‹ Suède et NorwégeChapitre 53 sur 60 · MAGNUS IV · texte numérisé non relu

MAGNUS IV

(1134.) Ce prince, qui fut ensuite surnommé Y Aveugle, se fit reconnaître immédiatement après la mort de son père ; mais avare, orgueilleux, et enclin à l'ivrognerie , il se fit haïr du peuple , qui "obligea de partager le royaume avec le fils illégitime de Magnus m. Ce prince qui , comme on vient de le voir, avait prouvé sa naissance par l'épreuve du feu , et avait été reconnu par Sigurd Ier comme frère , est désigné sous te nom de Harald IY Gille ou Gilti-

christ. Magnus ne consentit à ce partage que pour trouver une occasion de se débarrasser d'un rival dangereux ; et aussitôt qu'il se vit assez fort pour pouvoir lever le masque, il l'attaqua et le força de se réfugier en Danemark (1134). Mais Harald obtint les secours du roi de ce pays, et reparut bientôt en Norwége, ou Magnus, qui avait licencié son armée, ne put l'empêcher de soumettre toute la partie méridionale du royaume, et fut luimême fait prisonnier dans Bergen, (1135). Harald lui fit crever les yeux et couper une jambe; puis après lui avoir fait subir une mutilation qui le rendait inhabile à perpétuer sa race, il lui fit prendre le nroc dans un monastère de Drontheim. Mais Harald ne sut pas justifier sa cruauté par son habileté dans le gouvernement : il s'attira le mépris de la nation par sa faiblesse et par son insouciance a défendre le pays désolé par les pirates vandales, qui vinrent même saccager Kongçlf , alors une des villes les plus considérables du royaume. Aussi ce règne honteux fut-il court. Un aventurier qui , sous le nom de Magnus IV, se faisait passeç pour le fîlsde Magnus IH, etqui étaitdoué d'ailleurs d'un grand courage, d'une force et d'une adresse extraordinaires, réunit bientôt un nombreux parti, surprit Harald , et l'assassina dans les bras de l'une de ses maîtresses, le 14 décembre 1136. Siçurd, c'était son nom, avait été élevé par un prêtre, et avait même déjà embrassé l'état ecclésiastique, ce qui lui fit donner le surnom de Slerabiaiakni , c'est-à-dire, diacre transfuge.

sigubd Slembidiakni (le diacre transfuge.)

Avec ce meurtre commence pour la Norwége une époque de troubles et de désordres. Sigurd espérait que la nation le reconnaîtrait pour son chef; mais deux fils de Harald ayant été proclamés, il se rendit à Drontheim, s'empara de vive force de Magnus Iv pour le replacer sur le trône, se fit

I/UHIVBRf.

rousa.

Sverrer prononça lai-même l'éloge de Magnus qu'il fit enterrer avec pompe, et distribua de grandes récompenses à ceux qui l'avalent lui-même aidé à parvenir au trône. L'année suivante(1185) il épousa Marguerite, fille d'Erik le saint, roi de Suéde. Mais \e% habitants du midi de la Norwége se soulevèrent pour placer sur le trône un moine nomme Jon, qu'on disait être fils du roi Inge, et s'emparèrent même, en 1187, de Drontheim, où ils le firent proclamer roi; mais, vaincu auprès de Bergen, Jon n'échappa que par la fuite, et un Islandais gui se donnait pour son frère fut mis à mort peu de temps après par les paysans. Cependant lej>arti de Jon choisit un nouveau roi en Danemark, dans la personne de Wikar, qu'on disait être fils de Magnus Erlingson. Ce choix fut pour Wikar comme une sentence de mort; vaincu et fait prisonnier, il fut condamné et exécuté.

Une conspiration plus dangereuse fut ourdie par les ecclésiastiques, à la puissance desquels Sverrer voulait, mettre des bornes. De part et d'autre , on se servit des armes qu'où pouvait employer. Lorsqu'en 1188, l'évêque Erik , qui avait été revêtu de la tiare archiépiscopale contre la volonté du roi , commença à tonner du haut de la chaire contre les Birkebéniens, Sverrer retint une partie des revenus que les prêtres s'étaient alloués, et convoqua, en 1193, une nouvelle diète, où le peuple non-seulement confirma tout ce que le roi avait statué, mais où il fixa même le nombre de domestiques qu'il était permis à l'archevêque d'avoir à son service. Irrité de cette conduite , le prélat se rendit en Danemark, et obtint du pape Célestin III une huile qui menaçait ses adversaires de l'excommunication; mais elle produisit peu d'effet, car les prêtres, en voyant le mécontentement du peuple, n'osèrent pas la mettre à exécution.

Un des seigneurs feudataires du roi crut pouvoir profiter de cette

mésintelligence; il envoya, en 1193, Sigurd, fils de Magnus Erlingson, aux lies Orcades et ae Schetlana, où fl prit le titre de roi et se forma des partisans, dont le nombre s'accrut encore après une heureuse campagne sur les côtes du pays des Vandales; il obtint même des succès en Norwége, et ses forces devenaient menaçantes, lorsque Sverrer attaqua sa flotte près de Bergen, en 1194, et captura ou dissipa tous ses vaisseaux.

Sigurd périt en cherchant à se sauver à la nage.

Après ce succès, Sverrer jugea

Srudent de se foire couronner, et emanda à un légat du pape, récemment arrivé en Norwége pour y vendre des indulgences, de célébrer la cérémonie du sacre; sur son refus, Sverrer lui ordonna de sortir du royaume, et se fit couronner, le 39 juin 1194, par son ancien confesseur, qu'il avait nommé à Pévêché de Bergen.

Cependant Nicolas, évéqne d'Opslo, que le roi n'avait pu gagner et qui s'était retiré en Danemark, produisit sous le nom d'Inge, fils de Magnus Erlingson , un jeune Danois qui , dans ce pays d'éternelles révolutions, trouva bientôt un parti considérable, dont on désignait les membres par le nom de Baglers. Cette insurrection commença en 1196. Sverrer fut d'abord obligé de céder, et ne put empêcher les Baglers de faire proclamer leur roi : mais il les surprit à Opslo le 35 juillet 1196, les défit, et s'empara de toute leur flotte. L'évêque Nicolas fut lui-même si effrayé de cette défaite qu'il demanda grâce. Mais bientôt le parti se releva, se rendit maître de Drontheim , et , après plusieurs succès , détruisit la flotte royale, dans deux combats sur mer, et ravagea plusieurs provinces (1198). Il obtint en outre un puissant secours par une bulle qu'Innocent III lança contre le roi, le 14 octobre 1 198 , et qui prononçait l'interdiction de Sverrer et de tous ses Sirtisans. Mais les rois de Suède et de anemark, auxquels il avait été enjoint d'exécuter ce que prescrivait l'interdit, ne jugèrent pas à propos

■ORWÉGE.

ilt

d'obéir aux ordres du pape: Svtrret eut le temps de faire construire une nouvelle flotte, avec laquelle il défit les rebelles , et força leur chef à se retirer en Danemark. Cependant les troubles ne furent pas* apaisés, et les Baglers se maintinrent dans le midi de la Norvège jusque vers la fin de Tannée 1201 , ou la dernière citadelle qu'ils possédaient fat réduite à capituler.

Sverrer survécut peu à cette victoire; avant sa mort, il se fit placer sur son trône, afin de convaincre la multitude de la fausseté des prédictions de Pévéque Nicolas, qui avait annoncé qu'il serait dévoré par les chiens; il conseilla aussi à son fils Hakan de se réconcilier avec le clergé, et pardonna lui-même à tous ses en* nemis. Il mourut le 9 mars 1202, laissant là réputation d'un grand prince.

Brave, actif, humain et équitable, il était doué, à un degré éminent, dn talent de la parole, qu'il devait probablement à son éducation cléricale.

HAKAlf in.

Le fils aîné de Sverrer, Sigurd Laward, étant mort avant lui, et n'ayant laissé qu'un enfant au berceau , son second fils , Hakan III , fut proclamé roi. Il se réconcilia avec le clergé, rappela les exilés, et, entre autres, l'archevêque, qui, après son retour, leva l'interdit qu'il avait prononcé. Les chefs des Baglers suivirent l'exemple du prélat , et ce parti redoutable se trouva dissous. Hakan ne put profiter de ce calme inespéré dont jouissait la Norvège après tant de troubles ; il périt le 1" janvier 1204 , et l'on soupçonna sa belle -mère de l'avoir empoisonné.

GUTTOBM.

Trois jours après la mort de Hakan in , Guttorm , petit-fils de Sverrer, et fils de Sigurd Laward, ftit choisi pour roi par l'archevêque et par le sénat Mais, comme il n'était âgé

rde ouatre ans, on eonia le son éducation à Pierre Steiper, ne* veu de Sverrer , et Hakan Galin , autre neveu de Sverrer, devint régent de la Norvège. Ce partage du gouve*»

nement déplut à plusieurs seigneurs, qui , rassemblant les Baglers dispersés, rappelèrent Erling Stenveg, qu'ils avaient proclamé après la mort d'Inge , et qui s était prudemment retiré à Copenhague durant le règne de Hakan III.

A la faveur de ces troubles, l'évêque Nicolas voulut faire passer la couronne sur la tête de son neveu Phi»

lippe , oui , du côté maternel , descendait de la famille royale de Norvège.

Mais Waldemar, roi de Danemark, auprès duquel l'évêque chercha de l'an* pui , refusa de servir Philippe , à moins que les Baglers ne le demandassent eux-mêmes pour leur roi. Or, ce parti ot les paysans ne voulaient proclamer qu'un fils de roi. Erling, qui se donnait pour fils de Magnus Erlingson, implora aussi le secours de Waldemar, mais celui déclara qu'il ne consentirait à l'appuyer qu'autant qu'il prouverait son extraction royale par l'épreuve du feu. Il hésitait quand l'évêque lui fit dire gu'il pouvait se soumettre sans danger a l'épreuve , dont il lui garantissait le succès , s'il promettait de choisir Philippe pour îarl. Erling souscrivit à cette proposition ; et , après avoir porté un fer rouge sans en être brûlé , il obtint de Waldemar trente -cinq vaisseaux, avec lesquels il se rendit dans le sud de la Norvège , où il fut proclamé roi. Sur ces entrefaites , mourut le jeune Guttorm , en 1205 ; et l'on soupçonna Christine , épouse de Hakan Galin , de l'avoir empoisonné.

HAKAIV IV GALIN.

(1205.) Ce prince mit alors tout en œuvre pour s'assurer de la couronne. Mais son père n'étant pas Norvégien, le peuple proclama son frère utérin, Ingell Bardson, dont le père était indigène. Inge fut cependant forcé de confirmer Hakan dans la dignité qu'il occupait précédemment, et de lui abandonner la moitié des revenus de

L'UNIVERS

. la couronne. Quoique Eriing fût mort T en 1207, la guerre contre les Baglers continua , parce que l'évéque Nicolas leur avait persuadé de nommer Phi* lippe pour succéder à Eriing. Cependant les deux concurrents , fatigues de k guerre , conclurent, par l'entremise de l'archevêque, une paix qui laissait à Philippe le tiers du royaume , avec la fille de Sverrer pour épouse , mais à la condition de renoncer au titre de roi.

Cette réconciliation des deux partis s'opéra en 1208. Inge rencontra plus tard un ennemi plus dangereux dans Hakan Galin , qui le força , en 1213 , de conclure une convention par laquelle il fut stipulé qu'après sa mort la couronne reviendrait a Hakan , et

Î u'ensuite elle passerait à l'aîné des Is légitimes des deux frères. Mais Hakan Galin ne vécut pas assez longtemps pour voir se réaliser ses espérances ; il mourut vers la fin de l'année • 1214, et l'on oublia les droits de son fils Canut , qui , suivant la convention , aurait dû succéder à Inge lorsque celui-ci mourut, le 23 avril 1217.

Hakan v, Garnie ( le vieux.)

A la mort de Inge II , les Birkebeniens élurent Hakan V, fils naturel de Hakan III ; la jolie figure de cet enfant, alors âgé de treize ans, l'avait fait généralement aimer. La mère dtf jeune prince prouva la naissance royale de son fils par l'épreuve du feu , qui était alors très -usitée en pareille circonstance. Le clergé de son côté favorisait le iarl Skule , frère dlnge , et Hakan fut obligé de céder à ce compétiteur un tiers du royaume.

Philippe étant mort à la même époque, Hakan fut assez heureux pour Î prévenir les intentions des Baglers dans e choix qu'ils voulaient faire d'un nouveau roi ; mais l'apparition de nouveaux prétendants à la couronne était alors devenue une chose si commune, que tout aventurier qui n'avait pas d'autres moyens de faire fortune se donnait pour fils naturel d'un roi, et se créait toujours de cette manière un parti. C'est ainsi

qu'en agit un certain Benedict, qui en 1218, prétendit être fils de Magnus Erlingsson. Ses partisans furent nommés Slitungar, à cause des haillons dont ils étaient couverts, et se maintinrent jusqu'en 1222. Un autre parti, celui des ItiobtmgarjSe montra en 1219, et choisit pour roi un fils d' Eriing Stenveg, nommé Sigurd. Ce parti subsista jusqu'en 1223 , où Sigurd se démit de son titre de roi , et passa , avec toutes ses troupes , au service du iarl Skule. Mais, environ un an après, il abandonna la cause du iarl , ef reprit son premier titre avec l'aide de l'évéque Nicolas, puis du nouvel archevêque Pierre, qui était cependant redevable à Hakan de son élévation. Sigurd étant mort en 1226, son parti choisit pour chef le jeune Canut, fils de Hakan Galin. Mais ce prince s'étant réconcilié avec le roi Hakan qui lui fit épouser sa belle -sœur et lui accorda un fief, les Ribbungiens choisirent pour roi un nommé Magnus Bladstock , qui fut pris et pendu par les habitants du Vœrmeiand.

Cet événement mit fin, en 1227, à ce parti. Mais le iarl Skule excita de nouveaux troubles par son orgueil et

Sar son ambition. Afin d'y mettre es bornes, Hakan convoqua à Ber- Sen , pour le 15 août 1223, une assenv lée générale des états , la plus complète et la plus nombreuse qu'on eût encore vue en Norwége , et y fit examiner les droits de tous les prétendants. Ils furent déclarés nuis, et les députés confirmèrent solennellement l'élection de Hakan V. Celui-ci, fort de cette décision, s'occupa de soumettre les Ribbungiens. Skule resta en repos jusqu'à la fin de cette guerre; mais il se rendit ensuite en Danemark , où il conclut , en 1228 , un traité secret avec le roi Waldemar. La rupture éclata en 1233; après quatre années de guerre mêlée de négociations , le roi conféra à Skule le titre de duc, dans l'espoir de satisfaire de cette manière son ambition. La bonne intelligence dura effectivement jusqu'en 1239. A cette époque, les flatteurs de Skule relatèrent à empiéter sur les droits

ÏIÔRWEGE.

du roi ; et celui-ci en avant témoigné son mécontentement , Skule se fit proclamer à Drontheim, le 6 novembre.

Cette clémardie lui réussit mal : vaincu au mois d'avril 1340 , Skule se réfugia à Drontheim, où il fut mis à mort le 23 mai, avec son fils Pierre.

A dater de cette époque Hakan put régner en paix, et donner tous ses soins à son peuple. Il éleva des forteresses, fonda des villes, et établit des lois en faveur de la liberté individuelle. La considération dont il jouissait auprès des puissances étrangères était si grande, que , suivant quelques historiens, saint Louis lui offrit le commandement d'une partie de sa flotte, quand il entreprit sa croisade en Egypte. Le pape Innocent IV envoya môme en Norwége le cardinal Guillaume , évéque de Sabine, pour le couronner, quoique le véritable objet de sa mission tut de l'engager à prendre part à la guerre d'Allemagne. Le cardinal arriva en Norwége le 17 juin 1247, et le sacre se fit à Bergen le 29 juillet, jour de Saint-Olof. En 1249, Hakan eut une entrevue avec Birger Iarl , régent de Suède; et, en 1251, s'accomplit le mariage déjà projeté depuis longtemps entre son fils aîné Hakan le Jeune, ou'il avait associé au trône, et Richissa, nlle de Birger. En 1253 , les deux princes eurent u ne nouvelle entrevue auprès de la rivière de Gotha, où ils convinrent d'une guerre contre le Danemark.

Mais lorsque, en 1257, Hakan était au moment d'attaquer ce royaume avec toutes ses forces maritimes, son fils aîné vint à mourir ; et il ne songea plus qu'à faire proclamer son jeune fils Magnus co-régent , en remplacement de celui qu'il venait de perdre. Ce fut à ce fils qu'il confia le soin du gouvernement , lorsqu'en 1262 il fit voile pour l'Ecosse , dans l'intention de reconquérir ce que Magnus aux jambes nues y avait jadis possédé.

L'année précédente il avait soumis l'Islande et le Groenland; il ne fut pas moins heureux en Ecosse , et il se proposait même de passer en Irlande; mais, au moment où il se préparait à cette expédition, la mort te

frappa pendant la nuit du 15 au 16 décembre 1262, dans File de Mainland , l'une des Orcades. On le surnomma Garnie, ou le vieux, pour le distinguer de son fils Hakan qu'il avait associé au trône, mais qui mourut avant lui.

Son règne est regardé comme l'époque la plus brillante de l'histoire de la Norwége. Ce qu'il y a de certain, c'est ?u'aucun roi de ce pays n'a joui à étranger d'une aussi grande considération.

magots vu, Lagabeter (ou le ré« formateur des lois).

Magnus VII se hâta de terminer la guerre avec l'Ecosse. La paix fut signée à Perth , le 5 juillet 1266. Magnus renonça aux Hébrides , à l'Ile de Man , mais se réserva les Orcades. Le roi d'Ecosse paya quatre mille marcs sterling, et promit un tribut annuel de cent marcs. Magnus VII, en 1273, conclut avec l'archevêque un arrangement en vertu duquel la loi de Magnus VI , qui avait rendu la couronne de Norwége élective, fut révoquée, et le trône déclaré héréditaire. Il mérita le surnom de Lagabeter par les réformes qu'il opéra, en 1 280 , dans la législation de son royaume. Il s'attacha particulièrement à améliorer, à adoucir les lois , et à fondre les codes particuliers de chaque province en un seul code général. Il apporta même des changements à la constitution , en excluant les paysans des assemblées des États , dans lesquelles ne siégèrent plus que les feudataires de la couronne. Les devoirs de ces feudataires furent déterminés d'une manière plus précise , et les titres étrangers de chevalier et de baron furent confirmés. U accorda au clergé plusieurs avantages ; décréta , en 1267, un nouvel impôt sous le nom de denier de saint Olof , et renonça , en faveur des prêtres, à plusieurs prérogatives de la couronne : ainsi il consentit à reconnaître la juridiction ecclésiastique dans toute son étendue , accorda ta liberté des élections par les chapitres, et la levée de la dtme dans

I/OHIYIAS.

tout le royaume. Enfin il conféra dirai privilèges à l'archevêque, entre autres celui de battre monnaie. En 1268 , il conclut une alliance avec son beau-frère, le roi de Suède Waldemar, et lui fournit même des secours , lorsque celui-ci, ayant été expulsé de ses États, fut obligé de se réfugier en Norvège. Plus tard , Magnus porta la guerre en Danemark au sujet de l'héritage d'ingeburge, son épouse; mais il essuya une grande défaite en 1278, près de Skanœr, en Scanie.

L'année suivante il perdit encore beaucoup de monde dans le nord de ses États , contre les Gveners , peuple finnois ou russe , qui , depuis longtemps , infestait ces contrées ; et il termina sa carrière le 9 mai 1280, figé de quarantedeux ans.

bbik n, Prmsterhadere (l'ennemi des prêtres).

Erik H, fils de Magnus et d'ingeburge, princesse de Danemark, avait été proclamé roi plusieurs années avant la mort de son père, mais il n'était cependant âgé que de dix-huit ans lorsqu'il parvint au trône; aussi fut-il facile à l'archevêque Jean de captiver le jeune monarque au point de lui faire contracter sous serment, à l'époque de son sacre, rengagement non-seulement d'approuver tout ce que son père avait accordé aux ecclésiastiques, mais même d'étendre encore leurs privilèges, et d'abroger toutes les lois qu'ils jugeraient opposées à leurs droits. C était aller trop loin , et le roi ou ses conseillers ne «Jurent attendre que l'occasion de revenir sur ces promesses. Elle se présenta bientôt : l'archevêque ayant empiété sur le pouvoir royal, en pro-.

mulguant de nouvelles lois ecclésiasti-

3ues portant amende pour tous les élits religieux, Erik profita de cette avidité imprudente pour révoquer tout ce qu'il avait octroyé. Cette conduite . lui suscita une longue inimitié de la part du clergé, qui lui donna le surnom de Pr&sterhaaere, ou ennemi des prêtres. L'archevêque eut recours aux ar-

mes da l'Eglise, et excommunia deux conseillers du roi. Erik irrité le chassa ainsi que ses suffragants, les évêques d'Opsio et de Hammer. Les prélats allèrent porter leurs plaintes à Rome, et des bulles menaçantes furent lancées contre Erik; mais l'archevêque ainsi que l'un des deux évêques étant morts en route, et le clergé voyant qu'Erik bravait les menaces du pape, s'efforça d'obtenir par la soumission la modification de quelques-uns des décrets du roi. et la querelle s'apaisa. Le nouvel archevêque Iorund se soumit au roi, et, à la diète de 1297, il se reconnut son iarl ou vassal.

Avant la fin de ces troubles, Erik, qui désirait réparer la perte que la Norwége avait faite sous Magnus VII par la cession des fies Hébrides, épousa, en 1281 , la fille et l'héritière d'Alexandre m, roi d'Ecosse. II espérait recouvrer, par ce mariage, les pays que son père avait perdus; mais la reine mourut en 1283, et ne laissa qu'une fille nommée comme elle Marguerite, qui fut reconnue reine d'Ecosse en 1286, et mourut en 1291 , au moment où elle se rendait dans son royaume. La guerre avec le Danemark se ralluma de nouveau en 1284; elle avait pour cause une réclamation relative à la dot dlngeburge, épouse de Magnus VII.

Erik II offrit un asile aux meurtriers d'Erik Glipping , et par là çanima la guerre entre les deux royaumes. Elle ne fut terminée que sous son successeur, en 1308.

* Cette guerre mit Erik aux prises avec les villes anséatiques. Pour les punir de l'appui qu'elles prêtaient au Danemark, if fit donner la chasse aux vaisseaux des villes de Wismar, Stralsund , Golberg , Stolpe et Lubeck. Tous ceux de leurs vaisseaux dont on put s'emparer dans la Baltique furent déclarés de bonne prise. Ces villes conclurent aussitôt une ligue, chargèrent Lubeck de diriger la guerre, et défendirent de porter en Norwége des grains et de la bière, objets de première nécessité dont ce pays manquait presque entièrement. La Norwége se vit, par cette mesure, réduite à une si grande

JfOlWtGB*

détresse . qu'Erik fat contraint de de* mander la paix, B l'obtint par rentrermise de Magnus Ladulaa > roi de Suède, et elle fut signée à Calmar, le 31 octobre 1285. Erik dut rendre tous les vaisseaux capturés ,. indemniser les villes anséatiques de tout ce qu'elles prétendaient avoir perdu , et leur accorder en outre plusieurs avantagés commerciaux. Il entra lui-même dans la ligua anséatique, et convint avec les confédérés de la marche qu'on suivrait à l'avenir lorsqu'il y aurait guerre entre le Danemark et la Norwége. La guerre avec le Danemark fut aussi assoupie momentanément; mais elle éclata de nouveau en 1288, par suite de l'asile que les Danois exilés après l'assassinat d'Erik Glipping avaient trouvé en Norwége. Un armistice, conclu le 28 février 1295, suspendit pour quelque temps les hostilités. Quatre ans après, le 11 juin 1299, Erik mourut sans laisser de fils.

HAKA.X VI.

Hakan, fils de Hakan le Vieux, et déjà nommé duc par son père, administrait avec un pouvoir absolu , du vivant même d'Erik II , la partie du royaume qui lui avait été cédée » et il ' succéda à son frère sans contestation.

Il continua la guerre avec le Danemark, que lui avait léguée son prédécesseur, sans cependant obtenir d'avantages éclatants ; il prêta aussi son appui aux deux frères de Birger, roi de Suède, Erik et Waldemar, qui s'étaient réfugiés auprès de lui en 1304, et força Birger a se réconcilier avec eux. Mais peu à peu il s'éleva entre Hakan et les ducs suédois une contestation qui dégénéra bientôt en guerre ou verte. Erik ayant refusé de remettre à Hakan plusieurs places que celui-ci lui avait cédées temporairement en fiefs, le roi de Norwége prit les armes pour rentrer en possession de Kongelf et de Varberg. Ce fut pendant cette rupture inattendue que les rois de Danemark et de Norwége terminèrent leurs différends par la paix de 1808. Hakan pro-

mit par ce tifeité de donner Ingetarçe, sa fille, âgée alors de sept ans et héri* tière présomptive du royaume de Nor* wége, à Magnus, fils de Birger, roi de Suéde et neveu du roi de Danemark.

Ce dernier céda à Hakan le comté de Halland ,< en échange des prétentions de sa irière, qui étaient le motif de la guerre. Ce traité conclu, les deux rois tournèrent leurs armes contre les ducs suédois qui s'étaient mis en possession de toute la Suède. Mais la victoire ne favorisa pas les coalisés, et, au mois de juillet 1810, les ducs conclurent une paix qui réconcilia Erik avec Ha* kan. Par une négociation adroitement conduite, Erik sut persuader au roi de Norwége de rompre tacitement le mariage de sa fille avec le prince Magnus, pour la lui fiancer à lui-même (1812).

Hakan renonça, en faveur de cette union, au comté de Halland, dont le roi de Danemark investit alors Erik et son frère cadet , qui furent assassinés, en 1318, par leur frère, le roi Birger.

Après avoir ainsi rétabli la paix dans tout le nord, Hakan s'occupa de l'administration intérieure de son royaume. Mais lorsque Birger fit assassiner Erik, Hakan voulut venger son gendre , et contribua à renverser son meurtrier du trône; mais le chagrin avait miné sa santé: il mourut le 8 mai 1819.

Parmi les ordonnances de Hakan VI , il en est une qui prouve dans ce prince des idées sur le commerce, peu communes à cette époque. Ayant remarqué que les villes anséatiques importaient en Norwége beaucoup d'articles de luxe, et que, parmi ceux qu'elles exportaient, il s'en trouvait dont la Norwége n'était pas pourvue en abondance, il défendit toute exportation dont la valeur n'aurait pas été importée en grains, légumes secs, harengs, viande salée ou fumée; en outre, il défendit aux étrangers toute vente de détail , et restreignit leur commerce à la seule ville de Bergen.

On cite encore l'ordonnance par la* quelle Hakan, en 1802, régla l'ordre de succession à la couronne et tout ce qui concernait la régence, et la <»as-

L'UNIVERS

titutkm du 16 juin 1808, qui détermine l'organisation de la cour et des grandes charges de l'État.

magots

Smeck

YIII BBIKS01T,

(mignon).

Avec Hakan VI s'éteignit dans les mâles la race des Yngiinges ou de Haraid Haarfager , qui avait régné depuis 863. Le trône passa à celle des Folkuoges, qui occupait le trône de Suède depuis 1250. En effet, Magnus YIII, dit Smeci, né en 1316, d'Erik, duc de Suède , et d'Ingeburge , fille de Hakan , fat, malgré son (jeune âge, proclamé par les états roi de Norwége, en sa qualité d'héritier mâle le plus direct, puisque il était petit-fils de Hakan VI du coté maternel. Cette élection réunit les deux États sous un seul et même monarque; car Magnus, petit-fils du côté paternel de Magnus Ier Ladulas, était depuis peu de temps roi de Suède sous le nom de Magnus U. Quoique chacun de ces États eût son sénat particulier qui serait les affaires pendant la minorité du jeune roi, néanmoins, tant que dura cette minorité, le gouvernement de Norwége fut presque entièrement entre les mains des régents de Suède, qui portèrent même le roi à faire la guerre à Canut Porse, duc d'Halland , que sa mère avait épousé en secondes noces.

Magnus VIII prit les rênes du gouvernement en 1330. Les Norvégiens, mécontents de la mauvaise administration du roi et de ses ministres, refusèrent de le reconnaître plus longtemps. En 1339, une partie de Ta noblesse norvégienne s'assembla dans la province de Bonus pour élire un nouveau roi. Néanmoins cette première réunion fat sans résultat, bien que le peuple s'attendit à de grandes révolutions , à la suite d'un tremblement de terre qu'on avait ressenti, et d'une violente éruption du mont Heckla, dans le cours de l'année 1341. Pour prévenir les troubles dont la pres-

3utle Scandinave était menacée, le sénat e Norwége et celui de Suède engagèrent le roi à partager les deux royau-

mes entre ses deux fils. En 1348, il nomma en effet Hakan , le plus jeune d'entre eux, roi de Norwége, en se réservant le gouvernement pendant la durée de sa vie. De grandes calamités publiques , telles que des submersions, des écroulements de rochers, et enfin l'horrible peste qui, sous* le nom de digerdôden ou la mort bleue, ravagea le Nord depuis l'année 1348 jusqu'en 1350, finirent cependant par faire croire au peuple que Magnus avait attiré ces malheurs sur le pays par ses vices, et il fat privé, en 1350, du gouvernement de la Norwége, qui resta à son second fils. U dut se contenter, pour sa subsistance, du bailliage de Helgoiand et des fies d'Islande, de Feroé et de Schetland.

Les malheurs de Magnus sont attribués en grande partie à l'influence Su'exerçait sur lui son épouse, Blanche e Namur, princesse passionnée et intrigante qui l'entraîna à faire la guerre à son fils Érik(*).

HAKAN VII.

(1350.) Hakan, demeuré seul roi en Norwége, semble avoir gouverné pacifiouement, tandis qu'en Suède Magnus était en guerre avec ses propres sujets et avec son fils aine, Erik, qui avait expulsé un de ses favoris. Mais après la mort d'Erik, survenue en 1359, Hakan voulut prendre une part plus active à ce qui se passait en Suède, et, pour apaiser les troubles qui éclatèrent en 1361 , il se vit obligé de se ranger du côté du peuple, et de s'assurer, le 11 novembre 1361, de la personne de son père, qui fut renferme au château de Calmar et mis en liberté peu de temps après. Hakan fut alors élu roi de Suède le 15 février 1363 , après avoir

Sromis de rompre ses fiançailles avec [arguerite, fille du roi Waldemar, et d'épouser Elisabeth, fille du comte Gerhard de Holstein. Plusieurs membres du sénat suédois furent députés pour amener la princesse en Suède.

Le mariage se fit par procuration , et

(*) Voyez l'Histoire do Suède p. 3*.

NORWÉGE

„. i le contrat il fat stipulé que Magnus encourrait la perte de ses Etats s'il ne ratifiait pas ce à quoi Ton s'était engagé en son nom. Mais vers la fin de Tannée, la jeune princesse ayant mis à la roi le pour se rendre en Suède, son vaisseau lut poussé par la tempête sur les côtes du Danemark, où elle fut accueillie avec beaucoup d'égards, mais où on la retint sous différents prétextes.

Dans les entrefaites, Waldemar engagea Hakan à se rendre avec son père à Copenhague, où fut renouvelé rengagement contracté avec Margue- * rite, et la cérémonie du mariage se fit le 9 avril J363. Les parents d'Elisabeth furent blessés de ce procédé»

et les sénateurs suédois, qui s'étaient rendus caution de Hakan , déclarèrent Hakan déchu du trône. Cette insurrection aurait pu être apaisée dès son origine, si Hakan avait voulu se réconcilier avec ceux qui Pavaient provoquée; mais, quand ils le virent persister dans l'alliance du Danemark, ils élurent pour roi le jeune duc Albert de Mecklenbourg, et ce prince étant passé en Suède, ils tinrent une assemblée des états le 30 novembre 1363, et convoquèrent, pour le carême de Tannée 1364, une nouvelle diète à Upsal , où Albert fut proclamé roi avec toutes les cérémonies accoutumées.

Hakan ne sut pas agir avec vigueur :

il aurait pu empêcher peut-être par la force le couronnement de son rival; mais il ne rassembla ses troupes qu'au commencement de Tannée 1 364 ; aussi , pendant qu'il marchait sur Stockholm , nit-il surpris à Timproviste, le 3 mars, par son concurrent, oui défit et mit en fuite ses troupes, nt son père prisonnier, et l'obligea lui-même, après avoir été blessé, a se retirer en Norwége. La guerre contre Albert continua, et, Bien que le roi de Norwége eût conclu la paix avec les villes anséatiques le 5 septembre 1369, il n'en fut pas moins obligé de reconnaître Albert comme roi de Suède.

Cependant Magnus était demeuré en prison , et , pour le délivrer, Hakan fit , en 1371, une nouvelle incursion en Suè-

de, s'avança avec son armée jusqu'à

Stockholm, et mit le siège devant cette place. Ce fut sous les murs de cette ville

Îue fut enfin signé un traité de paix dénitif. Hakan et Magnus renoncèrent à toutes leurs prétentions sur la Suède, et ce dernier recouvra sa liberté moyennant une rançon de douze mille marcs d'argent. Magnus périt peu après, le 1er décembre 1374, par un naufrage, et le roi Hakan termina sa carrière le 1 cr mai 1 380 , après avoir vu proclamer, le 3 mai 1376, son fils Olof roi de Danemark sous la tutelle de sa mère , la reine Marguerite. Olof mourut en 1387, et bien que sa mère, qui était d'une famille étrangère, n'eût aucun droit au trône de Norwége, elle sut se concilier tellement la faveur de la nation, qu'elle fut chargée du gouvernement pour le reste de ses jours. Elle nomma, en 1389, roi de Norwége son neveu Erik III le Poméranien , qui , par l'union de Calmar en 1397, devint le premier monarque des trois royaumes du Nord.

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