‹ Suite au mémorial de Sainte-Hélène, ou, Observations critiques, anecdotes inédites pour servir de supplément et de correctif a cet ouvrageChapitre 13 sur 33 · REMARQUES ET ANECDOTES · texte numérisé non relu

REMARQUES ET ANECDOTES

i^ Plusieurs préfets entendirent à merveille le sens des instructions : ils n'inscrivirent sur leurs listes que les fils des familles les plus distinguées; mais plusieurs autres moins dociles firent faire des cotisations par les plus riches d'entre leurs administrés et avec le produit de ces collectes ils achetèrent le nombre d'hommes et de chevaux que demandait le gouyemement.

On marchait ainsi par des routes opposées et il était difficile d'arriver au même but ^ La mesure, mauvaise au fond, devenait encore pire par la forme et c'est un point auquel nos ministères de toutes les époques ont manqué, de savoir, quand ils donnaient un ordre quelconque, exiger que l'on s'accordât sur le mode d'exécution. . st^ Beaucoup de fils de familles qui avaient marqué par leur opposition aux nouvdles lois, se trouvèrent appdés dans les gardes d'honneur. Les Lyonnais révoltés, les Bretons et les Vendéens

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rebelles, se laissèrent nommer les premiers paur faire partie de ces régiments, qui, au nombre de quatre, semblaient devoir plus tard remplacer les gardes du corps. Le 3'. régiment formé à Tours eut entr'autres sous son drapeau unefouled'anciens * chefs des armées royales de l'ouest. Ils se conduisirent honorablement dans la campagne de

3**. Il y a en tout des exceptions. Certes la mesure des gardes d'honneur fit crier et murmurer. Mais il y eut des pères de famille ^ qui en profitèrent pour tirer leurs enfants des désordres

où ils s'étaient laissé entraîner. Nous citerons

entr'autres le jeune Victor le R*. qui était à Paris au milieu des séductions d'une société dangereuse Son père avait en vain voulu l'en retirer, il lui avait été impossible d'y parvenir. Il se détermina à écrire à M. de M*, pouf le supplier de faire entrer ce jeune homme dans les gardes à cheval et il obtint un ordre en ce sens du ministre. Le jeune homme ^ arrêté par la police , fut fait militaire par décision supérieure. Mais sa vocation était toute contraire à ce métier. Il prit l'habit et non pas le caractère du soldat. Il partit et n'arriva pmnt. Il resta aux dépôts et après la pacification , il retourna à ses pre-

mières habitudes-Cen était fait de lui, si le flambeau des arts n^eut brillé à ses yeux. Il avait joué d'abord la comédie par désœuvrement, il en fit ensuite une étude sérieuse. Ses dispositions se développèrent à mesure que ses travaux furent poursuivis avec plus de constance: admis à Técole des meilleurs maîtres, il fit de rapides progrès. Les erreurs de sa jeunesse furent alors traitées d'inspirations. Ce qui n'était que folie devint sa. gesse. Et celui qui ne semblait devoir être jamais qu'un homme inutile fut connu bientôt comme un acteur intéressant en même temps qu'il prenait rang parmi nos auteurs estimés. Deux dames fort iamables, lui avaient offert un asile pendant ce qu'il appelait ses persécutions. Elles ne l'abandonnèrent point dans tout le temps dé ses disgrâces et sans doute il leur aura témoigné sa reconnaissance depuis qu'il court de triomphe en triomphe.

4^ Parmi les préfets qui se distinguèrent par la rigueur qu'ils mirent dans l'exécution des mesures prescrites pour organiser les gardes d'honneur, il en est un qu'on aurait pu croire plus modéré. 11 avait fait cause commune aVec les girondins ou fédéralistes qui, comme on sait, étaient les vrais républicains. Long-temps poursuivi, il

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avait été pris » et détenu pendant ^at(H*ze mois^ victime d^me réaction, sauvé par une autre, il avait enfin recouvré sa liberté. Lorsque Napoléon se fut fait premier consul, ce républicain s^attacha à son char et le servit constamment et avec zèle. Il en reçut le titre de baron» et une préfecture. Le baron BitoufTe donc^ était préfet de la Meurtbe à Fépoque où l'on leva les gardes d'honneur. Devenu courtisan de républicain ^ il s'imagina que plus on ferait partir déjeunes gens, plus on plairait au maître. Parmi les jeunes gens de famille, il en était un qui fit de vives réclamations^ que le préfet n'écouta point: réduit au désespoir, ce jeune homme va chez M. Rioufiè, pénètre dans^ son appartement et sous ses yeux tire de sa poche unpistolet et veut se tuer. Mais il ne se fait qu'une blessure grave et tombe. Le préfet le fait relever, fouiller et conduire en prison , parce qu^on trouva sur lui un second pistolet Puis, il informe le ministie de l'intérieur de ce fait qu'il raconte avec toutes ses particularités > en ajoutant qu'il avait envoyé le jeune homme en prison, parceque le second pistolet prouvait éi>idemrnent qu'il avait l'intention de le tuer, lui préfet. Je n'ai jamais vu de surprise et d'indignation pareilles à telles qu'éprouva M. de Montalivet^ quand il re-

çiit cette lettre: d'abord il seservitde la voie du télégraphe pour donnerordre à M. Riouffe de mettre sur le cliamp en liberté le jeune liomme. Puisil écrivit par le courrier une verte réprimande, dans laquelle il faisait sentir Fabsurdité de M. RidufTe, qui croyait que quand un homme en voulait tuer un autre, il pouvait commencer par s'expédier luimême; et Finhumanité de M. Riouffe qui, au lieu de donner des secours à un homme blessé , le faisait mettre en prison.

5^ Les .mesures générales, qui paraissent être de leur nature désastreuses , produisent quelquefois individuellement des résultats opposés à ceux que Fon avait à redouter. Eu voici un exemple remarquable pour la garde d'honneur. M. ***, négociant à Gand, avait un fils et une fille, placéÉ tous les deux par le père à Paris, le premier, pour faire son droit après avoir satisfait à la conscription et la seconde, pour recevoir une éducation distinguée. Le préfet de FEscaut désigne le jeune homme pour entrer dans la garde d'honneur. Le père part en poste, se rend à Paris, ^lève son enfant, Fhabille en femme, lui fait passer la frontière, le mène à Londres, revient seul àGand, réalise sa fortune , se fixe en Angleterre et monte dans la capitale une maison de commerce. En peu

d^anuées , grâce à son active industrie, sa fortune devint immense, et l'on pourra s'en faire une idée, en sachant qu'il payait en 182 1 et 1822 de cent quatre à cent dix-mille francs de ports de lettre, par an !

Ce Gantois a voit laissé sa fille à Paris, parce qu'elle n'avait que sept ou huit ans, lorsqu'il emmena son frère et qu'on ne formait pas une légion de filles d^honneur. En 1828, cette jeune personne avait, dans ses lettres, un style ascétique qui donna des inquiétudes à son père. £lleen vint au point de faire craindre qu'elle ne voulut prendre le voile. Sa dernière lettre laissait entrevoir ce dessein. Le père allarmé part en poste. Sa voiture se brise entre Beau vais et Glermont. II prend la malle-poste qui passait au moment même et c'est dans cette caisse roulante que j'ai fait connaissance avec lui. Il me conte ses inquiéteudes; je ne le rassurai pas grandement D'abord je crus qu'il était Anglais et un Anglais est bon à tourmenter; ensuite j'avais par devers moi plusieurs traits qui prouvaient qu'un saint zèle , un zèle propagandiste animait de pieuses gens qui faisaient des recrues pour le paradis, en prenant pour séjour int,ermédiaîre, un couvent.. .. Je ne fus qu'historien fidèle et mademoiselle R..... d'heureuse mémoire,

m'aidait beaucoup. Le pauvre Gantois jurait contre lalenteui' des chevaux qui trottaient tant qu'ils pouvaient Pour lui faire prendre patience, je lui parlai de ce qui l'intéressait, de ce fils, de son commerce, de Napoléon, véritable cause de sa fortune. De proche en proche , nous arrivâmes à la bataille de Waterloo. Il me raconta une particularité assez curieuse. Notre voyageur était allé Ji Vienne, puis à Berlin l'année précédente. Dans cei^deux capitales, il avait vu un tableau représentant la dite bataille. Le peintre Autrichien avait mis sur le premier plan ses compatriotes décidant,comme de raison, la victoire. II en était ainsi de l'artiste de Berlin. Les Prussiens en dépit de Bulow^ faisaient des prodiges et gagnaient à eux seuls la bataille. Il eut envie, en revenant à Londres, de voir si le Musée avait aussi son Waterloo. S'il l'avaJLt ! belle question ! la toile n'offrait à l'œil que des habits rouges. De Prussiens ! d'Autrichiens I pas plus que s'il n'y en avait jamais eu. Ruminant sur ces trois iahleauoc dhistoire qui variaient tant sur les vainqueurs ., mais non malheureusement sur les vaincus , il se disait, voyons donc comment le peintre des Pays-bas aura traité cette affaire ! Il visite le Musée de Bruxelles qui possédait son Waterlgo. Belges et

Bataves remplaçaient Anglais, Prussiens AutrU chiens, Bavarois et voilà comme on peint thistoire ! Notre Gantois ne doute pas qu'à Petersbourgfla toile ne soit couverte de Russes: moi, j'en suis aussi sûr que si je Favais vue, quoique les Russes fussent alors en route pour arriver ; ce qui est de toute certitude.... Son histoire, ^& ta* bleaux m'ont fait mal , bien qu'ils offrent quelque chose de piquant et de philosophique, mais ' il faut être tout à fait désintéressé dans des sou^ venirs de cette espèce. A la barrière , mon hom« me se jette dans un cabriolet et je n'ai pas su s'il a fait ce qu'il se proposait Cétait de toucher barre, payer, prendre sa fille et l'emmener au plus vite

11^ Inititutiooft qui ont définitivement nui k Napoléon*

Après avoir parlé d'une création qui fit beau* coup iTennemis à Bonaparte , disons un mo^ d'une institution qui lui fit momentanément beaucoup agamis , sans lui servir à rien et qui lui fut nuisible dans l'opinion, 'parce qu'elle mit son ambition en évidence et montra qu'il ignorait l'esprit de son siècle ^ou qu'il eut la témérité de vouloir le faire rétrograder. C'est la création de sa noblesse. Nous avons considéré cette institution sous un autre point de vue dans le précé-

dent volume (i): nous avons fait voir le piège que Gustave tendit à Bonaparte (2) et dans le quelce^ lui-ci donna complètement

Voyons maintenant cette noblesse comme moyen. Toute institution qui va contre le mouvement général est vicieuse et prouve que le législateur ne calcule pas les effets de ce mouvement, ce qui serait impardonnable : ou qu'il[croit pouvoir le maîtriser, ce. qui serait une sottise. (3) C'est l'inégalité ou l'amour de l'égalité qui fit la révolution , au moins autant que l'amour de la liberté. Quelque soit le sort de cette révolution, cet amour de l'égalité ne s'éteindra jamais. Une remarque à faire: c'est que les anciens nobles qui vivent dans leurs terres, reconnaissent cet le vérité et lui rendent hommage par plus d'afTabilité etde bonhomie qu'ils n'en avaient, et je suis loin de croire qu'ils fassent de nécessité vertu.

Nous allons présenter sur la nouvelle noblesse

(1) Suite au Mémorial de Sainte-Hélène. ( aat a 2^9)

il) ici. P. 24^-

(3) On ne pouvait arrêter le mouvement imprime par cette cause qu^en suppnmant la cause. Mais vouloir que Pesprit du siècle rétro* grade, c^est entreprendre de faire refluer locean sur la rive opposée à oelie vers laquelle ses flots sont lancés.

des observations terminées par des faits curieux. Elles appartiennent à Fauteur du chapitre qu'on vient de lire sur les gardes d'honneur.

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