SAGE CONSEIL DONNÉ PAB LUI AU BOI
« princes, de pas prolonger voire séjour en Syrie au-
t delà des fêtes de Pâques, de peur (|u'un plus loiv^ délai
• ne vous reude coupable aux yeux du Seigneur en € VOUS faisant manquer au serment que vous avez prête f en recevant la couronne. Pour nous » impatients de « vous revoir, nous vous attendons comme un ange de
< Dieu« Vous aurez lieu, je pense, d'être satisfait de notre
t conduite. Nous avons remis entre les mains des che- '
< valiers du Temple l'argent que nous nous disposions à t vous envoyer ; nous avons , de plus , remboursé au f comte de Yermandois les trois mille livres qu'il vous « avait prêtées, sauf deux cents livres. Votre terre et vos
< hommes jouissent, quant à présent, d'une heureuse i paix. Nous réservons pour votre retour le jugement
< des litiges, les plaids à tenir, les reliefs des fiefs mouf vants de vous, les tailles et les provisions de bouche
< que nous levons sur votre domaine. Vous trouverez
< vos manoirs et vos palais en bon état, en raison du
< Sûiu que nous avons pris de faire faire les réparations « nécessaires. Leur seigneur seul leur manque. He voilà i présentement sur le déclin de Tage, et j'ose dire que « les occupations et les soucis que j*ai acceptés par sou*
< mission pour les ordres de Dieu et par allection pour « votre personne , sans consulter ni mon goût ni mes « intérêts, ont hâte pour moi les jouis de la vieillesse. « Quant à la reine votre épouse, j'oserai vous louer, si
< vous cachez à tous les ressentirneuts de votre cœur,
< jusqu'à ce que, de retour par la protection de Dieu
• dans votre royaume , vous puissiez prendre un parti ( sur cette affaire et sur les autres (1). >
(1) Voici les propres parolM de Suger : « De regina cocjuge Testra, audemus vol)iâ laudaie, ài tamen placêt, <^uateaus ranco-
i34 âUGSA £T SON TEMPS
Âiii&i, tout en veillaut aux affaires si importantes et si nombreuses dont il était chargé, Tabbé de Saint-Denis donnait encore des directions à Louis le Jeune sur lâ oonduite qu'il devait tenir envers la reine en Orient, et, au point de vue moral comme au point de vue politique, ses directions étaient sages. Outre que, dans ces sortes ' de matières, il est toujours difflciie d'acquérir les été- ' ments d'une conviction complète, il eût été à craindre, | d'un côté, qu'un éclat produisit un effet factieux pour la ' dignité royale, et, d'un autre côté, qu'il amenât des colli- ; sions entre ia clievalerie méridionale, plus particulière* ment dévouée à la reine, et la chevalerie de la France du Nord, qui lui était contraire. Le reste de la lettre révèle < les caractères de celte administration vigilante, ferme et ; soigneuse qui faisait prospérer les affaires du royaume, l comme elle avait lait prospérer les affaires de 1 abbaye. Suger n'avait eu rien à ctianger à la politique qu'il avait appliquée a la gestion des intérêts de Saint-Denis, il n'avait fait que l'élargir pour l'approprier à la France, ci Tordre et la régularilé avaient porté leurs iruits pour le pays tout entier, comme pour un simple monastère.
Louis le Jeune trouva que le parti indiqué par Suger était le meilleur* Il résolut donc de ne prendre aucune \ mesure décisive relativement à la reine, tant qu'il serait j en Orient. Cependant les historiens contemporains ne disent pas qu'elle ait paru à l'assemblée de Ptolemaiiie, quoiqu'ils aient pris soin de nommer la reine de Jérusalem suivie de toutes les dames de sa cour, la marquise d'Antioche entourée des châtelaines allemandes, et la comtesse de Toulouse entourée des chàtelaiiies frau-
rt'iu aniiiii vestri, si est, operiatis donec, Deu volenle, in propriuiu l'cversus reguum, auper iiis et super aliis provideatis. »
DÉNOUMEfIT FACUËUX PK LA CROISADE iai&
çaises. Cette assemblée représuatail la chrétienté tout entière : le pape la présidaU par ses légats ; la France y avait son roi, seb principaux évè(iues et ses barou^» les plus puissants; l'Âiieoiagne, son empereur, ses princes, ses prélats; tous les chefs des principautés chrétieunés d'Orient y étaient accourus avec le roi de Jérusalem ; les ordres de la Terre sain le, les Templiers et les Hospitaliers y avaient envoyé leurs grands maîtres et leurs pnucipaux chevaliers. Les affaires générales du christianisme en Orient allaient donc être traitées dans ces i^iaiidcs assises.
Après une longue délibération, il fut résolu d'un commun accord qu ua seréuuiiait pour assiéger Damas, qui, par sa position centrale entre les quatre principautés chrétiennes de TOrient, était pour toutes uu sujet continuel de craintes et de périls. Le jour fixé pour le rendezvous gcaéral des troupes lut le 26 mai il i8; le lieu Tut Tibériade. Cette campagne, qui devait couronner par un beau dénoûuient la ciuisade de Louis le Jeune, avorta sans atteindre son but. Les croisés s'attendaient à un cuiicours empressé des princes chrétiens de la Syrie; ils ne rencontrèrent cbezeux que mensonges et trahison. Les intérêts particuliers l'emportaient sur les intérêts généraux, et Ton eut même quelques raisons de croire que les Turcs avaient réussi à corrompre, par de riches prélents, plusieurs do ces princes qui, par leur retraite inexplicable, obligèrent l'armée chrétienne à lever le siège de Damas au moment où cette ville allait être prise.
Ce l'ut, on peut le dire, le coup de mort de la croisade. L iudiguation des croisés lut si grande, qu'il lut impossible au roi de Jérusalem de la calmer. Tous les barons suçais et allemands n'aspiraicnl plus qu'à quitter cette
S36 SDGBR ST SON TBMPS
terre où ils étaient venus de si loin, à travers tant d'ob-
stacieâ et de périls, sur l'appel des chrétieûs d Orient, pour ne trouver chez eux que des pièges et des embA<* ches. Ce fut ainsi que la plupart des barons français, et parmi eux Robert, comte de Dreux et frère du roi Louis le Jeune, quiUerent la Palestmeet s'embarquèrent pour la France. Le roi demeura presque seul; sa vive et ardente dévuiion n'était pas satisfaite encore; il ne pouvait, écrivait-il à Suger, se décider à quitter la Terre sainte sans avoir rendu à Dieu et à 1 Église d'Orient de plus éclatants services.
Nous entrons ici dans ia dernière époque de la régence de Tabbé de Saint-Denis, dans celle où il eut les plus grandes difficultés à surmonter, les périls les plus grands à vaincre. Du moins, jusqo à ce moment, si le roi Louis le Jeune était absent, la plupart des grands barons étaient absents comme lui et avec lui, et les ligues féodales qu'on aurait pu former contre ce prince auraient difficilement trouvé un chef. Les choses allaient changer d3 face : les principaux barons rentraient en France, tandis que le roi demeurait à Jérusalem; ils rentraient mécontents du denoùment de la croisade, et, selon l'usage ordinaire des hommes, ils attribuaient le peu de succès qu'elle avait eu à leur chef. Peut-être aussi la tristesse religieuse qui paraissait dans toute la conduite du roi depuis le sac de Vitry-le-Brûlé déplaisail-elle à ces esprits altiers; leur orgueil s'accommodait mal d'un roi pénitent; enfin, ils détestaient l'admiuisUaiion sévère d'un moine qui gouvernait le royaume avec la même régularité que son abbaye, et qui, habitue à tout faire plier sous l'empire de la règle, ne supportait point de résistance à son autorité. Robert de Dreux allait donner un
chef à la ligue féodale que ces mécouieiUementâ devaieui faire naître. Pendant toute la durée de la croisade, Ro« bert n'avait cessé de faire une vive opposition au roi sou frère : dans le conseil, dans l'armée, il embrassait toujours l'avis opposé au sien. Dès qu'il fut de retour eu France, il affecta de répéter que tous les revers des croisés devaient être attribués à celui qui les conduisait; c'était, disait-il, par l'inhabileté du roi que tant de désastres avaient humilié nos armes. Du reste, ajoutait-il, Louis ne songeait plus à la France; la Terre-Sainte l'occupait uniquement, et sans doute il ne se résoudrait jamais à la quitter.
De pareils discours ne pouvaient qu'en&ammer les mécontentements déjà si vifs. Tous les malheurs de la croisade étaient en effet connus : l'art inûni que Suger avait mis à atténuer la grandeur des pertes ne pouvait plus rien en présence de témoins oculaires qui racontaient, dans tout le royaume, ce qu'ils avaient vu et ce qu'ils avaient souffert. Ajoutez à cela que les barons, qui reprochaient à Suger robscuritc de son origine (!), comme le dit le moine Guillaume, espéraient d'un nouvel avènement ces distribulions de terres auxquelles ils avaient été obligés de reiM>ncer sous Tadministration sévère et économe de l'abbe do Saint-Denis. Celait une bonne fortune peureux, que le régne d'un roi féodal qui, recevant d'eux la couronne, serait contraint de se montrer plus libéral et de laisser relàcber de plus en plus les liens de la dépendance. Ce qui achevait de donner des chances de succès aux secrets desseins de Robert, c'est que, ses deux Irères étant entrés dans l'état ecciesias-
(1) Àb œmuHê objieUur obiûuritag generii»
238 SUGËil ET SON TEMPS
tique et le roi naynnt pas eu d'enfant mâle, il était le seul membre de la famille royale en position de monter
sur le trône.
Il y avait des mécontents Jusque dans le clergé. Geoi
([ui ne s'etuient pas trouvés assez bien partagés dans la distribution des bénéfices ecclésiastiques accusaient Su^ ger d'en disposer exclusivement en faveur de ses créatures, et Ton vit, par une lettre de saint Bernard au ré* gei)t, que des plaintes avaient été portées à cet égard devant le grand abbé de Clair vaux (l).
Le biographe de Suger, Guillaume, qui était en même temps son contemporain, constate le même feit en disant qu il y avait des clercs qui, parce qu'on ne faisait pas tout à leur gré dans le royaume, commencèrent à prodiguer à Robert leurs basses adulations : Quidam eiiam clerm, quia $imi acvéUentin regnoaliqMnon fieretU, mperunl illi fœda adulatione blandiri. Les classes populaires elles-mêmes fournissaient un contingent d'auxiliaires aux pi ojeis ambitieux du frère du roL Comme le fait remarquer le moine Guillaume, la populace a toujours été ardente pour les nouveautés, popu/am gui ad nova facile concUantur. En outre, les impôts levés pour soutenir la croisade avaient lourdement pesé sur toutes les classes {2).
l^éjà l'appareil presque royal dont s'entourait Robert,
^ (1) « 1# TOUS prie d'être bien pomiftdé, écri?ait à cette époque r^bé de GlairvaEx à Suger, qu'il ne m'est jamais venu dans l'esprit que vous fussiez cause des désordres qui iiousTout gémir; mais, quelque convinin u queje lu^^t^ de v.tre droiture, j*étais affligé des mauvais bruitîi qu'où faisait courir. (EpUUikg kistorkœ, apiid D«chèque. )
(«) Cette dernière remarque est de M. Combe», dans ro«?r«|« iuiitulé : L'Abbé Suger, hiêtoire de ton minUtère ei de $a régence.
HAGHiNATlOIfS DJB AOB&RT 0£ FAAMGfi 2^0
et queiqueâ-uues de ses démarches, avaient donne réveil à Soger, lorsque Thierrî, oomte de Flandre, Tun dea principaux croisés, lui écrivit de ses domaines^ où il venait d'arriver, pour loi donner un avis plut certain, t Je « serais deja depuis longtemps allé vous voir, lui disait-il, f et j'aurais conféré avec vous au sujet des choses sur « lesquelles vous m avez adressé des questions, si je n*af vais pas été absorbé par mes propres affaires, surtout I parla nécessité de rembourser mes créanciers. Quant taux dispositions qu'a montrées le seigneur Robert, « iici'c du roi, envers mon seigneur le roi de France, f pendant notre long voyage d'outre-mer, vous pouvez « eu croire le récit des autres. Ce que je puis vous afûr-
< mer, c'est que le seigneur Robert, avant son retour, « mandé par le roi à Nazareth pour les atfaires du roi,
< & absenta et se sépara du roi dansdes dispositions d'es* « prit qui, à mou jugement et à celui des principaux sei-
< gneurs, n'avaient rien de bienveillant ni de fraternel.
• * C'est pourquoi, comme il sied à votre prudence, conser- « vez les villes et les forteresses confiées à votre garde, « avec la fidélité que vous devez au roi de France, et si
• vous rencontrez quelque opposition, résistée virile- « ment, sur de m'avoir pour second, et prêt à combattre « pour vous avec la protection de Dieu. S'il vous convient
j « dono que je vienne pour conférer avec vous des affaires I < de la terre qui vous a été conliée^ appelez-moi sans bé- « titer, et dites-moi si je dois venir avec beaucoup ou peu » de gens. Je suis, en effet, prêt à combattre envers et « contre tous pour la terre du roi, mon seigneur, et à
* braver toutes les fatigues et tous les périls pour servir «sa cause (i). b
(1) EpisU^ kêêtorieœ, apud Duchesne.
Suger, ainsi averii» prU aussitôt, ses mesures. Il pourvut tout d*abord à une question particulière qui devenait fort grave parce qu'elle se raltactiait à la situaliou gèneraie. Lecomte deVermandois lui-*méme, quoique attaché au roi par les liens d' une parente étroite, et charge par lui, 80U8 le suprême contrôle de Suger, de tout ce qui regardait les affaires militaires, ne paraissait pas être demeure étranger aux pratiques de Robert. Il avait couvert de m approbation Kainald, comte deCrécy {cornes de Crmanoh qui s'était emparé par surprise de la tour de Sainte-PaL lade qui dominait la ville de telle sorte que qu^éUit 4Aaltre de la tour était maître de la cité. Le roi, à sondépart, en avait confié la garde à l'archevêque, qui y avaù mis garnison. C'était précisément cette garnison que le comte de Crécy avait surprise et chassée de la tour. 11 avait représenté au comte de Yermandois qu'il était de l'intérêt du roi que cette tour ne fût pas au pouvoir de rarcbevéque déjà trop puissant dans la ville, et le comte seml>lait agréer cette excuse. Ur le comte de Crecy était un des principaux membres de la ligue des mécontents, el, autant qu'on en peut juger par les documents du temps, la tour de Sainte*PaIlade était destinée à devenir la place d'armes des conjurés. L'archevêque de Bourges se pourvut aussitôt auprès de Suger, qui invita le comte de Ver* mandois a faire remettre la tour au prépose du roi. Le comte ne se pressant pas de déférer à ce vœu, Suger lui parla avec autorité : t I^ous avons ordonné^ lui écrit-iit € pour obéir au vœu de justice, que Tarchevéque renc trerait en possession de la place. Notre résolutioa • à ce sujet est immuable. Nous avons voulu vous le mani der nous- même en vous transmettant cet ordre par le t me!>bagtT porteur de cette lettre écrite de notre main.»
PBiPABÀTlFS CONTUK LB8 FACTIEUX iH
Après un ordre aussi exprès, il ne restait plus qu'une seule alieroative : eutrer en révolte ouverte ou obéir; le comte de Vermandois obéit. L'archevi^^que de Bourges avertit buger par une lettre qu'on lui avait rendu la tour de Sainte-Pallade au moment où il s'apprêtait à 1 assiéger avec une grande multitude de fantassins et de cavaliers.
£n même temps, le comte de Dreux fut si exactement surveillé, que le régent put suivre, pour ainsi dire, heure par heure ses démarches. Le comte de Vermandois reçut rordre de tenir sur pied des troupes nombreuses et aguer-» ries, aûn de se mettre en marche au premier avis. Les offres du comte de Flandre fùrent acceptées, et il fut prié de s'approcher insensiblement du royaume. Le comte de Champagne fut mis dans les intérêts du roL En outre, Soger obtint du pape un ordre adressé à tous les évèques pour leur enjoindre de ftilminer l'excommunication con tre tous ceux qui troubleraient la paix du royaume, quel que fût leur rang. Le régent prit en même temps toutes les mesures nécessaires pour que les gouverneurs des petites villes royales eussent fc remplir fidèlement leur mission, et il changea ceux sur lesquels il ne pouvait compter. Rien ne fut omis pour réprimer les troubles qui ûliaient naître, et tant de soucis, jouUs a tant de travaux, altérèrent la santé de Suger. Ce fut alors qu'il écrivit au roi, en lui rendant compte des précautions que sa prudence lui avait suggérées : cJ'étais déjà âgé, lorsque « vous êtes parti; mais J'ai vieilli bien davantage au
< milieu des soucis que mon amour pour Dieu et cdni
< que je vous porte ont seuls pu me décider à accepter.
< Vous avez livré la brebis au loup et le royaume aux ra-
« visseurs. Nous supplions donc Votre Majesté, nous l'eu
iéi SCGEH ËT SON l&UPi
• prions par sa pie le, nous l'en eonjoroas par sa bon lé
• el eeUe ibî qu'elle douà a eiigagee e& f eeevaat Ta^ « inreace de la nôtre, de ne pas ^port^ le moindre f éeiai a iOA reUmr. >
La roi M eéda pas aneora à daa inalanees si pressanc Ému de pilie, éerivail-il a.Sugar, a la vue de i% < glise d'Orient opprimée par les inBdèles, toucbé de m € pemea et trappe de ia oeeetsUe de faire quelque chose i pour eUe , il avait prooiia de différer son départ josf qu à Pàquea (ilM), afia de chercher à souteau' ceiie € Église. » Il est vrai qa*il envoyait i Suger Baudooia, &oa caaiiceUer, homme de hou coQàeii, qui devait Taider à teoir téte à Torage ; mais le danger n'en était pas moins grand, et celle proioogation du séjour du roi eo OrieDt » qui fut aana firoil poor la Palestine, faillit ruinar autorité en France. La aouveUe de ia reâutuUoa de Louis le Jeune avait aecru Taudaee de eaux qui tramaient la destruction de son autonle, et les pat iisaDS de Robert de Dreux levaient de tous eôtés la téte. Suger, après avoir pris l'avis du pape» résolut d'opposer ia puifir sauce d'une assemblée générale aux desseins qui couvaient dans Tombre, et d'attaquer ouverlcnitat ceux qui ooiispiraieut contre le roi absent. Pour préparer les esprits a celte grande mesure, le souverain pontife, fidèle à la parole qu'il avait donnée au roi partant pour la Terre sainte, avait uciit à l'archevêque de Sens» piiHial des Gaules, une lettre qui .lievait être communiquée à
tous les évô(|uc6. DaiisceUe icUre, le pape leur ordonnait de s'assembler, de citer les fauteurs de troubles à compa* raitre devant eux, aiin qu'il lut procède, avec toute la rigueur des lois ecclésiastiques, contre tous ceux qui en*
treprcndraienl quelque chose contre 1 auluiitc d ua roi
B£LLK L£TTRE DE SÀINT BERNARD 143
abstilt pour le service de Dieu. Le pape couiiiiaiidait, par la méifie letire, aux évéques de mettre à la disposition du regent les troupes cl l'aii^^ent nécessaires pour avoir raisoa des perturbateurs de la paix du royaume. Ainsi louie rÉglisede France allait se serrer autoui- du régent eodésiasIiquOi, pour défendre le roi qui guerroyait en Terre sainte et pour empêcher les léodaux de créer un nouveau roi à leur usage^ et le pape élevait sa voix resi^ectée pour frapper des censures ecclésiastiques ceux qui oseraient porter la main sur une couronne que le catholicisme avait prise sous sa iiaute protection.
Il est à eroire que l'assemblée que Suger réunit à Soisr sons au CQmmencement de 1149 se composait de tous les archevêques et évéques du royaume, auxquels on avait adjoint les barons sur la fidélité desquels on croyait pouvoir compta. Saint Bernard, à qui Karohevéque de Tours coiiiuiuniqua la lettre de convocation que Suger lui avait adressée, applaudit vivement à aa détermination, comme le prouve la lettre suivante qu'il se hâta d écrire au ré* genL
« Frère Bernard, abbé de Glairvatiw, souhaite à son très ^ i cher Père ami, le seigneur Suger ^ abbé de Saint--
c Denis^ l'esprU de conseil ei de consolaUou.
c C'est avec une extrême joie que j'ai lu la lettre de t Votre Grandeur à rarchevéque de Tours. Que Dieu la
< comble de ses bénédictions en récompense du soin « qu'elle prend de maintenir, dans le royaume de notre t très-glorieux monarque, la tranquillité qui allait ôtie
< troublée, sans le prompt et puissant remède qu'elle a « employé. Sans doute, c'est Dieu lui -même qui lui a lus* c pire l'heureuse pensée de réunir une assemblée géné*
â4l SUGEH ET SON TEMPS
• raie, afin (jue l'univers demeurât persuade que le roi, c en son absence, trouve en vous un ami Adèle, un mif nistre éclaire, un ferme et solide appui. Taudis que ce c prince est occupé à combattre pour un roi dont le règae € est éternel, qu'il excite louLela chicLieutc à recoaquèc rir une terre autrefois consacrée par la présence du f Christ ; taudis qu'à la Heur de son àge^ ce monarque ' t glorieux^ qui aurait pu jouir en paix de sa puissance, f s'exile de sou royaume pour servir celui qui fait rér gner ses serviteurs, qui pourrait croire qu'il y ait un | c homme assez téméraire pour jeter le trouble dans ses i États et pour attaquer, dans sa personne, le Dieu vi- € vant et son Christ? Grand roi, puissent les perturbai teurs du repos de vos sujets demeurer confondus! c Puissent-ils périr, ces impies qui ne cratgueut poiut | i de créer des périls i votre autorité, lorsque vous vous i c aventurez dans des climats lointains, aûu de couque* i c rir les lieux où le Christ a daigné se manifester et s'of< c frir aux adorations des hommes I Mon très-cher Père, I « ne perdez pas courage. Dieu lui même vous sera es i c aide, pendant que vous défendrez la cause d'un roi qui « fait passer l'honneur de le servir avant l'intérêt de sa « couronne. Ce Dieu commande à la mer et aux vents : < il peut, sHl le veut, calmer cette tempête. Vous êtes, « en outre, soutenu par toute l'Ëglise, qui partage le t fardeau qui vous est imposé. Portez résolâment le poids « de la journeci demeurez à la hauteur du poste émineot | « où vous êtes placé, usez du pouvoir qui vous a été oon- | c lié, pour attirer à votre régence l'estime et les bénedic* j « (ions de la postérité la plus reculée. Il importe que « rélUede l'Église ne s'assemble pas sans résultat, t pour cela^ il faut obtenir de rassemblée dos ordonnan*
SA CONDUITE DBVAN£ l'aSSSMULÊK DE SOISSÛNS 245
f ces sévères et qui préviennent le retour de semblabics t entreprises. J'ai le dessein d'en écrire à l'assemblée : t bi uia lellre n'excite point son zèle, elle sera un témoif gnagedu mieu. Puisse le Seigneur favoriser vos pieux
< desseins, et vous laire triompher de vos ennemis, « pour sa gloire et celle de son Église, pour l'affermis-
< sèment du repos public et la confusion des perturba-
< teorsl »
Cette lettre jette un grand jour sur la dernière partie de la régence de Suger. On y voit ce que nous avons déjà
eu occasion de dire : PÉglise portail ia moitié du far^ deau impobé à Tabbé de Saint-Denis. Ce régent ecclésias* . tique était soutenu par tout le clergé du royaume : tes évèques étaient toujours prêts à faire marcher leurs hommes, sous la bannière du saint de chaque paroisse, au secours de sa régence. Saint Bernard élevait sa grande voix, qui retentissait dans toutes les consciences, contre les impies qui voulaient ébranler Taulorité royale dont le régent était le repu sentant, et le pape mettait hui s la communion des fidèles les barons qui l'attaquaient. Ainsi la croisade, loin de nuire à la puissance monarchique, comme l'abbé de Saint-Denis l'avait craint» lui donnait uno consécration nouvelle. Klle apparaissait aux regards, à travers les palmes des croisades; l'unité se refaisait peu à peu en sa faveur, par le sentiment religieux, et l'œuvre que les âges suivants devaient continuer corn* mençait.
Suger déploya une présence d'esprit et une fermeté
admirables devant cotte assemblue qi]! allait décider du sort de la France. 11 s'empara sur-le-cbamp des esprits en montrant qu'il était décidé à agir avec vigueur : le pouvoir, quand il ne s'abandonne pas, est rarement
i46 SnftKB BT SOU TEMPS
abandoûiié y et daas les grandes réunions deiiberaales les votes sont ordinairemeni acquis è œux qui savent ee qu ils veulent et qui aont déterminés à l'aire prévaloir leur volonté, sans être arrêtés par les périls auxquels ils s'exposent ; c'est ce qui arriva dans cette circonstance. Ll regent déclara tout d'abord qu'il était prêt, s'il le fallait, à sacritier sa vie pour conserver la couronne au inoiiarque qui lui avait l'ait l'honneur de lui confier l'exercice de l'autorité royale pendant son absence ; il ajouta (|ue rien au moude n était capable de l'empêcher de remplir sou devoir, et qu'il atteindrait les coupables, quels qu'ils fussent, sans élre intimidé par leurs menaces. Ces paroles si fermes donnèrent de la fermeté a tout le monde; les evèques ise levèrent après le régent el rassurèrent qu'ils lui prêteraient main-forte; tous renouvelèrent, par acclauialion, le serment de fidélité qu'ils avaient prêté au roi* Le comte de Dreux, qui voyaU bien que les chances louniaieiit contre lui, essaya de parler, mais une grande partie des barons avait adhéré à la manifestation des evêques, et ceux qui avaient promis leur concours à Robert, effrayés de la majorité imposaale qui s'était déclarée en faveur du régent, gardèrent, pour la plupart, le silence ; tout au c(mtraire, les ^laiiJs barons demeures fidèles au roi exprimèrent leur opinion avec énergie. Henri ^ Qls du comte de Champagne, qui revenait comme Robert de la croisade, et pour la valeur et la prudence prématurée duquel le roi avait une estime particulière, estime qu'il exprima daiis une lettre adressée au comte de Champagne, fut le premier à prêter son appui au régent; il échangea avec le comte de Dreux des paroles si vives, que, si les évoques ne s'étaient jetés entre euxjii^ auraient vid^
SA VIGTOIBB SDH LES COUJUKFS i47
leur querelle Tépéeà la main au milieu de l'assemblée.
(Juaiid Sugcr vit que les choses tournaient ainsi, que Roberi commençait à se troubler^ et qu'il était abandonné par sua parti, il résolut de ne pas laisser échapper oe moment décisif , reprit aussitôt la parole et attaqua uuvuriement le comte de Dreux, en lui reproclmnt pubU* quement sa conduite et les mauvais desseins qu'il nourrissait couUe l'autorité du roi son Irère. Le comte de Dreux ne put sortir à son honneur de cetie épreuve; lit liiujonte de l'assemblée soutenait liautement i'abbé de Saint-Denis; le parti de Robert, sentant son infériorité, il avait osé se montrer; la retraite ulail impossible, car le régent, sous prétexte de faire la police de l'assemblée, avait fait garder toutes les avenues par des troupes fidèles. Il fallut donc que l'orgueil du comte de Dreux pliât, et quil vint publiquement s'excuser delà conduite qu*il avait tenue et s'engager à montrer son repentir.
Âiusi la victoire demeurait à Suger; le parti des mécontents n'avait pas osé lever le drapeau ; le chef de ce parti désavouait lui-même sa conduite. Le régent n'eut pas de peine, après ce premier succès, à faire conQrmer par rassemblée l'autorité souveraine qui lui avait été conférée, un peu plus de deux ans auparavant, par une autre assemblée. 11 lut décidé en outre qu'il écrirait au roi ) de la part de tous ceux qui avaient assisté à cette grande réunion, pour le supplier de bâter son re^ur; des prières seraient faites et des aumônes publiques dis* tribuées dans tout le royaume, pour obtenir de Dieu la prochaine arrivée du monarque.
Cette grande affaire terminée^ la régence de Suger demeurait victorieuse de tous les obstacles et de tous les {Hbrits qu'on lui avait suscités* Il eut ce|>eadaiU à Ydiucr^
SIS SUGBa ET SON TKIIPS
encore quelques difticultés fort graves. D'abord la fermeté et la vigueur avec laquelle il s'était conduit dans l'assemblée avait excité contre lui, cbez un certain nombre de barons, des ressentiments d'autant plus vifs, qu'il les avait réduits à ne pas oser paraître. Il dût, dès ce moment, prendre des précautions et ne marcher que i bieu accompagné ; ensuite la querelle qui s'était élevée ' entre le comte de Dreux et le comte de Champagne, au | milieu de rassemblée, menaçait d'avoir des suites. Robert, trouvant une occasion de donner une issue à la ' colère dont il était entlammé, avait appelé Henri en duel; un grand nombre de barons, prenant parti, suivant leur inclinationou leurs alliances, pourrun ou l'autre des deux champions, se proposaient de leur servir de seconds dans ce combat, qui devenait une espèce de guerre civile. La rencontre devait avoir lieu après les fêtes de Pâques, et tous les barons de France devaient y assister, ce qui menaçait d'accrottre le danger que courait la paix publiqucj car il était à craindre que ces belliqueux spectateurs ne fussent bientôt tentés de mettre l'épée a la main pour devenir acteurs dans la tragédie, au lieu de se contenter d'en demeurer témoins. Suger, qui avait été averti par ses émissaires du défi donné par le comte de Dreux et accepté par le fils du comte de Champagne, prenait secrètement ses mesures, lorsqu'il reçut une lettre de saint Bernard, qui avait été averti par le frère de Robert, religieux dans son abbaye, du duel qui dcvaU avoir lieu, t Les Français, écrivait le saint, sont à peine f revenus de la Terre sainte, qu ils commencent à se c quereller; décidés à en venir aux mains, ils ont fixé c leur coupable rendez-vous aux jours qui suivent les c fète^ de Pâques. Le fils du comte de Champagne et
SA V1ÛT01U£ SUR LES GOfiJUiiÂS )M9
c Robert, frère du roi. irrités Tun contre i autre, sont c décidés à s'entr'égorger* Jugez combien le motif de « leur voyage est loin d avoir été ce qu'il devait être,
< puisqu'ils apportent de pareilles dispositions à leur
< retour I Ne peut-on pas leur appliquer ces paroles de « rÉeriture : JVbw awm$ tàAé de guérir Babylone , mats « m tmladie est incurable (1). Sans se laisser corriger € par les coups dont Dieu les a frappés, sans avoir com* « pris les easeignements de Tadversité, ces princes, c éprouvés par tant de travaux et par tant de périls, « viennent, au liasard d'exciter une coailagiation généf raie, se livrer Tun contre l'autre une guerre cruelle « pendant l'absence du roi, et compromettent ainsi la c paix publique si laborieusement maintenue. Vous êtes « le premiei' dans cet État, c'est à vous de meltre obslacle
< aux malbeurs qui se préparent, soit par la persuasion € si vos paroles sont écoulées, soit par la force si elle € est nécessaire. La gloire de votre régence, la Irant quillité du royaume, rintérét de l'Égiise. vuus en font
< un devoir. »
Gutie lettre ne fit que confirmer Suger dans sa rusoluiioQ, qui était arrêtée. 11 attendit jusqu'aux fêtes de
(1) Curavimus BabyUmemfnon eêt tanata; percimi tunt^ et non <k><* hterunt ; attriU sunt» et renuerunt smeipere éUicipUnam.
Saint Bernard ajoutait : SuppUeo et eùnmUo SubUmtaii VMtrœ gma pHruêpt maxmnu eiiu in rêgno vi, vd dinuasianê vêt in loitt tùi virilmi opponatit ni fiai hoe,.^* Noi auiem idem imbimui domino Rememi, domino Senonensi, domino Suessionensi, domino Autotiodoremi, eomiti Theobaldo, comitL llodulpho, opponite vos t(i)Ui^ maUs, et propier dommum regem et profiter dmiinum papam ad quem pertinet custodia regni,
La fia de cette lettre de saint Bernard acliè?e d'éclairer les affaires de ce temps. On voit Taction qu^eierçait ce grand saint, qui était en même temps un grand homme.
Pâques pour voir si. dans cette époque.de recuuciliatiou universelle, la religion dont l'influence est alors si puissante il amollirait pas le cœur des deux jeunes princes et ne désarmerait pas leur colère. Puis , voyant que la
passion était la plus loi le, que leurs seaùaicats religieux ne pouvaient vaincre leur liaine, et que, malgré les avis Indirects qu'il leur avait fait donner, ils persistaient dans leur résolution d'en venir aux mains , il ai>andonna le rôle de conciliateur pour leur parler en maître, et leur défendit formellement, au nom du roi et en vertu de l'aulorité souveraine dont il olait investi, de donner suite à cette a0aire, en ajoutant que , s'ils liésitaient à obéir, il les ferait sur-le-champ arrêter et emprisonner. En même temps il les fit garder à vue et ordonna qu'ils fussent conduits a Tinsliuit dans les prisons de Saint- Denis, si une seule de leur démarche donnait à penser qu'ils voulussent enfreindre ses ordres. La force que le concours de la grande assemblée réunie au commenceuicnt de Tannée où ces choses se passaient avait donné à Suger le mettait en état de frapper ce coup d'autorité. Personne n'était plus en posiùou de lui résister dans le royaume, et le comte de Dreux dut céder encore une lois a i abceuJaiil du régent. La crosse de Tabbé, plus forte que Tépée de l'homme d'armes , la força a rentrer au fourreau [l).
Bientôt après, on apprit que ie roi arrivait* ïoutle
royaume était dans l'attente. Suger recevait de nombreuses lettres dans lesquelles on l'avertissait du retour du roi, ou ou le queâliunuâil sur ce retour. Le pape
(1) Le moiue GuiUaunie s'exprime ainsi : Qmfiem illim tumortM Sugeriuê prudenier eomprenii et ad eondi^am satûfattionm tm^
NOUVSLLB PB L*AnRlVÉE PU ROI fttI
Ëugèoe lU fut ua des premiers à lui écrire • qu'il venait
t d'apprendre comme une chose certaine qu'après d'inc noiabrablea épreuve», l'illuatre roi des FraDçais rave-
• naît en Europe. Le roi de Siciie l'avait averti, par une c lettre , que le roi des FraDçais faisait route vers son
* royaume. Suger devait donc se préparer à aller au- I devant du prince avec ses fidèles (i). •
Larchevéque de Sens lui Inisail savoir plus tard qa'un serviteur de i'évéque de Beauvais avait pa$se par Sens la veille, et qu'il avaii assure aux serviteurs de l'évédié qu'il était cbargé par son maître d'aller annoncer à la mère de celui-ci l'arrivée du roi. Il était, avait Ijouté ce serviteur* si proche, que, le mercredi suivant, il devait coucher a Ciuay. L'évéque de Sens terminait sa lettre en priant Suger de s'assurer de Texaclitude de la nouvelle et de lui prescrire ce qu'il devait faire.
C'était encore une lettre de Pierre, archevêque de Bourges, qui remerciait Suger de lui avoir fait eonnattre la prochaine arrivéô du roi. Très disposé à aller au-devant du prince, il désirait connaître son itinéraire; s'il traversait sou diocèse, il serait heureux de rendre à Suger tous les honneurs qui lui sont dus.
Bientôt arrivait une seconde lettre de rarcheveque de Sens. Plus de doute, il venait de voir an chevalier dii: Temple de la maison de Paris, le Fr^n Galeraane, qui avait quitté le roi de France près de Plaisance. Ce templier l'avait assuré que le dimanche suivant le roi coucheraii a Cluny. Si cela convenait à Suger, l'archevêque l'attendrait à Auxerre jusqu'au lundi. Rien ne lui serait plus agréable, en effet, que d'avoir Suger pour compagnon de route et pour guide.
(1) Apud Duchesne.
SUGBft BT SON TEMPS
Ces nouvelles , qui se succédaient eu se confirniaot, n'avaient rien d'inexact; après deux ans d'absence> Lpuis le Jeune revenait dans son royaume. Si prés du port, le régent eut un dernier péril à surmonter. Les enne* mis de Suger, n'ayant rien pu contre son administratioa, avaient tenté de se venger en le calomniant auprès da prince qu'il avait si bien servi. Les rumeurs accusatrices, grossies par mille échos, arrivant jusqu'à Loois le Jeune à travers les mers, firent quelque impression sur toi* Il douta nn moment de Suger, tant la calomnie avait été liabiie à circonvenir le roi, en accréditant les mêmes bruits par la bouche d'un grand nombre d'accusateurs qui seml)iûient ne pa6 b être concertés I Mais ce moment devait être court* Le roi, qui avait fait un marché avec les Génois et les Pisans pour la traversée, s'embarqua à Ptolémaïde. On remarqua que la reine Aliéner ne s'embarquait pas bur le même nef que le roi Louis VU, mais qu'elle la suivait montée sur un autre bâtiment. Déjà la sépaiaiion, qui devait peu de temps après être déclarée, s'annonçait. Bientôt le roi , après une heureuse traversée, aborda le 29 juillet 1149 euCalabre (1), et il écrivit à Suger les détails de son voyage et de la réception empressée et pleine de respect que lui avalent faite les hommes du roi de Sicile* Le vaisseau qoi portait la reine fut moins heureux, et Louis le Jeune, qui Tattendit pendant longtemps dans le port où il était entré, apprit enfin qu'elle avait pris terre à Palerme. L'état de la santé d'Aliéner et de celle de révéqae de Langres apporta eucorc de nouveaux retards au voyage
^i) Porta Anconensi Davigiuui conscdndtt, marisqae nullo impediants periculo, ad regnum proprium «si rs^mos. (Ctosta Lud. VII, c. va.)
R£TOUU DE LOUIS L£ J£UN£ * t(^3
de Louis le Jeune qui passa quelques jours à la cour de Koger, roi de Sicile, et qui se rendit eosuite à Rome pour conférer avec le pape de la situation des chrétiens en Orient, et peui^tre aussi de la sèparatioa qu'il avait d^jà arrêtée dans sa pensée, depuis que les recherches des clercs avaient établi que la parenté existait entre Loui« « > et Aliéner ou degré prohibe par les canons.
Ce voyage du roi à Rome Qt tomber les préventions qu'avaient pu lui faire concevoir contre Suger tous les rapports qu'il avait reçus. Il trouva, dans le pape, un juste appréciateur des services que l'abbé de Saint- Denis avait rendus au royaume et au monarque pendant son absence. Le souverain pontife rendit hommage à cette administration ferme et prudente qui avait si heureusement traversé des obstacles si grands, des périls de toute espèce, qui avait déjoué les ligues féodales, et fait partout régner Tordre et réconomie, tout en satisfaisant aux demandes du roi qui avait besoin de grosses sommes d'argent aQn de pourvoir aux dépenses toi^ours renaissantes de la croisade. Louis te Jeune, plein de reconnaissance pour l'abbé de Saint-Denis, voulut, avant de quitter Rome, lui exprimer sa satisfaction, et il lui écrivit une lettre dont voici la teneur : c Notre santé
< est dans un état prospère, et nous nous hâtons de nous c rendre près de vous; mais nous avons voulu vous manf der de précéder d'un jour tous nos autres amis et devons
• rendre secrètement auprès de notre personne* Il nous
< vient de notre royaume des rumeurs contradictoires, € et ne pouvant rien conclure de certain, nous voulons a p-
< prendre de vous quelle conduite nous devons tenir en-
• vers chacun. Mais ceci doit se faire très* secrètement, « et vous seul devez connaître le contenu de cette lettre, p
la
Cette entrevue, souhaitée avec autant d'afdeor par le roi que par le régent, eut enûa lieu, et, quelques jours plus tard, Louis le Jeune, rentrant à Paris après une «bsence de deux ans et quatre mois, faisait publiquemeut éclater sa reconnaissance pour l'abbé de Saint-Denis ea lui donnant le beau titre de riBB w ll f awib.