‹ Suède et NorwégeChapitre 28 sur 60 · TRAVAUX PUBLICS · texte numérisé non relu

TRAVAUX PUBLICS

Depuis vingt-sept ans que la Suède s'est soustraite au joug d'un despotisme stupide, et qu'elle vit sous des princes amis des lois , jaloux de Tindépendance et de la prospérité nationale, les soins de l'administration ont constamment tendu à rendre la Scandinavie heureuse à l'intérieur et inattaquable au dehors. Tel est le but des nombreux et importants travaux exécutés depuis cette époque. Des ports creusés ou agrandis, des forteresses construites sur tous les endroits vulnérables , des canaux creusés, des routes ouvertes , des villes et des bourgs fondés , voilà ce qui a été fait pour le bien-être matériel du pays, en même temps que par d'autres mesures non moins sages on travaillait à accroître son bien-être intellectuel et moral.

Nous avons déjà oarlé des grands travaux exécutés a Carlscrona , de la fondation de Warnàs, destiné à être le plus ferme rempart de la Suède. Là ne se sont pas arrêtés les bienfaits de Charles XIV. A cette création importante il faut encore ajouter la ville maritime de Borgholm, bâtie dans Tf le d'Oland , en 1816 ; le bourg de Morbilanga, fondé dans la même fie, en 1820 ; celui de Motala, sur le lac Vettern , en 1823 ; celui de Ijiengberq, construit dans le gouvernement de Kronoberg; l'aqueduc construit en 1832, pour conduire les eaux potables à Cakscrona, qui en était privée; la

construction d'un grand nombre d'établissements hospitaliers ; l'agrandissement de la bibliothèque d'Upsal, pour laquelle Charles XIV a donné trente mule florins de sa caisse particulière; enfin les améliorations utiles qu'a reçues l'université de Lund.

Ces monuments d'un règne pacifique et paternel suffiraient pour recommander le souvenir de ce roi à la postérité; mais il en est deux surtout qui , par leur importance et leurs dimensions gigantesques, doivent immortaliser à jamais le chef de la nouvelle dynastie suédoise. Je veux parler du canal de Gothie qui, en traversant le continent de la Suède dans sa plus grande largeur } de Soderkôpinç à Gotnembourg, unit la Baltique à la mer du Nord, et de la route qui, franchissant les Alpes Scandinaves , met en communication les provinces septentrionales des deux royaumes uijis.

Dès le douzième et le treizième siècle on reconnut en Suède les avantages que Ton retirerait pour le commerce de la navigation des eaux intérieures , et plus d'une fois depuis on s'occupa de ce moyen de favoriser l'industrie nationale. Pendant la lon-

fue période de dépendance et de troules qui précéda le seizième siècle , aucun plan à cet égard ne parait avoir été arrêté. Le grand homme qui , sorti des rangs de la noblesse suédoise, monta sur le trône en brisant le joug de l'étranger, fut le premier qui sut apprécier les avantages de cette grande entreprise nationale et qui en prépara l'exécution.

Gustave Wasa, dès son avènement, adopta le vaste projet que le célèbre évéque catholique de Linkôping x Brask, avait conçu dès 1516. Le roi commença par fonder la ville de Lôdose, aujourd'hui Gothembourg; il voulait créer au commerce , entre cette ville et Stockholm, une route directe,

3ui , en évitant le Sund , profiterait eslacsWenern, Hjelmam,lMâlarn et autres moins grands. Ce fut encore dans cette intention mie Gustave Wasa fit nettoyer et améliorer le port dé Jônkôptcg sur le lac Wettern, vite.

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déjà assez considérable h cette époque.

Eric XIV et Jean III firent dresser plusieurs plans de canalisation entre ces lacs, mais les troubles et les malheurs de leurs règnes en empêchèrent l'exécution. Charles IX , troisième fils de Gustave , s'occupa surtout de la communication entre le lac Wenern et la mer du Nord. Dans ce but , il fit creuser le canal de Carlsgraf, qui forme encore une partie essentielle de cette communication , et fit bâtir les villes de M ariestad et de Carlstad , sur les bords du Wenern.

Son fils, le grand Gustave- Adolphe, malgré les guerres continuelles où il se trouva engagé, ne perdit jamais de vue les immenses avantages que cette entreprise promettait à la Suède. Son projet était de conduire la ligne de communication directement à Stockholm, et en 1631, pendant la guerre Su'il soutenait en Allemagne, il oronna l'exécution d'une jonction des lacsQjelmarnetMâlarn, d'après unplan qu'il avait tracé lui-même.Cet ouvrage, appelé depuis canal d'Arboga, du nom d une petite ville située sur le Mâlarn, fut achevé, avec ses douze écluses, pendant la minorité de la reine Christine, et en 1635, des études furent entreprises sur la possibilité d'une jonction des lacs Wenern et Wettern.

Les ingénieurs, chargés de cet examen, indiquèrent à peu près la ligne le long de laquelle le canal traverse maintenant la partie la plus élevée du pays.

En 1640, quelques députés hollandais présentèrent au gouvernement le projet d'une canalisation à établir à travers tout le pays; mais on craignit de s'engager dans une entreprise trop

§iganteiaue pour pouvoir être conuite à bien. A cette époque néanmoins, une écluse fut construite à Lilla-Edet, à cinq lieues de Gothembourg, ce qui prolongeait de deux milles la partie praticable du fleuve de Gothie. »

En 1691 , Charles XI fit reconstruire d'une manière plus solide le canal d'Arboga, déjà fort délabré; il voulut aussi établir une communica-

tion directe du Hjelmarn an Wenern, mais des études reitérées démontrèrent l'impossibilité de ce projet.

Son fils Charles XII , bien qu'engagé presque constamment dans des guerres étrangères, apprécia plus vivement encore que ses prédécesseurs l'utilité que (a Suède pouvait retirer d'une navigation intérieure. Son célèbre ingénieur Polhem lui présenta un projet Sour rendre navigables les cataractes e Trollhâtta et pour ouvrir une communication, non-seulement du Trollhâtta au Wenern, mais encore de ce lac àNorkôping par le Wettern, le Boren et le Roxen. On devait donner à ce canal les dimensions nécessaires pour le passage des grands bâtiments de commerce. Les difficultés n'arrêtèrent

i'amais le génie entreprenant de Chapes XII; aussi le projet de Polhem fut-il adopté aussitôt que présenté , et mis immédiatement à exécution. Ce plan cependant annonce moins une profonde et véritable appréciation des travaux à exécuter, qu'un esprit hardi et entreprenant. Le plan de Polhem était, quant au Trollhâtta, d'arrêter, au moyen de digues, les nombreuses chutes du fleuve, et de former ainsi un bassin pour la navigation entre les trois écluses qu'il proposait de percer dans la montagne granitique et de creuser à un abaissement de cent quatorze pieds.

D'après le traité que Polhem signa en 1718 avec le gouvernement, le canal de la mer du Nord à la Baltique devait être achevé en cing ans; mais, cette même année, le roi fut tué, et l'entreprise abandonnée jusqu'en 1748.

Elle fut alors reprise: mais il fut résolu cette fois de conduire le canal au Wenern, puis de ce lac au Wettern, et de celui-ci à la ville de Sôderkôping, en conservant le plan de Polhem pour les travaux à exécuter entre la mer du Nord et le Wenern. Les principales écluses étaient achevées en 1755, et l'une d'entre elles , nommée l'écluse de Polhem, ayant cinquante-six pieds et demi de profondeur, a été percée dans le roc granitique, sur une longueur de huit cent soixante pieds, tout près

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des cataractes. Mais le plus étonnant de tous ces travaux, une digue transversale destinée à faire monter le fleuve entier de trente-quatre pieds, pour former un bassin entre l'écluse de Polhem et l'écluse voisine, dont rabaissement est aussi de trente-quatre pieds, se brisa en septembre 1755, mettant à sec les trois écluses, anéantissant en un instant l'ouvrage de plusieurs années, et prouvant ainsi que l'intrépide génie de Polhem s'était trompé dans ses calculs sur les résistances. Ce désastre produisît l'effet ordinaire des accidents de ce genre : la méfiance et le découragement. L'entreprise fut longtemps abandonnée, et il était réservé au grand ingénieur Daniel Thunberg de lui faire reprendre faveur.

Les docks de Carlscrona et les admirables écluses de firinkebergskulle, par lesquelles, dès 1768, il avait remplacé les anciennes digues du canal de Carlsgraf , lui avaient acquis la confiance du gouvernement etde la nation.

En 1776, un canal fut creusé et une écluse construite au-dessous des cataractes de Trollbâtta , à Akerstrôm , où la navigation sur le fleuve de Gothie est interrompue par une chute.

Dès 1757, Thunberg avait proposé le plan d'un canal qui devait passer à côté des cataractes de Trollhâtta , projet qui fut exécuté cinquante ans plus tard. Dans les années 1781-1784, il entreprit et acheva des études com-

Slètes sur la possibilité d?une jonction es deux mers, traçant dès lors, à peu d'exceptions près, la ligne qui a été suivie depuis. Thunberg voulait conduire à travers le pays un canal de dimensions beaucoup plus considérables que celui qui vient d'être achevé ; mais, au moment où il achevait son travail, la- Suède se trouva dans des conjonctures qui ne permirent pas d'en entre- S rendre l'exécution pendant le reste u règne de Gustave III.

Ainsi, durant un espace de trois siècles, la pensée de cette communication a occupé la nation et ses rois, excitant souvent d'énergiques efforts, filais plus popvent cpntrariée par des

revers. Les lumières, le commerce et la prospérité générale, ne s'étaient pas encore assez développés pour qu'une pareille entreprise put réussir, et l'expérience atteste que les grands ouvrages entrepris dans des vues d'utilité publique bien calculées, mais devançant le temps, commencent toujours par échouer.

Sous la régence du duc de Sudermanie, depuis Charles XIII, l'avantage immense et même l'urgent besoin d'une navigation intérieure de la Baltique à la mer du Nord était généralement compris et senti vivement. En 1793, une compagnie particulière se forma pour l'exécution du canal de Trollhâtta d'après le plan de Thunberg, mais sur une échelle réduite. On voulait par là achever toute la communication de Gothembourg au lac Wenern.

Ces travaux furent commencés en 1795 et achevés en 1800.

En 1808, le grand projet de Thunberg fut ressuscité par le baron de Platen, alors capitaine de vaisseau, plus tard amiral, conseiller d'État, comte et gouverneur général de la Norwéçe, où il est mort en 1829. Dès 1806, il avait publié un traité sur Futilité et la possibilité de cette entreprise. Le gouvernement ordonna des études approfondies qui furent dirigées par Platen, auquel on adjoignit un ingénieur anglais très-distingué, Christophe Telford, appelé en Suède pour ce travail. Platen adopta , à très-peu de chose près, les plans de feu Thunberg, et son rapport au roi éclaircit parfaitement toutes les opérations locales de cette grande entreprise.

En 1809, le nouveau plan fut présenté à la diète. La Suède sortait alors d'une révolution et se trouvait encore engagée dans une guerre malheureuse, et cependant les états généraux votèrent l'exécution de ce canal.

L'espace nous manque pour entrer ici dans tous les détails scientifiques des travaux gigantesques qu'il a fallu exécuter pour mener à bien une pareille entreprise (*). Disons seulement

(*) Ceux de nos lecteur* que de pareils

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que pour son exécution il a fallu surmonter tous les obstacles, toutes les difficultés d'un terrain escarpé ou iné-

§al , ouvrir par la mine des montagnes e granit et franchir des torrents impétueux. Les travaux ont été exécutés, à la manière des Romains, par les troupes suédoises, et dirigés d'après les meilleures méthodes usitées en Angleterre. On a apporté an soin extrême au choix des matériaux et à tous les détails de construction, afin d'assurer la solidité et la durée d'un monument consacré à la postérité. Les travaux dirigés par l'amiral Platen forent continués après sa mort par le baron de Sparre, général du génie, et le 26 septembre 1832 le canal fut ouvert à la navigation, en présence du roi Charles XIV.

L'étranger qui connaît les faibles ressources delà Suède reste frappé d'étonnement à la vue de ce grand monument national. Certes, il a fallu tout le dévouement qu'inspire le patriotisme pour entreprendre des travaux aussi dispendieux (*), et dont on ne pourra être indemnisé que dans un avenir éloigné. Du reste, dès à présent, la Suède en retire des avantages immenses. Par là , elle active son commerce intérieur, elle affranchit son pavillon marchand des dangers, des lenteurs et des frais de l'ancienne route, ainsi que du péage du Sund, et eue s'assure le transit du commerce de la Russie avec l'Angleterre et l'Amérique.

D'un autre côté, elle facilite sa défense intérieure, et, à cet égard, il suffira de dire que Charles aIV a basé sur cette communication un vaste système défensif, qu'une grande forteresse centrale s'élève àWarnâs, point central de la ligne, et que désormais une route inaccessible aux flottes ennemies est ouverte à l'escadre de Stockholm

détails intéresseraient, pourront consulter la liotice sur les canauç de Trotlkâtta et de Gothie, publiée à Stockholm en xS34.

(**) Ils ont coûté dix - huit millions de francs, somme très-considérable pour la focde ; douze millions ont été fournis par Huât et six par les actionnaire»,

allant renforcer celle de Gotherabourg dans la mer du Nord , comme à l'escadre de Gothembourg allant se réunir à celle de Stockholm dans la mer Baltique.

Xe 26 septembre 1832, jour de l'ouverture du canal, des bâtiments de guerre venus de ces deux extrémités se sont rencontrés à Mem, et, en présence du roi, les salves de leur artillerie ont célébré la jonction des deux mers.

Il nous reste à parler d'un monument qui doit aussi avoir pour la Suède d'importants résultats, en ce qu'il facilite les communications des provinces méridionales des deux royaumes unis. Il s'agit de la route qui, traversant les Alpes norvégiennes du côté du Jâmtland, conduit de Stockholm à Drontheim. Cette route magnifique, l'un des travaux les plus remarquables en ce genre, se prolonge dans une étendue de dix lieues à travers des précipices, des torrents et des Î;orges sinueuses, triomphant de tous es obstacles qu'opposait à l'industrie humaine une nature aussi sauvage que gigantesque. C'est le 30 août 1835, lors de son second voyage en Norwége , que Charles XIV a fait, au milieu des cris d'allégresse et de reconnaissance de toute la population , l'ouverture de cette route, dont les travaux ont été dirigés par l'intendant des ponts et chaussées Krogh, et par le capitaine du génie Tônder, qui, avec la permission du roi , ont donné à cet admirable monument le nom du souverain éclairé qui en a ordonné l'exécution; et ce nom , Kong CarUJohans klew (montagne du roi Charles- Jean), gravé en lettres d'or sur le rocher, rappellera sans cesse à la postérité le nom du monarque dévoué auquel elle est redevable de ce bienfait.

ZVSTITDTIOirS MEDICALES. BÔNTAUX. •*-

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