MORT DU SIRE DU PDISST
la nef qui le portait fut engloutie. Mais son dernier coop de lanee avait plus fait pour la fortune de Suger qu'il
n'avait fait contre elle pendant loule sa vie. Tant qu'Anflei dd Gatlande avait vécu, le prévôt de Toury était demeuré en seconde iiyiie; il allait bientôt obtenir l'iuflueDce principale sur les affaires du royaume.
La première marque d'estime que Louis le Gros lui donna fut de l'envoyer au-devant du pape Gélase, qui fvyaH les colères de l'empereur. Notre sujet exige encore ici que nous exposions eu quelques mots la suite de la querelle dea investitures.
Henri avait en vain tenté de faire revenir le pape Pascal sur la décision du concile de Latran* Toyant que te pontife, loin de lui donner satisfaction sur ce point, ^ avait corroboré et aggravé sa détermination dans divers ' synodes, il s'était déterminé à marcher sur Rome et s'en était emparé sans coup férir, par les intelligences ^ii'il avaient nouées dans la ville avec plusieurs hauts personnages. Maître de Rome, l'empereur se fit counmoer solenneUement par Burdin, archevêque de Prague, homme intoigant qui nourrissait une haine profonde eoBtre Pascal II, à eause de l'indignation avec laquelle le poutile avait accueilli les propositions simoniaques ds ca prélat coupable, qui voulait acheter l'arche'* vèché de Tolède, l'un des plus riches de la chrétienté. Cependant Pascal, à la téte d'une armée que les princes Bormaiids de la Fouille lui avaient fournie , etaii rentré vlct^ieux à liome; mais il mourut au milieu de son triomphe. C'est alors que cinquante cardinaux qui s'étaient tendus auprès de lui , frappés de la nécessité de donner • piomptement à l'Église un pape capable de lutter contre des circonstances aussi diiliciies, placèrent, le troisième
56 IT SOX TSMPS
jaor après iâ mort de Pâscal li, le cardinal Gajetan dans la diaire de Sainl-Pierre, aoos le nom de Géiaae II.
Son élection fui signalée par une scène de violence qui alluma la gaerre dvlie à Rome • Les Frangipani^ une des familles les plus puissantes de la ville, avaient intimé au conclave, par la voix de Cencius leur cbef , l'ordre de choisir un partisan de Tempereor. Quand Genelus apprit l'éleciion du cardinal de Gajetan, il se précipita, à la téle d*nne troupe d'hommes armés, dans Téglise, accabla le paped*outrages et de coups, et l'emmena pri* sonnier avec tout le sacré collège, qu'il livra aux injures el aux outrages de cette soldatesque. Il fallut que le peuple de Rome se soulevât et vint en armes réclamer • le pape, pour le tirer des mains de ce furieux partisan de Tempereur* A peine était-on remis de cette alarme, qu'on apprit que l'empereur lui-même arrivait en toute hâte â la tète de sa cavalerie pour s emparer du pape. Ce ne fut que par miracle et au milieu de dangers inouïs que Gélase échappa aux soldats impériaux, qui le poursuivirent jusqu'à Ostie . Enfin il parvint â se rendre â Gaëte, où il put respirer sous la protecliou des princes normands. L'empereur, maître de Rome, fit alors élire .Maurice Burdin comme antipape, sous le nom de Grégoire Ylli. Les princes normands réduisirent Tempereur à quitter l'Italie; mais le pape ne put les déterminer â aller éteindre le schisme à sa source même, c'est-à-dire âRome. Il duts*y rendre seul. Dès qu'il voulut agir en pape, les Frangipaniet leurs partisans prirent les armes, et Gélase n'eut de ressource que dans la fuite. C'est alors qu'il vint chercher un asile auprès du roi de France, qui était le principal appui des souverains pontifes dans les vicissitudes de leur pontificat.
LA QUBBBLLB DBS OOOBTISAWS gE RALLUME fil
Louis le Gros , en appreDaal Farrifée de Qéiase , (qui débarqua en Languedoc, envoya au-devant de lui Suger: il était non'-seulement chargé d'offrir au pape une re« traite en France , mais de lui lemettre de riches présents qui le tirèreat de la détresse à laquelle il avait été réduit par ses ennemis. Suger obtint un accueil très bienveillâai du pape . D'al)ord la mission qu'il remplissait ne poQvait manquer de lui assurer cet accueil ; ensuite, pendant son voyage à Rome , il avait appris à connaître les Italiens et les moyens de se faire bien venir d'eux • Il avait pour mission d'assurer le souverain pontife du vif déûr qu'éprouvait le roi de le rétablir dans la chaire de Saint-Pierre; il devait aussi lui demauder de fixer l'époque et le lieu d'une entrevue dans laquelle le roi et le pape pourraient s'entretenir des affaires générales de l'Église, i^e pape lui indiqua le Jour et le lieu de cette entrevue;, puis, allant de synode en synode, il faisait avec une activité incroyable les affaires de la chrétienté, lorsqu'il tomba malade à Cluny et fut enlevé après quelques jours ^t^^uUîrauces» le 29 janvier 1119 , au moment même oik le loi se disposait à se mettre en marche avec Suger pour aller le trouver. Sa mort , dit Suger avec un grand sens, épargna bien des malheurs aux Français et aux italiens; observation fort juste, car sans sa mort le schisme de l'antipape se serait prolongé et aurait produit de déplorables suites.
Le cardinal-archevêque de Sienne fut élu en sa place. Ce choix était excellent au point de vue temporel, comme.
^uiut de vue spirituel; car, outre que le nouveau pitpe était un homme de science, de fermeté et de vertu, il était uui par les liens du sang avec la laimiie impériale (i Allemagne; oncle d'Adélaïs, témme de Louis le Gros, il
5ë sGcu n ftoa imMPS
Le roi de fnuiee délemina Caiixl» e'élftil le mm da
aouveaa ^âjpe^ à teair um grand coaciie a Keimà avant de m mdie à BMne, car il atail fûl la paix avae eette ¥iiiâ en lui iemoigoant des égards toul particuliers, et > ranlipape m'atail otÊnaené msCusk M pam nambre de
pariisaoà. Louis l: Gros avai. u.. iiiLerêt très-graiii à la te&ae éa ee concile, il m laiil pas ciaira, e& <^t, qii*à celte époque les coociles fussent uniquement des réanions Ibéologiqaefy c'éiaU, oa l'a dit» uae JMtfSfte des «6* senUéea délib^raiilea» et q : ! que chose d^ encore, une espèce de tribunal das amphidyûas qui s interposait daaa lea qaateUaade prince i prinea» dt peuple à peuple. Nous u a vous pas à nous occuper de la partie religieuse de ee'coBcile, et nous diffOM iaalaflmil que lea ^orU du pape pour arriver i un anaugemeut avec l'empelenr fureoi inulilea; mais il y eut trois grandes affaires daiii, quelles Sui^er eut beaucoup de part, et qui mériteni d attirer noire attention.
Dès que le concile fut ouvert, Louis le Gros s y présenta accompagne des principaux barons de sa cour. Assis sor an trôna à c5lé du pape, il prononça un dis** couii idUn qu oa croit avoir ele composé par Suger^ et qui était tout entier dirigé contre Henri d'Angleterre. Dans ce discours, le roi de France se plaiguait de ce que Henri avait usurpé au détriment de son frère, le duc Robert, lô duché de Normandie; il dénonçait les injustices cl les violences de ce monarque, la manière indigne dont il avait traité rambassadeur français, qj'il avait fait Jeter dans une prison, de même que le duc Hubert lui*mème, vassal du rot de France. A la fin de son discours, le roi At paraître devant les Pères du concile le Uls unique du dua Uoberti
IL ASSiSTJB AU GONGILB UE BEIMS 59
qui acheva par ses larmes de toucher tous les coeurs. Si, dao8 ce moment, on fût allé aux voix, la cause de Louis le Gros était gagnée et celle de Ifenri d'Angleterre perdue. L'avis de Suger éUil; de profiter do cette occasion; mais ii était trop éloigné de Louib le Grus pour lui donâor uu couseil« Le priaco, iumûus habile quë son ministre, céda donc à la proposition que lui fit le pape de remottre la décision de cette aifaire temporelle après la déelsion des affaires religieuses ; c'était une pn)rogatioa iaddHaie, car lesiuoidents devaient se succé* (kr avec asses de rapidité pour ne pas laisser à l'assena bléeie temps de revenir sur ceti© aJïaire, sans tijouter qae las lK>aQes dimK>tttioM eu Ton était devaient plas lard bc trouver considérablement reiroidies. Or, dans le iBoment, ces dispositiQus étaient telles, que Geoffroi, ar* chevéque de Rouen, ayant voulu prendre la parole en kmt de Henri, il fut réduit à Tabandouner, tant les iDarmures et les clameurs désapprobatrices se firent entendre de tous cotés. Tout ce qu'on put obtenir plus laid, c'est la promesse du pape qu'il s'entremettrait entre iôàdeux rois pour les réconcilier, ce qu'il fit en effet.
La seconde affaire dans laquelle Suger intervint avait rapport aux luvcstilures mêmes. L'empereur avait i&al tenu les promesses qu'il avait faites au pape : après l'twip bercé de l'espoir d'une renonciation et l'avoir fait ^imi iautiiement au-delà de la Meuse jusqu'à Mousson, pasr terminer cette grande affaire qni agitait depuis si ^oiigtemps rËgliâe, il avait fini par rompre toutes les ^aféiencesetpar déclarer qu'il ne pourrait répondre qu'après avoir consuilé une dièt€. Le pape s'elait montré fort irrité de ce langage, d'autant plus qu'il avait craint un o^omcnt puur sa liberté, car il avait trouvé l'empereur,
SOÛSB ST SON TBMJ^S
qu'il croyaU fieulement suivi d'une escorte, &ia téte d'une armée de trente mille bommes. Lorsque Suger apprit la maaière dont les choses s'étaient passées, il dit tout bas au roi, avec son bon sens accoutumé, qu'il craignait l)ien que la France ne payât ies irais du concile de Reims, et la suite prouva qu'il ne s'était pas trompé.
Puisqu'on n'avait pu terminer l'affaire des investitures par conciliation, il fallait la résoudre par autorité, et c'est ici qu'un grave différend s'éleva. Le canon relatif aux invesUiures était ainsi conçu : Nom défmdom ah9ohmmi de recevoir de la main d'aucune personne laïque IHnvesUiure des églises ni des ùtens ecclésiasiiques. C'était aller au delà du but et usurper une prérogative temporelle, pour empêcher l'usurpation d'une prérogative spirituelle. S'il était défendu aux prélats et aux abbés de recevoir l'investiture des biens régaliens et des fiefs, ou les droits politiques des rois se trouvaient détruits, ou le cierge irauçais se. trouvait dépouillé de toutes ses propriétés, comme Taurait été le clergé allemand si l'accord signé à Kome entre le pape et l'empereur avait été exécuté. De vives clameurs s^levèrent contre ie canon des investitures, et Suger représenta au roi qu'il était de son intérêt et de son devoir de s'opposer à ce qu'il fût adopté. Il ajouta qu ii serait imposaible d'accepter une pareille loi, tant que les hommes d'Église posséderaient des terres et des ûefs relevant de ia couronne. Louis le Gros eut une peine infinie à obtenir du pape le sacrifice de ce canon; le souverain poutife consentait bien à lui reconnaître verbalement le droit de donner l'investiture des terres et des fiefs aux évéques; mais qu'était-ce que ce cimsentement verbal auprès
DERNIER ACtS DU CONCILE U£ REIMS 61
d'une prohibition écrite? Louis le Gros nitMKi(,*a donc de se retirer du concile avec tous les prélats de son royaume^ si le canon n'elait pas réformé ; et alors il fut réduit à ces mots qui décrétaient une chose partaitement juste et raisonnable : Nous défmâùns absohment de reeemir de la main des laiqms l'investiture des évêcl^ et des abbayes ; ce qui Ait unanimement approuvé.
Suger, qui voyait venir de loin les périls, et dont l'esprit, à cette époque de sa vie, était plutôt tourné vers les choses politiques que vers les choses religieuses, aurait vivement désiré que Ton s'arrêtât là et que le concile finit sans que le pape excommuniât Pempereur. il sentait les conséquences d'un pareil acte; il voyait Tempereur, à peu de distance de la France, à la têle d'une puissante armée; il n'ignorait pas que Louis le Gros n'avait dans le moment aucune troupe à lui opposer, il appréhendait donc qu'en allant aux dernières extrémités, on poussât les Allemands à tenter uneexpédition militaire ea France ; mais Louis le Gros^ moins circonspect que son ministre, n'opposa aucune résistance aux désirs du jjâpc, et laissa prononcer l'excommunication.
L'empereur, en apprenant Texcommunication fulminée contre lui à Reims, fit le serment d'exercer contre le roi
b rance et le pape une vengeance terrible, et jura que llierbe croîtrait sur remplacement de la ville où Ton Q*avait pas craint de 1 outrager. S'il avait franchi immé* diatement la frontière, alors entièrement dégarnie de troupes, il aurait pu acconiplir facilement sa menace; mais il voulut lever une armée de deux cent mille hommes pour accabler le royaume de France tout entier, et Ton eut ainsi le temps de se préparer à le recevoir.
Dorant ces préparatifs, Suger avait été chargé d'une
6S SUGSa £T SON TfiHPS
amba65ûde iiupoitaïUe aiipics du pape Galixte II, qm était parti pour Rome. La conûaacd du roi eu lui était bi i^rande, que l'abbé de Saint-Germain-des-Prés, quoique 8oa supérieur eu dignité, reçut l'ordre de l'accompagaer, ainsi que plusieurs autres personnes qui semblaient devoir élre préférées à uu jeune religieux, si Tou ue considérait que l'âge ou le rang. Lorsque Suger arriva à Home (1121), il u'y trouva pas le pape, qui était allé dans la Pouiile pour réclamer Tassistance du duc Guillaume et des priaces uormauds, qui avaient établi leur doiuiaa* tion dans cette contrée, afin de lever une armée destinée
à chasser d'Italie raïUipapo Burdin, qui s'était relue à Sutri, place forte défendue par une garnison impériale qui faisait des courses jusqu'aux portes de Rome.
Suger, sans perdre do temps, partit pour BitoutOj où se trouvait alors le pape, qui le reçut avec beaucoup de faveur. Callxte avait pu apprécier le mérite du jeuae religieux de Saint -Denis au concile de Aeims, il savait eu outre quelle iiifluence il exerçait dans les conseils du roi Louis le Gros. Suger ne dit point, dans ses écrits,
quel elail le but de eetle auiba^i^ade; mais un dc6 historiens de sa vie suppose, non sans vraisemblance, qu'il s'agissait de la querelle qui s'était élevée entre TÉglise de Lyon et celle de beus sur la question de primatie. L'Ëglise de Sens était en possession immémoriale de ne relever que du saiut-siége, et le roi Louis le Uros atta* cbait d'autant plus d'importance a lui maintenir la primatie des Gaules, qu'à cette époque Lyaa ne faA&aat point partie de ses États, l'Église nationale se serait
trouvée souuiise a na pniaat étranger. Il ^'eu expliqua dans les termes les plus vifs; car il alla jusqu'à dire au pape, dauâ uue lelUe ; c qu'il aimerait mieux soufirit
IL XST ENVOTÂ A ROMB
es
f fue tout son royaume lût en feu^ et sa vie en péril, f que d'endurer un pareil opprobre. > Le pape avait dejd proaoncé dans cette question, et il l'avait décidée en faveur des prétentions de Tarchevéque de Lyon ; ce furent probablement les observations de Suger qui lui firent suspendre Teffet de sa sentence, dont Loois le Gros SûUieitait la re vocation delinilive dans la lettre postérieure a Tambassade du moine de Saint^Denis. Le pape fut si content de la manière dont Suger conduisit cette négociation, qu'il fit tous ses efforts pour le retenir à Kame et i'attacber au si^int-siége; mais les instances de l'abbé de Saint"6erroain*des*Prés et des autres personnes qui avaient accompagné Suger dans son ambassade furent si vives, qu'il se décida à retourner eu France. Ce fut dans le trajet de Rome a Paris qu il apprit deux nouvelles qui changeaient sa fortune : la iûûrt de rabl>é de Saint-Denis et sa propre élecùun, , qui réunit le consentement unanime des moines de i^abbaye*