‹ Suède et NorwégeChapitre 9 sur 60 · IIS · texte numérisé non relu

IIS

« qui est cause qu'il a été Jong-temps « par le chemin, ce qu'il m'a fait sa- « voir par lui et la résolution arrêtée « du duc de Friediand à se déclarer « présentement , de quoi il a cette cer- « titude qu'il me prie eteonjurede n'en « entrer dans aucun doute et de faire « en sorte que le chancelier, vers lequel « il a aussi envoyé, y ajoute la même « foi : l'excuse qu'il me donne au man- « quement de 1 année passée, est que « ledit duc n'ayant pu s'assurer de « tous les officiers de son armée , n'a- « voit osé passer outre, de crainte d'en « être abandonné; que pour maintenant « il me peut assurer cette difficulté « levée, ayant été présent, lorsque le « dit duc de Friediand a reçu serment « de chaque officier en particulier de « servir sous son nom envers tous et « contre tous, ce qu'il leur a fait signer « à tous , et particulièrement à Galas, « lequel s'est fait fort pour Altinguer « comme ayant pouvoir de lui. Pico- « lomini a tait le semblable, et le reste « des officiers jusqu'au moindre, à quoi a il a ajouté pour plus grande sûreté « cent cornettes de cavalerie qu'il a « fait lever sous son nom et autant de « compagnies de gens de pied compo- « sées de trois cents hommes. Tout cela « ne se pouvant faire sans être su , les « officiers de l'empereur en ayant avis, « sans prendre la peine de l'aller voir a et de s'en informer plus particulier « rement de lui , se sont retirés vers a l'empereur, auquel ils ont porté la a couronne de Bohême , de quoi en « ayant été averti , il répondit qu'il « lui suffisoit qu'ils ne pouvoient faire « le semblable du royaume, et qu'il « auroit assez d'or et de pierreries « pour en pouvoir faire une pareille.

« Ce qu il promet faire aussitôt le « traité arrêté avec celui que j'y en- « verrai , et de se déclarer dès le len- « demain ouvertement en se faisant « proclamer roi de Bohême , et en « porter la nouvelle lui-même à l'em- « pereur, et le suivre en quelque lieu « qu'il se retire, fût-ce jusque dans « les enfers; ajoutante cela plusieurs « discours d'un homme qui veut faire « croire une haine irréconciliable contre

« une maison qui, après tant de bons « services, cherchoit tous les moyens « de le perdre, même par le poison et « les assassins. Voilà en quoi consiste « la créance du porteur de la lettre « dont je vous envoie copie.

a Sur ce second avis, j'ai incontia nent fait partir le sieur de la Boderie « avec le gentilhomme qui a apporté « son passeport, et lui ai donne les « pouvoirs nécessaires pour conclure a te traité, avec une très-ample instruc- « tion de laquelle je vous envoie co- « pie. Une des raisons qui m'a le plus « obligé à le faire partir sans délai a « été pour. prévenir celui que je sais « que le chancelier y doit envoyer; de « crainte que, par l'accord qu'ils fe- « roient ensemble, il ne se passât « quelque chose au préjudice de Sa « Majesté, et particulièrement de la re- « ligion, à quoi je suis assuré qu'ils « n'oublieront rien de tout ce qu'ils .« lui pourront faire contre.

« En même temps, sans faire sem- « blant que le comte de Kinski eut « envoyé vers le chancelier, j'ai jugé « à propos de lui envoyer mon secre- « taire avec lettres de créance, et « une instruction dont je vous envoie « copie, v

Mais lorsque Feuquières écrivait cette lettre, le dénoûment du drame avait déjà eu lieu. La négociation avait duré trop long-temps, et trop de personnes y avaient pris part, pour qu'on n'en eût pas quelque soupçon à vienne. Waldstein, bien loin de rassurer l'empereur par des assurances de soumission, crut devoir l'intimider par des menaces contre les jésuites et les courtisans. Ses ennemis, qui étaient nombreux à Vienne, ne manquèrent pas d'en tirer parti auprès de rempereur,qui résolut enfin défaire surveiller son général de plus près. Il fui dépêcha donc Questemberg pour lui persuader d'éloigner l'armée des états héréditaires de la maison d'Autriche.

En même temps le P. Chiroga lut chargé d'annoncer à Waldstein combien l'empereur était désolé que la Soutte et le mauvais état de la santé u duc de Friediand ne permissent pas

à ce général d'agir avec assez d'activité; il lui représenta qu'il ferait mieux de renoncer au commandement et de se retirer alors que sa réputation était dans tout son éclat, que de risquer de la perdre par l'inaction forcée à laquelle sa santé le condamnait: qu'il ne devait point regarder cette démarche comme la preuve d'une disgrâce, et qu'il pouvait être assuré qu'on ne lui donnerait pour successeur que le roi de Hongrie , fils aîné de l'empereur , auquel il pouvait céder le commandement sans deshonneur.

Bien que ces insinuations fussent enveloppées de paroles douces et flatteuses, Waldstein répondit brièvement que l'empereur n'avait qu'à donner ses ordres, qu'il obéirait; mais qu'il espérait que Sa Majesté songerait à remplir les conditions du traité d'après lequel il s'était chargé d'organiser l'armée. On commença . en met , à entrer en négociation a cet égard; mais en attendant on intrigua des deux côtés pour gagner l'armée. Le 1 1 janvier 1634; Waldstein assembla ses colonels à Pilsen et leur proposa les questions suivantes : l* Peut-on détacher 6,000 chevaux de l'armée pour les envoyer au secours des Espagnols?

2° Peut-on prendre ses quartiers d'hiver autre part que dans les états héréditaires? 3° Peut-on s'emparer de Ratisbonne en hiver ? Tous répondirent négativement à ces diverses questions.

Cependant plusieurs officiers profitant de l'assemblée pour exposer leurs griefs et leurs plaintes, Illo entreprit, avec la plus grande véhémence, la justification du duc, et accusa les conseillers impériaux, les jésuites, les Espagnols et d'autres encore, de ne songer qu'à renverser Waldstein , de retenir la solde de l'armée , de s'opposer à la paix contre l'avis du général , etc., etc. Échauffés par ces discours , les colonels assemblés prièrent Waldstein avec instance de ne pas abandonner le commandement, comme il avait annoncé vouloir le faire, et il consentit à rester à la tête de l'armée ; mais il exigea que de leur côté les généraux s'engageassent à lui rester fidèles. En

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conséquence, le 12 janvier, on fit rédiger, lire et approuver un document d'après lequel les officiers promettaient, sous la foi du serment, de ne jamais se séparer de Waldstein et de verser jusqu'à la dernière goutte de leur sang pour le maintenir à la tête de l'armée. Cet engagement , aux termes de l'un des articles, devait avoir force et effet, tant que Waldstein resterait au service de l'empereur et qu'il emploierait l'armée dans les intérêts de S. M.

Tous ceux qui avaient pris part à cet acte furent réunis dans un festin par le maréchal Illo, et au moment où l'on allait se lever de table, l'acte, qui pendant ce temps avait été mis au net , fut présenté aux convives pour être signé. Déjà plusieurs officiers avaient apposé leur signature, quand on s'aperçut que la clause relative au service de 1 empereur ne s'y trouvait point. Une rixe violente s'ensuivit. Illo prétendit que cette clause n'était point nécessaire, attendu qu'au commencement de l'acte on avait fait mention du service de l'empereur.

Terzki traita de lâches et de parjures tous ceux qui ne se donneraient pas corps et ame à Friedland. Il était impossible de résister à des hommes ivres et exaltés, et quarante-deux colonels signèrent.

Waldstein ayant su ce qui s'était passé au banquet d'Illo, assembla de nouveau les colonels le lendemain , et leur répéta ses griefs. Après quelques discussions, on le pria d'oublier la scène de la veille, et tous l'assurèrent qu'ils étaient prêts à signer, ce qu'ils firent en effet sur-le-champ.

Sur la copie de la veille, plusieurs signatures étaient illisibles, soit que les signataires fussent ivres, soit u'ils eussent fait semblant de l'être.

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