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DESCRIPTION DE LÀ NOUVELLE ÉGLISE

ff gnons. On monte au chevet par deux escaiiers, Tuik de

t dix-huit^ l'autre de seize degrés, qui sont des deux t fAtés du grand autel, par le dehors du chœur. Sous ce ( ciievet il y a uue belle groUe^ environnée de plusieurs c belles chapelles.

€ Je ne doute pas qull n'y ait en France et ailieurs f des églises plus longues, peut-être aussi plus hautes « que celle de Saint-Denis ; mais d'en trouver qui soient I aussi délicatement bflties , aussi bien croisées, aussi

< bien vitrées, c'est chose bien diiticile, pour ne pas dire « impossible. »

t Quant à la délicatesse du bâtiment, elle se reconnaît c en toutes ses parties, tant par le dedans que par le

< dehors, et spécialement en ces beaux piliers qui sou- ( tiennent ces grandes et larges voûtes, si déliés et si

< menus, qu il semble presque impossible qu'ils puissent « porter un si pesant fardeau, une charpente garnie de

< tant de bois, et une couverture si massive. Et de là il c résulte une autre chose grandement considérable, qui « est que, ces piliers étant si déliés, et les vitres qui sont t entre deux si hautes et si larges, toute l'église depuis « la grande galerie qui Tenloure, jusqu'au laite, semble

< être de vitre (ce qui est très- agréable à voir). C'est «pourquoi on appelle celte église, lanterne de Saint- «Denis, parce qu'elle est presque toute à Jour, ainsi « qu'une lanterne de verre. »

< Quant à la croisée, elle est si belle et si large, et si • bien propor lion née, qu'il ne se peut rien due de plus. « Surtout sont admirables tes deux belles roses qui sont «aux deux bouts; elles sont si grandes et si larges,

< qu'elles ont plus de trente-six pieds de diamètre, si «délicatement taillées, que c'est merveille que des

C pierres si minces, d'une si grande largeur, aient pu sî

• longtemps durer et supporter, durant tant de siècles, € les injures du temps, sans en être aucunement olTenf sées. Si on joint à cela les vues et les diverses couleurs f des vitres dont elles sont composées, on pourra dire € sans scrupule que ce sont, en matière de vitres, deux i des plus belles pièces qui soient en Europe.

€ Pour le regard des autres vitres qui sont autour de f ce grand vaisseau, elles ne sont pas moins belles que f celles des deux roses. Il y en a trente-sept grandes par t le haut, sur lesquelles sont représentés plusieurs pert sonnages et belles histoires, mais avec des couleurs si € vives et si luisantes, qu'il semble qu'elles viennent de

• sortir du fourneau , quoiqu'il y ait cinq cents ans

• qu'elles sont faites et exposées à la pluie, au vent et « aux tempêtes. Et je pense qu'en cela l'église de Saintt Denis surpasse toutes les autres belles églises du t royaume et d'ailleurs.

« Outre ces trente-sept grandes vitres, il y en a bon f nombre d'autres en diverses chapelles , spécialement € en celles du chevet, lesquelles, quoique différentes en € grandeur, sont toutefois égales pour la vivacité des « couleurs, laquelle vivacité ne provient pas de la peiac ture, comme celles des vitres communes, mais des € pierres précieuses qui furent fondues en grande quaa- « tité avec le verre, comme Tabbé Suger, qui les a fait « faire, l'assure au livre de ses gestes. C'est pourquoi il f ne faut pas s'étonner si elles sont si excellentes. »

Quand le monument fut achevé, c'est-à-dire en 1141, Suger invita le roi, toute la cour et la plupart des évéques du royaume, à la dédicace de la nouvelle basilique, le 1 1 du mois de juin. Il avait fait préparer au haut de la

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neîf peu loin de la porte du chœur, un magnifique repos6iroùron avait réuni toutes les reliques qui étaient auparavant disséminées dans les différentes chapelles. Le jour marqué ^ aux premiers rayons de l'aurore, les prélats vinrent heuir Teau qui devait servir à puriUer rédiflce. On commença par une procession solennelle que le roi suivait, en donnant de grandes marques de dévotion. Aussitôt après, on procéda à la translation des reliques de saint Denis et de ses compagnons, car buger avait fait bâtir au-dessus du caveau où on les avait reuiermées jusqu'à ce jour, une magnifique chapelle destinée à les recevoir. Les évéques, le roi et son cortège descendirent sous ces sombres voûtes ou, depuis Dagobert, ces restes vénérés étaient ensevelis dans les chftsses d*argent où ce prince les avait fait placer, lis demeurèrent longtemps prosternés devant ces vénérables dépouilles, que si souvent les malheureux avaient invoquées dans leurs souffrances, et dont la reconnaissance publique racontait tant de merveilles* Puis le roi reçut des mains d'un archevêque la châsse de saint Denis, et les autres prélats chargèrent sur leurs épaules les châsses de ses compagnons ; tous remontèrent processionnellement les marches du caveau, et rencontrèrent à la porte une autre procession composée d'évéques et de prêtres qui, portant les reliques (iisscmiuées dans les chapelles, mettaient au-devant du saint , sous Tinvocation duquel l'église était placée. Cette cérémouie offrait un spectacle à la fois touchant et magnifique* Lorsqu'on se demandaii pc/urquoi toutes ces poaipes et ces splendeurs, pourquoi ces princes et ces puissants du monde accourant à cette solennité, et qu'on venait à se souvenir qu il s agissait d'honorer des hommes qui avaient vécu saintement

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et pieusement sur la terre, les uns dans la pauvreté, la

soulïranco et l liuniililé, les autres dans les exercices <le la pénitence , ou dans un continuel dévouement pour leuii> semblables, ceux-ci dans Ja pratique des vertus héroïques qui conduisent au martyre ; on se disait qu'il y avait quelqiit; chose au-dessus de la puit>:5aiicc, du rang, de la richesse; quelque chose devant quoi les puissants devenaient humbles et petits, devant quoi les glorieux et les riches courbaient la téte : la vertu. Alors les pauvres cl les princes s'en retournaient chez eux consoles, et les grands du monde remportaient dans leurs cœurs de hautes et solennelles leçons, qui proLcgcaieat

les taibles, les misérables et les petits.

On déposa en i;raiid appareil les précieuses dépouilles qu'on avait tirées du caveau, daas la chapelle que Sug^r avait lait construire pour cet objet. Rien n'égalait les magniiicences de cette chapelle : le marbre, Tor, le por*phyre, y attiraient les yeux de tous côtés. Le tombeau destiné à renlcrmer les reliques était de marbre noir ; il ctail eiu iclii à l'intérieur de tables d'or, et recouvert ca dehors de tables de bioiue arlislement travaillées et dorées en or lin. Un Uibernacle en bois merveilleuscnunt travaillé, et qui , dans des proportions réduite^, oUraii rimage d'une église à hautes et basses voûtes, portée sur trente piliers avec leurs bases et leurs chapiteaux, le tout incrusté d*or et de riches couleurs, recouvrait le tombeau. Devant le tombeau s'élevait uu autel de por* phyre gris, dans Tune des faces duquel était enchâssée une table d'or, du poids de quaraute-deux marcs, que Suger avait fait enrichir d'hyacinthes, de rubis, de sa** phirs , d umcraudes , de topazes , de perles Uxies et de toutes sortes de pierres précieuses, f en si grande quau*

ORNSHSHTS DB LA ?IBILU ÉOLISB iZi

< lité, Ul*on dans un écrit du temps, qu'à peine pouvait*

< on les iiombrer. » Aus^i Siiger rapporte-t-il que le roi Looift le Jeune , la reine Aliénor, Thibaut, comte de

Chtiiiipagiie, [c6 évoques et les prélats avaient tiré à l'eavi les anneaux surmontés de pierres précieuses

qu'ils poituiLiii a leurs duigis, pouc i'aidei' a décorer le

tombeau des saints martyrs. Ce ne furent pas là les seules

merveilles dont Suger enrichil sou église : le maiUeautel était revêtu, sur la face qui regardait le chœur, d'une table d'or donnée par Chai les le Chauve; Suger bt foire trois autres tables d'or : deuK pour revêtir les deux côtes de l'auleL et la Iroibieaie plus uia;j,iiili(iiie timt% pour le couvrir. Toutes ces tables étaient enri* chies de pierres prccieuscs; des chandeliers d or, du p^s de vingt mares , décoraient cet autel ; au)L deux rtiés de l'aulel s'élevaient, sur deux colonnes de por* i^ityre, les images de saint Pierre et de saint Paul eu or fin, de grandeur naturelle : c'était un don du roi Pépin. ^mt couronner toutes ces magaiticeaces» Suger lit iaira par les cinq orfèvres les plus habiles du temps, qui travâillèreut pendant deux ans , sans discontinuer, à ce «erveilleux ouvrage, un grand crucifix d'or avec une croix de bois couverte de lames d'or. Pour la ligure seule du Christ, on employa quatre-vingts marcs d'or. Les i^eds et les maius étaieut attaches avec de magailiques rubis taillés en clous, et la plaie faite par la lance dans cote était ligurée par ua énorme rubis (1).

(1) La destinée de ce crucilix n donné lieu à ])cauc<)up de rt^cits. l^^ueiquti^-uiis ont dit qu'on coupa un l)i'as à oâ cruciiii. pour payer U rançon d'un roi de i:» raace, et qu*ou remplaça le bras -en or par bras en argaot doré. C<tt« tradition n« sauriiit olre ejLucie. Le cractû« d'or ne pesait q[ue a»iatre*vingU marcs, ce cpti n'aurait pa»

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Ce qu*il y avait de vraiment admirable, c'e&t qu'a» milieu de toutes ces maguiliceuces Suger était demeuct personnellement humble et simple, et qu'il se conformail en tout aux prescriptions de sou ordre, a Lors de la visite c que l'abbé de Cluny fil à l'abbaye de Saint* Denis, il c admira quelque temps, dit le moine Guillaume, les • ouvrages et les bâtiments que Suger avait fait conc struire, puis s'étant retourné vers la très-petile cellule c que cet homme, éminemment ami de la sagesse, avait c choisie pour sa demeure, il gémit profondément et s'é- € cria : c Cet homme nous condamne tous, il bêtit non « comme nous, pour lui-même, mais uniquement pour f Dieu. » Tout le temps, en effet, que dura son adminis* c tration, il ne ût pour son propre usage que cette cel* c Iule, d'à peine dix pieds en largeur et quinze en Iodc gueur, il la fit dix ans avant sa mort, alin d'y recueil- « lir sa vie, qu'il avouait avoir dissipée trop longtemps c dans les alïaires du monde* C'était là que, dans les f heures qu'il avait libres, il s'adonnait à la lecture, aux € larmes et à la contemplation; la il évitait le tumulte

fait la trentième partie de la rançon de Jean ou de François P*. 0 est vrai qae Philippe de Valois, dans les longues guerres qu*ile«l

à soutenir avec les Anglais, avait demandé le crucifix aux moines.

Mais ils lui raijpcièreut les excuiuiiiuiiicatioii.^ lalminées par le pape Eugène contre ceux qui porteraient la main sur ce signe sacré. Le roi retira alors sa demande. Ce furent les ligueurs qui s'en emparèrent en 1589. « Celui qui fit prendre le crucifix mourut de mort « violente dans Tannée, » dit Doublet dans son Hiiioire dê Sainh Ihnii, Les autres richesses de l*abbaye furent en grande pârtii| pillées ou détruites, soit parles Anglais dans les guerres qui ei-j rent lieu sous le règne de Charles VI et Charles YII, soit par lefl proto^sLants dans le pillai^e qu'ils lirent de cette abbaye en iool, pillage pendant lequel la hibliothéque de Tabba^e fut incendiéeg

perte irréparable. . ]

l»AnûL£S DE Pi£EA£ LE VEMÉRABLB 133

i et fuyait la compaguie des hommes du siècle; là, f comme le dit un sage, il n'était jamais moins seul que I lorsqu'il était seul ; là en eiiet il appliquait sou esprit à f la lecture des plus grands écrivains, à quelque siècle

< qu ils appartinssent, s'entretenait avec eux, étudiait

< avec eux; là il n'avait pour secoucber,au lieu de plume,

< que la paille sur laquelle était étendue non pas une

< fine toile, mais une couverture assez grossière de sim-

< pie laine, que recouvraient pendant le jour des tapis « décents (1). »

Le moine Guillaume, témoin oculaire de la vie deSuger dans le couvent, ajoute encore : c Né avec un corps « petit et grêle, il avait épuisé ses forces par un travail

< trop assidu, mais sa sobriété dans le manger et un soin « vigilant de lui-même le firent, avec l'aide du Seigneur,

< parvenir jusqu'à la vieillesse. Il goûtait un peu de ce « qu'on lui servait et paï>ï>ait le reste aux pauvres, car f jamais je ne Tai vu manger sans en avoir quelques- « uns à sa table...

( Au milieu de tous les genres de grâces qu'il reçut du « ciel, une seule lui manqua, celle de devenir plus gras « après avoir pris les rênes du gouvernement de Saint- « Denis qu'il ne Tétait quand il était simple moine, tan-

< dis que presque tous les autres, quelque maigres qu'ils

< fussent uupaiavant, n'ont pas plutôt obtenu l'imposi- « tion des mains, qu'ils engraissent ordinairement des « joues et du venlrc, pour no pas dire du cœur. N'ayant « besoin que de peu d heures de sommeil, été comme « hiver, il lisait après son souper ou écoutait lire pen-

< dant longtemps, ou instruisait ceux qui se trouvaient

(1) yUaSugmi, 1. II, ch. ix, p. 108.

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c avec iui par le récit de faits mémorablea. Sa lecture ha«

€ bituelle clait les livrer authentiques des Pères, et quelc quefois des morceaux d'histoire ecclésiastiqae. D'un c caracloïc iortgai, souvent il racontait, tantôt ses pro* c près actions, tantôt celles d'autres hommes d*un grand € caractère qu il avait vuc;> uu appii^es. »

Pour ne point suspendre le cours du récit, nous avons dù ne point parler jusqu'ici d événements graves qui avaient jeté la perturbation dans le royaume, el qui avaient i'ailii altérer les i apports d*etruiteamitic qui unissaient Suger et saint Bernard. U y avait, à cette époque, uu bujel pcipeluci de querelle entre la chaire de Saint- Pierre et tous les trônes : c'était la nomination aux évéchès. Les papes réclauiaient souvent, au nom de leur autorité spirituelle, le privilège absolu de ces nominations, et profitaient de toutes les circonstances pour revendiquer ce droit. Les rois, de leur côté, craignaient d'autant plus ces noimnalioas laiU^. par le pape, que, d'aprcs la manière dont la société était constituée, les évôques étaient presque luus en lueaie Icuips des sui^iieurs. 11

était aecessairo do faire connaître cet état de choses,

pour duaiier l'intellii^ence de ce qui va suivre. Quereiiiaî avait cte nommé à 1 arciievécbé de liourges par les suf- Irages du der^^é et du peuple; on connaissait les sciiliments qu il portait au roi, et l'on savait que son électiou etaii ai^reable a Louis le Jeune. Les personnes qui avaient ete dèiavorabies à son élection en écrivirent au pape Innocent H, qui occupait la chaire de Saint-Pierre. Le pape, que les raisons alléguées avaient convaincu, et qui trouvait que celte demande favorisait la papaule q.u ûspirail, non sans raison, à choisir les principaux membres de repiscopal, cassa J élection de Querciuus cl

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