BBSPBCT QU IL INSPIRE IM
en lui écrivant, le titre d'Altesse; \e sévère Bernard se sen pour le désigner des appellations d'Exoelleâee^ de Grandeur et de Prince; Pierre le Vénérable regardera régence comme un règne ; Raoul, comte de VermaDdols, le nomme son seigneur, preuve évidente qu'il se regardait comme son lieutenant, chargé seulement d'appuyer ses décisions à la pointe de Tépée, quand il en était besoin* Comment en aurait-ii étj autrement? Louis le Jeune n'avait-il pas écrit à Suger. dans la première lettre qu'il lui adressa après son départ pour la croisade : « Toutes choses sont entre vos mains depuis que nous ( nous en sommes remis à votre prudence de tout ce qui « regarde notre royaume, afin que vous vous en occu- « piea^ comme de vos propres altaires. i Le pape, qui savait qnelie était Pètemdue de Tautorité conférée à Suger, le traitait de vioenroi.
Ce qui donnait à tout le monde une si grande idée du pouvoir de Suger, c'est Pidée qu'il en avait lui-même. Quand il s'adressail aux féodaux, sa première parole était une prière, sa seconde un commandement si ferme et si préeis, qu'on était rarement tenté d^y désobéir. Le duc de Normandie n'ayant pas déféré à rinvitatiou qu'il loi avait fSaite de venir défendre tes intérêts du roi, d^ sa personne, dans une eireonstauce importante, et donnant pour exeuse de prétendues maladies qui renaissaient d'elles-mêmes pour autoriser ce refus déguise, Suger parla en maître : il lui fit dire qu'il irait le ebercher à la tète d'une armée, s'il ne se rendait pas immédiatement i Tordre exprès que lui adressait le récent de Franco, ^ le duc de Normandie dut plier devant la volonté si ferme d'un homme qui savait faire respecter Tautorité foyale remise entre ses mains.
SUGER £T SON TJKMPS
Nous avons dit que la renoiiuuée de Suger avait franchi les frontières de France : on le vit bien par la visite que voulut lui faire révoque de Salisbury, pour admirer, disait-iL la sagesse de son gouvernement et les mervell* les qu il avait accomplies. Au retour de ce voyage, l'évêque de Salisbury adressa a Suger une lettre qui donne une idée de 1 estime que l'abbé de Saint-Denis avait inspirée à ses contemporains. Ce document trouve ici natu* rellement sa place :
€ Au bien-aimé et très-aimable Père et seigneur Suger, t par la grâce de Dtm, aèbi de SanU^Dems el régeiU f du royaume de France, € Joêéely par la même grâce, Mque de Salisbury y ealtil.
c Vous jouissez partout d*une si haute estime, que le c désir d'être bonoré de votre amitié nous a fait trav6^ t ser les mers. Nous ne sommes venus de si loin que t pour admirer les merveilles qu'on raconte de vous, € comme du Saiomoa de notre siècle. ;Nous avons enc tendu avec joie les paroles de sagesse qui sortent de t de votre bouche; nous avons vu le temple magnitique
< que vous avez bâti et les ornements dont voua ne ces-
• sez de rembellir. Nous avoqs, en outre, apprécié le i bel ordre observé par ceux qui le desservent, et nous « avons eu Lout sujet de nous écrier, comme autrefois la
< reine du Midi, que Ton ne nous avait pas rapporté la
• moitié des choses que nous avons vues de nos yeux, la « réalité surpassant de bien loin les rumeurs de la ref nommée. Qui ne s'étonnerait de voir un seul homiae c soutonir le poids de tant et de si importantes affaires, f maintenir les églises dans la paix, réfbrmer le clergé, t défendre le royaume de France par les armes, y faire
• fleurir la vertu et régner Tautorité des lois? Qu'on juge.
UOANSDAS iiUi LUi ^HT AlUIPUS SOI
( après cela, si uous avons eu raison de nous mettre en c mer, de braver les fatigues d'un long voyage et d*expo« f ser notre vie pour avoir iebonlieur de vous connaître, t
Ainsi s'exprimait révéque de Salîsbury, en s'excusant auprès de Suger de n'avoir pu lui faire une visite d'adieu. Tandis qu'il s'exprimait ainsi, Robert, autre évéque an* gJais, lui témoignait la même considération. Uenrii roi d'Angleterre, lui proposait de l'accepter pour arbi* tre dans le diilerend qu'il avait avec le roi de France, tant il avait foi dans son intégrité et dans son équité. Roger, roi de Sicile, trompé par une fausse rumeur qui annonçait l'arrivée de Suger dans cette ilc, 6'cmbar(iuait pour aller à sa rencontre. David, roi d'Ecosse, lui envoyait des ambassadeurs et lui faisait offrir des présents magnifiques, en lui demandant seulement son amitié, et tous les souverains des conlrees voisines lui témoiguaicut la même estime et la même admiration.
Ainsi s écoulèrent les premiers leuipsde la régence de l'abbé de Saint-Denis ; son autorité avait rencontré des obstacles, elle les avait surmontés; des périls, elle les avait vaincus. 11 avait porté avec résolution le poids des hrandes allaires, sans négliger les soins qu'il devait don* ner aux affaires secondaires : les églises, les communes, les féodaux, les couvents, rien n'avait été oublie. Il avait assisté aux conciles, administré les finances, réformé les abbayes, réprimé les tentatives des seigneurs qui avaient voulu empiéter sur les droits de l'autorité royale dont il était dépositaire. Son pouvoir était universellement reconnu, le pays était tranquille ; mais les épreuves qu'il avait traversées n étaient pas les plus graves quidusseiit assaillir sa régence, et il allait bientôt se trouver en face de périls plus sérieux.