, et par ainsi, ne voyant personne à pouvoir prendre sa place sans extrême péril de renverser toutes choses , nous nous conduirons le plus adroitement qu'il nous sera possible entre ces deux considérations. (*) »

Cependant les Impériaux prirent Ingolstndt et Donauwerth, et assiégèrent Nôrdlincen. Bernard et Horn , qui réunirent leurs armées pour débloquer cette ville , furent entièrement battus le 6 septembre 1634, et Horn fut fait prisonnier. La Bavière, la Souabe et la Franconie étaient perdues pour les protestants. Peu de temps après, l'électeur de Saxe, réconcilié avec l'empereur, signa à Prague un traité de paix qui, sous bien des rapports, était défavorable à la cause protestante. Le 12 juin 1635, l'empereur somma tous lés états allemands d'accéder à la paix , et la plupart obéirent. Oxenstierna , qui n'avait jamais approuvé la guerre entreprise par Gustave en Allemagne, se voyant abandonné par ses alliés et une partie de son armée, et prévoyant d'ailleurs que le Danemark et la Pologne ne manqueraient pas de profiter des circonstances pour attaquer la Suède, offrit aussi de son côté la paix à l'empereur. Après avoir attendu longtemps , il reçut pour toute réponse , qu'on accorderait aux Suédois la liberté de se retirer dans leur pays.

Ces dures conditions ne pouvaient être acceptées sans déshonneur; aussi ne songeant plus qu'à continuer la guerre, Oxenstierna et Bernard mirent tous leurs soins à former une nouvelle armée sur les bords du Rhin ; mais ils se virent bientôt forcés de reculer jusqu'à Metz, et, en avril 1635, le chancelier se rendit lui-même à Paris pour décider Louis XIII à prendre une part plus

(*) Feuquières, UII, p. 277.

SLKDE.

active à la pierre. Des scrupules religieux retenaient encore le roi, et d'ailleurs la bonne harmonie entre les deux couronnes de France et de Suède avait été un peu altérée par la maladresse et la suffisance de Grotius, Fauteur du Droit de la paix et de la guerre , qui, forcé de quitter la Hollande comme partisan d'Olden - Barneveld , s'était réfugié à Stockholm et avait été pendant toute cette époque ambassadeur de Suède à Paris.

On a vu que Richelieu, en prescrivant à son ambassadeur Feuquières, de dire partout que la France n'agissait que pour le bien commun , avait surtout en vue d'acquérir les places les plus importantes de l'Alsace, d'affaiblir l'empereur et de tenir la Saxe et la Suède en échec l'une par l'autre. Cette politique, bien qu'elle ruinât les alliés de la France en Allemagne, eut les résultats que le cardinal de Richelieu voulait obtenir. Déjà, avant la bataille de Nordlingen , on avait cédé Philipsbourgà la France. Bientôt après et sans aucune autorisation, plusieurs gouverneurs lui vendirent les places qu'ils commandaient; mais, sans préjudice des droits de l'empire et de la religion , ajoutaient- ils ordinairement , comme pour se moquer de ceux qu'ils trahissaient.

Oxenstierna ne se laissant pas éblouir par les vaines promesses qu'on lui prodiguait à Paris , demanda formellement un nouveau traité, des subsides, et la médiation de la France pour la continuation de la trêve conclue avec la Pologne. Tout fut accordé; mais la trêve ne put être obtenue sans que la Suède cédât aux Polonais toute la Prusse polonaise, cette conquête si chèrement achetée par Gustave- Adolphe.

Cependant les armes de l'empereur continuaient à être victorieuses, et la perte des Suédois parut inévitable lorsque la Saxe lui déclara la guerre en octobre t635. Richelieu profita de cette circonstance pour faire avec Bernard de Weimar un traité qui assurait à ce général des ressources considérables , mais aussi qui le soumettait presque entièrement aux ordres du cardi-

nal. La France alors envoya des armées sur le Rhin , sans toutefois déclarer la guerre à l'Autriche, et, pendant quelque temps, on combattit sur ce point sans autre résultat que l'entière dévastation du pays. A cette époque , la guerre éclata entre l'Espagne et la France ; mais cette dernière puissance n'eut pas dans le principe tout le succès auquel on aurait pu s'attendre.

Les Suédois, au contraire, reprirent courage, vainquirent les Saxons, le 22 octobre, près de Dômiz, et les Impériaux, le 7 décembre, près de Zyritz.

Ces avantages brillants étaient dus à Banner qui venait d'être nommé général en chef de l'armée suédoise. Ce capitaine, âgé de 40 ans, avait fait toutes les campagnes de Gustave ; il avait commandé sous lui l'aile droite de l'armée à la bataille de Leipzick ; Banner était capable de l'activité la plus énergique, mais il se livrait malheureusement avec non moins d'ardeur à la débauche et au vice. Le 4 octobre 1636, il obtint près de Wittstock une victoire signalée sur les Saxons et les Impériaux qui lui étaient supérieurs en nombre. Il leur tua .5,000 hommes , s'empara de 180 chariots avec les munitions dont ils étaient chargés, de tout le bagage, de l'argenterie et de la chancellerie de l'électeur, etc. Après cette victoire, le Brandebourg, la Saxe, la Thuringe et une partie de la Franconie furent ravagés et pillés, en punition de ce qu'ils avaient abandonné la cause commune. En Saxe surtout aucune violence ne fut interdite aux soldats.

L'année suivante, le 15 février 1637, mourut l'empereur Ferdinand II. On a très- bien dit que pour caractériser son règne, il suffisait d'un seul fait, c'est que la Bohême qui , à l'avènement de ce prince , avait 3 millions d'habitants, n'en avait plus que 760,000 à sa mort. Au reste , rien ne fut changé à la politique autrichienne sous son fils et son successeur Ferdinand III. Nous devons réserver à l'histoire de l'Allemagne les détails circonstanciés de la guerre qui eut lieu pendant les années suivantes, nous nous contesterons ici de rappeler sommairement

L'UNIVERS

)aa faits principaux. En juin 1637, Banner fut environné par les Impériaux près de Torgau; mais il réussit i les tromper et a se retirer jusqu'en Poméranie, traversant avec 14,000 hommes une armée de 60,000 ennemis. Le cardinal Richelieu craignant sérieusement que les Suédois n'abandonnassent r Allemagne, fit un nouveau traité avec eux, et leur promit un million de livres de subside annuel. En même temps, le duc Bernard, après

Slusiéurs victoires sur les Impériaux , ont là plus remarquable est celle de Rheinfelden, livrée le 3 mars 1638, s'empara de Brisach, le 19 décembre.

Déjà le duc commençait à inspirer de la crainte aux Français, et de la jalousie aux Suédois , lorsqu'une fièvre contagieuse l'enleva, le 18 juillet 1639, dans la 35* année de son âge. On ne manqua pas de parler d'empoisonnement; eujwt suspicionem vix vitare possunt potentum exitus, dit Grotius dans cette circonstance. Son armée et ses conquêtes tombèrent entre les mains de la France , qui avait sur les lieux des négociateurs habiles, d'Erlach et Guébriant , et qui pouvait disposer de sommes d'argent considérables, mobile plus puissant à cette époque que la pairie et la religion.

Trois ans plus tard , le 20 mai 1641, Banner trouva à Helberstadtletermede sa glorieuse carrière, et. jusqu'au mois

Je novembre de la même année, il y eut ans l'armée suédoise une sorte d'interrègne, pendant lequel la guerre ne fut pas faite avec beaucoup de bonheur.

Enfin , Torstenson , l'un des anciens élèves de Gustave, chanté par ce prince du commandement de l'artillerie suédoise , accepta le titre de général en chef. Il chassa les Impériaux de la Silésie, et défit) le 2 novembre 1642, près de Leipsick , leur armée commandée par fciccolomini et par l'archiduc Léopold.

Les armes suédoises ne furent pas moins heureuses l'année suivante, et, sans vouloir secourir les Français, battus par les Bavarois à Duttlingen (24 novembre 1643), Torstenson alla faire la guerre en Danemark. Nous ne parlerons de cette guerre, qui dura jus-

ou'en 1645 , qu'après avoir raconté les événements arrivés en Allemagne.

Le 24 février 1 645, Torstenson, après une marche forcée, qui passe dans les fastes militaires pour l'une des plus extraordinaires que l'on connaisse, arrive tout à coup du Jutland, défait les Impériaux à Jankowitz , et s'établit en Bohême. Peu de temps après , te mauvais état de sa santé l'oblige de céder le commandement à Wrangel gui, le 31 juillet 1646, réunit son arméeacelledeTurenne. Alors les deux armées pénètrent de concert dans la Bavière et dans la Souabe. Les Français auraient préféré conclure une trêve avec l'électeur de Bavière, afin de pouvoir employer leurs forces dans les Pays-Bas ; mais Maximilien n'y consentit que le 14 mars 1647, et la rompit quelques mois après, ce qui attira sur son pays les plus cruelles vengeances de la part des Suédois, qui pénétrèrent ensuite en Bohême, et s'emparèrent d'une partie de la ville de Prague, le 15 juillet 1646. Déjà ils allaient fondre sur les états héréditaires de l'empereur, lorsque la paix fut signée, le 24 octobre 1648, à Munster et à Osnabruk. Nous n'avons rien dit jusqu'à présent des négociations relatives à cette paix , afin de les présenter ici dans leur ensemble.

Il est sans doute des circonstances où la guerre est inévitable et préférable cent fois à une paix avilissante ; mais pour l'ami de l'humanité, il n'est pas de plus triste spectacle que cet entraînement qui s'empare des esprits après de longues guerres , alors que le but et la cause des hostilités commencent à s'oublier, et que Ton continue à se battre uniquement parce qu'on espère des succès plus importants que ceux qu'on a obtenus , ou bien encore parce qu'on croirait manquer à l'honneur si l'on consentait à la paix après avoir essuyé un revers. Ce fut ce qui eut lieu durant cette guerre. Combien ne se présenta-t-il pas d'occasions favorables pour terminer la lutte san-

Éante qui désolait l'Allemagne? On s laissa toutes échapper. De part et d'autre on parlait sans cesse d'une paix générale; mais aucune puissance ne la

voulait sincèrement Chacun ne rongeait qu'à une paix particulière , au moyen de laquelle il pourrait satisfaire ses prétentions aux dépens de ses ennemis ou même de ses alliés.

A la diète de Ratisbonne, qui eut lieu en 1641, tout le monde demanda la prompte conclusion d'une uaix quelconque; mais les faibles seuls la voulaient franchement. Cent cinquantedeux séances et des protocoles sans fin n'amenèrent la solution sérieuse d'aucune question. Les grandes puissances étaient trop animées les unes contre les autres , pour sentir combien elles achetaient chèrement la gloire de vaincre , ou de montrer de la fermeté dans les revers. Ce ne fut en quelque sorte que malgré elles qu'elles signèrent , à Hambourg, le 25 décembre 1641, non pas les articles préliminaires de la paix, mais une simple convention pour l'ouverture d'un congrès.

Les conférences devaient commencer le 25 mars suivant; mais la convention ne fut ratifiée qu'au commencement de l'année 1643, et l'Europe devait encore être huit ans en proie à la misère et à l'avilissement avant de

r ravoir arracher la paix aux passions , i'égofsme et à une politique odieuse.

La proposition faite par le pape Urbain VIII de commencer par la conclusion d'un armistice, fut écartée par les Français, et il est juste de reconnaître que dans le dessein qu'ils avaient conçu de s'étendre vers le Rhin , ils devaient souhaiter la continuation de la guerre; mais l'opposition que les princes d'Allemagne apportèrent constamment à un arrangement déûnitif, ne peut s'expliquer que par l'abaissement, la démoralisation sans exemple, l'ignorance et le ridicule égarement où de trop longues dissensions intestines les avaient fait tomber. En général, toutes les puissances croyaient que c'était le comble de l'adresse que de paraître vouloir la paix et de la retarder par tous les moyens possibles.

C'était dans les villes de Munster et d'Osnabruk, en Westphalie, que devaient se tenir les conférences. Le comte de Nassau, ambassadeur de

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l'empereur, y arriva la premier en juillet 1643; l'arrivée des plénipotentiaire* français n'eut lieu qu'au mois de mars de Tannée suivante, et seize mois s'écoulèrent avant qu'on eût terminé l'examen des pouvoirs. On employa un temps précieux à se quereller sur le cérémonial , et le titre d1 Excellence faillit faire rompre le congrès. En même temps une guerre de brochures aussi violente qu'absurde s'alluma et acheva d'anéantir ce que la guerre matérielle avait laissé d'honnêteté dans les cœurs.

D'A vaux , le principal négociateur français, accusa l'empereur d'aspirer à la monarchie universelle; et aussitôt des brochures autrichiennes se moquèrent des Français et de leur prétention à fonder et à protéger la liberté allemande.

La cause des Suédois ne resta pas sans défenseurs , et il parut dans leur, intérêt un livre dont nous allons nous occuper un instant , parce qu'il a eu une influence immense sur la dissolution de la constitution germanique.

Ce livre, écrit en latin et imprimé chez les Elzevir, comme presque tous les pamphlets de cette époque , a pour titre : Dissertatb de ratlone status in imperio nostro romano - germafUco, auctore Hippolyto à Lapide.

L'auteur, caché sous ce pseudonyme , s'appelait Philippe de Chemnitz (mot

Su» signifie pierre dans les langues aves) , et était chancelier de la couronne de Suède en Poméranie. Il ne serait pas juste de dire que l'auteur, en affichant un patriotisme tout allemand, ne songeait qu'à servir les intérêts de la couronne de Suède; mais ses idées sur l'indépendance antique des électeurs et des princes, et sur le rétablissement de cet ancien état de choses, qui, du reste, n'avait jamais existé, sont tellement empreintes de haine pour la maison d'Autriche et pour toute puissance centrale, qu'il est impossible de ne pas soupçonner la pureté de ses intentions. Après avoir exposé ses idées sur l'état normal de la constitution de l'empire, dont il accuse les empereurs (ravoir détruit

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la liberté, il exhorte les Allemands à l'unité, mais pour s'opposer plutôt à la maison d'Autriche qu'à rennemi extérieur. L'un des chapitres qui tendent à ce but, porte textuellement le titre suivant : « Qu'il faut laisser au prince le simulacre de la majesté et réserver à l'empire les véritables droits (*). » Dans la troisième partie , il indique les moyens qu'on doit, suivant lui, employer pour rétablir et affermir l'antique liberté ( avita libertas). L'historien examinera jusqu'à quel point toutes les assertions de Cbemnitz sont exactes ; mais personne ne saurait s'empêcher de comparer l'état actuel de l'Allemagne avec le projet hardi du pamphlétaire. Les moyens qu'il propose sont au nombre de six :

« 1° Amnistie générale et rétablissement de la concorde.

« 2° Extirpation de la maison d'Autriche.

« 3° Élection d'un nouvel empereur, auquel on imposera une capitulation d'un nouveau genre.

« 4° Faire disparaître la défiance et rétablir la confiance.

« 5° Rétablir les diètes et la constitution de l'empire, et dissoudre le conseil aulique.

« 6° Entretenir une armée permanente, et établir un trésor militaire (**). »

Voici maintenant Quelques extraits du second chapitre intitulé : Dormis Austriacœ exstirpatio; ils prouveront mieux que tout ce que nous pourrions dire , l'aigreur qui s'était emparée des esprits pendant ce congrès destiné à rétablir la paix, et les prétentions exa-

(*) « Quod simulacre majestatis principi rdinquenda sint , jura vera reipublica: reaervanda. »

(**) « i« TJniveraalis amnistia sanctio et concordi» restitutio. a° Domus Auslriaca exstirpatio. 3° Novi imperatoris electio et capilulationis eidem praescribendae modus. 4° Diffidenti» eradicaiio et vera; confidcutiae restitutio. 5° Comîliorum et regrmenti , sublalo consilio aulico, restitutio. 6° Continui exercitus sustentatio et mil i taris ssrarii institutio. »

gérées qu'élevaientles différents partis.

« Que les armes de tous se tournent contre les enfants du tvran défunt, contre toute cette famille si funeste à notre empire et à l'antique liberté, en un mot, contre la maison d'Autriche , qui n'a jamais été fidèle qu'à elle-même; qu'on la chasse, comme elle Ta mérité, de l'Allemagne entière; qu'on vende, au profit dû trésor de 1 empare, les biens considérables qu'elle a acquis en fief de l'empire, et qu'elle possède sous* sa suzeraineté. Si ce que Machiavel a écrit est vrai, que dans toutes les républiques il y a des familles fatales qui naissent pour la ruine de la patrie, cette famille est vraiment totale à notre Allemagne; elle qui, si faible à son orieine, est parvenue à un tel degré de puissance , qu'elle- est redoutable, nuisible même a tout l'empire. — Il nous est facile de prouver qu'ils ont abusé des ressources et des forces de l'empire pour établir leur puissance , et que plus ils ont accru leurs forces et leur puissance ,

{>lus on a vu décroître la majesté de 'empire, l'autorité des différents ordres de l'état, et la liberté commune.

Ainsi , dit-on, quand la rate grossit , tout le reste du corps diminue. — Le titre d'archiduc n'a été pris par les Autrichiens que par pure arrogance , afin de l'emporter en quelque chose sur les autres familles de princes beaucoup plus anciennes que la leur. — Les Polonais , qui ont éprouvé l'ambition des Autrichiens, ont autrefois, dans leurs diètes, défendu, sous peine d'infamie, de jamais, lors de l'élection d'un nouveau roi de Pologne, nommer un membre de la maison d'Autriche, voire même de lui donner son suffrage.

— Etqu'on n'objecte pas les vertus et Tes

Qualités de l'ame qui, à ce qu'on pré- ;nd , ont illustré cette famille; qu'on ne parle pas surtout de cette réputation de clémence, dont ils jouissent auprès de beaucoup de gens, qui vont disant partout qu'il n'y a jamais eu de tyran dans cette famille. Car bien que certains faux-semblants de vertu puissent s'offrir en eux au premier aspect, ces vertus ne sont pas moins nuisibles

SUEDE

que des vices toutes les fois qu'on s'en pare pour acquérir un trône. Et si la réputation de clémence est utile à ceux qui fondent un nouvel empire, l'affectation de clémence dans cette famille n'étant qu'un leurre pour acquérir un nouvel empire , n'en doit être que plus suspecte. Que les Autrichiens vantent tant qu'ils voudront leur clémence et leur mansuétude ; nous, qui sommes nés et qui avons été élevés dans la liberté, nous approuvons cette parole généreuse de Démosthène qui , entendant louer l'humanité et ia douceur d'Antipater, s'écria : Nous repoussons un maître quelque doux quUsoît.— Bien que la saignée et la purgation enlèvent au malade beaucoup de bon sang , il faut cependant s'y resigner sous peine de perdre la vie; de même notre empire doit évacuer cette famille puissante et redoutable pour tous, lors même qu'elle ne serait pas entièrement mauvaise. — Ainsi donc, que tous ceux qui ont horreur de la servitude, réunissent leurs forces et conspirent contre cette race de vipères. Car c'est avoir presque vaincu les tyrans que de ne plus vouloir souffrir la tyrannie (*). »

> (*) « Omnium arma in defuncti tyranni liberos ac toïam istam f ami lia m, imper io noslro, avitœque libertati exitiosam, nullique quam sîbi fidam, domtim, inqtiam, Austnacam, couvert unlor : illa, prout de republira nostra mérita est, Germania in tofum pHliror : ditiones ejus, quaa amplissimas im|>erii bénéficie consecuta est et sub imperio possidet in fisetim redigiintor ! — Si emm verum est, quod Machiavellus scripsit, esse in singulis rebuspublicis familias fatales qu» earum exilio nascantnr : baîc oerle familia Germanise nostrae fatalis est, quae, ab exiguis orta initiis, eo progressa est potenti», ut toto imperio forniidolosa, imo exitiosa existât. — Facili opéra demonstrare possumus publicis imperii opibus ac virious ad privatam poteittiam suam stabiliendam, eos abusos, quantumque illi viribus çt potentia aucli sunt, tantum decrevisse împerii majestatem , ordinum auctoritatem , communemque libertatem; ut de liene referont, eo crescente, reliquum corpus imminui. — Arcbiducis litulum ob merani arrognntiam Austriaci adsciverunt ut aiias

Ce langage exagéré était commun à tous les partis. De tous les négociateurs, il n'y avait de véritablement modérés que les ambassadeurs de quelques petites villes , la plupart d'entre elles donnant dans l'extrême opposé, et voulant la paix à tout prix. Cet état des esprits était un premier obstacle à tout accommodement. Mais la plus grande difficulté consistait dans la masse dès intérêts à régutr. Ce n'était pas seulement la constitution de l'Allemagne qui était en question , c'étaient encore ses relations avec les puissances de l'Europe, et les relations de toutes ces puissances entre elles; car, dans cet embra-

principum famjlias, longe antiquiores et emineniiores, aliqna praecelterenL — Polonî, Austriacorum ambitionem experti, in romitiis suis aliquando sauxere ; Ne quis m electione novi régis Polouiae, deinceps aliquem ex domo Austriaca nominare aul suffragio suo commendare auderet, alioquin, ipso facto iufamem fore. — Nec virtutes aut animi dotes quibus familia ista clarescere vulgo jaclitatiir quisquam objiciat et cle» mentiœ inprimis famam , quam apud mullos habet, quomin in ore pervulgatum est: nullum in bac familia unquam exslitisse tyrannum. Nam virtutum quœdam species etsi primo inluitn sese offerant, atlamen isl» quoque non minus noxiae, quam vilia sunt, quoties parando regno fingnntiir ; cumque nouum imperium inetwantibus utilis sit clementiœ fama (Tacit. Hist. 1. IV), ista quoque démentis in hac domo affectai io tantquam novi imperii illecebra , eo magis suspecta esse débet. Et, quicejuid clemeniiam ac manstietudînem suam jaciitent Austriaci, nobis, in liber la te natiset educatis, placel generosa illa Demoslhenis vox, qui plerisque aliis Anlipatri humanitatem ac farilitatem laudanlibus: Dominum, inquit , quantum»

cumque faci/em repudiamus! — "Velut sanguinis emissione ac piirgatione plurimum etiam boni sanguin is elicitur, fieri tamenhoc expedit nisi vit» velis periculum facere: ila imperium nostrum ejusmodi potenti et omnibus formidolosa familia evacuari oportet ; etiamsi ea in tolum mala non esset. — Obfirmentur ergo et conspirent contra ?ipereum hoc genus, omnium , quicunque servire dedignantur, animi: magna enim ad* versus tyrannos Victoria pars est, nott» amplius tjrrannidcm pati, » (Liv. VL)

L'UNIVERS

sèment général de la chrétienté, il n'y avait que le pape et Venise qui pussent agir en médiateurs désintéressai. D'un autre côté, les négociations étaient encore entravées par le caractère per* sonnel de presque tous les ambassadeurs. Tous avaient puisé leurs principes dans la diplomatie machiavélique de cette époque; et, indépendamment des menées de leurs cours , leurs passions privées opposaient encore un nouvel obstacle à la paix. On pourra s'en convaincre en lisant les portraits suivants qu'a tracés Waltmann , le continuateur de Schiller :

« La paix de l'église et du monde était Punique pensée de l'envoyé du

Sape Fabio Chigi ; impartial au milieu e tous les partis , il n'inclinait vers l'un d'eux que lorsqu'il découvrait en lui un sincère désir de faire la paix. Son esprit était si clairvoyant, ses connaissances si étendues, qu'il ne pouvait être porté vers une injustice.

Passionné dès sa jeunesse pour la célébrité, il s'était livré avec ardeur à l'étude de la philosophie, de la jurisprudence et de la théologie; il avait même occupé la renommée par quelques productions poétiques. Parvenu a un âge plus avancé, il était également exempt de vanité et d'ambition. Lorsqu'il fut élu pape en 1655, il ne voulut accepter aucun présent; tout entier à ses devoirs et au monde, il vécut continuellement avec l'image de la mort sous ses yeux. Sur sa table, au milieu des aliments et de racines destinées à le nourrir, se trouvait une tête de mort; une bière de bois de cyprès était constamment sous son ht, et cet esprit si éloigné des choses terrestres était entièrement dégagé de toute influence résultant de la religion qu'il professait. Il y a plus : Chigi , depuis son exaltation, avait laissé percer quelque penchant pour la réforme.

« Sans un pareil médiateur, il n'y avait aucun rapprochement possible entre l'orgueil des Espagnols, l'opiniâtre retenue des Impériaux, et l'orgueilleuse légèreté, l'astucieuse politique des plénipotentiaires français. D ailleurs l'inimitié personnelle qui

divisait ces derniers, embarrassait et retardait singulièrement les négociations.

« Le comte Glauded'Avaux jouissait de la plus grande réputation comme diplomate; diverses missions importantes qu'il avait remplies en Allemagne , en Danemark , en Suède et en Pologne , avaient tellement formé son expérience et développé ses talents, qu il pouvait être considéré avec raison comme capable de traiter les affaires les plus délicates : mais son orgueil, 6a vanité lui faisaient facilement croire

2u'il n'avait pas d'égal en politique, lette présomption était fortement enracinée chez lui , parce qu'en général son esprit était lourd , et qu'il avait besoin de faire les plus grands efforts pour vaincre et dissimuler cette espèce de pesanteur naturelle. Il était obligé de retoucher plusieurs fois ce qu il avait péniblement composé; mais alors il ne fallait pas que personne se crût capable de rédiger d'aussi belles phrases , ni de mettre un tel art dans l'ensemble de son travail. Son principal mérite en politique était une grande prudence, et beaucoup de mesure dans ses pensées comme dans ses démarches. Il était d'ailleurs trop pesant et trop orgueilleux pour savoir tirer parti des qualités ou des défauts des autres.

« Si d'Aveux ne souffrait point d'é-

Sal , le comte de Servien ne concevait u moins personne au -dessus de lui.

C'était déjà un sujet de douleur pour son amour-propre, que son collègue, d'une famille plus ancienne que lui, et distinguée par ses alliances avec la cour, parût jouir d'un plus grand crédit, et c'est pour cette raison qu'il cherchait à l'écraser par l'éclat d'un génie supérieur ; et sans doute que le feu , la plénitude et la promptitude de ses idées décelaient réellement en lui plus de génie que dans le comte d' A vaux avec sa science et ses pénibles efforts; sans doute aussi que Servien qui, en qualité de secrétaire d'état, avait servi avec gloire , même sous le cardinal de Richelieu, et jouissait encore en ce moment de la confiance particulière

SUÈDE

de Maiarin • connaissait mieux les desseins et les pensées du ministère.

Mais au lieu de taire tourner ces avantages vers la gloire et les intérêts de sa cour, il ne s'en servait que pour blesser ï'amour-propre de son collègue; et les discussions amères qu'ils eurent ensemble, lui laissèrent la réputation d'un homme de mauvais caractère.

« La funeste influence que leur inimitié eut sur les négociations fut encore accrue par leurs liaisons naturelles avec l'ambassade de Suède, à la tête de laquelle était le comte Jean Oienstierna.

« Celui-ci avait autant d'orgueil que d'Avaux , mais moins d'empire sur lui-même et moins de modération.

Comme d'Avaux, il voulait directement ce qui était juste , mais avec encore plus de simplicité et de rudesse.

Il était également jaloux de l'honneur et des privilèges de sa couronne , et les prétentions que s'arrogeaient les Français faisaient souvent éclater sa colère. Les écoles supérieures d'Upsal qu'il avait fréquentées, ses voyages en Belgique, en Angleterre et en France, et ses liaisons avec plusieurs personnages célèbres, lui avaient donné la connaissance du monde. Pendant la

Suerre qu'il avait faite comme colonel u régiment de cavalerie rouge, sous les ordres de son proche parent, le maréchal suédois Gustave Horn, il avait appris à connaître les provinces et le peuple d'Allemagne, et il était initié dans tous les secrets de la politique suédoise par rapport à l'Allemagne , car son père, en qualité de directeur des états évangéliques à Francfort-sur-le-Mein , lui avait fait prendre part à toutes les délibérations. Mais il manqueait d'idées ou de la chaleur nécessaire pour les exprimer, et sa politique ne portait aucune trace de ce génie supéi ieur qui avait fait de son père l'ami de Gustave-Adolphe.

« Par cette raison , quoique chef de l'ambassade suédoise, il ne put jamais s'élever au-dessus de son collègue Ad 1er Salvius. Celui-ci était doué d'un génie

aussi délié qu'Oxenstierna était pesant.

Lorsque ce demiercommettait quelque

erreur importante en politique, il s'excusait sur sa mauvaise mémoire ; Salvius, au contraire, jouissait d'une mémoire qui ne laissait échapper aucune des nombreuses observations dont il l'avait enrichie. Ayant quitté ses parents dès l'enfance, et se trouvant dans une extrême misère , il s'était habitué dé bonne heure à vivre dans la dépendance d'autrui, et à s'élever ainsi dans un abaissement apparent, tandis que l'ambition le dévorait en secret. Non seulement il fut assez heureux pour terminer ses études à Upsal, mais encore il eut l'art d'acquérir, dans différents voyages qu'il ût surtout en Allemagne, la science du monde , en même temps qu'il enrichit son esprit d'une foule de connaissances utiles.

« Deretourdans sa patrie, il y jouissait d'une considération méritée , lorsqu'il épousa une veuve âgée, dont l'énorme fortune surpassait de beaucoup les obscures qualités. Mais Gustave-Adolphe remarqua bientôt l'extrême application et la saceconduitedu mari; il découvrit que Salvius, entièrement adonné à la carrière diplomatique, était particulièrement versé dans Tes affaires d'Allemagne. Ses connaissances étaient aussi étendues qu'elles pouvaient l'être, à cette époque , dans un homme d'état.

Il recherchait en parlant l'élégance et la précision ; mais alors qu'on croyait avoir pénétré le fond de sa pensée, on n'en découvrait que ce qu'il avait voulu laisser entrevoir, et cette apparente clarté cachait toujours des équivoques.

Au retour d'une mission secrète auprès de l'électeur de Saxe , il fut fait secrétaire d'état et admis dans la noblesse.

Employé aux affaires les plus importantes,'il s'y rendit constamment digne des plus grands éloges , parce qu'il sut toujours réunir au zèle la sagesse et la modération, de manière que, sans négliger aucune des parties ae la mission qui lui était confiée, il n'outrepassait jamais les bornes qu'on lui avait prescrites. Lorsqu'il s'agissait de la

Sloire et des avantages de la couronne e Suède , il s'animait moins par attachement naturel pour son pays que

L'LiMVfcllS

parce que son propre intérêt se trouvait lie à ces avantages ; car son amour même pour sa patrie ne résistait pas aux atteintes de For et de ia corruption. Vis-à-vis des grands suédois, il ne dépouilla jamais les dehors d'une basse numilité. Son ambition ne put porter son intérêt ni sa prévoyance à sentir que par des bienfaits il se créerait des partisans , et que s'il était honoré des uns, il avait excité la jalousie des autres. Il se dédommageait dans son intérieur des humiliations qu'éprouvait son orgueil en public , comme de la contrainte et de la dissimulation qu'il était obligé d'y garder. Là, il était aussi fier, aussi inconstant, aussi capricieux qu'il était soumis et rampant en public. Toujours semblable a lui-même, il se consolait de la

çéne du mariage en se livrant aux vo-

uptés les plus communes.

« Oxenstierna étaitjaloux de Salvius, comme d'Avaux l'était de Servien ; et l'inimitié qui régnait entre les plénipotentiaires suédois trouvait un exemple funeste dans les querelles publiques des plénipotentiaires français , qui faisaient imprimer des lettres ameres et injurieuses l'un contre l'autre. De semblables divisions ne se faisaient pas remarquer parmi les Impériaux à Munster ; le comte de Nassau et le docteur "Wolmar restèrent fidèles à leur ancienne intimité ; mais chez eux le second plénipotentiaire était aussi l'ame de l'ambassade, et visait aux ruses, comme Servien et Salvius.

« L'humeur naturelle des chefs de ces trois ambassades était donc peu

(iropre à frayer les premiers pas vers a paix, et les inimitiés personnelles venaient encore embrouiller une négociation assez embrouillée par ellemême.

« Grâce aux difficultés qui s'étaient élevées à Munster, et aux inimitiés personnelles des plénipotentiaires , les négociations , après une année de durée , n'étaient encore qu'un chaos , qui devenait de jour en jour plus inextricable. Enfin , arriva la nouvelle que la cour impériale envoyait au congres un nouveau plénipotentiaire, le comte

Maximilien de Trautmansdorf. Un rayon d'espoir vint luire aussitôt sur la malheureuse Allemagne.

« Ce ministre jouissait par-dessus tous ses collègues d'une grande considération dans les états d'Autriche, et de la confiance entière de sa cour. Après avoir employé sa jeunesse à l'étude des sciences et h la pratique des plus nobles vertus , et au perfectionnement de sa raison par le commerce des hommes et de nombreux voyages , il avait consacré au service militaire les premières années de l'âge viril; car, sans ces études, sans ces travaux de la jeunesse, la capacité active de l'homme ne se développejamais complètement; de même que l'homme d'état n'arrive jamais à un degré remarquable en politique sans la connaissance de l'art de la guerre.

Les Tautmansdorf s'étaient montrés de tout temps vaillants dans les combats; quatorze d'entre eux tombèrent sur le champ de bataille, où ils aidèrent Rodolphe de Habsbourg à remporter une sanglante victoire sur Ottakar de Bohême; et de dix-huit membres de sa famille qui se trouvaient à la bataille de Muhldorf , seize périrent sur la place sans avoir pu préserver leur infortuné chef, Frédéric-le-Beau d'Autriche , de cette captivité à laquelle sa noble générosité donna une si longue durée.

« Parvenu à l'âge de maturité , riche de connaissances en tous genres , Trautmansdorf entra dans la carrière des affaires publiques. Sous le bizarre empereur Rodolphe, qui oubliait la politique pour rechercher les secrets de ta nature, et sous Matthias , qui , fier et haineux, nommait sa stérile activité, en la comparant à la lâche indolence de son prédécesseur, humeur entreprenante et hardie, Trautmansdorf traita les affaires les plus importantes, à la satisfaction de ces deux souverains. Tous les deux, quelque différents que fussent d'ailleurs leurs caractères, voyaient débrouiller et régler par ses grands talents ou sa grande sagesse ce qui n'était pour eux qu'incertain ou inconnu. Mais ce ne fut que sous Ferdinand II , sous cet empereur labo-

SUEDE

rieux, instruit et véritablement souverain , que brillèrent dans tout leur éclat la capacité, la prudence dans les affaires , I universalité de connaissances, la fidélité de Trautroansdorf; et l'époque de la guerre de trente ans n'exigeait rien moins que le développement des plus grandes vertus comme des plus grands talents. Ferdinand, oui était si zélé pour la religion catholique, donna son entière confiance à Ïrautmansdorf , quoique celui-ci, élevé dans la doctrine évangeiique, et devenu ensuite catholique, ne nlt vu qu'avec une certaine méfiance de la part des catholiques.

a L'empereur, en mourant, ne crut pas pouvoir faire de présent plus précieux à Ferdinand III , son fils , que de lui laisser un conseiller aussi habile et aussi dévoué.

« A la paix de Prague (le 20 mai 1635), ïrautmansdorf avait réconcilié les cours de Vienne et de Saxe , service essentiel rendu au chef des évangéliques. Il arracha au zèle des catholiques et des jésuites un article d'après lequel les v protestants devaient rester, au inoins pendant un certain temps, en possession des biens ecclésiastiques. Il montra autant de calme pour le zèle de ceux de sj croyance qui lui reprochaient la paix de Prague , que pour les protestants, qui la reprochaient à la cour de Saxe. Les gens impartiaux étaient d'accord- sur ce point, que Trautmansdorf pouvait seul en ce moment rapprocher les deux partis , et les amener à une espèce de réconciliation. Aussi apprirent-ils avec un vif sentiment de reconnaissance qu'il n'avait pas craint de s'éloigner de rempereur, quoiqu'il fût convaincu que les Espagnols et leurs partisans allaient employer tous leurs efforts, pendant son absence, pour lui faire perdre la confiance de son maître. Un noble sentiment de ses forces lui persuadait qu'il était indispensable a Ferdinand ; mais son ame indépendante pouvait aisément se détacher de la cour et de ses faveurs.

« Lorsqu'il fut sur le point de partir pour le congrès , il reçut des pouvoirs beaucoup plus étendus que les

plénipotentiaires de sa cour qui y travaillaient depuis un an sans résultat. L'empereur lui adressa ses volontés secrètes écrites de sa propre main.

Il est naturel de croire que le chef de l'empire désirait attirer à lui de nouveau les membres de l'empire , et les réunir en un même corps, afin que, tous ensemble, ils pussent s'opposer aux Français et aux Suédois , et chasser de l'Allemagne ces insolents étrangers ; car pendant sa route Trautmansdorf fit répandre le bruit qu'il était chargé de pacifier tous les états de l'empire, et d'opérer au plustôt leur réconciliation et leur réunion avec l'empereur, s'ils n'avaient pas perdu tout sentiment d'amour national.

« On attendait avec la plus vive impatience au congrès l'arrivée de ce nouveau plénipotentiaire ; enfin , Tavantdernier jour de novembre, on annonça tout à coup que Trautmansdorf était à Munster. Il y était entré, en effet, sans aucun cérémonial , pour éviter de tomber dans les discussions de préséance qui avaient jusqu'ici troublé les négociations. Mais son arrivée était à peine connue que les plénipotentiaires français lui firent demander s'il leur rendrait leur visite immédiatement après celle qu'il ferait au nonce. Il hésita un instant, car il connaissait toute la jalousie qui régnait entre les Français et les Espagnols relativement à la préséance. Enfin , il répondit par l'affirmative, et ajouta, en riant, qu'il était juste de visiter d'abord les amis , ensuite les indifférents, et puis les ennemis. Les Français observèrent avec soin le moment où le nonce lui fit sa visite; et, aussitôt après son départ, ils se présentèrent solennellement dans neuf voitures pour faire la leur. Le plénipotentiaire impérial rendit, à la vérité, cette visite immédiatement après avoir rendu celle du nonce, niais il avait déjà visité les plénipotentiaires d'Espagne, comme amis et servant la même maison que lui, et les Français en parurent satisfaits.

« Les diplomates eurent de la peine à se rendre compte de la sensation que leur causa Trautmansdorf. Une grande

L'UNIVERS

taille sans être bien fait , des yeux enfoncés , un nez retroussé , un visage ombragé par une affreuse perruque , excitèrent d'abord le sourire ? surtout des Français; mais sa gravité naturelle , fortifiée par ce que pouvait y ajouter un âge de plus de soixante ans, et sa suite magnifique , composée de nombreux chevaliers allemands , firent bientôt cesser cette première disposition. Lorsqu'il commençait à prier, le charme ae ses paroles excitait l'admiration. L'art avec lequel il discutait les affaires les plus importantes , la profondeur de son jugement, étonnaient également. Une affaire était à peine commencée qu'il la poursuivait sans relâche jusqu'à ce qu'elle fût terminée ; et dès qu on eut entamé la question relative a la réunion des états d'Allemagne avec l'empereur, il ne permit plus qu'on l'abandonnât jusqu'à sa solution. Les préséances faisaientelles craindre de vives contestations, personne ne trouvait mauvais que Trautmansdorf dédaignât un vain cérémonial. Il était franc et ouvert, sans cependant jamais sortir des limites de la sagesse. Les envoyés des états prirent bientôt en lui une confiance entière , et les plénipotentiaires français eux-mêmes partagèrent l'opinion générale, que son arrivée devait amener la conclusion de la paix , et rendre enfin le repos à l'Allemagne. »

Quelque temps avant Trautmansdorf, on avait vu arriver à Munster le duc de Longueville, qui , par l'élévation de son rang, était destiné à main* tenir l'harmonie entre d'Avaux et Servien , mais qui ne fit que soulever de nouvelles difficultés , en insistant fortement sur ses prétentions au titre iï altesse, qui lui était dû , disait-il , en sa qualité de prince du sang, et que cependant les Impériaux et les Espagnols s'obstinèrent à lui refuser.

Nous laisserons de côté ces discussions puériles et ridicules , pour indiquer rapidement les questions les plus importantes qui se présentèrent à examiner. La première était la question de savoir qui devait assister aux conférences , et de quelle manière les

voix seraient comptées. L'Autriche prétendait, ce qui pouvait être vrai dans des temps ordinaires, que les membres de l'empire n'avaient point à s'immiscer dans les négociations avec des puissances étrangères, et que l'ambassadeur de l'empereur les représentait tous ; mais on abandonna bientôt cette prétention insoutenable dans les circonstances présentes, et contraires même aux intérêts de l'Autriche, puisque éliminer les envoyés des princes de l'empire, c'était accroître l'influence des Suédois et de la France. On convint enfin que les membres de l'empire voteraient en trois sections (curise) , et que dans certains cas on formerait des commissions. Une autre question préjudicielle, c'était celle de savoir si Ton s'occuperait d'abord de la paix dans l'empire, ou de ses relations avec les puissances étrangères.

Les patriotes allemands demandèrent naturellement qu'on s'occupât avant tout du premier point , mais ne purent obtenir une décision formelle à cet égard. La politique extérieure prédomina pendant presque toute la durée du congrès.

On perdit beaucoup de temps en tâtonnements ; car personne ne voulait faire de propositions, dans la crainte de demandertrop peu. Enfin, en juin 1645, on apprit avec une joie qui fut universelle , que la France et la Suède avaient fait des propositions sérieuses. Mais quelle fut l'indignation générale, lorsqu'on sut en quoi elles consistaient!

A côté de conditions qui pouvaient être fortement contestées, comme, par exemple, l'amnistie générale sans aucune exception, le rétablissement du statu auo ante hélium* la réforme de l'empire à peu près dans le sens de Chemnitz (*) , la Suède ne demandait que la Silésie, la Poméranie , presque toutes les villes importantes sur la Baltique, et 20 millions d'écusl

Îuant à la France, elle se contentait acquérir Mets, Tout, Verdun, la Lorraine, l'Alsace, l'Artois, la Flandre, leRoussillon, la Catalogue, et

(*) Yeyee p. tM et 139.

StJÈDE.

ui

des avantages en Italie, Encore l'une et l'autre se réservaient-elles expressément le droit de présenter d'autres deinandesdans le courant des négociations.

Les Impériaux répondirent que les Suédois, pour prix de leur intervention désintéressée , demandaient deux fois plus que toute la Suède ne valait, et que le coeur royal de Louis XIII , qui Pavait porté a se faire le protecteur de la liberté germanique, devait être vivement affligé de voir qu'on cherchât ainsi à démembrer l'empire. Pour peu, ajoutaient-ils , qu'on vienne encore une fois du Sud et du Nord pour nous protéger, il ne restera bientôt plus rien au centre de l'Allemagne. La Suède répondit qu'elle ne demandait la Silésie que pour pouvoir prêter un secours efficace à l'Allemagne contre les Turcs ; les Français déclarèrent qu'ils ne réclamaient toutes les places nommées plus haut que par pur désintéressement , et uu'ils ne voulaient les occuper que pour être plus à portée de secourir l'Allemagne . Ces prétentions exagérées eurent l'effet qu'elles devaient avoir : presque tous les Allemands se rattachaient à la maison d'Autriche.

* Nous devons représenter à Votre Excellence, écrivaient d'Avauxet Servien au cardinal Mazarin , que l'inclination des princes allemands est trèsdifférente de celle des princes italiens. Ceux-ci , pleins de prévoyance et bien conseillés , approuvent et désirent tout ce qui peut contribuer à les rendre indépendants ; en conséquence , ils se réjouissent beaucoup que la France conserve quelques places en Italie pour leur tendre la main en cas de besoin. Les princes allemands, au contraire, sont mus surtout par l'amour delà patrie: ils ne peuvent consentir à ce que les étrangers morcellent l'empire, et ils préfèrent, par une politique digne du climat, l'existence d'un corps politique dont ils sont membres , aux avantages que chacun d'eux pourrait retirer de la division de l'Allemagne. En un mot, ils désirent bien d être rétablis dans leurs anciens droits, et que l'autorité de l'empereur soit restreinte par les constitutions, mais ils ne veulent pas

obtenir ce bienfait au prix d'une séparation des divers états de l'empire, ni aue des princes étrangers , sous pré* texte de mieux les aider par la suite, s'agrandissent à leurs dépens. Nous ne négligerons pas de leur faire comprendre dans l'occasion, que, dans l'intérêt de leur propre conservation , ils devraient adopter une tout autre maxime ; mais il sera difficile de leur persuader ce que nous désirons, ni d'empêcher qulls ne préfèrent au fond nous voir rendre toutes nos conquêtes que de nous les voir conserver. »

Telle était la situation des affaires quand Trautmansdorf , pour réunir les Allemands, lit quelques concessions aux protestants; mais à peine en euton connaissance, que, dans leur zèle catholique, les ambassadeurs du pape et des Espagnols, et même. ceux des Français, poussèrent des cris d'indignation. Mazarin, qui avait pour principe qu'on doit cacher ses intentions quand on veut atteindre un but, avait intérêt à retarder la paix , puisque par là il détournait 1 attention des Français de l'état malheureux de leur patrie. D'Avaux, qui voulait passer pour un homme religieux , conseilla de faire durer les dissensions religieuses en Allemagne, afin d'avoir toujours un prétexte d'intervenir et de conquérir. Toutefois , ils s'aperçurent qu'ils avaient mal pris leurs mesures, et qu'ils avaient excité le mécontentement non seulement des Allemands, mats aussi des Suédois , par la brus-

3uerie de leurs prétentions. On revint onc au système que Richelieu, ou plutôt le P. Joseph , avait déjà pratiqué avec tant de succès en Allemagne , c'est-à-dire à corrompre les ministres des petits états, et l'on y parvint si bien, que l'Autriche perdit, en peu de temps , tous ses avantages.

Ils trouvèrent du reste le prince prévoyant et bien conseillé qui devait entrer dans leurs vues pour faire réussir les siennes. Ce fut le digne Maximilien de Bavière qui, par l'entremise du nonce Bagni , révéla les plans de l'empereur à Mazarin. En même temps qu'il obsédait l'empereur pour l'enga-

L'UNIVERS

ger à ne céder sur aucun point aux protestants et aux Suédois, il négociait avec la France rechange du Païatinat contre une partie des états héréditaires de l'Autriche.

Dès lors la question de savoir si la France et la Suède seraient indemnisées aux frais de l'Allemagne fut bientôt abandonnée, et il ne s'agit plus que de décider comment elles le seraient. Les Suédois étaient d'avis que l'on devait séculariser les évêchés, afin de rendre par là les princes plus

Ïmissants, en enlevant à l'influence de 'empereur la nomination aux prébendes; d'autres présentaient d'autres plans ; mais , en définitive , les possesseurs des provinces frontières eurent à supporter la plus grande partie des pertes , et l'on convint peu à peu des places et des provinces qui seraient cédées définitivement à la France et à la Suède, au pouvoir desquelles elles étaient alors presque toutes. Nous n'avons point a nous occuper ici des acquisitions que la France fit à cette époque , nous dirons seulement quelles furent celles de la Suède.

« La satisfaction de la Suède est déterminée par l'article X de la paix d'Osnabruck , où Ton cède à la Suède :

1* La Poméranie citérieure avec une partie de l'ultérieure, nommément la ville de Stettin et celles de Gartz, Dam, Golnau, situées sur les deux rives de l'Oder vers son embouchure, avec l'Ile de Wolin et les droits que les ducs de la Poméranie citérieure avaient exercés sur lechapitrede Gamin, ainsi que le droit de laisser éteindre les canonicats de cet évéché. La Suède a renoncé à ce dernier droit par une convention conclue, en 1635, à Stettin, avec la maison de Brandebourg;

2# L'expectative de toute la Poméranie et de l'évéché de Gamin, à l'extinction des mâles de la maison de Brandebourg;

3° L'île de Rûgen à titre de princi- . pauté;

4° La ville et le port de Wismar, sous le titre de seigneurie, avec les bailliages mecklembourgeois de Pœlet de Neukloster;

5° L'archevêché de Bremen , sous le titre de duché, et l'évéché de Verden, sous le titre de principauté. Les Suédois avaient enlevé le premier à Frédéric, prince de Danemark, fils de Christian IV, et l'autre à un bâtard de Bavière. Ce fut, au reste, pendant les négociations de Munster , qu'on se servit pour la première fois du mot de séculariser; tes ministres de France en enrichirent la langue. Ils ne se montrèrent pourtant pas favorables aux sécularisations. Quant à la ville de Bremen , elle conserva ses droits et son immédiateté.

« Tous ces états furent concédés à la Suède à titre de fiefs perpétuels et immédiats, et en qualité d'états d'empire, avec la triple voix et séance à la diète pour Bremen , Verden et la Poméranie. On lui accorda pour ces états le privilège de non appellando , à condition qu'elle érigerait une cour souveraine en empire, où les autres causes seraient décidées en dernier ressort. Cette cour fut établie à Wismar. On accorda aussi à la Suède le privilège d'opter entre le conseil aulique et la chambre impériale, lorsqu'elle serait actionnée en justice pour ses possessions en Allemagne. Enfin , on lui donna le droit d'ériger une université où elle le jugerait à propos. Cette université fut fixée à Greifswald , dans la Poméranie citérieure (*). »

Enfin les Suédois , après de longues négociations , peu honorables pour les uns comme pour les autres , obtinrent la somme de cinq millions d'écus à titre de paie arriérée de leurs troupes, et le tout fut signé le 16 mars 1648. Une

Suestion fort importante qu'on agita ans les derniers temps fut celle de savoir si les deux états devaient entrer, en vertu de leurs acquisitions, dans les assemblées de l'empire , ou si on devait regarder les provinces cédées à ces deux royaumes comme définitivement aliénées de l'empire. La France se prononça d'abord pour la première alternative , mais finit par se décider pour la dernière. La Suède, au con-

(*) Sommaire du traité de Wertphalie.

SUEDE

traire, opta sans hésitation pour la première. Est-ce à cette circonstance qu'il faut assigner la singulière destinée de ses conquêtes? La France a conservé toutes les siennes, tandis que la Suède n'en possède plus aucune.

« Par la paix de Stockholm , en 1 719, elle céda au roi d'Angleterre, comme électeur d'Hanovre, les duchés de Breroen et de Verden. Par le traité de Stockholm, en 1730, elle abandonna au roi de Prusse la ville de Stettin avec la Poméranie située sur l'Oder et entre l'Oder et la Peene. Elle céda la ville de Wismar au ducdeMecklembourg-Schwerin , pour une somme de douze cent mille écus de banque, en vertu d'une convention signée en 1803.

Enfin, elle a abandonné au Danemark , après la paix de Kiel ( en 1 &i 4), ce qui lui restait de la Poméranie , ainsi que l'Ile de Rûgen, contre la Norwege. Cet arrangement éprouva néanmoins un changement pendant le congrès de Vienne Le roi de Danemark renonça aux droits qu'il avait sur la Poméranie en vertu du traité de Kiel. La Suède céda enfin ce pays à la Prusse, moyennant une somme d'argent (*). »

Le tableau delà guerre de trente ans, et de ses résultats immédiats , serait incomplet, si , après avoir retracé les principaux événements qui la signalèrent , nous n'ajoutions pas quelques mots sur l'état des mœurs dans les armées et chez tous ceux qui étaient en rapport avec elles. On suppléera agréablement à ce que notre exposé aura d'incomplet, en relisant le camp de Waldstein, la première partie de cette admirable trilogie que le génie de Schiller a consacrée à Waldstein (**).

(*) Sommaire du traité de Westphalie.

(**) Nous croyons faire plaisir à nos lecteurs en transcrivant ici le jugement de madame de Staël sur l'ouvrage auquel nous les renvoyons :

« Le camp de Waldstein représente les effets de la guerre sur la masse du peuple et de l'armée. . . J'ai vu jouer ce prologue : ou se croyait au milieu d'une armée, et d'une armée de partisans bien

lu* Livraison. (Suède.)

De tous les capitaines qne la guerre de trente ans mit en évidence, Guetave-Adolphe fut le seul qui maintint dans son armée l'ordre et la discipline ; et toutefois, dès la seconde année de la campagne , il se vit forcé de recourir à une sévérité cruelle, pour prévenir le désordre qui, après sa mort, devint aussi commun dans l'armée suédoise que dans toutes les autres.

U ne faut pas s'en étonner : toutes les armées de cette époque étaient uniquement composées de soldats mercenaires, qui mettaient un prix trèsélevé à leurs services; et comme souvent les événements de la guerre rendaient impossible le paiement exact de leur solde, ils se croyaient autorisés à commettre des excès de tout genre*

5 lus vive et bien moins" disciplinée que es troupes réglées. Les paysans, les recrues , les vivandières , les soldais, tout concourait à l'effet de ce spectacle; l'impression qu'il produit est si guerrière, que lorsoa'on le donna sur le théâtre de Berlin devant des officiers qui partaient pour l'armée , des cris d'enthousiasme se firent entendre de toutes parts. Il faut une imagination bien puissante dans un homme de lettres pour se figurer ainsi la vie des camps , l'indépendance , la vie turbulente excitée par le danger même. L'homme dégagé de tons ses liens, sans regret et sans prévoyance, fait des années un jour, et des jours un instant; il joue tout ce qu'il possède, obéit an hasard sous la forme de son général : la mort toujours présente le délivre gaiement de» soucis de la vie. Rien n'est plus original » dans le camp de Waldstein, que l'arrivée d'un capucin, au milieu de la bande tumultueuse des soldats , qui croient défendre la cause du catholicisme. Le capucin leur prêche la modération et la justice dans un langage plein de quolibets et decalemhonrgs» et qui ne diffère de celui des camps que par la recherche et l'usage de quelques paroles latines. L'éloquence bizarre et soldatesque du prêtre, la religion rode et grossière de ceux qui l'écoulent , tout cela présente un spectacle de confusion très-remarquable. L'état social en fermentation montre l'homme sons un singulier aspect ; ce qu'il a de sauvage réparait , et les restes de la civilisation errent comme un vaisseau brisé sur les vagues agitées. »

L'UNIVERS

Souvent aussi les généraux favorisaient les exactions des soldats , afin d'attirer auprès d'eux Jes hommes qui ne voyaient que ce seul but dans le métier des armes. Ce fut le principal mobile employé par Waldstem. Son armée était encombrée de chariots remplis d'objets provenant du pillage ; et un auteur assure que dans son camp devant Nuremberg, il n'y avait pas moins de 15,000 femmes. 'On sait d'ailleurs quelles richesses énormes il avait amassees.

• Les autres généraux suivaient son exemple; ainsi Altrinser, indépendamment de l'or, de F argent et des pierres précieuses dont il s'était emparé, avait déposé huit cent mille écus dans les banques de Gènes et de Venise. L'officier qui avait obtenu une terre en dotation , ou qui se l'était arrogée, se considérait comme souverain et au-dessus des lois : il ne pavait aucun impôt, et exigeait des paysans tout ce que lui suggérait so/i bon plaisir. Il est inutile d'ajouter qu'au milieu d'un pareil désordre, les qisettes étaient fréquentes , car on brûlait ou Ton détruisait tout ce qui nepou- \ait être immédiatement consommé.

En 1630 , on fit du pain en Silésie avec des racines et des écorces d'arbre.

Le nombre de ceux qui moururent de faim rut si considérable, qu'on vit des parents tuer leurs enfants pour diminuer le nombre des consommateurs. A Brisach, pendant le siège de 1639, on donna un florin pour une souris , et jusqu'à sept florins pour un quartier 4e chien. Des enfants furent volés et tués pour être mangés. Les cadavres de ceux qui mouraient dans les prisons étaient déchirés et dévorés par leurs compagnons d'infortune. Dans plusieurs provinces pn enleva les cadavres jetés à Ja .voirie ou suspendus à la potence. Il fallait placer des sentinelles dans les cimetières pour empêcher que les morts ne fussent déterrés et mangés. II se forma des bandes qui chassaient les hommes comme la néte fauve; et l'on surprit dans les environs de Worms des malheureux qui, après une pareille chasse s'étaient

accroupis autour d'un chaudron dans lequel on trouva des bras , des mains et des jambes d'hommes qu'ils faisaient bouillir.

On conçoit facilement que d'affreuses épidémies durent éclater très-souvent : des armées entières périrent sans avoir vu l'ennemi ; et ces fléaux , au lieu de ramener les esprits à la modération et à la vertu, ne servaient qu'à augmenter la démoralisation générale.

Pour les malheureux habitants de l'Allemagne, il était assez indifférent que ce fut une armée amie ou ennemie qui traversât leurs propriétés, car ils étaient sûrs de ne trouver qu'un désert après le départ des troupes. Les Croates furent, de tous les corps de l'armée impériale, celui qui commit les atrocités les plus révoltantes. Il faut, convenir aussi , pour être juste, que les soldats suédois , sous Bernard et sous Banner, se portèrent à des extrémités dont heureusement on n'a plus d'idée aujourd'hui.

Dans les dernières années de la guerre, ce fut surtout des excès commis par les armées, françaises qu'on eut généralement à se plaindre. En 1642, on vit le corps de Guébriant se dissoudre entièrement en petites bandes qui pillaient , incendiaient et tuaient tout ce qui se présentent sur leur passage. Quand on les menaçait « dit un auteur allemand contemporain , de la sévérité de leur roi ou de leur reine, ils s'écartaient dans leurs réponses du respect que tout sujet doit a son gracieux souverain. « Les cho- « ses, disaient -ils, se passent ainsi « même en France.» Les ordonnances rendues à cette époque ne témoignent que trop de cette démoralisation de l'armée française. Pour empêcher les troupes de se débander, on se vit contraint de placer des piquets de cavalerie autour des camps , et l'ordonnance qui prescrit cette mesure prouve que les officiers ne désertaient pas moins que les soldats.

L'appauvrissement des villes et des campagnes dépassa de bien loin tout ce qu'on a pu voir dans les guerres qui

fait éii lied de nos jours; de* tillagéé

qui comptaient 400 habitants avant la

Suerre , n'en comptaient pins que SO ans les dernierà temps , et Ton vendit 70 florins des terres dui en avaient valu £000. H ne resta dans la Hesse ûu'ùn quart de la population; celle o'Àugsbourg tomba de 80,000 habitants à 18,000. 11 n'était plus question d'écoles ni de professeurs ; deS curés se virent forcés de se faire cordonniers ou musiciens ambulants pour ne pas mourir de faim. D'un autre côté , le système de spoliation adopté par Mun> mius , en Grèce , tut, pour la première fois, appliqué dans l'Europe chrétienne; la bibliothèque d'Heidelberg fut envoyée à Rome , et les Suédois firent passer la Baltique à d'autres trésors de ce genre.

La Bavière fut l'un des pays qui eurent le plus à souffrir dans la dernière période de la guerre : dans la seule année 1646 , les Français y incendièrent plus de cent villages. Lorsque le pays eut été piHé , dévasté et dépeuple au point que des bandes de loups le parcouraient librement en tout Sens, Maximilien , leprincipal auteur de la guerre, dit qu'il s en consolait, en songeant

2u'il avait combattu pour la cause de h'eu , qu'il n'y avait plus d'hérétigues dans son duché, et que la foi y était entièrement épurée. Malgré l'assurance de cette réponse, il jeûnait, se macérait . et se mortifiait sans cesse pour se délivrer des angoisses dont la sagesse éternelle ne manque jamais d'obséder les âmes superstitieuses. Les crânes de saintCosmeetde saint Damien, qui furent envoyés de Brème à Munich , lui parurent un ample dédommagement de la misère qui accablait ses états; et t>our apporter remède à la démoralisation qui avait pénétré dans tous les rangs de la société, il força le peuple à aller à l'église', à porter des rosaires bénits , etc. La danse, les jeux et toutes les réjouissances furent sévèrement interdits. Défense inutile ! car la tristesse et le dégoût de la vie étaient parvenus à ce point, que Maximilien fit publier tin ordre par lequel il enjoignait aux hommes mariés de ne pas s'abstenir

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des plaisirt du mariage. D'après tout oe qui précède, on ne s'étonnera pas de voir que les malheurs de la guerre n'aient jamais empêché le pieux électeur de faire rechercher les livres défendus, taudis que, d'un autre côté, dans l'armée de la ligue, les soldats assuraient qu'il était fort salutaire de réciter tous les matins l'alphabet où étaient contenues toutes les prières»

entre lesquelles Dieu n'avait qu'à choisir. L'état général de la religion est assez bien caractérisé par le distique suivant de Logau, poète allemand de cette époque : Toi oien vu des luthériens, des papistes et des calvinistes, mais pour des chrétiens je ne sais pas où il s9en trouve! (*)

Tels étaient lçs résultats d'une guerre entreprise sous le prétexte de défendre la religion 1

Il est temps désormais de rentrer en Suède, dont la guerre de trente ans nous a tenus si long-temps éloignés.

Lorsque la nouvelle de la mort de Gustave s'y répandit, partout l'expression de la douleur la plus vraie et la plus profonde s'y fit entendre. Plus les succès obtenus par le héros suédois avaient inspiré ae confiance, plus ce revers inattendu parut irréparable.

Toutefois on ne perdit point courage, et toutes les dispositions nécessaires furent faites, comme nous l'avons déjà dit, avec autant de promptitude que de sagesse. Pour écarter les prétentions de Sigismond, roi de Pologne, on avait, du vivant de Gustave, reconnu sa fille unique Christine, héritière de la couronne; on la reconnut alors comme reine , à la condition qu'elle confirmerait à sa majorité tous les droits et toutes les libertés du peuple. La tutelle fut confiée aux cinq grands officiers de la couronne, le chancelier Axel Oxenstierna . le drossart Gabriel Oxenstierna (frère puîné du chancelier ), le maréchal de la Gar-

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