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diète de 1653 sur quelques objets d'administration intérieure , onze gentilshommes seulement se présentèrent pour demander qu'on prît des mesures afin de maintenir leur ordre. Cette étrange requête resta à peu près sans résultat, quoiqu'on pût sans danger faire quelques concessions à une classe que sa faiblesse rendait si peu redoutable. Dans la suite , lorsque les gouvernements, qui , au moyen âge , étaient autant de fiefs , devinrent de simples intendances ou bailliages , et que les terres du domaine furent données à ferme ou vendues au plus offrant , sans égard à la naissance, la classe des nobles alla chaque jour perdant en nombre et en crédit ; peu à peu la plupart des anciennes familles nobles se fondirent dans la classe des cultivateurs, et il ne resta dans le pays, avec des titres féodaux , que quelques gentilshommes allemands ou danois.
A la suite de la guerre de 1658, signalée par le passageae l'armée suédoise sur les glaces du grand et du petit Belt , la Norvège devait perdre, par le traité de paix , la province de Bohus el le gouvernement de Drontheim. Mais des difficultés ayant arrêté la ratification du traité , et la guerre ayant éclaté de nouveau, les Norvégiens, mécontents de voir leur royaume morcelé , s'armèrent , et , sous la conduite de l'intrépide Pierre Norrmann, forcèrent le commandant suédois de Drontheim de capituler. Lorsque Charles-Gustave se disposa lui-même à diriger les armées suédoises contre la Norwége, ils firent dans leurs défilés une résistance opiniâtre , jusqu'au moment où la mort du roi de Suède les délivra d'un danger imminent Néanmoins la paix de 1660 leur enleva la province de Bohus , mais ils conservèrent celle de Drontheim.
Ce fut à la suite de cette paix que s'opéra la révolution qui, par la coalition du clergé et des bourgeois, rendit au roi de Danemark l'autorité absolue. Le 10 janvier 1661 , la noblesse , le clergé et les bourgeois remirent à Frédéric m un acte qui déclarait sa couronne héréditaire et son
34* UoraUm. (Nobwégi. )
pouvoir illimité. La Norwége n'eut aucune part à cet événement qui changeait son droit public; province docile, elle accepta la révolution opérée h Copenhague et prêta serment à la nouvelle constitution , à la loi royale, ou se trouvait cet article : « Les rois hé- « rédiiaires de Danemark et de Nor- * wége seront en effet et devront être « regardés par tous leurs sujets com- « me les seuls chefs suprêmes qu'ils « aient sur la terre. Ils seront au-des- « sus de toutes les lois humaines et « ne reconnaîtront , dans les affaires « ecclésiastiques et civiles, d'autres « juges que Dieu seul. » Quatre ans après , le roi Frédéric laissa , par sa mort , à son fils Christian V le pouvoir le plus absolu qu'exerçât aucun monarque de l'Europe.
Le nouveau roi par droit divin voulut rivaliser d'éclat et de faste avee Louis XIV. L'ancien ordre de l'Éléphant fut renouvelé , celui du Danebrog créé ; il donna des tournois , ouvrit des théâtres et fit frapper des médailles, tout comme le vainqueur de l'Espagne , de la Hollande et de l'Empire; u voulut même reconstituer, au profit de sa royauté et pour l'éclat de son trône, une féodalité nouvelle; les charges de cour furent multipliées , et des fiefs avec titres de comtés et de baronnies, ainsi que des privilèges honorifiques et lucratifs, furent donnés à des familles danoises.
La Norwége eut deux comtés, Laurwig et Iarlsberg , et une baronnie, celle de Ro6endal. Mais ce qui n'était pas au pouvoir du roi, c'était de changer les mœurs et les lois civiles des Norvégiens : les nobles de création royale, dont l'un, le comte de Toensberg, s'appelait Schumaker quand il n'était que le fils d'un marchand de vin de Copenhague, ne purent former une caste nobiliaire, et furent même contraints de se soumettre, dans l'exercice de leurs prérogatives féodales, adx restrictions qui résultaient des institutions civiles rdu pays.
Les guerres de Charles XII contes , Frédéric IV, successeur de Christian V,
î/UHIVËftS.
eurent pour principal théâtre la Norirége* et ce grand drame se termina «ous les murs de la petite ville de Frédé* fikshall. Sitôt que Charles était arrivé «n Suéde, après sa captivité de Bender. Û avait ordonné de nouvelles levées et mis sur pied une armée de soixantedix mille hommes; en même temps, il organisait un corps considérable de milices. Tous les Suédois devinrent soldats, et il ne resta, à la lettre, que des vieillards, des enfants et des femmes , pour vaquer aux travaux de l'industrie et de l'agriculture : il y avait de l'enthousiasme, mais il régnait aussi lin grand mécontentement nourri par l'esprit de parti et par des mesures arbitraires. Au mois de janvier 1716, le Sund « qui sert de passage entre la Scanie et nie de Sélande, c'est-à-dire entre la Suède et le Danemark, se couvrit entièrement de glaces. Charles crut un instant qu'il pourrait renouveler les prodiges de son aïeul : mais la nature trompa son attente et rassura les Danois épouvantés. Un dégel commença à faire fondre les glaces, le four même où l'on faisait des prières publiques pour le succès de l'expédition. Peu après , l'armée suédoise eut ordre de diriger sa marche sur la Norvège. Cette invasion devait changer la situation politique du Nord.
« Les circonstances n'étaient pas fa* vorables; des neiges entassées gênaient la marche des troupes et rendaient les transports très-difficiles. Les employés danois avaient animé les habitants des frontières, et l'état de souffrance où la Suède se trouvait réduite ne pouvait encourager les Norvégiens a faire cause commune avec elle. D'ailleurs, aux moyens naturels de défense que présentait un pays coupé de roches , de ravins, Part avait joint plusieurs planes fortes, dont l'une surtout était redoutable; elle allait acquérir une grande célébrité dans cette guerre, et son nom devait se lier aux plus grands souvenirs de l'histoire.
« Entre la province de Bonus et le canton de Boresyssel, près d'un détroit que forment les eaux du Cattégat , s'élève une masse de rochers de F'asT
toect le plus rude et le pins sauvage. Au pied de ces rochers, à l'embouchure du Tistedal , qui se précipite de leursommet , une industrie courageuse avait d'abord créé un bourg nommé Hald pour le commerce de la contrée; déjà, pendant l'expédition de Charles- Gustave, les habitants de ce bourg, sous la direction de Pierre Norrmann, établirent un petit fort sur un roc escarpé. Le bourg devint peu à peu une ville qui reçut le nom de Frédériksball. Au petit fort succéda une forteresse qu'on appela Frédérikstein; plusieurs autres ouvrages de fortification forent établis sur les hauteurs voisines.
« Charles entra en Norvège avec un corps de troupes dont il avait luimême le commandement en chef; il éprouva de grandes difficultés dans plusieurs rencontres, et, surtout au passage de Basmœ, il fit des pertes sensibles ; il s'empara cependant de la ville de Christiania, mais il ne put réduire, faute de grosse artillerie, la citadelle d'Aggershus. La ville de Frédérikshail ayant été investie, plusieurs habitants mirent le feu à Jeurs maisons , après les avoir remplies de matières combustibles, et des miliciens, rassemblés par un négociant, Colbiœrsnon, disputèrent les passages. Un magasin de poudre, de bombes, de grenades, sauta, et les combattants se mêlèrent au milieu des flammes et de la fumée. Après une lutte effroyable, les Suédois se retirèrent, laissant un grand nombre de morts et de blessés; le roi lui-même ne put échapper qu'à travers les plus grands dangers. Une bombe tomba sur la maison où il était logé, et les éclats le blessèrent au visage. Un convoi d'artillerie avait été expédié de Gothembourg; déjà il était arrivé clans le Dort de Dynekllle, voisin de la frontière, et défendu par une batterie. Le capitaine de vaisseau , Pierre Tordenschœld, né enNorwége,et qui s'éleva au grade d'amiral en Danemark , attaqua le port. Les officiers suédois s'étaient assemblés pour assister à une noce; ils se croyaient en sûreté et regardaient le port comme à l'abri d'un coup de main; TordenacbœW y pénétra
NORWÉGÉ.
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Avec deux frégates, enleva le convoi et détruisit plusieurs vaisseaux. Charles, âui avait l'intention de faire le siège de Frédérikstein, fut obligé d'y renoncer pour le moment; il abandonna les endroits qu'il avait occupés , et , se contentant de fortifier la place de Sundborg sur l'extrême frontière, il retourna en Suède.
«On craignait dans ce pays une invasion des Danois accompagnés des Russes; mais Pierre ne seconda pas ce projet; il était moins porté pour le Danemark , et il montrait de plus en plus du penchant pour les négociations avec la Suède et les plans politiques du baron de Gœrtz.
«Au printemps dé Tannée 1718, le roi de Suède se décida à retourner en Norwége. La première expédition, entreprise trop précipitamment , lui avait coûté quatre mille hommes ; il voulut prendre mieux ses mesures , et surtout se mettre en état de réduire la forteresse de Frédérikstein, qui était le "boulevard le plus redoutable de ce pays. Parmi ceux qui l'entouraient dans ce moment était Emmanuel Svedenborg , devenu fameux depuis dans toute l'Europe comme chef de secte, et sous des rapports bien différents de ceux de la tactique et de la guerre. Il s'occupait alors avec beaucoup d'ardeur de sciences mathématiques. Ce fut lui oui se chargea de transporter par terre des vaisseaux armés dans les eaux qui conduisent à Frédérikshall , et dont l'entrée était étroitement bloquée par les Danois. Quand tous les préparatifs furent achevés, Charles envoya un corps de six mille hommes, sous le commandement du général Àrmfelt, pour agir contre Drontheim, et luimême conduisit l'armée principale vers Frédérikshall. Ayant investi cette ville, il attaqua les petits forts en avant de Frédérikstein. On s'était emparé du plus voisin, Gyldenlœv, et le 27 novembre 1718 la tranchée fut ouverte devant la forteresse principale. Les travaux avançaient sous les yeux du roi, qui, pour pouvoir mieux les suivre , avait fait construire à son usage une cabane en bois à peu de distance.
Le 30 novembre ? il les visita vers neuf heures du soir; il s'appuya sur le parapet, et quelques moments après on observa qu'il posait sa tête sur ses bras. On le crut endormi ; mais on eut enfin de l'inquiétude : on approcha.
Charles était mort ; une balle l'avait atteint à la tempe, et il avait cessé de vivre dans le même moment. Sa main' était sur la garde de son épée. Cette catastrophe, qui produisit tout à coup des changements si mémorables, est devenue un de ces problèmes historiques qu'il est difficile de résoudre:
Selon les uns, elle fut l'effet naturel du feu de l'ennemi, auquel le roi se trouvait exposé; selon d'autres, elle fut amenée par la perfidie des antagonistes qu'il avait dans son armée même, et gui avaient fait le plan d'une révolution. Charles n'était âgé que de trente-six ans (*).
L'armée que Charles avait .conduite en Rorwége rentra aussitôt en Suède;
Î[uant au corps du général Armfelt, a résistance opiniâtre du commandant de Drontheim l'avait également forcé à la retraite, et l'hiver, plus impitoyable que l'ennemi , le décima dans les montagnes qu'il lui fallut traverser pour rentrer en Suède. C'était au plus fort de l'hiver, dans le mois de décembre; aussi la plupart des hommes périrent de froid au milieu des neiges, et le reste fut contraint d'abandonner son artillerie.
Par la paix de 1720, la Norwége, qui avait failli être conquise par les Suédois, resta unie au Danemark; mais des mesures intempestives , prises par Frédéric IV, amenèrent un complot dont les suites pouvaient être la restauration du troisième royaume Scandinave. Frédéric ayant voulu changer le cadastre, ainsi que les poids et mesures, cette entreprise mal dirigée excita un mécontentement général , oui s'accrut encore quand le roi fit vendre les terres des églises. Un habitant de Drontheim, Inul, crut pouvoiren profiter pour opérer une importante révolu-
(•) Catteau-Calleville, HJstoiredes révfr. lulions de Norwége.
L'UNIVERS
tion; aidé do général suédois Cojett, il fit proposer au czar Pierre le Grand de faire une descente en Norwége. Le jeune duc de Holstein, que Frédéric Tenait de dépouiller d'une partie de son héritage, devait être proclamé roi de Norwége; l'Islande, le Groenland et les tles Feroë, auraient indemnisé le czar; mais le complot fut découvert, et Inul paya son audace de sa tête.
Depuis la mort de Charles XII et la paix qui en avait été la suite, la tranquillité du Nord ne fut point troublée jusqu'à la fin du dix-huitième siècle.
Un moment, en 1751 , on crut que la guerre allait se renouveler; mais, au Heu de voir dévaster leur pays, les Norwégiens virent prendre des mesures qui devaient prévenir toute cause de querelle à l'avenir. Des commissaires, nommés par les deux gouvernements de Suède et de Danemark, tracèrent la limite des deux États sur une étendue de plus de quatre cents lieues, avec une précision et une exactitude dont il n'v avait pas eu encore d'exemple chez les peuples les plus civilisés. Des 'homes en pierre furent placées de distance en distance sur des plates-formes solides, et, quand la frontière traversait une forêt, on abattait les arbres qui se trouvaient entre les bornes sur une largeur de trentedeux pieds, afin qu'on pût aisément apercevoir en tous lieux la limite.
Ce calme ne fut pas per&u pour l'industrie, les sciences et les arts; l'exploitation des mines se perfectionna; le commerce s'accrut ; une association, connue sous le nom de Société noire, établit des fonderies, des fabriques de potasse et de verrerie. En 1762, Drontheim eut une société des sciences , et Bergen produisit l'un des hommes les
Élus distingués du Danemark , Louis [olberg, qui devint l'oracle de la littérature Scandinave; le naturaliste Gunnerus, l'historien Strom, l'anti-
Îiiaire Schoening, et les deux poètes ullin et Wessel , honorèrent la Norvège par leurs travaux. Pour régulariser ce mouvement littéraire, l'étendre sur tout le pays et lui donner une utile direction, la Norwége obtint, après
de longues sollicitations, qu'une université fût fondée à Christiania en 1811. Vers le même temps se formait, dans la même ville, une société pour la prospérité de la Norwége, divisée en sept classes , ayant pour attributions spéciales la philosophie, l'histoire des sciences physiques et mathématiques, l'agriculture, la pêche et la chasse, les mines et forêts, enfin l'industrie et te commerce.
TROISIÈME frOQCB.
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au lOTAinu m suira.
Telle était la situation de la Norvège, lorsque les événements de 1814 amenèrent dans le Nord une importante révolution. On a pu voir dans notre histoire de Suède par quelle suite d'événements la Suède avait été jetée, en 1812, dans l'alliance de la Russie.
Cette union de deux puissances longtemps ennemies fut cimentée par des concessions réciproques; la Suède renonça au grand-duché de Finlande que la Russie lui avait enlevé en 1809:
c'était le tiers de son territoire; mais la possession de cette province, utile quand les rois de Suède aspiraient à jouer le rôle de conquérants dans les Etats du Nord , devenait moins importante maintenant qu'une politique plus éclairée présidait aux destinées de la Suède, et comprenait quels immenses avantages il y aurait pour la péninsule Scandinave a ne former qu'un seul royaume. La Russie consentait en effet à assurer à la Suède la Norwége , qu'on enlèverait au Danemark , allié de Napoléon. La Finlande , sans doute , était plus riche, plus fertile, plus dévouée , mais elle était séparée de Stockholm par la Baltique, et multipliait sur mille points vulnérables la Frontière suédoise. La Norwége, au contraire, couvrait la Suède à l'ouest, comme la Baltique la protégeait au sud et à l'est, et les froids du pôle au nord. Divisée en deux États, la Péninsule avait ou pouvait avoir toujours la guerre dans son sein; réunie, elle
1T0RWEGE/
ne la recevait au moins que sur ses côtes, que défendent partout des abords difficiles et des mers dangereuses.
Sous le rapport militaire, l'acquisition de la Norwége' était donc de la plus haute importance; sous le rapport politique, quelle force la Péninsule ne tirait-elle pas de son unité et de son isolement ! Sous le rapport commercial et industriel, la Norwége est, sans douté, de beaucoup en arrière de la Finlande; mais les restrictions à la liberté commerciale tombent chaque iour, et le temps sera bientôt passé où le commerce de toute une province pourra être sacrifié h l'intérêt de la métropole, où le système prohibitif continuera de traiter les marchands étrangers en ennemis; alors nationaux et étrangers seront également admis à la libre pratique. La Suède, qui est entrée déjà dans cette voie, ne s'apercevra plus alors de la perte de la Finlande.
C'est au mois de mars de Tannée 1812 que le traité de Saint-Pétersbourg avait été conclu ; il était à craindre qu'il ne rencontrât quelque opposition de la part dt l'Angleterre ; aussi le prince royal, dans le courant du mois de septembre , envoya à Londres le colonel Bjœrnstierna , pour négocier Faccession du cabinet de Saint- James à différentes stipulations convenues à Abo entre l'empereur Alexandre et S. A. R. « Il y a lieu de croire, » disait la note remise alors par le colonel à lord Castlereagh , « que l'expédition «de Norwége réussira sans coûter « beaucoup de sang. Ni le roi , ni le « prince royal ne veulent jamais trai- « ter ce pays en province. La Norwége « aura sa représentation , ses lois et « son système financier séparés de la « Suède , mais elle sera unie à elle.
« Elle ne sera au fond qu'une puissance * confédérée sous un même roi. »
Cependant les événements de Moscou, la retraite de l'armée française, la nécessité' d'amener vite la solution de la grande question européenne, firent ajourner l'expédition de Norwége; mais, quand te prince royal eut conduit les alliés jusque sur la fron-
tière de France, quand la chute de Napoléon eut rendu Alexandre toutpuissant, le Danemark se hâta de traiter ; et , par le traité de Kiel , signé le 14 janvier 1814, la Norwége, c'està-dire, les évêchés et bailliages de Christiansand , de Bergenhuas , d'Aggershus, de Drontheim, avec Te Norrlan et le Finmarken , jusqu'aux frontières russes, furent cédés à la Suède en échange de la Poméranie suédoise et de 111e de Rugen; mais l'exécution du traité fut suspendue par une opposition inattendue. Le prince Christian Frédéric , cousin germain du roi de Danemark , et gouverneur général de la Norwége , voulut essayer de résister avec les seules forces qu'il avait à sa disposition. D'abord il se procura de l'argent par une émission , faite le 37 janvier, de trois millions de rixdales banco en billets ; puis il se rendit à Drontheim, où il harangua les troupes réunies pour le recevoir. « C'est par votre courage , disait - il , que la Norwége peut et doit se maintenir sans être ni partagée , ni asservie. » Aux bourgeois et aux fonctionnaires, il parla plus clairement encore. « La paix est le vœu de la nation ; mais ce n'est que la Norwége indépendante qui peu; jouir des bienfaits de la paix. S'il faut l'acheter par un asservissement à un joug étranger, elle serait déshonorante et îunejste... On veut prendre la Norwége , mais elle peut et doit maintenir sa liberté. » A cette conduite étrange, les habitants de Drontheim, qui ne connaissaient pas encore le traité de Kiel , crurent que le prince voulait se révolter contre le roi de Danemark.
Mais, à son arrivée à Eidsvold, il dévoila à plusieurs personnes son intention de se mettre a la tête de la nation, comme souverain absolu. Sur les représentations qui lui furent faites, il se décida à convoquer une diète nationale ; pendant qu'elle se réunissait à Eidsvold , le prince se rendit à Chris* tiania , et leva enfin publiquement le masque; ayant invité les principaux fonctionnaires à se rendre près de lui , il leur dit : « Par suite des événements de la guerre et du traité de Kiel, je
LTfHITHUL
suis rappelé, si jnei tees ravira 4e livrer des forteresses aux trames snéboises ; mais f ai consnlté la voix du peuple, et partait elle a répété : Sous voulons être Norvégiens, et non Suédois. J'accepte la mission de défendra les droits d un peuple indépendant. »
Puis il fit assembler les bourgeois et la garnison pour leur déclarer ses intentions, et fut reçu par des bourras; mais, le même jour, armèrent des officiers suédois pour le sommer d'exécuter le traité, et il fallut se hâter de prendra des mesures décisives. Le 25 lévrier, il se rendit dans l'église de Christiania en grande solennité, et prêta , avec tout Te peuple , le serment de maintenir rindépenoancede la Nor* irége, et de sacrifier son sang et sa vie pour la patrie.
Cependant la diète se réunissait; le Jl avril elle ouvrit sa première séance; elle était composée de cent treize membres , dont six propriétaires de terres* treize bourgeois , vingt et un paysans, vingt -cinq fonctionnaires, Quatorze prêtres , deux officiers élus en qualité de bourgeois , dix-sept élus en qualité de représentants de l'armée, enfin quinze sous-officiers , soldats et matelots. Pour donner à cette diète les dehors de l'indépendance, on éloigna toutes les troupes , et on porta le scrupule au point que le sous-officier
fui était de planton auprès du prince , ut obligé de déposer son sabre tout le temps qu'il resta à Eidsvold; mais quelques députés ayant demandé des éclaircissements sur la situation dû pays, il leur fut signifié que leur mission se bornait à la rédaction d'une constitution et à l'élection d'un roi.
La constitution fut enfin rédigée; et, malgré la présence du prince Christian, die conserva à la nation le pouvoir législatif et le droit de voter l'inv pét ; puis, lel7 mai, on procéda à l'élection d'un roi. Le prince fut élu, et la diète, qui avait pris le nom de Sthorthing, congédiée. Mais bientôt arrivèrent les commissaires russes, anglais, autrichiens et prussiens, pour signifier au nouveau roi la volonté fsfmjUedtaalliéi.Sujrsou rtfua d'axé-
enter le traité, Sa surtirent 4e Bot»
-vége, et les troupes suédoises s'approchèrent des frontières sous la conduite du prince royal, 1 le roi, malgré son âge, même sur sa flotte. La forteresse de Frédérikstad , attaquée la première, se rendit presque sans résistance; et le prince , bientôt convaincu de rimpuissance où il était de résister, signa, la 14 août, un armistice ; et, le même jour, fut conclue la convention suivante:
« S. A. R. le prince Christian convoquera aussitôt, dans le mode prescrit par la constitution existante, les états généraux de Itarwége; la diète s'ouvrira le dernier de septembre, eu, si cela n'est pas possible, dans les huit premiers jours d'octobre.
« S. M. le roi de Suède promet d'accepter la constitution rédigée par les députés de la diète d'Eidsvold. S. M.
ne proposera de changements que ceux oui seront nécessaires à l'union des deux royaumes, et s'engage à n'en faire aucun autre quedeconcertavec la dièfe.
« Les promesses faites par S. M.
le roi de Suède au peuple norwégien , ainsi que celles que S. A. R. le prince royal a faites au nom du roi , seront scrupuleusement remplies et confirmées à la diète norvégienne.
« La diète se réunira à Christiania.
S. M. le roi de Suède déclare que personne ne sera poursuivi ni directement ni indirectement pour les opinions, contraires à l'union des deux royaumes, qu'il aura pu émettre jusqu'à présent, lis fonctionnaires civils et militaires norvégiens, ou nés hors du royaume , seront traités avec les égards, et la bienveillance que leur doit l'autorité supérieure. Aucun d'eux ne pourra être recherché pour ses opinions. Ceux qui ne continueront pas leurs services obtiendront des pensions d'après les lois du pays.
« S. M. le roi de Suède emploiera ses bons offices auprès de S. M. le roi de Danemark pour faire révoquer les ordonnances ou édite publiés le 14 janvier 18 14, soit contre des fonctionnaires publics , soit conte Je peuple norwégien en général. »
NORWÉGE
Les états, convoqués par le prince Christian, se réunirent te 8 octobre, reçurent la déclaration par laquelle il se désistait, pour lui et ses descendants , des pouvoirs qui lui avaient été confiés ; puis ils travaillèrent , avec les commissaires suédois envoyés près d'eux , à la révision de la constitution d'EidsvoId ; et , lorsque ce travail eut été approuvé par le prince royal au nom au roi (*), le storthing élut à l'unanimité , pour roi de Norwége , Charles XIII et ses successeurs.
Une députation alla aussitôt porter ce décret au prince royal , qui se trouvait alors à Frédérikshall. Après l'avoir reçu , le prince partit pour Christiania, où toute la population sortit à sa rencontre. Le lendemain, il se rendit au storthing, et là , ayant prêté serment à la constitution , et remis à l'assemblée le serment du roi pur écrit, il reçut à son tour le serment de fidélité des états. Ainsi fut consommée, presque sans efiusion de sang, l'union oes deux royaumes Scandinaves.
L'année suivante, un acte particulier, dressé par les diètes des deux royaumes et consenti par le roi , détermina les rapports constitutionnels de la Suède et de la Norwége :
Art. 1er. Le royaume de Norwége formera un royaume libre , indépendant , indivisible et inaliénable , réuni avec la Suède sous un même roi.
2. L'hérédité suivra la ligne descendante masculine et collatérale , de la manière qui a été réglée dans l'ordre de succession du 26 septembre 1810, décrété par les états de Suède, et adopté par le roi.
8. S'il n'y a point d'héritier présomptif, le roi , ou s'il y a vacance du trône, le gouvernement légitime des deux royaumes par intérim fera en même temps , dans les huit premiers
{ours de l'ouverture des deux diètes, a proposition relative à la succession.
Les membres des deux diètes ont le droit de proposer un candidat. L'électioh devra nécessairement commencer
(*) Voyei cette constitution, p. 538 et •uiv-
dans les douze jours qui suivront la proposition du gouvernement. La veille du jour fixé pour l'élection , les deux diètes nommeront un comité qui , dans le cas où l'élection des deux diètes tomberait sur des individus différents , se réunira comme fondé de pouvoirs des deux royaumes , pour fixer, à la pluralité des voix , le choix sur un seul individu.-Ce comité, composé de trente-six personnes de chaque royaume , et de nuit suppléants , se réunira à Carlstadt dans les vingt et un jours qui suivront les douze jours fixes ci-dessus pour l'élection. Le scrutin du comité se fera par billets plies signés de l'un des deux orateurs ( présidents) du comité réuni.
Avant de compter les billets, l'orateur en mettra un à part cacheté, qui aura voix prépondérante s'il y a égalité de suffrages.
4. Le roi aura le droit de rassem* bler les troupes, de commencer la guerre , de faire la paix , et de conclure ou de rompre des traités , d'envoyer ou d'admettre des ministres plénipotentiaires.
5. Si le roi veut faire la guerre , il doit faire part de son dessein à la régence de Norwége, et lui demande* son sentiment sur cet objet; il lui communiquera en même temps un rapport détaillé sur l'état du royaume par rap* port aux finances , aux moyens de défense , etc. Ensuite le roi rassemblera en conseil d'État extraordinaire le ministre d'État et les conseillers d'État de Norwége , ainsi que ceux de Suède , et il exposera les motifs et les circonstances a prendre en considération dans le cas dont il s'agit. La régence de Norwége fera en même temps sa dé* claration sur l'état de ce royaume , et il sera fait un rapport semblable sur celui de la Suède. Le roi demandera aux membres du conseil leur opinion, que chacun d'eux donnera séparément , pour être insérée au procès-verbal , sous la responsabilité que prescrit la constitution. Alors le roi aura le droit de prendre et d'exécuter la résolution qu'il jugera avantageuse à llÉtat.
6. Si, le roi venant à mourir, l'héritier présomptif du trône est encore
L'UNIVERS
mineur, les conseils d'État de Norvège et de Suède se rassembleront aussitôt pour régler en commun la convocation de la diète de Norwége et de la diète de Suède.
7. En attendant que les représentants des deux royaumes soient rassemblés et aient établi une régence pendant la minorité du roi , un conseil d'État , composé d'un nombre égal de membres norvégiens et suédois, gouvernera , sous le nom de régence par intérim de Norwége et de Suède, les deux royaumes , en se conformant à la constitution respective. Ce conseil d'État sera forme de dix membres de chaque royaume.
8. Le choix des personnes chargées de la régence pendant la minorité du roi , se fera d après les mêmes règles et de la même manière que le prescrit l'article 3 ci-dessus, pour l'élection do successeur au trône.
9. Les personnes qui seront chargées de la régence dans les cas ci-dessus mentionnés, prêteront serment, les Norwégiens à la diète de Norwége, et les Suédois à celle de Suède.
Voici quelle doit être la formule du serment :
« Je promets et jure de conduire « l'administration du royaume d'une « manière conforme aux lois et à la « constitution; qu'ainsi Dieu et sa « sainte parole me soient en aide. »
Si aucune des deux diètes n'est alors rassemblée, le serment sera déposé par écrit dans le conseil d'État , et présenté ensuite à la première diète de Suède et de Norwége.
10. Les soins relatifs à l'éducation du roi mineur seront réglés de la manière prescrite à l'article 8. Un point fondamental sera que ce prince apprenne suffisamment la langue norvégienne.
Fait à Christiania le 31 juillet, et à Stockholm le 6 août de l'an de grâce 1815. Suivent les signatures.
Nous avons adopté et sanctionnons Pacte ci-dessus... En foi de quoi, etc.
Fait à Stockholm le 6 août 1815.
CHARLES
Pendant l'automne de 1815 Charles-
Jean fit un premier voyageen Norvège pour visiter les villes de Christiania et de Drontheim (*); il y retourna au mois de juillet 1816, pour clore la diète assemblée à Christiania depuis l'année précédente. Enfin Charles XIII étant mort le 5 février 1818, Charles -Jean fut proclamé roi de Suède et de Norwége, et couronné à Drontheim, après l'avoir été à Stockholm (**).
L'histoire de la Norwége est maintenant unie à celle de la Suède. Un même roi constitutionnel préside aux destinées des deux pays ; leurs produits s'échangent , leurs relations se multiplient , leurs intérêts commerciaux et industriels se mêlent ; et pour les mieux unir encore, le roi facilite les communications des deux royaumes, en faisant passer par -dessus les alpes Scandinaves la grande route dont nous avons eu occasion de parler plus haut (***). Cependant plus d'une fois, comme on a pu déjà s'en convaincre (****) , ses vues bienfaisantes et son noble dévouement pour les deux peuples frères, paraissent avoir été méconnus ou du moins mal compris par la majorité du storthing. Les Norwégiens, débarrassés de la domination danoise , non par un de ces efforts héroïques qui consacrent à jamais l'indépendance d'un peuple, mais par suite d'événements qui se sont passés loin d'eux , à leur insu et sans leur coopération , portent aussi haut leurs prétentions que s'ils avaient conquis le droit d'être libres. Qu'ils se rappellent leur longue soumission au Danemark , la pauvreté de leur sol qui les rend tributaires de la Suède , même pour leur subsistance, le triste état de leur industrie , et la nullité de leur importance politique dans la balance de l'Europe. Sans doute l'on peut être heureux en restant libres et pauvres; mais il ne faut point se retrancher dans une sauvage indépendance qui doit arrêter tout progrès. Le progrès politique
(*) Voyer p. 370.
(••) Voyeap. 378.
(***) Voyex p. 4a5.
(****) Voyez p. 383-394*
NORWÉGE