‹ Suède et NorwégeChapitre 19 sur 60 · SIS · texte numérisé non relu

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tout tremblant, ne manqua pas de répondre affirmativement , comme à quelques autres questions semblables.) « Autre violai ion du droit territorial, « la capture d'un corsaire français « dans Vintérieur du port de Stralr « sund; mais on ne m'a rien rendu, « à moi ; ce n'est que pour ses amis «qu'on a ces petites attentions- là.

« Eh bien ! restez avec les Anglais ! « S'il faut en juger par le mal que « vous m'avez fait celte année-ci , «jamais vous ne fûtes plus amis des « Anglais que dans ce moment. — Oh !

«oh! c'est vous qui le dites; c'est « vous qui m'assurez que la Suède « aime mieux rester avec moi; mais « des preuves, vous dis-je, des preu- « ves l—A la bonne heure ! votre état, « à la suite d'une guerre malheu- ' « reuse, réclamait des ménagements.

• Eh bien ! j'en ai eu à mes dépéris, « comme une dupe, f ous m'avez en- «jôlé vous-même; vous avez eu l'a- « dresse de gagner la mauvaise sair « son; vous avez eu le temps de dé- « brouiller vos intérêts avec l'Angle- « terre. Est-il juste, s'il en existe en- « core contre la foi des engagements, « que j'en supporte la peine l fous «* avez eu le loisir de vous mettre en « état de défense; vous avez encore «Thiver devant vous; que risquez- « vous donc?— Oui, le commerce d'ex- «jyortation, c'est le cheval de bataille: « où, est-il donc ce pavillon neutre ? « Il n'y a plus de neutres : l'Angle- « terre n'en reconnaît point ; je ne « veux pas plus en reconnaître. — Le «sel! oui, le sel! on trouve moyen « d'avoir ce qui est nécessaire. Que «fltes-vous lorsqu'en 1801 vous étiez « en brouillerie ouverte avec l'Angle- « terre? — Souffrir! croyez-vous que «je ne souffre pas, moi? que ta « France, que Bordeaux, que la Hol- « lande, que l'Allemagne ne souffrent «pas? Mais voila précisément pour- « quoi il faut en finir. La paix mari- « time à tout prix! » (Ici l'empereur s'anima terriblement. ) « Oui, la Suéde « est la seule cause de la crise que «f éprouve. La Suède m'a fait plus « de mal que les cinq coalitions en-

« semble. Mais aujourd'hui, rendue à « ses communications avec le reste de « l'Europe, elle en profite pour faire « le commerce de l Angleterre. — Ah!

«Monsieur, du temps, toujours du « temps ! J'en ai trop perdu. Il vous a en fallait, dites-vous, pour entrer « sans trop de sacrifices dans le nou- « veau système; il m'en fallait aussL « ajoutez-vous , pour faire du bien a « la Suède. Eh bien! wai-je rien fait? « Écoutez : lorsque vous fîtes choix « du prince de Ponte-Corvo, ne ris- « quai-je lien en lui promettant d'ac- « cepter? N'ai-je pas été sur le point «de me brouiller avec la Russie?

« N'y a-t-on pas cru, n'y croit-on «pas peut-être encore, que vous de « votre côté, les Saxons et les Poloa nais de l'autre, soutenus par moi, « s' armer aient pour reconquérir leurs «provinces perdues? Les têtes ne « sont-elles pas , dans ce moment « même, fort électrisées en Pologne ?

« Qu'ai-jefaU alors ? J'ai laissé dire; «j'ai laissé circuler des bruits qui « pouvaient détacher la Russie de « mon système: ce n'est que mainte- «nant que, mus en plus détrompé « sur la politique suédoise, j'ai dû «prendre un parti. Je ne vous le « cacherai point, je viens de renvoyer «M. de CzernicTieff en Russie; je « l'ai instruit de la déclaration que «je vous fais aujourd'hui ; j'engage «fortement l'empereur Alexandre de «faire la même démarche de son « côté. Choisissez ! des coups de ca- « non aux Anglais qui s'approchent « de vos côtes et la confiscation de « leurs marchandises en Suède, ou la « guerre avec la France! Je ne puis « vous faire grand mal : j'occupe la « Poméranie, et vous ne vous en sou- « ciez pas trop ; mais je puis vous «faire attaquer par les Russes, par « les Danois ; je puis confisquer tous « vos bâtiments sur le continent; et «je le fer ai, si dans quinze jours vous a n'êtes pas en état de guerre avec a l'Angleterre. — Oui, vous avez rai" « son, il faut compter l'allée et le re- « tour du courrier, et quelque chose « déplus.— Eh bien! je vous ordonne,

• M. de Caâore, d'expédier m cour- « rier sur-le-champ. Je vous engage,

• M. le baron, cTen faire autant. Si

• cinq jours après la démarche offi-

• cieÛe de M. Alquier, le roi ne s'est •point décidé pour Vètat de guerre

• avec V Angleterre, J/. Alquier par-

• tira sur-le-champ, et la Suéde aura « laauerre avec la France et tous ses

• ornés. — Oui, c'est juste, je n'ai

• point positivement demande l'état

• de guerre avant ce moment; mais •j'y suis maintenant forcé par tous

• les motifs imaginables. D'abord, la

• Suéde a prouve qu'elle ne peut res- - « ter dans un état mixte avec l'An-

• gleferre sans faire le plus grand

• tort au continent; ensuite les choses « ont pris un développement général

• qui exige une parfaite égalité de

• mesures, ou bien un état ouvert

• d'hostilités, t'oyez ce que toutes les

• autres puissances ont cru devoir « faire. La Russie, plus forte que les « autres, n'a obtenu la paix avec « moi qu'à condition de déclarer sur- « le-champ la guerre à l'Angleterre. « V Autriche , puissance du premier

• ordre si la France n'existait point,

• afranchement pris son parti. J'ai « assez longtemps été ta dupe de la

• Prusse comme la vôtre. Elle vient « enfin de reconnaître, par la,cafas- « trophe de la Hollande, qu'il fallait « se déterminer ; elle a franchement « adopté l'état de guerre. Le Dane-

• mark l'a fait depuis longtemps ;

• mais à quel titre puis-je exiger de

• ce pays ce que je ne puis obtenir de

• la Suède. Eh ! me ais-je souvent ,

• qui sait si je serai toujours bien « avec la Russie ! qui peut connaître

• le chapitre des événements f Ne

• sera-t-il pas un jour du plus grand

• intérêt pour moi d'avoir dans le

• Nord une puissance amie, forte de

• ses propres moyens ainsi que de

• mon alliance f Mais croit -on main-

• tenant en Suéde que je pourrais, en •faveur du nouveau prince royal,

• relâcher quelaue chose de mes prin-

• cipes invariables? Au contraire, la

• crise politique dans laquelle je me

• suis mis en faveur d'elle, me four-

• nitun Utre de plus.— Cependant la « Suéde a une grande obligation à la

• personne du prince royal, car sans

• ce choix {nullement influencé par

• moi), j'aurais il y a deux mois fait

• la démarche à laquelle je me vois « aujourd'hui forcé. Je me repens

• maintenant de ce délai, qui, vu la

• saison, vous a été si profitable, non

• parce que je regrette ce qui peut

• vous arriver qe bien* mais parce

• que vous m'avez trop mal traité.

• Depuis longtemps l'office qui devait

• vous être adressé se tivuve préparé

• dans les bureaux de M de Cadore

• (révérence affirmative du ministre);

• mais je voulais attendre l'arrivée

• du prince royal, qui est instruit de

• ma façon de penser. Je ne l'ai pas •pu. Je vous rai dit, j'étais sur le

• point de me brouiller avec la Rus*

• sie;je donnais à toute ? Europe la

• pensée que dans ce moment décisif

• mon système pouvait être suscepti-

• ble de modifications. D'ailleurs de

• nouvelles plaintes sur ta Suéde

• m' arrivaient de toutes parts.— Ah !

•je sais ce que vous avez à me dire; •j'ai lu tout ce que vous avez

• écrit. Eh bien! soit; il peut y avoir

• eu des exagérations dans les plain-

• tesj mais assez de vérité resté.

• J'aurais désiré que vous eussiez eu

• une meilleure cause à défendre. — « Eh non ! la position du prince royal

• ne deviendra pas si difficile; tout « vient d'ici ; il n'a point l'embarras

• de l'initiative. Mais encore , a-t-on

• cru en Suéde pouvoir , sans ressenti liment de mon côté, servir la cause

• de l'Angleterre, parce que j'aime

• et j'estime le prince rouai f J'aime

• et j'estime aussi le roi de Hollande;

• il est mon frère; je suis cependant

• encore brouillé avec lui; j'ai fait

• taire la voix du sang pour écou-

• ter celle de l'intérêt général. Si

• vous étiez sur mes frontières, je

• serais à regret forcé d'en agir

• comme je viens de le faire avec la

• Suisse : j'ai fait marcher des trou*

• pes ; le gouvernement a confisqué

• les marchandises anglaises. Enfin « résumons-nous. Que la Suéde fasse

SUÈDE

su

« les choses comme eUe l'entend; je « sais que je suis hors d'état de ta «Jbrcer. Qu'elle se mette franchement « du côté de C Angleterre contre mol « et mes alliés , si c'est là son inté- « rêt, ou qu'elle se réunisse avec mot « contre V Angleterre. Mate le temps « du doute est passé : les cinq jours «expirés, M. Alquier part, et je « vous donne vos passe-ports. Potts « n'avez fait que aire ce que vous de* «viez dire; mais je ne puis alors « que vous renvoyer. Guerre ouverte « ou amitié constante* voilà mon der- « nier mot, ma déclaration u/timate.

« Adieu. Puisse- je vous revoir sous « de meilleurs auspices! »

« L'empereur me quitta sans vou- « loir plus m'entend re. En sortant de « chez l'empereur, je ne vis plus per- « sonne dans l'autre pièce , pas même « les officiers du service. Je ne sais ce « qui avait donné lieu à cette circons- « tance extraordinaire , si c'était un a ordre ou bien la discrétion spontanée « des fonctionnaires , parce que l'émit pereur avait souvent élevé la voix « d'une telle force, qu'il était impos- « sible de ne point l'entendre dans Ta « pièce voisine.

« J'eus ensuite une conférence avec «le duc de Cadore , au sortir de lait quelle je partis pour Paris. Cet en- « tretien ne fut qu'une répétition de « ce qui s'était passé chez l'empereur , « pour que ma dépêche à Votre Majesté « et celle du ministre au baron Alquier « s'accordassent autant que possible.

« Tout étant dit sur le fond , je témoi- « gnai au duc de Cadore combien j'étais « sensible à la forme dure et violente « que l'empereur avait mise dans ses « demandes. Le ministre fit valoir de a son mieux la satisfaction que j'avais « eue (me disait-il) d'adoucir la viva- « cité de l'empereur , surtout vers la « On, et fit beaucoup ressortir les pas- « sages qui exprimaient quelque intérêt « ou qui donnaient quelques espérances « pour l'avenir. Il me donna un passe- « port de courrier tout prépare d'a- « vance. Il me promit de n'envoyer «son courrier Je Fontainebleau que « Yen le même temps où j'expédierais

« le mien de Paris , c'est-à-dire , dans « la soirée d'aujourd'hui , pour que a celui-ci pût prendre un peu l'avance. « Il m'assura que M. Alquier aurait « deux jours pour préparer son office, « outre les cinq qui formaient le terme «de prescription. Il s'attacha beau* « coup au fait qu'il me pria de bien «faire valoir, mie l'élection de mon- « seigneur le prince royal , loin d'avoir « } rovcqué la démarche de l'empereur, « l'avait retardée de quelques mois , et « avait par là préparé à la Suède un « délai doublement important à cause « de la saison. Il ajouta même que la « résolution de l'empereur de faire sa « démarche pendant que le prince était « censé en voyage, avait en partie pour « but l'attention de ne point le dépo- « pulariser innocemment.... »

Cette dépêche produisit à la cour de Suède l'effet que Napoléon s'en était promis; et , le 19 novembre , le prince royal adressa à l'empereur la lettre suivante:

« Sire ,

« Par ma lettre du 11 novembre , j'ai « eu l'honneur d'instruire Yotre Ma- « jesté que le roi était prêt à faire tout « ce que les lois constitutionnelles lui « permettaient , pour arrêter l'intro- « duction des marchandises anglaises.

« Le ministère s'occupait d'un règle- « ment très-sévère à ce sujet , lors- « qu'une dépêche de M. Lagerbielke « est venue porter la douleur dans « l'âme du roi , et déranger sa santé « d'une manière bien sensible. Cette « dépêche nous prouvait à quel point « Votre Majesté était prévenue contre « nous , puisqu'en nous donnant cin<] «jours pour répondre, elle nous trai- « tait avec la même rigueur qu'une na- « tion ennemie ; et la note officielle , « remise par M. le baron Alquier, n'a « laissé à la Suède que l'affligeante al* « ternative ou de voir rompre les liens « qui l'unissent à la France , ou de se « livrer à la merci d'un ennemi formi* « dable , en lui déclarant la guerre f «sans posséder aucun moyen pouf « le combattre.

« En me décidant à accepter la suc»

« cession au trône de Suéde, j'i

L'UNIVERS

«toujours espéré, Sire, concilier les « intérêts du pays que j'ai servi lidèle- « ment et défendu pendant trente an- « nées, avec ceux de la patrie qui ve- «nait de m'adopter; à peine arrivé, «j'ai vu cet espoir compromis, et le « roi a pu remarquer combien mon « cœur était douloureusement com- « battu entre son attachement à Votre « Majesté et le sentiment de ses nou- « veaux devoirs. Dans une situation si « pénible, je n'ai pu que m'abandon- « nervà la décision du roi , et m'abste- « nir de prendre part aux délibérations « du conseil d'État.

« Le conseil d'État ne s'est pasdissi- « mule :

« 1° Qu'un état de guerre ouverte, « provoqué par nous , causera infailli- « blement la capture de tous les bâti- « ments qui sont allés porter du fer en « Amérique.

« 2° Qu'à la suite d'une guerre mal- « heureuse, nos magasins sont vides, « jios arsenaux sans activité et dépour- « vus de tout , et que les fonds man- « quent pour parer à tous les besoins.

« 3* Qu'il faut des sommes consi- « dérables pour mettre à couvert la « flotte de Carlscrona , et réparer les « fortifications de cette place , sans «qu'il y ait aucun fonds pour cet « objet.

« 4° Que la réunion de l'armée exige « une dépense extraordinaire d'au moins «sept à huit millions; et que la cons- « tîtution ne permet pas au roi d'éta- « blir aucune taxe sans le consente- « ment des états généraux.

« 5° Enfin , que le sel est un objet « de première et absolue nécessité en « Suède, et que c'est l'Angleterre seule «qui l'a fourni jusqu'ici.

« Mais toutes ces considérations , « Sire, ont disparu devant le désir de « satisfaire Votre Majesté. Le roi et son « conseil ont fermé l'oreille au cri de « la misère publique , et l'état de guerre «avec l'Angleterre a été résolu, uni- « quement par déférence pour Foire « Majesté y et pour convaincre nos ca-

• lomniateurs que la Suède , rendue à « un gouvernement sage et modéré ,

• n'aspire qu'après la paix maritime.

* « Heureuse, Sire, cette Suède si mal « connue jusqu'à présent, si elle peut « obtenir, en retour de son dévoue- » ment, quelques témoignages de bien- « veillance de la part de Votre Ma- « jesté. »

m La Suède avait sacrifié ses intérêts les plus pressants au désir de se maintenir en paix avec la France ; mais ce sacrifice était au-dessus de ses forces. L'état de guerre auquel elle s'était engagée exigeait des ressources qui lui manquaient entièrement , mais qu'elle était en droit d'attendre de la puissance à laquelle elle venait de donner | une aussi grande preuve de dévouement. Sans les subsides de la France, ce dévouement pouvait devenir inutile ; et , le 8 décembre , le prince roval crut devoir adresser à l'empereur la lettre suivante , où il lui exposait avec confiance dans quelle situation pénible se trouverait sa nouvelle patrie , si la France ne venait point à son secours.

« Sire,

«Par ma lettre du 19 novembre, «j'ai eu l'honneur de vous informer « que le roi , fidèle aux sentiments qu'il « a voués h Votre Majesté , a déclaré « la guerre à l'Angleterre, malgré tout « ce que la sûreté de ses- Etats lui « objectait contre cette démarche , et « dans Tunique vue de plaire à Votre « Majesté.

« Le roi sera toujours fier d'avoir « donné cette preuve de son dévoue- « ment à Votre Majesté ; c'est à moi , « qui suis chaque jour témoin de ses « peines et de ses inquiétudes , c'est « a moi d'en appeler à la magnanimité « de Votre Maj- sté dans une circons- « tance qui peut influer sur la santé du « roi et sur le bonheur de la Suède.

« Je me flatte que Votre Majesté ac- « cueillera avec bonté mes observa- « tions. En m'adressant à vous direc- « tement , Sire , j'use d'un ancien « avantage que j'aimerai toujours à « conserver,, et qui fait renaître dans « mon âme des souvenirs aussi agréa- « blés que glorieux.

« La Suède , dans le triste état où le « dernier règne l'a réduite, ne devait, « ne pouvait plus aspirer qu'à une lon-

SUEDE

sir

« gue paix. C'était Tunique moyen de « réparer par l'agriculture et le com- « merce les pertes qu'elle a faites , de « rétablir ainsi par degré ses finances , « et de recréer entièrement son système « militaire et son administration. Loin « de"cela , c'est elle qui vient de déela- « rer la guerre ; elle a hasardé cette a démarche sans avoir un seul bataillon « prêt à marcher, sans que ses arse- « uaux ni ses magasins renfermas- « sent le moindre approvisionnement ; « et , ce qui est pis encore , sans le pre- « mier sou pour fournir aux dépenses « d'une si grande entreprise ; en un « mot , dans l'état où se trouve le gou- « vernement de ce pays , une telle dé- « marche le ferait sans doute accuser « de folie, si l'appui de Votre Majesté « ne devait tout légitimer.

« La Suède , il est vrai , possède en « elle-même les principes d'une grande « force; ses habitants sont naturelle- « ment guerriers ; sa constitution per- « met de mettre quatre -vingt mille « hommes sur pied , et sa population « mâle est telle que cette levée peut se « faire très-aisément. Mais , vous le « savez, Sire, la guerre ne se nourrit « que par la guerre ; et un grand État « militaire , purement défensif , est une « charge que la Suède ne peut supporp ter sans un secours étranger.

« Les lois constitutionnelles défen- « dent au roi d'établir de nouvelles « taxes sans le consentement des états « généraux; et la guerre vient de dé- « truire une des principales branches

• du revenu public , le produit des « douanes, qui rapportait plus de six « millions de francs par an. Il faut « ajouter à cela que les contributions « sont arriérées de plus de deux années, « et que les confiscations qui s'exercent « portent sur les sujets suédois, et non a sur les étrangers qui ORt eu la pré- « caution de s'assurer du payement des

• marchandises importées.

«Enfin, Sire, notre situation est « des plus alarmantes , si la France ne

• vient à notre secours. Depuis la pre- « mière alliance conclue entre Gustave « Vasa et François 1er, la France a été « non - seulement l'amie constante de

«la Suède, mais encore elle Ta ap- « puyée et secourue dans toutes les « guerres. La nature semble avoir des- « tiné ces deux nations à vivre en har- « monie : leurs caractères sy accordant « parfaitement; et si elle a refusé aux « Suédois les richesses , elle les a doués « de valeur et de toutes les qualités « propres à l'exécution des plus vastes « desseins. Il n'y a ici qu'un vœu , ce- « lui d'être sincèrement d'accord avec « la France , et de participer à sa gloire , « toutes les fois que l'occasion s'en prête sentera ; mais l'argent nous manque; « c'est donc à Votre Majesté que nous «devons nous adresser pour en ob- • tenir.

« En paix , le Suédois laborieux , con- « tent de ses champs et de ses mines , « eût attendu patiemment du temps et « de son économie un état plus lieu « reux ; forcés par VQtre Majesté à dé- « dater la guerre, nous nous tournons « avec confiance vers elle, nous lui of- « frons des bras et du fer, et nous lui « demandons en retour les moyens que « la nature nous a refusés.

« Daignez , Sire , prendre en consi- « dération particulière l'état de ce pays, « et veuillez agréer avec bonté l'expres- « sion des sentiments respectueux, etc.»

Peu de jours après le départ de cette lettre, M. Alquier insista de nouveau auprès du gouvernement suédois sur la nécessite de prouver son adhésion au système continental, en faisant confisquer toutes les marchandises anglaises. Déjà Napoléon avait mis en avant cette prétention dans son entrevue avec M. Lagerbielke. C'était évidemment exiger l'impossible.

A cette époque , M. de Czernicheff qui se rendait a Paris, envoyé de nouveau par la Russie , passa par Stock holm , porteur d'une lettre de l'empereur Alexandre, qui , sans doute, desix rait connaître les dispositions du prince royal. Celui-ci profita de cette occasion

Ï>our mettre sous les yeux de Napoléon a situation de la Suède, et il confia au diplomate russe la lettre suivante , datée du 11 décembre.

« Sire , « M. de Czernicheff m'a demandé si

lit

L'UKIVERS.

je le chargerais d'une lettre pour Votre Majesté. Je me suis empressé de le faire , espérant qu'il dira à Votre Majesté ce qu'il a vu en Suède. En effet, Sire, plein de conliance en votre magnanimité et dans vos bon* tés particulières pour moi, je n'ai qu'une chose à désirer , c'est que la vérité vous soit connue. M. de Czernicheff dira à Votre Majesté que la Suède est sur le point d'être réduite à l'état le plus déplorable, qu'elle est sans aucun moyen pour soutenir la guerre qu'elle vient de déclarer ; que cependant le gouvernement redouble d'efforts , dans une crise aussi violente , mais qu'il n'est pas au pouvoir du roi d'étendre, comme ailleurs , le système des confiscations ; 3ue la constitution garantit ici les roits et les propriétés de chacun, et que , si le roi même adoptait une mesure contraire, aucun conseiller d'État ne pourrait y donner son assentiment.

« J'ai le bonheur d'avoir pour moi l'opinion générale de la nation ; mais bien certainement je perdrais cette force morale , le jour ou l'on me croi* rait l'intention de porter la moindre atteinte à la constitution.

« Le roi offre à Votre Majesté tout ce oui est en son pouvoir. Aucun sacrifice ne lui coûtera , pour prouver à Votre Majesté son dévouement à la France ; mais, je" vous en conjure, Sire , daignez calculer nos moyens , et accordez - nous la confiance que nous méritons par notre attachement « sincère et inaltérable. »

Ces deux lettres, comme d'autres encore , restèrent sans réponse. Ainsi la Suède ne retirait d'autre fruit de sa déclaration de guerre* à l'Angleterre

rie de voir son commerce abandonné la discrétion du cabinet britannique.

Mais on devait exiger d'elle d'autres sacrifices , et Ton peut juger de la surprise de son' gouvernement, quand M. Alquier remit, le 26 décembre, à M. Ëngestrôm, une note conçue en ces termes :

«Monsieur le baron, • Je suis heureux d'obéir à Tordre

« qui m'a été donné d'annoncer à Votre « Excellence combien Sa Majesté l'em- « pereur et roi a été satisfaite, en ap- « prenant que Sa Majesté le roi de « Suède, convaincue de la nécessité de « forcer l'Angleterre à consentir enfin « à la paix , avait déclaré la guerre à < cette puissance. L'empereur n'atten- « dait pas moins , monsieur le baron , « de la longue expérience du roi , de «l'attachement de ce monarque aux « intérêts de la France , et de la sagesse « d'un conseil dans lequel délibère un « prince qui connaît les intentions pa- « cifiques de Sa Majesté impériale, et «qui a combattu si longtemps, et « avec tant de gloire , pour la cause « qui arme aujourd'hui la Suède. L'em- « pereur mon maître , attachant beau- « coup de prix à procurer à votre com- « merce tous les avantages dont il «pourra le faire jouir, a donné ses « ordres K non-seulement dans les ports «de son empire, mais encore dans « tous ceux qui sont au delà de la Bal- « tique , de recevoir tous les produits « de leur sol que les Suédois voudraient « y transporter , et de leur permettre « d'en retirer les approvisionnements «gui leur seront nécessaires. Sa Ma- « jesté impériale veut même expressé- « ment que , dans le cas où la Suède « aurait besoin de blé, elle puisse en ex- « porter librement des ports français, « en ne payant que le dixième des droits « qui sont perçus sur les cargaisons « destinées pour toutes les autres con- « trées de l'Europe. Sa Majesté ne met «à cette faveur d'autre mesure, que « l'engagement qui sera imposé aux a armateurs , de ne pas faire passer « ces blés en Angleterre.

- « Le dernier entretien que j'ai eu « l'honneur d'avoir avec Votre Excel- « lence, a dû vous convaincre, mon- * sieur le baron , de l'intention dans « laquelle est l'empereur mon maître 9 « de rétablir dans toute leur étendue « les liaisons qui existaient autrefois « entre la France et la Suède. J'ai à « me féliciter, et j'en informerai ma « cour, des dispositions que Votre Ex- « cellencc a manifestées à ce sujet , en « m'observant que son adhésion per-

SUEDE

«moelle était la conséquence d'un « système qu'elle avait toujours regardé «comme essentiellement utile à la « gloire du roi et au bonheur de ses « peuples. Sa Majesté l'empereur , ac- « coutumée à compter sur les intentions « amicales du roi, en jugeant des dis- « positions de ce prince par celles dont « il est pénétré lui-même pour les in-

• téréts de Sa Majesté suédoise , m'a « chargé , monsieur le baron , de de- « mander , Comme un bon office auquel « il attache infiniment de prix, et qui « doit contribuer au succès de la cause

* commune, de mettre à sa solde le « nombre des marins nécessaire pour « compléter les équipages de quatre « vaisseaux de la flotte de Brest. Il « suffirait, pour répondre au désir de « l'empereur , et pour satisfaire à la « demande que j'ai l'honneur de vous « adresser en son nom, que le nombre « n'excédât pas , tant en officiers, maî- « très d'équipages , soldats et matelots, « celui de deux mille hommes. L'eihpe- « reur se chargera de toutes les dé- « penses de leur voyage , et toutes les « précautions seront prises pour que « les soldats et les matelots soient con- « venablement entretenus, et que mes- « sieurs les officiers soient pleine- « ment satisfaits de leurs traitements.

« Dans l'état de crise où se trouvent « momentanément les finances de la « Suède , il sera peut-être agréable au a roi de diminuer les dépenses de sa « marine , sans cependant laisser in- « actifs le talent et le courage de ses « marins.

« Le bon office que l'empereur de- « mande à Sa Majesté le roi de Suède , « ayant déjà été rendu avec empresse- « ment par le Danemark , Sa Majesté « impériale est convaincue qu'elle n'a « pas trop présumé de l'amitié d'une «puissance attachée depuis si long-^ « temps à la France par une récipro- « cité d'intérêt et de bienveillance qui « n'a jamais cessé d'exister.

« Je prie Votre Excellence de rece- « voir les assurances de la haute con- « sidération , etc. ,

« Alquieb. »

A ces offres stériles de la France, à

ces exigences auxquelles la constitution ne permettait pas de se prêter, le cabinet suédois, par l'organe de M. Engestrôm , répondit la lettre suivante , en date du 31 décembre.

« Je me suis empressé de mettre « sous les yeux du roi mon maître ta « lettre que vous m'avez fait l'honneur « de m'adresser, Monsieur, en date du « 26 de ce mois.

« Lorsque Sa Majesté se détermina « à déclarer la guerre à l'Angleterre, « et à donner au traité de Paris une «extension ouvertement hostile, elle a fut moins guidée dans cette résoluce tion par les devoirs que lui impo- « saient ses engagements, que par ceux « de l'estime et de l'amitié invariable « qu'elle a voués à l'empereur votre « auguste maître; elle espérait d'avance « que Sa Majesté Impériale et Royale « apprécierait la grandeur des sacrîa lices que faisait la Suède. Votre let- « tre , Monsieur, vient d'en donner au « roi une nouvelle assurance, et Sa « Majesté m'a ordonné de vous témoi- « gner combien elle s'estime heureuse « d'avoir pu , à cette occasion , assu- « jettir la politique de son royaume aux a seuls penchants de son cœur.

« Le roi a appris avec une recon- « naissance bien sincère la résolution « qu'a daigné prendre Sa Majesté Im- « périale et Royale, par rapport à l'ex- « port a tion des blés du continent en «Suéde, ainsi qu'à l'admission des « produits de son sol dans les ports de « l'empire français et dans ceux situés « au delà de la Baltique. Tout en ap- « préciant, comme il le doit, l'inten- « tion bienveillante de l'empereur, le « roi ne croit pas devoir cacher à Sa « Majesté que les progrès journaliers a de l'agriculture en Suède mettent « heureusement ce royaume à l'abri de o la disette; que l'expérience des der- « nières années a prouvé qu'il pouvait « même exporter du blé, et que dans « le moment actuel le prix de cette pro- « duction est au-dessous de toutes pro- « portions avec celui d'autres denrées.

« Quant à l'exportation des produits « du soi de la Suéde, l'état de guerre « avec l'Angleterre vient de faire ces-

L'UNIVERS

« per la possibilité de continuer cette « exportation; au moins sera-t-elle as- . « sujettie à des chances trop incertaines « pour pouvoir influer d'une manière « efficace sur les intérêts commerciaux « de la Suède. Le roi espère cependant a que l'empereur, par une suite de ses «bonnes dispositions pour la Suède, « voudrait peut-être lui acheter son fer. « Il s'en trouve une quantité si consi-. « dérable accumulée dans les magasins « du pays, qu'on pourrait en livrer de « suite pour plus de vingt millions de «francs. Un achat aussi considérable . « ranimerait cette branche principale « de l'industrie nationale, et ferait ou- « blier à une classe nombreuse des ha- « bitants de la Suède les pertes consi- « dérables que l'avenir lui prépare.

« Les lois constitutionnelles de l'État « empêchent le roi d'acquiescer de lui- « même à la demande de l'empereur, « par rapport aux deux mille matelots.

« Rivalisant avec le Danemark , dans « le désir de contribuer à l'accomplis- « sèment des grandes vues de Sa Ma- « jesté Impériale et Royale, le roi ne « croit cependant pas que l'exemple de « ce pays, où la volonté du souverain « est absolue, puisse être applicable à « la Suède. A la suite des derniers évé- « nements qui ont placé Sa Majesté sur « le trône, il a été renouvelé entre le « souverain et la nation un pacte cons- « titutionnel qu'il n'est au pouvoir de « personne d'enfreindre. Sa Majesté re- « grette par conséquent , d'une manière « bien vive, que le premier bon office « que l'empereur lui demande tombe « précisément sur une chose oui ne dé- « pend pas de sa seule volonté. Aucune « nouvelle levée ne peut être faite , d'a- « près la teneur de la constitution, «qu'avec le consentement des états; « celle à laquelle ils ont déjà consenti « présuppose expressément la défense « de la patrie , et le nombre des mate- « lots ordinaires se trouve, après la « perte de la Finlande, tellement di- « minué, qu'il suffit à peine au service «de la marine, surtout dans les cir- « constances présentes.

«Mais si le roi, comme il le dési- « rerait, pouvait même réussir à écar-

« ter toutes les entraves que lui ifttpo- « sent les lois de l'État et les droits «des citoyens, Sa Majesté craindrait « cependant que les deux mille mate- « lots suédois transférés à Brest n'y « remplissent point entièrement la « juste attente de Sa Majesté Impériale « et Royale. Attaché à «on sol agreste , « à ses relations domestiques et à ses « habitudes , le soldat suédois ne ré- « siste point à l'influence d'un ciel mé- « ridional. Il sera prêt à tout sacrifier « pour la défense de ses foyers ; mats « loin d'eux , et en combattant plus im- « médiatement pour eux , son cœur « n'aspirera qu'après la patrie : il por- « terait par conséquent dans les rangs « français cette inquiétude et ce décou- «ragement qui, plus que le fer des «ennemis, détruisent les plus belles « armées.

« Quant aux officiers de la marine, « aucun obstacle ne s'opposant à leur « service en France, Sa Majesté per- « mettra avec plaisir qu'ils profitent « de l'offre généreuse de Sa Majesté « Impériale et Royale. La marine sué- « doise compte encore au nombre de « ses ofliciers les plus distingués ceux « qui jadis ont suivi la carrière de l'hon- « neur sous le pavillon français.

« En vous communiquant, Monsieur, « ces déterminations du roi mon maf- « tre , je crois de mon devoir de vous « réitérer combien Sa Majesté éprouve « de regret de ne pas pouvoir se prêter « entièrement ù l'accomplissement des a désirs de l'empereur; Sa Majesté rs- « père que les gages solennels qu'elle a « donnes à cet auguste souverain, sur « ses dispositions personnelles à son «égard, lui serviront en ce moment « de défensç efficace auprès de Sa Mn- « jesté Impériale et Royale. Le roi n'a « point hésité à déclarer la guerre à la « Grande-Bretagne, sans égard aux « pertes énormes auxquelles il exposait « ses sujets, ni à celle de la branche la « plus considérable de ses ressources « financières. I^intérét bien prononcé « de son royaume est fondé sur la paix ; « c'est la guerre qui a détruit et dé- « membre la Suède. Les habitants qui « lui restent n'aspirent qu'après 1e re-

ni

« poft : ils veulent tout sacrifier pour la « défense de l'indépendance de la pa- « trie; mais ils exigent aussi de leur « gouvernement de ne point provoquer « pour eux de nouvelles charges , m de « nouveaux dangers par une guerre « offensive-, et cependant ce cas vient « d'arriver, «pour prouver à Sa Majesté « l'empereur des Français tout le prix a que le roi attache à son amitié. Sa a Majesté n'aura jamais d'autre but, « même lorsque des considérations in- « surmontantes arrêteront sa bonne vo- * lonté.

« C'est avec les sentiments, etc.

« Le baron d'Engbstrom. *

Les choses en restèrent là. M. Alquier, peu de temps après son arrivée, avait parlé de la nécessité d'une alliance plus intime entre la Suède et la France, et quoiqu'on lui eût répondu d'une manière polie, cette ouverture n'avait amené aucun résultat. Il proposa ensuite une alliance entre la Suède, le Danemark, et le grand-duché de Varsovie , sous la protection et la garantie de la France. Cette proposition avait pour objet de créer une confédération du Nord , semblable , pour les obligations et pour le but, à celle qui avait réuni les forces de l'Allemagne, sous la domination française. Mais Charles XIII n'ayant jugé conforme , ni à sa position ni à ses droits, de répondre affirmativement, on renouvela bientôt après l'ancienne proposition d'une alliance particulière avec la France. Bien que M.. Alquier n'eût annoncé que verbalement le désir de l'empereur à cet égard, il exigea cependant une réponse par écrit; et comme on tardait à la lui remettre, il vit dans cette hésitation une marque de l'indifférence du gouvernement suédois pour le système français.

Le gouvernement suédois pouvait sans doute exiger aussi qu'on lui fît une communication plus ample, et surtout écrite, des véritables intentions de l'empereur Napoléon relativement à l'alliance projetée; et quoiqu'il pût craindre qu'une réponse par écrit, exigée à l'occasion d'une ouverture faite verbalement, n'eût d'autre but

2V Livraison. (Suède.)

qued'étre nKmtr&àSaint-Pétersbcwgt afin de prouver que la Suède était en tout dépendante de la France, le conseil résolut de fermer les yeux sur toutes ces considérations , et s'attacha à ne négliger aucun des moyens propres à appeler l'intérêt de l'empereur des Français sur la Suède. A cet effet, la note suivante fut remise au ministre Alquier :

«J'ai rendu compte au roi mon « maître de ce que vous m'avez màr- « que, Monsieur, sur le désir de Sa « Majesté l'empereur des Français, de « resserrer plus étroitement, par une « alliance, les liens qui l'unissent à Sa « Majesté; elle m'a autorisé à vous an- « noncer que ses sentiments pour Sa « Majesté Impériale et Royale la porte- « ront à écouter de tout temps avec « intérêt les propositions qui lui se* « ront faites,, persuadée, comme elle «est d'avance, que ces propositions « s'accorderont toujours avec l'intérêt « de ses peuples et la dignité de sa cou- « ronne.

« J'ai l'honneur d'être, etc.

« Le baron d'Engbstbom. »

M. Alquier déclara aussitôt que cette réponse était insignifiante, que du reste elle portait le caractère d'une résolution déjà prise par Charles XIII, et par le prince royal, de rester indépendants de la politique continentale; et lorsque, pour pouvoir répondre plus amplement, on lui demanda ce que l'empereur exigeait de la Suède, et ce crue ce pays pouvait se promettre en dédommagement des nouveaux sacrifices qui pourraient être le résultat des prétentions de la France , le ministre se borna à cette réponse remarquable, « que Fempereur exigeait d'abord des faits , conformes à son système, après quoi u était possible qu'il fat question de ce que Sa Majesté Impériale voudrait bien faire' en faveur de la Suède. » Ces diverses demandes n'eurent et ne pouvaient avoir aucune suite.

A la même époque, Napoléon, cui avait, comme nous l'avons vu plus haut, permis au prince royal d'emmener tous ses aides de camp, et qui

L'UHIVËJLS

avait prolongé d'une aimée le congé accorde à ces officiers, ordonna leur rappel immédiat, sans doute pouiv té* moigner à son ancien lieutenant le mécontentement qu'il éprouvait de ne ris le voir s'enchaîner aveuglément sa politique. Le prince sentit vivement tout ce que cette mesure avait d'hostile, mais il se contenta de s'en plaindre avec respect, et, le 20 janvier 1811, il adressa à l'empereur cette lettre, qui fait si bien apprécier tout ce qu'avait de pénible l'alternative dans laquelle sa nouvelle position l'avait placé.

«Sire,

« Au moment où j'allais adresser & « Votre Majesté des remerctments pour « la bonté qu'elle avait eue de prolonger «d'une année le congé des officiers «français qui m'ont accompagné en « Suède, j'apprends que Votre Majesté « m'a retiré cette faveur. Ce contre- « temps imprévu et tout ce qui me r§- « vient de Paris m'annoncent que Votre « Majesté est indisposée contre moi.

« Qu'ai -je fait, Sire, pour mériter ce « désagrément? Je suppose que la ca- « lomnie seule a pu me l'attirer. Dans « la nouvelle position où Je sort m'a « placé, j'y serai sans doute plus exposé « que jamais, si je ne suis assez heu- « reux pour trouver un défenseur « même dans le cœur de Votre Majesté.

« Quoi qu'on puisse vous dire, Sire, je « vous prie de croire que je n'ai rien « à nie reprocher, et que je suis entiè- « remeut dévoué à votre personne, « non -seulement par la force de mes « anciennes habitudes, mais encore par « un sentiment pur et inaltérable. Si « l'on ne fait pas ici tout ce que Votre « Majesté désire , ta constitution en est • seule la cause; enfreindre cette cons- « titution n'est pas au pouvoir du roi, « et encore moins au mien. Il existe « ici encore bipn des partis, et je ne « puis parvenir à m'asseoir un jour sur , « le trône de Suède que par une con- « duite très-sage et bien mesurée.

«M. Gentil -Saint -Alphonse, mon «aide de camp, rentrant en France, « conformément aux ordres de Votre « Majesté, je le charge de cette lettre.

« Votre Majesté pourra kqwstfomwr, « il a tout vu. Qu'il dise la vérité à « Votre Majesté; elle saura dans quelle

Position je me trouve, combien j'ai e ménagements à garder pour me « maintenir. Il connaît aussi ma ma- « nière de penser; il dira à Votre Ma- « jesté si j'ai envie de la satisfaire, et « si je ne suis pas ici dans un tourment « continuel entre la crainte de lui dé- « plaire et mes nouveaux devoirs.

« Sire, Votre Majesté m'a affligé en « me retirant les officiers qu'elle avait « daigné d'abord m'accorder pour un « an. Outre les motifs personnels que «j'avais de les désirer encore pour « quelque temps auprès de moi, la pré- « sence de quelques officiers français à « la cour de Suéde n'était pas sans un « certain effet au dehors , que j'aurais « cru conforme à la politique de Votre « Majesté. Puisqu'elle l'ordonne, je les « renvoie en France. Peut-être Votre « Majesté reviendra -t-elle sur sa déci- « sion;danscecas,je la prie de fixer, eile- « même le nombre qu'elle veut me ren- « voyer, je les recevrai d'elle avec re- « connaissance; si au contraire Votre « Majesté les retient en France t je les « recommande à ses bontés : ils ont « toujours servi avec distinction, et « n'ont eu aucune part aux récompen- « ses distribuées après la dernière cam- « pagne d'Autriche.

« Je vous prie, Sire, de vouloir bien « agréer, etc. »

A son arrivée à Paris, M. Gentil-Saint- Alphonse s'empressa de porter cette lettre à Napoléon. L'empereur eut avec lui un long entretien qui rappelle beaucoup l'audience de M. Lagerbielke ; H se refusa à croire que le prince royal fût enchaîné par la constitution. Quand tout pliait servilement devant ses moindres volontés, comment pouvait-il admettre qu'un souverain n'imitât pas son exemple et respectât les lois î jDu reste, il se montra bienveillant pour le prince, et consentit à ce que M. Gentil-Saint-Alphonse retournât auprès de lui.

Le prince royal, impatient de connaître l'effet que sa lettre et les renseignements fournis de vive voix par

II» âentil- Saint- Alphonse auraient produit sur l'esprit de Napoléon, avait invité son aide de camp à rédiger immédiatement l'entretien qu'il aurait eu avec l'empereur et à le lui envoyer.

Seulement, pour plus de promptitude, il devait remettre le paquet à Soutienne qui, chaque semai ne, envoyait un courrier à Hambourg. L'aide de camp se conforma à ces instructions ; mais Bourienne, au lieu d'expédier le paquet, le porta chez le duc de Rovigo qui le remit à Napoléon. Celui-ci se montra fort irrité, et une heure après M. Gentil-Saint-Alphonse, au moment où il allait se mettre en route pour Stockholm, reçut l'ordre de partir, le jour même, pour Naples.

A la même époque , le prince royal apprit que l'empereur, par une démarche non moins malveillante, avait fait prendre possession des biens qui composaient sa dotation, sans régler l'indemnité à laquelle il avait droit et dont ils étaient convenus verbalement. Il ne crut pas de sa dignité de s'en plaindre à Napoléon, mais il adressa la lettre suivante à M. de Fermont, ministre d'État, qui lui avait notifié cette mesure.

Stockbolm,tt« ao janvier xlu.

«Monsieur le comte, j'ai reçu la a lettre par laquelle vous me prévenez « aue Sa Majesté l'empereur et roi a «fait prendre possession des biens «composant mes dotations comme « prince de Fonte-Corvo , mais vous ne «me marquez pas quelle indemnité « m'a été allouée. En acceptant , par « suite de l'autorisation de l'empereur, « l'élection de la nation suédoise, je «me suis confié aux promesses de « Sa Majesté Impériale. J'ai servi la « France pendant trente ans, et je ne « dois pas perdre la fortune qui m'a «été donnée comme récompense de « mes services. Je vous prie donc , « monsieur le comte, si cette indem- « nitér n'est pas encore réglée , d'en « aire l'objet d'un rapport particulier «à Sa Majesté, et de vouloir bien me « faire connaître sa décision. »

Aucune réclamation n'était plus juste; die fut réitérée trois mois plus

tard : mais Napoléon ne prit aucune décision , et le prince se vit injustement dépouillé du fruit de ses glorieux services. Et cependant, comme nous le verrons bientôt , il ne cessa pas jusqu'au moment fatal , et même encore après, de donner à l'empereur les

Sreuves les moins équivoques de son évouement personnel.

Cependant Napoléon crut devoir enfin rompre le long silence qu'il avait observé avec le prince royal , et tenter un dernier effort pour le gagner à sa politique. Lui, si puissant alors, il ne pouvait, dans l'aveuglement de sa puissance, qu'être surpris et indigné de ne pouvoir imprimer a la Suède le mouvement auquel s'étaient soumis des États plus puissants. Que devenait son système continental, si une seule puissance maritime refusait de s'y associer aveuglément (*)? Il adressa donc au prince royal, en réponse aux lettres que nous avons fait connaître plus haut, la lettre suivante, en date au 8 mars 1811. La date est remarquable, puisque douze jours plus tard la fille des Césars allait lui donner un héritier, et consolider ainsi,, du moins à ses yeux, l'édifiée de sa puissance.

a L'accession pleine et entière de la au blocus continental émit , comme ou a pu le voir par tout ce qui précède , une mesure délétère pour ce pays, et n'offrait guère i l'empereur. qu'une satisfaction d'amour-propre. Quand toutes les côtes de l'Europe, de Pétersbourg jusqu'à Constant!nople, étaient interdites au commerce de l'Angleterre par une armée de douaniers français, de quel inconvénient était-il que la Suède, cette ancienne amie de la France, pot écouler le produit de ses mines en réduisant son état de guerre avec l'Angleterre à une simple neutralité armée. N'élait-il pas facile à Napoléon, attendu la position presque insulaire de la Scandinavie, d'empêcher que les marchandises anglaises importées en Suède pussent être exportées sur les côte» de la Baltique et de l'Océan ? et d'ailleurs Napoléon lui-même, si sévère pour les autres États, ne porla-t-il pas une grave atteinte à son système par la délivrance d'un granit nombre de licences , oui, comme on Lésait» furent pour ses courtisans l'objet du trafic le plus honteux.

Aux Toileries , le 8 mars 181 t.

« Monsieur le prince royal de Suède, « votre correspondance particulière « m'est parvenue ; j'ai apprécié , comme . « la preuve des sentiments d'amitié que a vous me portez, et comme une mar- « que de la loyauté de votre caractère, « les communications que vous me fai- « tes. Aucune raison politique ne m'em- « pèche de vous répondre.

«Vous appréciez, sans doute, les « motifs de mon décret du 21 novem- « bre 1806. Il ne prescrit point de lois « à l'Europe , il trace seulement la mar- « che à suivre pour arriver au même «but; les traités que j'ai signés font « le reste. Le droit de blocus que s'est « arrogé l'Angleterre nuit autant au « commerce de Suède, est aussi con- « .traire à l'honneur de son pavillon et «à sa puissance maritime, qu'il nuit « au commerce de l'empire français et « à la dignité de sa puissance.

«Les prétentions dominatrices de « l'Angleterre sont plus offensives en- « vers la Suède. Votre commerce est « plus maritime que continental; la « force réelle de la Suède est autant «dans l'existence de 6a marine que « dans celle de son armée.

« Le développement des forces de la « France est tout continental. J'ai créé « dans mes États un commerce inté- « rieur qui donne l'impulsion à Pin- ' «dustrie agricole et manufacturière, «par la rigoureuse prohibition des « produits étrangers : cet état de choses « est tel , que je puis me passer du « commerce extérieur.

« Le maintien , l'observance ou l'a- « doption du décret de Berlin est donc, «j'ose le dire, plus dans les intérêts « de la Suède et de l'Europe que dans • les intérêts de la France.

« Telles sont les raisons oue ma po- « litique peut opposer à celle de l'An- « gleterre. L'Angleterre ne veut pas la « paix ; elle s'est refusée à toutes les « ouvertures que je lui ai fait faire; la « guerre ayant agrandi son commerce « et sa domination, elle craint les res- «titutions; elle ne veut point conso- « lider le système politique de l'Europe « par un traité, parce qu'elle ne veut

• pas que la France soit poissante. Je « veux la paix ; mais je la veux dura- « ble, entière; je veux qu'elle assure « les nouveaux intérêts créés par la « conquête. Sur ce point, Votre Altesse « Royale ne doit pas différer de senti- « ments avec moi.

« J'ai des vaisseaux , je n'ai point de «marins; je ne puis lutter avec l'An- « gleterre; je ne puis la forcer à la « paix qu'avec le système continental.

« Je n'éprouve en cela aucun obstacle «de la Russie et de la Prusse; leur « commerce n'a qu'a gagner par les « prohibitions.

« Votre cabinet se compose d'hom- « mes éclairés; il y a de la dignité et « du patriotisme dans la nation sué- «doise; l'influence de Votre Altesse « Royale dans le gouvernement est gé- « néralement approuvée; elle trouvera « peu d'obstacles à soustraire des neu- « pies à la dominati'on mercantile d*une « nation étrangère. Ne vous laissez pas «prendre aux appâts trompeurs que # vous présentera l'Angleterre. L'ave- « nir prouvera que, quels que soient « les événements , les souverains de « l'Europe seront forcés d'en venir à « des lois prohibitives qui les rendent « maîtres chez eux.

« L'art. 3 du traité du 24 février « 1810 corrige les stipulations incom- « plètes du traité de Frédéricksham.

« Il faut qu'il soit rigoureusement ob- « serve pour tout ce qui regarde les « produits de l'Angleterre. Vous me « dites que vous ne pouvez vous en « passer, et qu'à défaut de leur intro- « duction les revenus de vos douanes «diminuent. Je vous donnerai pour « vingt millions de denrées coloniales « que j'ai à Hambourg; vous me don- « nerez du fer en échange; vous n'au- « rez point d'argent à exporter de la « Suède; cédez ces denrées à des mar- « chands, ils payeront les droits d'en- « trée ; vous vous débarrasserez de vos « fers. •

« Soyez Adèle au traité du 24 février; « chassez les contrebandiers anglais de « la rade de Gothembourg; chassez-les « de vos côtes, où ils trafiquent libre* c ment. Je vous donne ma parole que,

SUÉDE.

• de mon côté, je garderai scrupuleu- «sèment les conditions de ce traité; «je m'opposerai à ce que vos voisins « s'approprient vos possessions conti- « nentales. Si vous manquez à vos en- « gagements, je me croirai dégagé des ■ miens.

« Je désire m'en tendre toujours ami- « calement avec Votre Altesse Royale.

« Je verrai avec plaisir qu'elle com- « munique cette réponse à Sa Majesté « suédoise, dont j'ai toujours apprécié « les bonnes intentions.

» Mon ministre des affaires étrangères répondra officiellement à la « dernière note que le comte d'Essen a « fait mettre sous mes yeux.

« Cette lettre n'étant à autre fin, ie « prie Dieu , M. le prince royal de « Suède, qu'il vous tienne en sa sainte « et digne garde.

« Napoléon. »

Quoi qu'en ait pu dire Napoléon , il était impossible que la Suède se crût plus intéressée que la France à fermer ses ports au commerce anglais, et peut-être se trompait-il aussi en ne voyant dans la France qu'une puissance, continentale. C'était par la mer qu'il fallait attaquer l'Angleterre ; c'était par des nuées de hardis corsaires, français et étrangers, qu'il fallait assaillir et ruiner son commerce. S'il eût accueilli Fulton, quand il vint lui offrir d'appliquer à la navigation la vapeur, ce moteur alors inconnu, il n'était plus besoin pour lui d'aller attaquer la Grande-Bretagne en Russie; il pouvait la frapper à Londres même, en prenant pour base d'opération l'Irlande, cette vieille ennemie de l'Angleterre, l'Irlande, où le général Humbert, avec quinze cents hommes seulement, avait pu débarquer sans obstacle. La destinée, plus forte que son génie, ne lui réservait pas ce triomphe.

Du reste, pour engager la Suède à tout sacrifier à la France, il fallait lui offrir d'autres dédommagements que ceux auxquels Napoléon consentait.

Que pouvait faire le gouvernement suédois de vingt millions de denrées coloniales qu'il ne pouvait exporter?

Les propriétaires de fer ne les auraient

pas reçues en échange de leurs produits. D'ailleurs comment porter ce fer à Hambourg , quand les croisières anglaises fermaient tous les ports de la Baltique et de l'Océan? C'étaient des subsides qu'il fallait à la Suède; le prince royal l'avait bien fait entendre par sa lettre du 8 décembre 1810. Si Napoléon les eût fournis, la campagne de Russie eût eu une issue bien différente.

Cependant Charles XIII n'avait pu résister à la lutte pénible que depuis un an il avait à soutenir; sa santé avait été grièvement altérée % et, dans le courant du mois de mars , il se vit dans la nécessité de remettre à son fils adoptif les rênes du gouvernement. La première démarche du prince royal fut un acte de déférence pour Napoléon.

Voici la lettre par laquelle il lui donna connaissance de cette mesure :

Stockholm» !• 18 mars tlu.

«Sire,

«Je m'empresse d'avoir l'honneur « d'instruire Votre Majesté que le roi, « à la suite d'une indisposition assez « grave, a pris, hier 17 mars, la résoft lution de me charger du gouverne- « ment du royaume. J'espère que, par « le secours du Tout-Puissant, le roi « pourra bientôt reprendre le pouvoir « qu'il m'a confié, et suivre lui-même « ses relations d'amitié avec Votre Ma- « jesté Impériale ; mais si , ce que Dieu « ne veuille, sa maladie venait à se « prolonger, je prie Votre Majesté de « continuer à ra'honorer de ses bontés. « qui, dans tous les temps, m'ont été « si précieuses, et qui dans cette cir- « constance me deviendront encore plus « nécessaires. Je prie Votre Majesté « de vouloir bien compter invariable- « ment sur la sincérité des sentiments « qui m'attachent à elle pour la vie, et « dont je désire trouver l'occasion de « lui donner de nouvelles preuves. »

Peu de temps après, la cour de Suède reçut la nouvelle de la naissance du roi de Rome, et le prince royal crut devoir, en son propre nom, adresser à l'empereur la lettre de félicitation suivante :

L'ùarvERs.

StoeiAota, le 6 itril tltt.

*Slfe, « Il m'est doux de me rappeler tout

• ce que je dois aux bontés de Votre «Majesté; c'est surtout dans une cir-

• constance qui me procure l'avantage « de pouvoir lui témoigner la part que « je prends & l'heureuse délivrance de € Sa Majesté l'impératrice. Ce grand

• événement comble les vœux de tous « les Français, les vœux de ceux qui, fc comme moi , conservent le plus par- « fait dévouement pour Votre Majesté.

«Veuilles agréer, Sire, ceux que je « fais pour le. prompt rétablissement

• de votre auguste épouse et pour la «conservation des jours du roi de « Rome. Qu'il vive longtemps pour le « bonheur de la France, pour le bon- « heur particulier de Votre Majesté.

« Mon plus grand désir sera tou- «jours, Sire, de pouvoir donner à « Votre Majesté de nouvelles preuves « de l'inviolable attachement que je lui «porte, et j'ose espérer que mes ef- « forts pourront un jour répondre à t mon attente.

' « C'est avec ees sentiments, etc. »

Plusieurs souverains Quittèrent alors leurs États pour venir féliciter Napoléon : le prince royal , jretenu ed Suéde (>ar tes soins du gouvernement, envoya

§our le remplacer le comte de Brahé , escendant des anciens rois de Suède, qui fut chargé. de la lettre suivante pour Napoléon.

Stockholm, U 6 arril 1811.

«Sire,

« J'ai l'honneur d'annonder à Votre « Majesté que le roi vient d'ordonner « à M. le comte de Brahé de se rendre « à Paris, pour la complimenter sur « l'heureux accouchement de Sa Ma- « jesté l'impératrice et la naissance du « roi de Rome.

* Si la santé du roi avait pu me pera mettre de m'absenter, j'aurais rem- « pli moi-même cette honorable misa sion. Chargé pendant sa maladie de « l'administration du royaume, j'ai dû « renoncer à ce bonheur. M. de Brahé

• est le premier seigneur de Suède, le «plus ancien parmi les comtes, et « aussi distingué par ses principes mo-

« narchiques qtié par la conduite et m « naissance.

« Le roi, Sire, espère que ce choit » pourra être agréable i Votre Majes* « té , et il me charge de la prier d'à- « gréer les vœux qu'il forme pour le « prompt rétablissement de l'impéra- « trice et la conservation des jours du « roi de Rome. *

Il est inutile de remarquer à quel point toutes lés lettres du prince royal a l'empereur sont empreintes de déférence et de dévouement, à quel point on y volt reproduites, sous toutes les formes, ses vives instances pour en-, gager Napoléon à mettre la Suède en position de le servir (*). Mais le mal*

(*) La lettre suivante ajoute une nouvelle preuTe à tout ce qui précède.

Stockholm, 10 juin 1811.

«Sire, • Le général Simon «n'a adressé d* Angle- * terre , où il est prisonnier de guerre , un 4 paquet qu'il me prie de transmettre à M. te duc de Rovigo, ministre de Votre Majesté. Les renseignements qu'il contient ont éveillé mon attention , en ce qu'il m'est parvenu, il y a quelque temps, des frontières d'Allemagne des nouvelles semblables, sur lesquelles je fis alors peu de fonds, mais dont cependant je crois devoir faire l'objet d'une communication à M. le baron Alquier. Je me serais encore seni de son ministère, dans cette circonstance, s'il n'était question que de guerre ou de politique ; mais comme nos ennemis paraissent avoir d'autres projets, j'ai pensé devoir adresser directement à Votre Majesté la dépêche du général Simon. Votre Majesté connaît cet officier; je ne lui en dirai rien: persotine ne sait mieux qu'elle le degré de confiance que l'on peut avoir en lui. Quant à ce qui concerne l'état présent de la Grande-Bretagne sous le rapport de sa situation militaire et financière , le mat qu'elle éprouve par l'expulsion de son commerce du continent, et le changement qui résulterait dans sa politique de l'avenenient du régent au trône, j'ai trouvé ce qu'en dit le général Simon entièrement d'accord avec les avis secrets ei les lettres reçues de ce pays. Sire , les relations qui existent entre la France et la Suède demandent qu'on ne laisse pas ignorer ait ministère de Votre Majesté ce qui peut

SUÈDE

Mut voulut qiM« malgré tontes ces preuves d'intérêt et d'affection , l'empereur, prêtant toujours l'oreille aux insinuations des ennemis du prince royal qui étaient aussi les siens, comme les événements ne font que trop prou- Té) continuât ses mesures hostiles contre la Suède, mesures sans lesquelles il n'eût jamais été au pouvoir du prince royal , lors même qu'il en eût eu le désir, de faire déclarer la Suède contre Napoléon. Le fait suivant , qu'a déjà fait connaître la Biographie des hommes du Jour (*), en est la preuve la plus évidente.

Lors de la diète d'Orébro, les deux comtes de Lcevenhielm se firent remarquer parmi les huit ou dix personnages qui, dans le but ultérieur de la réunion des trois couronnes, agissaient en faveur du roi de Danemark; mais voyant leurs efforts inutiles, et que Charles XIII lui-même* cédant au vœu général, proposait le prince de Ponte- Corvo, comme ils ne désiraient que l'indépendance de la Suède , ils n'insistèrent pas, et l'élection se fit à l'unanimité le 21 août.

Par une politique toute de bienveillance pour les deux Lcevenhielm , le roi Charles XIII désigna, comme on Ta vu plus haut, le comte Charles, son chambellan de. cabinet, pour aller recevoir à Elseneur le nouveau prince royal , et le comte Gustave , pour le recevoir à son débarquement à Helslnborg, et commander les troupes sur sa route jusqu'à Stockholm.

Les deux comtes de Lcevenhielm continuant leur service auprès du prince royal, en attendant qu'il eût formé sa

»■ intéresser la politique des deux puissances « contre l'ennemi commun; mais dans cette « circonstance , le souvenir de mes relations « pirtictilières avec Votre Majesté et lessen- « liment s personnels que je lui ai voués

• m'ont porté à lui adresser directement ce

• paquet; heureux toutes les fois que je puis « trouver l'occasion de lui renouveler l'ex- « pression de mon ancien et respectueux « attachement* Je suis, etc. »

(*) Biographie des comtes de Lcevenhielm, L II, a* partie, p. 3aô.

maison , foraient bien qu'il ne mam quait pas d aspirants pour lés place»

nouvelles qu'elle devait faire créer.

C'était pour eux une position délicate à laquelle ils voulurent mettre un terme. A cet effet, ils demandèrent audience au prince royal » lui exposèrent leurs motifs pour le prier oe loi faire remplacer, lui déclarant d'ailleurs*

Su'ils se décidaient à quitter le service e Suède. « J'ai su , leur dit le prince « royal, miellés ont été vos opinions « et vos démarches lors de mon élec- « tion. Vous vous proposez maintenant « de quitter le service de Suède , et « c'est probablement parce que vous « craignez de servir dans une préfec- « ture française; les apparences auto- « risent vos appréhensions, mais elles « vous trompent , car il est de mon « devoir de servir les intérêts de là « Suède aussi loyalement que j'ai servi « ceux de la France. Ne vous presse* « donc pas de quitter votre patrie. Si , « dans un an , nous reconnaissons en-

* semble qu'il m'est impossible de la « relever , je consentirai volontiers à « votre départ, et peut-être m'en irai* « je avec vous. Maintenant , ajouta le « prince , parlez-moi avec franchise.

«Mon système d'indépendance sera* «t»il populaire? »

Le comte Gustave répondit avec une sincérité doublement commandée par cette noble confiance : « Quelques hom- « mes , dans les hauts rangs , parta-

* gent seuls nos sentiments pour ce , « système ; le reste de la nation n'é-

« coûtant éjue le désir de se venger de « la Russie, et ne comprenant pas « qu'Alexandre, en envahissant la Fin- « lande, n'a fait que céder à la poiiti- « que convenue à Tilsitt avec Napoléon, « ne voit de vengeur que celui-ci , et « lui est dévoué. » — « Je le savais, « reprit le prince, mais je vous sais « gré de votre franchise. Mon entre»

« prise est difficile , elle l'est double- « ment dans ma position chez vous ;

* mais je me regarde comme engagé « d'honneur et par le plus impérieux « devoir, à maintenir l'indépendance « de la couronne à laquelle je suis aji» « pelé. Agissez avec mesure sur l'opi»

L'UNIVERS

* nion ; détournez les Suédois de re- « garder sans cesse à l'orient; portez «leur attention sur la Norwége, et «espérons. »

Mais reprenons le fil des événements.

La saison navigable était enfin arrivée, et avec elle commença la capture des bâtiments suédois par les corsaires .français. Le ministre suédois à Paris demanda le redressement des torts faits aticommerce de sa nation : des représentations furent adressées, dans le même but, au ministre Alquier; les réponses de ce dernier portèrent l'empreinte du rôle de dictateur qu'il s'était proposé -de jouer en Suède.

Le roi, dont la ferme résolution était de remplir fidèlement les engagements qu*il avait contractés, veillait, avec une attention non interrompue, à l'observation scrupuleuse des ordonnances publiées contre le commerce anglais.

Cependant les journaux français insultaient périodiquement le gouvernement suédois, et étalaient avec emphase l'immensité du commerce de la Suède.

Or la diminution considérable du revenu des douanes dans le cours de Tannée 1811 , prouve l'exagération et la fausseté de ces imputations.

Toutefois les violences des corsaires français contre le pavillon suédois augmentèrent journellement; Je ministre de Suède à Paris présenta dans les termes les plus convenables les pertes immenses qui en résultaient pour la nation ; mais loin d'obtenir la remise des vaisseaux capturés et une répression de ces abus pour l'avenir, les tribunaux des

Srises donnèrent presque toujours gain e cause aux capteurs. A la vérité, dans Quelques affaires, le droit parut si évident aux tribunaux, que leurs sentences furent favorables aux Suédois; mais le gouvernement français qui s'était réservé le droit de valider ces décisions, n'en confirma jamais aucune en faveur de la Suède. Ainsi les corsaires ;, assurés de l'impunité, eurent le champ libre pour exercer leurs rapines. On ne se contenta point de condamner, comme bonne prise, les vaisseaux suédois, sous le prétexte qu'ils étaient pourvus de licences anglaises ou qu'ils auraient dû

l'être ; de capturer dans le Sund les petits bâtiments de cabotage % chargés de comestibles et de produits des manufactures du pays ; d'arrêter ceux qui se trouvaient dans les ports allemands, où ils attendaient des cargaisons ; maïs encore on traita les matelots suédois comme des prisonniers de guerre ; ils furent mis aux fers et ensuite envoyés dans les ports d'Anvers et de Toulon pour y servir sur les flottes françaises.

Des démêlés désagréables et presque journaliers eurent lieu dans le cours de l'été de 1811 , entre la régence de la Poméranie et le vice-consul de France. Pour garantir cette province* de l'arrivée de troupes françaises , une force militaire considérable y fut levée , sur la demande expresse de Napoléon et au grand détriment du pays; et la plus scrupuleuse surveillance y était observée, à l'égard du commerce illicite de denrées coloniales. Malgré cette condescendance , il ne fut jamais possible de contenter les prétentions toujours croissantes du vice -consul français.

Une rixe qui eut lieu à Stralsund, entre l'équipage d'un corsaire français et quelques recrues de la landsturm , et dans laquelle il resta prouvé que les Français avaient commencé par outrager et attaquer les soldats poméraniens , fut néanmoins regardée à Paris comme une infraction à la paix , et l'on exigea que les soldats suédois fussent punis de mort.

M. le baron Alquier présenta, au mois de juillet, une note officielle, dont le contenu et le style peu mesuré exigèrent une réponse, qui lui rappela le respect qu'il devait à la nation et les égards que se doivent réciproquement les souverains. M. Alquier prit sur lui de déclarer qu'il ne pouvait plus traiter avec M. Engestrôm , et demanda qu'un individu particulier fût nommé pour correspondre avec lui.

Dès lors tous les rapports officiels avec M. le baron Alquier cessèrent; néanmoins le langage du duc de Bassano parut devoir amener quelque changement dans la politique de la France envers la Suède. On crut en voir une preuve dans le rappel du mi-

SUÈDE

nistre,' rappel qui avait été formellement demandé.

Quelques mois avant ces discussions pénibles, une levée de troupes avait été ordonnée par les états, et cette mesure avait donné lieu à quelques troubles dans nie de Vermdôn , voisine de Stockholm , et dans la province de Roslagen. Ces troubles furent promptement apaisés, et offrirent au prince royal une nouvelle occasion de déployer sa modération , sa prudence, son esprit de conciliation et son patriotisme éclairé. Voici quelques extraits des discours qu'il prononça dans cette circonstance.

«Le roi, disait-il à une députation « de Vermdôn , n'a rien ordonné qui « soit contraire aux lois. Sa Majesté a a seulement fait exécuter une résolu- « tion des états du royaume , sanction- « née et approuvée par Sa Majesté. Le « roi est par conséquent en droit d'at- « tendre la plus stricte obéissance. Le « temps du désordre est passé , il faut « que le règne des lois commence.

«Le roi pouvant légalement lever « cinquante mille hommes, d'après la « résolution des états , pour le recru- « tement de son armée , n'en a cepen- « dant exigé que quinze mille , parce « qu'il les croit suflisants pour la « défense de la patrie.

« Et vous avez pu méconnaître les « intentions paternelles de Sa Majesté ? « Si vos pères avaient été aussi peu « patriotes que vous , la Suède serait « esclave maintenant sous un joug « étranger. Je vous le demande : vou- « lez-vous rester ce que vous êtes , « Suédois et indépendants?

« Je porte tous les bons Suédois « dans mon cœur. J'ai été appelé dans « ce pays par le vœu réuni de la na- « tion et du roi. Je suis venu , avec «confiance, pour vous protéger et « vous défendre; mais si l'on ose s'op- « poser à l'exécution des ordres don- «nés, le coupable sera frappé par « l'autorité légale , aussi promptement « qu'il pourrait être frappé par le feu « du ciel.

«Au reste, je me mets à votre «place; vous conservez encore un

« souvenir déchirant du traitement de « l'ancien landtvârn (*) ; celui oui vit « alors son fils périr d'une manière nii- « sérabie, put hésiter au moins, avant « d'abandonner un autre enfant , pour « lequel il redoute le même sort. Mais « je vous le répète, si l'intérêt de l'É- « tat exige que vos (ils marchent , ce « que je ne crois point encore, je mar- «cherai avec eux et ils seront trai- « tés comme mon Gis.

« Calmez donc ces alarmes puériles, « et souvenez- vous que le seul moyen « d'être maître chez soi , c'estf d'être « préparé contre toute attaque nosr tile.

«... Je ne veux point savoir les k noms des individus qui ont pris part x au désordre ; mais je conserverai toujours le souvenir de ceux d'entre »les habitants de Vermdôn ,. qui se k sont montrés bons Suédois , et heux reusement leur nombre est le plus « grand.

« Pour vous prouver que je veux tix rer le rideau sur le passé, j'irai l'un x de ces jours vous voir dans votre tle i avec mon fils. Je serai sans garde ;

* je ne veux en avoir d'autre que celle x que je dois toujours trouver dans x vos cœurs.

— « Sire , dit-il encore dans un dis- « cours au roi , les mesures prises

* pour le recrutement de l'armée sont » fondées sur une résolution des états

* du royaume , sanctionnée par Votre x Majesté. Elles sont fondées sur la «justice. Quel est le paysan surtout, x oui ne doive en apprécier le bien- « tait , lorsque les terres jusqu'ici prir vilégiées ne sont point affranchies de

* la levée, lorsque tout individu qui a

* l'âge requis en est passible sans dis- « tinction , lorsqu'enfin cette charge

* extraordinaire ne pèse pas plus sur t une classe que sur une autre !

«Tous les bons Suédois sentiront k que l'intention de Votre Majesté est

* plutôt de convaincre nos ennemis t que la Suède est en état de se défen-

* are, que de faire marcher le renfort t qu'elle demande à la nation , pour

(*) Landtvârn, conscription.

L'UNIVERS

« le tenir en réself e afin d'être en « mesure contre tout événement.

— « Portez ? os regards sur le pas- « se 9 disait-il à la députation de Ros- « lagen; examinez ce que vous étiez ■ il y a vingt ans et ce que vous êtes « aujourd'hui ; pour conserver ce « qui vous reste, il n'y a de garantie « pour vous que dans les armes et la • terme volonté de vous en servir au « besoin.

« Ne craignez pas que vos enfants « soient maltraités; j adoucirai leurs «besoins, je partagerai leurs priva- « tions quand il en sera temps. La carci rière des honneurs est ouverte à «tous; celui qui se conduira bien, « peut aspirer a être officier, et à de- « venir même un des chefs de Tar- «mée.

« Maintenant que vous avez l'espé- « rance d'obtenir votre pardon, dites- «moi, avouez-moi franchement, si «dans vos assemblées tumultueuses *. vous n'avez pas craint de voir planer « au milieu de vous l'ombre de Char- « les XII , pour vous reprocher d'hést- « ter un moment de fournir des défen- « seurs à la patrie ! »

Peu de tetnps après , le désaccord toujours croissant entre la Suéde et la France excita dans l'âme du prince royal de si violents combats, de si cruels chagrins, qu'il fut atteint d'une maladie des plus paves , pendant laquelle on le vit invoquer la mort et refuser les secours de l'art. Cependant H se rétablit, et à cette occasion tous tes ordres de l'État vinrent lui présenter les témoignages de leur joie. On a conservé la réponse qu'il adressa aux députés de la banque. Nous croyons devoir en faire connaître quelques passages qui prouvent sa sollicitude

Sour sa nouvelle patrie, et la sagesse e ses vues administratives.

«...Sa Majesté est généralement « satisfaite du zèle des magistrats et « du bon esprit qui anime tous les ha- « bitants du royaume. Partout l'extra* « rotertng (*) est sur le point d'être (*) Nouvelle formation de régiments par lea terres jusqu'alors privilégiées ou affranchies.

«encadré dans l'armée, et les quinze « mille hommes demandés pour son « recrutement sont tous prêts a l'être, « si les besoins de la patrie l'exigent. « Par ce moyen , l'armée de terre sera «d'environ soixante mille hommes, « et l'armée navale de quinze mille ■ matelots. Ces forces paraissent suf- « Usantes au roi pour conserver intact « le territoire suédois; mais l'union « intime qui existe entre lui et la «nation, est le garant le plus as- « sure de notre indépendance. Cette « union rendra aussi vains les efforts « que l'on pourrait faire pour nous as- « servir , que le sont ceux des vagues «qui viennent se briser contre nos « rochers.

« Messieurs , un dépôt bien précieux « vous est confié : celui de la fortune « publique. J'ai vu et je vois avec bien «de la peine les atteintes que lui « portent les spéculations de l'agio* « tage. Les personnes qui persistent à « le confondre avec le commerce, sont «dans une erreur qui pourra leur « être funeste. Le gouvernement pro- « tégera le commerce licite ; il encou- « ragera l'industrie, mais il poursuivra « et punira l'agiotage.

« S'il est impolitique de ne pas sui- « vre la marche du siècle , c'est surtout « en matière de finances ; les souver- « nements les plus puissants de l'Eu- « rope nous offrent de grands exem- « pies. Sachons profiter de leurs le- « çons. »

Cependant la santé du roi s'était rétablie, et lui permit de reprendre en main le sceptre qu'il avait confié à son fils. Le prince profita de cette occasion pour présenter au souverain un compte rendu de sa gestion. Quelques passages de cet acte important trouvent naturellement leur place ici , puisqu'ils font connaître tout ce que la Suède avait déjà gagné, tout ce qu'elle avait réparé de maux, malgré les entraves que son accession au système continental avait apportées à sa prospérité.

« Quand Votre Majesté , dit le « prince, se décida à embrasser la po- « litique continentale et à déclarer la

guerre à la Grande-Bretagne, là Suède sortait d'une lutte malheureuse; ses plaies étaient encore saignantes. Il lui fallut faire de nouveaux sacrifices, dans le moment même où elle perdait une des principales branches des revenus publics la presque totalité du produit de ses douanes.

« Malgré l'isolement où se trouve la Suède, elle a fait, pour l'intérêt de la cause commune, tout ce que Ton pouvait attendre d'un peuple Adèle à ses engagements. Plus de deux millions de rx. ont été employés pour le recrutement de l'armée et la mise en état de défense de nos côtes, de nos Iles, de nos forteresses et de notre flotte.

« Je ne dissimulerai pas à Votre Majesté que notre commerce , pour ainsi dire réduit à un simple cabotage de port à port, a beaucoup souffert de cet état de guerre. Des corsaires, sous pavillons amis , contre lesquels il eût été injurieux de prendre des mesures de sûreté et de précaution, ont proûté de notre confiance dans les traités pour capturer, les uns après les autres, près de cinquante de nos bâtiments. Mais enfin votre flottille, Sire, a requ l'ordre de protéger le pavillon suédois et le commerce innocent de vos sujets, contre des pirateries qui ne sauraient être avouées ni autorisées par aucun gouvernement.

a Les croiseurs sous pavillon français ont donné une extension illimitée à leurs lettres de marque; les torts qu'ils nous ont faits ont été l'objet de nos réclamations; la justice et la loyauté de Sa Majesté' rempereur des Français sont garants de leur redressement.

« La justice et la loyauté envers tous les peuples sont les guides de la politique de Votre Majesté, de même que l'indépendance et le bonheur de ses sujets en sont le but.

« L'armée et les Onances, ces deux

Srincipaux garants de la conservation 'un Etat, ont surtout attiré ma constante sollicitude.

«Une sage économie a présidé à

l'emploi des fonds, qui ont été destinés aux armements que l'état de guerre avait rendus nécessaires. Cette guerre, en influant essentiellement sur les exportations des productions de la Suède, sur la marche générale du commerce et sur l'imagination des commerçants, avait fait monter le cours du change d'une manière exor- Li ;:r.tr. Je me suis particulièrement attaché à arrêter ce fléau des États.

En réprimant d'un côté l'agiotage, j'ai cherché de l'autre à activer l'Industrie intérieure et le commerce licite de la Suède.

■ J'ai eu la satisfaction de voir que mes efforts ont été couronnés de succès, et que le cours du change sur Hambourg, porté jusqu'à cent trentesix sk. le 19 mars, s'est amélioré jusqu'à quatre-vingt-quatre sk. le g janvier.

« J'ai pris des mesures pour encourager et rendre plus générale la culture du lin et du chanvre, pour activer la recherche des sources de sel , pour continuer les défrichements dans la Dalécarlie, pour établir une nouvelle communication et de nouveaux marchés dans le Vermland, pour former une compagnie destinée a pécher le hareng dans la haute mer, pour prolonger les relations de corn* merce avec la Finlande, pour mettre en exécution les résolutions financières des états du royaume, pour donner à la direction des magasins, à celle des douanes et au gouvernement de l'île de Saint-Barthélémy, une nouvelle organisation.

« La récolte n'ayant pas été bonne, j'ai avisé aux moyens de prévenir la disette, en faisant venir du blé de l'étranger, et en permettant, pour que cette importation n'iufluât pas sur le cours du change, qu'on pût exporter du sel, contre l'obligation de prendre des grains en retour. Cet échangea pu s'effectuer d'autant plus facilement, qu'il existe encore une provision suffisante de sel dans le pays pour la consommation de deux ans.

« j'ai vu avec douleur que fuftage et

« la fabrication immodérée de l'eati- « de-vie, en faisant disparaître l'intérêt « général pour l'intérêt particulier, dé- « moralisera la nation, et l'exposera « tôt ou tard à une disette inévitable. « Je n'ai pu employer, à cet égard , que « les exhortations que j'ai puisées dans « les sentiments paternels de Votre a Majesté, et je remets à d'autres temps « et aux lumières des états du royaume « le soin d'arrêter un mal que chaque o particulier reconnaît, et qui va tou- « jours croissant.

' « J'ai porté une attention particu- « lière sur l'état et l'organisation des «hôpitaux, sur les établissements « pieux , sur les moyens d'arrêter, ou « au moins de soulager la mendicité.

« La police intérieure et l'agriculture n ont pas été perdues de vue, « et une académie centrale d'agricul- « ture vient d'être formée pour donner « à l'économie publique et aux con- « naissances statistiques une impulsion « et un encouragement oui contribue- • ront à assurer la prospérité de l'État.

« Les travaux du canal de Gothie, « ce grand monument du règne de « Votre Majesté , ont été poussés avec « une grande activité; ceux du canal « de Sôdertelje, arrêtés par des obsta- « des que le zèle de la direction n'a pas « pu surmonter, reprendront une mar»

« che plus rapide.

« J'ai mis a exécution la résolution «solennelle des états du royaume, « sanctionnée par Votre Majesté, tou- « chant l'armement national ; mais « soigneux de n'enlever à l'agriculture « que les bras indispeusablement néces- « saires pour la défense de la patrie , «je n'ai ordonné que la levée de quinze « mille hommes sur les cinquante mille « que les états avaient mis à la dispo- « sition de Votre Majesté. Les cadres «du nouveau rotering et de Parme- « ment national sont presque entière- « ment remplis, et toutes les mesures « ont été prises pour en utiliser l'em- « ploi. L'armée réglée a été recrutée, «et, ainsi que toute la réserve, ha- « billée à neuf et munie d'armes en « bon état. Il s'en trouve uue quantité « suffisante dans les dépôts, et les fa-

« briques d'armes ont reçu une nou- « velle activité. La fabrication de la « poudre et du salpêtre a été étendue a et améliorée; l'artillerie se trouve « dans un état respectable.

« Votre Majesté daignera voir, par .« ce résumé, que, quoique les détrac- « teurs de la Suède aient osé dire qu'il « faudrait soixante ans pour y organi- « ser une armée de soixante mille nom- «mes, celle-ci pourra cependant se « montrer, au mois d'avril prochain , ,« aux amis comme aux ennemis de « Votre Majesté. Le but de cette aug- « mentation de nos forces militaires « n'est entièrement que défensif. Sans « autre ambition que celle de conserver « sa liberté et ses lois, la Suède veut « pouvoir se défendre, et elle le peut. « Bornée d'un côté par la mer, et de « l'autre par des montagnes inaccessi- « blés , ce n'est pas seulement du cou - « rage de ses habitants, ni de ses beaux «souvenirs de gloire, qu'elle doit se « former une garantie de son indépen- « dance, c'est encore de sa position « locale, de ses monts, de ses forêts, « de ses lacs et de ses frimas. Qu'elle « sache donc profiter de ces avantages « réunis, et que ses habitants se perce suadent intimement de cette vérité, « que si le fer, enfant de leurs montait gnes, prépare les moissons en sillon- « nant leurs champs, c'est aussi le fer « seul et la ferme volonté de s'en servir « qui peuvent les défendre. »

On était alors au 7 jamrier 1812.

Les plaintes proférées par le prince contre les corsaires français se rapportaient surtout à un fait tout récent. Depuis que la saison avait éloigné la flotte anglaise de la Baltique , les corsaires français avaient renouvelé leurs violences avec une nouvelle activité.

Le gouvernement suédois s'était vu dans la nécessité de donner ordre à sa marine d'arrêter les pirates qui gêneraient le commerce au nays de port à port , et qui auraient tait des prises suédoises. Plusieurs corsaires français qui insultaient les côtes avaient été chassés ; l'un d'eux , le Mercure y qui osa pénétrer jusque dans les ports de ta Suède , avait été pris.

SUÈDE

Le roi, affligé de voir ainsi maltraiter ses sujets , et ruiner le commerce suédois, au sein de la paix la plus solennelte , ordonna qu'un courrier fût envoyé sur-le-champ à Paris avec un état exact et détaillé dé tous les dommages que le commerce suédois avait soufferts, et avec la demande que de pareilles violences ne se renouvelassent pas à l'avenir. Le Mercure et son équipage furent mis à la disposition de M. de Cabre, chargé d'affaires de France à Stockholm, auquel M. Ençestrôm remit le 3 janvier la note suivante :

« J'eus l'honneur de vous annoncer « avant-hier que le roi, s'étant adressé « à Sa Majesté l'empereur des Fran- « çais pour porter des plaintes sur les « pirateries exercées par le corsaire le «Mercure, s'en remettait trop à sa « justice et à l'amitié de Sa Majesté Im- « périale et Royale , pour ne pas juger « superflu de garder le corsaire jusqu'à « l'arrivée d'une réponse de Paris :

« qu'ainsi ce bâtiment avec tous les « sujets de l'empereur <mi étaient à son « bord , seront remis à votre disposiez tion quand vous le désirerez.

« C'est pour rendre cette démarche « d'autant plus officielle , que j'ai l'hon- « neur de vous la renouveler par « écrit.

« Des ordres étant donnés de faire « entrer le corsaire en question dans « un port de Suède , où il peut se trou- « verplus en sûreté qu'à la rade de Va- « derose, je ne manquerai pas de vous « marquer le nom du port où il est « stationné , aussitôt que j'en aurai « reçu le rapport. »

A cette lettre, M. de Cabre répondit dès le lendemain en ces termes :

« J'ai reçu la lettre que Votre Ex- « cellence m'a fait l'honneur de m'éacrire hier, dans laquelle elle m'an- « nonce que Sa Majesté le roi de Suède «juge superflu de garder le corsaire « français le Mercure y jusqu'à ce qu'il « ait reçu une réponse de Paris; et que « ce bâtiment et les sujets de l'empe- « reur qui étaient à son bord sont à ma « disposition.

« Je n'ai rien appris relativement à

« cette affaire ; que ce que vous aves « bien voulu m'en communiquer, mon- « sieur le baron ; j'ignore absolument , « où se trouve le Mercure: il m'est « par conséquent impossible de lui « transmettre les nouvelles disposiez tions de la cour de Stockholm à son « égard. Il est donc nécessaire^ pour «leur* donner leur plein effet, que « Votre Excellence fasse parvenir dans « le port de Suède , où ce bâtiment « aura pu être conduit, Tordre du roi « de faire savoir à celui qui commande «qu'il est maître d'aller où bon lui « semblera. Je soumets cette mesure à « votre sagesse , monsieur le baron ; et « Votre Excellence jugera si elle est « convenable.

« En attendant , je me suis empressé «d'informer Son Excellence monsei- « eneur le duc de Bassano du contenu « de la lettre de Votre Excellence , en « date d'hier. Je lui ai pareillement c adressé les pièces relatives à la même « affaire , que vous aviez bien voulu « me communiquer précédemment.

« Agréez , monsieur le baron , etc. »

Le 'chargé d'affaires de Suède à Paris exécuta ce qui lui avait été ordonné. Le ministère de France donna l'espérance que les représentations de la Suède seraient écoutées, et que les griefs dont elle se plaignait seraient examinés avec une impartiale justice.

Pendant que le gouvernement suédois se livrait à l'espérance consolante de voir enfin disparaître tout motif d'éloignement entre les deux cours, par une explication loyale et généreuse du gouvernement français, il apprit que déjà dès le commencement ue l'automne, le prince d'Rckmùhl , commandant les troupes françaises dans le nord de l'Allemagne, avait annoncé qu'il ferait entrer ces troupes dans la Poméranie et dans l'île de Rugen, aussitôt que les glaces le lui permettraient. Les instructions que le commandant suédois avait reçues, donnaient lieu d'espérer que ses troupes défendraient les provinces allemandes contre toute agression étrangère. Malheureusement l'astuce prévalut sur le (Je voir, le courage des troupes suédoises fut paralysé

L'UNIVERS

p* la MMesse de leur chef, et la Poméranie fut envahie.

Ce nouvel outrage excita une vive indignation en Suède, et l'exaspération de la nation fut à son comble. A peine cette nouvelle fut-elle parvenue à Stockholm , que le prince royal crut devoir adresser la lettre suivante à l'empereur.

Stockholm • le ix férritr 181s.

« Sire ,

« Les rapports qui viennent d'arri- « ver portent qu'une division de l'ar- « méeaux ordres du prince d'Eckmùhl « a envahi le territoire de la Poméra- « nie suédoise dans la nuit du 36 au « 27 janvier : cette division a poursuivi « sa marche , est entrée dans la capitale du duché, et s'est emparée de « l'île de Rugen.

a Le roi attend que Votre Majesté « fasse connaître les causes qui ont pu « la porter à agir d'une manière aussi a diamétralement opposée aux traités « existants. Mes anciens rapports avec « Votre Majesté m'autorisent à la sup- « plier de ne pas tarder à faire con- « naître ses motifs , pour que je puisse

* donner au roi mon opinion sur I adop- « tion de la politique que la Suède doit « embrasser désormais.

« L'outrage fait gratuitement à la « Suède est vivement senti par le peu- « pie , et doublement par moi , Sire , «oui suis chargé de l'honneur de le « défendre. Si j'ai contribué à rendre « la France triomphante, si j'ai cons-

* tamment souhaité de la voir respec- « tée et heureuse , il n'a jamais pu en- « trer dans ma pensée de sacrifier les « intérêts, l'honneur et 1- indépendance « du pays qui m'a adopté. Votre Ma- « jeste , si bon juge dans le cas qui

* vient d'avoir lieu , a déjà pénétré ma « résolution. Peu jaloux de la gloire et

* de la puissance qui vous environnent , « Sire, je le suis beaucoup de ne pas a être regardé comme vassal. 'Votre « Majesté commande à la majeure parci tie de l'Europe, mais sa domination « ne s'étend pas jusqu'au pays où j'ai « été appelé. Mon ambition se borne à « le défendre, et je le regarde comme

« le lot que la Providence m'a départi. « L'effet que l'invasion , dont je me « plains , a produit sur ««peuple , peut « avoir des conséquences incalculables ; « et quoique je ne sois point Coriolan , « et quoique je ne commande pas à, « des Volsques, j'ai assez bonne opt- « nion des Suédois pour vous assurer, « Sire , qu'ils sont capables de tout «oser et de tout entreprendre, pour « venger les affronts qu'ils n'ont point « provoqués , et pour conserver des « droits auxquels Ils tiennent peut-être « autant qu'ils tiennent à leur exis- « tence. »

L'entrée des troupes françaises en Poméranie fut immédiatement suivie de l'arrestation des employés suédois dans cette province. Ils furent conduits dans les prisons d'Hambourg.

Là on les menaça de la mort ; on s'efforça vainement de- les obliger, par des promesses, à rompre leurs serments; les dernières ressources du pays furent épuisées par d^s contributions énormes ; on força, par des coups de canon , les bâtiments suédois à rester dans, les ports de la Poméranie, et on les arma aussitôt en course ; les emplois publics de la province furent occupés par des agents français, enfin deux régiments suédois furent désarmés et envoyés en France comme prisonniers de guerre.

Pendant que ces hostilités s'exerçaient dans la Poméranie, on arrêtait les postes suédoises à Hambourg, et on y faisait des perquisitions secrètes pour découvrir les sommes que les Suédois y possédaient. Le chargé d'affaires de' Suède à Paris, privé de toute nouvelle de la Suède, eut bientôt, par la voie publique, la certitude de l'entrée des troupes françaises dans la Poméranie. Il présenta en conséquence une note au duc de Bassano, pour obtenir des éclaircissements sur cette occupation. On lui demanda si c'était par ordre de sa cour qu'il faisait cette représentation, et lorsqu'il eut déclaré que, dans une affaire de cette importance , il avait cru devoir prévenir les ordres du roi son maître, le duc <fo Bassano lui fit observer qu'il fallait les

suÈnu.

attendre i avant qu'il pût s'expliquer sur l'objet principal.

Dans cet état des choses \ on conçoit

Sue le premier soin de Charles XIII evait être de s'assurer des dispositions des puissances dont l'influence était la plus intéressante pour la Suède , et de se préparer, par de nouvelles alliances, la plus grande sécurité pour l'avenir.

Le silence du cabinet français continuait , et tout annonçait une rupture Srochaine entre cette puissance et la Russie. La saison s'approchait où les flottes anglaises visiteraient de nouveau la Baltique, et il y avait tout lieu de prévoir que le ministère britannique , en récompense des ménagements accordés au commerce suédois, exigerait une conduite pacifique plus décidée de la part de Charles XIII. La Suède se voyait par conséquent à la fois exposée au ressentiment de l'empereur Napoléon ou aux hostilités de la Grande- Bretagne , et aux agressions de la cour de Russie. Le Danemarck avait déjà pris une attitude menaçante.

Charles XIII, convaincu du danger qu'il y avait à se laisser entraîner par la marche précipitée des événements , jugea qu'il était temps de se rapprocher du cabinet anglais. Le marquis de Wellesley, alors ministre des affaires étrangères , se montra disposé à accueillir les propositions de la Suède, et pénétré du danger imminent que courait l'Europe. Quelque temps après , un traité de paix , avantageux aux deux pays, fut conclu à Orebro avec l'Angleterre.

Le gouvernement suédois devait re-

farder l'ignorance où l'empereur des rançais laissait la Suède, relativement à ses intentions ultérieures, comme une preuve de la ferme résolution où il était de l'entraîner despotiquement dans son système continental, système dont elle se trouvait naturellement détachée par la prise de la Poméranie. Il avait d'ailleurs sous les yeux un exemple frappant dans le sort que subissait une puissance de P Allemagne, amie de la Suède, gui, après avoir été très-longtemps laissée dans

l'incertitude, sur tq question de moi* si ses offres d'alliance seraient acceptées, avait été tout à coup cernée par des armées françaises, et s'était vue contrainte de se livrer à la discrétion, de l'empereur.

La réunion du pays d'Oldenbourg ^ l'empire français donna lieu à des aifférends, tant à cet é^ard que relativement au système continental , entr*.

les cours de France et de Russie, et les préparatifs de guerre qui se faisaient de&deux cotés devaient naturellement conduire à des hostilités out vertes. Cependant la France n'avait encore fait auprès de Charles XIIJ aucune démarche tendante à engager la Suède dans une guerre contre la Russie.

Mais quand les rapports des deux États devaient être regardés comme rompus, par l'occupation de la Poméranie, les propositions suivantes furent faites de la part de l'empereur f non pas officiellement , mais jiar une voie non moins sûre, M. deSigneul, chargé d'affaires de Suède à Paris, . que Napoléon se décida à envoyer à Stockholm dans le courant du mois de mars.

Après avoir fait un long exposé des déviations souvent répétées de la Suède, d'une observation sévère des principes du système continental, déviations oui ,'disait-il , l'avaient à la fin forcé rfe faire entrer ses troupes en Poméranie, sans cependant l'occuper, Napoléon exigeait :

Qu'une nouvelle déclaration de guerre fût faite à l'Angleterre; que toute communication avec les croiseurs anglais fût sévèrement défendue; que les rivages du Sund fussent pourvus de batteries , la flotte équipée , et le canon tiré contre les bâtiments anglais.

Qu'en outre, la Suède mît sur pied une armée de trente à quarante mille hommes pour attaquer la Russie , au moment où les hostilités commenceraient entre cette puissance et l'empire français.

Pour dédommager la Suède, l'empereur lui promettait la restitution de la Finlande, des possessions en Alla*

L'UNIVERS

magne, et des secours pour continuer la guerre.

Napoléon s'obligeait, en outre, à acheter pour vingt millions de francs de denrées coloniales, à condition que le payement ne s'effectuerait qu'après que les marchandises auraient été déchargées à Dantzig ou à Lubeck.

Enfin , Napoléon permettait que la Suède pût participer â tous les droits et avantages dont jouissaient les États de la confédération du Rhin.

Le gouvernement suédois fixa d'abord son attention sur la différence immense qui existait entre les sacrifices exigés et le dédommagement que le royaume pouvait s'en promettre. Il ne se dissimula point qu'un état de guerre active avec la Russie, dont la suite nécessaire serait des hostilités ouvertes avec la Grande-Bretagne , surpasserait les forces et les ressources de la Suède; que la présence d'une flotte anglaise dans la Baltique pourrait enchaîner, pendant l'été , les opérations suédoises , et que d'ailleurs il n'existait aucun grief contre la Russiedepuis le traité conclu avec elle; qu'en attendant, les côtes et les

rirts de la Suède seraient abandonnés la vengeance de l'Angleterre ; qu'une complète stagnation du commerce et l'interruption du cabotage occasionneraient une misère publique; que le besoin pressant où allait se trouver la Suède de se pourvoir de blé , exigeait impérieusement des rapports pacifiques tant avec la Russie qu'avec l'Angleterre; que la fin subite de la guerre entre la France et la Russie laisserait infailliblement la Suède sans aucune .augmentation de territoire, surtout si l'armée suédoise, par l'effet de la guerre avec l'Angleterre, était mise hors d'état de s'éloigner de ses parages ; que d'ailleurs ces préparatifs et une année de guerre demanderaient une dépense de douze à quinze millionsde rixdalers, dépense au-dessus de ses ressources.

Charles XIII n'hésita donc plus, et il ouvrit ses ports aux pavillons de toutes les nations.

Il fallait cependant répondre aux propositions de la France; Charles XIII lit déclarer à Napoléon , par M. de Si-

gneul , que la Suède, convaincue que ce n'était qu'à lui qu'elle devait la perte de la Finlande, ne fourrait jamais croire à son amitié pour elle, s'il ne lui faisait donner la Norwége , pour la dédommager du mal que sa politique lui avait fait.

Nous avons vu plus haut(*), que dès son arrivée en Suède, le prince royal avait senti la nécessité de cette accession , qui devait faire de la presqu'île Scandinave un tout homogène et compacte , en réunissant deux peuples de même origine et dont les intérêts devaient être les mêmes. Aussi n'avaitil rien négligé pour faire sentir aux Suédois que cette acquisition leur serait beaucoup plus utile que la restitution de la Finlande, dont le peuple était sans doute dévoué à la Suède, mais dont la noblesse, d'ailleurs trèsinfluente, s'était montrée si indocile et si vénale sous le règne de Gustave III , et sous celui de son fils. En acquérant la Norwége, la Suède augmentait l'étendue de son littoral et les ressources de sa marine , elle obtenait de nombreux débouchés sur la mer du Nord , et vingt-quatre villes régulières presque toutes sur les côtes. En outre, la Norwége pouvait fournir trente mille hommes d'infanterie et cinq mille de cavalerie , qui , réunis aux ressources de la Suède, faisaient de la presqu'île un État important, et capable de lutter avec avantage contre toute agression étrangère , tandis que la Finlande pouvait être reprise sans

Seine par la Russie, et que l'invasion e la Poméranie par les Français, jointe à l'exemple du passé, prouvait a quel point étaient peu stables les établissements suédois en Allemagne.

Napoléon, qui modifiait si facilement la carte de l'Europe, aurait pu consentir à cette cession, en dédommageant le Danemark par quelque échange; mais, invoquant dans cette circonstance le droit des nations qu'il avait si souvent violé, il déclara qu'étant l'allié et l'ami du roi de Danemark , il ne consentirait jamais à le dépouiller,

(•) Page 3a8, col. r.

SUÈDE

fer

et qu'il regardait cette proposition comme un outrage.

Le ton de Suzeraineté que prenait Napoléon, était plus propre à accroître l'irritation , gu'àfaire oublier de justes griefs ; aussi le gouvernement suédois qui prévoyait un refus de ce genre, avait noué des négociations avec la Russie. Le prince royal, par ordre du roi, répondit en ces termes à Napoléon :

Stockholm, le >4 mars ilxa.

«Sire,

« Des notes viennent de me parve- « nir , et je m'empresse de m'en ouvrir « à Votre Majesté Impériale, avec toute « la franchise qui constitue mon caractère.

« Lorsque les vœux du peuple sué- «dois m appelèrent à succéder au «trône, j'espérais, en quittant la « France, pouvoir toujours allier mes «affections personnelles aux intérêts «de ma nouvelle patrie. Mon cœur «nourrissait l'espoir qu'il pourrait « s'identifier avec le sentiment de ce « peuple , tout en conservant le souve- « nir de ses premiers penchants , et en « ne perdant jamais de vue la gloire « de la France , ni l'attachement sin- « cère qu'il a voué à Votre Majesté ; at- « tachement fondé sur une confrater- « nité d'armes que tant de hauts faits « avaient illustrée.

« C'est avec cet espoir que je suis « arrivé en Suède; j'ai trouvé une na- «tion généralement attachée à la « France, mais plus encore à sa liberté « et à ses lois; jalouse de votre ami- « tié, Sire, mais ne désirant jamais « l'obtenir aux dépens de son honneur « et de son indépendance. Le ministre « de Votre Majesté a voulu heurter ce « sentiment national , et son arrogance « a tout gâté. Ses communications ne « portaient aucun caractère des égards « que se doivent mutuellement les têtes « couronnées ; en remplissant au gré de « ses passions les intentions de Votre « Majesté , le baron Alquier parlait en « proconsul romain , sans se rappeler « qu'il ne s'adressait point à des es- « claves.

« Ce ministre a donc été la première

27 livraison. (Suède.)

■ cause de la méfiance que la Suède a « commencé à montrer pour les intenb tions de Votre Majesté à son égard ; «d« événements subséquents ont dû « y ajouter un nouveau poids.

« Déjà , Sire , j'avais eu l'honneur de k faire connaître à Votre Majesté Im-

* périale , par mes lettres du 19 novembre et 8 décembre 1810, la si- « tuation de la Suède , et le désir qu'elle > avait de trouver en Votre Majesté

* un appui ; elle n'a pu voir, dans le « silence de Votre Majesté, qu'une h> « différence non méritée; et elle a dû use prémunir contre l'orage prêt à k fondre sur le continent.

« Sire , l'humanité n'a déjà que trop « souffert. Le sang des hommes inonde

* la terre depuis vingt ans ; et il ne

* manque à la gloire de Votre Majesté i que de l'empêcher de couler.

« Si Votre Majesté trouve bon que

* le roi fasse connaître à Sa Majesté s l'empereur Alexandre la possibilité

* d'un rapprochement , j'augure assez i bien de la magnanimité de ce mot narque pour oser assurer qu'il se « prêtera a des ouvertures également i équitables pour votre empire et pour « le Nord ; si un événement si inattendu

* et si universellement désiré pouvait «avoir lieu, combien les peuples du « continent ne béniraient-ils pas Votre s Majesté ! Leur reconnaissance serait i augmentée, en raison de l'effroi que

* leur inspire le retour d'un fléau qui

* a tant pesé sur eux , et dont les rat vages ont laissé des traces si cruelles.

« Sire, un des moments les plus heur reux que j'aie éprouvés depuis que j'ai

* quitte la France*, c'est celui qui m'a

* procuré la certitude que Votre Mak îesté ne m'avait pas tout à fait ou-

* blié. Votre Majesté a bien jugé mon

* cœur; elle a reconnu combien il de-

* vait être tourmenté par la perspeci tive douloureuse de voir les intérêts » de la Suède à la veille d'être séparés « de ceux de la France, ou de sacrifier

* ceux de la patrie qui m'a adopté avec «une confiance sans bornes. Sire, r quoique Suédois par honneur, par

* devoir et par religion , je m'identifie » encore par mes voeux à cette belle

ata

* France qui m'a tu naître, et que j'ai « servi fidèlement depuis mon enfance; « chaque pas que je fais en Suède , les « hommages que j'y reçois réveillent « dans mon âme ces beaux souvenirs «de gloire qui ont été la principale « cause de mon élévation , et je ne me « dissimule pas non plus que la Suède , «en me nommant, a voulu payer ce « tribut d'estime au peuple français. »

Cette lettre fut portée à Pans par le courrier Desables , qui la remit aux Tuileries à l'officier de service. Napoléon en la lisant s'abandonna à une violente colère. « Le misérable, s'écriat-il, il ose me donner des conseils! » L'ordre fut aussitôt intimé d'arrêter Desables et de l'enfermer à Vincennes, d'où jl ne sortit qu'au bout d'un mois, grâce à l'intervention de la reine d'Espagne, Julie, sœur de la princesse royale de Suède.

, Et pourquoi Charles- Jean n'auraitil pas été en droit de donner des conseils à Napoléon ? Était-ce donc lapremière fois qu'il le faisait, et Napoléon s'était-il donc si mal trouvé, avant le traité de Leoben et à Wagram , des conseils de son lieutenant? Pourquoi ne comprit-il pas cette lettre ? pourquoi , au moment d'engager une lutte si incertaine et qui devait lui être si funeste, se laissa-1-il étourdir par sa confiance dans sa fortune, et ne vit-il pas de cjuels secours seraient pour ses ennemis les directions d'un général formé à In même école que lui , et non moins favorisé que lui de la victoire ?

C'est que depuis lougtemps Napoléon dans ses vastes desseins avait sacrifie la Suède ; c'est qu'il la voulait non comme alliée, mais comme ennemie dans la lutte terrible qu'il allait engager. Sans doute il n'ignorait pas de quel secours la Suède pouvait être pour lui; il n'ignorait pas que le prince royal , débarquant en Finlande a la tête de quelques bataillons et avec le drapeau suédois , arriverait à Saint-Pétersbourg plus promptemeni qu'il n'arriverait luimême a Moscou ; mais au retour de cette expédition , dont on doit reconnaître qu'il pouvait se fhnter de sortir vainqueur, quand on songe quelle

était sa puissance alors qu'il entraînait presque toute l'Europe a sa suite , et qu'il voyait à Dresde huit têtes couronnées, assister chaque matin à son lever, au retour de cette expédition, dis-je, il eût fallu reconnaître les services de la Suède, et depuis longtemps la presqu'île Scandinave était réservée par lui comme un dédommagement qu'il pouvait offrir à la Russie, ou comme une récompense destinée au Danemark allié t docile et dévoué. Cette dernière intention , son agent Desaugiers l'avait laissée entrevoir en juillet 1810, lorsqu'il appuya la candidature du roi Frédéric VI, et lui-même ne l'avait pas dissimulée quand il engagea la Suéde à s'en remettre aux sentiments généreux de l'empereur Alexandre. Voilà pourquoi toutes ses mesures tendirent a exaspérer la Suède j voilà le secret de la conduite du ministre Alquier.

Certes , si quelque chose dut surprendre Napoléon, c'est que le gouvernement suédois eût tant tardé à se tourner contre lui, et qu'il eût fallu tant d'efforts pour l'amener à cette résolution.

Quand Napoléon , dans sa dernière entrevue avec le prince de Ponte-Corvo , lui dit : Partez , que nos destinées s'accomplissent; quand le jour même où le prince quitta Paris, Napoléon dit au duc de Frioul : J'aurais été charmé qu'il n'eût pas accepté; c'étaient autant de paroles prophétiques.

Il prévoyait dans quelle position il allait placer un homme auquel, malgré leurs desaccords passés, il lui était impossible de refuser son estime; il pensait qu'il pourrait avoir un jour à le combattre et peut-être à le vaincre, et il aurait voulu se soustraite à cette nécessité dans laquelle le plaçaient les grandes résolutions qu'il avait prises.

Répétons-le, Napoléon et son ancien frère d'armes avaient tous deux des devoirs différents, et tous deux les remplirent. Napoléon voulait assurer le bonheur de la Fiance en terrassant l'Angleterre , et pour atteindre ce but, il fallait, selon lui, qu'il dominât en Europe; Charles-Jean aussi voulait la prospérité de la Suède, et pour cela

SUÈDE

il fallait qu'il retttt libre et indépendant, dût-il se voir dans la pénible nécessité de tourner ses armes contre son ancienne patrie. Voilà lé véritable fond des choses. Tous deux ont été ce qu'ils devaient être. Napoléon vainqueur se fût sans doute montré généreux envers Charles-Jean, et celui-ci, réduit à combattre son ancien souverain, n'a rien négligé pour l'arrêter sur le bord du précipice.

Les négociations avec la Russie touchaient à leur terme. Le prince royal S ou vait compter sur l'empereur Alexanre qui , dès le mois de décembre 1810 , lui avait demandé son amitié, dans une lettre confidentielle dont il avait chargé le général Suchtelen. Voici cette lettre :

« Pour Votre Altesse Royale seule.

« Après m'être acquitté de mes de- « voirs envers le prince royal , qu'il me « soit permis de m'adresser à l'homme « distingué par ses talents, son carae- « tère, ses principes. Je désire sincè- « rement votre amitié, votre confian- « ce ; je les ambitionne même, parce que « mon estime vous était vouée depuis « longtemps et quand vous n'étiez que « simple général. ,

« Je suis fait pour comprendre et «répondre à l'expression dont vous « vous êtes servi envers Czernischeff , . « et cW d'âme que je veux être votre « ami. Élevé moi-même par un répu- « biicain , j'ai de bonne heure appris à « priser plus l'homme que les titres.

« Ainsi , je me trouverai plus flatté « des liens qui s'établiront entre nous • comme homme a homme que comme « souverains. L'envoi de Czernischeff « n'a été que dans ce but et dans l'in- « tention de vous rassurer sur les in- « quiétudes qu'on s'était plu à vous « donner sur moi. Tout ce qu'il m'a « marqué sur vos sentiments m'a fait « un plaisir extrême, parce que j'y ai « reconnu ce caractère que j'ai toujours affectionné en vous; comptez « constamment sur moi , et ne vous « laissez jamais effaroucher par les « craintes qu'on essayerude vous donner « sur la Kussie. Son intérêt se trouve « daus la conservation de la Suède.

« Veuillez me répondre delà même « manière; une lettre particulière sans « étiquette me sera infiniment chère «de votre part.

« Albxakdbb.

• « Dix-neuf décembre 1810. »

A des ouvertures si honorables , le prince royal avait fait cette réponse pleine de noblesse :

« La lettre que Votre Majesté a jointe à la lettre qu'elle m'a fait l'honneur de m' écrire, m'a pénétré de la plus vive reconnaissance. Je suis heureux d'avoir pu inspirer à Votre Majesté les sentiments qu'elle veut bien me témoigner. Déjà, à Tilsitt, Votre Majesté daigna s'expliquer sur mon compte d'une manière flatteuse et obligeante ; depuis, Votre Majesté m'a donné un témoignage bien éclatant de son estime, elle n'a point traversé mon élection en Suède.

« Cette conduite généreuse dans une conjoncture où la politique de l'Europe aurait justifié tout ce qui aurait été pratique de contraire, m'a attaché sans réserve à Votre Majesté.

« J'ai souffert, à la vérité, des menaces qu'on m'a faites en son nom, et, je I avoue, je ne me confiais plus que dans le courage de la nation et (a justice de ma cause. Mais M. de Czernischeff est arrivé sur ces entrefaites; les assurances qu'il m'a données de la part de Votre Majesté m'ont fait le plus grand plaisir; je ne lui ai pas caché que je voulais vivre indépendant; je me suis expliqué sur tout ce qui touche si essentiellement Votre Majesté et son immense empire. Si M. de Czernischeff a rendu fidèlement nos conversations, Votre Majesté a pu se convaincre de mon affection pour elle comme homme, et de mes sentiments comme prince du Nord.

« Oui , Sire , je deviendrai l'ami de Votre Majesté, puisqu'elle veut bien me dire que c'est d'aine qu'elle veut l'être. Des cet instant , je eompte sur son amitié, et elle peut compter invariablement sur la mienne. De longs et sanglants démêlés ont existé entre la Russie et la Suède; peut-

LTJKItERS.

« être alors avait-on raison de décider « par les armes des prétentions récw « proques ; aujourd'hui ces temps ne « sont plus, et la paix doit être 1 objet « commun des deux nations.

« Chablbs-Jban.

« Stockholm, le 16 janvier 1811. »

Des relations aussi affectueuses avaient bien préparé les voies aux négociations, et auand la Suède , humiliée et blessée par ta France, vint offrir son alliance à la Russie, Alexandre n'hésita pas un seul instant à accueillir les ouvertures qui lui étaient faites. Le comte Gustave de Lôwenhielm fut chargé par le prince royal de cette mission. Il était porteur de la lettre suivante :

Stockholm , le 7 mars x8i».

« Sire ,

« L'occupation de la Poméranie sué- « doise par les troupes françaises en- « gage le roi à dépêcher le comte de « Lôwenhielm , son aide de camp gé- « néral , près de Votre Majesté Impé- « riale. Cet officier, qui jouit de toute «la confiance de son souverain, est «chargé de faire connaître à Votre « Majesté les motifs qui ont servi de « prétexte à cette invasion , diamétralement opposée aux traités exis- « tants.

« Les côtes de la Méditerranée, de « la Hollande et de la Baltique , suc- «cessivement réunies, l'intérieur de « l'Allemagne cerné , ont dû faire en- « trevoir aux princes, les moins clair- « voyants, que les règles de la politique , « mises de côté, allaient incessamment « faire place à un système qui , détrui- « sant toute espèce d'équilibre , réuni- « rait une foule de nations sous un seul « chef. Les monarques tributaires , ef- « frayés de cette domination toujours « croissante , attendent, consternés , le « développement de ce vaste plan.

« Au milieu de ce deuil universel , « le regard des hommes se tourne vers « Votre Majesté; déjà il s'élève; mais « souffrez que j'observe à Votre Ma- « jesté qu'il n'est , dans aucun succès « de la vie , rien de semblable à la ma- « gie du premier instant; tant que son « pouvoir dure , tout dépend de celui «qui veut agir; les esprits étonnés

« sont incapables de réflexion , et tout « cède à la volonté et à l'impulsion du « charme qu'ils craignent, ou qui les « attire.

« Veuillez, Sire, recevoir, avec bonté, •l'expression de ma reconnaissance « pour les sentiments que Votre Ma- « jesté me témoigne. S'il me reste des « voeux à former, c'est pour la conti- « nuation d'un bonheur dont je serai « toujours digne par le prix que j'y at- « tache. »

A l'époque où cette lettre partit , Napoléon n'avait point encore déclaré la

Suerre à la Russie ; personne alors ne outait de la puissance du conquérant et du succès de son entreprise (*).

Alexandre répondit avec empressement à cette marque de confiance.

Avoir pour lui la Suède et l'habile général qui la gouvernait c'était, à la veille de la lutte qui allait s'engager, garantir son flanc droit, accroître son armée de plus de cent mille hommes et doubler ses chances de succès. Un traité d'alliance entre la Russie et la Suède fut signé le 24 mars à Saint-Pétersbourg (**). Le prince royal devait entrer en campagne et réunir sous ses ordres un corps russe. La Norwége était promise à la Suède. Le 3 mai suivant la Grande-Bretagne accéda à ce traité.

Ce fut également vers la, fin de mars<* que la France fit une nouvelle tentative pour engager la Suède dans une guerre ouverte contre l'Angleterre et la Russie. M. Niepperg, ministre d'Autriche à la cour de Suède, reçut du prince de Schwartzemberg, ambassadeur d'Autriche à Paris, un courrier qui lui apportait la nouvelle qu'une alliance avait été

(*) C'est donc à tort qu'on a reproché i la Suède d'avoir attendu les revers de Napoléon pour se tourner contre lui.

(**) C'est ce traité qu'on désigne ordinairement , mais à tort , sous la dénomination de traité dtAbo. L'entrevue demandée au prince royal n'eut lieu à Abo que le 18 août suivant (voyez plus bas ). Elle n'avait pour but que de consulter le prince royal sur le* opérations ultérieures , et de régler la part que la Suède voudrait y prendre.

SUÈDE

conclue à Paris le 14 mars, entre la France et cette puissance. Le prince de Schwartzemberg chargea lemmistrede sa cour à Stockholm de communiquer cette nouvelle à Charles XIII , et d employer toute son influence pour faire participer la Suède à la guerre contre la Russie. Voici quelle tut la réponse que M.4£ngestrôm remit à M. Niepperg au nom du gouvernement suédois :

« Les menaces de la France , ses at- « taques réitérées contre le commerce « de la Suède, l'enlèvement de près de «cent bâtiments destinés pour des « ports amis et soumis à la France , le « séquestre mis sur les propriétés'sué- « doises à Dantzig et autres ports de < la Baltique , et enfin l'invasion de la « Poméranie, faite au mépris des trai- «tés, justifieraient suffisamment la « Suède de tous les engagements qu'elle « aurait pu prendre avec les ennemisde « la France. Quels que soient les justes « griefs qu'elle a contre cette puissance, « elle ne désire pas la guerre, et elle « rejette la pensée d'être forcée de la « faire , même pour conserver son in- « dépendance et ses lois. La Suède est « donc prête à écouter toutes les prp- « positions conciliatoires qui pourront « lui être faites. La justice est pour « elle. Si la Suède avait la conviction « que Sa Majesté l'empereur Alexandre , « arme pour asservir l'Europe et pour « tout soumettre au système russe , et « étendre ses États jusqu'au nord de «l'Allemagne, la Suède n'hésiterait « pas un moment à se déclarer et à « combattre pour arrêter cette ambi- « tion ; elle serait dirigée par le prin- « cipe d'État, qui devrait lui faire crain- «dre un accroissement de puissance c aussi dangereux ; mais si , au con- « traire , la Russie n'arme que pour sa «propre défense, pour préserver ses, « frontières , ses ports et même sa « capitale , de toute invasion étrangère ; « si , en cela , elle ne fait qu'obéir à « l'impérieux devoir de la nécessité, il • est de l'intérêt de la Suède de ne pas « balancer un moment à défendre les « intérêts du Nord , puisque les siens « y sont communs. « La Suède ne peut pas se flatter

« de pouvoir, comme puissance du se- » cond ordre , se soustraire à l'état de i servitude dont la France menace les » États du premier ordre. Une guerre

* entreprise pour reconquérir la Fin- « lande n'est nullement de l'intérêt de « la Suède; l'Europe est instruite des i causes oui la lui firent perdre ; en-

* treprendre une guerre pour s'en rei mettre en possession , serait méconi naître les intérêts du peuple suédois; t cette conquête occasionnerait des

* dépenses que la Suède n'est pas en i état de supporter; et son acquisition, i eh admettant qu'elle pût s'effectuer, t ne pourrait jamais balancer les dani gers qui en résulteraient pour elle ; t les Anglais lui porteraient des coups (funestes pendant l'éloignement de t ses armées ; ses ports seraient brûi lés ou détruits , et ses villes marii times réduites en cendres: d'ailleurs, c dès qu'un changement s'effectuerait t dans le système politique de la Rust sie , soit après des succès , soit après c des défaites , ses anciennes vues sur c la Finlande ne manqueraient pas de c faire peser sur la Suède une guerre i désastreuse : le golfe Botbnique sé- » pare les deux États ; aucun motif de

< division n'existe , et la haine natioc naJe disparaît chaque jour, par suite i des dispositions pacifiques des deux i souverains.

« Si la France veut reconnaître la > neutralité armée de la Suède , neu- ( tralité qui doit emporter avec elle le

< droit d ouvrir ses ports , avec des (avantages égaux pour toutes les » puissances, elle n'a aucun motif de cse mêler dans les événements qui

< pourraient avoir lieu.La France s'eni gagerait à restituer la Poméranie; et, t dans le cas où elle se refuserait à cette

< restitution que réclament à la fois les i droits des nations et la foi des traii tés, Sa Majesté le roi de Suède aci cepte la médiation , pour cet objet i seulement, de Leurs Majestés l'em- ( pereur d'Autriche et l'empereur dé t Russie ; il se prêtera à une réconciliai tion compatible avec l'honneur natiot nal et les intérêts du Nord.

«Sa Majesté le roi de Suède, ptr*

ut

L'UNIVERS

« suadé que tous les préparatifs faits « par Sa Majesté l'empereur Alexandre, « iront qu'un but purement défensif , « et ne visent qu'à préparer à son em- « pire cette même neutralité armée , « que la Suède désire établir de con- « cert avec la Russie , s'engage à faire « tous ses efforts auprès de Sa Majesté « Impériale, pour qu'une rupture n'ait < pas lieu avant qiron se soit entendu « sur l'époque où des plénipotentiaires «suédois, français, autrichiens et « russes pourront se réunir pour con- * venir à l'amiable d'un système de « pacification qui , basé sur la neutra- « [ité susmentionnée , en terminant « les différends actuellement existants « entre le Nord et la France , puisse « assurer à l'Kurope le repos dont elle « a un si grand besoin.

« Le baron d'ENGESTROM. »

H n'était pas dans le caractère de Napoléon de se prêter à de pareils engagements, et, tout préoccupe de sa vaste entreprise, il se mit en route sans s'inquiéter davantage de la Suède, de ses alliances et de ses réclamations.

Apeinedepuis vingt jours il était parti, quand M.a'Ohsson, chargé d'affaires de Suède à Paris, remit par ordre de son

Souvernement la note suivante au duc e Bassano.

Paru, le 28 mai 181a.

« Les vexations exercées par les cor- « saires , sous pavillon français , contre « le commerce de la Suède , se multi- « pliant dans une progression inouïe , « et s'étendant même à des comesti- « blés , auxquelles l'avidité donnait les « qualifications à sa convenance , de- « vaient nécessairement imposer l'obli- « gation sacrée au roi , de chercher à « s'éclairer lui-même, ainsi que ses su- « jets, sur un état de choses quiprê- « tait à la paix tout le caractère de la « guerre.

«Le corsaire le Mercure s'étant « établi sur les côtes de la Suède , afin « d'y exercer librement ses pirateries , « et s'étant ainsi constitué de fait en « ennemi , fut enfin arrêté dans ses « courses , et amené dans un port sué- « dois par un motif de défense, qui ne « devait point être méconnu.

« Le rot , qui n'avait jamais douté « un seul instant des sentiments de « justice qui animent Sa Majesté l'em- «pereur des Français, roi d'Italie, « s'était à différentes reprises adressé «à ce souverain, pour porter des « plaintes sur la conduite des corsaires « français , si diamétralement contraire a à la nature des relations qui subsis- « taient entre les deux cours , à la te- « neur des traités , et même à celle des « lettres de marque dont ces corsaires « étaient munis. Sa Majesté n'ayant « cependant pas obtenu de réponse aux «justes réclamations que les intérêts « de son peuple lui prescrivaient de «faire, envoya, aussitôt après avoir « reçu la nouvelle de la détention du « corsaire le Mercure, un courrier ex- « traordinaire au soussigné, à l'effet «de mettre, dans tout son ensemble, « sous les yeux du ministère français, « un résumé, et de ce qui s'était passé, « et de ce que la Suède désirait , comme « une garantie pour l'avenir. Le sous- « signe s'est acquitté de ces ordres le « 15 janvier dernier, et cette comrnu- « nication est pareillement restée sans « réponse.

« Au milieu de cette attente , et lors- «que Sa Majesté, en n'écoutant que « ses sentiments d'estime et d'amitié « pour Sa Majesté Impériale et Royale, « se livrait déjà aux espérances les plus % « justes , elle apprit qu'un corps très- « considérable de troupes françaises « était entré , le 27 janvier , dans la Po- « méranie suédoise. Le chargé d'af- « faires de France , résidant à Stock- «holm, fut interpellé de s'expliquer « sur les motifs de cette invasion sou- « daine et inattendue , mais il allégua « n'en avoir pas la moindre connais- « sance. Le soussigné s'adressa , au « même effet , a Son Excellence M. le « duc de Bassano , et obtint pour ré- «ponse, qu'il fallait attendre les or- « dres de la cour de Suède.

« Ces ordres , se bornant à deman- « der une explication franche et ouverte « sur les intentions de Sa Majesté Pern-, « pereur et roi, par rapport à Poccu- « nation de la Poméranie , furent expé- « aies le 4 et le 7 février de Stockholm.

SUÈDE

« Ces dépêches ne sont jamais para- « venues au soussigné.

« L'interruption du cours^ ordinaire « des lettres destinées pour la Suède , « ayant commencé peu après l'invasion « française en Poméranie, la certitude

• qu'on acquit de recherches faites à « Hambourg , des fonds qui s'v trou- « vaient pour compte de la Suède, Tar- « restation et la vente même des bâti- « ments suédois dans les ports du « Mecklenbourg et de Dantzig, ou* « vraient un vaste champ, aux conjeo- « tures. Afin d'acquérir quelque certi- « tude quant à l'état des choses dans « la Poméranie suédoise , le roi y en- < voya le général d'Engelbrechten, en « qualité de parlementaire; mais, ayant « bientôt reçu la nouvelle que le gêné- « ml comte Friant s'était refusé de re* «cevoir le général suédois, et même « de répondre par écrit à la lettre que «celui-ci lui avait adressée, Sa Ma- «jesté crut apercevoir alors un sys- « tème suivi dans l'ignorance où 1 on « voulait conserver la Suède , sur les « affaires générales, et sur celles qui lui « étaient particulières.

« On apprit, malgré toutes les précautions y contraires, plusieurs dé- «tails sur la conduite des troupes « françaises en Poméranie , conduite « qui cadrait difficilement avec cet éta- « lage amical qu'on semblait vouloir « attacher et l'invasion de cette pro- «vince, dont l'intégrité, aussi bien «que celle de la Suéde, se trouvait « garantie par Sa Majesté l'empereur « dans le traité de Paris.

« Des fonctionnaires publics arrêtés, « traînés jusqu'à Hambourg, menacés «des traitements les plus rigoureux « pour les faire fausser leurs devoirs « et leurs serments; les caisses du roi « mises sous les scellés ; les bâtiments « de Sa Majesté forcés , à coups de ca- « non , de suspendre leur départ, et fl- « nalement déchargés et séquestrés au « proût de la France ; les charges oné- « reuses imposées à un pays qui avait « à peine eu le temps de respirer après

• les malheurs qu'il avait éprouvés , et « finalement le désarmement des trou- «pes suédoises qui s'y trouvaient:

tous ces motifs réunis devaient justifier le désir du roi , de recevoir une explication que rédamaient à la fois et la dignité des souverains et les sti-

I)ulations des traités subsistant entre a Suède et la France.

« Le roi n'avait aucun engagement avec d'autres puissances qui fût contraire au traite qui le liait à la France , et dont Sa Majesté s'était constamment attachée à remplir les < lauses. Si les escadres britanniques ménageaient le commerce de rabotage de la Suède, cette conduite était gratuite de leur part , et provenait sans doute d'une envie d'opposition dans leurs mesures , à celles adoptées par les corsaires des puissances amies de la Suède. Si les bâtiments suédois , qui apportaient des productions de leur pîjys dans les ports de l'Allemagne , se servaient de licences anglaises pour échapper aux croiseurs ennemis, ils ne devaient point s'attendre à être confisqués en arrivant, lorsqu'ils savaient de science certaine, que des bâtiments de Dantzig , destinés pour l'Angleterre , avaient passé le Sund , munis de licences de Sa Majesté l'empereur et roi.

« Si le roi , attaqué dans une de ses provinces par la France, commençait alors à songer à la sûreté de son royaume, Sa Majesté se flatte que Sa Majesté Impériale et Royale ellemême n'en aurait pas agi autrement à sa place. On peut tout nier, excepté les faits qui subsistent , et c'est aussi sur les faits seuls que le roi s'appuie.

«Par une suite de cet exposé, Sa Majesté a ordonné au soussigné de déclarer officiellement à Son Excellence le duc de Bassano :

« Que le roi proteste formellement contre l'invasion des troupes françaises dans la Poméranie suédoise. <

« Que Sa Majesté ne saurait envisager eette invasion que comme une violation du traité de paix entre la Suède et la France; mais que, par suite des principes de modération que le roi aime a conserver dans Ja marche de sa politique , et de la con-

tu

L'UNIVERS

«tinuation de tes sentiments pour la

« France , Sa Majesté ne se regarde « cependant pas en état de guerre avec « elle , mais attend de son gouverne- < ment une explication franche et ou- * verte sur l'invasion de la Poméranie.

« Que , pour établir une réciprocité « parfaite, en attendant cette explica- « tion , le payement des intérêts et du «capital des sommes dues aux pays « réunis à la France, en vertu des dé- « crets impériaux, sera suspendu; me- « sure qui sera continuée jusqu'à ce « que la Poméranie suédoise soit éva- « cuée, et la bonne harmonie rétablie « entre les deux cours.

« Que finalement, comme l'occupa* « tion militaire de la Poméranie sué- « doise mettait Sa Majesté en mesure « de se regarder entièrement libérée « des engagements particuliers qu'elle « a contractés avec la France , et prin- « cipalement de l'obligation de continuer une guerre que la Suède n'a « entreprise que par une suite de son «adhésion au système continental, « adhésion oui nra été que la consé- « quence de ta restitution de la Pomé- « ranie , le roi déclare : qu'il se regarde « dès ce moment en état de neutralité « vis-à-vis de la France et de l'Angle- « terre; qu'en conséquence de ce sys- «tème adopté par Sa Majesté, elle « emploiera tous les moyens en son «pouvoir, pour protéger le pavillon « neutre de la Suède contre des dépré- « dations qui n'ont dû leur durée qu'à « une longue patience.

« La Suède, attachée à la France « depuis François Ier, ne désire que de « pouvoir allier ses affections au main- « tien de l'indépendance du Nord. Le « roi éprouverait ainsi une vive dou- « leur, s'il se voyait forcé de sacrifier « son penchant naturel aux grands in- « térëts de sa patrie, qui repoussent à « la fois la servitude et la honte. Mais « fermement résolue de soutenir la di- « gnité de sa couronne et la liberté de « ses sujets, Sa Majesté attendra avec «tranquillité le développement ulté- « rieur des événements.

« Le soussigné supplie Son Excel* « lence M. le duc de Bassano de vou*

« loir bien porter cette note à la coa- < naissance de Sa Majesté l'empereur « et roi, et de communiquer, aussitôt « que possible, au soussigné, la ré- «ponse de Sa Majesté Impériale et «Royale.

« Le soussigné a l'honneur, etc.

« C. d'Ohsson. »

Cette protestation resta sans réponse.

Napoléon était alors engagédans l'expédition la plus gigantesque dont l'histoire fasse mention; les résultats devaient être proportionnés à l'immensité de l'entreprise : elle devait changer la face du monde ou causer la perte de son auteur.

Cependant l'empereur Alexandre, qui ne pouvait se dissimuler de quel secours seraient pour lui les conseils de Charles- Jean , surtout depuis les succès rapides qui avaient accompagné les armes de Napoléon depuis Rowno ( 24juin ) jusqu'à Witepsk ( 28 juillet ), lui fit proposer une entrevue. Le prince royal répondit, le 11 août :

« Dès l'instant que M. le comte de Lôwenhielm m'eut fait connaître le désir de Votre Majesté Impériale d'avoir une entrevue avec moi, j'en rendis compte au roi', qui s'empressa d'y donner son assentiment... je n'attends plus que le retour du courrier pour me mettre en route... Tout me fait présumer qu'il y aura déjà eu une grande bataille entre Orza et Mohiïow; mais, si elle n'a pas eu lieu, sans doute que les troupes de Votre Majesté occupent déjà Smolensk, et qu'elles y attendent l'ennemi, avec l'intention de se bien battre. Quels que puissent en être les résultats, Votre Majesté n'en doit pas être alarmée : ses corps de réserve répareront ses pertes, tandis que l'empereur Napoléon, ^affaiblissant tous les jours par les maladies et les combats, doit, avant longtemps, se trouver réduit à un nombre bien inférieur à celui de Votre Majesté. Il est possible qu'il ait ga-

(pie la première, la seconde, même a, troisième bataille; la quatrième sera indécise, comme celle d'Eylau; et si Votre Majesté persévère» il est

SUÈDE-

Ut

m indubitable qu'elle gagnera la cin- « quième.

' « A toutes les levées que Votre Ma- « jesté vient d'obtenir, ie pense qu'elle • aura ajouté cette armée valeureuse et « aguerrie qui a fait trembler le crois- « sant. Je crois que Votre Majesté doit « la faire venir en poste, et fa diriger « sur la capitale delà Lithuanie. Cette « marche me paraît devoir intimider « d'autant plus l'empereur Napoléon, «que, quand même il serait vain- « gueur aSmolensk, aucun de ses ren- « torts ne pourrait plus lui parvenir; « et si, au contraire, la bataille a été « indécise, ce mouvement audacieux le «forcera, ou à repasser le Niémen, « ou à détacher un grand corps pour « aller à la rencontre de ces braves , et « dès lors Votre Majesté peut repren- « dre l'offensive. »

La réunion fut fixée, pour le 38 août, à Abo. Il fut question des garanties que la Russie donnerait à la Suède. Parmi les Suédois qui avaient accompagné le prince royal, les uns voulaient la reprise de la Finlande jusqu'à Abo inclusivement; une partie se contentait des Iles d'Aland et de tout le territoire iusau'à Uléaborg. Le baron Armfelat, Suédois de naissance, et alors aide de camp de l'empereur Alexandre, était d'avis que la Suède .

devait de suite obtenir une concession quelconque. Un ci-devant général suédois, Aminoff, aussi au service de Russie, était d'un avis contraire. L'empereur dit qu'il accorderait volontiers la partie de la Finlande qu'on demandait, mais qu'il était certain que cette concession le déconsidérerait dans son pays, et qu'il préférerait remettre en dépôt à laSuède les îles d'OEsel, de Dagho, et Rica. Le prince royal pria l'empereur de lui dire franchement s'il croyait que l'autre concession nût avoir le résultat dont il venait de parler. Sur la réponse affirmative de l'empereur :

« Èh bien! lui dit le prince royal, je «renonce à toute garantie; je n'en « veux d'autre que celle de votre pa- « rôle : je m'en rapporte à vous. »

L'empereur, lui serrant affectueusement la main, )ui dit : « Je n'oublierai

« de ma vie la réponse loyale et féné- « reuse que vous venez de me faire. »

Le dernier jour des conférences, le prince dit à l'empereur : « J'ai vu les « troupes oue vous me destinez (trente- «cinq mille hommes pour marcher, «avec les Suédois, contre le Dane- «mark, et opérer un débarquement «en Sélande); elles sont bonnes et « belles, c'est l'élite de votre armée; « mais le moment n'est pas opportun «pour les mettre sous mes ordres; « vous en aurez vous-même un besoin « plus urgent. Wittgenstein se défend « comme un lion sur la Duna ; mais il « s'affaiblit; il ne lui reste père que «quatorze mille hommes, je le sais.

« Il est impossible que Macdonald « et Victor ne finissent pas par lui « passer sur le corps et aller à Péters- " « bourg ; envoyez-lui de suite ees trente- « cinq mille hommes. — Rien de plus « noble que ce que vous faites là, dit « l'empereur; mais je ne puis accepter « votre offre , car comment auriez-vous « la Norwége (*) ? — Cest ce qui presse « le moins, répliqua le prince; si vous «êtes heureux, je l'aurai toujours, « vous tiendrez vos promesses; mais « si vous succombiez, l'Europe serait « asservie, ses couronnes seraient flé- « tries , on ne les porterait que sous le • bon plaisir de Napoléon , et mieux « vaut labourer un champ que régner « à cette condition. »

Les trente-cinq mille hommes furent aussitôt dirigés vers le corps de Wittgenstein, qui, sans ce puissant renfort, ne pouvait empêcher les Français d'aller a Pétersbourg, où ils n'auraient probablement pas trouvé ce qu'ils trouvèrent à Moscou : Pétersbourg n'eût pas été incendié comme Moscou , et l'empereur de Russie eût été contraint de signer la paix (**).

Cependant la Suède continuait ses armements. Les alliés de Napoléon

(*) Nous avons vu plus haut, p. 34o, qne la Suède devait obtenir la Norwége. La Russie s'était engagée à lui fournir un secours pour la conquérir.

(**) Extrait de l'Histoire de France de Montgaillard, t VII» p. 109 et sniv.

L'UNIVERS

s'en alarmèrent, et le 13 septembre une note fut remise à M. Engestrôm , par Tenvoyé extraordinaire et ministre plénipotentiaire du roi de Prusse près fa cour de Stockholm. Elle était ainsi conçue :

« Sa Majesté le roi de Prusse a ma- « nifesté, dans plus d'une occasion, le « prix qu'elle attache au maintien des « relations d'amitié et de bonne har- « monie qui Punissent à la Suède...

'«Alliée à la France, la Prusse doit « s'opposer à toutes les tentatives mé- « ditées contre cette puissance; elle le « doit , à plus forte raison , si ces ten- « tatives, dirigées contre le nord de « l'Allemagne , menaçaient de troubler < sa propre tranquillité. Malgré les «bruits qui circulent sur les arme- « ments qui se préparent en Suède pour « effectuer une descente sur les côtes « de l'Allemagne , le roi se plaft à croire « que Sa Majesté suédoise ne se déci- « dera jamais, dans sa haute sagesse, « à prendre un parti qui paraît incom- « patible avec la prospérité de son « royaume. Si toutefois , et contre toute « attente, ce projet devait se réaliser, « la Prusse n'aurait plus le choix des a movens, et elle se verrait obligée, «quoique à regret, de repousser la « force par la force. Le soussigné a été « charge* en conséquence, de déclarer « ofticfeiiement à Son Excellence M. le « baron d* Engestrôm, ministre d'État « et des affaires étrangères de Sa Ma- « jesté le roi de Suède, que la moindre

• entreprise faite contre le continent , « soit en Poméranie* Prusse, Mech-

• lenbourg, soit dans la trente- « deuxième division militaire, tendant « à troubler la tranquillité de l'Jlle- « magne, provoquerait la marche de

• trente mille Prussiens tirés de la « Silésie et d'autres parties du royau- *me, et prêts à marcher au premier « signal pour tomber sur les agres- « seurs.

« Le soussigné prie Son Excel- «lence, etc.

« Signé, F. de Tàbbach. »

Le ministre d'État de Suède répondit le 16 à l'envoyé extraordinaire . de Prusse :

« Le soussigné, etc. f a mis sous les « yeux du roi , etc. Il a été chargé de « répondre que le roi apprécie les mo- « tire qui ont obligé Sa Majesté le roi « de Prusse à faire la déclaration que «contient ladite note; et quoique Sa « Majesté y ait vu avec regret quelques « expressions peu concordantes avec « l'harmonie qui unit les deux gouver- « nements , et l'attachement personnel « que portent le roi et la famille royale « de Suède à l'auguste famille de Prusse, « Sa Majesté n'en continuera pas moins « de faire des vœux pour mie la monar- «chie du grand Frédéric puisse re- « prendre son ancienne splendeur, et « elle a chargé le soussigné de déclarer « qu'elle ne s'écartera en rien du svs- « tème qu'elle a adopté pour maintenir « la liberté de ses peuples et l'honneur « de sa couronne.

« Signé. Engestbôm . »

Cette réponse si fière semblait d'autant plus courageuse, que Napoléon poursuivait le cours de ses succès.

En effet, dix jours plus tard, on apprit à Stockholm la prise de Moscou.

« A cette nouvelle , toutes les pensées se fixent sur le prince royal. Sera-t-il assez téméraire pour persister? disaient les partisans de Napoléon; sera-t-il maintenant en son pouvoir de rester fidèle à ses engagements? disaient les personnes que la prise de Moscou frappait d'étonnement. Il y avait cercle à la cour ce jour-là; le prince paraît; on attend avec anxiété ses premières paroles. Il s'approche du ministre russe : « Je plains votre seconde capitale, dit- «il, mais je félicite votre empereur; « Napoléon est perdu... Oui , Monsieur, «ajouta-t-il en se tournant vers le «chargé d'affaires d'Autriche, oui, « Monsieur, Napoléon est à Moscou et « il est perdu; vous pouvez écrire à « votre cour que tel est mon avis sur « cet événement. » Et puis revenant au général Suchtelen (ministre de Russie):

« Un courrier parti . il y a deux heures, « porte au comte de Lôwenhielm les « ordres du roi pour resserrer davan- « tage les liens qui nous unissent à « l'empereur Alexandre. »

Aux instructions dont le eoorrler

SUÈDE

était porteur pour le ministre , le prince royal avait joint ia lettre suiante pour l'empereur Alexandre.

Des cinq officiers que j'ai eu l'honneur d'adresser successivement à Votre Majesté Impériale , un seul , le baron de Stjencrona , est revenu avec les détails de la bataille de Borodino, que Votre Majesté a bien voulu me faire parvenir. Je jouissais déjà du succès que semblait promettre cette. sanglante affaire, quand on m'a remis la nouvelle de l'enjrée de l'armée française à Moscou. Un avis aussi inattendu m'a vivement surpris.

• L'empereur Napoléon atteint son but : il frappe l'Europe d'étonnement, et il croit, par cette occupation , effrayer Votre Majesté , et la forcer à souscrire aux conditions qu'il dictera. Mais tant qu'il a devant hii une armée plus forte que la sienne , je ne vois dan» la prise de Moscou qu'une gloire qui a pu être obscurcie dès le lendemain. Que la grande âme de Votre Majesté soit au-dessus de cet événement! Je la conjure d'organiser de suite de nouvelles masses pour les jeter successivement dans l'armée régulière.

Sans doute que le général Kutusoff aura donné 1 ordre a l'armée de Moldavie de se porter sur Minsk ou Smolensk, et que le prince "Wittgenstein, après avoir battu le corps qui lui était opposé, se sera porté sur' Witepsk et aura opéré sa jonction , au moins par des détachements, avec Farinée de Moldavie. Ces deux corps réunis peuvent organiser des levées dans les pays qu'ils occupent , et les armer des fusils'qu'on trouvera dans les dépôts français. Au reste, si l'on ne peut donner des fusils à toutes les masses , on peut du moins leur donner des lances et des piques (*). »

Sans doute, Charles- Jean avait été forcé par Napoléon à se tourner contre la France ; sans doute , en prenant cette triste résolution , il avait obéi à (•) HMtoire de France, par Montgaillard, t VII, p. ia6 et tuiv.

un devoir impérieux; mais qu'A est p£ nible d'entendre ainsi un général de la république , tracer à nos ennemis leur plan de campagne, et de le voir amené a se réjouir de nos défaites ! Quels reproches ne mérite pas celui qui nous avait privés d'un tel auxiliaire , et qui l'avait mis dans la cruelle nécessité d'embrasser une cause autre que celle de la France !

Cependant Napoléon , parvenu à Moscou , s'était vu contraint d'abandonner sa conquête , et de commencer le mouvement rétrograde qui devait avoir des suites si funestes. Il dut vivement regretter alors de n'avoir pas assez ménagé un prince et une nation qui , dans ce moment critique , eussent pu, par un simple mouvement sur Saint-Pétersbourg, sauver l'armée française et changer les destinées du monde.

Il n'entre pas dans notre sujet de raconter la fin désastreuse de cette campagne; mais , à peine les faibles débris de nos troupes étaient-ils rentrés en Allemagne , que la Suède rompit ouvertement avec la France, et que la note suivante fut remise par M. d'Engestrôm à M. de Cabre , chargé d'affaires de France à Stockholm , qui , depuis trois mois , était invité à déclarer s'il résidait à Stockholm comme agent d'une puissance amie ou ennemie , et qui, loin de répondre, se livrait, dit-on, à des intrigues ténébreuses peu conformes au droit des nations.

« Dès le moment où l'invasion de la « Poméranie suédoise par les troupes « françaises, contre la foi des traités « et les engagements les plus solennels , «donna ia mesure des intentions de «Sa Majesté l'empereur Napoléon à «l'égard de la Suède, le roi, juste- « ment étonné de cette agression inat- « tendue, n'a fait que réitérer ses « démarches pour en obtenir une expli- « cation franche et loyale, tandis que « le gouvernement français n'y a ré- « pondu que par de nouveaux actes « d'hostilités.

« Sa Majesté a cru que, si la fore»

« donne des droits qu'attestent suffi- «samment les malheurs de nos temps ,

L'UNIVERS

la cause de la justice et le sentiment de sa propre dignité peuvent aussi ea réclamer quelques-uns.

« Elle n'a donc pas vu avec indifférence une de ses provinces occupée par la même puissance qui en avait garanti l'intégrité, les troupes que le roi y avait laissées déclarées prisonnières de guerre, et comme telles amenées en France, ainsi que les déprédations continuelles de la part des corsaires français contre le commerce de la Suéde. Sa Majesté avait par conséquent chargé M. de Bergstedt , au mois d'août dernier, et postérieurement le soussigné, de s'adresser officiellement à M. de Cabre, d'abord pour demander les raisons qui avaient motivé les hostilités susmentionnées, et finalement pour lui déclarer que, comme sa cour après un très-long délai ne s'était point expliquée à cet égard, et donnait ainsi a connaître qirelle ne voulait point revenir à un système plus pacifique à l'égard de la Suède, $f. de Cabre ne pouvait plus être regardé comme agent d'une puissance amie, et que ses relations diplomatiques avec le ministère du roi devaient cesser jusqu'au moment où il recevrait les éclaircissements qu'il avait demandés du cabinet des Tuileries.

« Plus de trois mois se sont écoulés depuis cette époque; et le gouvernement français, continuant toujours le même silence, le roi a cru se devoir à lui-même et à son peuple de ne plus compter sur une explication, que tant de faits au reste paraissent rendre illusoire.

« D'après ces considérations et d'autres pour le moins aussi importantes, le soussigné a reçu les ordres du roi son maître de déclarer à M. de Cabre que sa présence ici devenant absolument inutile dans les circonstances actuelles, Sa Majesté désire qu'il quitte la Suède aussitôt que possible, et le soussigné a l'honneur de lui envoyer ci -inclus les passe-ports nécessaires pour son voyage.

« Le soussigné a l'honneur, etc.

« Le baron d'Ehoestaom. »

A' cette notification, M. de Cabre répondit en ces termes :

Stockholm , lo ai déembre t Si a.

« Le soussigné , chargé d'affaires de Sa Majesté "empereur des Français, roi d'Italie, a reçu la note officielle que Son Excellence M. le baron d'Engestrôm lui a adressée hier 20 décembre, dans laquelle il est dit en substance « que Sa Majesté suédoise ayant vainement attendu une explication relativement à l'entrée des Français en Poméranie, à la translation des officiers du roi à Magdebourg, et à la capture des bâtiments suédois par les corsaires français, Sa Majesté a ordonné à son ministre d'Etat et des affaires étrangères de déclarer au soussigné que sa présence à Stockholm étant tout à fait inutile, Sa Majesté désire que le soussigné quitte fa Suède aussitôt que possible, et de lui envoyer en même temps les passe-ports nécessaires pour son voyage. »

« Le soussigné croit inutile de s'appesantir sur l'imputation que contient ladite note officielle, que Sa Majesté l'empereur et roi a. agi contre la roi des traités. Il serait facile au soussigné de la réfuter en rappelant les clauses de celui qui fut conclu à Paris le 6 janvier, et en prouvant par des faits que la Suède n'a rempli dans aucun cas les obligations qu'elle y contractait, quoique la France se fût empresséede lui restituer cette même Poméranie , conquise dans la dernière guerre par les armées impériales et royales.

«Le soussigné doit observer que jamais il ne lui a été notifié, verbalement pu par écrit, que ses relations diplomatiques seraient suspendues jusqu'à ce qu'il eût répondu catégoriquement aux éclaircissements demandés par le ministère suédois. Son Excellence le ministre d'État et des affaires étrangères, dans sa lettre du 7 septembre dernier, adressée au chargé d'affaires de France, se borne à lui demander « s'il se trouve en Suède comme agent d'une puissance amie ou ennemie, » et dédarp

SUÈDE

sa

« au Mnssisné que « soti séjour dans « les États du roi dépend de la réponse « qu'il sera à même de donner. »

« Quant à l'objet principal de la note «officielle de Son Excellence le mi- « nistre d'État et des affaires étrangè- «res, le soussigné ne perdra pas un « moment pour Ta porter à la connais- « sance de sa cour. Il ne dépend pas « de lui d'obtempérer au désir de Sa « Majesté le roi , et il doit au contraire « déclarer que jamais il ne consentira « jt abandonner le poste que l'empereur « et roi, son auguste maître, a daigné «lui confier, avant d'avoir reçu ses « ordres à cet éganf.

• Si Sa Majesté suédoise, usant de « ses droits de souverain , fait signifier « au soussigné, officiellement et par « écrit, qu'elle ne permettra pas plus « longtemps son séjour en Suède, le «soussigné, croyant alors ne céder «qu'à la force, n'hésitera pas à pro- « nter, dans le plus court délai possi- « Me, du passe-nort qu'il a l'honneur « de renvoyer ci-joint a Son Excellence « M. le baron d'Engestrôm, ministre «d'État et des affaires étrangères, « parce que jusque-là il lui est parfai- « tement impossible de s'en servir et « par conséquent de le garder.

« Le soussigné a l'honneur, etc.

« Aug. de Cabbb. »

La réponse du ministre suédois ne se fit pas attendre longtemps.

Stockholm, le a3 décembre 18 is.

« Tai reçu la lettre que vous m'avez « adressée, Monsieur, en date du 21 « de ce mois. Je l'ai mise de suite sous «les yeux du roi, et Sa Majesté me « charge do nouveau de vous répéter « que votre présence à Stockholm ne a saurait être tolérée plus longtemps.

« Votre caractère diplomatique ayant « déjà cessé, vous vous trouvez, Mon- « sieur, dans la catégorie de tous les « étrangers, et par conséquent soumis « à exécuter les ordres que la police « pourra vous donner. Le grand gou- « verneur, à qui H a été fait des rap- « ports peu avantageux sur votre « compte, a reçu l'ordre de vous faire « quitter la capitale dans vingt-quatre «heures. Un commissaire de police

« tous accompagnera jusqu'à la fron- « tière , et de cette manière vous n'au- « rez plus besoin des passe-ports que « vous m'avez renvoyés (*).

« Le baron d'Engesthom. »

M. de Cabre n'insista pas plus longtemps, et il répondit le même jour à M. Engestrôm le billet suivant :

« Je reçois à l'instant la lettre que « vous m'avez écrite aujourd'hui , dans « laquelle Votre Excellence, enm'an- « nonçant pour la première fois que « mes fonctions diplomatiques ont ces- « se , me prévient en même temps « que je deviens soumis aux ordres de « la police , et que le gouverneur a reçu « ses instructions pour me faire con* « duire à la frontière. »

« Cette détermination du gouverne- « ment suédois et la manière dont elle « m'est communiquée, me paraissent « plus que suffisantes pour me justifier « vis-à-vis de ma cour, en aoandon- « nant le poste que j'ai rempli avec « honneur pendant plus d'un an près « Sa Majesté le roi de Suède. Je prie « en conséquence Votre Excellence de « m'envoyer mes passeports, dont je « compte profiter dans le plus court « délai.

« J'ai l'honneur, etc.

« Auo. de Cabas. »

De son côté, M. d'Ohsson, chargé d'affaires de Suède à Paris, avait demandé ses passe-ports , et le duc de Bassano les lui avait remis le 13 février 1813, avec la note officielle qui suit.

«Le soussigné, ministre des rela- « tions extérieures, ayant rendu compte « à Sa Majesté l'empereur et roi de la « demande que M. d'Ohsson , chargé «d'affaires de Sa Majesté le roi de «Suède, a faite de ses passe-ports, a « reçu de Sa Majesté l'ordre de les dé- « livrer, et il a l'honneur de les joindre « à la présente note.

(*) Par suite de la réponse de M. de Cabre à celte lettre du baron d'Engestrôm , on lui rendit ses passe-ports, et le commissaire de police ne fut point envoyé aveé lui. Il obtint l'autorisation de rester trois jours à Stockholm, d'où il partit le 37 décembre»

L'UNIVERS

« Maïs comme, en adressant verbalement cette demande au soussigné, M. d'Ohsson a jugé convenable de déclarer que sa cour, n'ayant pas dbtenu jusqu'à présent des explications sur l'occupation de la Poméranie suédoise, pouvait croire que des relations diplomatiques entre les deux pays étaient désormais sans objet, comme ensuite il s'est plaint de l'envoi ea France de trois a quatre cents hommes, officiers et soldats, des régiments suédois qui se trouvaient en Poméranie, le soussigné a aussi reçu Tordre de lui faire la réponse suivante:

« La Suède, non contente d'avoir violé ouvertement, pendant une année entière, les conditions de la paix conclue par le traité de Paris du 6 iauvier 1810, fit, au mois de décembre 1811, attaquer et enlever en haute mer des bâtiments français armés, et jeter en prison les équipages de ces bâtiments; elle n'offrit ni ne donna aucune satisfaction pour une insulte inattendue et si grave.

« Ce fut alors que la Poméranie fut occupée. L'occupation fut presque immédiatement suivie, non pas simplement d'explications, mais d'ouvertures qui ne permettaient pas au gouvernement suédois de douter qu'en prenant une mesure à laquelle I honneur l'avait impérieusement forcée , la France ne conservât pour la Suède les sentiments qui les avaient unies depuis des siècles.

« Une guerre, que Sa Majesté n'avait en aucune manière provoquée, mais dont l'issue pouvait rendre à la Pologne son antique indépendance et assurer à la Porte ottomane l'intégrité de ses possessions, paraissant sur le point d'éclater, c'était donner au gouvernement de Suèdeune preuve des dispositions de la France, que de lui offrir les moyens d'embrasser une cause qui était vraiment celle de la nation suédoise. Il le sentit bien luimême, et autorisa le sieur Signeul à entrer en négociation d'un traité de subsides; négociation qui ne fut rompue que parce que le sieur Si-

gneul fut chargé de demander que Sa Majesté autorisât la Suède à ao-

Îuérir la Norwége et la lui garantit, /alliance et l'amitié oui unissent Sa Majesté au Danemark étant connues de toute l'Europe, cette demande était un outrage auquel Sa Majesté se contenta d'opposer l'indignation et le silence. Ces circonstances , qui sans doute n'ont pas été soustraites à la connaissance du roi , prouvent assez que la raison donnée par le cabinet suédois de la démarche qu'il vient de faire n'est pas la véritable.

« Si cette démarche avait été déterminée par la considération des pertes que l'intempérie des saisons a fait éprouver aux armées françaises; si de ces pertes était née l'opinion que la France ne peut plus rien pour la Suède, qu'elle ne peut plus lutter avec avantage contre des ennemis qu'elle a tant de fois vaincus, et gu'elle doit leur être, sacrifiée, Sa Majesté ne saurait s'étonner assez qu'un tel jugement pût avoir été porté par un prince qui , dans d'autres temps, et lorsqu'il gouvernait la Suède comme régent, jugea si bien l'issue de la lutte où la France se trouvait alors engagée contre les coalitions qui se flattaient de l'anéantir, apprécia toute l'étendue de ses ressources, prévit ses triomphes quand l'Europe ne lui présageait que des désastres , et montra ainsi autant de pénétration que de sagesse. Ce serait d'ailleurs une politique bien étrange, que de prendre occasion des succès de son propre ennemi naturel pour insulier un ancien ami, un ancien et fidèle aJié, sur lequel les succès auraient été obtenus.

« Quoi qu'il en puisse être, Sa Majesté sait que ni des haines particulières, ni des séductions momentanées , ne peuvent détruire les rapports que la nature même des choses a mis entre deux nations, les intérêts qui naissent de ces rapports, et les sentiments qui en dérivent. Klle ne « changera donc point de système; elle «repoussera de tous ses' voeux une

guerre qu'elle considérerait comme une guerre civile. Tels furent ses sentiments lorsque le dernier roi de Suède se mit en état d'hostilité contre elle. Elle ne fut point l'ennemie de la Suède; et lorsque le prince eut amené lui-même, par les erreurs de sa politique, la catastrophe qui l'a frappé, elle plaignit et ses Hautes et ses malheurs.

« Sa Majesté retardera donc, autant qu'il est en elle , l'éclat d'une rupture; Elle ne donnera point ce nom a l'interruption des relations diplomatiques et commerciales; elle ne croira a la guerre que si la Suède la déclare, ou si, exécutant ses projets, qui sont représentés comme le but de ses armements, elle attaque à force ouverte les côtes de la Baltique, ou les possessions du roi de Danemark , pour la défense desquelles Sa Majesté s'est engagée à disposer d'un corps de quarante mille hommes; même alors, Sa Majesté ne fera la guerre que pour la défense de ses alliés, pour empêcher que la Suède ne leur nuise, et non pour nuire à la nation suédoise, qu'elle s'affligera de voir entraînée, par des passions violentes et par une ambition mal dirigée , dans Tune des plus grandes fautes politiques qui aient jamais été commises.

« Quant aux officiers et soldats suédois qui se trouvaient en Poméranie, ce n'est point par ordre du gouvernement qu'ils ont été envoyés en France, mais par une mesure 'de pré* caution que les généraux gui commandaient dans cette province crurent devoir prendre, lorsqu'à la fin de Tété dernier plusieurs descentes partielles , tentées sur l'île de Briges par des vaisseaux de guerre suédois, et des menaces de descente annoncées avec ostentation , donnèrent lieu de craindre que les armements qui se faisaient en Suède ne fussent destinés contre la Poméranie. Ces ofQciers et ces soldats seront renvoyés en Suède aussitôt que la Suède renverra en France les équipages des bâtiments français enlevés par ses chaloupes canonnières suédoises, et

« qui , depuis plus d'une année , gémis- « sent injustement dans les fers.

«Paris, 18 février 1813.

« Duc de Bassano. »

Cette note était évidemment dirigée contre le prince royal ; aussi celui-ci n'hésita pas à répondre directement à Napoléon , auprès duquel il tente un dernier effort pour l'amener à la paix.

Stockholm , le a3 mars i8i3.

« Sire ,

« Aussi longtemps que Yotre Majesté a agi ou fait agir contre moi directement (*) , j'ai dû ne lui opposer que du calme et du silence ; mais aujourd'hui que la note du duc de Bassano à M. d Ohsson cherche à jeter, entre le roi et moi , le même brandon de discorde qui facilita à Votre Majesté l'entrée en Espagne, toutes les relations ministérielles étant rompues , ie m'adresse directement à elle pour ui rappeler la conduite loyale et franche de la Suède , même dans les temps les plus difficiles.

« Aux communications que M. Signeul fut chargé de faire par ordre de Votre Majesté , le roi fit répondre : que la Suède, convaincue que ce n'était qu'à vous qu'elle devait la perte de la Finlande , ne pourrait jamais croire à votre amitié pour elle, si vous ne lui faisiez donner la Norvège, pour la dédommager du mal que votre politique lui avait fait.

« Pour tout ce qui , dans la note du duc de Bassano , est relatif à l'invasion de la Poméranie, et à la conduite des corsaires français, les faits

(*) Le prince royal irait été fort maltraité dam la plupart des adresses présentées à l'impératrice régente au commencement de i8i3. «Napoléon s'est fait plus d'ennemis par les personnalités et les diatribes directes de son Moniteur contre les personnages puissants ou distingués de* pays éirangtrs, que par les violencr» commises envers les gouvernements eux-mêmes ; on peut se rappeler ce qu'il faisait écrire contre la belle reine de Prusse, contre lord Castelreagh, le comte Stadion, le baron de Steinfset aussi contre Bernadotle longtemps avant l'union de la Suède aux cabinets alliés. » Moutgaifrlard, Histoire de France , !• VU, p. aao*

parient ; et , en comparant les dates , on jugera, Sire, qui de Votre Majesté ou du gouvernement suédois a raison.

« Cent vaisseaux suédois étaient capturés, et plus de deux cents matelots mis aux fers, lorsque le gouvernement se vit dans la nécessite de faire arrêter un forban , qui , sous le pavillon français, venait dans nos ports enlever nos bâtiments , et insulter à notre confiance dans les traités.

«M. le duc de Bassano dit que Votre Majesté n'a point provoqué la guerre; et cependant, Sire, Votre Majesté a passé le Niémen à la tête de quatre cent mille hommes.

«Du moment que Votre Majesté s'enfonça dans l'intérieur de cet empire, l'issue ne fut plus douteuse.

L'empereur Alexandre et le roi prévirent déjà , dès le mois d'août, la fin de la campagne , et ses immenses résultats. Toutes les combinaisons militaires assuraient que Votre Majesté serait prisonnière. Vous avez échappé à ce danger, Sire; mais votre armée, l'élite de la France, de l'Allemagne et de l'Italie , n'existe plus. Là sont restés sans sépulture les braves qui sauvèrent la France à Fleuras , qui vainquirent en Italie , qui résistèrent au climat brûlant de l'Egypte, et qui fixèrent la victoire, sous vos drapeaux , à Marenço , à Austerlitz, à Iéna , à Halle , a Lubeck , à Friedland s etc.

« Qu'à ce tableau déchirant, Sire, votre âme , Sire, votre âme s'attendrisse ; et , s'il le faut pour achever de l'émouvoir, qu'elle se rappelle la mort de plus d'un million de Français restés sur le champ d'honneur , victimes des guerres que Votre Majesté a entreprises.

« Votre Majesté invoque ses droits à l'amitié du roi ; qu'il me soit permis de vous rappeler , Sire , le peu de prix que Votre Majesté y attacha, dans des moments où une réciprocité de sentiments eût été bien utile à la Suède. Lorsque le roi, après avoir perdu la Finlande, écrivit à Votre Majesté pour la prier de

conserver à la Suède les fies d' Àland , elle lui répondit: Adressez -vous à l'empereur Alexandre , il est grand et généreux; et, pour combler la mesure de son indifférence, elle lit insérer dans un journal officiel (Moniteur du 21 septembre 1810, n° 364) , qu'il y avait un interrègne dans ce royaume , pendant lequel les Anglais faisaient impunément le commerce.

« Le roi se détacha de la coalition de 1792, parce que cette coalition prétendait partager la France, et

3u'il ne voulait point participer au émembrement de cette belle monarchie. Il fut porté à cet acte,, monument de sa gloire politique, autant par attachement pour le peuple français , que par le besoin de cicatriser fes plaies du royaume. Cette conduite sage et vertueuse, fondée sur ce que chaque nation a le droit de se gouverner par ses lois , par ses usages et par sa volonté, est la même qui lui sert de règle en ce moment.

«Votre système, Sire, veut interdire aux nations l'exercice des droits au'elles ont reçus de la nature , ceux e commercer entre elles , de s'entr'aider , de correspondre et de vivre en paix ; et cependant l'existence de la Suède est dépendante d'une extension de relations commerciales sans lesquelles elle ne peut point se suffire.

« Loin de voir , dans la conduite du roi, un changement de système, l'homme éclaire et impartial n'y trouvera que la continuation d'une politique juste et constante , qui dut être dévoilée dans un temps où les souverains se réunissaient contre la liberté de la France , et qui est suivie avec énergie dans un moment où le gouvernement français continue de conjurer contre la liberté des peuples et des souverains.

« Je connais les bonnes dispositions de l'empereur Alexandre et du cabinet de Saint-James pour la paix ; les calamités du continent la réclament, et Votre Majesté ne doit pas la repousser.

« Possesseur de la plus belle monar-

SUEDE

««Me de la terre, voodnht-eUe ton* «jours en étendre les limites, et lé- « (lier à un bras moins puissant que « le sien le triste héritage de guerres « interminables. Votre Majesté ne s'at- « tacbera-t-elle pas à fermer les plaies « d'une révolution dont il ne reste à la « France que les souvenirs de sa gloire « militaire et des malheurs réelstdans «son intérieur? Sire, les leçons de « Thistoire rejettent l'idée d'une mo- « narchie universelle ; et le sentiment « de l'indépendance peut être amorti , « mais non effacé du cœur des nations. « Que Votre Majesté pèse toutes ces «considérations, et pense une fois « réellement à cette paix générale dont « le nom profané a tait couler tant de «sang.

« Je suis né dans cette belle France « que vous gouvernez, Sire; sa gloire « et sa prospérité ne peuvent jamais « m'étre indifférentes. Mais , sans ces* « ser de faire des vœux pour son bon- « heur, je défendrai de toutes les fa- « cultes de mon âme , et les droits du « peuple qui m'a appelé, et l'honneur « du souverain qui a daigné me nom* « mer son fils. Dans cette lutte entre « la liberté du monde et l'oppression , «je dirai aux Suédois: Je combats « pour vous et avec vous; les vœux « des nations libres accompagnent nos « efforts.

«En politique, Sire, H n'y a ni « amitié ni haine ; il n'y a que des de- « voirs à remplir envers les peuples « que la Providence nous a appelés à « gouverner. Leurs lois et leurs privi- «léges sont les biens qui leur sont « chers ; et si , txmr les conserver , on « est obligé de renoncer à d'anciennes « liaisons et à des affections de fa- « mille , un prince qui veut remplir sa « vocation ne doit jamais hésiter sur « le parti à prendre.

« M. le duc de Bassano annonce que « Votre Majesté évitera l'éclat d'une a rupture ; mais , Sire , n'est - ce pas « Votre Majesté qui a interrompu nos « relations commerciales , en ordon- « nant la capture des vaisseaux suédois « au sein de la paix? N'est-ce pas la « rigueur de ses ordres qui 9 depuis

23* livraison. (Suède.)

«trois ans, nous a interdit toute com- «munication avec le continent, et «qui, depuis cette époque, fait rete- « nir plus de cinquante bâtiments sué- « dois à Rostock, Wismar, et autres « ports de la Baltique.

« M. le duc de Bassano ajoute que « Votre Majesté ne changera pas de «système, et qu'elle repoussera* de «tous ses vœux une guerre qu'elle « considérerait comme une guerre ci- « vile; ce qui indique que Votre Ma- « jesté veut retenir la Poméranie sué- «doise, et qu'elle ne renonce pas à « l'espoir de commander la Suède , et «d'avilir ainsi, sans courir aucun « riscrae, le nom et le caractère sué- « dois. Par le mot de guerre civile , « Votre Majesté désigne sans doute la « guerre entre les alliés ; or, on sait le «sort qu'elle leur destine. Mais que « Votre Majesté se rappelle le mécon- « tentement qu'elle fit éclater en ap- « prenant l'armistice que j'accordai à « cette brave nation , en avril 1809, et « elle y trouvera la nécessité où ce pays « s'est vu réduit , de faire tout ce qu'il « a fait jusqu'à présent pour conserver «son indépendance, et se préserver « du danger où l'aurait entraîné votre « politique, Sire, s'il l'eût moins con- «nue.

« Si les événements qui se sont pres- « ses depuis quatre mois ont fait re- « jeter sur les généraux de Votre Ma- «jesté le désarmement et l'envoi en « France, comme prisonniers de guerre, « des troupes suédoises de la Poméra* « nie , il ne se trouvera pas , Sire , un « prétexte aussi facile de justifier le « refus que Votre Majesté a toujours « fait de confirmer le jugement du con- « seil des prises , et les exceptions par- « ticulières qu'elle a faites depuis trois « ans contre la Suède , quoique ce tri- « bunal ait prononcé en notre faveur.

« Au reste , Sire , personne , en Europe, « ne se méprendra sur le blâme que « Votre Majesté jette sur ses géné- « raux.

« La note du ministre des affaires « étrangères du roi, et la réponse que « M. Cabre lui fit le 4 janvier 1812, « vous prouveront , Sire , que Sa Ma-

L'UNIVERS-

« jesté avait été do-devant de vos dé*» «sirs, en mettant en liberté tous les « équipages des corsaires. Le gouver- « nement depuis lors a porté les égards «jusqu'à renvoyer des Portugais, des « Algériens et des Nègres , pris sur le « même corsaire , qui se disaient sujets «de Votre Majesté. Rien ne devait « dftnc s'opposer à ce que Votre Ma- « jesté ordonnât le renvoi des officiers <«t soldats suédois, et cependant ils « gémissent encore dans les fers.

« Quant aux menaces que contient « la note du duc de Bassano , et aux « quarante mille hommes que Votre « Majesté veut donner au Danemark , « je ne crois point devoir entrer dans « des détails sur ces objets , d'autant « plus que je doute que le roi de Danemark puisse profiter de ce se- « cours.

« Pour ce qui concerne mon ambi- « tion personnelle , j'en ai une très- « grande , je l'avoue. Cest celle de « servir la cause de l'humanité , et d'as- « surer l'indépendance de la presqu'île «Scandinave. Pour y parvenir, je « compte sur la justice de la cause que « le roi m'a ordonné de défendre , sur « la persévérance de la nation , et sur « la loyauté de ses alliés.

« Quelle que soit votre détermina- «tion, Sire, relativement à la paix « ou à la guerre , je n'en conserverai « pas moins pour Votre Majesté les sen- « timents d'un ancien frère d'armes. »

. Quand le prince royal écrivait cette lettre, déjà depuis vingt jours, 3 mars, un traité avait été conclu à Stockholm entre l'Angleterre et la Suède. Ce traité confirmait les stipulations précédentes et y ajoutait l'engagement pris par la Suède d'entrer en campagne avec un corps de troupes nationales d'au moins 30,000 hommes. L'Angleterre devait faciliter l'annexation à perpétuité de la ïïorwége à la Suède. En outre la cour de Stockholm devait recevoir de celle de Londres un subside de vingtcinq millions de francs avec la cession de fa Guadeloupe enlevée au général Ernouf par les Anglais. Peu de jours après ( 19 mars ), un traité avait été conclu entre l'Espagne et la Suède, qui

reconnaissait pour léfgMtatftM i

gnérales et extraordinaires réunies à dix, ainsi que la constitution qu'elles avaient décrétée et sanctionnée.

L'accession de la Suède à la coalition contre Napoléon était la suite inévitable de son alliance avec la Russie. Elle fût fidèle à cette puissance comme elle l'aurait été plds volontiers à la France, si Napoléon, ma par sa politique de blocus continental absolu , ne l'eût pas rejetée.

Le prince royal débarqua à Stralsund le 18 mai 1818 avec les trente mille Suédois auxquels devaient se joindre soixante-dix mille Russes et Prussiens pour former l'armée du nord de l'Aile* magne , dont il devait prendre le commandement. C'est à Stralsund qu'il eut avec Moreau cette entrevue dont on a tant parlé, et sur laquelle on a déjà donné des documents dont l'exactitude ne saurait être révoquée en doute (*)• Le prince royal développa

(*) On a prétendu que Moreau avait quitta r Amérique par les conteibet à l'instigation du prince royel de Suède. C'est une erreur. Moreau était rime d'une vaste conspiration militaire à laquelle Bernadotte avait été de tout temps étranger. Les désastres de Baylen redonnèrent de l'audace aux conjurés ; ils dressèrent de nouveaux plans, et Moreau vint en Europe. Nous devons même croire ou'il ne mit pas Bernadotte dans la confidence de ses projets, mais celui-ci les soupçonnait sans doute quand il lui dit : « Pre- « nez garde , mon cher général ; H est dou- « teux que les Français reconnaissent le « vainqueur dHohenlinden sous l'uniforme «russe. »

C'est ici le lieu de dire avec Motigaillard (Histoire de France, t VII, p. atS : « La conduite de Bernadotte ne saurait être assimilée à celle de Moreau. Le prince de Ponte- Corvo ne portait pas les armes coutre son pays, il avait cesse d'être Français, il était prince royal de Suède, et a ce tilre, son bras et ses talents appartenaient à son roi et à la nation suédoise. La conduite de Moreau est sans dignité, sans honneur; rien ne saurait le justiGer aux yeux de tout homme impartial qui n'a pas renoncé à sa propre estime, qui est digne d'avoir une patrie. Moreau a flétri son nom d'un ineffaçable opprobre. »

SUÈDE

son plan dé campagne dans le grand détail et sans rien cacher "des considérations politiques qui le forçaient à prendre une ligne d'opération si dangereuse. Moreau , qui en saisit dès l'abord tous les inconvénients, s'attacha à faire remarquer au prince les dangers qu'il aurait à courir en remontantjusqu'à la hauteur de Berlin, entre la Baltique, l'Elbe et l'Oder, entourée des places fortes de Hambourg , Magdeoourg , Torgau , Custrtn et Stettin , occupées par ennemi.

« Vous avancez dans un vrai coupegorge, lui disait-il, pour défendre une ville trop rapprochée du foyer de l'ennemi ; c est aventurer votre armée. »

— « Oui, général, ma position est mau-

- vaise, je n'en saurais disconvenir; mais je serai franc avec vous , car notre ancienne amitié m'est garant que vous n'abuserez pas de ma confiance. Cette position si périlleuse , si contraire à votre génie stratégique , est pourtant pour la Suède et pour moi aussi politique que militaire. Elle est politique, parce que j'influence le nord de P Allemagne, dont je me trouve maintenant le seul arbitre ; parce gue j'électrise les Prussiens , les Meuembourgeois et les villes anséa tiques, et que je me prémunis ainsi contre le sort des coalitions. En effet, supposons quelque grand revers : vous verriez un sauve qui peut universel, des paix précipitées, des engagements trahis, des alliés sacrifiés ; car, vous le savez, nous avons affaire à un homme dont la tactique est plus active encore dans les négocia- , tions que sur le champ de bataille.

Elle est militaire, par la raison que je contiens avec moins de dix-huit mille hommes, commandés par le comte Watmoden, l'armée du maréchal Davoust et l'armée danoise, qui s'appuyant sur les places de Lubeck et de Hambourg menacent constamment mon flanc droit. Je suis maître d'écraser les masses qui sortiraient de Magdebourg, de Wittemberg et de Torgau pour marcher sur Berlin.

Je suis éclairé et protégé sur mes flancs et sur mon front par une nom-

plus « breuse cavalerie légère, et fat des « toujours soixante mille nommes

et f aurai >mmes en « poene pour fondre sur les premiè- « res têtes de colonne qui déooucbe- « ront des places de l'Elbe... » Après beaucoup d'autres considérations politiques qui portaient le prince royal à détendre Berlin, Moreau lui dit : « Je « suis trop peu au fait des affaires et « des ressorts intérieurs qui font agir «les cabinets coalisés pour pouvoir « entrer en discussion sur une matière « si délicate , » et il se tut, faisant un geste qui exprimait ses doutes sur l'issue. Un regard investigateur du prince lui fit répondre : « Je vous dois la vé- « rite , je pense que vous serez battu. » «J'espère que non. répliqua Berna- « dotte , décidé que je suis a ne jamais « accepter une lutte inégale. » Moreau aurait voulu qu'aucune opération sérieuse n'eût lieu de ce côte; il voulait tout concentrer à la grande armée de Bohême ," dont il était destiné à être le directeur suprême.

Le prince royal ne fut pas longtemps à Stralsund sans éprouver un avant-goût des embarras et des soucis qu'entraîne une coalition. Parmi plusieurs griefs dont il eut à se plaindre, le plus sensible fut la conclusion d'un armistice accepté par l'empereur Alexandre et le roi de Prusse, sans participation de l'Angleterre ni de la Suède. E s'en plaignit à l'emp<

. 'empereur

Alexandre dans une longue lettre, où, exposant les dangers cnine paix qui n'offrirait pas les garanties les plus sûres, il disait : « Accepter en ce mo- « ment une paix dictée par l'empereur « Napoléon , c'est poser la pierre sé- « pulcrale sur l'Europe, et si ce mal- « heur arrive, il n'y a que l'Angleterre « et la Suède qui puissent espérer de « demeurAr intactes. Je suis toujours «le même homme qui eut l'honneur « de vous parler à Abo... Je ne saurais « vous dissimuler, Sire, que de grands « malheurs nous menacent, si les prin- « cipes d'une éternelle justice ne sont « pas notre guide. L'Allemagne veut « être libre; elle veut une constitution « simple et facile dans sa marche. Pro- « fi tons, Sire, del bonnes dispositions

ttt

L'UNIVERS

« de ce peuple qui est constant dans «ses haines comme dans ses affec- « tions. Réfléchissons que ce pays est «ie cœur de l'Europe; qu'il est le « centre des hommes éclairés, et qu'il « n'a besoin que d'être soutenu pour « se relever. Du reste, il est plus im- « portant que jamais, ^joutait-il, que « nulle divergence d'opinions n'existe « entre nous, et pour y parvenir rien « ne me paraît plus propre qu'une en- «trevue personnelle, dont une heure « vaut mieux qu'un mois de corres- « pondance. »

Le rendez-vous eut lieu au château de Trachenberg, petite ville de Silésie. Voici le récit qu'en a fait un témoin oculaire : « Ceux qui virent descendre le prince royal de voiture conçurent d'abord de vives appréhensions sur les résultats de cette entrevue. Il rendait aux deux souverains tout ce qu'il leur devait comme prince royal, mais il ne donnait que cela, et répondait à leurs prévenances amicales avec une dignité qui tenait de la froideur. On voyait clairement que l'armistice conclu sans sa participation lui restait sur le cœur. Le lendemain on parla d'affaires , mais sans rien décider. Vingt-quatre heures après, le comte Stadion reçoit un courrier autrichien. Ce courrier n'apporte qu'une lettre; elle était pour le prince royal. L'empereur François lui écrivait : « J'apprends que vous êtes avec « votre armée sur le continent, et dans « les rangs de la coalition. Cette nou- « velle nra décidé à m'y joindre, si « l'empereur Napoléon rejette la paix «que je lui ai proposée. » Dans la situation des affaires, cette résolution de l'Autriche était assurément de la

Eus haute importance. Ceux qui eurent 5 premiers connaissance du contenu de la dépêche craignirent un redoublement de roideur chez le prince royal :

ils se trompaient; dès ce moment il fut affable et prévenant, on eût dit qu'il n'avait eu nul grief. Les conversations entre les deux souverains et le prince royal devinrent longues et fréquentes.

Le prince développa très-franchement *t sans réserve ses sentiments et ses On a tout lieu de croire

qu'il fut parfaitement compris et «p-

Srouvé, et que si les autres membre»

e la coalition ou ceux qui s'y joignirent depuis n'eussent pas concouru, avec la fatale obstination de Napoléon , à neutraliser les décisions prises à Trachenberg, l'Europe et la France ellemême n'auraient eu qu'à s'en féliciter»

car voici ce qu'elles étaient.

Le prince royal était convaincu que Napoléon ne pourrait vivre en paix qu'autant aue rEurope lui serait asservie, et qu'il n'y aurait dé couronnes que sous son non plaisir. Pour son compte, il s'en tenait toujours à ce

3u'il avait déjà dit à l'empereur Alexanre dans l'entrevue d'Abo : « Mieux vaut labourer un champ que de régner à cette condition. » Son avis était donc : 1° que l'objet de la coalition devait être nettement déterminé, et n'avoir d'autre but que de conquérir et d'assurer l'indépendance des nations; 2° que pour la conquérir il fallait d'abord refouler Napoléon et son armée dans les limites de la France, telles qu'il les avait trouvées en arrivant au

Fouvoir; 3° que ce n'était qu'alors que on pourrait proposer et conclure une paix solide et durable, en reconnaissant Indépendance de la Hollande, où Louis serait rappelé, celle de l'Italie sous le sceptre d'Eugène, du royaume de Naples sous celui de Murât , et constituant fortement l'Allemagne sur des Principes assez généreux pour la porter ne jamais souffrir aucun joug étranger; 4° enfin, pour assurer cette paix générale , chaque puissance devait s'engager à se trouver toujours prête à réprimer toute entreprise d'un État contre un autre, et renoncer £ toute influence sur les affaires intérieures de toute autre nation que la sienne (*).

(*} On ne saurait nier que ce ne fût un très-beau plan. Sans doute Charles-Jean en croyait l'exécution possible; mais l'expérience a prouvé qu'il se trompait sur les intentions généreuses de ses alliés. Faut-il lui faire un crime d'une erreur honorable qui fut partagée alors par tous les peuples qu'on lança sur nous en les électrisant par la promesse mensongère d'une liberté qu'on leur refusa après le succès?

SUÈDE

Vaut l'exécution de l'article qui près* crivait de refouler la puissance Iran- . çaise dans ses limites naturelles, on s'occupa de concerter un plan de campagne. Le prince royal l'exposa tel qu'il rayait conçu. La conversation entre les souverains dura plusieurs heures, au bout desquelles le chef d'état-major du prince fut appelé pour rédiger ce qui venait d'être convenu.

Une heure après , les trois chefs d'étatmajor signèrent et prirent chacun une copie de cet important travail, dont les derniers mots dictés par le prince étaient : « Notre rendez-vous est à • Leipzig. » Ces mots, consignés dans chacun des trois exemplaires de ce plan de campagne, ne pouvaient pas échapper à l'histoire. »

A la suite de cette entrevue , Charles* Jean prit le commandement de l'armée combinée du nord de l'Allemagne. Au moment d'entrer en campagne, il adressa à ses troupes la proclamation suivante :

Au quartier général cTOranienbourg, le 13 août 1813.

«Soldats!

« Appelé, par la confiance de mon « roi et celle des souverains ses alliés , « à vous guider dans la carrière qui « va se rouvrir, je me repose, pour le « succès de nos armes , sur la protec- « tion divine, sur la justice de notre « cause, sur votre valeur et votre per- « sévérance.

« Sans un concours d'événements ex- « traordinaires , qui ont rendu si cruel- « lement célèbres les douze années qui « viennent de s'écouler, vous ne seriez « pas réunis sur le sol germanique ; « mais vos souverains ont senti que « l'Europe est une grande famille, et « qu'aucun des États qui la composent ' « ne peut rester indifférent aux mal- « heurs que fait peser, sur l'un d'eux , « une puissance conquérante. Ils ont « aussi reconnu que , lorsqu'une telle « puissance menace de tout envahir et « de tout soumettre, il ne doit exister «qu'une seule volonté chez les peu- « pies, qui ont résolu d'échapper à la « honte et à l'esclavage.

« Dès cet instant, vous avez été ap- « pelés des bords du Wolga , des rives «du Don, des côtes britanniques et « des montagnes du Nord pour voua « unir aux soldats allemands qui défen- «dent la cause de l'Europe : c'est « maintenant que les rivalités, les pré- « jugés et les haines nationales doivent « disparaître devant le grand but de « l'indépendance des nations.

« L'empereur Napoléon ne peut vi- « vre en paix avec l'Europe, qu'autant « que l'Europe lui est asservie. Son au- « dace a conduit quatre cent mille bra- « ves à sept cents lieues de leur patrie ; « des malheurs , contre lesquels il n'a « pas daigné les prémunir, sont tombés « sur leurs têtes, et trois cent mille «Français ont péri sur le territoire « d'un grand empire, dont le souverain « avait tout essayé pour rester en paix « avec la France.

«On devait espérer que ce grand «désastre, effet de la colère céleste, « ramènerait l'empereur de France vers « un système moins dépopulateùr, et «qu'enfin, éclairé par l'exemple du « Nord et de l'Espagne , il renoncerait «à l'idée de subjuguer le continent, « et consentirait à laisser la paix au « monde; mais cette espérance a été «déçue, et cette paix, que tous les «gouvernements désirent, que tous «les gouvernements ont proposée, a « été rejetée par l'empereur Napoléon.

a Soldats ! c'est donc aux armes qu'il « faut avoir recours pour conquérir le « repos et l'indépendance. Imitez les «Français de 1792. L'ennemi était « sur leur territoire, «ils s'unirent pour « le combattre. Qu'aujourd'hui un sen- « timent pareil vous anime et dirige « votre valeur contre celui qui , après « avoir envahi le sol qui vous a vus « naître , enchaîne encore vos frères , « vos femmes et vos enfants.

« Soldats ! quel bel avenir se pré- « sente à vous ! La liberté de l'Europe, «le rétablissement de son équilibre, « le terme de cet état convulsif qui «dure depuis vingt ans, la paix du « monde enfin seront le résultat de « vos efforts. Rendez-vous dignes, par « votre union, votre discipline et vo-

us

l'univers.

« tre courage , te belles destinées qui «tous attendent!»

Le projet de Napoléon était de se porter sur Berlin, et de frapper son en* nemi an cœur. Le général Jomini, chef de f état-major du corps d'armée corn* mandé par le maréchal Ney, passa à l'en* iiemilel6août,etfitconiialtre aux alliés ce plan deeampagne. Le maréchal Oudinot était chargé d'opérer ce mouvement qui devait être favorisé par l'approche d'une division française sortie de Magdébours, ainsi que par un mouvement rapide, a travers le Mecklembourg, du maréchal Davoust qui commandait sur le bas Elbe.

Oudinot ne s'étant pas avancé sur Berlin aussi promptement qu'il aurait pu le faire , perdit un temps précieux. Sespremières manoeuvres se trouvèrent par là interrompues et changées, et le prince royal de Suède avait pu être averti et pénétrer son dessein. Charles- Jean avait fortement appuyé dans le joonseil des alliés sur la nécessité de préserver à tout prix Berlin , le dépôt général des ressources matérielles de la Prusse, le foyer de l'enthousiasme de ses peuples, le centre de la défense du royaume. Moreau représentait au contraire avec la plus grande vivacité, combien l'armée du nord de l' Allemagne serait aventurée dans une position si peu basée, et il ajoutait que, d'ailleurs, Berlin se trouvait beaucoup trop dans les rayons de l'ennemi pour qu'il fût possible au corps commandé par le prince royal de sauver cette capitale.

Cet-avis était partagé et appuyé par le roi lui-même et par ses généraux , par Blûcher surtout, qui, dans son langage soldatesque, comparait cette capitale à une prostituée,et prétendait que, Iwrée «ne fois déplus, elle n'en serait pas plus flétrie. Malgré cette opposition , le prince royal de Suède se porte en avant, gagne du terrain, et enlève à Oudinot l'initiative des mouvements et l'avantage qui en résulte. La victoire de Gross-Beeren ( 23 août ) est le premier garant de ce succès. Oudinot, qui n'avait pas craint d'engager la bataille contre des forces triples des siennes, ' \ des pertes tellement graves qu'il

se décide à une retraite générale, laissant à l'ennemi 1,500 prisonniers et 14 pièces d'artillerie.

Napoléon, peu satisfait d'Oudinot, le remplace dans le commandement de son aile gauche par le maréchal Ney, qui reçoit l'ordre de se porter de nouveau sur Berlin. Mais Ney n'est pas plus heureux que son collègue ; il est défait, le 6 septembre, à Dennewitz, par le prince royal, et perd avec les deux tiers de son artillerie, ses muni* tions , ses bagages, ainsi que doute mille hommes.

Trois jours après la bataille de Dennewitz, Bernadottat écrivit au maréchal Ney la lettre suivante en date de Jûterboch.

« Le 6 au soir, après la bataille de « Dennewitz, j'appris qu'un de vos aî- < des de camp avait été blessé et fait « prisonnier. Je m'empressai d'envoyer « de suite un des miens à sa rencontre « à Treuenbritzen , où il eut le déplai- « sir d'apprendre qu'il avait été déjà «dirigé sur Berlin; mais avant son « départ, il m'avait adressé une lettre « que le magistrat de la ville remit à « mon aide de camp et que vous trou- « verez ci-jointe. J'ai donné des ordres « pour que le colonel Gouet soit traité « avec tous les soins que son état exige ,

* et avec les égards qui sont dus à son « rang et à la personne à laquelle il a était attaché.

« Quoique les intérêts que nous ser- « vons soient différents, j ai du plaisir « à penser que nos sentiments sont tou- « jours restés les mêmes, et je saisirai, « avec le plus vif empressement, tou- « tes les occasions de vous assurer que a je suis constant dans ceux que vous « m'avez connus pour vous.

« Depuis longtemps nous ravageons « la terre, et nous nfavons encore rien «fait pour l'humanité. La confiance « dont vous jouissez à si juste titre « auprès de l'empereur Napoléon pour-

• rait, ce me semble, être de quelque « poids pour déterminer ce souverain « a accepter enfin la paix honorable et « générale, qu'on lui a offerte et qu'il « a repousses. Cette gloire, prince, est « digne d'un guerrier tel que vous» *t

S1IÊDE,

€ le peuple français rangerait cet émi- « nent service au nombre de ceux que « nous lui rendions, il y a vinrçt ans, « sous les murs de Saint-Quentin, en «combattant pour sa liberté et pour « son indépendance.

Le revers de Dennewitz fut surtout attribué à la conduite de deux divisions saxonnes dont la fidélité était, dit-on, déjà ébranlée : elles se battirent mollement, lâchèrent pied, et entraînèrent tes troupes voisines' dans leur fuite. Toutefois , ce fut seulement le ' 10 septembre que Charles-Jean adressa aux Saxons la proclamation suivante :

Au quartier général de Jûterboch, le 10 septembre 1813.

« Saxons 1

«L'armée combinée du nord de « r Allemagne a dépassé vos frontiè- « res : cette armée ne fait point la « guerre aux peuples de vos contrées, « elle n'est dirigée que contre leur op- « presseur.

« Vous devez faire des vœux pour «nos succès, puisqu'ils tentent à ré- « tablir votre prospérité détruite, et à « rendre à votre gouvernement son « lustre et son indépendance. Nous « persistons à considérer comme amis « tous les Saxons. Vos propriétés seront respectées, l'armée observera « la plus exacte discipline, et Ton pour- « voira à ses besoins de la manière la « moins onéreuse au pays. Ne quittez « point vos foyers , et continuez a vous « livrer à vos occupations habituelles.

« Bientôt de grands événements vous « mettront à rabri de toute politique « ambitieuse. Soyez les dignes descen- « dants des anciens Saxons , et si le «sang allemand coule, que ce soit « pour l'indépendance de la Germanie, «et non pour la volonté d'un seul « homme , auquel aucun lien , ni au- «cun intérêt ne vous attachent. La « France est un pays assez beau, assez «étendu, et les anciens conquérants « se seraient contentés d'un semblable «partage. Les Français eux-mêmes « désirent rentrer dans les limites que « la nature leur a prescrites. Ils 'haïs- « sent la tyrannie, tout en la servant

«Oses leur dire que vous avec résolu «d'être libres, et ces mêmes Fran- « çais, en vous admirant, vous enga- « geront à persévérer dans votre nooje « et généreuse entreprise. »j

Cependant, l'armée française avait été contrainte de se replier et de se concentrer dans Leipzig; elle se voyait réduite, par les rapides manœuvres de Charles-Jean, à la nécessité d'accepter une bataille décisive sur le point qu'il avait indiqué trois mois auparavant $ l'entrevue de Trachenberç. Nous ne raconterons pas cette bataille funeste où la France fut blessée à mort. Le succès en fut dû aux savantes combinaisons de Charles- Jean et à la procla < mation par laquelle, quelques jours auparavant, il avait invité les Saxons à rentrer dans les rangs de leurs compatriotes. En effet, au moment où une colonne de troupes françaises sortant de la ville allait rendre la position dp prince royal très-critique, un officier saxon vint se ranger sous ses drapeaux avec une batterie de douze pièces, et ces douze pièces, employées à l'instant, mutilèrent la colonne française et la refoulèrent dans Leipzig. Cette défection ne fut pas la seule : deux autres batteries, deux régiments de cavalerie saxonne, sept bataillons et plusieurs régiments wurtembergeois , vinrent aussi augmenter le nombre des ennemis que les Français avaient à combattre.

L'affection des Saxons pour le prince royal datait de la bataille de Wagram et* de la disgrâce qu'il avait encourue par suite de la proclamation dans laquelle il avait voulu rendre justice à leur valeur. Plus d'une fois avant Leipzig, on avait engagé Napoléon à ne pas opposer les Saxons à Charles- Jeen.

L'événement prouva combien il avait eu tort de ne pas suivre ce conseil (*).

(*) Le jour ok l'en venait d'approche a Dresde et coup sur coup les défaite» de tLulm, de KatsWh et de Deaaewit*, Je général Gersdorf fut appelé dans le cabinet de l'empereur, d'où le général Gérard venait de sortir. « Vous ave* servi sous le prince royal de Suède , lui dit l'empereur 9 vans le

LTJNIVÉRS.

Napoléon battait en retraite et Leipzig était au pouvoir des confédérés.

I/empereur de Russie, le roi de Prusse et Charles- Jean 7 pénétrèrent par trois portes différentes. Le roi de Saxe fat fait prisonnier; mais le prince royal de Suède, dès son entrée dans la ville, se rendit au palais pour présenter ses hommages à l'auguste prisonnier, et ordonna à son chef d'état-major de prendre toutes les mesures nécessaires pour que l'infortuné monarque fût entouré de respect et d'égards. Il y avait Quelque courage à montrer autant de ienveillance pour ce vénérable monarque qu'Alexandre et Frédéric Guillaume avaient refusé de recevoir, sans doute parce qu'ils craignaient de laisser ébranler la résolution qu'ils avaient prise d'incorporer la Saxe à la monarchie prussienne.

Dès le lendemain de la bataille, les alliés se mirent dans tous les sens à la poursuite de l'armée française. Le prince royal voyant bien que Napoléon, qui avait dépassé Erfurt, ne pensait pas à reformer son armée en avant du Rhin, regarda le premier but de la campagne comme atteint de ce côté, et, tournant à droite, il dirigea son

connaissez. ■ — « Sire , je fus par voire ordre son chef d'état-major. » L'empereur, se , promenant i grands pas , se mit à parler du prince royal avec une vivacité toujours croissante , et , s'arrêtant tout à coup devant le général : « Eh bien I qu'en pensez-vous ? » — « Sire, Votre Majesté a pu connaître le « prince de Suède bien mieux que moi ; mais «dans tout ce qu'elle vient d'en dire comme « capitaine, elle me parait avoir oublié un «point très-important » — «Lequel?* — « L'attachement qn'il inspire a tous ceux oui « servent sous lui. » — « Et vous croyez cela , n vous ? Les Français le baissent. » — « Sire, «je parle des Allemands. Que Votre Majesté « me permette de lui rappeler qu'on l'a plu- « sieurs fois avertie de ne pas lui opposer des «Saxons, parce qu'on ne pourrait répondre « des suites. » — « Mais, par tous les diables, «comment cela se fait-il? Gérard et le roi • de Naples me rabâchent la même chose.... «Eh bien! eh bienl je vais le trouver moi- «méme, et ce ne sera pas avec des AOe- «mands. »

armée par le Hanovre vers le Danemark. Il ne manqua pas des partisans de discorde pour colporter à Londres comme à Francfort des conjectures accusatrices contre ces mouvements.

C'était un abandon de la cause commune , il y avait mésintelligence, défection, peut-être même trahison. Mais l'officier général envoyé par le prince à Francfort et à Londres, en revint chargé, par les souverains alliés, de lui exprimer leur plein assentiment à ses vues, et leur désir qu'il employât à leur exécution tout ce qu'il avait de leurs troupes sous ses ordres. Il n'usa pas de cette latitude, il se priva bien volontairement de soixante mille Russes et Prussiens que commandaient Wintzingerode etfiulow, et les dirigea sur le bas Rhin. Les avant-postes de ces deux généraux avaient passé le fleuve avant qu'un seul homme des autres armées alliées ne l'eût franchi , et ils avaient donné la Belgique et la Hollande à la coalition avant l'ouverture de la campagne de 1814 (*).

(*) Voici la singulière proclamation publiée par Wintzingerode en pénétrant en France. On a peine à concevoir la distinction qu'il cherche à établir entre les soldats et les' citoyens français.

Aux habitants de la fronce.

« Nous entrons dans vos anciennes fron- « Itères; le prince royal de Suède nous suit « avec toutes ses armées.

«Le ciel a béni nos armes , pour la gloire « de la Russie et la délivrance de l'AJlema- «gne : il achèvera son ouvrage, et forcera « l'empereur Napoléon à vous rendre la paix « que vous implorez tous. lisez les procla- « mations des souverains alliés, vous verrez « que leur volonté est la paix : demandez à «vos compatriotes comment ils sont traités « par nos soldats, et vous verrez que c'est « en amis qu'ils entrent dans vos villes, dans «vos villages.

«Un héros français, qui jadis combattait « pour votre liberté, pour la gloire de la « France , auquel la Suéde a confié ses désir tins, que vos armées redoutent, revient « acquérir de nouveaux droits à votre recon- « naissance, en nous menant à la victoire, « pour vous rendre le bonheur et la paix.

« Recevez amicalemenl nos soldats, ils ne

SUÉDE.

wt

Ces avantages immenses étaient menés de front par le prince royal avec l'avantage non moins grand de s assurer du bas Elbe et du Danemark. Lubeck fut pris , les Danois plièrent àBornofd ; Glucbstad et Frederiksort furent assiégés et emportés ; le prince de Hesse avec l'armée danoise enfermé à Rendsbourg , et un traité de paix, portant cession de la Norwége à la Suède , fut signé à Kiel le 14 janvier 1814.

Le jour même ou ce traité fut signé, le prince royal donna les ordres de départ à toutes les divisions de son armée, qu'il dirigea vers le Rhin , leur prescrivant la marche la plus rapide, et cela sans laisser un seul homme dans le Schleswiç ni le Holstein, s'abandonnant à la foi des traités avec une confiance qui fut depuis cruellement déçue.

H établit bientôt son quartier général à Liège où il se tint longtemps (*).

En arrivant à Cologne, Charles- Jean

«tous demanderont que leur nourriture.

* Accourez à moi au moindre désordre qu'ils « pourraient commettre, à toute heure vous « me trouverez prêt à vous entendre, et a « punir celui de mon armée qui , contre la « volonté de mon auguste souverain , oserait « offenser ou piller un Français.

« Que chaque citoyen reste dans sa de- « meure ; que chaque employé du gouver- « neme nt continue ses fonctions , il sera « respecté et acquerra des droits à la recon- « naissance de ses concitoyens , en préve- « nant , par sa présence , les désordres de « l'anarchie , et en devenant l'interprète de « leurs besoins. Nous ne combattons que les «soldats de l'empereur Napoléon; le ciel « vous préserve de vous joindre à eux ! l'in- «nocent serait confondu avec le coupable; « des populations entières seraient livrées « à la vengeance des Cosaques , si un bour- «geois, un paysan, quittait ses paisible* « occupations pour prendre les armes.

« Donné au quartier général de Namur , « le 5 février («4 janvier) 1814.

« Le général en chef, « Baron de Wi htzui osions. »

(*) Montgaillard , t. YII , p. 354 , dit que Charles-Jean, d'après les ordres transmis du grand quartier général , s'arrêta a Liège pour appuyer le corps du prince de Weimar.

avait adressé aux Français la proclamation suivante :

Au quartier général de Cologne, te 12 février 1814.

Français,

« J'ai pris les armes par ordre de « mon roi, pour défendre les droits du « peuple suédois. Après avoir vengé les « affronts qu'il avait reçus et concouru «à la délivrance de l'Allemagne, j'ai « passé le Rhin.

« En revoyant les bords de ce fleuve, « où j'ai si souvent et si heureusement «combattu pour vous, j'éprouve le « besoin de vous faire connaître mat « pensée.

« Votre gouvernement a constant- « ment essayé de tout avilir pour avoir « le droit de' tout mépriser, if est temps « que ce système change.

« Tous les hommes éclairés forment « des vœux pour la conservation de la « France, ils désirent seulement qu'elle « ne soit plus le fléau de la terre.

« Les souverains ne se sont pas coa- « lises pour faire la guerre aux nations, « mats pour forcer votre gouvernement «à reconnaître l'indépendance des « États : telles sont leurs intentions, « et je suis, auprès de vous, garant de « leur sincérité.

« Fils adoptif de Charles XIII, placé «par l'élection d'un peuple libre sur « les marches du trône des grands Gus- «taves, je ne puis désormais avoir « d'autre ambition que celle de travailler « à la prospérité de la presqu'île scan- « dînave.

« Puissé-je, en remplissant ce devoir « sacré auprès de ma nouvelle patrie, « contribuer en même temps au bon- « heur de mes anciens compatriotes! »

Ce fut pendant le séjour du prince à Liège, séjour qui excita tant de clameurs, que le prince royal donnâtes plus fortes preuves de sa constance dans les

1>rincipes qui Pavaient fait entrer dans a coalition. C'est la qu'il fit contre le passage du Rhin et l'invasion en France la vive opposition, les protestations énergiques que l'on trouve dans ses lettres diplomatiques. «Franchir les « frontières de la France, disait-il à ses

L'UNIVERS

alliés, c'est imiter Napoléon lui-même et justifier sa conduite précédente envers nous; c'est encourir nousmêmes les Justes reproches que nous lui avons adressés, c'est méconnaître et fausser les principes d'éternelle

Justice que nous invoquons contre ui , les seuls qui nous autorisaient à repousser la force par la force. Pour

2uels intérêts combattrions-nous, crivait-il à l'empereur Alexandre?

Votre Majesté est trop grande, trop éclairée, pour vouloir porter la guerre civile en France. Si elley éclatait, peutêtre nous créerait-elle des dangers aussi grands , aussi réels, que ceux dont nous avons voulu nous préserver. Et pourquoi, Sire, après avoir combattu avec tant de gloire, pour des motifs si purs , et avoir dirigé d'une main si sage et si ferme cet ingrat et capricieux assemblage qu'on appelle coalition, pourquoi, dis-je, compromettrions-nous plus longtemps une gloire si justement acquise et l'intérêt de nos peuples pour une cause qui nous devient désormais étrangère? »

Répondant à une lettre du 1 0 novembre 1813 (la date est à remarquer) par la quelle l'empereur Alexandre demandait son avis sur les opérations ultérieures, le prince royal disait : « Je « sens tout ce qu'il y a de juste dans « le raisonnement de ne pas laisser à « Napoléon Je temps de réorganiser des «forces nouvelles; mais quand j'op- « pose à cet inconvénient toutes les « raisons que me dictent et l'expérience « du passé et la connaissance que j'ai « du caractère du peuple français , les « dangers de l'entreprise projetée ( le « passade du Rhin ) me paraissent bien « plus grands que les résultats que l'on « s'en promet J'ai toujours pensé que « les alliés ne pouvant reprocher à la « France que les torts de son chef, il « fallait le leur désigner comme le seul « obstacle à la paix et porter la nation « à maîtriser une volonté qui a fait le « malheur de la France et de l'Europe. « Comment faire comprendre que tes « alliés n'ont combattu que pour la dé- « fease de leur territoire et qu'ils dé- « sirent la paix , s'ils ne proclament

« hautement les bases de cette paix en « reconnaissant pour frontières de la « France le Rhin , à l'exception de la « Hollande, les deux mers, les Alpes « et les Pyrénées , et ne déclarent , en « opposition à toutes les calomnies que « Napoléon ne manquera pas de répan- « dre sur leurs intentions , qu'ils veu- « lent que la France reste France , par « la même raison et le même droit qui « les a fait combattre pour reprendre « et assurer l'intégrité de leur propre «territoire.»

En date du même jour, 14 novembre, après l'expédition dé cette réponse , le prince royal écrivit encore à Alexandre pour appuyer ses observations par des faits : « Je vous prie, Sire, de considérer mes observations comme l'expression pure et franche de ma première pensée après la lecture de votre lettre du 10, et que cette pensée est la suite de la connaissance qui m'est si bien acquise des sentiments de la nation française, de son élan , et du patriotisme qu'elle est capable de développer dans les crises violentes. A répoqnede mon entrée au ministère, le territoire français était menacé ; la nation, épuisée d'hommes et d'argent, méprisait les membres du Directoire et désirait leur expulsion ; elle voulait la paix et la demandait à grands cris. En bien! ie n'eus qu'à parler; je réveillai tous les courages assoupis. Je m'adressai directement à cette nation si justement mécontente, et dans un mois j'en avais déjà obtenu

frius que je n'avais demandé. Toute 'Europe était liguée contre elle, et cependant elle maintint sa ligne défensive entre les Alpes et les Apennins liguriens, et fut victorieuse sur tous les autres pointe. Le général Bonaparte revint d'Egypte; votre Majesté sait le reste. »

En adressant au ministre suédois, au congrès de Châtillon, les instructions du roi de Suède, Charles Xm, le prince royal écrivait à ce ministre : « ... Mon devoir me porte à être plus « sage que brillant. Mon respect et « mon dévouement pour le roi s'accor- «dent avec mes obligations, et me

SUÈDE

« disent que le sans suédois est trop « pur pur le répandre pour une cause « qui devient désormais injuste.... Les « considérations que vous êtes chargé « de faire valoir sont trop justes pour «ne pas être approuvées par les puis- « sances ; toutes se rappelleront qu'il «ne fut jamais question, dans nos con- « ventions, de passer le Rhin, mais « seulement de refouler la puissance « française sur la rivé gauche du fleu- «ve; que, même à Trachenberg , il , « fût résolu qu'on n'aurait jamais cette ' « pensée. Je ne saurais trop le répé- « ter; une guerre en France est con- « traire aux intérêts de l'Europe, et «particulièrement aux intérêts de la « Suède qui n'a aucun motif, aucune «raison de continuer cette querelle « quand on dépasse le but pour lequel « elle s'était armée. Une guerre qui a «pour but de rétablir une dynastie « est une guerre injuste en principe , « barbare par les malheurs qu'elle doit a entraîner. Les lumières , la civilisa- « tion reculeraient de dix siècles ; les « moines et les bourreaux couvriraient « bientôt de deuil et de ténèbres cette « belle France , à laquelle on ne peut « reprocher que l'ambition démesurée « de son cher, ambition dont la France « elle-même n'a pas moins à souffrir « que les autres nations. La Suède n'a « aucun motif, aucune raison de con- « tinuer cette querelle ; le sang de ses « enfants est trop précieux pour être « versé pour une cause qui amènerait « eu Europe un asservissement mille « fois plus insupportable que celui de « Napoléon. En deux mots, M. le ba- «ron, ayons le courage de le dire, « point de guerre s'il faut la continuer « contre les principes qui nous ont « mis les armes à fa main. Les Sué- « dois ne sont pas conduits comme des « troupeaux, et celui ou ceux qui veu- « lent tes conduire de cette manière « ne connaissent ni leur clairvoyance , « ni leur valeur. » Quelques jours plus tard , le prince royal écrivait au ministre suédois, au congrès de Ghdtillon : « ... Vous me dites, M. le baron, que « l'on ne connaît pas le développement « que les chances de la guerre peuvent

« donner aux vues des alliés » surtout « s'ils obtiennent des succès. Il ne raè « paraît cependant pas difficile de pé- « nétrer leurs vues, dans le cas où ils «auraient des succès marquants : la « marche déjà suivie indique assez le « sort réservé, dans ce cas, à la Fran- «ce, et peut-être au reste de l'Eu- «rope. Rappelez donc, M. le baron, « qu il n'a jamais été question de passer « le Rhin; que, même à Trachenberg, « il a été résolu qu'on n'adrait jamais « cette pensée. Les événements con- «duisent les hommes, et presque îa- « mais les hommes, quelque sages au ils « soient, n'ont la prudence de conduire « les événements. »

A ces lettres il convient d'ajouter un fait publié tout récemment et qui , reproduisant la preuve des principes politiques de Charles-Jean, répond plus directement aux accusations dont il a été si souvent l'objet. Entre le 15 et le 20 mars , le prince royal reçut à Liéee un émissaire français qui lui était envoyé par son beau-frère Joseph et quelques autres membres de sa famille. Cet émissaire , alors attaché à la maison du roi Joseph, l'avait été pendant longtemps à celle du prince; il était par conséquent bien connu des* généraux qui avaient servi sous ses ordres , et c'est à la faveur de ces connaissances qu'il était parvenu jusgu'à lui. Cet émissaire était porteur a'un billet de Joseph , ne contenant que ces mots : « M. F... vous remettra ce billet; croyez tout ce qu'il vous dira. »

—«Eh bien, lui dit le prince royal, qu'avez-vous à m'apprendre? » — « Joseph « a voulu informer Votre AltesseRoyale « que l'Autriche est décidée à se déta- « cher. Je suis chargé d'ajouter que « cette détermination de l'Autriche ne « peut manquer de produire un grand « effet sur l'esprit public en France; «que cette coopération, jointe aux « grandes levées qui se font déjà, tri- « plera prochainement les moyens de « l'empereur qui sont encore considé- « râbles , et qu'il compte placer bientôt «entre deux feux la majeure partie « des alliés. L'empereur demande quel « parti prendra le prince royal de Suède

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L'UHIVERS.

dans la nouvelle situation des choses.

— Est-ce là tout? » — « Je n'ai plus rien à dire pour ce qui concerne ma mission spéciale. » — « Eh bien! reprit le prince royal, vous direz à mon beau-frère Joseph que je connais trop bien Napoléon pour voir autre chose qu'un piège dans tout ce qui me vient de sa part; que je suis convaincu ou qu'il veut me tromper, ou qu'il se trompe lui-même dans cette circonstance , tant sur ses espérances que sur les moyens qui lui restent; que je réponds à sa demande insidieuse sur le parti que je prendrai en lui disant avec franchise quel est celui qu'il fera bien de prendre lui-même : c'est de faire la paix , et au plus tôt. Dites à mon beau-frère qu'il peut assurer à l'empereur que ce .n'est ni pour mon intérêt personnel, ni parla crainte qu'il batte les alliés, que je l'engage à faire la paix; car, si je ne pensais qu'à moi, je devrais désirer que, continuant la guerre, il eût d'abord sur eux de très-grands avantages, parce qu'alors je réunirais leurs débris à mon armée encore inp tacte , et que la décision serait de lui à moi. D'après les dispositions bien connues de l'Europe et de la France même à son égard, j'ai tout lieu de croire que j'aurais pour moi la chance la plus favorable qui puisse s'offrir à l'homme le plus ambitieux , et il sait assez, par expérience, que je ne crains ni ses menaces ni sa tactique ; qu'il se souvienne de la Saale (*). L'empereur comprendra fort bien tout cela, car c'est indubitablement ce qu'il ferait lui-même à ma place.

Mais je ne sais pas sacrifier à mon ambition personnelle le repos de l'Europe et l'intérêt de l'humanité.

C'est donc pour lui plus que pour moi que je l'engage à la paix , quoique je sache fort Bien que j'ai toujours

(*) Le prince royal , en passant la Saale et appelant Blûcher sur la gauche de la Mulda , avait déjoué un des plus beaux plans de Napoléon , sauvé Berlin et l'armée de Silésîe d'une perte certaine, et préparé la bataille décisive de Leipzig.

« été l'objet secret de sa haine , parce « qu'il m'a toujours mal jugé. Et s'il ne

< veut pas croire que son intérêt me « touche à ce point, qu'il pense, s'il le

< veut, que c est celui de cette belle « France qui méritait un meilleur sort

< Que mon beau-frère lui dise de se « méfier de ceux qui ('éloignent de foire « la paix. Je suis certain qu'il est traÀL « Il n'est plus temps pour lui de mar- « chander cette paix ; il y va de sacou- « ronne, et ce n'est qu'en Élisant la « paix qu'il peut la conserver. »

Après avoir promis de rendre exactement au roi Joseph tout ce que le prince royal venait de dire, M. F...

exposa ce qu'il était chargé de lui communiquer de la part de plusieurs autres personnages qui tenaient un rang distingué dans les premiers corps de l'État. Tous leurs avis s'accordaient à faire savoir au prince que , dans le cas où les événements amèneraient les alliés jusqu'à Paris, il devait s'y présenter le premier. Quand il eut exposé les divers motifs qui devaient l'y porter (*) : « C'est-à-dire, reprit le prince, « qu'il s'agirait d'établir une guerre « civile en France, et d'y aller prendre « ma part , en oubliant tout à coup les « sentiments et les principes qui m'ont « armé pour le repos de 1 Europe et de « la France elle-même. Cela ne peut « me convenir. Hâtez-vous de retour- « ner à Paris; rendez bien exactement « à mon beau-frère la réponse que je «vous ai faite pour lui, et, quant « aux autres , dites-leur que je suis « loin de partager leur opinion sur les « circonstances actuelles, qu'ils feront « mieux de s'entendre, s'ils le peuvent, « pour saisir prompteme nt les moyens « les plus sûrs de conserver à leur pa- « trie sa gloire et son indépendance , « tout en mettant celle des autres peu- « pies à l'abri de nouveaux dangers. >

M. F... partit et retourna auprès du

(") Sièyes avait dit que c'était le seul moyen de consolider notre grande révolution et de nous en assurer les beaux résultats. « C*est bien contre mes intérêts que «je parle, avait-il ajouté, car si le prince « de Suède arrive, il faut que je m'en aille, »

général Maison, qui avait facilité son passage. U lui déclara que l'intention du prince royal n'était nullement de détruire le pouvoir de Napoléon , mais bien de l'abaisser et de le réduire à la France. Il s'étendit sur la douleur qui accablait le prince en voyant la France ravagée par des armées étrangères, ce qu'il n'attribuait qu'aux fautes de Napoléon. Le général Maison écrivit au ministre de la guerre (le duc de Feltre) les détails de sa conversation avec M. F... Le duc en rendit compte directement à l'empereur, et, présumant que cette dépêche pouvait semer des divisions parmi les alliés, il en expédia un duplicata par un officier à qui l'on donna une fausse direction pour qu'il fût jeté dans leurs avant-postes et fait prisonnier. Ces dépêches furent envoyées à l'empereur Alexandre, qui les remit lui-même au prince royal dès son arrivée à Paris.

Les événements des premiers jours d'avril 1814 affectèrent douloureusement Charles-Jean. Ces événements, qui lui montraient à quel point on s'écartait des principes qu'il se flattait d'avoir fait adopter par les alliés, étaient bien de nature à lui faire craindre le même oubli de leurs engagements pour l'exécution du traité qui cédait la Norwéçe à la Suède. Impatient de savoir lui-même ce qu'il avait à craindre ou à espérer de ses alliés, il se rendit à Paris, n'amenant avec lui que douze hommes d'escorte. Une demi -heure après son arrivée il reçut la visite de l'empereur de Russie.

Dans les rapports directs et personnels assez souvent répétés qu'il avait eus avec le prince royal de Suède, l'empereur Alexandre avait été frappé de la manière franche, loyale et expansive avec laquelle le prince lui avait exposé les dangers de leur position commune et les moyens de les conjurer, et cela lorsqu'ils ne pouvaient compter que sur l'Angleterre pour résister à celui qui disposait du reste de l'Europe. Alexandre avait conçu pour le prince royal un sentiment de haute estime et de sincère amitié, qu'il lui a conservé même au

SUÈDE, $ê$

delà de la vie, puisqu'il l*a légué à sa famille et surtout à son frère, en lui recommandant de ne jamais oublier les services que le prince leur avait rendus (*). Il s'était établi entre eux une espèce de confraternité d'armes et de sympathie. ' *

Dans de telles dispositions, Alexandre avait parfaitement senti combien le prince royal devait être affecté de ce qui venait de se passer, et , apprenant qu'il arrivait à Paris , il voulut être le premier à le voir, pour le calmer et le tranquilliser sur ses intérêts personnels.

En lui remettant la lettre dont nous avons parlé plus haut, l'empereur Alexanareditqu'il s'était félicité qu'elle fût tombée entre ses mains et non dans celles de tel ou tel autre de ses alliés, gui, ne connaissant pas comme lui les intentions et les principes du prince royal, aurait pu mal interpréter ce quelle contenait. «Je puis m'étre « trompé, ajouta-t-il, mais certes, je « n'ai rien vu ici de ce patriotisme que «cette nation était, me disiez- vous, « capable de développer dans les crises «violentes (**). Après l'inconcevable « aveuglement de Napoléon, c'est bien « à elle-même ou du moins à ceux qui « devaient la défendre et veiller à ses « intérêts que la France doit adresser « ses reproches , s'il lui arrive d'avoir « à souffrir des changements qui vien- « nent de s'opérer. » — « Non-seule- « ment la France, mais plusieurs peu- « pies de l'Europe s'en trouveront fort «mal et pour longtemps; ce qui ne « serait pas arrivé si l'on n'eût pas dé- « vie du plan que nous avions adopté «à Tracnenberg, comme le mieux « fondé sur les vrais principes de droit « et de justice. — • Nous n'y pouvons «plus rien, reprit vivement l'empe- « reur, dont le ton et le geste semblaient

(*) L'empereur Nicolas, annonçant an roi de Suède son avènement , lui écrivait : «Je regarde la continuation de vos senti-. « ments d'amitié comme la portion la plus « précieuse de l'héritage de mon frère. •

{**) Voyexla ktlre du 14 novembre 1 8 13 citée plus haut, p. 36a.

L'UNIVERS

t exprimer lé regret, et puisqu'il ne « s'agit maintenant que d'intérêts par* « tiels, faisons régler ce qui concerne « votre patrie adoptive. La cession de « la Norwége, déjà décidée par le traité « de KJel, doit être reconnue et garan- « tie par tous les alliés; j'en fais mon « affaire personnelle , et je mets à votre « disposition les soixante mille hommes « que j'ai en Holstein, sous lecomman* « dément de Benigsen.

Tous les actes relatifs à la reconnaissance et à la garantie du traité de Kiel ( 14 janvier 1814 ) par les cinq grandes puissances lurent en effet rédigés et signés dans les formes voulues, et le prince royal partit aussitôt pour aller mettre fin aux intrigues ourdies par quelques diplomates et par le prince Christian, qui s'était fait déclarer roi de Norwége.

Le prince royal n'eut pas besoin des troupes que l'empereur Alexandre avait mises à sa disposition : avec ses seuls Suédois il se présenta sur les frontières de la Norwége, et en quinze jours la campagne fut terminée (*). Le prince Christian , qui avait jeté cette brave nation dans les dangers de la résistance au traité de Kiel , ne voulut pas les partager avec elle et se retira. Les Norwégiens, abandonnés par leur roi de quelques jours , n'avaient plus qu'à se soumettre à la loi du vainqueur; mais ce vainqueur savait que ce n'est pas en s'emparant d'un pays par la force qu'un prince donne au peuple qui l'occupe une haute idée de ses vertus; aussi, renonçant au droit positif que lui donnaient % les traités, il ne leur imposa d'autre loi que de devenir libres, comme les Suédois*, sous le sceptre de son père , d'avoir comme eux des droits politiques, et de mettre en commun leurs moyens de défense contre un danger commun. « Quel est le souverain des vieilles dynasties , a dit à ee sujet un historien, qui dans la même position aurait montré un tel étoignement pour l'emploi de la force,

f) Voyez pour les détails de cette campagne l'Histoire de la Norwége k la fin de de ce volume.

un tel respect pour les droits des nations? Quel est celui qui eût rendu un tel hommage à leur indépendance ?(*) »

Ainsi, tandis que le sort des divers peuples de l'Europe était encore loin d'être fixé, Charles-Jean rentra dans la capitale de sa patrie adoptive avec la gloire d'avoir, par la réunion des deux peuples de la presqutle Scandinave, jeté les fondements d'une puissance qui doit avoir un poids important dans la balance de rËurope.

La Suède devait être fière et heureuse de l'élection de 1810. A cette époque elle était pauvre, humiliée et affaiblie à tel point, qu'elle ne devait plus espérer de compter parmi les puissances influentes. Deux ans après, son commerce était déjà prospère , et son alliance recherchée par les plus puis* sants monarques* La Russie et l'Angleterre avaient fait la paix sous ses auspices, et bientôt après elle voyait ses drapeaux mêlés à ceux devant lesquels Napoléon allait cesser d'être invaincu.

Dès la quatrième année de son règne, te vieux monarque, l'ancien grand amiral, le vainqueur de Hogland, devait à son fils l'inexprimable joie de se retrouver sur sa flotte devant les côtes de Norwége , et de renouveler , disait-il, connaissance avec les boulets. Dans cette même année, sa tête vénérable fut ceinte de l'antique couronne norvégienne que le prince royal lui apporta, payant ainsi d'une seconde couronne l'adoption qui lui en avait promis une. Ajoutons que plus de quatre-vingts millions de francs étaient acquis a la Suède par les négociations du prince royal; qu'elle avait acquitté pour vingt-cina millions de dette étrangère, et qu'elle ne devait plus une obole; tandis que, dans l'intérieur, la diminution graduelle des charges publiques, l'accroissement des produits du commerce et de l'industrie amenaient le rétablissement des fortunes particulières. Ainsi , quatre ans après cette mémorable élection, la Suède avait repris son rang politique et mi-

(•) MontgaUlard , Histoire de France, t VIII, p. 40.

SUÈDE

$ef

lftaire, et Charles Xin était en droit de dire : « Le génie de mon fils a mar- « chandé la guerre sur chacune des* « larmes que la gloire coûte aux fe- « milles. »

Charles XIII vit quatre années de bonheur succéder à ces glorieux résultats. Le prince royal gouvernait, on le conçoit facilement ; mais c'était à peine si le roi pouvait s'en apercevoir. Jamais un emploi ne fut donné sans qu'il n'eût prononcé ; il régnait dans le véritable sens du mot. Si un ministre ou un courtisan venait à l'oublier, le prince royal le lui rappelait sévèrement. Et de quelle tendresse, de ouels soins affectueux le vénérable frère de Gustave III n'était-il pas entouré par son fils adontif ! Les Suédois se souviendront toujours avec quel doux étonnement ils virent le général de la république, le maréchal de l'empire, prodiguer à leur roi âgé et infirme les attentions les plus touchantes et les plus assidues, conformer toutes ses habitudes à celles de son père, et mériter la tendresse des deux vieilles reines et de la princesse Sophie, mère et tantes de Gustave IV. Que de fois, au cercle de la reine, ils ont vu les traits du bon vieux roi s'épanouir à l'arrivée du prince royal qui venait, après les travaux du jour, lui consacrer sa soirée! Avec quel doux orgueil ils le voyaient marcher appuyé sur son glorieux bâton de vieillesse ! « C'est mon « Antigone, leur disait-il en souriant; « mais cette Antigone est un gagneur « de batailles. »

De retour à Stockholm, le prince royal s'occupa avec activité des soins de l'administration. Ce fut alors que les représentants suédois et norvégiens se réunirent à Stockholm pour rédiger le pacte d'union des deux royaumes. La sagesse du prince, sa franchise, son esprit conciliant et ferme tout à la fois, facilitèrent cette importante transaction, qui devait confier à sa dynastie les destinées de deux peuples frères (*).

(*) Voyez pour plus de détails l'Histoire de h Norwéçe à la fin de ce volume.

Pendant ce temps, les souverain* réunis à Vienne se partageaient le finit de la victoire qu'ils devaient surtout à Charles- Jean, et déjà quelques-uns d'entre eux songeaient à lui ravir la couronne qu'il avait conquise au prix d'un si grand sacrifice; mais l'amitié d'Alexandre plaida pour lui, et ces honteuses machinations n'eurent au* cune suite.

Alors que le principe de la légitimité reprenait partout faveur, on avait attaque celle du fils adoptif de Charles aIII; Alexandre l'avait défendue.

« Le prince royal, avait-il dit, a rendu « d'immenses services à l'Europe ; il « s'est élevé par ses mérites au rang « qu'il occupe, et il justifie aux yeux du «monde entier l'enthousiasme de sa « nation. Je ne cesserai jamais d'avoir « pour lui l'estime et l'amitié que i'es- « père qu'il a pour moi , et je suis d'au- « tant plus pénétré du devoir de faire « respecter les vœux et les décisions « d'une nation libre, que le choix fait c par elle dans la personne du prince < royal me semble aussi heureux pour « la Suède que pour l'Europe. »

Charles- Jean écrivit alors à l'empereur Alexandre pour lui témoigner sa gratitude; il ajoutait : «Élu par les états généraux du royaume de Suède , adopte par Charles XIII, je suis heureux de pouvoir ajouter a ces titres l'amitié de Votre Majesté Impériale et la gloire du nom suédois relevé* Je crois avoir avec cela des droits plus sûrs et pins légitimes que si je descendais en ligne directe d'un usurpateur du siècle même de Charles Martel. Je n'ai point cherché le trône, les Suédois m'en ont offert la succession; en l'acceptant, je me suis confié à leur loyauté, et je leur ai donné la mesure de mon estime et de mon dévouement pour la nation; ainsi je n'ai rien à démêler ni avec Gustave ni avec sa famille. Au reste, ma cause, Sire, est celle de la bonne foi publique, par conséquent celle de tous les princes et de tous les gouvernements. J'instruis mon fils de manière à le rendre digne de commander aux Suédois; je lui donne

L'UNIVERS

« pour règle de n'ambitionner le bien « Se personne, mais de savoir conser- « ver ses droits , tout en défendant ceux « du peuple qui Ta appelé. Je lui lé- « guerai les sentiments que m'ont ins- « pires, Sire, votre déférence pour les « droits des nations, et la noble cha- « leur avec laquelle Votre Majesté dé- « fend la sainte cause des peuples. »

Le prince n'avait pu voir sans indignation des souverains qui lui devaient tant le payer d'une si honteuse ingratitude; il ne put dissimuler ce sentiment dans sa réponse à une adresse que les états généraux présentèrent le 13 mars au roi et au prince royal pour les remercier d'avoir assuré l'indépendance de la Suède.

«Appelé par le choix unanime de «la nation, disait-il, j'arrivai au mi- « lieu de vous avec la terme résolution « d'entourer le nom suédois de l'éclat « qui , pendant des siècles , l'avait rendu « Pobjet de l'admiration de l'Europe; «je sentis, pour ainsi dire, une nou- « velle vie, je jurai de la consacrer au «service de la patrie qui m'avait « adopté. Je trouvai un peuple géné- « reux et loyal ; cent années de mal- « heur avaient détruit ses espérances « et ralenti son élan, sans cependant « éteindre ni son courage ni sa primi- « tive énergie. En appelant ce peuple « aux armes , je n'ai point eu en vue «ma gloire personnelle; content de « celle que j'avais eu le bonheur d'ob- « tenir, ma seule ambition était de « faire jouir des douceurs de la paix la « nation qui m'avait librement appelé « sur les marclies du trône. Je lui de- « vais tout; elle devait être tout pour « moi. Mais aussi je connaissais les «Suédois; je savais qu'ils ne vou- « draient pas d'une paix achetée aux «dépens, de leur honneur et de leur «liberté; et cependant cette liberté, «ce premier besoin de l'homme, eut « été perdue, si nous nous fussions en- « dormis dans une fausse sécurité. Un « conquérant fameux , dont le nom rap- « pellera toujours de grands souvenirs, « même malgré ses fautes et ses mal- « heurs, menaçait d'envahir l'Europe.

« Quinze années de succès continuels

« semblaient lui en assurer de non* « veaux. Un traité ou d'alliance ou de « neutralité n'aurait pas garanti pour «l'avenir notre indépendance; Napo- « léon ne voulait pas de puissance qui « refusât de fléchir sous son joug. Pâ- « raissant vouloir prendre Charlema- « gne pour modèle, il ne profitait pas « de son exemple. Charlemagne, après « avoir en vain sollicité l'alliance du « Nord dans ses expéditions contre la «Germanie, osa menacer les peuples « Scandinaves. Il eut la, douleur avant « de mourir de reconnaître combien il « avait mal apprécié leur caractère.

« Napoléon voulait nous forcer à traîner « son char de triomphe ; le monde a vu «quelles ont été pour lui les suites « d'une pareille agression.

«Je n'ai pas besoin, Messieurs, de « vous rappeler les grands événements « qui ont été la suite de la magnanime « résolution du roi , que vous avez no- «blement secondée. Au moment où « cette résolution fut prise, il n'y avait « plus dans toute la péninsule espa- «gnole que Cadix et les lignes de « Terrè-Vedras qui résistaient au vain- « queur. Depuis le Taçe jusqu'au Nié- « men, tout obéissait a sa volonté; en « un mot, le continent était envahi ou «menacé. Vos voisins, les alliés les «plus soumis du conquérant, for- « maient des places pour le démembre- « ment de la Suède. Mais la Providence «a déjoué leurs projets, et la Suède « a repris parmi les États son ancien « rang dans le système politique de « l'Europe. Secondés par des alliés « fidèles, nous nous sommes procuré « une paix solide et glorieuse; nous «avons assuré notre indépendance; «enfin nous avons consolidé notre «existence politique par la réunion « d'un peuple que la nature , les mœurs, « la religion et le langage, auraient dû « de tout temps rendre l'ami de la « Suède, et qui l'eût été en effet sans «une influence étrangère. Mais les « temps sont changés, le prestige est « détruit; les Norvégiens et les Sué- « dois, éclairés par les principes d'une « saine politique, ne rivaliseront plus « que de dévouement pour le bien et

SUÉDE.

« là gloire de la commune patrie. Forts

• de cette union, nous n'ambitionnons « plus rien que de vivre libres et indé- « pendants au milieu de nos forêts et « de nos montagnes.

« Entourés des mers du Nord et de «la Baltique, nous possédons dans «notre intérieur tous les éléments «d'une existence libre et heureuse.

« Nous n'avons pas lieu de présumer « que quelque gouvernement, jaloux «de ce bonheur 9 cherche à te trou- «bler; mais s'il en existait, qu'il « sache que si les annales de ce pays «parlent des insultes qu'on a osé « quelque/ois lui faire, elles parlent «aussi de la vengeance qu'il en a « tirée.

« L'indignation- que vous avez res- « sentie, Messieurs, en lisant les atta- «ques faites contre votre liberté et «contre votre indépendance, ajoute- « rait s'il était possible à la profonde « estime que j'ai pour vous et à mon « dévouement absolu pour la nation.

«Fort des droits que vous m'avez « donnés, heureux cren avoir mesuré « l'étendue, plus heureux encore d'à- « voir rempli mes devoirs envers la « patrie, j'attendrai avec tranquillité « ceux qui voudraient nous disputer « des titres aussi légitimes; je tés at- « tendrai jusqu'à ce que le délire ait «aveuglé les hommes au point de « leur Taire croire que les peuples ont « perdu tout droit d'élection; et alors «déployant toute l'énergie de mon « âme et tout le courage que le ciel « m'a donné, je les emploierai pour « défendre mes droits et les vôtres. »

Au moment même où le prince royal tenait un langage si noble et si digne, le congrès de Vienne venait de recevoir une nouvelle qui dutfairesentir aux puissances alliées combien étaient im-

Iirudentes leurs sourdes menées contre e vainqueur de Gross-Beeren, de Dennewitz et de Leipzig : Napoléon avait quitté l'Ile d'Elbe. Débarqué au golfe Juan, il était en vingt jours parvenu, sans coup férir, à Paris, et avait relevé le trône impérial. L'Europe étonnée avait ressaisi ses armes, et se préparait à une nouvelle lutte.

2i9 Livraison. (Suède.)

M. de Rumigny , ministre de Louis XVIII près la cour de Suède , ayant informe le prince royal du retour de Napoléon, un grand conseil se tint, dans lequel Charles XIII déclara que la Suède ayant contribué à repousser les Français au delà du Rhin , et ayant rempli toutes les obligations que lui imposaient ses traités avec les alliés , son intention était désormais de garder la neutralité , et qu'il ne prétendait se mêler en rien des affaires intérieures de la France (*).

La sincérité de cette résolution est prouvée par une note que le prince royal adressa au comte de Lœvenhielm, ministre de Suède près du congrès de Vienne. « L'arrivée de Napo- « léon à Paris, disait-il, l'accueil qu'il « a reçu pendant sa route , l'enthou- « siasme général que la nation a mani- « festé, les armements extraordinaires «oui s'opèrent, enûn l'indépendance « dont chaque nation doit jouir, sont « les motifs puissants qui ont déter- « miné la décision du roi et de son « conseil. Faire la guerre à une na- «tion contre laquelle nous n'avons « maintenant aucun grief, ne serait-ce «pas s'interdire les avantages d'un «système que nous prescrivent à la « fois notre position géographique, nos « relations extérieures et notre propre « organisation politique? Ne serait-ce « pas abandonner sans réserve le droit « inaliénable de tout gouvernement re- « présenta tif, et nous exposer aux plus « grandes pertes sans espoir de com- « pensation , même dans le cas d'une « réussite complète? Il ne s'agit donc « pour nous que de replacer Tes cho- « ses dans leur état primitif, et de

(*) Charles- Jean a donné depuis de nou • ▼elles preuves de son respect pour le principe de l'indépendance des nations en reconnaissant Louis-Philippe roi des Français, Léopold roi des Belges , Dona Isalielfe reine d'Espagne, et Dona Maria reine de Portugal , aussitôt qu'il a reçu notification de leur avènement consommé sans opposition He leurs peuples. — Du reste, M. de Rumiguy put continuera résider à Stockholm, mais sans titre officiel.

L'tfîflVERS.

• nous tenir au traité de Paris, qui a « terminé la guerre entre la France et «la Suède, en mettant fin à cette « coalition.

« Le roi veut donc, M. le comte f « qne vous évitiez de nous placer en « guerre avec quelque puissance que « ce soit. »

Malgré les nouvelles difficultés que les événements de 1315 apportaient aux décisions du congrès de Vienne, la Suède atteignit le bot qu'elle s'était proposé. Aux termes du traitéde Kiel, elle devait j céder la Poméranie an Danemark, en compensation de la Horwége; mais comme le Danemark n'avait pas rempli les clauses de ce traité , et que la Suède avait été contrainte de prendre possession de la Worwége les armes à la main , le traité devenait nul , et la Poméranie resta à ses anciens possesseurs. Mais , peu jalouse de conserver cette province, qu elle pouvait si facilement perdre dans le cas d'une guerre européenne, la Suède crut devoir, sous la jnédiation de l'empereur Alexandre, la céder, ainsi que 111e de Rugen, à la Prusse, moyennant une somme de cinq millions. Toutefois cette transaction n'eut pas lieu sans que Charles XIII stipulât de la manière la plus formelle le maintien des droits, libertés et privilèges de ses anciens sujets.

Cependant la Norwége se montrait satisfaite des nouvelles destinées aux* quelles elle était appelée. Au mois de septembre, le prince royal y fit uoe tournée et put se convaincre des avantages qu'il avait si bien prévus.

« J'ai l'honneur de rendre compte à « Votre Majesté, écrivait-il au roi, que «je suis arrivé à Drontheim. Votre « Majesté verra par le bulletin de mon «voyage, que l'ai été, pendant ma «route, accueilli d'une manière em- « pressée et respectueuse de la part «des habitants. Leur bonhomie et « leur simplicité m'ont donné la con- « viction que , dans peu de temps , « Votre Majesté pourra les classer au « nombre de ses plus fidèles sujets. La

• réception qui m'a été faite à Dron-

• theini m'a fait grand plaisir; tout ce

• que les malveillants se sont plu à

« débiter sur reprit de cette vfïle est «complètement faux; les habitants « sont hospitaliers et polis. Tous les « Suédois qui sont avec moi se louent « de la cordialité avec laquelle leurs « hôtes les ont reçus. Je ne m'atten- « dais pas que de vieux préjugés pus- « sent commencer à disparaître si tôt.

« Je crois même que si la première « autorité civile avait rempli ses de- « voira constitutionnel lem en t , les re* « lations entre ce pays et la DaMcarlie « et le Jemtland seraient plus inti- « mes. Cependant, bien qu'elle ait fait «tous ses efforts pour diminuer la « bienveillance des habitants de Dron- • « theim pour nous , il est facile de s'a- « percevoir qu'il y a une tendance na-, « turelle en notre faveur. Le peuple « paraît bon , affable et doux. »

Le 14 mars 1817, une conspiration contre la vie du prince royal fut découverte; c'était un complot assez ridicule et sans nulle importance. Un mauvais traiteur, appelé Limbrom, voulait oln tenir la permission d'établir une espèce de guinguette dans le jardin royal dont on allait faire la place de Charles XIII ; il crut se rendre intéressant auprès de quelques agents subalternes, en leur révélant quyil avait entendu des propos de conspiration tendant à empoisonner le prince royal avec du verre pilé. Les employés auxquels il avait fait cette confidence , voulant à leur tour se faire valoir, donnèrent à la révélation de Limbrom une importance exagérée. Le traiteur fut mis en jugement et condamné à quarante jours de réclusion , au pain et à l'eau; ce que l'on regarde comme une très-grande peine en Suède, où le pain seul ne nourrit pas. On lui fit néanmoins passer d'autres aliments.

Du reste, dans cette circonstance le peuple donna une nouvelle preuve de son amour et de son admiration pour le prince, et ce dernier en profita pour rappeler aux Suédois ses droits à leur affection et à kur dévouement.

« Quand , dans l'abattement où vous « avait plongés une longue suite de dé* «sastres, vous portiez, leur disait-il, « votre attention sur les princes connus « par tes service; 9 qu'ils avaient rendus à

fltrtbÊ*

■ leur patrie, et que vous fixâtè* votre

■ choix sur moi , je résolus d'y répondre; « je me sentis grandir même par l'idée

* de vos périls , et capable déformer les

* plus vastes desseins pour répondre à

* votre confiance ; je cousentis a quitter

* pourrons les douceurs de la vie pri-

* vée, à laquelle j'avais résolu de conte sacrer le reste de mon existence; je

* me dévouai au service d'une nation » jadis si célèbre et alors si malheu-

* reuse; je vins au milieu de vous; je

* vous apportai pour titres et pour ga-

* rontie mes actions et mon épée. Si r j'avais pu y ajouter une lignée d'anc cétres depuis Charles Martel, je ne i l'aurais désiré que pour vous, car

< pour moi je suis également fier de t mes services et de la gloire qui m'a i élevé. A tous ces titres , je joins c ceux de l'adoption du roi , de l'élec- ( tion unanime d'un peuple libre. C'est c sur eux que je base mes droits; et t aussi longtemps que la justice et

< l'honneur ne seront pas bannis de

< cette terre, ces droits sont plus légii times et plus sacrés que si je descent dais d'Où in. Les annales du monde

* prouvent que jamais prince n'est

< monté sur un trône que par l'asseni timent du peuple ou par la force des t armes. Ce n'est pas par les armes t que je me suis frayé une route à la t succession du trône de Suède; c'est t le choix libre de la nation qui m'y a ^appelé, et c'est de ce droit que je t vous parle. Rappelez-vous l'état où » nous étions à mon arrivée, et voyez i ce que nous sommes maintenant.

« Il est vrai qu'il y a des malveil-

< lants dans tous les pays, mais le petit i nombre qui peut se trouver ici n'a i d'autre sujet de mécontentement que

* la tranquillité dont jouit cette cont trée. Il y a des êtres malfaisants qui c n'aiment que le trouble; le désordre i est leur élément, et fait, pour ainsi i dire , leur existence; mais cette faible t poignée de turbulents n'a pas besoin t de mesures extraordinaires pour être ' réprimée et contenue dans le devoir.

k Le roi marche avec la loi , et la loi ' aura assez de force pour dispenser

< de recourir à des moyens extrêmes.

« Tout doit, Messieurs » voue inspirer e cette sécurité. L'intérieur est tran- « quille; Je cours de la justice n'a été « nulle part interrompu ; le cultivateur «remercie le ciel du calme dont II «jouit; nous n'avons rien à redouter « du dehors ; nous ne nous occupons «pas de ce qui s'y passe, et nous « avons la certitude qu'on fait de même « pour nous. Vos droits sont donc as- « sures tant dans l'intérieur qu'à l'ex- « térieur, et tout annonce que de long- « temps nous ne serons pas dans la « nécessité de les défendre; mais s'il « le fallait, si l'honneur national l'exi- «geait, suivi d'une armée fidèle, « aguerrie et disciplinée, appuvé par la « volonté suprême* du roi et de la na* « tion , je marcherais au-devant de nos - «ennemis, précédé par l'augure du « succès ; et dans cçs occasions je sen- « tirais couler tout mon sang avec plai- « sir pour le service de la patrie.

« Je ne puis pas m'exprtmer, comme « je souhaiterais , dans la langue sué- « doise; mais mon fils la parle pour « moi; il est élevé au milieu de vous, « et c'est sur lui que vos grandes es- « pérances doivent se fixer; je parle la « langue de l'honneur, de la liberté, et « c'est elle qui est entendue par tout « Suédois qui aime vraiment sa pa- « trie. »

Quatre mois après, le 14 juillet 1817, le jeune duc de Sudermanie, Oscar, entrait dans sa dix-neuvième année, et avait ainsi atteint sa majorité. Cet événement,* accueilli avec enthousiasme par les deux royaumes unis, fut célébré à Stockholm par une de ces fêtes vraiment nationales dont les peuples aiment à conserver le souvenir. Charles XIII vint se placer sur le balcon du château , vis-à-vis du pont qui conduit de la résidence royale à la place de Gustave-Adolphe. Là , entouré de sa cour, des fonctionnaires publics et du peuple, il assista à des jeux militaires, dans lesquels les différents corps de l'armée firent des évolutions, commandés par le jeune prince sur lequel repose l'espoir de la patrie.

Ce même jour, pour consacrer plus solennellement encore la majorité de

L'UNIVERS

ton petit-fils, Charles Xm voulut qu'il vînt prendre séance au conseil.

Dès qu'il fut introduit, le prince royal demanda la parole pour exposer les motifs qui l'y avaient appelé.

« Sire, dit-il, cette séance du con- « seil où mon fils vient de siéger pour « la première fois, excite dans mon «coeur une vive émotion. Pour lui, « comme pour moi , c'est un nouveau « bienfait que nous devons à Votre « Majesté. Je suis certain qu'il n'a pu « se méprendre sur les motifs qui l'ap- « pellent à votre conseil d'État, Sire. « J'ose espérer que Votre Majesté per- « mettra que je les développe, et que «messieurs les membres du conseil « aimeront à céder, pour cette fois, à « la tendresse d'un père une fonction « que chacun d'eux pourrait également « remplir.

« Mon cher fils, l'éducation que vous « avez reçue n'était qu'une éducation « préparatoire (*); les connaissances que « vous avez acquises vous sont corn- « munes avec tous les jeunes gens de « votre âge, dont les parents ont voulu «faire des hommes instruits et ver- « tueux , des citoyens utiles. Elle suffit «à ceux qui, dans la vie privée, se « bornent a jouir honnêtement de leur « fortune; mais ceux qui se destinent « aux charges de l'État, à des fonc- «tîons publiques, doivent s'y rendre « propres par des travaux d'un nouveau « genre. Ce n'est donc qu'aujourd'hui

(*) Le prince Oscar a reçu une brillante éducation. Charles XIII en 18x2 lui avait nommé pour gouverneur le baron Céderhielm. Ses professeurs ont été pour la littérature et l'histoire M. Lemoine , ancien chef d'institution à Paris , pour les mathématiques M. Olivier, Tune des soutiens les plus éclaires de notre École polytechnique.Toutes les autres connaissances lui ont été transmises par des savants nationaux et notamment la chimie par Berzelius. Je regrette que l'espace me manque pour insérer ici Jes instructions adressées en i8xa par Charles-Jean à l'homme distingué que la confiance du roi venait d'appeler auprès de son fils. Ce sont les leçons d'une haute sagesse. Heureux les princes qui reçoivent une telle direction.

que commence votre éducation particulière, celle du rang auquel vous êtes appelé.

«>Dans les soins que f ai pris pour tous y préparer, j'ai principalement insiste sur l'étude de l'histoire. Ccst maintenant que vous allez, sentir combien ses leçons peuvent vous être utiles. Elle vous a fait connaître l'origine des princes , quelle est la source de leurs titres, comment ces titres se perdent et se détruisent. Elle a du vous convaincre qu'un prince doit racheter la faveur de son rang par de grandes vertus et des qualités supérieures; que par de belles actions on excite 1 admiration des peuples, mais qu'il faut en faire de bonnes pour s'attirer leur amour. Tout ce que l'intérêt ou la flatterie ont inventé pour donner aux princes le change sur leurs actions disparaît bientôt à la lumière de la vérité.

Utilité, justice, c'est là le sceau que respectent les temps, la seule illustration durable.

« Voilà, mon lils, ce que l'étude de l'histoire a déjà dû vous apprendre.

Gravez dans votre cœur ses profondes leçons; songez que l'auguste couronne que décerne un peuple libre sera toujours mal affermie sur une tête gonflée d'orçueil et de caprices ; qu'il faut s'y préparer par un sentiment profond des devoirs des rois et des droits des peuples.

« Malheur au prince qui se persuade

Iu'en effaçant les traces des droits e sa nation il rehausse l'éclat et le pouvoir du trône. Souvenez-vous, mon fils , que le prince le plus sage est celui qui suit de l'œil les éléments qui menacent de détruire les empires , qui les saisit avant que l'explosion arrive, et qui sait prévenir leur retour par son propre respect pour les lois.

« C'est à bien connaître ces lois, pour les suivre vous-même, pour les faire observer, et pour les perfectionner encore, qu il vous faut désormais apporter tous vos soins.

Cest la science du gouvernement qui doit être l'objet de vos nouvelles

rtstn^Vo/s (J4.,>t </s C/u*l£

« études , le complément de votre édti-* « cation. »

Le prince royal exposait ensuite avec de longs développements ses sages principes sur le gouvernement de l'État , et que depuis vingt ans son fils lui a vu mettre trop constamment en pratique pour ne pas s'en être pénétré, et n'avoir nas formé la résolution d'imiter un si bel et si rare exemple.

Charles XIII voulut aussi ajouter ses exhortations aux leçons que le jeune duc de Sudermanie venait d'entendre de la bouche d'un père. « Mon âge et « mes infirmités , lui dit le vénérable «.vieillard, ne me permettent pas « d'exprimer dans ce moment solennel, « tout ce que ma longue expérience et « ma tendresse pour toi m'inspirent. Je « me borne à te rappeler que tu gou- « verneras un jour deux peuples libres* «Prouve-leur, en respectant leurs « droits, comment tu veux qu'Us res- *pectentles tiens. N'oublie pas, mon « cher petit-fils , que je t'enjoins aujour- « d'hui un devoir cher et sacré , celui « d'acquitter, quand ie ne serai plus, ma « dette envers ton père, pour les soins « prévenants et la tendresse infatigable « qu'il m'a prodigués depuis le premier « moment où il unit son sort à celui « de ce pays. Sois toujours pour lui ce « qu'il est pour moi ; sois son appui « comme il est le mien; rends à ses « vieux jours toute la joie, toutes les « consolations que lui doit ma vieillesse. « La patrie, ton père et toi, voilà, mon «petit-fils, ce que tu liras dans mes « derniers regards. Que le Tout-Puis- « sant te protège , et te conduise selon «sa volonté!»

Charles XIII ne devait pas survivre longtemps à cette imposante cérémonie. Vers la fin de Tannée 1817 sa santé s'affaiblit d'une manière alarmante.

Sentant bien que sa fin était prochaine, il ordonna au prince royal de prévenir le corps diplomatique de l'état dangereux dans lequel il se trouvait, et adressa en même temps cette proclamation à ses peuples.

« Une maladie dont nous espérons « bientôt triompher avec l'aide du Tout- « Poissant , ne nous permettant pas de

SUÈDE. 379

« nous occuper présentement des affiû»

« res de l'État, nous donnons avis à « nos fidèles sujets que notre très-cher « fils le prince royal, conformément à « l'acte de la diète du 18 août 1812, se « trouve dès cet instant investi de la « plénitude de la puissance royale, jus- « qu'à ce que nous la reprenions nous- « même. »

On ne peut se rappeler sans attendrissement les derniers moments de ce monarque respectable. Le 4 février au soir il reçut la sainte cène, suivant le rite luthérien. « Je meurs tranquille , « dit-il presque au moment de fermer « tes yeux , je sais à qui je laisse mes « royaumes et mes sujets qui furent « toujours mes enfants. »

La reine, instruite du malheur qui allait la frapper, entra dans l'appartement du roi pour lui rendre les derniers devoirs. Voyant que Dieu allait le rappeler à lui , elle s approcha avec recueillement du lit royal, et posant ses mains sur la poitrine de son époux, elle dit d'une voix émue : «Que Jésus, « notre seigneur, reçoive ton esprit! » A peine eut-elle proféré ces paroles solennelles, cette pieuse bénédiction, que Charles XIII rendit le dernier soupir. La reine, sans retirer ses mains, tomba à genoux et se mit en prières.

Telle fut la fin de ce roi dont la vie entière avait été vouée au bonheur et à la gloire de sa patrie, et qui eut la douce consolation en mourant de voir la Suède heureuse et honorée , désormais à l'abri des maux dont l'avaient deux fois préservée sa sagesse et son patriotisme.

CHAULES XIV JEAN (*).

A peine Charles XIII avait-il rendu son âme à Dieu , que le prince royal

(*) Voici le glorieux état de services de ce soldat couronné , le seul que l'orage de 1814 ait laisse sur le trône, où le vœu Jibre du peuple l'avait appelé.

Bkrn adotte ( Jean-Baptiste-Jules) ,

Né à Pau , le 26 janvier 1764 , a été successivement soldat volontaire au régiment royal marine le 3 septembre 1780 ;

I/imiVEM.

M reconnu toi moi le nom de Char* tu XI r Jean, par le conseil d'Etat qui avait été immédiatement aaeem« blé, conformément aux lois du royau* me. Le nouveau roi signa, en présence de ee conseil, l'acte de garantie oui « aux termes de la constitution , doit être signé par le souverain de la Suéde au moment de son intronisation. En»

uite il reçut le serment de fidélité de tous les corps constitués de l'État; et quand la voix du héraut fit entendre dans les rues de Stockholm ces paroles solennelles : Charles Jean est déjà roi de Suède, hd et point (Tau* tires y la voix naissante du peuple répéta avec enthousiasme cette expression du vœu national.

La diète fut, par ordre du roi, convoquée le 7 février, in pieno pleno- •

Grenadier 3o mai 178a;

Caporal 16 juin 1785;

Sergent 3i août;

Fourrier ai juin 1786;

Sergent major xi mai 1788;

Adjudant 7 février 1790;

Lieutenant au régiment d'Anjou (36e) C novembre 179.x;

Adjudant-major 3o novembre x 79a ;

Capitaine x 8 juillet X7$3;

Chef de bataillon 8 février 1794;

Chef de la 71* demi-brigade, 4 avril suivant;

Général de brigade en juin;

Général de division dans la même année.

Général de la république française en «794;

Ambassadeur a Vienne en avril x 798 ;

Ministre de la guerre en juillet 1799;

Conseiller d'État et général en chef de Tannée de l'Ouest en 1800 ;

Maréchal de l'empire dès la création de celte dignité (19 mai 1804);

Général en chef de l'armée de Hanovre, gouverneur du pays en x8o5;

Prince de Ponte-Corvo en juin 1806;

Gouverneur des villes ansca tiques, et général en chef de l'armée destinée à coopérer aux mouvements de la Russie et du Danemark contre la Suède en 1807 ;

Élu prince héréditaire par les états généraux de Suède, le ai août 18 10, et adopté pour fils par le roi Charles XIII; . Proclamé roi de Suède et de Norwége le 5 février 18 18.

nmi.LesdéfHités8fihTsetBlilèr«n*,eywt à leur tête le maréchal comte SandeU et les orateurs deq quatre ordres, La réunion eut lieu suivant l'usage dans l'antique salle des États (*). Le roi s'y rendit à une heure, suivi du duo de Sudermanie, Oscar , devenu princ* royal de Suède,

Charles XIV s'étant assis sur son trône, et le maréchal du royaume* comte d'Essen, ayant réclamé le silence, l'acte de garantie signé par le roi fut lu par le baron de Wetterstedt, chancelier de la cour. Après cette lec* ture, le prince royal s'agenouilla devant le trône, et, la main sur la Bible, prêta, comme premier citoyen du royaume, le serment de fidélité dont le baron d'Emjestrom , ministre d'Etat, venait de lire à haute voix la formule. Les membres de la diète rem-

Flirent ensuite le même devoir par organe du comte de Sandels, de l'ar* chevéque d'Upsal et des orateurs; puis Charles XIV se retira aux cris unanimes de rive le Roi!

Ce fut à la suite de cette cérémonie imposante, que le héraut d'armes du royaume proclama l'avènement de Charles XIV Jean comme roi de Suède, de Norwége, des Vandales et des Goths; et sur toutes les places , dans tous les carrefours de la ville, on lut une proclamation du nouveau souverain.

En voici les passages les plus remarquables.

« La mort nous a ravi celui qui nous « avait voué toutes ses affections. Ar- « raché de nos bras , de ceux d'une « épouse inconsolable, du cercle de sa « famille éplorée, enlevé à un peuple « dont il fut deux fois le sauveur , il « est mort avec la tranquillité du sa- «ge, avec la paix d'une conscience «pure, et, accompagné des consola- « tions de la religion et des larmes de « la reconnaissance, il est allé recueil- « lir sa récompense éternelle dans un «meilleur monde. Nous avons reçu «pour vous ses dernières bénédic-

(*) C'est à cette antique salle que se rattache la tradition fantastique racontée avec tant de charme par M. Mérimée.

SUÈDE

«fions, qui, au terme de sa carrière, « étaient aussi ferventes qu'au jour de « la plénitude de ses forces. Nous avons «déposé entre ses mains mourantes « le serment sacré d'hériter avec sa «couronne, de sa tendre sollicitude « pour la patrie, de ses vaux ardents « pour votre bonheur.

« Montant aujourd'hui, par suite de « ce triste événement, sur le trône de « Suède et de Norwége, pour couver- « ner les deux royaumes d'après leurs « lois fondamentales et le Riks-4kty « décrété et consenti par les états « généraux de Suède, le 6 août, et « par le storthing de Norwége, le 31 « juillet 1815 , nous vous donnons l'as- « surance royale de gouverner le royau- « me d'après le rescrit de la diète du « 2 mai 1810.

« Dès notre première entrée sur le « sol suédois , le principal objet de nos « soins a été de défendre votre liber» a té , vos droits et votre indépendante ce. La Providence a daigné couron- « ner nos efforts ; aussi , dans cette « occasion douloureuse, notre premier « devoir, comme notre première pen- « sée , nous ont portés à invoquer sa <i puissante protection pour l'heureuse « issue de nos travaux ultérieurs. Nous « nous attendons à être fortement ap- « puyés par votre union et par votre « patriotisme. Étroitement unis à vo- « tre roi constitutionnel , vous conti- « nuerez d'être libres et indépendants ; « c'est alors que vous honorerez le « plus dignement la mémoire du prince a que nous pleurons aujourd'hui avec « vous. Puissent ses mânes protec- « teurs veiller toujours sur la destinée « d'un peuple crai fut heureux par ses « soins, et qui, sur la tombe de son « roi , peut dire avec toute l'effusion « de sa reconnaissance : Sans lui, « nous nf entrions pas ces lois que nous « avons nous-mêmes établies, ni cette « terre libre qui couvre les cendres de « nos pères , ni cette perspective de « V avenir que ses vertus et ses sacrU ^ fiées nous ont préparée. »

Charles XIV Jean fut reconnu par tous les souverains de l'Europe, qui a vaut les cérémonies du couronnement

lui firent remettre dans les formes d'or

sage leurs lettres de condoléance et de féheitation. Le comte de Gotthorp lui-même (*) reconnut les droits du nouveau roi , en lui adressant de Bâlë cette lettre remarquable.

« J'ai reçu la dépêche par la quelle « VotreMajestém'apprend Japerte irré- « parable qu'elle vient de faire de son « père adoptif, le feu roi Charles XIII, « mon oncle bien-aimé. Votre Majesté « ne doute pas que je ne partage m'en « vivement sa profonde affliction.

« Comme, par suitede cet événement, « Votre Majesté se trouve appelée au « trône de Suède, je la félicite sur son « avènement. Puisse-t-elle gouverner « la Suède pour le bonheur des Suédois ! « Tels sont les vœux que je. forme. Je « ne 6erai jamais étranger à tout ce «qui pourra contribuer au bonheur « et à la prospérité du pays qui m'a vu « naître. »

Signé Gustavson.

L'avènement de Charles XIV fut salué par la Norwége avec non moins d'empressement que par la Suède. En Norwége comme en Suède , toutes les classes de la société témoignèrent leur vénération pour la mémoire du feu roi en prenant le deuil, qu'elles ne quittèrent un instant que pour les cérémonies du sacre et du couronnement.

Cette solennité nationale eut lieu le 11 mai. La diète de Norwége, alors assemblée à Christiania , envoya à Stockholm une députation pour assister au sacre et supplier le roi de venir ceindre la couroune d'Harald au milieu d'un peuple qui lui devait le rétablissement de son antique nationalité. Depuis plus de quatre siècles, lesNorwégiens n'avaient pas vu l'imposante solennité du couronnement de leurs rois, et ils étaient avides d'une pompe qui devait mettre, disaient-ils, le sceau à leur régénération et à leur indépendance. Le roi accueillit cette demande avec bonté et promit de se rendre à leur vœu.

Charles XIV, après avoir été couronné comme roi de Suède par l'arche-

(*) Cest le nom qu'avait pris l'ex-roi Gustave IV.

L'UNIVERS

rtqae dTJpsal prononça le discourt suivant :

« Messieurs de l'ordre de la noblesse, « du clergé» de la bourgeoisie , et tous « bons paysans,

«Le sceau religieux et solennel, « imprimé au pacte qui a uni les des- « tinées du peuple suédois aux miennes « et à celles de mon fils, a lié d'une « manière indissoluble notre existence « à la vôtre.

« Résolus à maintenir et à défendre « vos droits , nous ferons tous nos ef- « forts pour nous placer sur la ligne « des peuples heureux, et non sur celle « des peuples conquérants. Séparés du «reste de l'Europe, notre politique, «comme notre intérêt, nous portera « toujours à ne jamais nous immiscer « dans aucune discussion étrangère aux « deux nations Scandinaves; mais mon « devoir et votre dignité seront tou- « jours la règle de notre conduite, et «l'un et l'autre nous prescrivent de «ne jamais permettre qu'on inter- « vienne dans nos affaires intérieures.

« Cette nation, aussi bçave que jalouse « de son indépendance, a payé d'un re- « tour loyal nos soins et notre dévoue- « ment; elle a justifié et rempli notre « attente. Les preuves sans nombre « qu'elle nous a données de son amour, «la gratitude qu'elle exprime pour «celui que nous lui portons, garantissent la stabilité de ses destinées « et l'inviolabilité de ses serments.

« C'est à la vue de ce monument, « élevé par la reconnaissance publique « à la mémoire du grand monarque « qui mourut en combattant pour la « liberté de la pensée (*) , que nous vous « invitons , Messieurs , à prêter à votre « roi constitutionnel le serment dicté « par nos lois. Le souverain à qui la «Suède doit la gloire d'avoir repris « parmi les nations la fierté de son ancienne attitude, et qui, par l'adop- «tion dont il m'honora, confirma «votre choix, vous contemple en ce «moment. Du haut des régions cé- « lestes, 'où sa belle âme reçoit la ré- ' « compense de ses vertus, il applaudira

(*) Gustave-Adolphe.

« à cette cérémonie majestueuse. En « même temps que vous allez prononcer « ce serment, mon cœur répétera celui « que j'ai déjà prêté devant le Tout- « Puissant et devant vous. Que ne « puis-je en ce moment, de ce trône « où vous m'avez élevé, voir ici ras- « semblés tous les Suédois, devenus « mes enfants, et leur faire entendre, «ces mots, qui sont l'expression de « mes sentiments : Si le titre de votre « roi m'est précieux , c'est que je pour- « rai m'occuper plus particulièrement « de vous et de votre bonheur. Voilà «ma plus chère, ma seule ambition; « elle inspirera toutes mes pensées, elle « dirigera toutes mes actions, et votre « amour sera ma récompense (*) »

Le roi, dans sa réponse à la députation norwégienne , avait , comme nous l'avons vu , promis d'aller à Drontheim consacrer par son sacre les liens constitutionnels qui l'unissaient à la Norwége. Il ajouta que la diète de Suède, en reconnaissance de ce que le storthing avait envoyé des députés à Stockholm pour assister au couronnement, s'était empressée de nommer une semblable députation, qui devait se rendre en Norwége à l'occasion du sacre.

«Ainsi, continua-t-il, nous verrons «notre trône deux fois entouré des « représentants de deux peuples soumis « à notre autorité légitime et protec- « trice, et leur amour fraternel sera le « plus beau titre par lequel nous devons " « régner.

« Les oriflammes de la Scandinavie, «enlacées des liens constitutionnels, « protégées par les montagnes et par « l'Océan, et mieux encore par le cou- « rage de leurs défenseurs , ne pourront « pas plus être ébranlées par la force « qu'elles ne le seront par les manœu- « vres de l'envie et par les préjugés. »

La mort de la reine Hedwige-Ëlisa*

(*) Les rois de Suède, suivant un usage antique, adoptent une devise à leur couronnement. Celle de Charles XIV est Folkets kàrUk min belôning (l'amour du peuple est ma récompense). Cette devise est gravée au revers de la médaille frappée à l'occasion du couronnement

SUÈDE

%rt

beth-Charlotte de Hotstein Gottorp, veuve de Charles XIII, qui ne survécut que quatre mois à son époux, apporta quelque retard au départ du roi pour la Norwége. Le roi fit célébrer ses funérailles avec pompe, et la dépouille mortelle de cette respectable princesse fut déposée dans l'église de Ritterholm.

Vers la fin du mois de juillet, au moment où Charles XIV allait se rendre en Norwége pour y être couronné, des personnes dignes de confiance révélèrent au baron de S ,

gentilhomme scanien qui se trouvait alors à Copenhague, l'existence d'Une conspiration qu*on formait en Norvège, mais qui avait son foyer sur le continent, et qui tendait à assassiner le roi de Suède et son fils sur la route

de Drontheim. M. de S repasse

aussitôt le Sund et se dirige immédiatement sur Stockholm. Là, admis auprès du roi, il lui fait connaître le complot qu'il a découvert à Copenhague, et le conjure de différer son voyage. Charles XIV le remercia de cette preuve de dévouement, mais il déclara qu'il persistait dans son projet de départ. Le baron, effrayé de cette résolution, fit part de ses craintes à plusieurs personnages influents. L'un d'eux, qui partageait les appréhensions de M. de S , vint joindre ses

instances à celles du noble scanien,et insista sur toutes les considérations

[lue lui suggéra sa fidélité. Charles XIV e laissa parler longuement et lui répondit enfin : « Vous voulez que je vous « gouverne et que je redoute la mort ; « cela ne peut être. Laissons à la Pro- « vidence le soin de régler les destinées « humaines et faisons notre devoir. Je « vais donner à l'instant l'ordre du « départ; j'irai au-devant de mes as- «sassins, si toutefois ils existent, « mais c'est ce que je ne crois pas. »

L'accueil que le roi reçut en Norwége, l'allégresse qui éclata partout sur son passage, prouvèrent qu'il ne s'était pas trompé dans ses prévisions, ou du moins que le courage avec lequel il avait été au-devant du danser avait arrêté le bras des assassins. Parti le 5

août, accompagné du prince royal et d'une suite peu nombreuse, il fui reçu partout avec enthousiasme; partout des fêtes vraiment populaires signalèrent son passage, partout une joie sincère accueillit le roi chéri, partout des couronnes de chêne et de laurier étaient offertes au roi-citoyen et au soldat-roi. A Christiania, il reçut la diète, et s'occupa avec le storthing des intérêts de la Norwége; il se fit rendre compte des besoins du royaume, de ses ressources, des moyens d'exécution, et sur plusieurs points sa sollicitude éclairée prévint les Norvégiens eux-mêmes.

Les douze jours que Charles XIV

Sassa dans la capitale du royaume de lorwége furent douze jours de fête; chaque soir la ville était illuminée avec cette spontanéité que ne sauraient obtenir des ordonnances de police, mais que rendent facile l'admiration et l'amour.

La même allégresse, les mêmes transporta accompagnèrent le roi sur la route de Drontheim. Cependant sa joie fut troublée un instant par un événement qui lui donna une nouvelle occasion de déployer sa fermeté et sa sagesse. Parvenu au presbytère de Storea, il apprit qu'un soulèvement avait eu lieu dans le Hedemarken , province qu'il venait de traverser, et dans le bailliage de Christian : les paysans marchaient , disait-on , sur Christiania pour dissoudre le storthing et proclamer le roi souverain absolu. Ainsi les ennemis de la Suède avaient renoncé au projet de double assassinat dont nous avons parlé plus haut , et tentaient par un autre moyen d'atteindre le Dut

fi'ils se proposaient. Le roi ordonna Pamtmand du Hedemarken, qui l'accompagnait à Drontheim , de retourner dans son bailliage, et de prescrire en son nom aux paysans de rentrer dans leurs foyers, en leur faisant connaître que leur souverain ne voulait pas du pouvoir despotique; que les lois lui donnaient une autorite suffisante, si chacun se soumettait à leur empire.

Il envoya en même temps, un de ses aides de camp norvégiens à Frédé-

STB

LTJNIVERS.

rflfghall , avec ordre de réunir les troupes des environs , et d'arrêter la marche des insurgés du Hedemarken , s'ils n'obéissaient pas à leur amtmand. Si ces bandes prenaient une autre route, il devait les suivre dans leurs mouvements, et s'en rendre maître en évitant, de tout son pouvoir, l'effusion du sang.

Des officiers furent également expédiés auprès du rigsstatholder, comte de Mœmer, pour l'instruire de ce qui se passait, et lui ordonner d'envoyer un corps de cavalerie, d'artillerie et d'infanterie, à la rencontre des insurgés du bailliage de Christian.

Sur ces entrefaites, des paysans de ee bailliage, se disant députes par leurs concitoyens, se présentèrent devant Charles XIV; ils lui déclarèrent qu'ils ne pouvaient plus supporter l'oppression du stortbing, sans cependant pouvoir alléguer aucun acte oppressif, et lui annoncèrent qu'ils marchaient avec la ferme intention de dissoudre cette assemblée. Le roi, après les avoir entendus, chargea le prince royal de -leur répondre. Oscar leur parla avec autant de calme que de fermeté; il peignit à ces hommes égarés toute Ténormité de leur crime, leur mit sous les yeux les conséquences funestes de leur soulèvement, et leur fit comprendre qu'aveugles instruments d'une conspiration dont les moteurs se cachaient, ils en seraient seuls les malheureuses victimes.

Ce discours, prononcé en langue norvégienne , produisit sur les pavsans une vive impression. Charles 5tIV, après leur avoir accordé le blé qu'ils lui demandaient, leur ordonna de rejoindre sur-le-champ ceux cjui les avaient envoyés, et de leur intimer au nom du roi Tordre de se disperser sans délai, afin de lui épargner la douleur de sévir contre eux avec toute la rigueur à laquelle ils s'étaient exposés*

Ils obéirent, et arrivèrent derrière la colonne des insurgés au moment où les troupes parties de Christiania allaient être forcées de l'attaquer de liront. Cinq cents paysans se rendirent ^discrétion; le reste se dispersa. Les

prisonniers, conduits à b citadefle

d'Aggerbuus, furent presque tous relâchés avant les fêtes du couronnement. Les chefs de l'insurrection , qui n'étaient eux-mêmes que les agents aveugles du dehors, subirent une courte détention. Des révélations obtenues depuis ne laissèrent aucun doute sur le but de la conjuration et sur le résultat définitif auquel devait conduire * la proclamation du pouvoir absolu.

Nous verrons que cette tentative peut facilement être rattachée à des intrigues sur lesquelles nous aurons malheureusement l'occasion de revenir.

Pendant que les insurgés cédaient aux conseils de la prudence et aux sages mesures prises par l'autorité, le roi parvenait à Drontheim, au milieu des habitants qui venaient,, conduits par leurs prêtres, le remercier des bienfaits qu'il avait répandus sur eux durant les années de disette, et contempler le souverain qui était , disaientils, la Providence de leur patrie, comme son fils en était Tespérance.

L'espace nous manque pour raconter les fêtes qui attendaient , à Drontheim , le roi , auquel cette ville importante devait le retour de son antique splendeur (*). Disons seulement que la pompedu couronnement de CharlesXIV comme roi de Norwéçe surpassa en magnificence la solennité qui avait eu lieu à Stockholm le 11 mai; que quand le roi eut été sacré par Tévéque a'Aggerhuus, selon le rit luthérien, et qu'il se fut assis sur son trône, la couronne sur la tête et le sceptre à la main, le héraut d'armes du royaume se leva et prononça d'une voix forte ces paroles '.Maintenant Charles XIV Jean est roi couronné de Norwége et des provinces y adjacentes , lui et point d'autres ; qu'alors le peuple qui remplissait l'église répondit : Five le roi Charles-Jean! tandis que les salves d'artillerie de la forteresse , et des vais-

(*) Priseum rêstituit Nidarosia decus ( il a rendu à Drontheim son antique splendeur). Telle était Pinscription de Tare triomphal construit au milieu de la belle rue de Munkegarden.

SUÈDE

seaux de guerre mouillée dans la rade, annonçaientraccomplissementdel'acte solennel qui consacrait à jamais la con* fraternité des deux peuples.

Le roi, en parcourant pour retourne* en Suède la route qu'il avait suivie pour se rendre en Norwége, retrouva partout les mêmes preuves d'amour et de dévouement. Lui, et point d'autres; Luii sa dynastie , et point d'autres:

telles étaient les inscriptions qu'il retrouvait partout sur son passage, et le vœu que faisaient entendre les populations qui accouraient à sa rencontre,

La presqu'île Scandinave formait désormais une seule famille, et la malveillance a vainement cherché jusqu'à ce jour à troubler une union cimentée

{>ar les deux peuples , en déposant sur e même front le diadème de Gustave et celui de Harald.

Les cérémonies du sacre étaient à peine terminées quand le roi de Sjuède reçut de chacun des souverains réunis ou représentés au congrès d'Aix-la-Chapelle, une lettre qui, individuelle par la forme et la signature, pouvait être regardée comme collective par l'identité de la rédaction. A ces quatre lettres s'enjoignit bientôt une du roi de France Louis XVIII, non dans les mêmes, termes, mais dans le même sens et pour le même objet. Chacune des quatre lettres était conçue en ces termes :

« L'œuvre de la pacification générale « que l'Europe voit terminer aujour- « d'hui par le moyen des réunions « d'Aix-la-Chapelle, est le motif qui « porte les souverains amis et alliés de « Votre Majesté à lui adresser l'expres- « sron affectueuse des vœux que nous « formons tous, quant à un oojet jus- « tement envisage comme un des été- « ments constitutifs du repos et de la « sécurité commune. Cette sécurité est a garantie par la ferme résolution qu'ont « unanimement adoptée les puissances « européennes d'observer les principes « du droit des gens. C'est à une épo- « que aussi désirée que solennelle, en « vertu des résultats qu'elle a conso- « lidés et de la parfaite identité de sen- « timents qui m'unit aux monarques « mes alliés et mes frères , que je crois

« devoir faire connaître à Votre Majesté « combien il m'est douloureux de voir « se prolonger encore entre la Suède « et le Danemark un différend dont « l'aplanissement préparé par la teneur » des traités semblait devoir être le « fruit des négociations suivies jusqu'à « ce jour.

«Quoiqu'une aussi légitime espé* « rance ne se soit pas réalisée , j'aime « à la conserver encore , j'aime a faire «partager cette même conviction k « mes alliés. C'est la confiance que la. « sagesse et la droiture de Votre Ma- «jesté nous inspirent qui m'autorise « à présumer favorablement du succès « d'une sollicitation amicale à laquelle «je me félicite de prendre part. Mes « instances se joignent à celles de mes « alliés pour inviter Votre Majesté à « terminer aussi promptement que « possible, à l 'exclusion de toute me* • sure dilatoire, le funeste différend « que V Europe déplore, et qu'une né- « gociation bienveillante ajustera sans « effort.

« Sûr de vous voir apprécier de tels « sentiments et justifier l'espoir qui « nous anime, j'ai , de concert avec les « puissances réunies à Aix-la-Chapelle, « acquiescé à la suspension des demar* « ches arrêtées d'un commun accord •far nos plénipotentiaires respectifs « a la suite des réclamations fondées du, « cabinet de Copenhague; c'était con« « centrer toutes les chances d'accommo- « dément dans l'âme élevée de Votre « Majesté. C'est maintenant à elle à « ne pas décevoir notre attente. »

Quel était donc ce funeste différend que l'Europe déplorait? Rien autre chose qu'une liquidation encore débat-i tue entre la Suède et le Danemark , et sur laquelle on était au moment de s'entendre. La nation norvégienne, affranchie par le traité de Kiel et par la constitution qu'elle s'était elle-même donnée , n'en devait pas moins parti-* ciper aux dettes contractées par le Danemark dans le temps où elle était sous sa dépendance. Le cabinet de Stockholm n'avait jamais contesté les droits du Danemark à cet égard ; mais depuis l'émancipation des Noryy^iens,

L'UNIVERS

il était difficile de leur faire comprendre la nécessité de supporter les charges d'une monarchie suzeraine, qui les avaient laissés dans un dénûment dont ils ne pouvaient alors entrevoir le terme. L'origine de cette répugnance doit être cherchée dans les principes établis par le prince de Danemark luimême , qui , en provoquant les actes d'Eidswold et l'oubli du traité de Kiel , avait présenté à ce peuple, comme un appât séduisant, l'espoir d'échapper par une clause négative à. l'obligation de supporter une partie de fa dette du gouvernement danois. Ainsi encouragée dans ses prétentions, la. nation, appelée à délibérer sur cette question , avait Ï>résenté de nouvelles réclamations :

e storthing demandait au Danemark la restitution des îles de Féroé, de l'Islande et du Groenland , etc. Dans une telle disposition des esprits, c'était seulement avec le temps et par les voies de persuasion que le roi pouvait se flatter de ramener fa Norvège constitutionnelle à des idées plus justes sur ses obligations. Enfin, après bien des efforts, il avait atteint ce but. Le storthing admettait le partage de la dette danoise, et, pour en opérer la liquidation, il faisait des offres conformes à ses ressource^ et au traité de Kiel. Le roi lui-même abandonnait la moitié de sa liste civile et de celle du prince royal , et à la fin de 1818 , il ne restait mrà fixer la proportion du partage et les moyens de payement; ce qui , malgré la bonne volonté des Norwégiens , présentait d'assez grandes difficultés.

Tout cela devait être su des diplomates réunis à Aix-la-Chapelle, et la quadruple lettre n'était autre chose

3u'un moyen d'éprouver la fermeté u nouveau roi de Suède.

En se reportant à cette époque (décembre 1818 ) et en se rappelant tout ce gue nous avons vu depuis, on pourra être tenté de croire que le roi d'un pavs qui n'avait guère plus de trois millions d'habitants, auxquels encore, par sa naissance et par les quarantesix premières années de sa vie, il était tout à fait étranger , s'était empressé de répondre qu'il allait satisfaire au

vœu qui lui était si amicalement exprimé. Il n'en fut rien! Charles XIV, dans sa réponse, montre à quel point il est pénétré du grand principe de l'indépendance des nations. Après avoir nettement exposé ce qu'il avait déjà fait pour terminer ce différend d'une manière également juste et honorable pour les deux parties, et les obstacles qui en avaient retardé la conclusion, le roi disait , dans sa réponse à l'empereur Alexandre :

« Votre Majesté Impériale et Royale « m'avait fait déclarer pat l'organe de «son ministre, qu'on ne s'occuperait « à Aix-la-Chapelle que d'affaires par- « ticulières aux cours qui y étaient re- « présentées; et cependant je vois par «votre lettre, non-seulement qu'on « s'y est occupé d'une réclamation de « la cour de Copenhague , en opposi- « tion et à l'insu de celle de Suéde , « mais encore que cette réclamation a « donné lieu à des démarches arrêtées « dun commun accord par les pléni- « potentiaires respectifs.

« D'après l'exposé que je viens de « fatfre à Votre Majesté Impériale et «Royale, je me persuade qu'elle re- « connaîtra que cette affaire ne peut « être classée que parmi les nombreu- «ses discussions d'intérêts qui exis- «tent encore entre divers Etats de « l'Europe , et dont la régularisation « se débat et se règle par des négociait tions entre les parties intéressées , « sans détruire, ni suspendre, ni même «altérer les rapports de bon voisi- « nage; que ce serait exagérer son im- « portance que de la regarder comme « un des éléments constitutifs du re- *pos et de la sécurité commune, et « qu'elle est bien plus loin encore de « présenter les caractères d'un funeste «différend dont P Europe aurait à « déplorer la prolongation : surtout « quand on considère qu'il s agit d'un « Etat dont la population formerait à « peine une province dans un des grands « empires qui la composent

« 11 m'est très^agreable sans doute, «et je regarde 'comme très -flatteur « pour moi , Sire, que les sentiments « d'amitié que me témoignent les sou-

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SUEDE

« mains réunis à Aix-la-Chapelle, les « aient portés à l'acquiescement d'une • suspension des démarches arrêtées « d'un commun accord par vos pléni- « potentiaires ; mais je me persuade «que les règles de fa justice et du « droit des gens en auraient exigé la « suppression ; car, en examinant les « choses de plus près, les souverains « réunis ne pouvaient manquer de re- « connaître aue toute démarche et « toute décision de leurs plénipoten- « tiaires sur un objet de cette nature « dépassait les bornes de leurs attri- « butions , et ne pouvait avoir que des «résultats contraires au but et aux « principes de cette sainte alliance qui « doivent servir de règle à nos déter- « minations politiques.

« En effet, Sire, lorsque les puis- « sances ont proclamé leurs principes « politiques d une manière si précise, « par les déclarations les plus solen- « nelles ; lorsque , par ces déclara- « tions, l'Europe sait que cette sainte « union des monarques n'a d'autre but « qu'un système politique basé sur la « morale, et de rétablir dans toute sa « pureté la doctrine du droit des gens « et de l'indépendance des nations, quel « bon esprit aura pu craindre que ron « trouvât dans une institution si no* « bie et si pure les moyens de donner «aux principales puissances une su- « prématie d autorité sur toutes les au- « très ? Mais ne devra-t-on pas croire «à cette illégitime extension, si l'on « voit quatre plénipotentiaires s'arro- « ger le droit de décider tout litige parer ticulier entre deux Etats : et comme « la volonté réunie des souverains les « plus puissants ne connaît point sur « ta terre de juge capable de redresser « ses arrêts, ne serait-ce pas rentrer « sous le règne de fa force dont on a « tant promis de délivrer les peuples ?

« C'est toujours par des extensions « inconsidérées et illégales que les ins- « titutions les plus salutaires se déna- « turent etproduisentdes résultats tout «contraires à ceux qu'on s'en était «promis. Puisse la Providence nous « préserver de ce malheur ; car une telle «conduite anéantirait de fait l'indé-

« pendance de tout État du second or-

« dre, et je ne pense pas qu'il soit au « pouvoir d'un prince qui gouverne des « peuples constitutionnellement unis, « de se soumettre volontairement a « une situation de dépendance que les « lois de son pays réprouvent.

« Voilà, Sire, les sentiments et les « réflexions par lesquels j'ai cru répon- « dre dignement à la nouvelle marque « d'intérêt et d'amitié que j'ai recon- « nue dans votre lettre du 14 novem- « bre. Ces réflexions m'ont été inspi- « rées aussi par mes devoirs en ma « qualité de membre de cette sainte «alliance, dont nous avons tous un « égal intérêt de conserver les princi- « pes dans toute leur pureté, si nous « voulons en recueillir les fruits (*). »

(*) Comme la discussion entre la Suède et le Danemark se termina tout naturellement ainsi qu'elle se serait terminée sans cette correspondance, tout son effet s'éva-

rra dans des articles de journaux , dont Constitutionnel fit la clôture en publiant le sien sous la rubrique de Stockholm, ainsi qu'il suit. « Le courrier de Paris nous apporta hier les journaux français du i5 au x8; j'attendrai quelques jours pour tous parler de l'effet que produiront ici les nouvelles Qu'ils veulent bien nous donner sur la Suède et la Norvège , mais je puis vous dire déjà celui qu'elles ont fait sur le roi. Jamais lecture ne l'avait mis en plus belle humeur. Toute la cour en fit la remarque 9 et l'on en cite des traits dont je vais vous donner les plus saillants. On lui lisait dans le Journal des Débats du 17 l'article du Jjmes, qui commence par annoncer qu'il ne garantit pas l'authenticité des nouvelles que vient de lui donner un ami récemment arrivé de Paris , et qu'en sa qualité d'ami de la paix des nations il n'a pu apprendre sans une inquiétude sérieuse. . . Le roi a beaucoup ri du sérieux de cette inquiétude. «Tâchez donc, a-t-il dit, de consoler ces « amis de la paix des nations. Il me semble, « a*t-il ajoute, qu'il y aurait un moyen bien «simple pour qu'elle ne fût point troublée , * ce serait que chacun voulût bien ne se « mêler que de ses affaires. . . Mais voyons « ce que dit cet ami récemment arrivé de «Paris.» — «Il assure que l'empereur de « Russie et le roi de Prusse ont intimé au « roi de Suède de quitter le trône suédois. »

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L'TJNÎVERS.

Cependant la sainte-alliance, qui «rait soulevé les peuples contre Napoléon , en inscrivant sur son drapeau le mot si puissant de liberté, bien loin de tenir ses séduisantes promesses, n'avait négligé aucun moyen pour réprimer toute tentative d'affranchissement. Le congrès réuni à Carlsbad en 1819, sous prétexte de fixer les droits et les pouvoirs de la diète germanique, n'avait pas d'autre but que de rechercher et de poursuivre les sociétés secrètes qui avaient pris au sérieux les proclamations de 1 814 , et qui voulaient substituer le régime constitutionnel au

— «Intimé, dit le roi, c'est un peu fort;

• l'expression serait inconvenante lors même « que ces souverains m'auraient placé sur

• ce trône et que je n'aurais rien fait pour « conserver le leur. J'ai lu quelque part « qu'un monarque d'Egypte fit avertir le « roi de Samos de sa tyrannie, le sommant « de s'en corriger, et que , celui-ci n'en fai-

• sant rien , il lui envoya dire qu'il renon- » çait à son amitié et à son alliance. . . Il

• y avait quelque chose de grand dans la « conduite de ce monarque d'Egypte. Mais... « voyons, poursuivez. » Le lecteur poursuivant l'article du Times, apprend au roi que l'empereur Alexandre lui offre en compensation une place de gouverneur général avec six millions de revenu. — « C'est très- « généreux , dit le roi , mais je crois que « l'on doit plaindre les habitants d'un pays « où la place de gouverneur rapporte six « millions. » La suite de l'extrait du Times et le long article qui vient après dans le Journal des Débats donnèrent lieu à une foule de réflexions de ce genre , que le roi termina par celle-ci : « Ce qui m'étonne « surtout, cVat la disposition constante de « ces politiques à rechercher ce qui peut « arriver le lendemain , en oubliant ce qu'ils « ont vu la veille. Je me persuade pourtant « que les peuples que je gouverne ne sont « pas les seuls qui se souviennent des évé-

• nements qui m'ont amené parmi eux , et « qui sachent ce que j'y fais et ce que j'y « peux faire. Si j'avais une autre ambition

• que celle de remplir leurs vœux , je croi- «rais devoir de grands remercîments à « ceux qui publient ou font publier de pa- « reils articles, car par le temps qui court « on ne peut avoir de doute sur les effets

• qu'ils [Meuvent produire. »

despotisme et à l'arbitraire, ôft les 'divisa en cinq classes : 1° les turnistet, 2° les burseken, 3° les illuminés, 4° les noirs, 5° les anciens. De nouvelles entraves furent imposées à la presse allemande, et Ton créa une commission inquisitoriale dont le siège fût Gxé à Mayence , mais dont Faction s'étendait à toute l'Allemagne.

Un État aussi franchement constitutionnel que la Suède était une anomalie aux yeux des monarques absolus qui avaient dicté de pareilles mesures ; on ne négligea donc -aucun moyen pour gagner Charles XIV aux principes qu on voulait faire prédominer. M. de Tarrach, ministre de Prusse , le même qui, le 13 septembre 1812, avait adressé au cabinet de Stockholm la note que nous avons publiée plus haut (*), fità ce sujet une communication au gouvernement suédois. Charles XIV resta fidèle à ses principes, et le comte d'Engestrôm adressa en son nom la réponse suivante au diplomate prussien :

Stockholm, le i3 octobre 1819.

« Je n'ai pas manqué de faire mon « très-humble rapport au roi , mon au* « guste souverain, des communications «que vous venez de me faire, Mon* a sieur, par ordre de votre cour, relativement à l'objet et aux résultats a des conférences de Carlsbad , ainsi a que sur les dernières décisions adop- « tées à l'unanimité par la diète ger~ « manique assemblée à Francfort-sur- * le-Mein , par rapport aux symptômes « de révolution qui ont commencé à se « manifester en Allemagne.

« En m'ordonnent de vous témoi- «gner, Monsieur, sa reconnaissance « sincère de la nouvelle preuve de con- « fiance que votre cour vient de donner «à Sa Majesté, le roi m'a ordonné « d'ajouter qu'attaché au bien-être de a l'Allemagne, tant par suite de ses « principes politiques que par le souci venir glorieux des luttes soutenues « par la Suède à différentes époques « pour l'affranchissement des peuples « germaniques, le roi ne cessera drao-

(*) Page 346» col. u

«UfeDE.

tsi

« compagner de ses voeux toutes les «mesures, dictées par une sage pré»

«voyance, qui pourraient conjurer « Forage dont différentes parties de « l'Allemagne semblent être menacées.

« Isolée par les mers, forte de ses « habitudes constitutionnelles et de la « moralité de ses habitants, la Suède « doit s'interdire toute autre interven- « tion à cet égard, que celle où elle « pourrait se trouver appelée par la « teneur de ses traités. Ainsi , dans un « moment où le gouvernement prus- «sien lui-même annonce l'intention « d'introduire dans ses États de nou- « velles formes , il serait du devoir de « l'ancien souverain de la Poméranie, « ci-devant suédoise , d'intercéder par- « ticulièrement en faveur de cette pro- « vince pour la conservation des droits « constitutionnels , privilèges et immu- « nités, que lui assure l'article 8 de la «convention conclue à Vienne le 7 «juin 1815, à moins toutefois que la « nation ne voulût y renoncer; mais « Sa Majesté se repose, pour Fexécu- « tion de cet article, sur la lovauté et « les sentiments de Sa Majesté Prus- « sienne. »

Depuis le milieu de l'année 1816, le foi s'occupait avec une vive sollicitude d'assurer l'exécution des clauses du traité de Kiel, qui imposait à la Norvège l'obligation d'acquitter sa part de la dette publique du Danemark.

Le 1" septembre 1819, un traité d'accommodement avait été conclu à Stockholm entre la Suède et le Danemark, relativement à la dette de Norwéçe, et le 20 avril suivant une convention avait été signée par les deux puis- , sances, au sujet des réclamations pécuniaires que les deux pays pouvaient avoir à exercer. Mais rien n'était encore terminé en 1821 ; les moyens proposés par le storthing étaient contraires a l'équité et au pacte fondamental. Il voulait que la Suède participât à l'acquittement de la quote-part de, la dette, échue à la Norwége par suite de son ancienne union avec le Danemark. Or, aux termes de sa constitution, la Norvège forme un État libre et indépendant réuni à la Suède sous un même

roi; ses finances, son administration, ses, lois, son armée de terre et de mer* sont distinctes et séparées du royaume de Suède, et par un article spécial de sa constitution cet État s'était reconnu débiteur de sa propre dette nationale* ' Dans cet état de choses, Charles XIV dut presser le storthing de mettre un terme à des hésitations qui compro* mettaient gravement le pays aux yeux de l'Europe. Tei rut l'objet du message qu'il fit remettre à cette assemblée, le 12 avril 1821 , et dans lequel il s'exprimait en ces termes :

« Si l'influence qui agissait sur les «bons, loyaux et paisibles habitants « de la Norwége Savait eu pour but « due le bien-être de ce pays , cette in- « fluence ne l'aurait pas chargée d'une « dette de vingt-deux millions de rigs- « banque pour faire la guerre à un «peuple frère; la Suède n'aurait pas « été forcée de dépenser une somme «triple pour ses armements, et les « finances des deux pays auraient vivifié « les canaux , où les sources de la pros- « périté publique vont se confondre « pour faire fructifier ensuite tous les « intérêts individuels. Si le passé n'est « plus en notre pouvoir, le présent est

* a notre disposition , et l'avenir à la « prévoyance des hommes d'État , des -» amis de l'humanité et des patriotes « des deux royaumes. Mais tes idées

• chimériques ne doivent pas faire « perdre de vue l'importance des conjonctures présentes; et en voulant « travailler pour se décharger d'un far-

' « deau juste et légitime, il faut prendre « garde de ne pas saper les fondements « de la liberté , et de cette sûreté ac- « quise sous les auspices bienfaisants «d'une bonne foi religieuse et d'un « épanchement fraternel. »

Quant aux prétentions du storthing, le roi répondait qu'il ne pouvait faire une communication de ce genre aux états généraux de Suède , avant de savoir si la Norwége était disposée de son côté à contribuer à l'extinction de la dette suédoise; que d'ailleurs une question de ce genre, qui n'était prévue par aucune des deux constitutions, ne pouvait être discutée dans les formes

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L'UNIVERS

constitutionnelles adoptées par les deux pays. Que son premier devoir était d'inviter le stortning à ne point contrevenir aux règles fondamentales de Tordre social. II insistait ensuite pour que la représentation norwégienne le mit enfin dans la possibilité de remplir fidèlement et loyalement les conventions existantes entre la Norwége et le Danemark, conventions basées sur le droit public et la garantie de tous les États policés. « La dignité de la nation « norwégienne, ajoutait le roi en ter- « minant, sa bonne foi héréditaire, ne « peuventpas être plus longtemps corn- « promises aux yeux de r Europe ; et « il est du devoir de Sa Majesté de faire « disparaître promptement un soupçon « qui , s'il continuait à se répandre, « arrêterait toute espèce de commerce « et de rapport avec le reste du conti- « nent. L amour de la liberté est un « sentiment qui s'évapore, lorsque Pa- « mour de la justice , de la vérité , et « la religion du serment, ne le soutien- « nent pas. >

Ce fut dans le cours de cette session que le stortning abolit la noblesse héréditaire, comme étant une institution nouvelle dans le royaume.

Le roi envoya un message à l'assemblée, par lequel il proposait d'indemniser les familles auxquelles cette mesure portait préjudice, et de créer une nouvelle noblesse pour récompenser les services rendus a la patrie. Mais le stortning persista dans sa Résolution.

Depuis longtemps Charles XIV sentait que, pour arriver à confondre les intérêts de ses deux royaumes et mettre un terme à des collisions pénibles , une modification ou du moins une interprétation claire et précise de plusieurs articles de la constitution devenait indispensable; qu'en un mot il n'y aurait jamais équilibre entre le pouvoir exécutif et le pouvoir législatif tant que le pacte fondamental n'accorderait pas au roi un veto absolu. Il fit de cette question l'objet dkin message au stortning, en date du 2 août 1821.

« Il est de fait, est-il dit dans oe «message, que là où il existe un roi «et une législature il faut que leurs

i pouvoirs se balancent , pour que Fune i de ces deux autorités ne vienne pas k empiéter sur les attributions de i'auitre. Lorsque ce principe est mé- » connu, et, qui pis est, lorsque le « contraire est consacré par le pacte « fondamental, la lutte entre ces deux

* pouvoirs , qui , pour l'intérêt de tous , % doivent marcher de front, se trouve

< pour ainsi dire établie de droit, et le i résultat ne saurait jamais être prévu. k Quand l'initiative des lois appartient c également au roi et à la législature, t quand pour la rédaction diine loi il <laut leur assentiment réciproque, talors les parties sont égales, les i chances sont les mêmes, et l'équiii-

* bre des droits devient la garantie de i la liberté. Si une méfiance aveugle i ou une fausse théorie jettent les assemblées législatives dans un sens c opposé, et si, en voulant s'élever

< contre les empiétements présumés

* de la puissance executive, on forge i des entraves qui donnent à la légisc lature une prépondérance basée sur d'arbitraire, puisque dans un État i bien constitué tout ce qui n'a point

< un contre-poids est arbitraire , alors t il n'existe plus de garantie ; celle-ci

< exige une base solide et non de moi biles fondements : or tout est mobile c lorsque la législature peut faire des i lois indépendamment du concours et ( de l'assentiment du roi. Dans ce cas,

< les reproductions de la loi adoptée

* par la législature, reproductions qui i ont lieu parce que la sanction a été

< refusée , n'invalident en rien tout ce

< qu'il y a de pernicieux dans le principe; car il n'est point présumable » que lorsqu'un roi rejette ce que trois

< législatures différentes lui ont proi posé, ce rejet ne soit pas basé sur (des considérations tellement majeures <que, dans l'intérêt de l'État, cette c loi n'ait été de nature à ne jamais i devoir être adoptée.

« Nul souverain constitutionnel n'en t appelle volontiers au droit du veto i vis-à-vis d'une représentation natioi nale; mais ce droit doit exister, puisi qu'il est, de son essence, constitui tionnel, et qu'il offre un moyen légal

SUÈDE

« pour arrêter Que e&rvescence dan- « gereuse sang avoir recours à la force , « devant laquelle se tait la loi. Cette « effervescence prend souvent sa source « dans quelques prétentions locales, « dans quelques amours-propres blés- « ses, ou dans quelques ambitions dé- « çues. Une représentation qui craint «son roi ou qui méconnaît ses con- «seils, et qui, par suite de cette « crainte ou de cette méfiance, veut « devenir législature exclusive, provo- « que elle-même les dangers que, par

• un faux calcul, elle a voulu pré- « venir. Si le combat est entamé une « fois, et si la législature domine, il « n'existe plus de monarchie, et cette « législature règne par l'anarchie; si au « contraire le corps représentant suc* « combe, il entraîne la liberté dans sa

• chute; car quel est le prince qui ne

• profite pas d'un succès politique f »

Le message du roi soulevais une

Sjestion plus délicate encore, en réamant le droit de dissoudre la représentation nationale. « Cette préroga- « tive, disait Charles, corrige la pr.êci- « pitation, non-seulement du côté d»? la « législature, mais aussi du côté du « {gouvernement > et c'est la nation à « laquelle on en appelle qui pronon ce « en dernier ressort, soit en renouvo « tant, soit en annulant ses élections

Le roi abordait ensuite une question'.

3u'on s'étonnait de ne pas voir résolue ans la constitution, le droit de révoquer tous les fonctionnaires publics, les juges exceptés. Il proposait encore au storthing divers changements, additions ou modifications, au pacte fondamental, comme, par exemple, de réserver au roi la nomination du président de l'assemblée et de chacune de ses deux sections; d'établir un ordre de travail plus précis, qui, en classant les affaires dont on aurait à s'occuper, préviendrait les lenteurs et permettrait d'utiliser le temps de la session ; de régler le mode d'ouverture de la session par le roi, etc., etc.

Ces différentes propositions furent discutées par le storthing avec la franchise et la loyauté qui caractérisent les

2V Livraison. (Sobdb.)

peuples Scandinaves, mais de manière a prouver que les Norwégiens, longtemps soumis à un pouvoir absolu, n'avaient point encore atteint la ma* turité nécessaire pour exercer utilement leurs droits. Le président d'une députation de storthing l'avait reconnu lui-même lorsqu'il dit au roi, en 1816 : « Les nations ont leur enfance comme « les individus, et le père de la patrie, « comme chef de famille, doit les aider « à parvenir à l'âge de maturité. »

L action du gouvernement constitutionnel ne rencontrait pas les mêmes obstacles en Suède, où ta nation, qui, depuis longtemps, avait mûri son ex-

Ërience dans les assemblées nationa- !, rendait plus de justice aux intentions généreuses et au dévouement du roi qu'elle s'était donné. Le calme intérieur fut tel , la marche des affaires si régulière, que, de 1819 à 1823, on ne sentit pas la nécessité d'assembler extraordinai rement les états généraux, qui, aux termes de la constitution, doivent se réunir tous les cinq ans.

Six mois avant l'ouverture de cette diète, le prince royal avait atteint sa vingt-troisième année. Charles XIV, dans sa constante sollicitude pour lebonheur de ses deux royaumes , préparait depuis quelque temps un événement qui devait donner à la Scandinavie de nouveaux éléments de sécurité. Le duc de Sudermanie partit pour visiter plusieurs cours d'Allemagne et d'Italie, et arriva le 27 octobre à Vérone, où étaient alors réunis en congrès les empereurs de Russie et d'Autriche, le roi de Prusse et les ministres plénipotentiaires des autres puissances. Il fut reçu avec tous les honneurs dus à son rang, et partit le 1er novembre pour Eicnstadt, résidence du prince Eugène, du digne fils de l'impératrice Joséphine, et qui, comme Bayard, pouv ait prendre pour devise : Sans peur ei* sans reproche.

Charles XIV avait su apprécier le noble et le loyal caractère du vice-roi d'Italie, alors que tous deux étaient frè res d'armes, et lui-même avait reçu de ce prince de nombreuses preuves d'eî rtime. JLe duc de Sudermanie vit à

i'UTttlTEfLS.

ÈfdistHt là fille atné d'Eugène, la princesse Joséphine-Maximilienne-Eu-

Îjénie. Plein d'admiration pour ses quartés éminentes, et convaincu qu/elle réunissait en elle toutes les vertus qui , d'après les vœux de Charles XIV, Doutaient assurer le bonheur des Scandinaves, il demanda sa main. Le vénérable roi de Bavière, aïeul maternel de ja jeune princesse, donna avec une vive joie son consentement à cette union.

Le noble cœur du bon Maximilien se souvenait encore avec reconnaissance que , dans la campagne de 1805 , le maréchal Bernadotte lui avait rendu une partie de ses États et sa capitale, et il Saisissait d'ailleurs avec empressement cette occasion de réparer, autant qu'il était possible, l'injustice et le manque de foi dont son gendre avait eu à se plaindre lors des partages du congrès de Vienne.

Le prince royal revint à Stockholm dans le courant de décembre, et son mariage fut annoncé à l'ouverture de la diète, le 23 janvier 1823.

Ainsi , en dépit des ennemis de tout pouvoir fondé sur le choix libre des peuples, la nouvelle dynastie Scandinave n'avait point à craindre de se voir éteindre faute de rejetons. Mais , alors tes aveugles partisans du pouvoir absolu prétendirent crue cette dynastie en était réduite à l'alliance de la famille Beauharnais. Ils ignoraient que Char* les XIV, par suite des propositions brillantes qui lui avaient été! faites, était maître de choisir l'épouse de son fils dans les familles royales les plus anciennes; mais qu'uniquement préoccupé du bonheur de son iils et de sa patrie, Il avait compris, dans sa haute sagesse, que la princesse Joséphine étai t la seule qui pilt répondre a ses vue s paternelles, tille d'Eugène; et petit* sfille du roi de Bavière, elle rattachai t, par son union avec Oscar, les illusti *ations modernes aux antiqctes mon an> chies. Il savait d'ailleurs que Jo séphine, élevée sous les yeux die son pc ire, prince éclairé et ami d'une sa! ge iibei «té , n'apporterait dans sa nouvelle pa .trie que des sentiments conforme *s aux institutions qui régissent la Sci» ndin: ivie,

et qui sont la garantie de son bonneur. Toute autre alliance n'eût pas présenté ce précieux avantage. Lrexemple de llapoléon étaft là pour lui apprendre

3uel compte on pouvait faire des liens e parenté contractés avec les vieilles dynasties.

Trompés dans leur attente, les ennemis du gouvernement suédois eurent recours à d'autres armes. Des lettres anonymes, adressées à la cour de Stockholm dans les premiers jours de mars 1823 , annonçaient que des étrangers avaient pénétré en Suède avec "intention d'assassiner le roi et le prince royal. On ne put parvenir à s'assurer jusqu'à quel point ces assertions étaient fondées ; mais la Scandinavie ne laissa pas échapper cette occasion de donner au souverain et à son fils les preuves les plus énergiques de son dévouement, et de convaincre leurs ennemis que toute tentative serait vaine pou'f arriver jusqu'à des princes auxquels l'amour des peuples servait de renapart. La diète poursuivant ses tra.vaux avec calme, fit revivre, dans sa sollicitude, d'anciennes ordonnances qui rendaient difficiles pour les étrangers l'entrée de la presqu'île scand inave.

La principale proposition faite par 'le roi dans la nouvelle session ouverte cette année, était une nouvelle preuve de la sincérité des principes constitutionnels du souverain. Il s'agissait de décider par une loi qu'à f avenir la présidence du tribunal suprême , donnée au roi par la constitution , serait confiée à d'autres mains.

En proposant cette modification à (a Forme de gouvernement, Charles XIV voulait évidemment que le pouvoir judiciaire ne pût jamais être influencé par la présence du souverain dans la première cour du royaume , et que l'autorité royale n'eut d'autre point de contact avec la justice que le droit de faire grâce.

Le roi avait aussi appelé l'attention des états sur la triste situation des viMes de Norrkôping et de Borâs , presque entièrement détruites par un double incendie. L'assemblée répondit gé*

SUÈDE

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