DEUXIÈME ÉPOQUE
U. VOftWBAK SOUS LA DOMUTATIOH DU DAVSJLASK.
' A partir de 1397 l'histoire de la Norwége se trouve confondue avec celle du Danemark et de la Suède,
Quoique, pendant tout le temps que ura l'union de Calmar, les Norvégiens fussent considérés comme un peuple indépendant, et que leur royaume fût regardé comme un État électif. Mais n'ayant ni une noblesse ni un clergé puissants , point de villes marchandes et une agriculture encore dans l'enfance, la Norwége ne pouvait que perdre , dans cette union avec les deux États voisins , son antique indépendance; et, lorsque les crimes de Christian eurent amené sa déchéance et la rupture du traité de Calmar, la Norwége , après quelques vains efforts pour ressaisir sa liberté , devint une simple province du Danemark, que le sénat de Copenhague d'abord , puis le roi , après la révolution de 1661 , qui lui rendit le pouvoir absolu , traiterait
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LTJNIYERS.
comme une préfecture danoise. Un pays où la vie politique est ainsi éteinte ne peut avoir une bien longue histoire. Aussi nous contenterons-nous de rapporter rapidement le petit nombre d'événements dont il fut le théâtre.
Les succès de Gustave Wasa, la ré* volte de la noblesse danoise du Jutland avaient mis fin à l'odieuse tyrannie de Christian , et son oncle Frédéric de Holstein avait été proclamé roi à sa place le 25 mars 1523 , deux mois avant que le libérateur de la Suède reçût le même titre de la reconnaissance de la nation. Cette double élection mit fin au pacte qui unissait les trois royaumes Scandinaves; la Norvège reconnut pour roi Frédéric, qui promit que les marchands anséatiques n'auraient plus le droit d'acquérir des biens-fonds, et que le roi rachèterait les fies Orcades et Schetland , aliénées par Christian I«r en faveur de l'Ecosse , sans le consentement du sénat norvégien. Cependant Christian conservait des partisans ; les efforts qu'il avait faits pour soustraire en Danemark le peuple à la domination des grands, avaient presque effacé, dans l'esprit des paysans norvégiens, le souvenir de ses cruautés, qui ne s'exerçaient d'ailleurs que sur les riches et les puissants; en outre Christian paraissait fermement attaché à l'Église romaine; aussi le clergé, menacé dans ses richesses et son autorité par la réforme qui , après s'être étendue dans le Danemark et la Suède , voulait pénétrer encore dans la Norvège, s'intéressa vivement à la restauration du prince déchu. Bientôt une conspiration se , forma ; on battit monnaie avec l'argenteriedes églises ; Charles-Quint fournit quarante mille florins ; de riches bourgeois d'Allemagne et des Pays-Bas avancèrent de fortes sommes , et Christian vint débarquer, en 1531, sur les côtes de Norvège. Une assemblée de prélats , de notables , de bourgeois et de laboureurs le reconnut à Opslo pour légitime souverain; et, en voyant accourir auprès de lui tous les mécontents des deux autres royaumes, il put croire qu!il allait ressaisir son an-
cienne puissance. Mais le meurtre de son meilleur général , qu'il immola à ses soupçons , des lenteurs , de fausses mesures, et surtout l'alliance de Gustave , de Frédéric et des villes anséatiques, firent échouer son entreprise. Assiégé dans Opslo , il se rendit au général de Frédéric, et une sentence du sénat danois le fit enfermer dans le château fort de Hic d'Alsen; il y passa vingt-neuf ans dans un donjon dont on avait muré la porte, n'ayant avec lui qu'un, nain qui l'avait longtemps servi.
La Norvège , réduite à implorer la clémence de Frédéric , ne perdit aucun de ses droits ; mais le souvenir de sa défaite pesa toujours sur elle. Le Danemark se souvint de l'avoir trop aisément vaincue. Aussi , lorsqu'aprèsla mort de Frédéric l'archevêque de Drontheim voulut faire proclamer le palatin Frédéric roi de Norvège , Christian III , le fils aîné de Frédéric de Holstein, ayant été reconnu par le sénat de Copenhague, publia le décret suivant :
« Le royaume de Norvège étant tel- « lement déchu de sa puissance et de « ses revenus, que ses habitants ne sont « plus en état d'entretenir un roi , ee « royaume étant cependant obligé « d'être uni à perpétuité à la couronne « de Danemark , et la plupart de ses sé- « nateurs , et en particulier Farchevê- « que, qui est la première personne de « 1 Etat, s'étant montrés, dans un court « espace de temps, ennemis de cette cou- « ronne à deux reprises différentes , en
3;uoi ils ont été imités par la plupart es autres sénateurs contre leur devoir « et leurs engagements; à ces causes, « nous, Christian , nous.nous sommes « engagés envers le sénat et la noblesse « de Danemark, et leur avons promis « que, s'il plaît au Tout-Puissant que « nous recouvrions ledit royaume de « Norvège ou quelques-unes de ses pro- « vinces, de façon que nous les rédui- * sions sous notre obéissance, ledit « royaume, soit en tout ou en partie, o sera et demeurera soumis à fa cou- « ronne de Danemark, de la même ma- € nière que le Jutland , le Séeland, la
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* Hoirie on la Scanie; en sorte qu'à l'a-
* venir il ne sera plus un royaume à part, « et il ne pourra plus être appelé ainsi, « mais une partie du royaume de Dane- « mark, soumise à perpétuité à cette « couronne ; bien entendu cependant « que si la Norwége vient à être engagée « en quelque guerre, le sénat et les états « de Danemark seront tenus de nous « seconder fidèlement pour qu'elle re- « cohre les secours nécessaires. »
Cependant le rot adoucit quelque peu la rigueur de ce décret; la Norwége perdit , il est vrai , son sénat et la pré* rogative de prendre part à l'élection des rois , mais elle conserva le titre de royaume , et les états ne furent point Abrogés. Les habitants furent aussi maintenus dans la jouissance de leurs privilèges civils ; et , quoique les nobles danois se fussent fait accorder plusieurs Éefs , ils ne purent y introduire le régime de leur pays. La diète continua a être composée de nobles , d'ecclésiastiques et de paysans.
En 1561 se passa un événement important pour la prospérité commerciale de la Norwége. Les. Anséates établis à Bergen avaient le monopole du commerce de tout le royaume, et entravaient , par leurs privilèges, tous les efforts de l'industrie nationale; mais déjà cette puissance formidable ,
3 ni avait été si longtemps la terreur u Nord , commençait à déchoir. Le gouverneur de la ville pour Frédéric II , successeur de Christian III, crut le temps enfin venu de les contraindre à se soumettre aux lois du pays. Il commença par renouveler les fortifications du cnâteau qui gardait la ville, puis il fit raser toutes les maisons qui se trou* vaient entre le fort et la factorerie al* lemande , afin que celle-ci se trouvât sous le feu de son artillerie; ayant en* suite assemblé les chefs du comptoir anséate, il se fit montrer leurs titres; et s'étant convaincu qu'ils avaient étrangement abusé de leurs privilèges , il les força de démolir le fort qu'ils «vaient élevé. Le pasteur de leur église dut se soumettre à la juridiction de l'évéque norvégien (*) , et les corpora- (*) C'était Christian III qui avait intona-
tions, qui s'étaient mises sous la protection de la factorerie, eurent ordre de prêter hommage au roi ou de quitter le pays.
Suelques années plus tard , la tranlité d u pays fut un instant troublée par l'ambition du roi de Suède, Erik, nis de Gustave. En 1607, un corps suédois traversa la Dalécariie ; et t à travers des montagnes escarpées et dés forêts épaisses , sans autre guide que la boussole , arriva Jusqu'à la ville d'Opslo. Il eût pu s'emparer facilement de l'importante forteresse d'Aggershus, s'il n'avait été obligé de laisser son artillerie en arrière. Les Danois eurent le temps de^ recevoir des secours, et forcèrent les'Suédois à se retirer. C'est dans cette retraite que l'ancienne ville de Hammer fut détruite par les flammes. Mais dans le même temps s'élevait une ville nouvelle , celle de Frédérikstad , à l'embouchure du Glommen , près de l'endroit où existait jadis la cité de Sarpsborg.
Lorsque Christian IV. successeur de Frédéric II, vint visiter la Norwége et recevoir Phommage des habitants de ce royaume , les députés de la diète, après la cérémonie du serment, lui présentèrent un mémoire pour le redressement de leurs nombreux griefs; le roi le renvoya au sénat de Copenhague, qui répondit qu'on restituerait les anciens titres et documents détournés par les employés danois, qu'on mettrait à la tête de l'administration un chancelier né dans le pays , qu'enfin on cesserait de conférer des fiefs norvégiens à des Danois. Ces promesses auraient été illusoires si le roi ne s'en était lui-même souvenu. Zélé pour la cause du peuple,
Su'opprimait l'aristocratie danoise, il t tout pour soulager ses misères; on le vit même , en 1599 , pour ouvrir un nouveau débouché au commerce, reconnaître lui-même toute la cdte de la
duit le luthéranisme en Norwége, avec la forme épiscopale que ce culte avait adoptée en Danemark et en Suède. Ce changement important se fit sans rencontrer une opposétknvioUntee»sanscoût«run«a>uttedesaiiâ>
L'UNIVERS
Lipome norvégienne. Malgré les dangers d'une navigation dans ces mers polaires , il partit de Copenhague au printemps avec douze vaisseaux, passa dans le Catégat, puis dans l'Océan, visita les fies, les golfes et les ports de la Norwége , doubla le cap Nord et pénétra dans la mer Blanche. Près du fort de Wardhus la quille de son navire se brisa contre un écueil, et il aurait péri s'il n'avait été secoure par des marins anglais qui se trouvaient à peu de distance.
En 16 1 1 , Christian déclara la guerre à la Suède, enleva Calmar et l'île d'OEIand, et serait arrivé peut-être jusque sous les murs de Stockholm sans Inhabileté du prince royal Gustave* Adolphe. La Norwége aurait pris peu de part à cette guerre si elle n'y avait été directement provoquée par une audacieuse entreprise d'un corps auxiliaire. La plupart des troupes suédoises étant occupées en Livonie et en Russje, Gustave envoya des agents en Ecosse pour enrôler deux corps d'Ecossais ; comme les croiseurs danois les empêchaient d'arriver directement en Suéde, ils débarquèrent en Norwége dans le dessein de traverser ce pays.
L'un d'eux , après avoir forcé le commandant danois de Drontheim à capituler, traversa sans difficulté le Jaemtland et l'Herjedalie ; mais l'autre, qui avait débarqué dans le district de Romsdai , se trouva , après avoir gravi de hautes montagnes , enfermé dans la grande vallée de Gulbrandsdalen, où il périt jusqu'au dernier homme sous les coups des paysans. La paix qui termina cette lutte, en 1613, valut à Christian toute la partie de la Laponie qui s'étend depuis le golfe de Titis jusqu'à celui de Waranger.
A la gloire des armes Christian voulut joindre celle de législateur : il fit examiner les lois civiles et criminelles de la Norwége , et quand cette révision du code national eut été achevée, il voulut encore soumettre ce travail , avant de le rendre exécutoire, au jugement des meilleurs jurisconsultes de la Norwége, et se rendit lui-même dans ce dessein à Bergen.
En même temps il introduisit quelques réformes dans la discipline ecclésiastique et dans le régime des écoles.
Une mine d'argent fort abondante ayant été découverte dans \è canton de Beskerad, en 1621, Christian fit bâtir près de la mine la ville deKongsberg ; et , comme les paysans norwégiens étaient peu accoutumés aux travaux des mines (*) , le roi fit venir des mineurs allemands pour les diriger.
Trois ans plus tard il fit construire , sur remplacement de l'antique cité d'OpsIo détruite par un incendie, la ville de Christiania, qui devint le siège du gouvernement ; il bâtit aussi Christiapsand et la forteresse de Flekkera. Enfin il essaya de relever, par la cession de plusieurs prérogatives , la noblesse norwteienne, mais sans y parvenir. Si ses efforts pour retrouver le Groenland et découvrir un passage aux Indes par lé pèle ne furent pas couronnés du succès , ils prouvent au moins sa sollicitude pour le commerce de ses sujets , et les expéditions qu'il fit entreprendre donnèrent de nouvelles notions sur les mers are»
tiques et sur la pêche de la baleine.
Sous ce prince, qui encouragea dans ses deux royaumes les lettres et les sciences, aussi bien que le commerce et la navigation , un évéque de Drontheim, André Arrebœ, écrivit ua poème remarquable sur la création, intitulé Hexameron ou ? Œuvre de la première semaine.
Le successeur de ce prince remarquable, Frédéric III , fut proclamé le 24 août 1648, à Christiania, après l'avoir été, le 6 juin de la même année, à Copenhague. Dans le voyage Su'il fit en Norwége^ il essaya de retire aussi quelque éclat à la noblesse norwégienne , mais sans réussir mieux que son père; car cette classe était peu nombreuse et sans influence sur le pays. Lorsqu'on délibéra dans la
(*) En i54o , dei mines ayant été découvertes dans le canton de Tellemarken , les paysans avaient refusé d*y travailler, et une révolte dangereuse avait même éclaté à cette
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