RÉGIT SOMMAIRK DE LA CROISADE
grande bataille se livra, une grande catastrophe eut lieu. Le sultan dlconium,à ia téte de sa cavalerie légère^ rompit les batailles épaisses des barons allemands, qui, livrés à l'action de ce climat dévorant et épuisés déjà par de cruelles maladies, succombèrent sous le poids de leur armure de fer et ne purent faire face aux atlaques moitipliées d'une troupe leste et admirablement montée, qui, tournant sans cesse autour de ces masses, les assié* geait comme des forteresses et choisissait son moment pour y entrer avec le désordre et la mort. Toute celte chevalerie germanique s'abîma, pour ainsi dire, dans les sables, et, de cette armée, la veille encore si redoutable, il ne resta que des débris.
* Louis VII rencontra, en sortant de Nicée, l'empereur Conrad, qui ramenait ces tristes débris pour les reconduire en Europe. Sans se laisser décourager par le désastre des Allemands, il ne songea pas un moment à renoncer à la croisade ; tout au contraire, il réussit, par ses paroles à la fois religieuses et chevaleresques, à déter-* miner Tempereur à marcher avec lui v€n Jérusalem, pour accomplir, au moins de sa personne, le vœu qu'ii avait fait, puisque Dieu lui avait enlevé l'armée à la téte de laquelle il avait quitté l'Ëurope. Les croisés français eontinuèrent alors à s'avancer en se dirigeant sur Ëphèse et en laissant, d'un côté la Phrygie, et de i autre, la mer. Bien des pièges leur avaient été tendus sur la route par les Grecs; aussi ne furent-ils pas médiocrement surpris de trouver dans cette ville des ambassadeurs de Manuel, qui, venus de Constantinople par mer, y attendaient l'arrivée du roi de France. lis lui remirent des lettres qui contenaient un conseil plus dangereux que tous les pièges qu'il avait rencontrés sur sa route^^i^
L'empereur l'avertissait, comme par amitié, qu'il allait être assailli par une multitude innombrable de Turcs; son armée, ajoutait-il, ne pourrait résister à ce torrent, et ce qu'il y avait de mieux à faire, c'était de la diviser en un grand nombre de corps qu'on disséminerait dans les places fortes de l'empire. Si Louis le Jeune avait suivi ce conseil, il eût été perdu sans retour, et son armée ainsi dispersée était' à la merci des Grecs. C'est ce que comprit le roi, qui répondit avec une noble fierté aux ambassadeurs que, comme les Turcs dont ils parlaient ne lui inspiraient aucune crainte, il ne croyait pas de- ' voir profiter de l'offre que lui faisait l'empereur, et il était tout à fait résolu à aller en avant. Manuel avait prévu la possibilité de cette réponse, et il avait donné des instructions en conséquence à ses ambassadeurs, qui produisirent alors d'autres lettres, dans lesquelles i Manuel se plaignait des désordres commis par l'armée i des croisés sur les terres de l'empire, et l'avertissait que i désormais il ne pourrait empêcher ses sujets de se ven- ! ger de l'armée française par toutes sortes de représailles, i Louis le Jeune interrompit alors les envoyés grecs en \ leur disant , avec un dédain qu'il ne prit pas la peine de cacher, qu'ils auraient dû commencer par ce message et lui épargner le premier ; et, sans les charger d'un mot de réponse pour l'empereur, il les congédia d*un geste de mépris.
Le roi fit hâter le départ, et, après avoir assisté aux funérailles de Gui de Ponthieu, chevalier d'une grande prud'homie, que l'armée venait de perdre, il alla passer les fêtes de Noël dans la belle vallée qui conduit d'Éphèse à Laodicée. A chaque pas, l'armée française I avait réveillé un souvenir des premiers temps du chris-
QÉCIT 801lllAin£ D£ LA GUOISADE SI3
liauisme. C'est ainsi qu'elle avait traversé Sardes, Colosses, Épbèse, ces villes fameuses auxquelles saint Paul adressait ses épîtres. Bientôt on touctia les l)ords du Méandre, c célèbre par les cygnes dont il est couvert ea tout temps, » dit l'hiâtorien de la croisade. On marchait dans une de ces terres bénies du ciel, que Dieu semble s'être plu à parer de ses mains, et les croisés, fatigués d'une route déjà si longue, et séduits par la beauté du lieu, songeaient à prendre quelques jours de repos, lorsque les Turcs dlconium , ceux-là mêmes qui avaient fait éprouver une sanglante défaite aux. Allemands, parurent avantageusement campés sur les hauteurs qui dominent les deux rives du Méandre. Les croisés se trouvaient ainsi pris entre deux armées, dont Tune devait leur barrer le passage du fleuve, tan« dis que l'autre se préparait à les charger en queue, une lois qu'ils auraient couiaieacé leur mouvement. Les eaux du Méandre, grossies par les pluies d'hiver, offraient l'image d'une petite mer, et l'on ne connaissait aucun gué qui pût favoriser le passage de l'armée. On résolut donc de continuer à côtoyer le lleuve, en s'avançant vers Laodicée; l'armée ennemie, campée sur l'autre rive, suivit aussitôt ce mouvement, tandis (|uc la marche des croisés était inquiétée par la seconde armée turque, qui les harcelait continuLllement, sans. vouloir accepter le combat qu'on ne cessait de lui offrir. £nQn on découvrit un guc inconna môme aux gens du pays : aussitôt le roi résolut de traverser le fleuve jen plein midi, à la vue des deux armées ennemies. Il divisa ses troupes en deux corps, mit le premier sous les ordres de Thierri, comte de Flandre, et de Henri, fils du comte de Champagne, en leur commandant de passer le Méandre
à la léle de leur cavalerie, tandis que les archers, embusqués sur la rive, les protégeraient en accablant les Turcs de leurs traits. Pour lui, il se chargea de recevoir les Turcs, qui devaient venir prendre l'armée en queue pendant le passage du flenve. Ce plan réussit complètement : sur l'une ou l'autre rive , les Français furent vainqueurs ; cette année turque fut éerasée par les leurdes masses de TOccident, et la défaite des Allemands fut
vengée. Le carnage ftit tel, que les eaax du Méandre en devinrent toutes rouges de sang. Louis VU se signala entre tous par ses faits d*armes ; plus de cent Sarraslas mordirent la poussière sous son redoutable bras; le vide se faisait autour de lui, tant ses coups étaient multipliés et terribles. Tout ce qui ne put échapper parla fuite périt par l*épée, et le camp des Turcs, rempli de riches dépouilles, demeura au pouvoir des croisés. Le roi, disent les chroniques, n^avait perdu dans cette ba« taille qu un seul homme, le comte de liogent, qui se noya en traversant le fleuve (1).
Cette victoire ouvrait ie chemin de Laodicée, où Too espérait trouver des vivres : au bout de quatre jours on y arriva ; mais là on rencontra une nouvelle preuve de cette inimitié des Grecs dont on avait déjà eu tant de preuves. La ville était déserte; par Tordre du gouverneur, tous les habitants s'étaient réfugiés dans iea bois et dans les montagnes, en emmenant leurs bestiaux avec eux. Quâût au lieutenant de Manuel, il était allé se réunir aux Tares avec les troupes (ju il avait sous ses ordres. C'était le même qui avait livré l'armée de Conrad aux muautanans,
(1) Uo des historiens de Suger fait remarquer que, par an sla* gulier hasard, il n*y eut aussi qu^nn homme qui périt au pasiagt du Rhin, sous Louis XIV, et que ce Ait un eomte de Nogeiit.
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Il ceui«ci avaienl partagé avec lui les dépouilles des àUemaads* L'empereur de Goastanlinople coiiUiiuaU à MùvreaoQ astucieuse politique, sans voir tout ce qu'il y BvaH de teuiéraire auloadde saprudeoce^ d'imprévoyant dans tous ses oolouls : il ne comprenait pas que, les l urcs une fois vainqueurs des croisés » c'en était fait de Tenipire grec, cet édifice vermoulu qui ne pouvait se soutenir contre la puissance pleine de virilité et de jeuiiesso des musulmans. Au fond de toutes ses habiletés, il y avait UD suicide^ Mais la haine de sectaires dont les Great étaient animés l'emportait sur tout.
Louis le leunCt sans vouloir céder aux avis de ceux qui lui cooselllaient de brûler Laodicée pour punir
I empereur de ses trahisons, ût recUeiclier les habitants qui s'étaient enfuis dans les bois, se procura parleur moyen quelques vivres et se dirigea vers la Pamphilie. Dans les rudes et âpres passages de ces montagnes, un desastre attendait l'armée des croisés. Chaque jour on tenait un conseil de guerre, dans lequel on convenait de la marche qu'on suivrait, et, pour prévenir les querelles entre les hauts barons, il avait été arrêté que chacun d'eux commanderait à son tour. L'armée était divisée en deux corps : l'un éclairait la marche, l'autre la fermait. Un jour que Ton devait franchir un des dé&les ks plus dangereux de ces montagnes , Gcoffroi de Rançon, seigneur de ïaillehourg, commandait te premier corps d'armée; le roi avait voulu conduire le second, afin d'être plus près du péril, si les Turcs harcelaient les croisés.
II était bien cuiiveuu qu'un s'arrêterait, pour passer la nuit, sur le plateau escarpé qu'on apercevait à une grande hauteur, et que le lendeuiain seulement l'armée descendrait en bon ordre dans la plaine, située au bas
Sie SUGBE ET SOK TEMPS
de l'autre versant ^ et qai est une des plus belles de
l'Asie. Le comte de Taillebourg avait danà son corps d'armée la reine Aliénor et toutes les dames de la coor, que le roi avait commises à sa garde, adu qu'elles arrivassent plus tôt au lieu od Ton devait bivouaquer. Rançon voulut, pour plaire à la reine et aux nobles pèlerines qui raccompagnaient, leur procurer le plaisir de passer la nuit dans la belle et riante vallée dont on raeoniaii tant de merveilles, et, pressé par ses guides qui étaient sans doute vendus aux Turcs, et encouragé par le comte de Maurienne , oncle d'Aliénor, il dépassa le plateau où l'armée devait demeurer jusqu'au lendemain, et descendit le versant de la montagne (i). Les Turcs, qui sur' veillaient tous les mouvements des croises, en furent aussitôt avertis et, par une marche rapide, ils s'emparèrent du plateau (jue le comte de Taillebourg venait de quitter, et interceptèrent ainsi les communications des deux corps d*armée. Le roi s'avançait en toute sécurité. Gomme la route qu'il y avait à parcourir pour arriver au lieu où Ton devait séjourner n'était pas longue, il avait ordonné à ceux qui le suivaient de ralentir le pas. Le comte de Taillebourg ayant au contraire ordonné è ses compagnons de bâter leur marche, un espace considérable séparait déjà les deux corps d'armée. Les cbeva* liera du roi, persuadés que les batailles du comte de Maurienne marchaient à peu de distance, et voyant les hauteurs de la montagne couronnées de troupes, crurent que c'étaient les leurs qui étaient arrivés, et, les saluant
(1) Ainsi 8*expn'que le passage de la lettre de Louis le J«iuie
piuâ haut citée, dans laquelle il est dit que la duplicité de Tempereur grec et la faute dea iiôtrei» ont été la cause du dé^aitre.
AÉCIT SOMMAiRB DB LA CROISADE ti?
par de grands criâ de joie, ils rompirent lears rangs pour
les njoiiidre plus tôt. Les Turcs, qui commandaieni lous les detilês, observaient et attendaient en silence. Quand les croises furent engagés dans ces passages presque impraticables, les Turcs poussèrent de grands cris, les accablèrent sous une nuee de traits et, mettant le cimelerre à la main, les chargèrent avec la plus grande impetiiûsUe. Cette attaque imprévue et soudaine mit le comble au désordre des croisés, dont un grand nombre, pour iiiarcher plus facilement, avaient jeté leurs armes sur les chariots qui suivaient. Beaucoup perdirent la vie dans le premier ciioc, et les rangs se renversèrent les uos sur les autres. Louis le Jeune vit d'un coup d'œil le pcril ; il ordonna à Odon de Deuil, qui était toujours auprès de lui, de courir à toute bride vers le premier corps d'armée, en faisant un circuit pour éviter les Turcs, et de lui enjoindre de revenir à l'instant les prendre en queue. En attendant, le roi et les plus déterminés d'entre ceux qui l'accompagnaient, et qui étaient comme d'habitude à l'extrême arrière-garde, parce que c'était ordinairement le poste du péril, gravirent résoiùmenl la montagne et vinrent attaquer les Turcs, qui égorgeaient les premiers rangs, presque entièrement désarmés, lis parvinrent en combattant jusqu'à l'espèce d'esplanade où l'armée devait passer la nuit, et là, se formant en bataillon carré, ils soutinrent contre les Turcs un furieux combat, qui dura tant qu'il y eut uu chevalier debout. Après avoir fait un grand carnage des infidèles , tous succombèrent enfin, sans avoir reculé d'un pas. Le roi demeurait seul vivant, couvert du sang de ses amis et du sang des infidèles ; heureusement pour lui , ii ne lut pas reconnu* Ne désespérant pas encore dans un si grand
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péril, et ne songeant même pas à se rendre, il s'élança
8ur un rocher escarpé qui dominait tous les lieux voisins, et, en s'aidant des branches d'un arbre, il parvint à s'y établir. Les Turcs Taccablèrent de traits pour l'obliger à en descendre; mais son armure de fer était à l'épreuve, et tous ieuis traits retombaient émoubsés. Quelques-uns des plus hardis essayèrent de monter à Tassaut ; mais ils roulèrent bientôt lauliles ou sans vis aux pieds de leurs compagnons; le redoutable cimeterre du roi, sans cesse levé, défendait les abords du rocher à tous ceux qui tentaient Tescalade, et bientôt les assié** géants renoncèrent à leur entreprise pour aller chercher des luttes moins périlleuses et plus utiles en pillant les
ba^^^igcis des croisés.
La nuit était déjà avancée quand Louis, qui était de^ meuré d.ms cette espèce de fort, aperçut quelques soldats, faible débris de son corps d'armée, qui cherchaieai a s'orienter au milieu des ténèbres. Il les appela et seût reconnaître d'eux; alors ils lui donnèrent un des cbe* vaux qu'ils nienaient, et, après avoir chemine silencieusement pendant longtemps à travers des lieux où il u'y avait aucun sentier frayé, ils rencontrèrent enfin les avant-postes du premier corps d'armée qui venait à leur secours. La consternation fut grande quand on apprit qu'il était trop tard pour prévenir une catastrophe doot | on ne soupçonnait pas l'étendue. Sur trente mille hom- . mes à peu près qui suivaieut le roi, c'est à peine si huit à dix mille avaient échappé; tout le reste était mort ou | captif. Le deuil fut immense : chacun pleurait un pa- i rent, un ami, et des voix accusatrices s'élevaient poar demander la mort de liaucon, dont l'imprudente daso- , béissance avaii causé cette catastrophe. Mais le comte
RÉCIT SOMIIAIRB PB LA CROISADE ilf
' de Maurienne, oncle de la reine, qui ne se sentait pas
tout à fait à i'abri du repruube, la reine elle^mèioe ei toates les dames de la cour intercédèrent en sa Taveur; Louis le Jeune trouvait d ailleurs qu'asseide vies étaient éteiates, qu'assez de sang avait coulé, et il refusa de souscrire l'acte de sévérité qu'on lui demandait, 11 se traroa i 6ter au comte de ïaillebourg le commandement, iiepms ce jour, le premier corps d'armée lut conduit par Gilbert, vieux capitaine dont rbabileté et le courage tiàmi estimés d^â tout le camp; le second corps d armée maieha sous la conduite de Guillaume des Barres, grand* miltredes Templiers, rompu à cette guerre et accou tumé à combattre et vaincre les Turcs; il y avait peu de temps qu il était venu rejoindre le roi à la tetc de ses choialiera.
; L'armée ainsi conduite ne tarda pas u prendie unore- > vtacbe glorieuse. Les Turcs s'étaient engagés impru- Jcmment entre deux petites rivières; les cioises, qui avaient le sang de leurs frères à venger, cbaigèfsnt les infidèles avec tant de furie, que U plupart liemeurèrenl I par terre; dès lors, les cbrétiens ne virent plus l'ennemi. M;iis leurs épreuves m cessèroiit pas, elles ne firent que I chiQger. Ils traversaient un pays nu et stérile, dévasté piip les Turcs, et l'hiver, (jui régnait alors, augiiioutait I la difficulté des approvisionnements* Bientôt la iaim, terrible ennemi contre lequel on n'a pas d'armes, vint le& assiéger, et l'on se trouva, au bout de quelques jours, réduit à manger \ch chevaux. Louis le Jeune donnait ii'example du courage et de la paiieace. Tous les secours qu'il put distribuer, il les distribua; nuit et jour, le casque en tète et couvert de sa cuirasse, il allait de rang en rang, exhorter, encourager, aider selon son pouvoir; il
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fut dans cette pénible épreuTe l'âme de Parraée, comme
il en avait été le bras à Theure des périls. Enfin il par** vint, à la tète de cette armée épuisée de fatigues et affa* mée, jusqu'à Atlalic, située sur la limite extrême de l'empire grec« i rembouchure du Cestrius, dans la Pam*
phiiie.
Là, le roi résolut de s'embarquer pour Antioche, comme >
ou Ta vu daus sa lettre à Suger. Le gouverneur grec, trop faible pour résister i l'armée des croiséSf lui avait ; offert des vivres et des vaisseaux pour liaverser l'espace de mer qui la séparait de Tancienne conquête de Bohémond. Mais cette ollre cachait encore un piège. La somme \ exigée par le lieutenant de Tempereur avait été payée j d'avance, et quand le jour marqué pour l'embarquemenl | fut venu, il ne mit à la disposition des croisés que la mei* i tié des vaisseaux nécessaires pour les transporter à Antioche. Il fallut donc diviser l'armée en deux corps : le foi s embarqua avec la cavalerie, et il chargea Archarabaiid de Bourbon et le comte de Flandre de conduire Tinfante^ rie par terre, puisque les vaisseaux manquaient. Le gouverneur grec, protestant qull lui avait été impossible de réunir un plus grand nombre de navires, s'engagea à faire appuyer cette infanterie d'un corps de cavalerie grecque. Mais aussitôt après le départ du roi, les Turcs, avertis par les Grecs, assaillirent les croisés qui furent aussitôt abaadonnés par la cavalerie auxiliaire, qui les aceompa^inail non pour les soutenir, mais pour les livrer. Un bien petit nombre échappèrent et purent, sous la conduite du comte de Flandre et d' Arcbambaud de fiourboa^ se trouver au rendez- vous que le roi leur avait assigné. Pour couronner tant de perlidie, on ouvrit la ville aux Turcs, qui égot^ rent tous les malades et les blessés que les croisés avaient
L£TTil£ BK LOUIS LE JBUKË 2ii
conQés aux solusdeâ Grecs. Peu de teoips après, une épidémie pestilentielle décima la ville, et Ton vit dans ce Uéau le doigt de Dieu qui punissait les Grecs de leur inhumanité et de lenr trahison.
Cependant le roi, poussé par un vent favorable, eiait débarqué au port de Saint*Siméon, situé à Tembouchure de roronte et à quatre lieues d'À^tiocbe. Le 19 mars, les églises de cette magniQque ville sonnaient à pleines volées pour annoncer Tarrivée du roi de France et de ses hauts barons; on leur fit une réception magnifique. Antioche était alors sous la puissance de Raymond de Poi«
iers, oncle de la reine Aliéner; ainsi le roi se trouvait à
a fois chez un prince de sa famille et chez un Français, de cette race méridionale que, par son mariage, il avait réunie à la race du r^ord. Trouvant enlin à Antioche un peu de tranquillité, Louis le Jeune écrivit à Suger pour lui donner de ses nouvelles et de celles de Tarmée ; il ne lui cachait rien, et s'il ne lui parlait pas des nouveaux désastres qu'avaient éprouvés les croisés après son embarquement à Attalie, c'est qu'il ne les connaissait pas encore. < La plus belle armée que ce siècie ait vue, écri- € vait tristement Louis le Jeune à Suger, est à moitié c détruite, partie par notre faute, partie par la perfidie f des gens qui, venant au secours des Turcs presque i anéantis sur les rives du Méandre, leur ont fourni les f moyens de foi uicr une nouvelle armée u laquelle ils se < sont réunis pour nous y accabler. » Ce fut aussi d' Antioche qu'Odon de Deuil envoya à l'abbé de Saint-Uenis les sept premiers livres de la relation de la croisade ; ils comprenaient tous les événements qui avaient eu lieu depuis le départ des croisés jusqu'à leur arrivée a Anliocbe; ainsi Suger put suivre, jour par jour, cette doulou-
ttt 8U0BR BT SON TBMPS
reuse hisioirei assister par la pensée à loua les périls
qn .ivaient courus le roi cl l'ai iiiée, et mesurer toute Tétendue des pertes qa'on avait faites.
Le mèine vaisseau qui avait apporté les lettres du roi avait apporté aussi eelles des autres croisés^ et bieatùt rAllemogiie et la France connurent, au muiiis confusément, les désastres dont nous avons rapidement esqaissé le lamentable tableau. Plus Tenthousiasme avait ele grand à la voix de saint Bernard préchant la eroisade, plus la réaction qui s'opéra lut violente et prononcée; il semblait que Dieu aurait dû faire un miracle pour as* surer le succès d'une entreprise conseillée par un si saiiU personnage, et dont le but était si religieux et si beau: et quand un apprit le résultat de tant et de si vastes pre paratifi), et le sort de la plus grande partie de cette année qui senibiail devoir suffire à la conquête du monde, un j long cri de douleur s'éleva en France et en Allemagne. , Tant de familles frappées dans leurs membres, tant de ' veuves et d'orphelins, redoublaient par leurs gémissements la clameur publique, et cette croisade, nagudt | encore si populaire, était devenue l'objet d'un blâme ' universel. Les regrets se changeant en accusations, bientôt saint Bernard, qui avait été le promoteur de l'entreprise, se vit attaque de tous côtés; il avait prècbé l'accomplissement d*un devoir, on lui demandait un suceës : tant de tombeaux ouverts en Orient, tant de sang généreux inutilement versé, tant de richesses enfouies en Asi(\ semblaient crier contre lui. Saint Bernard, daas une lettre qu'il écrivit à cette époque au pape Eugène, ne tiissimulaii point l^espèce d'anathème public auquel il était en butte, et voici comment il s'exprimait à ce sujet:
* Vous savez que nous avons vu des jours d'épreuves
LETTRE PK SAINT BBHI^ARD HZ
[ qui semblaient devoir incLtre un terme à notre vie, à i plus forte raison ne nous laissaienUls pas ia liberté [ d'esprit nécessaire à l'étude. Le Seigneur, irrité par nos péchés, a semblé vouloir avancer le jour où il ju« géra le monde avec justice et sëverilé, saus se souvenir de sa miséricorde. 11 n'a épargné ni son peuple ni son nom; toutes les iiaiioub dcmaudcut où est leur Dieu. £t cependant ce qui est arrivé n'a rien qui puisse surprendre. Les enfants de TÉglise ont été livrés à la mort dans le désert, ou moissonnés par le glaive, ou dévorés par la faim. Le mépris du Seigneur s'est appesanti sur les princes; il les a laissés s'égarer dans des routes inconnues, et des peines et des allUctions sans nombre ont été semées dans leurs voies ; la confu* sion, la tristesse, la terreur, sont entrées dans ia demeare des rois. Quelle honte n'est-ce pas pour nous qui sommes allé annoncer partout la paix et la félicité I Nous avons prédit la paix, et il n'y a point de paix; nous avons prédit ie repos et la félicité, et le trou-* ble et le malheur sont venus* Avons-nous été, dans cette circonstance, prudents ou téméraires/ Uuaad nous nous sommes mis en mouvement, est-ce à une fantaisie arbitraire de notre imagination que nous avons cédé? Ne sont-ce pas vos ordres que nous avons suivis, et n'est-ce pas Dieu qui commandait par votre bouche? Pourquoi donc n'a-t-il pas re*^ardu avec plus de faveur nos peines, et a-Ul paru ignorer nos humiliations? Tant de clialiiueiils u'out pas encore apaisé sa colère,
et sa droite est toujours levée. Avec quelle patience
ne souffre-t-il pas les discours sacrilèges et les blasphèmes des Égyptiens? Si leur dieu les a conduits dans le désert, disent-ils, c'est par perfidie et pour les lais-
< ser pr-rir. Toos les jugeoicQts de l»ica sout justes et « vérttaMes; mais celiu-ci esl ma «biiM si profMid, qu'on « peut s'écrier^ ce me seaibie : Heureux celui dans l'e^
< ^1 doqMl le ttsndate B*csl enlié ! »
Puid àaiiU BerQâfd, repoûdâut a ces récrimiualioas par des repradies, s'écriait en s'adiemat à ses accusa, teors : « Si la grande expédition n'a pas réussi, à qui c laoi-il iaifai» ce Mlbeart îTesi-ce pas aux barons et « à leurs pechcs? Le prédicateur de la croisade peut-il . < èire le^MWsabie da mauvais succès d'une eoireprise f oùtaiil fauttjû uui cte commises? Co n'est pas lui • qui a mené les diieos en laisse» porté le fattcon sur le c poiDj.', goûte les plaisirs a aaevie déréglée el allumé
€ ainsi le courroux da ciel, i
Ainsi pariait Bernard, rejetant avec une hauteur incomparable Taccusation aux accusateurs, et expliquant
les revers des croisades par les torts des croisés : cette explication n$ manquait pas de justesse. Là roi avait, il
est vrai, toujours mené une vie chaste et sévèpe ; mais on allait bientèt apprendre des événements qui devaient prouver que cet exemple n'avait pas été suivi par toute Tarmée* Il y avait, surtout dans la chevalerie méridia* nale que le roi conduisait avec lui, une ardeur de passion et un amour de plaisirs qui contrastaient avec les mœurs plus graves et plus réservées des féodaux do Nord» On avait pu déjà s'en convaincre lors du mariage de Robert avec Constance, et Tunion de Louis le Jeune avec Aliénor de Guyenne devait prouver, par un nouiel cxempUî, le conLrasle qui existait entre ces deux races dont les mœurs étaient si différentes.
L'abbé de Sa 1 n t-Den is se t rou va i t personnel lemen t dans une meilleure position que saint Bernard, après les revers
MANIÈEK DONT IL POUBTOIT AUX DIPPICULTÉS Sâ5
de la croisade. 11 avait été toujours coulraire, on le sai^ à cette entreprise lointaine, et il avait même écrit au pape pour le supplier de dissuader le roi de se rendre en Orient. Mais quoiqu'il eût prévu tous les inconvénients de la croisade^ ces inconvénients n'en étaient pas moins grands, et comme ils se présentaient de toutes paris, il importait de pourvoir aux difficultés d'une situation qui devenait menaçante. D'abord, il fallait trouver de nouvelles sommes d'argent pour ies envoyer au roi , dont les ressources étaient épuisées; puis il clait à craindre que . ies barons méconlents ne remuassent à l'intérieur, en ap* prenant les desastres que le roi avait éprouvés en Asie; enfin on pouvait appréhender quelque attaque du dehors, surtout de l'Angleterre avec laquelle on était en désaccord perpétuel.
Suger ne désespéra pas de suffire à toutes ces diffleoités. D'abord, il envoya au roi de l'argent puisé dans te trésor de Saint-Denis (1), afin de ne pas répandre
(i) La question d'argent revient sans cesse dans la correspondaDce da roi et de Suger. C'est surtout par les Templiers que passe l'argent destiné à ia croisade* Les Templiers, ayant de grandes possessions dans la Terre sainte, recevaient dans leurs maisons de France Targent quMls avançaient au roi en Orient* Ils faisaient ainsi ce qu'on pouvait appeler le service de banque de cette grande expédition d'outre-mer. Aussi le roi mande à Sujj^er, dans une de ses lettres : « Je tenir pour certain ce que lui dira Évrard Martin du Temple. Le roi l'a envoyé, en eîiet , deux fois d'Antioche à Ascaron, à la sixième ide de ruai, pour recevoir wn prêt d'argent nécessaire à l'entretien de Tarmée. Bouc, de par Dieu et de par nous, nous vous mandons de faire rendre au plus vite aux chevaliers du Temple Targent que nous avons emprunté par leur intermédiaire; nos lettres vous auront fait connaître le chiffre de la somme. »
Daiià une autre lettre, le roi expose à Suger tous les services ([u'ii a reçus des chevaliers du Temple depuis qu'il est en Oneut.
SUD SUGIR £T fOji TBMPS
l'alarme dojïs le royaume et de ne pas fournir de nouvelles armes aux mécontents en imposant de trop lourdes charges aux vassaux. Puis il atténua, autant qu il put, la g ( avité des nouvelles arrivées d^Orient ; il affecta de traiter comme une imagination les bruits sinistres qui commençaient à s'accréditer, et cacha ses propres inquiétudes sous les apparences d'une sécurité si bien jouée, que personne ne put pénétrer ses pensées secrètes* Pour être prêt à tout événement, il leva sans bruit des troupes, et enliu il écrivit au roi de bâter le plus qu'il pourrait son retour, pour venir mettre lui-même un terme aux machinallous de ses ennemis.
Louis le Jeune, plein de conQanee, sans doute, uâtb l'habileté de son ministre, ne se rendit pas à ce conseil; il s était engage par serment à aller à Jérusalem, il voulut tenir sa parole. Le séjour d'Antioche commençait à lui être insupportable : il avait été trappe dans ses atrecUuiis d'un coup douloureux dont il ne pouvait se consoler, et il ne songeait qu*à quitter cette ville où il craignait nièaie de ne plus être en sûreté. Ën citant un passage de la
« Il a*aura2t pu y rester sans leurs secours et leur concours. Si Suger les avait jusque-là aimés pour l*ainour de Dieu, Louis le
Jeun« le prie de Jci» aimer en outre desunaais jjour Tamour du l'ùj, siou auii. Le roi le KU[j[j]iu de leur faire rembourser deux mille uiarcs d'argeut qu'iib lui out prêtes. >
Meatiouuous, sans les reproduire, plusieurs lettrée tiaas le ukèms seost mais il en est une que Ton ne laurait passer soas silea^e parce qu^eile contient , à peu de ohose près « la formule employée dans nos lettres de change actuelles. Il s*agit 'd*uae somme i rendre à J^évéque Anolphe, qui a fait prêter cent mares d^argent as roi dans une grande nécessité 0(1 celui-ci se trouvait : Mandat»' big ut, remola omni excmnfione et dUnthne, em (imu caa) iUi de vm reddnti» mliii }U(nsc)n pu.slqaani illas (Uterns rercperUii^ C'est 1*
UiUti de chaude ^a^ ai)ie à uu mois de préseutatian.
DÉSACQOMD I>U HOI KT d'aLIÉNOR tt7
leUre dans laquelle saiul Bernard aiUibiuiii aux déréglemeots des croisés le peu de succès qu'avait eu la croisade, nous avons eu occasion de dire que celte accusation sévère était juste, et qu'à côté des exemples de retenue et de pieté que donnait le roi Louis le Jeune, il y avait d'autres vies moins régulières. C'est ici le moment d'entrer avec un peu plus de détails dans cet ordre de faits, sur lequel Louis le Jeune consulta Suger. La reine Aliéner, ua Ta vu, appartenait à cette race méridionale qui se plaisait aux raffinements de la civilisation et qui recher-^ ehait avec empressement tous les plaisirs. Les cours de la France du Midi étaient plus élégantes, plus curieuses (le divertisseiuetils que celles de la France du Nord, et leurs troubadours étaient célèbres dans toute TEuropOt Depuis le commencement de la croisade, Aliéner avait plusieurs fois laissé voir l'éloignement que lui inspirait Louis le Jeune Par suite du souvenir de la ruine de Vitry-le-Brûlé, un nuage de tristesse assombrissait Tâme liuUirellement pieuse du jeune roi; il marchait à la croisade comme à une expiation, et la reine, qui avait envi* sage celte expedilioii sous u a lout autre aspect et qui y cherchait plutôt des émotions nouvelles et une vie semée de merveilleux hasards et de prodigieuses surprises, ne pouvait comprendre ni partager les sentiments de son mari* Pour celui-i'i, il n'y avait en Orient qu'une seule ville, Jérusalem; tout le reste n'était qu'obstacles qu'il fallait surmonter, périlsqu'illallaiL vaiiicre : sur la jeune reine, l'Orient, cette terre de prestiges et de fascination, exerçait sa molle influence, et celte nature lacile s épanouissait sous la chaude baleine d'un climat qui ouvre l'Ame auK
séductions du plaisir. Il arrivait de ce contrasle que le
roi cessait peu à peu d'estimer Àliénor, et qu'Aliéner,
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lui reailaiU mépris pour mcpi is, disait qu'elle avait cru épouser un roi ei non un moine.
C'est à Antioche, surtoul, que ce désaccord coiiiineiiva à se montrer d'une manière plus claire. La ientatioo avait été trop forte pour Aliéner : elle venait d'assister à une marche pénible et périlleuse, pendant laquelle elle avait enduré toutes les privations et toutes les fatigues de la guerre. Tout à coup elle se trouvait transportée dans le plus beau pays du uàonde, sur les bords fortunés de rOronte, au milieu de ces bosquets si célèbres dans l'histoire antique, sous les uuilrages desquels Julien entreprit de ressusciter le paganisme expirant. Elle rencontrait toutes les pompes chevaleresques et pocliques des cours du Midi, avec un mélange des mœurs voluptueuses de rOrient, qui pielaieut un aUrait de plus aux séductions de ces cours plénières, où la force orgueilleuse de rhonimc d arnies se plaisait à dépendre de la toute-puissante faiblesse des châtelaines armées de leur beauté et de leurs grâces, et où le gantelet de fer pesait moins dans la balance que le gant de soie ou de velours» Les croisés qui s'étaient établis en Orient avaient été, en grande par tie, énervés et corrompus par leurs conquêtes, et les dis* positions pénales, promulguées par le concile de Naplouse, en indiquant la nomenclature des crimes qu'il s'agissait de réprimer, rcvclenL la profondeur de la depiavution. La reine Aliéner passait ses Journées à Antioohe, au mi*
lieu des abseuiblées où brillaient SibvUe de Flandre; Ma-
mille de Roussy ; Florine, &lie du duc de Bourgogne; Toi-
qnéri, duchesse de Bouillon; les comtesses de Toulouse et de Biois. Elle tenait une cour pléniére, elle était l'objet de toutes les prévenances, et riiospiudite empressée du comte Raymond n'omettait rien de ce qui pouvait lai
DÉSACCORD DU iiUi ET d'aLIÉNOK fl9
faire aimer le séjour d'Antioche. Les chroniqueurs de la croisade vont plus loin ; ils assurent qu'à la faveur de la liberté que doBne la parenté, une liaison coupable s'établit entre le souverain d'Antiocbe et Aliènor. Ceiui*-ci avait un intérêt très^grand a subjuguer l'esprit de la reine. 11 avait cbercbe à retenir l'armée croisée dans ses États, afin de s'en servir pour faire plusieurs eonquètes qui auraient agrandi sa principauté; ainsi Louis le Jeune rencontrait à Antioche les mêmes pièges qu'à Gonstantiuople. Les deux mobiles qui , eu Europe , avaient poussé les barons à se croiser se manifestaient en Orient. Acùie des chrétiens ferventâ qui ne songeaient qu'à défendre le tombeau du Christ, il y avait eu des ambitieux qui étaient venus chercher, au delà des mers, des principautés et des baronnies, et qui, se trouvant à Pétroit en Europe, n étaient accourus eu Asie que pour se mesurer, de la pointe de leur épée, de plus vastes États. Ainsi les intérêts de la terre se trouvaient mêlés aux intérêts du ciel, et les croisés fervents, qui venaient animés de la seule pensée de verser leur saug pour la détense des saints lieux, avaient à lutter non-seulement contre le cimeterre des infidèles, mais contre les calculs de la politique égoïste d'une partie des chrétiens établis en Orient, qui cherchait à les prendre dans ses lacs. Raymond, malgré toute son habileté et toutes les séductions qu'il avait prodiguées pour retenir les croisés à Antioche, avait échoué dans ses efforts. Baudouin, roi de Jérusalem, venait d envoyer au roi de France une ambassade solennelle pour hâter son arrivée, et l'empereur Conrad, qui était-déjà dans celte ville avec les débris de son armée, pressait vivement Louis le Jeune de venir se joindre à lui, afin de faire quelque chose de considérable contr<^
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les infidèles. Rayniond, voyant les croises lui échapper, • résolut (le chercher à retenir Louis le Jeune au moyen | d'Aliéner, et, si Ton en croit le rappuil des chroiu<iueurs de la croisade^ il employa tout pour obtenir sur elle lin* fluence qu'exerce le séducteur sur la femme séduite, et la reine ne résista pas à la séduction. Les chroniqueun ajoutent qu'Aliéner poussa l'oubli de ses devoirs jusqu'à nouer des rapports criminels avec un jeune Turc nouvellement baptise. « La reine y consentant, dit Guillaume t de Tyr, car elle était une Temme folie, Raymond réso-
< lut de s'en emparer, soit par la violence, soit par il6s c machinations secrètes* Elle était, en effet, comme elle c Tavait déjà montré et comme elle le montra uu peu
< plus tard par des indices manifestes, une femme im-
< prudente, qui, au détriment de la dignité royale, fouc lait aux pieds les devoirs du mariage. Lorsque le roi « connut la vérité à cet égard, voulant prévenir les desc seins du prince, il se décida, par l'avis des seigneurs,
< à sortir clandestinement avec les siens de la ville d Auc tioche (1). i Vincent de Beauvais parle dans le même sens. Il est juste d'ajouter que tous ces chroniqueurs ap-
partenaient à la race du Nord, et qu'ils devaient être naturellement les interprètes des baines qu'elle éprouvait pour la race méridionale à laquelle Aliénor appartenait.
Ce qu'il y a de certain, c*est que le roi Louis le Jeuiie fut oblige de quitter clandestinement Antioche, pour déconcerter les manc&uvres de Raymond, et d'emmener en toute hâte son nrnice, afin de la soustraire aux pratiques de cet hôte perfide. 11 enleva en môme temps, par un coup d'autorité, la reine, qui montrait peu de disposi-
(!) GttilUitnw de Tyr, liv. XVI, dup. xxfiu