II
tiombre de gardes nationaux , par des motifs diFférents et souvent contraires, désiraient avec ardeur la chute du gouvernement Personne ne croyait à la possibilité d\ine longue résistance j et les efforts comme les ^œux ne tendaient qu^à préserver Paris par une courte défense et une sage capitulation, du pillage, de l'incendie et de toutes les horreurs d'une ville prise de vive force.
t( Le maréchal Moncey n'en fît pas moins toutes ses dispositions pour obtenir et porter au soutien de Parmée , tout "ce qui se présenterait de gardes nationaux volontaires, et réunir, surtout aux barrières que l'armée ne couvrait pas, des détachements capables d'jr arrêter au besoin les progrès de f ennemi. Privé, pour un temps du moins, de la coopération de son chef d'état major qui devait, par ordre du roi Joseph, reconnaître sur la ligne les forces et les mouvements de Pennemi, il résolut de se porter lui-même à la pointe du jour aux réserves et grand' gardes et au lieu de rassemblement des légions pour y stimuler par sa présence et ses exhortations, le zèle et l'honneur des gardes nationaux. Mais en même temps il éprouvait le regret de ne pouvoir ^les conduire sur la ligne: il n'y avait point de commandement Les maréchaux Marmont et Mortier, les généraux Compans et
Ornano y. eommandaient toute la ligne de rarmé® à Montmartre et Ckaronne. En seconde ligne la défense de l'enceinte appartenait au général Hullin, commandant d'armes de Paris. Le maréchal Moncey ne commandoit que la garde Parisienne et ne pouvait avoir de commandement militaire que dans les points où elle se trouvait seule pour arrêter Pennemi.
« Telles étaient les dispositions qui se prenaient à Paris..
«c Par Tarrlvée des corps d'armée ,. six cliefs militaires, dans le nombre desquels se trouvaient trois maréchaux de France, formaient six commandements divers sous les ordres du roi Joseph de qui seul ils pouvaient recevoir l'unité d'action et les directions qu'exigeraient les incidents de la jpumée*
te Ainsi le salut ou la chute de l'empire allaient être balancés dans les mains d'un, homme en qui l'incapacité n!était pas. même rachetée par la vigueur du caractère (i): chose étrange ! l'empe-
CO Joseph n^ëUit point soldat etnVait poiot de caractère: on ne. pouvait lui en faire un crime. Cétaitk son frère aie placer où il devait être, h tirer parti de lai et non pas k le mettre k la tâte des affairesdam la circonstance la plus critique où Ton se fut trouvé depuis long.-
rimpérati ice et de son fils. Sans m'occuper de questions politiques, ni des intérêts d^une famille, j'avoue que je ne pus voir sans douleur, des bataillons de vieux soldats escorter une femme et un enfant , et s'éloigner de Paris où la patrie les réclamait au dernier combat qui allait se livrer pour sa défense. '
« Le 29, les troupes arrivèrent à Cbarenton, où on leur fit passer la Marne. EUes furent cantonnées à Belleville, au Bagnolet et dans les villages environnants.
«c Les maréchaux virent le terrain qu'ils devaient occuper. Le duc de Trévise se chargea de la gauche de la route de Meaux : le duc de Raguse, de la droite. La défense devait naturellement s'appuyer ^la gauche à Sain t-Denys ,1a droite à Vincennes,en défendant vigoureusement les hauteurs de "Villemonble et de Romain ville ^ que le général Compans occupait, sans doute, en se retirant. Il fit sa retraite par la grande route, et l'ennemi ^ s'emparant de tout le plateau, poussa dans la nuit du 29 au 3o, ses coureurs jusqu'auprès de Bagnolet
« Le 3o, avant le jour, les troupes montèrent à Belleville et au Menil-montant. L'ennemi était • en avant de Romain ville; on Fattaque fortement;
il fut repoussé et notre ligne s'établit; la gauche, au moulin de Romainville, tenant tout le petit bois: la droite, aux maisons les plus élevées du Bagnolet et au moulin de Malassise. Une partie de notre cavalerie resta à droite, dans la plaine. Le reste fut envoyé à gauche, avec celle du duc de Trévise. On se battit dans cette position jusqu'à dix heures , avec un grand acharnement A dix heures, notre droite fut forcée, et notre gauche recula jusques hors du petit bois. Le duc de Padoue parvient, avec sa division, qui tenoitla droite, à reprendre sa position; la gauche fit quelques pas en avant. Le centre, qui était dans un terrain découvert vers l'ennemi, ayant marché eii avant, quatre bataillons formés en colonne d'attaque, et le duc de Raguse à leur tête, furent arrêtés par la mitraille de douze pièces placées en avant des jardins de Romain ville, et mis en déroute par une attaque fort vive d'une division de grenadiers de Rajewski, qui n'avait pas encore combattu de la campagne, et un parti de grosse cavalerie dont quelques chevaliers-gardes, parmi lesquels on voyait le général Miloradovich. Toute la ligne fut forcée alors, et l'on prit position à cinq cents toises en arrière, au village de Belle-
villej la droite au Menil-M ontant, et la gauche aux prés Saint-Gervais. Notre ceutre occupait (les jardins avancés, dont le&murs^à angles droits, nous donnaient de bons feux croisés: le terrain assez découvert et en pente vers Fennemi , favorisait notreartillerie.L^ennemînous attaqua sans relâche, mais sans succès:^ il enlevait quelques jardins; on les lui reprenait aussitôt II nous présentait sans cesse de nouvelles, troupes, et tout notre monde étant engagé,. Ton ne pouvait former des pelotons qu'avec des tirailleurs qui se retiraient en désordre, mais que Ton ralliait facilement, en leur montrant Paris d'une main, l'ennemi de Fautre.
« A onie heures et demfe, îe maréchal reçut du roi Joseph > une lettre par laquelle il Fautorisait^ sa position n'étant plus tenable^ à faire avec V ennemi une suspension alarmes et une eon-^ çention pour Vévacuatwn de Paris. Le duc de Raguse envoya un officier de son état-major pour dire au roi que, si fe reste de la ligne n'était pas en plus mauvais état que notre côté, rien ne pressait encore de prendre ce triste parti; que nous avions encore l'espoir d'atteindre la nuit qui pourrait apporter quelque changement important
(»70 dans nos affaires (i): Pofficier ne trouva plus le roi à Montmartre, il en était parti pour Saint-Cloud, et, il faut le dire, parti trop tôt Tandis qu'il s'éloignait, beaucoup de braves gens, qui n'avaient été rien pour rien dans les faveurs du gouvernement impérial, qui avaient été pour tout dans les sacrifices, sortaient de la ville pour combattre comme volontaires: on voyait parmi eux d'anciens soldats amputés: la garde nationale gardait les barrières et l'enceinte de Paris: plusieurs centaines de ses braves étaient en tirailleurs, ils y demeurèrent jusqu'au dernier moment ; quelques-uns furent faits prisonniers; d'autres n'ont jamais revu leurs femmes et leurs enfants.
« Sur le rapport de l'officier, qui n'avait pu atteindre le roi Joseph, on résolut de continuer à combattre.
« Le duc de Trévise se défendait pied à pied à La Villette et à Montmartre(2);l'ennemi, trop supérieur,le poussait jusques sous les murs deParis, le général Compans, après une vigoureuse résistance à Pantin et aux prés S'. Ger vais , s'était placé
(i) « LVmperenr pouvait arriver. Le dac de Ragnse avait laissé k « Nogent, le général Souham, pour couvrir et protéger sa marcî»r>»i (2) <c Qai fut enlevé k quatre heures
sur la botte de Chaumont. Le comte de Palileir^ qui avait passé la Macne au dessous de SS Maui\ avec troisimUl&cfaevsmx, se jeta sur Charenton. et SaiutrMandé, et prit du canon servi par les élèves de Fécole poly4;echniqu6^ Ces intrépides jeunes gens, quoique sans appui , se défendirent de manière à étonner les ennemis. Cette cavalerie asriva jusqu'à Char onne : Uennemi insultait par notre droite et par notre gauche les barrières et les murs de Paris. Une division de grenadiers russes venus de Montreuil pa^ le Bagnolet, chassa quelques pelotons de flanqueurs que nousi avions àMenil-Montant et marcha 5ur Belleville,, où elle arriva à trois heures. En même temps une autre colonne montait des prés Saint-Gervais. Le duc de Raguse, coupé avec tout ce qui défeur dait la tête de Belleville, réunit ce qu'il trouva sous sa main y et accompagné des généraux Pelleport etMeynadier, attaqua à labajonnette le corps, qui occupait la^ grande rue. Nous rentrâmes en communication avec la barrière. On se fusilla d'une maison à l'autre, et pendant ce temps tout ce qui était en avant put nous rejoindre. Les généraux Ricard et Pelleport furent blessés dans cette attaque : les généraux Arrighi et Clavel l'avaient été auparavant. Le duc de Raguse reçut plusieurs balles dans ses habits.
« On prit une dernière position, occupant la Lutte Chaumont, Féglise de Belleville et la rue haute qui va au Menil-Montant. '
« Le nombre des soldats était beaucoup diminué par le combat: le voisinage de Paris permettait à un grand nombre d'y entrer sous divers prétextes j la défense était devenue impossible. Les généraux crurent alors qu'il était temps de faire, pour Paris, ce qui se fait d'ordinaire pour les villes de quelque population; ce que le roi Joseph avait autorisé quatre heures auparavant. Trois officiers furent envoyés successivement pour pro- , poser une suspension d'armes: un fut tuéj îe deuxième blessé: le troisième parvint enfin, et rapporta le consentement de l'empereur Alexandre. Nous avions alors perdu tout le village de Belleville. La première condition fut que nos troupes se renfermeraient dans les barrières. Il le fallait bien, puisque nous ne pouvions plus tenir dehors. On envoya partout l'ordre de faire cesser le feu: déjà plus de la moitié de l'enceinte était abandonnée.
<c Les maréchaux réunis se rendirent à une maison située hors de la barrière de La Villette, avec MM. DeNesselrode,Orlof, Depaar,elc. Les bases de la convention d'évacuation furent posées, l'acte rédigé et ratifié dans la nuit.
«Ainsi fitiit-le dernier et peut-être le pins glorieux combat de la campagne.
fc La perte de Tenneini égala le nombre de nos combattants: les souverains ennemis rendirent liommage à Fénergie de nos derniers efforts: Fempereur Napoléon, arrivé le soir même de Taction^ à YiUejuif , donna les plus grands éloges aux cliefs et aux troupes.
« Je pense qu^on ne peut évaluer la totalité dé nos forces qu^à quatorze ou quinze mille hommes. L'armée ennemie était d'environ cent-vingt-mille hommes, dont soixante treize mille ont été en^ gagés, j»
La translation , hors de Paris, du gouvernement impérial décida de son sort, parceque Téloignement du chef et l'habitude d'obéir, et de ne jamais prendre l'initiative dans les affaires, lai»« saient ce gouvernement sans aucun ressort' Il n'exista plus du moment où il sortit de la capitale sans rejoindre Napoléon; et quand la population de cette capitale se vit ainsi abandonnée, elle éprouva toutes les impressions que cause la présence d'un ennemi auquel la livrait cet abandon. Les événements qui suivirent cette désertion sont racontSs avec âme et chaleur par le baron Fain,quiasu répandre sur son récit le plus vif
('75) intérêt. Nous renvoyons donc à ses mémoires, nous contentant de rapporter quelques particularités que son plan le forçait d'omettre.
Les hostilités cessèrent et les maréchaux de Trévisèet de Raguse capitulèrent à La Villette: il fut convenu que Tarmée Française se retirerait, avec son matériel, pendant la nuit et que les alliés entreraient à six heures du matin, en s'engageant à ne recommencer les hostilités qu'après neuf heures! La garde nationale releva les troupes de ligne aux barrières et dans les postes intérieurs qu'elles occupaient encore. L'armée du maréchal duc de Trévise défila par le pont d' Austerlitz , gagna la route de Fontainebleau et campa vers minuit en arrière de Yillejuif. Elle fut suivie de la cavalerie du comte Belliard. Le duc de Raguse dirigea ses troupes par les Champs Eiysées, les ponts d'Iena et de la Concorde, sur les barrières d'Orléans et du Maine.
Pendant cette douleureuse retraite, l'empereur Alexandre, le roi de Prusse et quelques uns de leurs généraux 9 contemplaient de la butte de Saint-Chaumont, cette capitale immense, dont les rendait maîtres un mélange de circonstances indépendantes de leurs moyens, de leurs plans, et sans lesquelles la victoire même n'aurait pas
suffi pour arriver à un résultat aussi iaespéré.(i) Après avoir joui de ce coup-d'œil, ces souverains retournèrent à Bondj où leur quartier général était établi. La population de Paris inondait les boulevards, silencieuse, abattue, agitée de sentiments divers. Elle voyait autour d'elle les hauteurs situées à la rivé droite de la Seine, inégalement éclairées par le feu des bivouacs, et courons nées de projectiles menaçants. Elle entendait de temps en temps, et de tous les cotés des explosions que la trêve de quelques heures qu'on venait de conclure rendait inquiétantes. Enfin elle était sans gouvernement, sans troupes , et sans armes..... ^.
Pour offrir le tableau de Paris pendant cette nuit mémorable, il faudrait la plume de Bossuet: Ton pourrait emprunter de cet éloquent écrivain les expressions dont il se servit à Foccasion de la mort d'une princesse, enlevée subitement à la fleur de
(i) Voyez dans les mémoires du baron Faîo, ce que les ennemis durent au hasard, ^ la trahison j ajoutez-y les fautes que le gouvernement a commises; enfin la lassitude, le mécontentement, et si vous supprimez ces puissants auxiliaires, vous ferez la part des allié^, et conviendrez facilement que sans ces secours, Paris n''eut jamais eu pour gouverneur le général Sackeo...
Tâge^ et s'écrier avec lui^ nuU désastreuse inuit effroyable où tout- à-coup retentit comme ^n éclaldetojmrre , cette étonnante nouvelle^ cVa est fait de Paris; c'en est ûiit de la France . . (i)
Pendant cette nuit, le repos ressemblait au sUence des tombeaux : Tair ne transmettait d'au-» très sons que le bruit sourd des patrouilles muettes^ quelques détonations lointaines , quelques éclats de bombes. La fatigua appelait yainement le sommeil : il était dans le camp des vainqueurs. L'imagination retraçait les souvenirs dépareillés catasti'ophes ; plaçait devant les yeux la patrie en deuil , le fantôme delà liberté ; grandissait encore le colosse qui tombait avec fracas : il semblait qu'on ftt dans un vaisseau battude la tempête et qu'on entendît les craquements qui précèdent si^ ruine ...
Mais arrachons-nous à ces tristes pensées «t reprenons le récit des événements.
Dans une ville comme Paris, où résident le souverain, la cour, les ministres, tous les dépositaires d'un pouvoir qui se multiplie, au lieu de s'affaiblir par la répartition qu'on en a faite , les autorités civiles,les premières en évidence partout ailleurs, sont la presque inaperçues , leur action est k
(i) U ne faut pas oublier qu'on ne pouvait prévoir le retour Je^ Bpuribooay ^ui ne fut décidé que deux j^urs aprè» celui queTaulcur «lécrit^
( »78 ) peine sentie. Elle était entièrement suspendue depuis que les ennemis menaçaient la capitale. L« danger et la nécessité leur rendirent Pimportance qui leur est nécessaire.
- C'était particulièrement pendant cette première nuit qu'il fallait l'emploi de la force et de la prudence, parce que les mesures quél'on allait prendre pouvaient contribuer au sort d'une capitale riche, que les chances de la guerre mettaient a la disposition d'un ennemi que la vengeance et des souvenirs animaient , et d'une classe nombreuse qui , n'ayant rien k perdre , paraissait devoir ne désirer que le pillage. On avait à peine assezde moyens pour paralyser l'action de cette classe. C'étaient la garde nationale qui avait payé de sa personne soit dans la plaine de St.- DeniSj soit aux barrières, les sapeurs-pompiers etla gendarmerie municipale. Ces ressources eussent été insuffisantes contre la populace , si, frappée elle-même en partie et du grand spectacle qu'elle avait sous les yeux et du danger dont elle n'était pas exempte,elle n'eûté té comme absorbée par les impressions que liii faisait éprouver cette double cause (i). On croyait que les hauteurs voi-
(i) A Paris, jusque dans les.dernîères classes , ou s'occupait de poli tique* depuis long-temps et Von s'intéressait aux ëvéDeuients qui se passaient. Le mécon lente ment était moindre dans ces classes que dans les
(^79) si nés étaient couronnées de fusées, à la congrète propres à mettre le feu rapidement et sur plusieurs points. Le silence qui régna pendant la nuit, dans les rues où se portait la population, prouve que nos conjectures ne sont pas hasardées: c^est à dire que cette population était livrée aux impressions du moment.
11 faljait cependant prendre un parti et ce qui le rendait urgent, c'est que le vieuxguerrier sur leq uel on avait droit de compter à cause de sa bra-* voure et de sa loyauté, le maréchal Moncej, forcé d'obéir à Fordre qu'il avait reçu de suivre l'armée, était obligé de quitter Paris. Heureusement le chef d'état>-major, M. le chevalier Âllent était doué de toutes les qualités nécessaires pour triompher des périls de tous les genres dont on était environné.
Des patrouilles de la garde parisienne sont organisées avec intelligence et toutes les mesures
autres: Ilyayait d« plus, en général, la haine de Tëtranger, qui était comme un sentiment naturel* Les démonstrations que l^on fit les jour.4 suivants» ne démentent point cette observation: elles s'expliquent par la certitude de n'être ni bombardé» ni brûlé; la satisfaction qu'avaient ces den^èrcs classes de voir les contributions , les vexations tomber sur les antres» pendank qu'éUes en étaient exemptes* Il nVn est pas moins vrai qn'avec de l'adresse on en eut tiré parti pour défendre Paris.
( iSo) pour prévenir le désordre, prises avec promptitude. Le danger présent était ainsi maîtrisé, mais le danger du lendemain, tourmentait rimagination. Il était également impossible de le prévenir et de réviter. Le lendemain , Paris devait être occupé par un ennemi, dont on ignorait les dispositions et à qui l'on n'en pouvait supposer que d'hos-
lilesl
Le chef d'état-major rend compte des moyens
adoptés pour maintenir la tranquillité dans la capitale, aux deux autorités civiles qui devaient suppléer à l'absence d'un gouvernement fugitif. C'étaient le préfet de la Seine et celui de la police. Il s^agissait de conserver leur influence et leur intervention pendant que les alliés occuperaient Paris. Ces deux magistrats avaient prié les ducs de Trévise et de Kaguse d'obtenir, aux conférences de La Villette et de Montmartre, toutes les clauses favorables a la ville. La capitulation fut signée à deux heures de la nuit au nom des deux maréchaux, par les colonels Fabvier et Denys et par les comtes Orlow et de Paer au nom des puissances alliées.
Les intérêts civils furent omis ou négligés dans ces traités^ car on ne s'en occupa que de la manière suivante:
* ¥t La garde nationale ou urbaine est totalemenf « séparée des troupes, de ligne :. elle sera con^ « servée, désarmée ou licenciée selon les dispor « sitions des puissances alliées: le corps de la gen.- « darmerie municipale partagera entièrement le <i sort de la garde nationale: la ville de Paris est i< recommandée à la générosité des hautes<-puisr <c sauces alliéesw )^
Ce langage n'étaîtpas plus propre à donntr des espérances qu'à détruire les craintes; la générosité des hautes-^puissances était encore très.problémar lique^ piquer d'honneur un ennemi victorieux qui se croit couvert de gloire^ n'est un moyen de le rendre généreux qu'autant qu'il a intérêt à 1« devenir; Il a'était pas tellement maître de Paris qu'il ne courût aucun risque à tcaiter cette ville avec la dernière rigueur. Cette population nombreuse, réduite une fois au désespoir, pouvait être redoutable (i); puis secourue par les corps de Trévise
(i) J'ai vadansane rue populeuse, habitée en grande partie par des artisans, des ouvriers, des marchands, nombre de maisons où Pou avait fait des préparatifs ou dispositions qui auraient causé beaucoup d'embarras au^ enneiniF ..L'entrée était encombrée par des tonneaux^ des pièces de bois , clc . Près des fenêtres k chaque étage , on avait ramassé<[ans Tintérieur, de gtos pavés, des fragments de pierre de taille,.
( i8'i ) campés dans le voisinage, par rariuée qui suivait n^apoléon, enfin par les populations des départements envahis et horriblement traités , en vertu des promesses et des proclamations qui garantissaient la sûreté des personnes qu'on avait mises à contribution et des propriétés qu'on avait ou pillées ou brûlées.
Sans diminuer en rien le mérite de la générosité, l'on peut croire que c'était le parti le plus avantageux à prendre : un autre motif prépondérant ajoutait encore dans la balance ^c'était le désir de connaître les plaisirs de cette Babvione (i).
Supposons Paris traité avec rigueur, pillé et brûlé. L'ennemi ne peut exercer cette vengeance, sans faire des pertes considérables : ses chefs ne sont plus maîtres de leurs soldats. Les habitants échappés au massacre se réfugient auprès des corps d'armée, et les augmentent. Les alliés se
tout ce qui peut de son poids, écraser un homme: ou menuisier avait placé en dehors^ son ckabli, chargé de grosses pierres et soutenu par des cordes qu'ondevait couper ^quand des allies voudraieut entrer dan* la maison. Tout cela sVtait ûiit spontanément, pendant que le gouvernemeat su taisait, décampait honteusement. Prétendra-t-on que son action et fton influence cu&seotété iiulics^ s^il avait voulu finir ayec î^loire ?
(i) A peine entrés les princes demandèrent ropnra..,..
trouvent alors au milieu d'un pajrs soulevé contre eux.... Oh ! bien certainement il valait mieux accorder tout, tenir peu, bercer d'espérances, lever des contributions, se restaurer et se retirer.
Il n'en est pas moins vrai qu'on a droit d'être surpris du peu d^espace qu'occupe Paris dans le traité. Pour obvier aux résultats d'un pareil oublia les deux préfets prennent la résolution de se rendre à Bondy, où le quartier-général des alliés était, et se mettent en route au milieu de la nuit avec plusieurs membres du conseil municipal, le clief d'état-major et deux officiers supérieurs de la garde nationale, (i)
« Ils partirent, dit l'auteur de l'histoire de la « campagne de 1814» ils partirent avec les com- « missaires des alliés, dans ce^ voitures de luxe « réservées au conseil municipal et destinées à « augmenter la pompe d!i| cérémonies publiques, « dans les jours de gloire et de puissance. Le corii tége traversa en silence les ruines des Maison- «nettes et de Pantin, et les deux lignes des bi^ <r vouacs qui, de la barrière jusqu'à Bondy, bor- .« daient la route et s'étendaient dans la plaine ou
(i) M. M* ALleni, de la Borde et Touriou.
K sur les hauteurs. Les feux des bivouacs éclai- « raient cette file de voitures blanchâtres, dont « le vernis et la dorure attiraient Tattention des « soldats. Le nombre de ceux-ci donnant une idée « des* masses que notre, armée avait eu à comc< battre, un député s'indignait de Finégalité d'une a telle lutte : d'autres y trouvaient pour elle un suit jet d'éloges. Mais l'objet même de la députation «préoccupait surtout les esprits: quel revers de « fortune! c'était ainsi que les magistrats de tant « de capitales avaient été naguères intercéder « pour elles les chefs de nos armées triomphan- « tes! » Cette réflexion, ces souvenirs ne devaient pas inspirer une grande sécurité.
Ces voitures de luxe contrastaient avec le lieu de la Scène, le but et l'objet de la députation. Elle .arrive à près de quatre heures du matin, au quartier-général où l'on dormait profondément,.
Le comte de Nesselrôde reçoit les préfets qui sollicitent une audience de l'empereur Alexandre. Supposant d'après la capitulation qui séparait la garde nationale de la troupe de ligne, que les alliés ignoraient les lois d'après lesquelles la première avait droit aux mêmes honneurs militaires que la seconde, quand même, au lieu de partager les dangers du combat, comme elle avait fait, des
f circonstances l'eussent éloignée du champ de bataille,le chevalier AUent fait, à ce sujet^des repré-
i sentations qui sont écoutées. Justice est rendue à cette garde qui, la veille et les jours précédents, au lieu de se renfermer dans les limites de son service et de se contenter de défendre les barrières menacées, s'était élancée dans la plaine au devant de l'ennemi , animée d'une doulQureuse indignation (i). Le chef d'état-major et les préfets demandèrent la conservation de ce corps, comme le mojen le plus propre à maintenir l'ordre dans lé moment le pjius critique : en effet des soldats de diverses nations allaient se trouver au milieu d'une population plutôt dominée que soumise ou vaincue et d'autant plus facile à irriter qu'on avait paru dédaigner son secours. Alexandre, s'adressant au chevalier AUent, lui demande s'il peut compter sur la garde nationale: dans tout ce qu^on a droit dexiger de gens dHionneur, répond aussitôt le chef d'état-major. L'empereur répliqua qu'il ne voulait point d'autre garantie.
Le prince assure qu'il n'était point l'ennemi des Français j qu'il n'avait en France qu'un seul en-
(i) Trois cents gardes nationaux furent tués ou gravement blessés.
iicmi, un homme qu'il avait long-temps admire et même aimé, (T autant mieux désigné qu'il ne le nommait pas; que l'intention des alliés était de régler avec les magistrats de Paris et les plus notables habitants tout ce qui serait utile à cette capitale^ et qu'enfin ils n'avaient d'autre but que de connaître et d'appujer ce que la France ja-^ gerai^ le plus utile à son propre bonheur; ce que leur apprendrait le vœu de Paris, centre de l'opinion, (i)
(i) Eu supposait qae le ?œu de Paris soit, en général, celui de tonte la France, comment et par quels moyens peat-on être certain de counaitre réeliemeut le yœu de cette capitale? Cette question ne s^applique point à un fait particulier» mais k toutes les circonstances 0^ la connaissance de ce vœu fut recherchée. Quels titres ont en, pour la donner, ceux qui se sont faits son interprète? C^estrabbé de Pradtqui le fut dans la circonstance dont no^s parlons: « j^éclatai, dit^il^par la déclaration que nous étions tous royalistes et que la- France Télait comme nous^ » L^empereur crutral^é soutenu du baron Louis. M^^de Talejrand avait bien tenu le même langage , mais^ noi|S dit Tabbé dans ses révélations , le prince crut devoir s^étayer du témoignage du baronet du mien: MM. Michaud qui se trouvaient U, par le même hasard qui y avait amené le baron et Pabbé^ sortirent bien vUc pour faire imprimer la dédaratioo de ne plus recoqnaitre Napoléon: déuia- ''ation qui fut le résultat de la connaissance du vœu émis au nom de la France par Tabbé^ Je ne conteste point par ces réflexions la réalité de ce vœu : je trouve seulement bizarre que trois, ou cinq personnesr si iVn ajoute le témoignage des deux frères , se proclament interprète»
( '87) La dëpuUtion revint dans ia capitale y et calma les esprits en rendant compte de la conférençi qu'elle avait eue. Les allies devaient traverser Paris, bivouaquer dans son enceinte^ ou tout autour de cette ville. Pourvoir a sa subsistance, et jQiaintenir Tordre étaient ce qu'ion avait a faire d« plus pressé. Leâ préfets prirent toutes Icis ra^esures nécessaires pour y parvenir.
Le i^avriU'entrée triomphante des alliés commença vers onze heures. Pour la bien décrire, il faudrait l'avoir vue, et pour labien voir, être spectateur désintéressé; c'est-a-dire a Tabri de toute passion, inaccessible à Pamertume des regrets comme a l'influence d'une joie honteuse et coupable , car la foule était partagée entre des senti-^ raents divers dus a des causes honorables ou honteuses...^ N'ayant rien vu ,quoiqu'amôrae de tout et de bien voir, nous ne retracerons pas ce triste tableau. Contentons-nous de quelques traits que nous emprunterons en partie k l'historien que nous avons cité.
Aé ropinion dé trente milUôns Sommes (i).
(l) l\ serait fidictile iraitribuer à ce comilé du an baiard , U ihk' y bKiWUiê'Ht de U ffamiH^e rtrride.
u Une proclamation du prince de Sch^artzenberg n'exprimai t au nom des souverains que le désir de connaître le vceu public et semblait autoriser les opinions diverses a sedéclarer. L'emportement des uns provoquait la résistance des autres : les partis étaient en présence : ils commençaient k se prononcer jusque dans la garde nationale, et le vœu public allait peut-être se manifester par des scènes de discorde et de violence.
Déjà de plusieurs points, on demandait des ordres àTétat-major de la garde nationale. Le chef d'état-raajor donna celui de respecter , quel que fût le signe pris ou conservé, toute manifestation libre et paisible de sentiments particuliers, et d'arrêter quiconque voudrait forcer les autres à prendre un signe contraire k son opinion « II ajouta, comme instruction, qu'il fallait se ressouvenir que Paris était au pouvoir des souverains; que le vœu public devant être subordonné a leurs vues politiques et peut-être aux événements, il importait surtout de ne pas leur donner, dans le spectacle de nos divisions, le motif ou le prétexte d'aggraver les charges et l'humiliation d'un joug étranger. Cette consigne conserva dans le maintien de l'ordre, Tunité de but et d'action, la gardée nationale, et tous les sigiies mutuel-
lemcnl tolérées ne furent plus que les simples emblèmes des opinions personnelles.
<c Cependant les souverains semblaient être uniquement occupés à faire défiler leurs troupes aux Champs-Elysées, etilétait prèsdecinq heures, lorsque les derniers pelotons passèrent sous leurs yeux. Ils s'acheminèrent alors vers Fhôtel du prince de Bénévent, où l'empereur Alexandre avait pris son quartier-général et où le comte de Nesselrode l'attendait Le monarque sy rendit à pied au milieu d'une foule immense. Lesroyalistes mêlés à ce tourbillon cherchèrent à le frapper de la vive expression de leurs vœux. Quelques-uni» même pénétrant jusqu'à lui, ou jusqu'à ses ministres, demandèrent avec instance qu'il proclamât le retour des Bourbons. Mais le silence ou une réponse évasive annonçaient clairement que si la . politique avait pris une résolution conforme à leur désir, Tinstantde le publier n'était pasencore> arrivé.
« La question n'était décidée en efiet ni dans la forme ni au fond Ce fut l'objet d'un conseil que les souverains tinrent immédiatement avec le prince de Schwartzemberg, porteur des instructions de l'empereur d'Autriche. Le comte de Nesselrode, le général Pozzo-di-Borgo et le prince
( ^9«) de Liechtenstein, firent partie de ce conseil au* i|uel le prince de Bénevent et le duc d'Alberg (i)
(i) Il faut ne pas oublier qu^k Pépoque dont le récit est retrace, I^on n^avait encore rien de clairement désigné, et oonséqoenimeiit ne pas faire nsage de ce qui s^est passé depniS) pour raisonner , en se transportant idéalement à cette époque. Ainsi les souverains veulent, diseat*ilsi connaître le vœu de la France, et nous devons les croire d^autant pins sincères, qu'étant les plus forts et victorieux, s^ib avaient eu un projet arrêté, aucun motif ne les empêchait de le publier. Un fait constant prouve qu^ils n^en avaient pas encore; c^est qu« toutes les fois qu^ils ont fait un traité avec une ville, ce traité se passait ku nom du souverain Il qui les troupes appartenaient ; tantôt celui de Russie et tantôt celui de Prusse ou d^ Autriche. Il en faut conclure que ces princes n^avaient encore rieo décidé avant leur entrée k Paris. Alors ils déclarent quHls appuieront le vœu public et pour le connaître s^adfcssant au P. de Bénevent, et au duc d'Alberg: c^est-k-dire k un Français et k un étranger, intime ami du premier, si nous en croyons messieurs Micfaaud dans leur Biographie, « EmeriC' Joseph baron d^Alberg, sol- « licita de Pemploi auprès du margrave de Bade qui, en i8oS, le <( nomma son ministre près du gouvernement Frauçaic. Cette mission « diplomatique fut très utile k la fortune de M. de d'Alberg, qui sut « se concilier Tamitié du prince Talleyrand et entretint avec lui des «relations intimes; œ qui lui fut utile sous beaucoup de rapport^. « Pendant la campagne de i8og contre rAutrichè , il accepta le ic porte-fénille des finances de Bade , en conservant son emploi diplomate tique k Paris. Après le traité de Vienne, il reprit ses foncstions au- « près de Napoléon, renonça kses relations avec TAllemagne et k ses « droits de citoyen Allemand, et devint citoyen Français: il fut élevé «par Bonaparte au rang des ducs et nommé conseiller d^état k la fin <c de rSto. ...Napoléon lui assigna one dotation de quatre millions de « francs qui ont été en grande partie, payés par le roi de Bayière. On
( '9' ) assistèrent D'autres personnes (le baron Louis et Yahhé de Pradt), introduites dans le cours de la conférence, furent consultées sur Fétat de la France et la situation des esprits.
« Dans cette conférence, les souverains exprimèrent les mêmes sentiments envers la France , le même désir de connaître son vœu , que l'empereur Alexandre avait manifesté le matin à la députation de Paris. La paix avec Napoléon, la régence, le retour des Bourbons y furent agités tour à tour. La discussion persuada les monarques et les plénipotentiaires de TAutriche, que la paix et la sta-
« ne peut douter que Napolcoo, par cette libëralilé, n^ait voulu ^recoor « naître en même temps les services de Tonclp. Mais cela n^empecha « pas le duc d^Alberg de se ranger du parti des mécontents, et de « faire cause commune avec le P. Talleyrand: aussi fut4l nommé Tun « des cinq membres du gouvernement provisoire, dans les premiers « jours d^avril x8i4* > • • H a obtenu vers la fin de 1816 des lettres «I de naturalisation, étant ambassadeur de France à la cour de Turin. «La duchesse d^Alberg était dame dnpalaisdeNapDléom, en 181S.» Biographie des h, vivants, T. II. P. 286.
Ainsi , le 1 ^, avril 1 8 1 4 les souverains consultèrent pour coonaitre le vœudelaFrance,M.deTalle)rrandet M.d^Alberg qui, plus de deux ans après, reçut des lettres de naturalisation. Il est vrai que l^fabé de Pradt et le baron Louis appuyèrent de leur ttimoigonge la dédaratîon faite , et même le premier semble, diaprés ce que nous avons rapporta dans une note ptécédetite, se flatter d'afroir terminé Tindécision des haotesrpuisBànœs.i '
( 19^ ) bilité en Europe seraient impossibles tant que Napoléon resterait empereur ou régent sous le nom de Pimpératrice; qu'il fallait rappeler les Bour bons avec une constitution qui garantît tous les intérêts j qu'à cette condition, le sénat, le corps législatif, le conseil municipal étaient prêts à se déclarer j que leur vœu entraînerait celui du peuple et de l'armée j mais que cette déclaration devant les lier sans retour, exigeait avanttout, que les monarques alliés s'engageassent à ne plus traiter avec Napoléon, ni avec sa famille, et à laisser la France libre de choisir son gouvernement
« Les souverains et le prince de Schwarzenberg au nom de l'empereur d'Autriche, acquiescèrent à cette demande. Une proclamation fut rédigée, telle qu'elle parut nécessaire pour déterminer et justifier les actes des autorités législatives et municipale. Elles fut signée par l'empereur Alexandre , au nom de ses alliés, et contre signée par le comte de Nesselrode secrétaire d'état.
« Dans cette pièce remarquable , les souverains annoncent qu'ils accueillent le vœu de la France..... que les conditions de la paii^ doivent « être plus favorables lorsque ,/?ar un retour vers « un gouçernement sagÇj la France elle-même ff donnera l'assurance de ce repos.... qu'ils respec-
(»93) « tent t intégrité de V ancienne France ^ telle « *qu'elle a existe sous ses rois légitimes; qu'ils tr peuvent même faire plus, parcequ'ils professent « toujours le principe que pour le bonheur de « V Europe^ il faut que la France soit grande « et forte; c^\[s reconnaîtront et garantiront « la constitution que la France se donnera..... i< Ils invitent, à cet effet, le sénat à désigner un « gouvernement provisoire, qui fuisse préparer « la constitution qui com^ietidra au peuple « Français. »
On imprima cette proclamation qui fut affichée aussitôt et l'on prit les mesures nécessaires pour en exécuter sur le champ les dispositions : c'est-à-* dire que le P. de Bénevent convoqua sans délai le sénat et le préfet de la Seine, le conseil-municipal. De leur côté les souverains voulurent aller à l'opéra et faire ouvrir les spectacles, dont la police fut confiée à la gendarmerie et à la garde nationale. Le premier corps qui passait pour être dévoué à Napoléon devait être licencié à cause de cette circonstance, mais il fut maintenu d'après des tepif ésentations fondées sur la difficulté d'empêcher les désordres sans son intervention.
Dans cette même journée (i*. avril), le gouvernement provisoire fut institué par un sénatu$-
«bnSulte. Il étfflt composé de cinq membres; sa- "^oir, le P. de Bénevent, les sénateurs Bournoft- Tille et Jarucourt> le tiuc Dattterg conseiller d'état, et l'abbé de Montescjuiou.
Le lendemain, sur l'invitation du comte de Nessekode, l'état^majortle la garde nationale se rendit au quartier-général de Pempereur Alexandre, qui, par Porgane de son ministre^ exprima le désir de voir arborer la cocarde blanche à la garde nationale. C'était en quelque sorte se prononcer que d'indiquer ce signe. Le chef d'étatmajor fut d'avis-tle diflfé/er et'de consulter, avant de prendre un parti, les chefs des légions sur la disposition d'esprit de leurs bataillons. Sur les douze <;hefs, six déclarèrent qu'à peu d'exception près^, leurs légions pi*endraient la cocarde blanche; et les six autres affirmèrent que les leurs refuseraient dé prendre ce signe. Ce partage remarquable fit voir que l'unanimité désirée notait point encore obtenue. Le chef d'état-major, M. AUent, ouvrit un avis rplein de prudence et de sagesse. Ce fut de n'eniployer ni l'autorité, ni la force pour faire prendre la cocarde, parcequ'on courrait le risque de faire naître des résistances ou des divisions. Il représenta que la garde nationale serait naturellement entraînée dans le mouvement
('95) général; qfu'il fallait attendre , et mêtne que lôr$« c|ue le moment serait arrivé^ il serait nécessaire que Fordre vînt de l'autorité civile» On adopta cet avis , mais un officier exprima la craitite de blesser l'empereur de Russiç après l'ouverture faite par M* de Ncsselrode. Le chef d'éfcat-major répo&dit victorieusement à cette observation en disant que, la parole des souverains étant sacrée, ils ne pou-* vaient vouloir à la fois un vœu libre et user d'influence sur les volontés- L'empereur approuva cette détermination et n'insista pas. Le générât Dessoles, nommé chef de la garde nationale, déclara qu'il ne prendrait lui-même la cocarde blanche qu'avec toute la garde nationale.
Le sénat prononça le 2, dans l'après midi, l'acte de déchéance de Napoléon qui, le lendemain, fut adopté par le corps législatif. Les détails sur ce& événements mémorables se trouvent dans ungrand nombre* d'ouvrages, nous n'en retracerons point le récit. D'ailleurs ces faits n'entrent point dans notre plan, puisque nous n'avons eu que l'intention de raconter la chute du gouvernement impérial, et que ce gouvernement n'exista plus, comme nous l'avons fait observer, du moment où sa fuite de Paris, sans aller rejoindre son chef, le priva de sa force, de son autorité, de son pouvoir.
( 19^ ) Mais ce chef pouvait encore oa le rappeler auprès de lui, ou former un nouveau gouvernement. Il était depuis l'origine^ le centre de tant de volontés, dé tant d'intérêts; il avait un tel empire, une influence tellement magique sur les «armées; enfin sapiiissance avak été si grande, que Français, «omme «nnemis , ceux qui Fabandonnaien t comme «eux qui lui r-estaieat fidèles, tons en un mot, étaient occupés de lui. Tainement on le frappe dPune déchéance, on relève du serment de fidélité, on déclare ne plus vouloir traiter avec lui ; toutes ces mesures appuyées de plusieurs centaines 4e milliers de bayonnettes, de k possession de la capitale, de la victoire enfin^ paraissent insuffi*> santés, s'il ne donne son abdication. Retournons tlonc un moment auprès de Napoléon et voyons ce qu'il devient^ ce qu^il lait pendant qu^on brise sa couronne.
Le 3o mars, jour de la bataille de Paris, il traversait Troyes, dirigeait ses troupes à matcltes forcées sm la capitale et le soir, à six heures, partait de VilleReuvé-La-Ouyard,à franc étrier et sans aucune mnle, pour se rendre à Fontainebleauii Ainsi il était» plus de treirte lieues de Faris, au mmaant où la bà'taille décisive étant perdue, on allait capituler.
Il arriva épuisé de fatigue ^ â FontaineBIèati ^ y monte dans une voiture, accompagné du prince* de Neufchâtel^ du due de Yicence et £siit prendre ht route de la capitale avec ordre de brûler le paçéi Inutile et tardive diligeiice f... il trouve le poste de Fron^nteau occupé par la cavalerie du: général Belliard qui venait d^j arriver, en^ vertu delà capitula tioiu II croit rêver, bién^ persuadé que cette troupe devait être de Tautre câté dé Paris, avec les deux corps d^armée de Trévise et de Raguse, pour disputer aux ennemis les appro^ ches de la capitale. Il saute de sa voiture, prends le général fieUiard par te bras, le tire à l'écart sur la gr;^de route, et le questionne pour savoir la» vérité. Jamais elle nVvait été si accablante. Le départ de Maxie-Louise et de son fils, dîes mem^ bres du gouvernement,. la perte de la bataille que yinégale disproportion entre quinze mille Français et plus de cent nulle alliés rendait inévitable^ la convention, .... il apprend tout avec la dernière surprise et peutrêtre même la reddition de Paris n.'est pas ce qui l'étonné le plus, puisque c'est à son insa, sans avoir pris ses ordres,. que son gouvernement a fui de cette capitale, dont le sort a dépendu de cette fuite.
A chaque instant il interrompait le récit par cesu
iqoISm. Partons! via voiture,, à Paris! àTobjectÎQn qu'on lui fait qu'il n'y avait plus de troupes ^ il répond qu'il est suivi de sou armée et -qu'il
compte sur la garde nationale. «Les barrières
lui sont confiées en vertu d'un traité. Il demande
en quoi consiste ce traité : mais le général BeUiard n'en connaît que l'existence et non les dispositions } le duc de Trévise, en lui donnant l'ordte de se porter sur Fontainebleau, l'a seulement prévenu de ce traité, il a. du. obéir, sans en savoit davantage. ^11 persiste dans la demande de sa voiture et la volonté d'aller à Paris, Partout où je ne suis pas, s'éçrie-t-il, on ne fait que des sottises! En attendant cette voiture toujours demandée et qui n'avançait pas, Napoléon marchait à pas inégaux. L'état de son âme lui rendait le mouvement néces*saire. Dans une pareille agitation d'esprit, le repos est uti supplice. Bientôt il rencontre une colonne d'infanterie. C'était le corps du duc de Trévise, qui arrivait en vertu de cette désespérante capitulation. Il veut s'entretenir avec le duc, mais celuici était encore à Paris. Enfin, sur les instances de Berthier, de M. de Caulaincourt^ du général Belliard,'et sur les représentations qu'on lui fait, qu'il ferait saccager Paris en rentrant dans cette ville, il s» détermine à retourner sur ses pas: s'arrête à
C ^99 > r^uberge dé Fromenteau; y pnend quelque ooitrriture et donne des ordres sur la position que lé» troupes doivent oecuper aux environs d'Essonne. L'habitude d'obéir^ Tintérêt qu'inspisait à des sol^ dats qu'il avait si souvent conduits à la victoire^ le malheur de leur chef, les dévouaient à sa cause et si tous^ ses compagnons d'armes eussent imité ces soldats,, et qu'il n'eut pas perdu à négoeier, un» temps précieux ,. une lutte nouvelle et sanglante se serait engagée..
On crut d'abord qu'il allait agin A peine de retour à Fontainebleau,. il réorganise l'armée; ilt envoie la division Boyer rejoindre le coDps du duc de Trévise, augmente celui de Marmont de deux, bataillons de vétécans, des divisions Compans et Le Dru ; et comme il avait perdu son ar-^ tillerie,il lui fait passer trente pièces parfaitement approvisionnées...^
Des ordres furent donnés peur réunir ou faire agir de concert les troupes sous le commandement des ducs de Tàrente, de Reggio; ceux du général Milhaud, la division Alix,.la cavalerie du comte de Yalmy. En peu de purs ces troupes pouvaient* avoirrejoint celtes des maréchaux de Trévise et
Marmont. Que de ressources restent encore!
Mais au lieu d'en tirer parti sur le champ ,^Na*
(ado)
poléon, qui conservait toujours, malgré Fexpérience(i), de l'espoir dans les négociations, attendait le retour du duc de Yicence dépêché par lui vers les puissances alliées.
Le 3 avril, il passe la revue de la garde impériale et lui fait prêter un nouveau serment de fidélité qu'elle prononce avec l'enthousiasme qu'elle avait toujours pour son chef et qui recevait de la circonstance une nouvelle énergie. On a dénaturé cette revue dans le compte qu'on en publia immédiatement après à Paris. On supposa que Napoléon promit à sa troupe, le pillage delà capitale. Il fallait diminuer le nombre de aes partisans, détacher de sa personne tous ceux qui , dans ce grand danger lui pardonnant ses torts, lui étaient encore dévoués et le meilleur moyen de produire cet effet, le plus facile et le moins coûteux était la calomnie. Elle est toujours crue quand on n'a même aucun intérêt à la croire.
(il Depuis Moscou, où il perdit le temps k négocier, oa avait tourné c outre lui ce çioycn ; e| la posse&ftiou 4e Pens devait rendre naturellement les puissances plu^ «^igeAnte.f. M«is epoiiDÇ il avfi| plusietm fois, de lejirs capitales, dont il s^était aussi rendu maître, conservé la coui-onne à deux de ces souverains , il pouvait supposer qu'on imiterait cet exeinpl'.
Napoléon fait filer sur Essonne cette garde fidèle: écoutons un témoin oculaire: « Vers six heures, toute la garde se mit en mouvement Obligée de traverser la forêt de Fontainebleau , sa mar* che se prolongea fort avant dans la nuit qu'édairaitun beau clair de lune. Elle avait, je ne sais quoi de majestueux et de solennel: un profond silence régnait dans les colonnes; Ton n'entendait qu'un cliquetis uniforme de sabres et de bajronnettes: d'austères réflexions préoccupaient ces soldats échappés à tant dç batailles» et dont les regards sévères et sombres se fixaient par intervalles sur plusieurs batteries d'obusiers qui marchaient au milieu d'eu^ suivies de IWi te de Tartillerie L'esprit frappé du serment qu'ils avaient prêté et du souvenir de vingt ans. de vio» toires, ils s'apprêtaient dans un recueillement héroïque, à terminer leur carrière devant les murs ou sous les décombres de la capitale. Erreur sa^ blime! que la patrie a désapprouvée, mais qui mérita des éloges de l'ennemi même! ». (i)
Malgré les mesuriçs législatives qui semblaient séparer la France de Napoléon , malgré la déché-
' ^— ^M^»»»— ■ I I , j—i»——,j»^—^— »i,^i^,^»__—^—»— »^^—^»^g.—Wr»)P^|Hf«— »<»«»— ««^I^Wi^if^
(i) Mémoires de la campagne de iSii}. T. % P. 570.
anceprononcée, les alliés qui savaient que toate^ force, sans celle des bayonnetles^^ est nulle à laguerre, et qui craignaient Tempercur tout détrôné qu^il leur paraissait, se portaient en avant, prenaient position sur la route d^Ortéans, adroite de celle de Fontainebleau , entre Atibis et Villeneuve-S'.-Georges,à Rongis, sur tes^ hauteurs de Long- Jumeau. Dès qu'ils furentinformésdu^projet de Napoléon de s^avancer contre Paris et de leur livrer bataille, ne voulant point en courir les chances sous les murs de la capitale et près d^ine population qui ne pouvait se déclarer en leur faveur, ils prirent la résolution d'évacuer et dfe prendre position à Meaux. Ainsi le sort de Paris et de la- France pouvait encore une fois être remis euquestion. Au moment où Tordre tf évacuer allait être expédié , le prince de Schwarzenberg prit sur lui d^en suspendre l'envoi, en rendant compte* de ses pourparlers avec ïed uc de Raguse-, aux souverains qui avaient donné cet ordre et, bientôt après, de la convention qu^il conclut avec lui
Cet événement termina tout.
« Dans la nuit du 4 au 5 (i), le oolonel Gour-
(i) MamiscrU de 1814, pas le baio»i f ain. P., 2 3;
( nos )
irgaud^quiavaitétéporter des ordres, revint d'Esfc sonne en toute hâte: il annonce que le duc de ic Raguse a quitté son poste: qu'il est allé à Paris ^ fc qu'il a traité avec l'ennemi^ que ses troupes, «f mi$es en mouvement par des ordres inconnus, « traversait en ce moment les cantonnements des « Russes et que Fontainebleau reste à découvert tf Napoléon ne peut croire d'abord à cette incon- « cevable défection } lors qu'il ne lui est plus perte mis d'en douter, son regard devint fixe; il se fc tait, s'assied et paraît livré aux idées les plus « sombres. L'ingrat , s'écrie^t-il , en rompant . un « douloureux silence, il sera plus malheureux « que moi ! ».
Cette défection fut suivie de celle du générai Soufaam , à qui Napoléon avait envoyé un officier pour l'inviter à venir le rejoindre. Cet officier revint aussitôt annoncer que le sixième corps avait disparu. A cette nouvelle Napoléon ne dissimule plus sa douleur. « Qui aurait pu croire un pareil « trait de Marmont,s'écrie-t-il ! un hommeavecle- « quel j'ai partagé mon pain... dont j'ai fait la forte tune et la réputation ! voilà le sort des souve- « rains, monsieur le général Belliard, ajoata-t-il « en s'adressant à ce général; c'est de faire des in- « grats l ah ! certainement , le corps de Mannont
« ûQ suit pas où il U tnène. Il m^« donné avantfchiar d|$s marques trc^ rives d^attachemeiit, pour « que je puisse croire qu'il m'abaudoime avec « couiiiissance de cause »
Ëfiectivement les troupes de cecorp» d'armée^ dont on fit lever les bivouacs dans la miit^ marchèrent d'abord en silence, crojrant qu'on les me^ naità l'ennemi Mais à Fresnes> plusieurs officiers et une centaine de lanciers s'écrièrent qu'on les trompait, qu'ils ne voulaient point se séparer de leurs frères d'armes et tournant br£de , s'enfuirent au galop du coté d'Essonne. Des signes de méconr tentement se manifestèrent dans la. troupe et ce ne fut pas sans beaucoup de peine qu'on parvint à lui faire gagner Versailles, (i)
Cet événement fit perdre à t& régence sa cause qui était, plaidée avec chaleur par le duc de Vicence et le duc de la Mosoofwa. Ils étaient parve-* 41US même à faire remettreen délibération la déclar
(t) jU>r0qw le 4nc de Haguse fit ^ Vers^iJIe» nqf!. proplamiLtimi c[ih dissipait tous les doutes^ des ofEçiers brisent leurs épiées, des soldats jettent leurs armes ; d'autres jurent de mourir plut6t que de les rendre. ÏM sàoérao» Feokiit rétablir Tordre; on les aoeiise; on lire sur eux •* ils échappent ayec peine. Le« (troupes se débattent ,.errent dans U iFiHe^ (laus le ]parc et finissent par se réunir. Des officiers- g,énéraux qui avaient leur confiance parviiirefit k les calmer.