‹ Suède et NorwégeChapitre 7 sur 60 · GUSTAVE-ADOLPHE · texte numérisé non relu

GUSTAVE-ADOLPHE

Gustave-Adolphe, né le 19 décembre 1594, n'avait pas encore atteint sa dix-septième année lorsque le trône de Suéde se trouva vacant par la mort de Charles IX; mais dès sa première enfance, il avait accompagné son père dans toutes ses guerres et dans tous ses voyages; et cette éducation, souvent bien dure, avait donné à son esprit une maturité précoce et développe en lui des sentiments élevés.

Nous avons déjà dit combien- l'état intérieur du royaume était alors déplorable, et Ton conçoit aisément que les exigences et les plaintes des différents états durent se manifester à la mort de Charles , avec d'autant plus d'énergie que ce prince les avait réprimées avec plus de violence pendant sa vie.

C'est ce qui eut lieu en effet à la diète de Nykôping, assemblée en décembre 1611. Les prétentions et les intrigues de Sïgismond , aussi bien que le désistement du duc Jean et les démarches de la reine-mère , décidèrent les états à conférer la couronne à Gustave et h abréger en sa faveur le temps de la minorité des rois. Mais si l'on considère les dures conditions qu'on chercha à lui imposer aussitôt après, on.

sera tenté de croire que l'espérance conçue par les différents ordres , d'obtenir de nombreuses concessions , ne contribua pas faiblement à l'élection* du nouveau roi. Pour sa part , la noblesse demanda la confirmation et l'augmentation de ses privilèges , le droit de vendre, sans payer aucun impôt, les produits de ses terres , l'exemption de toute contribution pour elle-même et

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pour sas paysans, et la réduction du service personnel qu'on exigeait d'elle dans l'armée. De plus, le roi ne devait nommer que des nobles aux emplois judiciaires; il devait distribuer à la noblesse les biens réunis à la couronne, et ne faire la guerre ou la paix qu'avec le consentement des états. D'un autre côté, le clergé insistait pour qu'on ré* primât le calvinisme; la bourgeoisie, pour qu'on abolit les privilèges accordés aux négociants étrangers, -et les impôts levés sans le consentement des états ; elle demandait en outre qu'on réunît à la couronne des biens distribués à la noblesse ; enfin , les paysans se plaignaient de l'énormitédes impôts, de la continuité du service militaire auquel ils étaient soumis, et des exactions de la noblesse.

Gustave ne s'opposa pas à ce qu'on restreignît par quelques dispositions les droits de la couronne, et conquit bientôt , par la modération et la sagesse de sa conduite, une influence plus réelle et une confiance plus générale que celles dont avaient pu jouir quelques-uns de ses prédécesseurs. Il conclut, en 1613, avec le Danemark, la paix de Siôrôd à des conditions équitables. II eut le bon sens de repousser le projet plus brillant que solide de la Gardie, qui voulait mettre sur sa tête la couronne de Russie, et conclut en 1617, avec le czar Michel Romanof , la paix de Stolbowa , par laquelle la Suède sacrifiait bien quelques places, mais obtenait l'éloignement des Russes des bords de la Baltique; condition qui était pour elle de la plus haute importance.

Il ne fut pas aussi facile de conclure avec Sigismond et les Polonais une paix solide et durable. La guerre de 30 ans allait éclater, et les puissances catholiques qui voyaient dans Sigismond leur allié naturel, l'excitaient par leurs promesses à se rendre maître de la Suéde.

La guerre entre ces deux puissances dura jusqu'en 1629, bien que plusieurs fois interrompue par des armistices, et développa dans Gustave les talents qui firent de lui le premier capitaine de son temps.

A l'intérieur, Gustave, suivant l'exemple de son père, donna tous ses soins au commerce et à l'industrie.

On lui reproche cependant d'avoir plus que son père cédé aux idées alors do* minantes, et cherché à régler tout par des lois et des ordonnances qui , souvent, ne servirent qu'à gêner les transactions.

En 1620, il épousa la fille de l'électeur de Brandebourg , princesse célè-»

bre par sa beauté et par ses charmes, mais beaucoup moins par son esprit, Ebba, fille du comte firahé, avait été l'objet de son premier amour, et la correspondance des deux amants , qui a été conservée , prouve combien cet amour était sincère. Gustave néanmoins sut le sacrifier à ses devoirs et aux sages représentations de sa mère et d'Axel Oxenstierna. Ebba contribua elle-même à l'y décider.

Mais ce qui a surtout rendu ce roi à jamais célèbre , et ce qui a donné pour quelque temps a la Suède une si grande influence sur les destinées de l'Europe , c'est la part active qu'il prit à la guerre de trente ans. Nous allons retracer le tableau de cette époque si glorieuse pour la Suède et pour son roi ; mais auparavant qu'il nous soit permis de rappeler en peu de mots les principaux événements qui eurent lieu en Allemagne avant l'Intervention suédoise.

Dans le courant du XVe siècle, l'unité territoriale de l'empire germanique avait fini par disparaître, les Srinces avaient acquis peu à peu des roits souverains dans leurs états ? et, d'un autre côté, la dignité impériale, devenue presque héréditaire dans la maison d'Habsbourg, n'avait servi (ju'à fournir des prétextes aux agrandissements de cette famille. Il s'ensuivit que la guerre et les dissensions devin-» rent permanentes entre les princes allemands, lorsque la réforme de Luther les eut classés en deux grands partis : le parti catholique représenté

(>ar l'Autriche , le parti protestant par a Saxe. Charles -Quint vit comment çer cette division. Ferdinand, son frère et son successeur en Allemagne,

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eut, pendant la courte durée de son règne , trop de démêlés avec le pape Paul IV, pour pouvoir songer à anéantir les protestants. Maximilien II fut trop sage pour former un pareil dessein , et se contenta de maintenir le statu quo de la paix conclue à Augsbourg en 1565. Mais cette tâche n'était rien moins que facile, lors même que les termes de cette paix auraient été plus clairs. Les zélés catholiques prolestaient contre une paix conclue sans l'assentiment du pape , et annulée par le concile de Trente. D'un autre côté , les protestants, alors dans toute la ferveur de leur tendance au prosélytisme, se seraient vus dans la nécessité de renier le principe de leur confession , s'ils eussent dû fidèlement observer un statu quo fixé au hasard. Au reste, leur nombre s'augmentait tous les jours , et même pendant quelque temps on crut que l'empereur allait se mettre de leur côté. Mais Maximilien avait d'autres principes sur les devoirs du souverain et du chrétien : il déclara que vouloir forcer les convictions religieuses, c'était s'arroger les droits que Dieu s'est réserva, et que les princes qui voudraient maîtriser les consciences finiraient par perdre le pouvoir temporel. De nos jours , on sait rendre justice à une pareille conduite ; mais dans les temps de trouble, on n'aime généralement que les hommes de parti , et la tolérance pratiquée par Maximilien dans ses états héréditaires ne servit qu'à le rendre odieux aux yeux de ses contemporains des deux partis.

Malheureusement Maximilien mourut à peine âgé de 29 ans, et son fils et son successeur Rodolphe II , élevé en Espagne et livré à l'astrologie, par conséquent d'un caractère faible, se laissa entraîner aux plus violentes réactions.

Mais ce qu'il ne fit que par faiblesse, son cousin Ferdinand , duc de Styrie, le fit par conviction et sans ménagement ; il déclara qu'il aimerait mieux mendier son pain et se faire hacher en morceaux, que de tolérer plus Ionstemps l'hérésie dans ses états. U dé-

posa les pasteurs protestants, fit sauter leurs églises au moyen de la poudre à canon, et, le 8 août 1600, il fit brûler 10,000 bibles. Puis il vint poser, sur le lieu même de l'exécution , la première pierre d'un couvent de capucins.

Maximilien Ier, duc de Bavière , ami de Ferdinand , élevé par des jésuites , se pénétra de leurs principes , sans cependant se faire leur instrument , et comptait bien plutôt se servir d'eux pour réaliser ses desseins. On ne saurait mieux faire juger le caractère de ce prince , qu'en rappelant qu'à l'âge de 16 ans, le 21 août 1589, il écrivit à sa mère : « J'ai appris hier avec un « plaisir indicible que le roi de France « a été assassiné; j'attends avec impa- « tience la confirmation de cette nou- « velle. » II paraît qu'il ne voulait qu'on en vînt à une rupture avec les protestants que pour trouver l'occasion d'agrandir ses états : ce qui semble le prouver , c'est la conduite qu'il tint lors des contestations survenues entre l'évéque de Donauwerth et les habitants de cette ville. Il commença par protéger l'évéque contre les bourgeois protestants , et finit par prendre possession de la ville. Les princes protestants ne manquèrent pas de réclamer; mais Maximilien eut dès ce moment le plus grand intérêt à empêcher toute pacification qui l'aurait forcé à rendre la ville : il ne réussit que trop bien dans ses efforts pour arriver a ce but.

En attendant, Rodolphe laissait tout dépérir par sa faiblesse et son inaction, de sorte qu'en 1608 sa famille le força de céder l'Autriche et la Hongrie à l'archiduc Matthias, son frère et son héritier présomptif. Aussitôt celuici , pour s'affermir, se mit à favoriser les protestants , qui à cette époque étaient en majorité dans les états de l'Autriche.

Rodolphe , auquel il ne restait plus que la Bohême , voulant tout faire pour conserver ce royaume, où l'hérédité du pouvoir royal n'était pas encore bien affermie, et où les guerres religieuses dataient de beaucoup plus loin que dans aucune autre partie de l'Al-

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lemagne, crut pouvoir s'attacher la nation en lui donnant la célèbre lettre de Majesté , du 11 juillet 1609. Par cette lettre, on accordait aux protestants la formation d'un consistoire et la faculté de construire des églises ; on leur abandonnait l'université, et on les autorisait à élire des defensores gui devaient protéger les nouvelles institutions, en restant tout à fait indépendants du souverain. Néanmoins, deux ans plus tard Rodolphe se vit forcé de céder la Bohême a son frère Matthias ; et probablement il se serait encore vu dépouiller de la dignité impériale, s'il n'était mort le 20 juin 1612.

Six mois plus tard, Matthias fut élu à l'unanimité empereur, et sans qu'on lui fit aucune nouvelle condition , tant sa sage administration en Autriche lui avait rendu les esprits favorables.

Malheureusement l'inaction de Rodolphe et les plans ambitieux de Maximilien de Bavière avaient déjà provoqué, deux nns plus tôt, la formation de deux alliances entre les princes du midi de l'Allemagne; Tune des protestants, connue sous le nom de l * Union ; l'autre des catholiques , formée plus tard sous le nom de la Ligue. Maximilien était le chef reconnu de cette dernière, et sut lui donner de l'unité et de l'influence, bien que, du reste, elle ne fût pas plus favorable que l'autre à l'Autriche et au pouvoir royal. La situation des deux partis en Allemagne était à peu près la même que celle des protestants et des ligueurs en France.

Peu de temps après l'avènement de Matthias, on convint d'un désarmement général ; mais il existait trop de questions difficiles à résoudre pour que les deux factions restassent tranquilles; et d'ailleurs d'autres difficultés qui dans l'origine paraissaient tout à fait étrangères aux dissensions religieuses, ne manquèrent pas d'être soulevées par les unionistes et par les ligueurs. Matthias d'ailleurs ne réalisait Pas, mêmedans ses états héréditaires les espérances qu'on avait conçues de lui; *' Bohême surtout, des contestations «élevèrent sur l'interprétation de la ettre & Majesté, et toutes les négocia-

tions auxquelles elles donnèrent lieu se passaient entre les jésuites et les seigneurs protestants, presque sans l'intervention du roi.

Matthias n'ayant pas d'enfants, et les autres agnats ayant renoncé à la succession , Ferdinand de Styrie fut reconnu gmr son successeur en Autriche,, en ongrie et même en Bohême, par suite d'une manœuvre habile des jésuites. Aussitôt et du vivant même de Matthias , les Thurn , les Golonna , et autres seigneurs protestants, furentdépouillés de leurs emplois; les églises des protestants furent démolies et leurs assemblées défendues. Lors de l'entrée de Ferdinand à Olmutz, les jésuites exposèrent sur un arc triomphal un tableau où l'on voyait le lion de Bohême et l'aigle de Moravie unis aux armes autrichiennes ; au-dessous se trouvait un lièvre donnant les yeux ouverts, et l'inscription : adsuevi. Les defensores y gui naturellement protestaient contre de tels faits , furent assignés à comparaître devant la chancellerie, où on leur fit entendre qu'ils n'eussent point à s'opposer à la volonté de l'empereur; et comme en même temps l'autorité prit quelques mesures militaires dans la ville, les protestants se rendirent le 23 mai 1618, à l'hôtel-de- ville, pour demander des explications aux gouverneurs. Ceux-ci les refusant, les protestants les jettent par la fenêtre, prétendant que ce genre d'exécution était un antique usage des Bohémiens. Toutefois les gouverneurs furent tous sauvés, parce qu'ils tombèrent sur des mon* ceaux de papiers que le peuple , dans sa colère , avait lancés par la même issue.

On ne sait pas bien si ces événements furent le résultat d'un plan tramé à l'avance , ou s'il faut seulement les attribuer à l'effervescence du moment , mais ce qu'il y a de certain , c'est que ce fut le signal des hostilités qui pendant trente ans devaient désoler l'Allemagne, et la première explosion de l'orage qui s'amoncelait depuis un siècle. Quoi qu'il en soit, les Bohémiens ne se hasardèrent pas encore à élire un autre souverain ; ils envoyèrent même des plénipotentiaires à

Matthias pour se justifier auprès de lui et pour demander le redressement de leurs griefs.

Mais en même temps les états , avec l'assentiment des catholiques , réorganisaient, avec plus d'équité et d'économie, l'administration intérieure devenue insupportable, et bannissaient les jésuites du royaume, en déclarant que les principes de ces religieux rendaient toute paix impossible. Matthias aurait bien voulu paciOer le pays par des moyens de douceur et de conciliation , mais déjà Ferdinand dirigeait tout à Vienne; il traita l'empereur comme celui-ci avait naguère traité son frère Rodolphe. Dans un mémoire qu'il fit adresser à la cour d'Espagne , il disait sans détour : « Que consentir à ne lever des impôts qu'avec l'agrément du peuple , c'était taire du souverain le serviteur de ce même peuple; que si l'autorité venait de la grâce de Dieu , ce pouvoir du peuple ne pouvait être que I ouvrage du diable ; qu'il fallait prendre des mesures sévères, sinon l'on aurait bientôt une république de facto; qu'il fallait profiter des circonstances pour rendre l'autorité des princes absolue :

que sans doute on aurait de grands sacrificesà faire, mais que l'obéissance qui ne manquerait pas d'en résulter à la fin, dédommagerait largement les rois ! »

On envoya donc des troupes en Bohême, mais elles furent battues, et les comtes Mansfeld et Thurn chassèrent les partisans de l'empereur de presque toutes les places qui leur restaient encore; en même temps les états autrichiens refusèrent les subsides. Telle était la situation des affaires quand Matthias mourut le 20 mars 1619.

Ferdinand, successeur de Matthias, avait assez d'intelligence pour ne pas méconnaître l'esprit de son époque : il ne manquait pas du courage nécessaire pour s'opposer à ses débordements, mais il était dépourvu de cette élévation de sentiments et de cette indépendance de caractère qui domine les passions et qui gagne les cœurs. Il ne songea pas d'abord à attenter à la lettre de Majesté i mais il continua à lui donner l'interprétation contre laquelle

les Bohémiens s'étaient soulevés, et il ne voulut consentir ni à renvoyer les troupes étrangères ni à chasser les jésuites. Les révoltés, forts de leur coté de quelques succès, et enthousiasmés par la fête séculaire de la Réforme, n'étaient pas disposés à céder. Quelques-uns d'entre eux parlèrent de se constituer en république, à l'instar des Provinces-Unies des Pays-Bas; la majorité demanda l'élection d'un nouveau roi; un très-petit nombre seulement consentit à transiger avec là maison d'Autriche. Le P. Lamormain, confesseur de Ferdinand, voyait dans la guerre une occasion de supprimer tous les privilèges des Bohémiens; mais les états de l'Autriche refusèrent les subsides et demandèrent l'expulsion de la société.

Dans ces circonstances, Ferdinand tourna ses yeux vers la ligue; les révoltés, de leur côté, cherchèrent à se procurer un appui dans l'union; mais tes uns et les autres furent trompés dans leur attente, car l'union était presque dissoute par suite des tracasseries survenues entre les luthériens et les réformés; et la ligue, loin d'être disposée à appuyer la maison d'Autriche, cherchait sourdement à renverser cette famille dans laquelle la dignité impériale était presque devenue héréditaire. Il fallut que Thurn se montrât aux portes de vienne , et que les bourgeois de cette ville fissent les * représentations les plus sévères à Ferdinand , pour le décider à se jeter entièrement dans les bras de la Bavière et de la ligue, et à cimenter ainsi une alliance redoutable entre les princes catholiques. Cette résolution enleva à presque tous les princes protestants le courage de résister plus lonc-temps, et , sans l'infatigable activité du prince Christian d' Anhait, on eût à peine cherché à entraver l'élection de Ferdinand à la dignité impériale. Il fut néanmoins nommé à l'unanimité, le 28 août 1619, quelques instants avant qu'on eût reçu la nouvelle que, le 19 août, les Bohémiens avaient prononcé sa déchéance comme roi de leur pays.

Ainsi la Bohême rompait ouverte-

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ment avec la maison d'Autriche, et il s'agissait, pour elle, de se donner un gouvernement. La république avait d'assez nombreux partisans; mais comme ils avaient peu d'influence et peu de considération , les partisans de la royauté remportèrent, et Ton songea à offrir la couronne royale à queln rince. Le duc de Savoie et le roi inemark furent écartés sans discussion; l'électeur de Saxe le fut à cause de son ivrognerie et de sa haine contre les réformes. De tous les candidats proposés , le comte palatin Frédéric V fut le seul gui ne fut point exclu, et on le choisit à cause de son affabilité et de l'élégance de ses mœurs ( il avait été élevé à Sedan par le duc de Bouillon); mais ce lui décida surtout la préférence dont il fut l'objet, ce fut son alliance avec l'Angleterre, la Suède, la France, Venise et plusieurs autres états.

Frédéric hésita long-temps à accepter la couronne qui lui eiait offerte et qui devait lui être sï funeste; mais les exhortations du duc de Bouillon et de sa femme, fille du roi d'Angleterre, le décidèrent. «J'aime mieux, disait cette princesse, manger de la choucroute avec un roi que du rôti avec un électeur. » Il accepta donc, et fut couronné le 4 novembre. Une lettre, dans laquelle les électeurs de l'empire le dissuadaient de la résolution qu'il avait prise, arriva malheureusement trop tard.

Frédéric n'était point fait pour captiver et contenir un peuple séditieux et pour résister à de nombreux ennemis; il dépensa en fêtes l'argent qu'il aurait dû employer en préparatifs de guerre, et irrita une partie des Bohémiens par les violences qu'il laissa commettre contre les catholiques et contre les luthériens. Par là aussi il s'aliéna la plupart des princes de l'union, jaloux d'ailleurs de l'accroissement que venait de prendre la maison Palatine.

D'autres dangers le menaçaient encore. Ferdinand avait souscrit à toutes les demandes de Maximilien , qui fit prendre à la ligue la résolution d'armer SI, 000 hommes; le pape avait

envoyé de l'argent à l'empereur, et l'Espagne des troupes italiennes. Les négociations, qui durèrent jusque vers le milieu de juillet 1620, n'amenèrent aucun résultat important, et, vers Ja même époque, Maximilien entra en Autriche, soumit les états rebelles, et s'approcha des frontières méridionales de la Bohême, tandis que l'électeur de Saxe, gagné par l'empereur, pénétrait dans la Lusace, et que Spinola, à la tête d'une armée de 30,000 Espagnols, sortait des Pays-Bas pour prendre possession du Palatinat.

On sait que le 8 novembre l'armée des Bohémiens fut détruite devant Prague, et que le lendemain Frédéric, avec sa famille, s'enfuit à La Haye, pendant que Thurn se sauvait en Hongrie. Ce résultat prouve que le prince d'Anhalt avait bien raison de dire que Frédéric et les Bohémiens ne s'ap-

Suyaient pas sur les cinq colonnes qui oivent soutenir toute puissance: l'argent , les armes , l'intelligence , les alliés . et le bonheur.

Au commencement de l'année 1622 l'empereur était plus fort nue jamais, l'union dissoute ? la Hongrie pacifiée, la Bohême soumise et dépouillée de ses privilèges, la France sans système arrêté relativement aux affaires étrangères, l'Angleterre méprisée par ses amis et par ses ennemis; comment se fit-il donc que la guerre continua ? C'est que Ferdinand, poussé par ses jésuites, se laissa aller aux réactions les plus violentes et les plus insensées, et donna par là de la popularité et des moyens d'existence a deux partisans protestants, tous deux sans puissance et sans considération : l'un d eux était Ernest, fils légitimé d'un comte de Mansfeld; l'autre Christian, fils puîné du duc de Brunswick , évêque de Hal~ berstadt, amant de l'épouse de l'ex-roi de Bohême. Ces deux capitaines se rendirent également célèbres par leur bravoure et par la cruauté avec laquelle ils ravagèrent l'Allemagne; cruauté, toutefois, dans laquelle Tilly et ses Ba» varois surent bien les surpasser.

Vers le mois de septembre on parvint à les chasser du sol de l'empire,

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etlePalatinat tomba entièrement entre les mains des Bavarois. C'est à cette occasion que Maximilien envoya au pape la bibliothèque de Heideiberg, qui de Rome vint a Paris au commencement de ce siècle, et retourna à Heidelberg en 1815.

Au mois de février 1623 la dignité électorale du prince palatin fut trans-

f>rtée au duc de Bavière, sans égard l'opposition des électeurs de Brandebourg et de Saxe, qui s'aperçurent, mais trop tard , que les jésuites ne toléreraient pas plus les luthériens que les calvinistes, et de l'Kspagne qui, plus clairvoyante que la ligue d'Allemagne, voyait dans les princes de Bavière les alliés naturels de la France contre la maison d'Autriche. L'électeur de Saxe fut apaisé par la cession de la Lusace , et l'on se moqua de l'électeur de Brandebourg. Quant à l'Espagne, elle commença dès lors à languir. Nous voici parvenus à la seconde pé- . riode de la guerre que les affaires du Palatinat, ravagé par les Bavarois et par les Espagnols , et la réaction contre les protestants , ne laissèrent point encore assoupir. Frédéric, dans le but de se faire restituer ses états, eut recours à une double série de négociations : les unes, près de son beau-pere Jacques Ier, furent sans résultat; les autres, près de son beau-frère Christian IV, roi de Danemark, en eurent d'importants, et nous intéressent particulièrement ,

Jusqu'elles amenèrent l'intervention e la Suède.

Christian n'avait jamais reconnu son beau-frère comme roi de Bohême ; mais lorsqu'on le dépouilla de son Palatiiftt , et lorsque la réaction catholique devint de jour en jour plus brutale, il entama des négociations avec les princes de la Basse-Saxe, l'Angleterre, les Pays-Bas et la Suède , où Gustave- Adolphe commençait à prendre une attitude imposante. Au printemps de l'année 1624, Oxenstierna , le fameux chancelier de Gustave , apaisa les querelles qui existaient entre les deux royaumes Scandinaves ; mais Gustave mi était alors occupé en Pologne , et Oxenstierna qui connaissait à fond le

peu de confiance qu'on pouvait accorder aux unions des princes allemands, agissaient avec beaucoup de circonspection et demandaient aes garanties, qu'on n'était nullement prêt à leur accorder. Gustave crut faire assez pour le moment, en empêchant les Polonais de venir au secours de Pem-

rsreur. Il débarqua, le 30 juin 1625, l'embouchure de la Duna , et conquit en deux mois toute la Livonie. Christian, que les lauriers de Gustave empêchaient de dormir, et qui d'ailleurs espérait faire donner à ses fils des évêchés en Allemagne , se décida à céder aux instigations de la Hollande, de l'Angleterre et du Brandebourg , et se fit nommer colonel - général des troupes du comté de la Basse - Saxe L'union des princes de ce cercle, provoquée par les ravages que Tilly exerçait dans leurs états , depuis qu'il en avait chassé Mansfeld et Brunswick, n'était point dirigée contre l'empereur, et cependant on la désapprouva à Vienne, dans les termes les plus durs. De plus, comme dès lors la France commençait à tenir un langage plus ferme, et a suivre une ligne de conduite plus conséquente, depuis la nomination de Richelieu au ministère, et que la Bavière, d'un autre côté, paraissait vouloir s'allier à la France, attendu que l'Autriche ne pouvait plus contribuer à son agrandissement, on songea à former une armée qui filt uniquement dans la dépendance de l'empereur. Albert Waldstein , auquel on proposa d'en former une de 20,000 hommes, répondit : « Je ne saurais nourrir qu'une armée de 50,000 hommes , » et l'on adopta le système d'entretenir les armées aux frais des pays accablés par la çuerre.

Des négociations entamées entre Tilly et Waldstein , d'une part , et les allies delà Basse-Saxe , de l'autre, restèrent sans résultat, aucun des deux Sartis ne voulant donner l'exemple du ésarmement. La guerre recommença par la défaite de Mansfeld, qui, le 25 avril 1626, fut entièrement battu par Waldstein près de Dessau. Le vainqueur le poursuivit à travers la Silésie

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«t la Hongrie jusqu'en Bosnie, où Mansfeld mourut de maladie en septembre, mais en soldat, debout, ceint de son épée, au milieu des compagnons de ses exploits. Cinq mois plus tôt , son compagnon et son rival Christian de Brunswick était également mort de maladie, à l'âge de 27 ans.

La mort de ces deux partisans fut un événement fort heureux pour l'empereur, car elle arriva au moment où les paysans en Autriche, opprimés par les Bavarois et tracassés par les jésuites, se révoltaient de toute part.

L'union de Basse -Saxe gui espérait profiter de ces révoltes, vit ses forces s'affaiblir par le manque de foi des Hollandais et des Anglais qui n'envoyèrent point l'argent promis , par une maladie du roi de Danemark et par la défection de quelques princes.

Le 27 août 1626, Tîlly anéantit l'armée protestante, près de Lutter au pied du Barenberg, après une résistance héroïque du roi de Danemark, qui, se vovant abandonné par presque tous les princes, fut contraint de se retirer dans ses états héréditaires. Dans cette circonstance encore, l'empereur aurait pu imposer la paix à l'Allemagne quelles quVussent été d'ailleurs les conditions qu'il lui eût plu d'offrir ; mais il avait désormais à nourrir des armées dont les généraux et les officiers élevaient très-haut leurs prétentions, et n'étaient nullement disposés à favoriser la pacification de leur patrie au détriment de leur fortune; car la plupart ne songeaient quvà amasser des richesses considérables , soit par des concussions , soit par des ravages de tout genre, dont amis et ennemis se plaignaient également , mais que personne n'avait plus le droit d'empêcher.

Cependant les jésuites faisaient prendre à Ferdinand des mesures de plus en plus violentes contre les protes* tants. On les dépouilla des droits civils, on les soumit à des amendes, et enfin, en 1626, on leur enjoignit de s'expatrier, et l'on institua en Bohême une police particulière pour veiller à l'observation des jeûnes et des autres devoirs prescrits par l'église catholi-

que. On alla même jusqu'à pendre les prédicateurs sans autre forme de procès , et cela non seulement dans les états héréditaires de l'empereur, mais dans toutes les contrées de l'Allemagne où l'on put se permettre impunément de pareils excès.

Le prince palatin resta dépossédé dé ses états, et tous les électeurs sans exception furent forcés de reconnaître la translation héréditaire de la dignité électorale à la ligne de Bavière. Bientôt l'empereur se permit de disposer du duché de Meklembourg en faveur de Waldstein , bien que les ducs , parents" du roi de Suède, ne fussent pas plus coupables que tous les autres princes de l'Allemagne du nord. Mais comment s'étonner de tous ces abus de pouvoir, quand on se rappelle que Waldstein avait déclaré qu'il ne fallait plus d'électeurs ni de princes, et que tout devait être soumis à un seul roi, comme en France et en Espagne?

L'empereur, en conférant ce titre à Waldstein, avait eu surtout en vue d'acquérir de l'influence dans Jes affaires du nord de l'Allemagne ; mais Waldstein n'était pas, homme à sacrifier ses intérêts personnels à ceux de l'empereur. Il ne se vit pas plutôt prince de l'empire qu'il commença à faire la guerre au Danemark pour son propre compte, et assiégea Stralsund, ville hanséatique , contre la volonté formelle de Tepipereur qui avait l'intention de se faire de cette ligue de commerçants un appui contre les princes du Nord.

La résistance désespérée des bourgeois de Stralsund ne servit qu'à irriter Waldstein , qui jura de prendre la ville, lors même qu'elle serait attachée au ciel avec des chaînes; mais les bourgeois furent ravitaillés par les autres villes de la Hanse , et le 25 juin 1628 ils reçurent une garnison de 600 Suédois, "à la condition de prêter hommage à la Suède pendant vingt ans.

Waldstein dut se retirer le 3 août, et l'exemple glorieux du courage déployé par Stralsund donna une force nouvelle aux autres villes , et augmenta la haine qu'inspirait Waldstein. Une

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circonstance fortuite acheva de le rendre odieux : trois cents femmes qui s'étaient enfbies en Suède périrent toutes en revenant dans leur patrie.

Durant ce temps, la guerre contre le Danemark continuait toujours; Tilly .et Waldstein se rendirent maîtres des provinces méridionales de ce royaume, et seraient sans doute allés plus loin, si les villes hanséatiques, cédant, comme on l'espérait, à une vieille jalousie , eussent consenti à fournir des navires; mais la neutralité des villes hanséati- . ques et les préparatifs de la Suède forcèrent enfin Waldstein à conclure , le 6 juin 1629, avec le Danemark la paix de Lubeck qui rétablit les choses dans Tétat où elles étaient avant la guerre, à la condition que le roi de Danemark abandonnerait les ducs de Mecklembourg.

Cependant Ferdinand continuait toujours à expulser et à déposséder les protestants. Enfin, le G mars 1629, il promulgua le fameux édit de restitution, d'après lequel tous les couvents et tous les Di en s ecclésiastiques confisqués depuis la paix de religion ou appropriés au culte protestant devaient être rendus à leur destination primitive. La promulgation d'un édit si important sans le concours des électeurs violait trop ouvertement la constitution germanique pour ne pas exciter des clameurs universelles, même parmi les catholiques. Ces .derniers étaient d'autant moins satisfaits de la mesure, que l'empereur avait donné cinq évêchés à la fois à l'un de ses fils, et que les biens repris sur les protestants , au lieu d'être rendus à leurs anciens possesseurs, passaient presque tous entre les mains des jésuites. L'empereur, loin d'avoir égara à ces justes plaintes, fit exécuter redit avec la cruauté la plus exécrable , et l'on commença à dire à Vienne qu'il fallait désormais sévir Contre les états catholiques.

Sur ces entrefaites, Ferdinand, voulant faire nommer son fils roi des Romains, convoqua une diète à Ratisbonne, où il se rendit le 19 juin 163<V H y trouva plus d'opposition qu'il ne l'avait pensé. Les électeurs de Bran-

debourg et de Saxe ne parurent point, la Bavière s'était alliée à la France , et les électeurs ecclésiastiques suivirent son exemple. Le P. Joseph, venu de Paris, paraissait diriger toutes les délibérations, et l'empereur se vit enfin contraint de licencier une partie de ses troupes , et d'ôter à Waldstein le commandement de ce qui resta sous les armes. Tilly réunit dès lors sous ses ordres 30,000 liguistes et 39,000 impériaux, tous soldats aguerris. Cette armée parut suffisante pour maintenir l'Allemagne sous la dépendance de l'empereur et de la ligue, et pour assurer l'exécution des projets du P. Lamormain.

Mais la cause des protestants n'était pas désespérée. Dans leur détresse , ils comptaient sur la Saxe, qui n'avait point encore pris part à la guerre, sur les villes hanséatiques qui pouvaient disposer de sommes d'argent considérables, sur la France jalouse de la prépondérance autrichienne, et enfin sur la Suède dont l'étoile s'élevait brillante dans le Nord.

Le pouvoir impérial de la maison d'Autriche était alors parvenu au plus haut degré de prépondérance qu'if ait jamais atteint dans les temps modernes.

Mais il arriva alors ce oui est constamment arrivé depuis que les états de l'Europe forment un tout systématique :

cette prépondérance causa la ruine de l'empire qui l'avait obtenue. Bientôt des ennemis s'élevèrent de tous côtés, même du sein des alliés et des co-reiigionnaires de l'Autriche, devenue trop puissante pour que les intérêts de tous ne lussent pas mis en péril.

Bientôt de toute part un orage terrible s'amoncela contre elle. En France, le cardinal de Richelieu venait de rétablir l'unité du royaume en soumettant les huguenots et en avilissant la noblesse, et des lors il employait toute son énergie à lutter au denors contre le principal ennemi de la France , contre cette maison d'Autriche qui , depuis Charles-Quint, menaçait toutes ses frontières, et contre laquelle l'ancienne lutte, engagée avec des chances si diverses dans les plaines de la Lombar»

StJÈDE.

AS

die, venait de se renouveler au sujet de la succession de Mantoue et de Montferrat. En Italie même, le danger n'était pas moins réel , .car les princes de cette contrée et le pape lui-même ne pouvaient se dissimuler mi'une victoire définitive des Autrichiens sur les hérétiques serait le signal de la soumission de Rome et de toute la Péninsule. Enfin le Danemark, bien que jaloux de la Suède , se voyait réduit à un tel état d'épuisement, qu'il sollicita lui- * même l'intervention de Gustave, afin d'empêcher la maison d'Autriche et Waldsteinde former, comme tout semblait le faire prévoir, un établissement solide sur les bords de la Baltique.

Nous avons dit plus haut qu'en 1614 et en 1625 Gustave crut devoir s'abstenir de toute intervention dans les affaires d'Allemagne ; il suffira de rappeler que, par la médiation et les bons offices de la France en 1629, un armistice de six ans avait été conclu entre la Suède et la Pologne , et qu'à l'occasion du siège de Stralsund un commencement d'hostilités avait eu lieu entre les Suédois et les Impériaux.

Aussitôt que la trêve avec la Pologne eut été conclue, et que Gustave annonça ^'intention d'en profiter pour engager à son service des troupes polonaises , Waldstein devint aussi souple et aussi accommodant envers la Suède qu'il s'était jusqu'alors montré roide et insolent. L'empereur proposa même d'abandonner les côtes de la Baltique et de rétablir les ducs de Meklembourg.

Mais Gustave ne se laissa pas éblouir par ces avances trompeuses, et continua à traiter avec Charnacé, l'envoyé du cardinal de Richelieu. Pendant quelque temps on put croire que ces négociations resteraient sans résultat , car la cour de France trouvait démesurée la demande d'un subside annuel de 600,000 écus. Elle ne voulait pas non plus s'engager à ne finir les affaires d'Italie qu'avec l'intervention de la Suède , et alléguait le désir de séparer la ligue de l'empereur, pour refuser d'entrer en Allemagne parla Champa-

§ne. Enfin Gustave se décida à afiorer en Allemagne , sans pouvoir toutefois compter beaucoup sur l'appui de la France. Seulement il était assuré qu'elle occuperait en Italie une partie des forces de la maison d'Autriche.

L'empereur, de son côté, envoya à Dantzick le comte de Dohna , et fit faire à Gustave diverses propositions, afin de gagner le temps nécessaire pour finir les affaires d'Italie; mais les plénipotentiaires suédois, demandant catégoriquement que l'empereur retirât ses troupes du nord Je l'Allemagne, l'Autriche aima mieux traiter avec le Danemark , et lui promit l'île de Rugen pour l'engager à prendre parti contre la Suède. Le nouveau danger, et l'impossibilité de nourrir pendant long-temps les troupes enrôlées en Pologne, décidèrent Gustave à hâter l'exécution de ses desseins, et pendantque les plénipotentiaires étaient encore assemblés à Dantzick, on apprit soudain qu'une armée suédoise était en Allemagne.

Des vents contraires avaient retenu Gustave quelque temps en mer, et il n'aborda en Poméranie que le 24 juin 1630, le jour même où cent ans auparavant avait été présentée la confession d'Augsbourg. Au rapport d'un auteur catholique, la première chose que fit Gustave quand il eut auitté ses vaisseaux, ce fut de s'agenouiller sur le rivage et de s'écrier : « O Dieu, toi « qui domines sur le ciel et sur la terre, « sur les vents et sur la mer , combien « je dois te remercier de m'avoir pro- « tégé si efficacement dans ce voyage « périlleux ! Oui je te remercie du fond « de mon coeur, et je te prie de m'ac- « corder toujours ta grâce et ta béné- « diction ; car tu le sais , je n'entrées prends pas cette guerre pour ma « gloire, mais pour la tienne; tu le « sais, je ne veux aue consoler et pro- « téger ta pauvre église abandonnée. »

Ceux qui accompagnaient le roi ne pouvant s'empêcher de pleurer en entendant ces mots, il leur dit: «Ne pleurez point, mais priez Dieu avec instance et du fond de votre cœur : plus il y aura de prières , plus il y aura de

L'UNIVERS

vîctoireà ; car bien prier , c'est victoire à moitié gagnée.

« Et alors Gustave- Adolphe fondit .dans l'empire (1630). Ferdinand s'effraya peu d'abord : il disait que ce rot de neige allait fondre en s'avançant vers le midi. On ne savait pas encore ce que c'était que ces hommes de fer, cette armée héroïque et pieuse, en comparaison des troupes mercenaires de l'Allemagne. Peu après l'arrivée de Gustave- Adolphe , Tonjuato Conti, général de l'empereur , lui demandant une trêve à cause des grands froids , Gustave répondit que les Suédois ne connaissaient point d'hiver. Le génie du conquérant déconcerta la routine allemande par une tactique impétueuse qui sacrifiait tout à la rapidité des mouvements , qui prodiguait les hommes pour abréger ta guerre. Se rendre maître des places fortes en suivant le cours des fleuves, assurer la Suède en fermant la Baltique aux Impériaux, leur enlever tous leurs alliés, cerner l'Autriche avant de l'attaquer , tel fut le plan de Gustave : s'il eût marché droit à Vienne , il n'apparaissait dans l'Allemagne que comme un conquérant étranger; en chassant les Impériaux des états du Nord et de l'Occident, qu'ils écrasaient, il se présentait comme le champion de l'empire contre l'empereur (*). »

Les premiers soins de Gustave furent de donner une base solide à ses opérations , en gagnant le duc et les états de Poméranie, qui , voyant dans le duché une armée impériale plus nombreuse que celle de Gustave, eurent beaucoup de peine à se décider. Cependant, par ses manières affables , le roi de Suéde gagna si promptement et à un tel point tous les cœurs, que la ville de Stettin lui ouvrit volontairement ses portes, et que le vieux duc fit avec lui un traité pour assurer la protection des lois de l'empire et la paix de la religion. On stipula dans ce traité qu'en cas de mort du duc, qui était sans enfants , le pays serait administré par les Suédois jusqu'à ce

(*) Michelct, Précis de l'histoire moderne.

Su'on eût prononcé sur la succession.

;n conséquence de ce traité , les états accordèrent de l'argent à Gustave et promirent d'organiser une armée de 10,000 hommes qui prêterait serment au roi , au duc et aux' états.

Ferdinand et ses conseillers commençaient à s'apercevoir combien ils avaient agi follement en refusant de pacifier l'empire après la paix de Luoeck; néanmoins ils crurent devoir persévérer dans des mesures de rigueur inouïes, et cela afin d'opposer une digue aux Suédois. On menaça de la mort tous ceux qui prêteraient assistance aux ennemis de l'empereur, et ces menaces ne furent réalisées qu'avec trop de zèle par les lieutenants de ce prince. Il suffira d'un seul exemple. Le 7 septembre 1 630, la ville de Pasewalk en Poméranie fut reprise sur les Suédois par le colonel Gotze, et saccagée par suite de cette reprise. «Les bourgeois, dit un témoin de ces scènes d'horreur, furent massacrés dans les rues et dans l'intérieur de leurs maisons ; on les mettait à la torture pour savoir d'eux s'ils avaient de l'argent. A peine un soldat avait-il quitté une maison qu'un autre survenant agissait avec la même cruauté. Il est vrai que les capitaines accordaient des saufs-conduits a prix d'argent ; mais leurs soldats n'en tenaient aucun compte. Tous les meubles, tous les ustensiles furent brisés , et les femmes aussi bien que les hommes se virent dépouillés de leurs vêtements. En sortant de sa maison , on voyait à chaque pas un voisin , un ami , blessé , demi mort ou impitoyablement massacré.

Et s'il arrivait qu'un citoyen allât secourir ou consoler une de ces trop nombreuses victimes, on lui faisait aussitôt subir le même sort. Mais ce fut surtout sur les femmes que se commirent les crimes les plus révoltants.

Quel que fût leur âge , elles étaient violées en plein jour dans les rues , dans les jardins, et jusque dans les cimetières. Les femmes et les filles les plus belles étaient attachées à des chariots ou au pommeau de lu selle des cavaliers, et conduites dans le camp, où les soldats , après avoir assouvi leurs bru-

SUEDE

taies cassions, les Tendaient comme un

▼il bétail.

Quand il ne resta plus rien à piller ni a dévaster, on mit le feu à la ville. «Regardez donc le beau feu, s'écriaient les soldats; je n'ai jamais vu de feu si brillant! » Le colonel, sollicité de faire cesser tant d'horreurs , donna l'ordre de mettre le feu en d'autres endroits : c'était, disait-il, afin de remplir son serment. Pendant ce temps, les soldats, revêtus de robes qu'ils avaient enlevées à des prêtres, faisaient des processions comme au carnaval, torturaient des petits enfants, et allumaient de la paille devant une cave dans laquelle s'étaient réfugiés dix de ces infortunés, afin de les faire périr misérablement. Il ne se trouva personne pour enlever les morts , et des corps encore vivants forent dévorés par les chiens et par les pourceaux.

Tous les chefs de l'armée catholique agissaient de la même manière, et il résulta naturellement de cet état de choses une démoralisation et une indiscipline générale. Il fallait bien que les chefs fermassent les yeux sur les désordres du soldat, puisque eux-mêmes, afin de s'enrichir plus promptement, laissaient souvent les troupes sans vivres, sans habits et sans solde. Le général en chef, Jean Perklaës, natif de Liège, et nommé par l'empereur comte de Tilly, en 1623, avait, il est vrai , la réputation de n'avoir jamais touché une femme , et de ne s'être jamais enivré; mais, à l'exemple du ducd'Albe, son modèle , il permettait tout à ses soldats , et signalait partout son passage par d'horribles dévastations. Bien ou il acceptât de riches présents de 1 empereur et de la ligue, ses contemporains, témoins de la rapacité de Waldstein, l'ont qualifié de désintéressé. Il ne faut pas d'ailleurs, pour être juste, oublier de dire qu'il ne manqua jamais d'entendre deux messes par jour ! A l'arrivée de Gustave en Allemagne, ce général n'avait pas encore été vaincu.

Dans l'armée suédoise au contraire, et tous les auteurs catholiques s'accordent pour le reconnaître, la discipline

T Livraison. (Suéde.)

était exemplaire ; le roi , par son affabilité et son impartialité, savait gagner tous les cœurs sans avoir besoin de fermer les yeux sur les passions du soldat. Aussi en peu de temps les Suédois furent-ils considérés dans toute l'Allemagne comme les protecteurs des bourgeois et des paysans.

Toutefois dans le principe, les menaces de l'empereur et le désir, trèshonorable sans doute, de terminer les affaires d'Allemagne sans l'intervention d'une puissance étrangère, conduisirent les électeurs de Saxe et de Brandebourg, ainsi que plusieurs autres princes protestants , à la fédération de Leipzick, où l'on convint jjue Ton solliciterait l'empereur de retirer ses troupes, et qu'en attendant on armerait , afin de pouvoir au besoin se défendre. Bien que le langage des confédérés fût d'une grande modération , et qu'ils eussent refusé d'admettre à leurs délibérations un envoyé suédois, l'empereur leur répondit par l'ordre de se dissoudre ; et une partie de ses troupes étant revenues d Italie, il s'en servit pour chasser les membres de la fédération de la Haute-Allemagne qu'ils occupaient.

Cependant Gustave-Adolphe, fatigué du manque de résolution et de la défiance des princes allemands, était sur le point d'abandonner la guerre, lorsque Richelieu, voyant la maison d'Autriche se raffermir de plus en plus, se décida enfin à conclure un traité* d'après lequel Gustave devait tenir sur pied une armée de 36,000 hommes , pour l'entretien de laquelle la France s'engageait à payer 1 ,200,000 livres par an. La neutralité fut offerte à la Bavière et à la lieue, et l'on assura aux catholiques le libre exercice de leur culte; mais Gustave refusa d'accorder la neutralité à l'électeur de Brandebourg, et après avoir pris Colberg et Francfort-sur-l'Oder, il arriva, au commencement du mois de mai 1631, devant Berlin. L'électeur, contraint de se décider, reçut une garnison suédoise dans la forteresse de Spandau. C'est alors cpie Tilly retira toutes ses forces derrière l'Elbe pour

L'UîtITERS.

s'emparer de Magdebotirg, et contraindre les bourgeois à recevoir Pévéque nommé par l'empereur; car ils l'avaient formellement refusé, et

{^étendaient maintenir les droits de 'administrateur Christian Guillaume de Brandebourg.

Ce prince , par dès hostilités peu réfléchies, s'était attiré sur les bras toute l'armée de Tilly, dans un moment ou Gustave, retenu par l'obstination de l'électeur de Saxe à garder la neutralité, ne pouvait encore venir lui-même à son secours. Le roi dut se contenter de lui envoyer Falkenberg, officier expérimenté, avec quelques troupes.

Falkenberg exalta le courage des bourgeois, mais il ne put sauver la ville attaquée par toutes les forces réunies de Tilly. Aussi, malgré la défense la plus opiniâtre , les Impériaux s'emparèrent peu à peu de tous les ouvrages extérieurs. Bientôt les assiégés commencèrent à s'apercevoir qu'ils n'avaient plus de secours à attendre ni du roi de Suède ni des confédérés de Leipzick», la désunion se mit parmi eux, et comme, pour surcroît de maux, la disette se fit sentir, et on se vit dans la nécessité de traiter avec Tilly.

Mais ces négociations trouvèrent peu d'approbateurs dans l'armée assiégeante; ces hommes accoutumés au pillage prévoyaient bien qu'il n'y aurait

rs de Butin à faire, si la ville venait capituler. Aussi , à l'improviste , le comte Pappenheim ordonna une attaque vers la pointe du jour, tandis que les bourgeois , épuisés par une lutte et des veilles continuelles, et rassurés par les négociations commencées, étaient allés prendre quelque repos. Toutefois les Impériaux étaient déjà sur le point de se voir rejetés hors des ouvrages qu'ils avaient escaladés, quand Falkenberg fot tué et l'administrateur blessé. Eri même temps , des renforts arrivèrent aux assiégeants, et fapperiheim ayant fait mettre le feu à une maison, l'incendie s'étendit rapidement sur toute la ville.

Les scènes d'horreur qui suivirent la prise de Magdebourg sont regardées comme les plus révoltantes de

cette guerre si longue et si acharnée ; et pourtant, dans cette circonstance, les Impériaux ne s'écartèrent point de leur façon d'agir habituelle; les excès qu'ils commirent à Magdebourg, ils les commettaient chaque jour dans la campagne : ce qui mit le comble à l'horreur qu'ils inspiraient, c'est qu'ils exercèrent leurs fureurs sur une grande ville. Le récit de Schiller, que nous empruntons ici', doit être d'autant moins suspecté de partialité , qu'il reproduit presaue littéralement celui d'un auteur catholique , Khevenhuller.

« Ici commence une scène de sang , pour laquelle l'histoire n'a point d'expressions, ni la poésie de pinceaux.

L'enfance innocente, la vieillesse abandonnée, la jeunesse, le sexe, l'état, la beauté, rien ne peut désarmer la furie du vainqueur : des femmes sont déshonorées dans les bras de leurs maris, des Qlles aux pieds de leurs pères, et la mort suit de près Tes horribles outrages gu'on leur fait subir. Ijes retraites les plus obscures, les lieux les plus saints , ne peuvent préserver des avides recherches d'une soldatesque effrénée. Cincjuante-trois femmes furent trouvées décapitées dans une église.

Les Croates prenaient plaisir à jeter lés enfants au milieu des flammes , les Wallons de Pappenheim à les percer sur le sein de leurs mères. Quelques ofliciers de la ligue , révoltés par tant d'horreurs, hasardèrent d'aller trouver le comte de Tilly pour l'engager à les faire cesser. « Revenez dans « une heure , répondit ce général , je « verrai alors ce que j'aurai à faire : « le soldat doit avoir quelque chose « pour ses travaux et ses périls. » Ces barbaries continuèrent avec la même fureur, jusqu'à ce qu'enfin la fumée et les flammes vinssent mettre un terme à la rapacité du soldat. Pour augmenter la confusion et rompre la résistance des habitants, on avait, dès le commencement, mis le feu à plusieurs endroits. Bientôt s'élève un vent impétueux, oui étend les flammes sur toute la ville, avec la rapidité d'un torrent, et l'incendie devînt général. On voit alors une foule horrible se presser

SUÈDE

té

ao milieu des Tapeurs embrasées, des cadavres, des armes étincelautes , à travers les débris et les ruisseaux de sang; l'atmosphère brûlait, et la violence insupportable de la chaleur contraignit ces monstres eux-mêmes à se sauver dans leur camp. En moins de douze heures, cette ville peuplée, forte, étendue, Tune des plus belles de l'Allemagne, est réduite en cendres, à l'exception de deux églises et de ouelques masures. L'administrateur Christian Guillaume, atteint de plusieurs blessures, fut pris-, ainsi que trois bourgmestres. Beaucoup de braves officiers et de magistrats trouvèrent, en combattant, une mort enviée par ceux qui leur survécurent. Quatre cents des plus riches bourgeois durent leur salut a la cupidité des officiers ennemis, qui les sauvèrent pour arracher d'eux une forte rançon; encore ne vit-on guère que des officiers de la ligue montrer cette espèce d'humanité, et ils semblaient des anges tutélaires à côté des baroares soldats de l'empereur.

« À peine la fureur de l'incendie fut-elle calmée , que les bandes impériales revinrent, avec une nouvelle ardeur, pour fouiller dans les ruines et dans les, cendres. Plusieurs d'entre eux périrent suffoqués par la vapeur; d'autres firent un butin considérable, les bourgeois ayant apporté dans les caves ce qu'ils avaient de plus précieux. Enfin, le 13 mai, Tilly parut lui-même dans la ville, après que les principales rues eurent été débarrassées des décombres et des morts. La scène qui s'offrait alors aux regards révoltait l'aine, et la glaçait d'effroi; des infortunés, qui se traînaient sous des monceaux ue cadavres, reparaissaient à la lumière; des enfants, errant ça et là, redemandaient avec des cris déchirants les auteurs de leurs jours; d'autres suçaient encore le sein de leurs mères qui n'existaient plus. On fut obligé de jeter plus de six mille cadavres dans l'Elbe pour déblayer les j rues; un nombre beaucoup plus coni sklérable de vivants et de morts avait été la proie des flammes : on fait mon-

qui las

ter à trente mille hommes ta totalité tic ceux qui périrent dans cette effroyable journée.

« L'entrée triomphante du général,

li eut lieu le 14 mai , mit fin au pillage , et tout ce qui s'était sauvé jusqu'alors conserva la vie. Environ mille personnes furent retirées de la cathédrale protestante où elles avaient passe trois jours et deux nuits sans nourriture , et dans l'attente continuelle dé la mort. Tilly leur fit annoncer le pardon et distribuer du pain. Le jour suivant , on célébra une messe solennelle dans cette église , et on chanta le Te Devm au milieu des salves de l'artillerie. Le général de l'empereur parcourut lui-même les rues à cheval, afin de pouvoir rapporter à son maître, comme témoin oculaire, que, depuis la prise de Troie et de Jérusalem , on n'avait vu aucune victoire aussi écla?

tante ; en effet , ce récit n'était point exagéré, si l'on considère à la fois la grandeur, la prospérité , l'importance 3e la ville qui périt, et la rage de ses destructeurs. »

A la nouvelle du sac de Magdebourg, il se trouva des protestants qui prétendirent que si Gustave n'avait pas voulu secourir cette malheureuse ville, c'était afin de mettre les confédérés dans la nécessité de se jeter à tout prix dans ses bras ; mais il ne lui Ait pas difficile de prouver que Findécision seule des électeurs de Brandebourg et de Saxe l'avait empêché de se porter en avant.

Cependant Tilly ayant quitté le Brandebourg pour aller châtier le landgrave de Hesse , Gustave se replia sur Spandau ; mais l'électeur de Brandebourg, qui ne lui avait cédé cette forteresse que jusqu'au déblocus de Magdebourg, et qui se flattait toujours' de faire reconnaître par les deux partis la neutralité des pays entre l'Oder et l'Elbe, crut devoir la lui redemander.

Gustave, pour tenir la parole qu'il avait donnée, quitta Spandau le 8 juin; mais le 9, il vint mettre le siège devant Berlin, et le 11 , l'électeur conclut un nouveau traité, d'après lequel il restitua Spandau aux Suédois, €t

L'UNIVERS

leur promit un subside de 30,000 écus par mois.

En même temps , Gustave reçut la nouvelle de la reddition de Greifswald, Tunique place de la Poméranie qui fût eucore entre les mains des Impériaux. Ainsi, bien rassuré sur ses derrières, il passa l'Elbe et se retrancha dans un camp près de Werben , pour attendre des renforts qui devaient lui arriver de l'Ecosse et de la Suède.

Alors Tilly revint de la Hesse et de la Thuringe, dans le dessein de l'attaquer; mais il trouva Gustave dans une position inexpugnable. On reconnut bientôt départ et d'autre qu'une bataille décisive ne pouvait être plus longtemps différée; mais de part et d'autre on chercha à gagner du temps, afin d'attendre la décision de l'électeur de Saxe qui , enfin .contraint par les menaces intempestives de Tilly, se jeta dans les bras du roi de Suède.

Le 2 septembre , Gustave entra dans Wittemberg : « Messieurs, » dit-il aux étudiants qui vinrent le saluer en cérémonie , « c'est de chez vous que nous « est venue la lumière de l'Évangile ; « mais ses ennemis l'ayant obscurcie, il « faut que nous en venions à notre tour « rallumer le flambleau avec l'aide de « Dieu. » Le lendemain , l'armée saxonne, fortedeplusde 18,000 hommes, se réunit à celle du roi , qui se montait à 22,000 ; ensuite on délibéra s'il convenait de livrer une bataille. L'électeur, indigné de voir tant d'armées étrangères dans son pays, le désirait ardemment.

Gustave , qui le désirait peut-être aussi ardemment que lui , n'en fit pas moins observer à son nouvel allié qu'une bataille pourrait faire chanceler, et peut-être même tomber les bonnets des deux électeurs; tandis que lui, il pourrait toujours se retirer en toute sûreté derrière le large fossé de la Baltique. L'électeur insista, et Gustave s,e rendit avec plaisir à ses raisons. Nous allons laisser encore parler l'historien de la guerre de trente ans : qui oserait , après Schiller, raconter (a bataille de Leipzick ?

« Le 7 septembre 1631 , dès le point du jour, les deux armées se trouvèrent

en présence. Tilly, oui n'avait pas cherché à empêcher la jonction des Suédois et des Saxons , résolut d'attendre les renforts qui lui arrivaient.

Il avait établi son camp auprès de Leipzick , dans une position excellente où il pouvait espérer de n'être jamais contraint à livrer bataille. Mais a peine l'armée suédoise eut-elle fait les premiers mouvements , que Pappenheim , impatient de combattre, pressa Tilly de changer de position. Celui-ci , cédant aux vives instances de Pappenheim, se porta sur la gauche, vers les collines qui s'étendent depuis le village de Waren jusau'à Lindenthal. Son armée , ne formant qu'une seule ligne , se déploya au pied du coteau , et son artillerie, distribuée sur les hauteurs, pouvait balaver toute la grande plaine de Breitenfeld. L'armée suédo-saxonne s'avançait de ce côté sur deux colonnes, et avait à passer le Lober auprès de Podelwitz , village situé devant le front de l'armée impériale. Tilly f voulant opposer quelque obstacle au passage de ce fleuve, avait envoyé, quoique avec la plus grande répugnance , Pappenheim à la tête de deux mille cuirassiers ; mais il lui avait donné l'ordre exprès de ne pas engager le combat.

Malgré cette défense, Pappenheim ne tarda pas à en venir aux mafhs avec Favant-garde suédoise, et il fut contraint à la retraite après une courte résistance. Pour arrêter l'ennemi, il incendia Podelwitz ; ce qui n'empêcha pas les deux armées de se porter en avant , et de se former aussitôt en bataille.

« Les Suédois se rangèrent sur la droite en deux lignes; l'infanterie, placée au milieu de chacune d'elles, était divisée en petits bataillons , qui pouvaient exécuter à l'instant , et sans désordre , les mouvements les plus rapides. La cavalerie, placée aux deux ailes, était également divisée en petits escadrons; divers pelotons d'infanterie remplissaient ses intervalles, et étaient destinés à la fois à cacher son petit nombre, et à tirer sur les cavaliers ennemis. Le général Teufel commandait le centre, Gustave Horn la gauche; le roi, eu

SUEDE

personne, commandait la droite vis-àvis du comte de Pappenbeim.

«Les Saxons étaient séparés des Suédois par un long intervalle : sage disDOsition de Gustave, que justifia Tévénement. L'électeur avait lui-même concerté le plan de bataille avec son feld-maréchal , et le roi s'était contenté de l'approuver. Il paraît que Gustave mit tous ses soins a faire ressortir la valeur suédoise sur celle des Saxons, et la fortune ne les confondit pas.

« Au pied des hauteurs, vers le couchant, l'ennemi s'étendait sur une ligne immense, qui pouvait déborder aisément l'armée suédoise. Son infanterie était formée en gros bataillons , et sa cavalerie en gros escadrons difficiles à mouvoir. II avait placé son artillerie derrière lui , sur les hauteurs , de manière qu'il était commandé par ses propres boulets qui décrivaient leur arc au-dessus de lui. D'après cette position de l'artillerie, i! semblerait, s'il est permis de se fier entièrement à cette relation , que Tilly avait plutôt l'intention d'attendre l'ennemi que de l'attaquer: car il ne lui était pas possible de pénétrer dans les rangs ennemis sans se placer lui-même sous le feu de ses propres canons.

« Tillv commandait le centre en personne, Pappenheim l'aile gauche, et le comte de Furstemberg la droite. Les troupes de l'empereur et de la ligue ne s'élevaient pas a plus de trente-quatre ou trente-cina mille hommes. L'armée réunie des Suédois et des Saxons était à peu près d'égale force.

« Deux millions d'hommes en présence auraient rendu cette journée plus sanglante, mais ne l'auraient pas rendue plus importante, ni plus décisive. C'était pour cette journée que Gustave- Adolphe avait passé la Baltique, qu'il avait cherche les périls sur une terre étrangère, et abandonné aux caprices de la fortune sa couronne et sa vie. Les deux plus grands généraux de leur siècle, tous les deux invincibles jusqu'à ce jour , allaient enfin se mesurer dans un combat long-temps évité : l'un des deux devait laisser sa

renommée sur le champ de bataille.

Les deux moitiés de l'Allemagne avaient vu s'approcher en tremblant le moment de cette lutte terrible, l'Europe entière en attendait P issue avec anxiété, et la postérité devait la bénir ou la pleurer.

« La résolution , qui jusque-là n'avait jamais manqué au comte de Tilly, l'abandonna entièrement dans cette tournée. Sans être décidé à combattre le roi, il n'eut pas assez de fermeté pour éviter la bataille, et Pappenheim l'y entraîna malgré lui. Jamais tant de doutes, tant de craintes, n'étaient venus assaillir son esprit; jamais d'aussi noirs pressentiments n'avaient obscurci son front toujours serein : le génie de Magdebourg paraissait le poursuivre encore dans les plaines de Leipzick.

« Une canonnade de deux heures ouvrit la bataille. Le vent d'ouest soufflait avec violence, et poussait ^contre les Suédois la fumée de la poudre et des nuages de poussière qui s'élevaient des champs nouvellement labourés.

Aussitôt Gustave fit faire à ses troupes un mouvement général vers le nord; et la manœuvre s'exécuta avec une telle promptitude, que l'ennemi n'eut pas le temps de s'y opposer.

« Enfin Tilly abandonne ses positions le premier , et hasarde une attaque contre les Suédois ; mais , accueilli par le feu le plus violent, il se porte tout à coup à droite, et fond sur les Saxons avec une telle impétuosité, qu'en un instant leurs rangs sont rompus, et le désordre s'empare de leur armée; l'électeur lui-même ne se reconnut qu'à Eilenbourg, où il se réfugia en toute hAte. Cependant quelques régiments se maintinrent encore sur le champ de bataille, et . sauvèrent , par leur vigoureuse résistance , l'honneur des armes saxonnes. A peine l'ennemi eut-il aperçu le désordre des Saxons, que aes bandes de Croates se précipitèrent sur le champ de bataille pour piller, et des courriers furent expédiés à l'instant pour portera Vienne et à Munich la nouvelle de la victoire.

i/uinvfïis.

r De son côté, le comte de Pappenbeîra fond, arec toute sa cavalerie, sur l'aile droite des Suédois, mais sans

S' ou voir l'ébranler; le roi la commanait en personne, et le général Banber-sous lui. Sept fois Pappenheim renouvelle son attaque, et sept fois il est repoussé : il prend enfin la fuite, après avoir essuyé ia plus grande perte, et abandonne le champ de bataille au vainqueur.

« Cependant Tilly, qui venait de disperser les restes de l'armée saxonne , marche avec ses troupes victorieuses contre l'aile gauche des Suédois. Aussitôt que le roi s'était aperçu du désordre des Saxons, il avait eu la présence d'esprit d'envoyer en toute hâte trois régiments à son aile gauche pour renforcer et couvrir ainsi son flanc , mis à découvert par la fuite des Saxons.

Gustave Horn , qui avait le commandement de cette aile , opposa la plus vigoureuse résistance aux cuirassiers ennemis; et l'infanterie, placée dans les intervalles des escadrons de cavalerie, eut la plus grande part à cette belle résistance. Déjà l'ennemi commençait à plier, lorsgue le roi parut lui-même pour décider la victoire.

L'aile çaucne âes Impériaux était battue, et Tes troupes du roi, qui n'avaient plus devant elles d'ennemis, pouvaient être plus utilement employées ailleurs.

A la tête de son aile droite et du corps de bataille , il se porta donc sur la gauche , pour attaquer les hauteurs que garnissait l'artillerie des Impériaux :

elle tomba bientôt en son pouvoir , et l'ennemi eut à essuyer le ieu de ses propres canons.

« Foudroyée en flanc par l'artillerie, exposée eu avant aux impétueuses charges des Suédois , cette armée impériale, jusque là invincible, finit par se rompre : Tilly n'a plus alors d'autre ressource qu une prompte retraite; mais cette retraite même ne peut s'effectuer qu'à travers les rangs ennemis. Tout à coup un désordre général s'empare de l'armée : quatre régiments seuls, dont les soldats , aguerris et vieillis dans les camps, n'ont jamais fui d'un champ 4e bataille, se maintiennent en ordre,

et opposent un wur d'airain ajjx attaques redoublées des Suédois; serres en masse, ils percent l'armée victorieuse, gagnent, toujours combattant, un pefitnois, où ils font de nouveau face à l'ennemi , et résistent jusqu'à ce qu'enfin, réduits à six cents hommes, la nuit vient mettre fin à l'acharnement des vainqueurs : avec eux , la bataille est décidée.

« Gustave-Adolphe se jeta h genou au milieu des blessés et des morts , et , dans tout l'abandon d'une ardente

§rière , il offrit au ciel les transports e joie que lui causait son premier triomphe. Il fit poursuivre l'ennemi par sa cavalerie aussi loin que la profonde obscurité de la nuit put le permettre. Le son du tocsin avait mis en mouvement tous les habitants des villages environnants , et malheur au soldat impérial qui tombait entre leurs mains! Le roi, ne pouvant pas attaquer Leipzick dans la nuit même, campa , avec le ref te de son armée, entre le champ de bataille et la ville. L'ennemi laissa sept mille hommes sur la place , plus de cinq mille furent blessés ou farts prisonniers; toute son artillerie , tout son camp , devinrent la proie du vainqueur : on lui enleva plus de cent drapeaux ou étendards. Les Saxons perdirent deux mille hommes, les Suédois environ sept cents. La déroute des Impériaux fut si grande, Sie Tilly , dans sa fuite sur Halle et alberstadt, ne put pas rassembler plus de six cents hommes, et Pappenheim au-delà de quatorze cents. Ainsi disparut cette redoutable armée , qui , peu auparavant, faisait, encore trembler l'Allemagne et l'Italie.

« Tilly lui-même ne dut son salut qu'au hasard. Quoique atteint de plusieurs blessures, il refusait de se rendre à un capitaine suédois; celui-ci était déjà sur le point de le tuer, lorsqu'un coup de pistolet étendit le Suédois sur la place. Mais, ce qui était plus douloureux pour Tilly que tous les dangers, que toutes les blessures, c'était le cruel supplice de survivre à sa propre gloire, et de perdre en un jour le fruit de tant d'années de tra-

taux. Ses anciens triomphes n'étaient dus rien aujourd'hui mie lui échaples

ait celui qui devait les couronner tous : de tant de brillants exploits, il ne lui restait plus en ce moment que les malédictions qui les avaient accompagnés. Dès ce moment, la sérénité abandonna pour jamais Tilly, et la fortune cessa de lui être favorable.

L'unique consolation qui pût lui rester encore, l'espoir de se venger, lui fut même enlevé par l'empereur, qui lui interdit expressément de livrer désormais aucune bataille décisive. On attribue à trois fautes principales les malheurs de cette journée : la première, d'avoir placé son artillerie sur les hauteurs derrière son armée; la secondé, de s'être éloigné de ces mêmes hauteurs ; la troisième, d'avoir laissé l'ennemi se former tranquillement en ordre de bataille. Mais avec quelle promptitude ces. fautes n'eussent-elles pas été réparées . sans la présence d'esprit, le sansç-froïd et' le génie supérieur de son adversaire? Tilly s'enfuit précipitamment de Halle à Halberstaat pour faire soigner ses blessures ; il était à peine guéri , qu'il se porta sur leWeser, ou il se renforça de toutes les garnisons de la Basse-Saxe.

« Aussitôt que le danger fut passé, Jean-George se présenta dans le camp du roi. Gustave le remercia de ce qu'il lui avait conseillé la bataille ; et l'électeur , ravi d'un pareil accueil , lui promit, dans son premier transport, la couronne de roi des Romains. Dès le jour suivant , le roi marcha sur Mersebourg, et laissa à l'électeur le soin de reprendre Leipzick. Cincj mille Impériaux, qui s'étaient ralliés , et qu'il rencontra sur son chemin , furent sabrés ou pris : le plus grand nombre passa à son servira. Mersebourg se rendit sur-le-champ; bientôt après, Halle fut emporté; et ce fut la que l'électeur de Saxe se réunit au roi de Suède, pour se concerter avec lui sur' le plan de leurs opérations ultérieures.'»

il s'agissait de profiter de cette grande bataifle. Différents avis furent

Jffoposés. Les plus hardis voulaient que es Suédois et les Saxons réunis péné-

SUÈDE. 103

trassent sur-le-champ par les défilés de la Bohême dans les états héréditaires fle l'empereur. Il ne faut pas, disaientils , laisser à l'empereur le temps d'occuper ces défilés; il faut lui rendre l'attaque improvisée et soudaine qu'il a tentée contre la Saxe. Les états de ta Bohême et de l'Autriche, composés en grande partie de protestants déguisés ou convertis par la force, ne manqueront point de venir au secours de l'invasion , en faisant une levée de boucliers ; Peirfpereur n'a aucune armée à opposer;' on fera la guerre aux frais de l'ennemi , et Ton en viendra d'autant plus promptement & une paix équi table', qu'on n'aura pas sur les bras des alliés nombreux ayant tous des intérêts opposés, et que l'adroite politique de la cour de Vienne parviendra tôt ou tard à séduire, si on lui en laisse le temps.

A cette proposition aventureuse, on objectait qu'on ne devait point songer à "foire des conquêtes, mais à délivrer des coreligionnaires opprimés, et à s'assurer des amis dans l'Allemagne occidentale, afin de pouvoir donner la maip à la France ; qu'il n'était de la dignité ni d'un roi de Suède, ni d'un, électeur de l'empire, de faire la guerre comme des Thurn et des Mansfîèld ; qu'on ne pouvait , sans se faire illusion , Croire que Ferdinand se laisserait amener à une prompte paix; que les événements avaient prouvé avec quelle obstination il savait supporter dès revers sans jamais consentir à aucune concession; que dans tous "les cas, même en admettant la possibilité d'une conquête rapide, on n'aurait

Ïias de forces suffisantes p^ur garder es pays conouis ; que l'Espagne, l'Italie et toute r Allemagne catholique se lèveraient en faveur de la maison d'Autriche, et que la France, par quelques concessions sur le Haut-Knin , se laisserait facilement attirer dans le parti où le système religieux du cardinal de Richelieu semblait devoir la placer aussitôt que ses intérêts politi-ques seraient satisfaits ; que , d'un autre côté, si les états des pays héréditaires étaient prêts à se soulever,

L'UNIVERS

une partie de l'armée suffirait pour les soutenir» et qu'il était important de ne pas donner de relâche à Tilly qui s'occupait déia & former sur le Weser le noyau (Tune nouvelle armée.

On rejeta donc la proposition de tomber avec toutes ses forces réunies sur les provinces autrichiennes, et Ton n'eut plus qu'à décider quelle serait celle des deux armées qui se rendrait en Bohême, tandis que l'autre se dirigerait vers le sud-ouest. Gustave céda sans peine aux Saxons la conquête de la Bohême. Il voulait être le libérateur de l'Allemagne ; il avait peu de confiance dans la bravoure des Saxons et dans les talents de leur chef, et peutêtre aussi songeait-il à des acquisitions territoriales; or, qu'aurait pu faire la Suède des provinces qu'on lui aurait assignées dans les pays héréditaires ?

Les Saxons entrèrent donc en Bohême, où ils ne trouvèrent aucune résistance. Les exilés furent rétablis dans leurs biens, et les catholiques furent laissés en possession de presque toutes les églises. Aucune réaction n'eut lieu : rélecteur ayant des vues sur ce pays, pensait sagement que l'équité et la modération seraient les meilleurs moyens pour gagner les cœurs. Gustave, de son côté, pénétra, sans rencontrer aucun obstacle, jusqu'à Wûrtzbourg, où il entra le 2 octobre. Francfort, Mayence, Mannheim, Spire, Worms , la plus grande partie du Palatinat, et presque toute l'Alsace, virent, avant la fin de l'année , se retirer les ennemis oui les occupaient ; la Hesse et le Mecklembourg furent délivrés, et un graLd nombre de princes et de villes libres furent attachés par des traités à la cause évangéiique. Tilly, bien ou'il eût formé une nouvelle armée, évita de se trouver en face de Gustave , et se retira sur les derrières du roi dans la haute Allemagne.

A Vienne, une fausse nouvelle du

Sain de la bataille de Leipzick avait 'abord exalté l'opinion ; mais la consternation n'en fut que plus grande lorsqu'on connut la vérité. «Je n aurais jamais cru , dit un ministre, que Dieu

serait devenu luthérien.» D'autres,' plus raisonnables , attribuaient ce malheur aux désordres et à la démoralisation de l'armée catholique. Diverses mesures furent proposées dans le conseil. Les uns engageaient l'empereur à se retirer à Gratz ; d'autres à prendre en personne le commandement de ses armées. Ferdinand ne suivit ni l'un ni l'autre de ces avis. Ses habitudes espagnoles s'opposaient à ce qu'il manquât aux lois mêmes les plus puériles de l'honneur, mais elles ne lui permettaient pas non plus de prendre une résolution énergique et hardie , en renonçant à Tétiquette qui le tenait renfermé dans sa cour , et en exposant sa personne impériale. On reconnut, d'un commun accord , qu'il fallait un nouveau général, que Tilly ne pouvait plus avoir d'autorité dans une armée de partisans, comme l'étaient toutes celles de cette malheureuse époque. On n'avait point à choisir; les amis de* Tilly et des liguistes avaient décidément le dessous.

Enfin, après s'être fait long-temps prier, Waldstein promit de former une nouvelle armée, et bientôt, en effet, il en composa une d'autant plus formidable, qu'il y appela tous ceux qui avaient confiance aans son bonheur et dans ses promesses de récompenses, de butin, de pillage et de liberté de conscience. Les conditions qu'il fit à l'empereur, avant d'accepter , sont trop remarquables pour ne pas être rapportées ici : «Waldstein, disaient-elles, sera généralissime de toute la maison d'Autriche et de la couronne d'Espagne in absolutissima forma. L'empereur et le roi des Romains ne pourront point se trouver à l'armée, et encore moins récompenser ceux qui en font partie. Pour récompense ordinaire, Waldstein aura une hypothèque formelle sur l'un des pays héréditaires de l'empereur, et pour récompense extraordinaire, Jes droits régaliens sur tous les pays conquis.

Il pourra exercer librement et souverainement dans tout l'empire le droit de confiscation in absolutissima Jorma, et le droit de faire grâce et

SUEDE

d'accorder des saufs -conduits. Tout grade conféré par l'empereur et qui ne serait pas revêtu de la signature de Waldstein n'aura aucun effet guoad bona, mais seulement quoad famam, car autrement l'empereur, dans sa bonté, ne laisserait aucun moyen de récompenser les officiers et les soldats. A la paix , on s'occupera des droits du général sur le Mecklembourg, et on lui donnera tous les moyens et tout l'argent nécessaire pour le reconquérir. »

Le cardinal de Richelieu entrevit surle-champ quedes stipulations aussi exorbitantes ne pouvaient manquer de perdre celui au profit duquel elles avaient été consenties. « Il seroit difficile, dit le ministre de Louis XIII dans ses Mémoires (*), déjuger si ces conditions étoient insolentes pour un serviteur envers un maître , ou nécessaires au service de l'empereur , en l'extrémité où se trouyoient ses affaires, en laquelle il a toujours été jugé absolument nécessaire que le prince qui n'agit pas immédiatement par lui-même, se reinette entièrement de toutes choses en un seul, se confiant en lui totalement. Quoi qu'il en soit, on peut bien dire absolument que lesdites conditions furent la cause de sa ruine ou de sa mort, car l'empereur, ou jaloux de sa nature , ou se laissant aller à la jalousie des grands de sa cour, ne les voudra pas observer, Waldstein en témoignera du mécontentement, sur lequel on lui fera croire qu'il est traître , et on le traitera avec toute la cruauté que peut mériter la plus infâme et la plus avérée trahison qui puisse tomber en l'esprit du plus méchant homme du monde. »

L'état fâcheux dans lequel étaient les affaires de la maison d'Autriche, en Allemagne, faisait que tous les princes et tous les états catholiques jetaient les yeux sur le roi de France pour en être protégés. Richelieu va nous faire connaître, dans le langage du temps, les motifs de la politique crue la France suivit pendant toute la durée de cette guerre. Le principal but du vainqueur

(•) T. vn, p. t8.

des huguenots, en France, avait toujours été de séparer en Allemagne la ligue catholique de l'empereur, et de faire assurer à cette ligue, par le roi de Suède , la neutralité qu'elle réclamait. Gustave n'y voulait consentir qu'à des conditions que l'électeur de Bavière refusa obstinément.

« Sa Majesté, disent les Mémoires de Richelieu, ayant eu avis de ce refus par le marquis de Brézé , en reçut du déplaisir, et fut en peine de la résolution qu elle devoit prendre en cette occasion : elle pou voit espérer de grands avantages de la continuation des troubles universels d'Allemagne; si on n'y apportait aussi Quelque retenue, elle craignoit le préjudice que la religion en pou voit recevoir , et quelque conseil qu'elle pût prendre en cette conjoncture, elle prévoyoit qu'il en pouvoit arriver de grands biens etde grands maux.

Mais le pire conseil gui puisse être , étant de ne s'arrêter a aucun , et cette affaire ne pouvant souffrir de délai , le cardinal dit au roi nue pour se résoudre promptement, il falloit considérer qu'en l'état présent des affaires d'Allemagne, Sa Majesté ne pou voit agir qu'en I une de ces quatre manières :

« 1° Ou se joindre avec le roi de Suède pour faire la guerre ouvertement à la maison d'Autriche ;

« 2° Ou s'accommoder avec l'empereur et l'Espagne pour faire conjointement la guerre au roi de Suède et aux princes protestants ;

« 3° Ou essayer de faire accepter la neutralité aux trois électeurs catholiques es termes qu'elle étoit proposée par le roi de Suède, s'il ne vouloit consentir à d'autres meilleurs , et le laisser continuer la guerre en Allemagne sans s'en mêler, mais seulement tenir quelques troupes sur la frontière pour s en servir en tout événement;

« 4° Ou bien , avec ladite neutralité , se rendre en outre maître de l'Alsace, de Brisach et des passages du Rhin qu'y tenoient les électeurs catholiques, et avoir là une armée pour s'en servir aux occasions; ce qui se pou voit, ou en faisant un traité avec le roi de Suède, qui obligeât le roi à faire cette

LTJHIVERS.

conquête, en sorte que l'un ne pût poser les armes sans l'autre, ou sans s'obliger par traités à aucunes conditions, afin d'avoir toujours le pouvoir de prendre des avantages que le temps et les occasions pourraient offrir.

« Que chacune de ces façons d'agir avoit ses avantages et ses inconvénients.

« Que les avantages de la première étoient que Ton pouvoit ruiner absolument toute la maison d'Autriche, être délivré pour jamais de la crainte, de la jalousie et de la dépense auxquelles sa grandeur obligeoit , 1 1 y a long-temps, la France, profiter de sa dépouille, et le roi se rendre chef de tous les princes catholiques de la chrétienté et par conséquent le plus puissant de l'Europe; le roi de Suède, qui alors pourroit entrer en compétence avec Sa Majesté, n'y étant en rien comparable, tant parce que de soi il n'étoit pas fondé et n'avoit point de ressources pareilles à celles de la France, que parce qu'étant sans suite et sans appui , il ne seroit

Sas tant considérable, et que restant 'autres rois protestants ses voisins et ses anciens émulateurs , il pourroit être empêché en ses progrès.

« Que les inconvénients étoient une guerre éternelle, peu de sûreté de la fidélité et constance du roi de Suède , et de sa vie même, après laquelle, son parti étant entièrement ruiné, la France resteroit seule contre la maison d'Autriche; la facilité que les Espagnols et autres voisins du royaume avoient,

Sendant une telle entreprise , de se joinre aux mauvais François , et entreprendre contre nous , particulièrement s'il arrivoit quelque mauvais succès; la haine qu'on encourroit indubitablement de tous les cathotiques , voyant le roi allié avec un prince hérétique pour la ruine d'une maison si pieuse.

« Que les avantages de la seconde étoient l'apparence qu'il y avoit qu'on conserverait la religion en Allemagne, et peut-être en toute la chrétienté; on acquerrait grande réputation parmi les catholiques , Ton rabaisserait la puissance d'un prince dont l'ambition et le courage étoient grandement à craindre,

puisqu'il y avoit lieu de crpire que seul il étoit capable de plqs nuire en qn an qqe n'avoit fait la maison d'Autriche en cent; qu'on pourroit en outre profiter de la ruine des protestants.

« Que les inconvénients de ce dessein étoient le péril qu'il y aurait que le roi de Suède, découvrant ce dessein , ne s'accommodât , et même à son désavantage, avec la maison d'Autriche, pour ensuite nous faire la guerre ; le peu d'assurance que l'on devoit prendre à la foi des Espagnols, le danger de laisser tellement accroître la maison d'Autriche qu'elle fût formidable à la France, et nous obligeât à une guerre éternelle pour nous défendre contre elle ou contre les autres ennemis du dehors ou du dedans qu'elle pouvoit en ce cas nous susciter.

« Que les avantages de la troisième étoient de demeurer présentement sans

guerre, empêcher les mauvais desseins es ennemis de la France , être en état de porter ses armes en tous les lieux où on le jugerait nécessaire , se rendre considérable à tous les deux partis qui craindroient de nous avoir pour ennemis , et pouvoir prendre l'occasion telle que le temps la pourroit présenter, de profiter par accommodement ou par guerre de la mauvaise fortune d'autrui.

« Que les inconvénients étoient la ruine presque inévitable des princes catholiques et de la religion en Allemagne, par la facilité qu'auroit le roi de Suède de rompre la neutralité avec eux, après avoir occupé toutes les entrées du Rhin et des Grisons ; l'impossibilité de secourir lesdits princes selon la promesse qu'on leur en avoit faite; le peu de réputation qu'acquerroit le roi , de laisser périr la religion en Allemagne et les princes qui la

Srofessent , après avoir promis de les éfendre ; la crainte que le trop grand accroissement du roi de Suède ne fût préjudiciable à la France , dont il seroit le voisin, s'il se rendoit maître de l'Allemagne , et l'apparence qu'il y avoit qu'après la conquête de la Germanie, la France restant le seul état qu'il dût considérer et qu'il pût crain-

dre, 0 emploieroit tonte 8a puissance pour la ruiner, soit par soi, ou par les mauvais François , ou par les deux ensemble: la crainte qu'on devoit avoir qu'il portât ses armes en Italie contre le Samt-Siége, et ruinât absolument partout la religion catholique, comme on sa voit qu'il en avoit dessein, joint l'extrême dépense qu'apporterait l'entretien d'une armée inutile sur la frontière, avec perte de réputation.

« Que les avantages de la quatrième et dernière façon étoient la facilité de secourir F Allemagne, toutes fois et quantes qu'elle seroit attaquée ; le moyen infaillible de faire observer la neutralité aux uns et aux autres quand ils en seroient convenus ; l'autorité qu'un tel dessein donneroit au roi dans l'Allemagne, où il auroit infailliblement tous les princes catholiques sous sa protection , et les protestants mêmes, s'il mésarrivoitdu roideSuède, ou si l'on avoit mécontentement de lui ; le moyen de résister, voire donner la loi à la maison d'Autriche, quoi qui pût arriver au roi de Suède; la disposition entière des suffrages des

Îjuatre électeurs catholiques, et le souaçement des provinces de France par l'éloignement des troupes du roi , avancées dans l'Alsace et sur le Rhin, où Ton pourrait trouver moyen de. les nourrir sans incommodité de la France, outre qu'il y avoit grande apparence que le roi de Suède, voyant l'entrée ouverte vers la France, perdroit le dessein du Tyrol et d'Italie, craignant qu'on lui empêchât le retour; finalement, on éloigneroit la Suède des frontières de France, et si l'on retiroit Mayence , cela donneroit grande réputation aux armes et à la piété du roi.

« Que les inconvénients étoient que,

?uelque prétexte qu'on prît d'occuper Alsace, il étoità craindre que la rupture avec toute la maison a'Autricne ne laissât pas de s'ensuivre , laquelle rapporteroit tous les dommages cidessus rapportés en la première façon d'agir. Il y avoit peu de profit présent et beaucoup de mal à venir, si la rupture arrivoit; qu'il y auroit grande

difficulté de garder r Alsace, ouverte

de tous côtés ; et finalement qu'il pourroi t arriver que le roi de Suède, voyant Sa Majesté engagée en cette guerre, s'accommodât avec la maison <f Autriche tacitement ou par traité , et npus laissât le faix de la guerre.

« Que , tout ce que dessus bien considère, il ne sembloit pas que le roi dût se résoudre au pre/mer ni au second expédient, parce qu'il falloit se donner garde jusqu'à 1 extrémité d'entrer en rupture , ni avec le roi de Suède , ni avec la maison d'Autriche; qu'on ne devoit point exposer, qu'à toute force, Sa Majesté à porter le travail du corps et de l'esprit, auquel la djurée de la guerre l'obligerait ; que sa santé peut-être ne lui pourroit permettre une continuelle demeure en ces frontières, et une si longue absence de Paris et autres lieux du royaume où son contentement et ses affaires le pouvoient appeler; que le revenu ordinaire de Sa Majesté ne pouvoit suffire aux frais d'une si longue guerre, et que, n'étant suffisant , il seroit difficile de trouver de l'argent et de faire vérifier des édits par le moyen desquels on en pourroit recouvrer; que les facultés du peuple étoient petites, et grands les dégâts que leur causeraient les levées de gens de guerre qu'il faudrait faire , pour tenir un juste corps d'armée , et plus grandes les clameurs de tous les ordres' du royaume sur ce sujet.

« Que nous n'avions pas beaucoup de chefs capables de faire la çuerre; qu'il se trouveroit peu de fidélité et d'affection ; que l'humeur des François étoit également impatiente de guerre et de repos; que le dégoût de ceux que l'on emploieroit , et la jalousie de ceux qu'on auraient délaissés, faciliterait à Monsieur le moyen de se les acquérir.

« Que les gouverneurs des places et des provinces, par avarice, légèreté, vengeance ou prévoyance de l'avenir, seraient plus aisément persuadés, si le roi étoit une fois engagé en une guerre étrangère, à suivre le parti de Monsieur, et se déclarer pour lui, à quoi ils seroient encore portés par l'envie

naturelle qu'ont les François de voir du changement au gouvernement public de la cour.

a Que les moindres accidents de la guerre , ou surprise d'une place, pouvoient ébranler beaucoup de choses en ce royaume, et exciter de grandes clameurs contre ceux qu'on voudroitdire auteurs d'une guerre étrangère.

« Que , pour toutes ces raisons , il concluoit que les inconvénients qui arriveroient certainement de la guerre , surpassant tous les avantages et profits qu'on en pourroit présentement tirer , on devoit éviter d'y entrer , et partant rejeter la première et la seconde manière d'agir qui avoient été proposées.

« Quant aux autres manières, il falloit prendre quelque chose de l'une et l'autre.

« Qu'il ne falloit omettre aucun moyen pour sauver la ligue catholique et la religion en Allemagne; mais qu'il n'y en a voit aucun qui parût absolument certain pour parvenir à cette fin, et partant que le meilleur qu'on pût prendre étoit celui qui seroit le moins douteux.

« Qu'en l'état où les affaires étoient réduites par la longueur qu'y avoit apportée le duc de Bavière , il sembloit qu'il n'y en eût point d'autre que de passer la neutralité aux meilleures conditions que l'on pourroit , non honteuses pour le roi et supportables pour les électeurs et princes de la ligue catholique, auxquels il falloit laisser le choix de les arrêter ou de rompre, afin que, quelque événement qui en arrivât, ils ne pussent se plaindre que d'eux-mêmes.

« Détourner ensuite le roi de Suède autant que Ton pourroit du dessein de l'Alsace et de 1 occupation du Rhin ; le laisser en espérance, sans s'y engager tout à fait , que le roi l'entrep rend roi t dans peu de temps, et cependant voir comme iroient les affaires de ce conquérant et celles de ses ennemis ; négocier avec les électeurs ; savoir comme, par leur moyen, on pourroit s'assurer d'un passage sur le Rhin, du tout nécessaire pour les

secourir , soit de ceux qui étoient en leur puissance, s'ils en avoient encore, soit de ceux oui dépendent de la maison d'Autriche, sans rompre avec elle.

« Que Bavière devoit envoyer vers l'archiduc Léopold pour voir s'il vouloit consigner Brisach à cette fin, à condition que le roi mettroit entre les mains du nonce lettres-patentes , par lesquelles il s'obligerait de le rendre.

« Tâcher de procurer secrètement une bonne union avec les électeurs catholiques et les protestants.

« Assurer messieurs les électeurs que le roi seroit toujours prêt et disposé à les secourir en cas que la neutralité fût violée ; qu'il tiendrait pour cet effet , non sans grands frais qu'il ferait en leur seule considération et celle de la religion, une armée de 30,000 hommes et de 6000 chevaux sur sa frontière, et dès à cette heure leur offrait des cens de guerre, s'ils en avoient besoin, pour leur aider à garder les places qu'ils avoient sur le Rhin , la Moselle et la Meuse , laissant à leur option d'en prendre ou de n'en prendre pas.

« Que la neutralité signée , le roi de Suède ne se pouvoit plaindre si l'on mettoit des François dans ces places, puisqu'on aurait lieu de lui faire voir que c'étoit pour empêcher que les Espagnols ne fissent de même, et les détacher tout à fait de la maison d'Autriche.

« Leur dire enfin que Sa Majesté désirait si religieusement leur conservation, que sans jalousie d'aucun autre prince qui les pdt aider, elle ne prétenaoit pas les empêcher de se servir de tout secours qu'ils estimeraient leur être utile , mais leur offrait le sien sans les priver d'aucun autre.

« Qu'il estimoit qu'il falloit parler ainsi aux ambassadeurs de la lieue et électeurs , afin qu'ils ne pussent dire qu'on les avoit empêchés n'être secourus d'Espagne, et cependant qu'on les avoit laisses perdre; et toutefois, ils n'oseraient se jeter entre les mains des Espagnols, à cause de lu jalousie qu'en prendrait la Suède , et de la rupture

qui en pourrait arriver entre eux : par ce movea on n'entreroit point en rupture avec personne, on seroit sur ses pieds et sur ses forces pour profiter du temps et des occasions ; les électeurs et la ligue catholique ne pourraient se

{riaindre du roi, ains auraient tout ieu de s'en louer , de ce que, nonobstant le malheur qui leur est arrivé par leur négligence , Sa Majesté n'auroit rien oublié de ce qu'elle pouvoit pour les secourir.

« Qu'après tout ce que dessus , la question étoît de savoir ce qu'il falloit au cas que le roi de Suède fût si injuste qu il ne voulût rien changer en l'acte de neutralité dernière qu'il avoit donne.

« Que s'il s'afîermissoit en cette injustice , il falloit tenter , sans rien rompre, d'obtenir quelque temps , dans lequel les électeurs et la ligue s'assemblassent pour voir s'ils accepteraient la neutralité ,' et cependant faire cessation de toute hostilité entre eux.

« Que, s'il refusoit ce parti , il falloit donner le choix aux électeurs, ou de signer la neutralité telle que le roi de Suède l'avoit envoyée, ou de se défendre, et, en ce cas, offrir quelque secours à Bavière, à Trêves et a Cologne, pour leur aider à défendre leurs places qu'ils ont sur le Rhin , la Moselle et la Meuse , s'ils le désiraient , les priant de bien considérer s'ils se pouvoient sauver en l'état auquel ilsétoient,

3ueique secours que le roi leur pût onner.

« Le roi . suivant cet avis , manda au raarouis de Brézé que , nonobstant les ruaes conditions que demandoit le roi de Suède , il ne laissât pas de continuer sa poursuite entre lui et les princes de la ligue catholique pour la neutralité , et de réduire les choses , s'il se Douvoit , à des conditions auxquelles les uns et les autres pussent condescenare; que, pour cet effet, il obtînt quelque suspension d'armes pour donner loisir aux uns et aux autres de traiter, sans que rien pût survenir cependant qui changeât l'état des affaires.

« Il ne put obtenir du rai de Suède plus de quinze jours de temps; après

SUÈDE. 109

qu'ils furent expirés , ledit marquis n'ayant reçu aucune réponse du duc de Bavière, il supplia le roi de Suède de vouloir accorder encore huit jours; ce qu'il fit après y avoir beaucoup résiste.

« Le roi de Suède tenoit ferme en ce qu'il avoit proposé, et ne plioit point. »

Pendant ces négociations, Tilly était parvenu à ranimer le courage de ses troupes, et s'était présenté avec une armée formidable devant Nuremberg.

Gustave, qui se trouvait encore à Francfort , marcha aussitôt h sa rencontre. Tilly était resté si fidèle à ses anciennes habitudes de pillage et de dévastation, que toutes les villes de la Franconie reçurent le roi de Suède comme un libérateur. Maximilien conseilla à Tilly de se retirer vers la Bo^ héine, afin de transporter le théâtre de la guerre sur les possessions de la maison d'Autriche, persuadé que Gustave y suivrait à la piste son adversaire de Leipzick. L'honnête électeur, l'âme de la ligue catholique, ne tarda pas à être puni cruellement de ce lâche et perfide machiavélisme. D'un autre côté, le langage que Gustave commençait à tenir fit refléchir les protestants , et leur prouva combien il est dangereux de recourir à l'intervention d'une puissance étrangère pour régler les affaires de la patrie ; que quelque désintéressée que cette puissance soit dans le principe , le bruit des armes , l'enivrement de la victoire , ou bien encore le dépit causé par des revers, ne manquent jamais de transformer ce désintéressement en égoïsme. Les habitants de Nuremberg ayant accueilli l'armée suédoise avec empressement, Gustave leur répondit dans le jargon diplomatique de cette époque, qu'il ne prendrait rien à ses amis -, qu'il ne demanderait même, pour les avoir délivrés , gue aratitudinem ; mais que son intention était de garder ce qu'il prendrait à ses ennemis, s urtoutpontijiciis ; que l'alliance protestante (il voulait probablement désigner sous ce nom la partie protestante de l'empire) devait se séparer des catholiques y et se pour-

L'tlNtVE&S.

voir d'un tàfro digne de sa confiance.

Qu'on ne devait point songer à le satisfaire, comme un partisan, par quelques mois de solde; que roi, il pouvaitdemander des provinces , selon les théories de Grotius et ex jure gentium, bien que du reste il ne manquât rii de terres ni de royaumes; que s'il restituait quelques conquêtes, comme, par exemple, la Poméranie et le Mecklembourg, on ne pourrait lui refuser les jura superioritatis, qui avaient autrefois ap-

Sartenu à l'empereur; que l'ancien édice de l'empire ne valait plus rien ; oue les princes de l'Italie étaient plus indépendants que les princes de l'Allemagne, etc. Trois siècles plus tard , ces idées furent réalisées. On prétend que Gustave ne les mit en avant que pour se faire élire empereur. Ce qu'il y a de certain , c'est que ses prétentions s'étaient accrues avec le succès. Comment expliquer autrement l'exclamation qui lui échappa, dit -on, en recevant la taort : « A (Vautres le monde!»

Mais avant que l'empereur eût le temps de profiter du changement qui s'était opéré dans les dispositions des princes protestants, Gustave s'avança par Scnwabacb et Donauwerth, et, le 16 avril 1632, il força le passade du Lech défendu par Tilly, qui périt dans cette occasion. Le 25 , il entra triomphant à Augsbourg , où il se fit

Eréter serment d'obéissance par les ourgeois , et fit restituer aux protestants les églises qu'on leur avait enlevées, sans permettre aucune autre réaction contre les catholiques. Ensuite il alla assiéger Ingolstadt , où un ambassadeur de France, Saint-Etienne, se présenta pour négocier la neutralité de l'électeur de Bavière. « Je connais «*trop bien , repondit Gustave , l'éleo « teur de Bavière et sa prêtrise : il « porte une casaque doublée , et, selon « les circonstances, il tourne en dedans, « aujourd'hui le rouge, demain le bleu. « Je conçois qu'on puisse le défen- « dre : à qui voudrait faire l'éloge du « pou , cet animal immonde, il se pré- « 6enterait vingt choses à dire : que « c'est un animai fidèle et utile, qui

« sucele mauvais sa1 ng de Thomme, etc., « etc. Mais, pour cette fois , on ne m'y « prendra point, je connais le cœur « taux du Bavarois. » Puis il proposa des conditions très-dures que l'életiteur refusa, comme on s'y attendait, et Ingolstadt opposant une résistance opiniâtre, l'armée suédoise s'empara de Landsnut, le jour anniversaire de la prise de Magdeboûrg, mais, il faut le dire à sa louange, sans songer à exercer aucunes "représailles.

Le 17 mai , Gustave entra dans Munich. On craignait que les protestants-ne se vengeassent sur la capitale de la ligue, des cruautés exercées dans le Nord 'par leurs ennemis; mais la discipline de l'armée suédoise était si admirable et tellement connue, que, deux heures après l'entrée du roi , toutes les boutiques étaient ouvertes et les plus belles d'entre les femmes et les filles de Munich , d'après le témoignage même d'un jésuite , se promenaient bras dessus bras dessous avec les officiers suédois. Gustave, dont l'affabilité ne se démentit pas dans cette circonstance, assura aux bourgeois qu'il n'était point venu imiter ses aïeux les Goths. 11 protégea le culte des catholiques, et assista même avec recueillement à leurs cérémonies religieuses. Toutefois on • fit paver à la ville une contribution considérable , et 140 canons que l'on découvrit sous les dalles de l'arsenal furent déclarés de bonne prise. Surgite à mortiùs fâit le roi, et venite adjudicium.

Dans les campagnes, cependant, les choses se passaient d'une manière différente. Les paysans bavarois , qui ne savaient pas encore ce que c'était que l'état de guerre , et qui d'ailleurs se sont toujours distingués par leur attachement au catholicisme, prirent les armes aux moindres vexations, massacrèrent tout ce qui tomba sous leurs mains, même les sauvegardes, et en furent punis rigoureusement par des moyens aussi peu équitables.

Ces désordres n empêchèrent pas Gustave d'étendre et d'affermir ses armes dans l'Allemagne méridionale, et l'on craignit un instant à Vienne qu'il

SUÈDE

n'allât s'unir aux Saxons, en Bohême, pour entrer ensuite avec eux en Autriche. Mais George de Saxe n'était point fait pour une telle entreprise:

dépourvu de toute fermeté et de toute persévérance, adonné à la chasse et aux plaisirs , envieux et jaloux de Gustave, il se laissa intimider par Valdstein et retenir par les envoyés de Richelieu. La discipline de son année se relâcha bientôt , et l'amitié qu'avaient eue d'abord les Bohémiens pour les Saxons fît en peu de temps place à la baine et à l'aversion. Waldstein qui , dès le mois d'avril, disposait d'une année de 40,000 hommes , tomba soudain sur les Saxons, qui avaient négligé les avis et les conseils du roi de Suéde, s'empara de Prague, le 4 mai, en abandonna les quartiers les plus riches à sa jeune année, extorqua des contributions des autres quartiers, chassa rapidement les Saxons de toute la Bohême, et se trouva/ le 11 juin, à Égra, faisant ainsi sa {onction avec l'électeur de Bavière, qui, a la tête de ce qu'il avait pu sauver de ses forces, s'était retire sur Ratisbonne. Gustave dut regretter alors de n'avoir pas suivi le conseil d'Oxenstierna, qui, après la bataille de Leipzick, voulait qu'on marchât droit sur Vienne, ce qui n'aurait pas , croyait-on , éveillé la jalousie de la France. Désormais il voyait bien que sa position en Bavière était d'autant moins soutënable que Pappenheim lui faisant la guerre dans la Basse-Saxe et sur le Rhin, il était en danger de se voir entouré de tous cotés parles ennemis. Il se retira donc en Franconie, et se fortifia le 19 juin, près de Nuremberg. Le 30, les Impériaux et les Bavarois se trouvaient en face de lui avec une armée bien supérieure, et se fortifièrent également.

Waldstein n'osa pas attaquer les Suédois avec son armée nouvellement formée : a S'ils sont battus , disait-il , ils

* trouveront une retraite inattaquable « dans Nuremberg, et si nous le som- « mes , rien ne s'opjposera plus à leur « marche sur Vienne. »

* Des maladies et une disette se firent sentir dans les deux camps , ,

et Gustave qui avait, ail commencement du mois d'août, reçu des renforts considérables, résolut d'attaquer le cahip de Waldstein, et, le 24 août, lui donna l'assaut pendant six heures , avec la bravoure et l'opiniâtreté qui distinguaient l'armée suédoise, sans pouvoir cependant obtenir le moindre avantage. Toutefois il était également impossible aux deux armées de rester plus long-temps dans ce pays épuisé par la guerre, et le 8 septembre , Gustave; après avoir jeté une forte garnison dans Nuremberg, quitta son camp en plein jour, au bruit des fanfares militaires, et se retira avec son armée dans le meilleur ordre , d'abord sur Neustadt, et puis sur Nôrdlingen et Donauwerth. Waldstein et Maximilien se séparèrent à Cobourç, l'électeur se rendit par Bamberg a Ratis-* bonne, le généralissime à Meissen, en forçant Bernard de Weimar à se retirer et en réunissant autour de lui toutes les forces qu'il avait laissées en Bohême, et Pappenheim, qui venait de traiter en Autrichien la Basse-Saxe et la Westphalie.

Le 22 octobre, Waldstein occupa Leipzick et Halle, et Gustave se vit contraint de quitter la Haute -Allemagne pour venir au secours de la Saxe, et d'interrompre les conférences d'Ulm , ainsi que les négociations relatives à la restitution du Palatinat. Gustave, après une marche rapide, se fortifia près deNaumbourg, et trouva, dans cette partie de l'Allemagne, les affaires bien changées à l'avantage de Waldstein, Arnheim, le général saxon , n'ayant nulle part agi avec la résolution et la promptitude convenables, ets'étant laissé séparer du roi , ainsi que des autres généraux, par l'occupation de Halle et de Leipzick.

Ainsi Gustave se voyait réduit aux forces qu'il amenait avec lui. Waldstein toutefois n'osa point attaquer le roi , et Pappenheim , moins impétueux depuis la bataille de Leipzick , déclara la position du roi inattaquable, et soutint qu'il fallait avant tout secourir Cologne assiégée par le comte Henri de Berg. Aussitôt que Gustave sut que

L'UNIVERS

Pappenheim était en marche sur Halle, il quitta son camp le 16 novembre et marcha par Weissenfels sur Lutzen.

En route on flt prisonnier un capitaine impérial qui assura à diverses reprises que Pappenheim s'était de nouveau réuni à Waldstein. Cette assertion engagea le roi à réfléchir sur l'opportunité d'une bataille, et lui fit perdre des heures précieuses pendant lesquelles Waldstein dépécha courrier sur courrier à Pappenheim pour l'inviter à rebrousser chemin. Enfin Gustave se décida à engager le combat qui devait être pour lui si glorieux et si funeste. Mais il n'appartient qu'à Schiller de retracer ce mémorable tableau.

« Trois coups de canon que le comte de Colloredo lit entendre du château de Weissenfels, annoncèrent la marche (lu roi; et, à ce signal convenu, tous les avant-postes du duc de Friedland , commandes par le général des Croates, Isolani, se réunirent pour occuper les villages situés sur la Rippach. Leur faible résistance ne put arrêter l'ennemi , qui passa la Rippach près du village de ce nom, et prit position audessous de Lutzen , en face de l'armée impériale. La grande route qui conduit de Weissenfels à Leipzick est coupée, entre Lutzen et Merkranstâdt, par le canal, qui se prolonge depuis Zeit jusqu'à M ersebourg, et réunit PEÏster avec la Saale. A ce canal s'appuyaient l'aile gauche des impériaux et la droite du roi de Suède, de manière cependant que la cavalerie des deux armées s'étendait aussi sur l'autre rive. Vers le nord , derrière Lutzen , était campée l'aile droite de Waldstein, et au sud de cette petite ville, l'aile gauche des Suédois. Les deux armées se trouvaient en face de la grande route, qui passait au milieu d'elles, et séparait les deux fronts de bataille. Mais la veille du combat, Waldstein s'était emparé de cette rou te, au grand désavantage de son adversaire; il avait fait creuser les fossés qui la bordaient des deux côtés , afin de les rendre plus profonds, et les avait fait garnir de tirailleurs , ce qui en rendait le passage très-difficile et

extrêmement dangereux. Derrière eux s'élevait une batterie de sept pièces de canon gros calibre, destinée a soutenir le feu de la mousqueterie des fossés, et, vers les moulins à vent, en arrière de Lutzen, tout près de la ville, on avait placé sur une hauteur quatorze pièces de campagne, qui pouvaient balayer une grande partie de la plaine. L'infanterie, distribuée en cinq

grandes brigades, était placée en ordre e bataille a trois cents pas derrière la grande route, et la cavalerie couvrait les flancs. Tous les bagages furent envoyés à Leipzick pour ne pas gêner les manœuvres, et les chariots de munitions restèrent seuls derrière la ligne. Afin de cacher la faiblesse de l'armée impériale, tous les valets reçurent ordre de monter à cheval , et de se joindre à l'aile gauche, mais seulement jusqu'à l'arrivée de Pappenheim.

L'obscurité de la nuit favorisa ces

Préparatifs, et, avant le jour, tout était isposé pour recevoir l'ennemi.

« Le même soir, Gustave-Adolphe parut dans la plaine opposée, et rangea son armée en bataille. Il adopta le même ordre qui, un an auparavant, lui avait donné la victoire auprès de Leipzick : de petits escadrons furent mêlés par intervalles dans l'infanterie, et la cavalerie reçut à son tour divers pelotons d'infanterie, placés aussi par intervalles, et destines à agir à ses côtés. L'armée entière formait donc deux lignes, ayant le canal à droite et derrière, la grande route devant elle, et la ville de Lutzen à sa gauche; l'infanterie, sous les ordres du comte de Brahé, était placée au centre, la cavalerie aux deux ailes , et l'artillerie en avant. Un héros allemand, le duc Bernard de Weimar, commandait la cavalerie allemande de l'aile gauche : le roi, en personne , était à la tête de ses Suédois à l'aile droite, afin d'exciter entre les deux nations une noble et salutaire émulation. Les mêmes dispositions furent observées dans la seconde ligne, et, derrière elle, se trouvait placé un corps de réserve sous le commandement de l'Écossais Henderson. .' « Ces dispositions prises de part f t

SUÈDE

Ils

d'autre, on attendit le jouir pour commencer une lutte qui devait tout l'intérêt, comme tout l'effroi qu'elle inspirait, plutôt aux longs retards qu'elle avait éprouvés qu'à l'importance probable des suites qu'elle pouvait avoir.

L'attente de l'Europe, trompée devant Je camp de Nuremberg, allait être satisfaite dans les plaines de Lutzen :

jamais, dans le cours de cette longue guerre , deux généraux de ce mérite , égaux en considération, rivaux de gloire, et doués tous deux des plus rares talents militaires, n'avaient mesuré leurs forces en bataille rangée.

Jamais un pareil défi n'avait paru devoir en imposer à l'audace même ; jamais l'espérance n'avait été enflammée par un prix aussi élevé. Cette journée devait montrer à l'Europe le premier de ses guerriers , et proclamer le vainqueur de celui qui jusque là n'en avait connu aucun; elle devait décider si c'était le génie de Gustave- Adolphe gui avait vaincu au combat du Lech et à la bataille de Leipzick , ou si l'impéritie de son adversaire avait été la seule cause de ce succès.

« C'était dans cette journée que le mérite du duc de Fnedland devait justifier le choix de l'empereur, et que la grandeur de l'homme devait balancer l'énormité du prix qu'il avait coûté. Chaque soldat, fier de la gloire de son chef, semblait la partager tout entière; sous chaque armure on retrouvait les sentiments qui enflammaient Famé du général. L'issue était encore douteuse:

mais les efforts , le sang qu'elle allait coûter au vainqueur comme au vaincu, ne l'étaient pas. Chacun connaissait bien l'ennemi avec lequel il avait affaire, et l'inquiétude que l'on ressentait de part et d'autre, et que l'on cherchait vainement à dissimuler, était le plus glorieux témoignage qu'ils pussent recueillir l'un et l'autre de leurs talents militaires.

« Enfin paraît ce jour redouté ; mais un brouillard impénétrable, qui couvre toute la plaine , diffère encore l'attaque jusqu'au moment où les armées pourront se découvrir. Le roi se jette a genoux devant le front de bataille •

8* Livraison. (Suéde.)

toute l'armée suit aussitôt son exemple, et entonne un cantique touchant que la musique militaire accompagne.

Alors Gustave- Adolphe monte à cheval, et, vêtu d'un simple habit de drap, avec un justaucorps en buffle (les douleurs qu'il ressentait d'une ancienne blessure ne lui permettaient pas de porter la cuirasse), il parcourt les rangs pour inspirer à ses braves une confiance que son cœur, plein de funestes pressentiments, était loin départager.

Dieu avec nous était le mot de ralliement des Suédois ; Jésus y Marie , celui des Impériaux. Yers les onze heures, le' nuage commence à se dissiper, et l'on aperçoit l'ennemi. On voit aussitôt les flammes de Lutzen, que le duc de Friedland avait fait incendier pour n'être pas tourné sur ce point. Alors retentit le signal de l'attaque : la cavalerie suédoise s'élance contre l'ennemi, et l'infanterie marche vers les fossés.

« Accueillis par un feu terrible de mousqueterie et par la grosse artillerie

E lacée sur le revers, les intrépides ataillons suédois poursuivent leur attaque avec la même vigueur. Les mousquetaires ennemis abandonnent leur position , les fossés sont franchis ; on s'empare de la batterie même , que l'on dirige sur-le-champ contre les Impériaux. Les Suédois pénètrent avec une impétuosité irrésistible : la première des cinq brigades de Friedland est enfoncée; bientôt après, la seconde, et déjà la troisième commence à plier : mais la présence d'esprit du duc arrête bientôt les progrès de l'ennemi ; avec la vivacité de l'éclair , il répare partout le désordre de son infanterie; d'un mot il arrête les fuyards» Soutenues de trois régiments de cavalerie, ses brigades déjà battues font de nouveau face aux Suédois, et pénètrent avec fureur dans leurs rangs.

Alors s'engage le combat le plus terrible : la proximité de l'ennemi ne permet plus l'usage de l'arme à feu ; la fureur de l'attaque enlève le temps nécessaire à la charge; on combat homme à homme : à l'arme à feu, devenue inutile, succèdent la pique et l'épée; l'art fait place à la rage. Enfin

L'UNIVERS

les Suédois, fatigués, subjugués par le nombre, se replient jusqu'au-delà des fossés, et la batterie qu'ils venaient d'emporter est abandonnée dans leur retraite; mille corps mutilés cou- Trent déjà la plaine, et l'on n'a pas gagné un pouce de terrain !

« Cependant l'aile droite des Suédois, conduite par le roi en personne, a attaqué l'aile gauche de l'ennemi. Le premier choc des cuirassiers finlandais a déjà dispersé tous les corps légers polonais et croates qui couvraient cette aile, et le désordre de leur fuite porte en un instant la terreur et la confusion dans le reste de la cavalerie. Dans ee moment, le roi apprend gue son infanterie se retire au-delà oes fossés, et que son aile «anche , fortement maltraitée par 1 artillerie des moulins, commence aussi à plier. Avec la plus grande présence d esprit , il charge aussitôt le général Horn de poursuivre l'aile gauche de l'ennemi quMl vient de battre , tandis qu'il part lui-même , à la tête du régiment de Steinbock , pour aller arrêter le désordre de la sieune.

« Son fler coursier le porte comme un trait au-delà des fossés ; mais le passage est plus difficile pour les escadrons qui le suivent, et un petit nombre de guerriers, parmi lesquels on compte le duc François Albert de Saxe-Lauenbourg , sont assez heureux pour se placer encore à ses cotés. Il pousse directement vers l'endroit où son infanterie parait assaillie avec le plus de fureur, et, tandis qu'il jette ses regards autour de lui , pour tacher de découvrir dans l'armée ennemie un jour vers lequel il puisse diriger son attaque , sa vue courte le conduit trop près d'elle. Un caporal impérial s'aperçoit que tout s'éloigne avec respect, pour laisser passer celui qui s'avance le premier, il ordonne aussitôt à un mousquetaire de tirer dessus: « Tire « sur celui-là, crîe-t-il, ce doit être « un homme considérable. » Le soldat obéit, le coup part, et va fracasser le bras gauche du roi. Au même instant accourent autour de lui ses vaillants escadrons, et un bruit confus, au milieu duquel ils n'entendent que ces

paroles : Le roi est Messe 1 1» roi i reçu un coup de feu ! vient les glacer d'épouvante et d'horreur. « Ce n'est « rien; suivez- moi, » s'écrie Gustave en recueillant toutes ses forces. Mais bientôt , vaincu par la douleur , près de s'évanouir, il prie , en langue française, le duc de Lauenbourg de le tirer sans éclat de la foule. Tandis que celui-ci se dirige vers l'aile droite avec le roi , et lui fait faire un long détour pour dérober à l'infanterie découragée ce spectacle accablant, Gustave reçoit dans le dos un second coup qui lui enlève le reste de ses forces. « j'en ai « assez, mon frère, dit-il d'une voix « mourante; toi, cherche seulement à « sauver ta vie. » En même temps, il tombe de cheval, et, atteint de nouveau par plusieurs coups de feu , abandonne de toute sa suite, il rend le dernier soupir entre les mains des Croates. Bientôt son coursier , tout couvert de sang, erre seul dans la

8 laine, et apprend à la cavalerie suéoise la perte irréparable qu'elle vient de faire. Furieuse alors , elle s'élance vers l'endroit où il est tombé; elle veut arracher les précieux restes de son roi aux mains barbares qui le dépouillent : un combat meurtrier s'engage autour de son cadavre, et ce corps défiguré reste enseveli sous un monceau de morts.

« Eu un instant , cette nouvelle terrible a parcouru toute l'armée suédoise; mais , au lieu d'abattre le courage de ces braves légions , elle le renouvelle, elle réchauffe, et le porte jusqu'à la rage. La vie n'a plus de prix , depuis que la plus sacrée de toutes n'est plus; la mort n'a rien d'effrayant, depuis qu'elle a frappé la tête la plus chère. Comme des lions furieux, les régiments uplandais , smalandais, finlandais, d'Ostrogothie et de Westrogothie, se précipitent, pour la seconde fois , sur l'aile gauche de l'ennemi qui n oppose plus au général Horn qu'une faible résistance, et e*t bientôt entièrement' défait. En même temps, le duc Bernard de Weiniar , guerrier dont les talents égalaient le grand courage, prend le commandement de l'armée orpheline

BUÈDÊ.

lit

de son roi , et le génie de Gustave- Adolphe conduit encore ces phalanges victorieuses. En un instant, Tordre est rétabli à l'aile gauche; le duc Bernard enfonce l'aile droite des Impériaux; il s'empare de l'artillerie des moulins, oui causait les plus grands ravages, et la dirige contre l'ennemi.

Le centre de l'infanterie suédoise, conduit par le duc Bernard et Kniphausen , franchit de nouveau les fossés ; et, pour la seconde fois, la batterie de sept canons est emportée.

Alors l'attaque recommence avec une nouvelle fureur contre les gros bataillons du centre; leur résistance devient toujours plus faible , et le hasard luimême vient concourir avec la bravoure suédoise pour achever leur défaite : le feu prena aux caissons des Impériaux, et, au milieu d'un fracas horrible, on voit voter dans les airs une immense quantité de grenades et de bombes.

L'ennemi épouvanté se croit surpris par derrière , tandis que les brigades suédoises l'attaquent par devant; le courage l'abandonne; il voit son aile

Sauché battue, sa droite sur le point e l'être, et son artillerie au pouvoir des Suédois. La victoire est prête à se déclarer ; le destin de la journée ne dépend plus que d'un instant... Mais tout à coup paraît Pappenheim à la fête des cuirassiers et des dragons; alors tous les avantages obtenus jusque-là sont perdus, et une nouvelle bataille recommence.

« L'ordre qui rappelait ce général à Lutzen l'avait trouvé à Halle, au moment même où ses soldats achevaient le pillage de cette ville. Il était impossible de rassembler toute cette infanterie avec la promptitude qu'exigeaient l'urgence des ordres et Fini- Satience de ce guerrier. Sans attendre onc qu'elle fût réunie , il fait montei à cheval huit régiments de cavalerie , se met à leur tête , et accourt pour prendre part à la fête de cette journée. Il arriva encore assez à temps pour voir la défaite de l'aile gauche des Impériaux battue par Gustave llorn, etu fut, pendant quelques instants, enveloppé lui-même dans cette défaite ;

mais sa présence d'esprit sut bientôt rallier ses bandes fugitives et les ra? mener à l'ennemi. Entraîné par son indomptable courage, brûlant d'impaA tience de combattre le roi lui-même, qu'il supposait commander cette aile, il fond avec furie sur les escadrons suédois, qui, las de vaincre, et accablés par la supériorité du nombre, reculent devant cette nouvelle massé d'ennemis, en faisant toutefois la plus vigoureuse contenance. La présence de Pappenheim, sur laquelle on ne comptait plus, réveille aussi l'ardeur presque éteinte de l'infanterie impériale , et le duc de Friedland saisit avec promptitude l'occasion de reformer sa ligne. Les bataillons suédois, serrés en masse, sont repoussés, après un combat terrible, jusqu'au-delà des fossés, et les canons, deux fois emportés , sont arrachés deux fois de leurs mains. Tout le régiment jaune, comme le plus brave de ceux qui signalèrent leur courage dans cette sanglante journée, était étendu sur le champ Je bataille , dans le même ordre qu'il avait si vaillamment conservé avant de mourir. Tel fut aussi le sort d'un régiment bleu, que le comte de Piccolomini, à la ttte de la cavalerie impériale, tailla en pièces, après le combat le plus terrible. Cet excellent général renouvela sept fois son attaque; sept chevaux furent tués sous lui. et, percé de six coups de feu, il n'abandonna le champ de bataille que lorsque l'armée entière l'entraîna dans sa retraite. On vit le duc de Friedland lui-même, au milieu d'une grêle de balles , parcourir avec calme toutes ses divisions, secourant le faible, applaudissant au brave, punissant le iâehe d'un regard foudroyant. Autour de lui , à ses côtés , la mort moissonne en foule ses guerriers; son manteau même est criblé de balles. Mais les dieux vengeurs protègent en ce jour celui qui doit bientôt expirer par un fer assassin qu'on aiguise déjà dans l'ombre : Waldstein ne devait pas terminer une vie coupable sur |e champ d'honneur où Gustave-Adolphe venait de finir la sienne.

« Le même bonheur ne fut pas réservé à Pappenheim , le Télamon de l'armée, le plus redoutable soldat de la maison d'Autriche et de l'Église. Le désir brûlant de combattre le roi corps à corps avait entraîné ce guerrier furieux au milieu de la plus sanglante mêlée, là où il espérait le plus rencontrer son généreux ennemi. Gustave- Adolphe avait aussi cherché à voir de près cet adversaire qu'il estimait; mais l'ardeur secrète qui les animait l'un contre l'autre ne put être satisfaite, et la mort seule rapprocha ces deux héros.

Deux balles de mousquet traversèrent la poitrine de Pappenheim , déjà couverte de cicatrices , et les siens furent obligés de l'arracher de force à cette scène de carnage. Tandis qu'on était occupé à le transporter sur les derrières , un bruit confus vient jusqu'à son oreille, et semble lui apprendre que celui qu'il cherchait est étendu mort sur le champ de bataille; bientôt cette nouvelle lui est confirmée. On vit alors tous ses traits s'épanouir, et ses yeux briller d'un dernier éclat. « Qu'on an- « nonce au duc de Friedland , s'écria- « t-il , que je suis blessé sans espé- « rance, mais que je meurs content, « puisque l'implacable ennemi de ma « religion est mort le même jour que « moi. »

« Avec Pappenheim disparut du champ de bataille le bonheur des Impériaux. La cavalerie de l'aile gauche, a peine privée de ce chef victorieux qui venait de la rallier, crut tout perdu par sa mort, et, s'abandonnant au plus lâche découragement, prit la fuite. Un pareil désordre s'empara aussi de l'aue droite, gui nrit la tuite également, à l'exception ae quelques régiments, que l'intrépidité de leurs colonels , Gôtz , Terzki , Colloredo et Piccolomini, contraignit de demeurer à leur poste. L'infanterie suédoise sut

S router, avec promptitude et vigueur, e ce moment d'épouvante. Afin de remplir les vides que la mort venait de faire dans lé premier corps de bataille, les deux lignes se réunissent, et hasardent enfin l'attaque décisive.

Pour la troisième fois, l'infanterie

franchit les fossés, et, pour la troisième fois , les canons placés sur le revers tombent entre ses mains. Le soleil va terminer sa carrière, et les deux armées renouvellent leur sanglante lutte; le combat, près de finir, recommence plus terrible que jamais ; de part et d'autre , les dernières forces sont aux prises : l'adresse , la fureur font les plus violents efforts pour ressaisir , dans ces instants précieux , les avantages de la journée. En vain le désespoir élève chaque combattant audessus de lui-même, aucun ne sait vaincre , aucun ne sait reculer ; et la tactique ne semble épuiser, d'un côté, ses plus savantes ressources que pour donner lieu, de l'autre, à l'exécution des plus habiles, des plus surprenantes manœuvres. Enfin, le brouillard et la nuit viennent mettre à ce combat un terme que la fureur ne sait v mettre , et l'attaque cesse , parce qu on ne découvre plus son ennemi. Un mouvement uniforme sépare les deux armées :

les trompettes font entendre le signal consolant de la retraite, et chacun, désavouant sa défaite, abandonne la plaine.

« L'artillerie des deux armées passa la nuit sur le champ de bataille , faute de chevaux : elle devait être à la fois le prix et le gage de la victoire pour celui qui se rendrait maître du terrain. Mais la précipitation avec laquelle le duc de Friedland abandonna Leipzick et la Saxe, lui fit oublier d'aller retirer la sienne. Peu après la fin du combat, arriva l'infanterie de Pappenheim, forte de six régiments, et qui n'avait pu suivre assez vite son

J;énéral ; mais elle arriva trop tard , et e sort de la journée était fixé. Il est vraisemblable que, si ce renfort fût venu quelques heures plus tôt, il eût décidé de la victoire en faveur des Impériaux; il aurait même pu , en s'emparant, aussitôt après son arrivée, du champ de bataille, sauver l'artillerie du duc de Friedland et enlever celle des Suédois; mais, sans ordre pour régler sa conduite , ignorant entièrement l'issue de la bataille, il prit la route de Leipzick dans l'espoir ae rencontrer l'armée. »

SUÈDE

Tel est l'admirable tableau que Schiller a tracé de la bataille de Lutzen.

Écoutons maintenant Richelieu. Il nous dira quelles furent les suites de cette lutte sanglante , et nous ne pourrons sans un vif intérêt entendre les réflexions que la mort de Gustave suggéra à ce grand ministre , Phomme le mieux fait, peut-être, pour comprendre le héros suédois.

« Le désordre des Impériaux fut si grand en leur fuite, que leur cavalerie, rencontrant leur propre bagage auprès de Leipzick , le pilla comme si c'eût été celui de l'ennemi.

« Pappenheim mourut d'une mousquetade en cette bataille, et dit qu'il mouroit content puisque le roi de Suède étoit mort avant lui. Ce fut le capitaine le plus courageux et le plus heureux de tous ceux de l'empereur, et qui, pour marque de sa valeur, a voit cent cicatrices sur lui.

« La nuit suivante fut une des plus horribles dont on ait ouï parler, à cause des morts et des mourants blessés de part et d'autre, répandus dans le champ de bataille, ou le duc de Weimar demeura jusqu'au lendemain.

« Il y eut six mille hommes de morts, la plupart Impériaux, grand nombre de blessés qui moururent presque depuis, et trente-six pièces de canon des ennemis prises.

« Ledit duc, après avoir retiré tous les blessés du champ , en partit sur les dix heures du matin , et s'en alla à Weisseniels avec son armée, qui ne savoit encore rien de la mort de son chef, qu'il avoit eu soin d'envoyer retirer par le sieur de Truxes et autres le jour précédent, lorsqu'il prit le commandement de l'armée et alla charger les ennemis. Ledit Truxes le mit sur un chariot d'artillerie, prenant son temps lorsque les ennemis furent un peu éloignés du lieu où il l'a voit remarqué, car tantôt ils s'avançoient et Untot reculoient, allant d'une place à l'autre selon le choc qu'ils donnoient ou rece voient, et la variété du jour, où Ton voyoit un perpétuel changement de pluie et de beau temps. Étant arrivé à Weisseinfels, il fit assembler tous

les officiers , et leur dit que le roi étoit mort, et qu'il étoit résolu, après une si grande perte et une si grande victoire, de poursuivre les ennemis et de continuer une si juste vengeance. Tous les colonels louèrent son dessein , et il commanda aux troupes de marcher ; et, après qu'elles furent au rendez-vous, il fit amener le corps du roi au devant de l'armée, qu'il harangua, disant, entre autres choses, qu'il ne vouloit pas celer davantage le malheur qui étoit arrivé de la mort d'un si grand prince, et les conjuroit tous, par la gloire

Su'ils avoient acquise en le suivant, e lui aider à en prendre vengeance, et à faire voir à toute la terre qu'il commandoit à des soldats qui 1 ont rendu invincible et, après la mort même, la terreur de ses ennemis.

Toute l'armée répondit en criant qu'ils le suivroient partout où il voudrait, et jusques au bout du monde.

« Après ces choses, le duc de Weimar s'avança vers Lemnitz et Zwickau, sur la même route des ennemis , faisant porter le corps du roi de Suède au milieu de la bataille, accompagné de ses deux régiments de gardes, l'espace de quinze jours durant. Il prit les deux places là où s'étoit retiré le reste de l'infanterie des ennemis , et ensuite sépara son armée. Kniphausen alla, sous le duc de Lunebourg, assiéger Hameln, ville en Westphalie, et le duc Bernard prit le chemin de la Franconie, ayant fait conduire le corps du roi a Wolgast , et de là en Suéde, en grande pompe et cérémonie. Arnheim joignit ledit duc de Weimar, qui ne se retira point en ses quartiers d'hiver, cju'il n'eut premièrement repris Leipzick et toutes les autres places de la Misnie, dans laquelle Walstein avoit laissé garnison , et qu'il n'eût chassé tous les Impériaux des états du duc de Saxe.

« La mort du roi de Suède est un exemple mémorable de la misère humaine , ne lui étant pas, à l'instant de sa mort , resté de tant de provinces qu'il avoit conquises sur ses voisine, et tant de richesses qu'il avoit gagnées en Allemagne, une seule chemise pour

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L'UNIVERS

couvrir son infirmité, l'orgueil de sa naissance et de la réputation de ses armes qui î'élevoit au-dessus de pluffeurs grands monarques, avant été battu jusques à ce point que d'être foulé aux pieds des chevaux amis et ennemis , et si égal au corps des moindres soldats, entre lesquels le sien étoit gisant, meurtri et souillé de sang, que ses plus familiers même eurent peine à le reconnoltre pour lui rendre l'honneur de la sépulture. Telle fut la fin de toute sa grandeur.

« Le pape, oyant cette nouvelle, alla en l'église nationale des Allemands dire une messe basse. Les Espagnols , qui vouloient que ce roi , qui ne faisoit la guerre qu'à leur ambition et en faveur des princes qu'ils avoient opprimés, fût estimé comme si le but de ses armes étoit la destruction de l'Église, se plaignirent hautement de ce que le pape n'a voit point fait chanter le Te Deurn, et tirer le canon en signe de réjouissance; ce qui fut fait le lendemain, qui étoit un dimanche, à l'issue de la chapelle : les uns disoient que c'étoit sur le sujet de ladite mort, les autres, sur celui de l'élection du roi de Pologne, dont l'avis étoit venu au même temps.

« Le roi de Suède fut fils du duc Charles , oncle de Sigismond , roi de Pologne, qui le laissa son lieutenantgénéral en Suède quand il alla recevoir la couronne de Pologne , à laquelle il avoit été élu. Il se rebella dans peu de temps, sous prétexte de la religion, et, après plusieurs guerres et plusieurs années, s'enhardit de prendre le titre de roi. Après sa mort, Gustave «on fils, dont nous parlons maintenant, lui succéda, âgé de dix-sept ans, qui avoit déjà beaucoup voyagé et donnoit une grande espérance de soi , laquelle il confirma par ses actions, car il eut incontinent guerre avec les Polonois, les Danois et les Moscovites, qu'il attaqua l'un après l'autre, et emporta de chacun d'eux quelque province. Enfin il vint en Allemagne, où il brisa et fracassa tout ce qui s'opposa à lui; et si, après la bataille de Leipzick , il eût été droit attaquer

l'empereur en ses provinces héréditaires, aussi bien comme il tourna l'effort de ses armes contre les évoques et les électeurs catholiques , pénétrant jusques à Mayence, Spire et Worms, deçà le Rhin, c'étoit fait de la maison d'Autriche, vu que la moindre victoire qu'il eût remportée en ce lieu-là. qui lui étoit facile, ses forces ayant été défaites à Leipzick , elle n'avoit plus de ressources ni de lieu où pouvoir rassembler un corps d'armée , où, au contraire, tandis que ledit roi s'amusa contre les autres princes, toutes les provinces qui n'avoient point été afïïieees de la guerre, fournirent à l'Autriche des gens de guerre, des munitions, et des moyens de remettre sur pied et entretenir une armée deux fois plus grande que celle qu'elle avoit eue auparavant. Mais, ou Dieu ne vouloit pas l'entière destruction de cette maison, qui eût peut-être été lors trop préjudiciable à la religion catholique , et détourna le roi de Suède du conseil

Î|ui lui étoit avantageux de prendre , ou e méine Dieu, qui ne donne pas tout à tous, mais divise ses dons diversement à chacun, avoit donné à ce roi, comme à Annibal, la science de vaincre , mais non pas celle d'user de la victoire.

« Il étoit prince savant , qui pnrloit beaucoup de langues, accort et affable, et qui savoit l'art de la guerre parfaitement, et avoit pris plaisir de le mettre en pratique depuis son avènement à la couronne , et non seulement donnoit les commandements , mais les faisoit exécuter lui-même en personne.

« Il avait accoutumé de (lire qu'un roi n'étoit pas digne de porter la couronne sur la tête, qui faisoit difficulté de la porter partout où un simple soldat pouvoit aller : aussi courut-il souvent fortune d'être pris , et eut quantité de coups sur lui , et , entre autres , un sur l'épaule dont la balle lui étoit demeurée; ce qui l'empêcha de pouvoir prendre sa cuirasse à la bataille de Lutzcn.

« Ceux qui cherchent les ténèbres dans la lumière du soleil , et retrouvent à reprendre eu la même vertu ,

«te blâment d'être mort en soldat ; mais fk ne se souviennent pas que tous les minces conquérants sont obligés de raire, non seulement l'office de capitaine, mais de simple soldat, et d'être les premiers dans les périls pour y animer les soldats , qui ne s'y nasarderoient pas sans eux. N'a-t-on pas tu Alexandre sauter du haut des murailles dans une ville , et soutenir tout un temps l'effort de tout le peuple qui fj vint assaillir? Et César prit-il pas dans un combat le bouclier du premier de ses légionnaires , se mit à pied à la tête de tous les siens, pour combattre ses ennemis ? et une autre fois , il se jeta si courageusement dans le péril , qu'il fut contraint de s'exposer a la nage , et de sa hardiesse est demeuré ce .proverbe : Que rien ne peut vaincre César et sa fortune.

« Le Suédois mourut d'autant plus glorieusement que l'un et l'autre, qu'il est plus convenable à la condition d'un grand capitaine et d'un conquérant de mourir l'épée à la main , faisant son tombeau du corps de ses ennemis dans le champ de sa victoire , que d'être haï des siens ou poignardé des mains de ses plus proches, ou mourir empoisonné et enseveli dans le vin.

a Cette dernière bataille est mémorable encore , en ce que et les Impériaux et les Suédois ont tous deux prétendu avoir remporté la victoire :

les Suédois , pour le grand carnage qu'ils Grent de leurs ennemis, le champ ne bataille qui leur demeura avec le bagage et le cation ; les Impériaux pour la mort du roi de Suède , qui valoit seul plus que toutes les deux armées, et en la personne duquel ils prétendoient que consistoient la victoire et l'heureux succès de toute la guerre, espérant désormais bon marché de tout le parti destitué d'un tel chef.

« Ils avoient raison de faire tant d'estime de la personne de ce prince, et néanmoins ils furent trompés en l'espérance qu'ils avoient que tout serait divisé après sa mort , car il avoit eu tant de prévoyance , qu'ayant fait reconnoître en Suède sa fille pour son héritière, il avoit désigné en Allema-

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gne Oxenstlern , au cas qu'il mourût, pour avoir la direction des affaires et le souverain commandement des armées , de manière que sa mort n'étonna point en sorte le parti qu'il ne demeurât en état de pouvoir continuer la guerre. Outre que si la mort du roi de Suède ôtoit au parti un si grand capitaine, aussi délivroit-elle tous les princes collègues de la Jalousie qu'ils commençoientà avoir de ce conquérant, qui , bien que sage, commençait néanmoins à s'emporter à quelques paroles insolentes contre ces princes, et les mettoit à une disposition plus affermie de demeurer dans l'union de la ligue de Leipzrck , vu principalement qu'ils Se voyoient commander dix armées dans r Allemagne, avoir les deux tiers du pays et les principales villes à leur dévotion, et étoient entrés en connoissance de leurs forces, a faute de laquelle ils avoient reçu, durant quelques années, une dure loi de ceux auxquels ils étoient capables de la donner (*). »

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