‹ Suite au mémorial de Sainte-Hélène, ou, Observations critiques, anecdotes inédites pour servir de supplément et de correctif a cet ouvrageChapitre 15 sur 33 · Ainsi le monde avait été bouleversé pour · texte numérisé non relu

Ainsi le monde avait été bouleversé pour

rentrer bientôt dans ses limites étroites. Tant de vœux émis pour reconstruire la société sur un plan vaste et avec un ciment durable, n'avaient point été entendus. Tan td'^oquence était perdue; tant d'efForts avaiept été vains. Tant de fracas et de déclamations n'avaient abouti qu'à une conclusion ridicule. Après avoir régi la terre par des lois pleines de vigueur, on se rabaissait à vouloir soutenir le grand empire par un si minc« échafaudage et sur d'aussi frêles fondements.

iS**. « Quoi, le trône allait être entouré de fonctionnaires chamarrés de rouge et de bleu? Ces. maréchaux nommés au champ d'honneur,, devaient recevoir un nouveau lustre de la concession d'une livrée, ou de la permission de porter un manteau parsemé d'abeilles?... Tous ne se plièrent pas d'abord à ces fantaisies, et malgré les défenses expresses, malgré le danger des disgrâces > \es railleries les plus piquantes contre la nouvelle chevalerie , partirent des rangs mêmes de ceux qui venaient d'y être incorporés. M.. B. devenu le comte de B*. disait en parlant de sa voiture qu'un de ses amis trouvait un peu usée pour les belles armoiries qu'il avait fait peindre dessus: c^est qu^elle est moins jeune cfue ma noblesse.

i4**« Maistouslescomtesdela veille n'étaient pas

( '-^^7 ) de si bonne composition le lendemain. La morgue leur vint le plus souvent avec les tilresj et des brandons de discorde furent jetés dans la société avec les cordons. L'émotion de 89, les guerres de 92 avaient eu pour objet l'égalité. On croyait à la fin l'avoir conquise. Loin de là , on voyait reparaître tout le cortège des hiérarchies; et l'enfant de la révolution, Napoléon ingrat comme tous les autres enfants, battait et déchirait sa mère et sa nourrice.

1 5° <f Je ne discutepointlaquestiondes privilèges jugé$ nécessaires par les uns, jugés funestes par les autres. 11 ne s'agit encore ici que des distinctions et de l'effet qu'elles produisirent: quelle fatuité dans les barons! quelle coquetterie dans les princesses! quel empressement dans les passementiers pour étaler à leur boutique des galons de toutes les couleurs! les graveurs coururent à la bibliothèque impériale pour chercher dans les parchemins , des leçons d'une sciencequ'ilsavaient depuis long-temps négligée. Les ressources de leur génie suffisaient àpeineà la demanded'armoiries qui leur était faite. On y voulait quelque chose de gothique et le style Sarrazin reprit alors faveur. Si l'on avait acheté en assignats le château crénelé de quelque seigneur de^village, on s'empa-

rait d§ cette circonstance pour relever l'éclat de sa nouvelle transformation. Il n'y eut plus dans les salons que des noms de terre; le de fut rendu ou accordé aux plus chétives notabilités; on recommença à s'appliquer aux révérences et le dos de ce^ misérables qui à toutes les époques sont faits pour jouer lies rôles de plats yajlets, se courba comujLe un cercle docile devant les récentes divinités.

i6" ft L'irruption fut si forte et le travail si précipité que les personnes fraîcbement blazonnées avaient elles-mêmes quelque peine à se reconnaître sous leur nouvel accoutrement M le Sénateur L^... arriva un joujc cbez sa femme et lui cria du plus loin qu'il l'aperçut: « Ma chère amie , ma «chère amie, tu es comtesse de P*. Je reçois à « l'instant mon brevet, j,e ne dîne point avec toi, c( n^ais nous nous rç^indrons ce soir au cercle de « M^.... » : il la quitte à ces mots, sans s'inquiéter de la révolution que pouvait cau^ser à sa moitié une [oie aussi vive, un bonheur aussi inattendu! la dame fut plus de deux h,eu,resf à se remettre de son sa^sisseiment; elle dîna seule et à la hâte , elle fit appeler son coifl^ur une heure plutôt que de coutume. Elle s'hab^le en courant et fait mettre les chevaux, elle part, mais dans le trouble déli-

cieux qui l'agite, elle oublie complètement le nouveau nom de son mari. M. M*, devenu duc de B, avait un huissier qui joignait à Porgane le plus sonore, une mémoiFe prodigieuse. 11 avait ordre àe donner exactement aux personnes du cercle, > le titre et le nom qu'elles avaient reçus le matin et dont on lui avait remis la liste. C'était une recherche politique et délicate du maître^ et le valet à jabot y répondait merveilleusement. Quand la femme du sénateur se présenta , il ne manqua pas d'annoncer madame la comtesse de P. Celle-ci , qui ne se souvenait pas de son nom, se rangea pour laisser passer la comtesse, et l'huissier fut obligé de lui dire: « Mais madame, entrez donc, « c'est vous que je viens d'annoncer. »

17** ic Le nom devenait patricien, mais l'âme restait plébéienne. Après les premiers jours d'engouementde ceux qui f urentélevés à l'ordre équestre et qui furent faits de qualité par décret, plusieurs n'aspirèrent bientôt qu'à reprendre la facilité de leur ancienne condition. Dans le petit comité et dans les correspondances intimes, ils vous suppliaient de renoncer à une étiquette fatigante et dont ils étaient fort empêchés. Grands seigneurs pour le public, ik daignaient être à la maison aussi simples que familiers et ce contraste de la vie

( Ho ) extérieure et de la vie privée avait un aspect singulier qui n'échappa pas à tous les observateurs. Le théâtre ne put toutefois reproduire aucune de ces situations. La censure dès lors fort sévère, ne permit qu'à peine d'effleurer Fépiderme de ces nouveaux gentilshommes. On craignit qu'un souffle de Sganarelle ou qu'un des lazzis de Figaro ne fit tomber tout le château de cartes qu'à grands frais on avait élevé.

i8°v « Figaro (puisque nous avons prononcé ce nom ) vivait dans un temps plus commode. On l'avait choyéy gratifié, jusque dans le boudoir de la reine. C'était l'âge d'or de l'esprit, de la verve, delà saillie. Avant la révolution, il faut le dire, et à l'époque ou elle se développa, la société de Paris et de Versailles était bien revenue de l'antique pruderie et des exigeances de la gothique féodalité. On s'y montrait assez indifférent aux faveurs du rang et de la fortune. L'enjouement, la grâce, les bonnes manières étaient des passe-ports plus certains que des Chartres ou des diplômes, et les salons de 88 , comprenaient peut-être mieux l'égalité que les clubs de 92. Encore un pas et la grande réforme projetée allait s'opérer d'ellemême. Il suffisait de faire passer dans les édits et les ordonnances, les usages qui réglaient déjà

les mœurs j el tout prétexte au rettversemerit était ôté. Ce dernier pas, le plus facile à faire^ fut pré*, cisément celui auquel ou ne put se décider et les soulèvements arrivèrent, qui en peu de semaines emportèrent et le peuple et la ville et la cour, bien au ddà du but aperçu par leurs vœux ou leur prévoyance.

«19. Après les deux années de terreur (^ dont \c ciel à jamais nous garde ), on retourna vers les mœurs à la fois galantes et modestes qui sont essentielles au caractère français. Sous le directoire et le consulat, on vit renaître de leurs cendres la politesse et Pnrbanité. Les liens de famille se resserrèrent; les mariages devinrent plus heureux j les enfants furent mieux élevés; Féducation rendit aux mères la place que le défaut total d'instruction leur avait trop long-temps fait perdre. Elles devinrent les premières institutrices de leurs fils, et ces soins qui les retenaient au logis, contribuaient à diminuer le scandale des dér^ements d'une autre époque. La société se reconstituait toute seule, et par la force des circonstances. Les lumières partout . répandues , donliaient à chacun le sentiment de ses besoins, de ses droits et de ses devoirs. On se traçait à soimême un cerde qu'on ne songeait plus à fraiicliîr,

et sans règlements comme sans guides on mar^ chait dans une route sûre de {>rospérité et de bon^ heur.

« ao. Mais voilà que subitement et comme par un coup de foudre la face des choses est changée; on porte dans la paix l'activité qu'on a déployée dans la guerre; on veut faire manœuvrer les familles comme on fit évoluer les escadrons ; on se joue de l'épargne et de l'économie; on encourage les spéculations incertaines; comme on a prescrit des traités, on veut nous imposer des modes; à la suite des ordres du jour le moniteur contient les invitations pour le lever «t les réceptionSy on remue la grande et la petite propriété, la haute et la basse industrie; où force les penchants, on excite la mollesse, on veut des pierreries, des voitures et l'on donn« ce luxe ficûf à la place de la vé* ritable grandeur.

« ai. Ce faste de contrebande fut enjoint par mesure générale aux employés des ministères. On ne put faire ses visites du jour de Pan qu'en épée, en habit français. Les fiacres dans tout le mois de janvier colportaient ces caricatures sur les deux rivesdela Seine. Si une excellence donnait un bal, elle avait soin de faire mettre aubasdu billet d'invitation: en habit C'était l'insinuation d'acheter

les boucles d^or, les chapeauxà plûmes et les man^ chettes de dentelle: mais le plus souvent au lieu d'acheter, on empruntait toute cette toilette et rhomme» cpii à minuit avait paru dans un concert mis comme un duc ou comme un prince, le lende^ main en modeste frac allait déjeuner du café avec le chocolat et la flûte, en attendant Fheure d'en"' trer dans le galetas poudreux qui lui servait de salle d'audience.

« 22. L'histoire des trois habits de M. G. se* rait peut-être ici digae d'être racontée. Le premier fut en drap avec boutons d'acier, le second fut en velours de printemps et la veste pareille, le troisième fut en velours plein avec broderie en soie delilas et de roses. On voit la progression du luxe et l'entraînement de l'imitation. Le preniier habit fut fait pour aller à un bal de M. Dejean^ alors ministre secrétaire d'État de la guerre! madame Murât y dansait avec Junol, je veux dire la grande duchesse de Berg ouvrait le bal avec le duc d'Abrantés^ et madame la comtesse de C* y valsait avec le'chevalier de T. qu'elle poussa dans la diplomatie par l'influence qu'elle avait sur le cœur du ministre des relations extérieures. Le second habit fut étrennéàla fête magnifique que la princesse Borghèse donna à Neuilly àl'anniver-

sa&re de la bataille d^Austerlitz et du couronne^ ment* ou }>lutôt siToa en croit les mieux informés ^ à Voccasioa de la conquête qu'elle ayait faite d'uu jeune colonel portugais qui était venu embellir la cour de son auguste frère. Le troisième babit sorti des ateliers de Catel pour un bal de riidtel-de-^viUe était d'une élégance parfaite , c'était un habit de marquis et toutes les femmes en admirèrent le travail. Il coûtait bien trois cents écus et il avait enlevé d'un seul coup le traitement d'un mois de M. G. caissier dans une grande administration. Des revers survinrent à quelque temps de là. L'emploi fut perdu, les habits devinrent à charge, ils furent mis ensemble au mont de piété et par la suite ils furent vendus à la criée au directeur d'une troupe d'acteurs ambulants qui exploitait les théâtres d'Orléans, Blois, Tours etSaumur.

«c a3. Chaque jour ainsi la fripperie s'enrichissait de la défroque des imprudents qui se lançaient dans le tourbillon , sans être assez fermes pour y soutenir leur personnage, et ces détails sont plus propres que le raisonnement à csuracté- ] iser l'époque sur laquelle je reporte mes soove- HijTs. Les accidents de cette espèce se muhipliaient chaque |our et ces équipages d'emprunt, et ce

kanquerotttes clandestmes faisaient de itos fêtes d<es mascarades, et de nos palais des hôpitaux. }£ n'y avait que des surfaces et poinl^ de profondeur^ il nJy avait que des plantes sans racines , ^ui fusent arrachées et se fit^trirent dès que Tàqtiilon: se déchaîna $ur no&contrées. Que devinèrent it. l'heure du danger tous ces feurnisseuss goi^és d'or, tous ces conseillers en crédit et sur qui^ pleuvaient les faveurs, tous ces hommes de la nouvelle cour ch^U'gés de titres et de dignités ?'QueIs. secours tous ces vieux àmis> ces commensaux, ces^ enfants gâtés prêtèpent>ils à leur bienfaiteur? ils. fiirent dispersés par Forage. H n'y eut à demeurer êdèles que ceux qui avaient été oubliés, repoussés- Mais dans la aoblesse militaire, municipale ou cléricale, ce fut a qui se hâterait le plus, de rénier soa: fondateur. On vit plusieurs de ces nouveaux preux et barons, jaloux de faire confirmer leurs ma)orats, mendier l'appui non seulement des princes» rentrés,, mais des princes étrangers ; non seulement des généraux vendéens, mais des généraux ennemis. Un décret avait créé cette- nouvell^nablesse,., une ordonnance pouvait la supprimer La charte conciliatrice la maintint et il sembla que l'article qui consacrait cette institution était le plus important de ceux que renfermait cet acte souverain de pacification*

« :i/y.A({ne\ degré étaient redescendues nosidëes! Ces mêmes hommes qui avaient à la tribune et sur les champs de bataille fait preuve d'un dévoûment absolu aux grands intérêts de la patrie; qvti n'avaient eu pour perspective que la douceur de leurs devoirs accomplis; qui n'avaient eu d'ambi* tion que celle du bien , et qui ne classaient pas même l'abnégation desoi--même au rai^ des vertus, quand il s'agissait du bonheur public; ces mêmes hommes» vingt ans après, pervertis par de fausses doctrines, n'avaient plus conçu de projets que dans leurs vues particulières;; et enfin lorsqu'ils avaient été attaqués dans le chef de leur association, ils s'étaient abusés ^usques là qu'ils avaient cru poi^ voir l'abandonner sans rien risquer des avantages qu'ils ne tenaient que de sa grâce, et que sa seule parole garantissait

« a 5. Louis XIY, à la veille de sa ruine, fait un appel à sa noblesse et la France se couvre de boucliers. Napoléon à Fontainebleau consulte ses lieutenants et le silence répond à ce cri de détresse. Quelle distance il y a de l'une à l'autre époque.... et.de quelle amertume son âme fut abreuvée, lorsqu'en serrant la main de ses favo-ris , il la sentit froide et glacée !..

« a6. Ce malheur avait été prédit et quoique jo

(547) Be sois pas superstitieux, j^ai poiurtant gardé dati» }a mémoire un fait qui se passa sous mes yeux ù& une fête de Marescalchi, biea des années auparar vant.

M* le comte - de Marescalclii était le seeré-' taire d'état dece royaume d'Italie » dont Eugène Beauharnais avait Tintendance. Ge ministre avait son kôtel'dans. Favenue^de Neuilly au dessus dea Champs-Elysées, à drdite en allant à l^toile. Pour, ses. grandes réunions, il avait fait bâtir une salle en planches,, qui venait s'appuyer sur le mur de l'aven ue et qui en dehors , pai^ parenthèse, £siisai t le plus mauvais effet Cette construction emipiétait sur la^ voie^ pubUqueet si c'eut été un simple particulier, cent fois la police eut prescrit et à juste titre que L'on tournât cette baraque d'une autre façon. Mais die appaptemiit à uneexcellence et alors et toujours les empiétements des excellences furent respectés par les inspecteurs de la /?rç;^ctore. C'était dans cette espèce de grange^ mais en dedans décorée à ravir, que l'empereur souvent se rendait pour assister aux fêtes chap» mantes de son ministre italien, pour lequel il>avait une certaine {prédilection. Un jour, c'était à un bal. masqué, Napoléon qui était en domino noir ^ fut accosté par un dominû rose qui lui dit tout

bas à Toreille ^ « Ils te trahiront et tu ntourrcts^,^ <« profite cinq ans de ta fortune..., % Le petit masque n'acheva pas. ËSrayé par un g^te de Tempereur ^ il se glissa dans la foule et disparut. G^était dan& rtijverde 1809. Presque tcms tes rois delà confé<* dératioa étaient à Paris. Lest maréchaux de France étaient au bal : il n'y avait pas d'apparence de querdfes en Europe, et surtout il n'était pa& probable que des troubla venant à édorre ik lourneraient contre Fempereur. Gelm^ était d'une santé forte et robuste» et il avait la |oie dans rame de voir tout succéder à se& vœux. Gepenr dant ce& mots audacieux d'un être sans consistance firent impresision sur Tesprit du hâx)s. Il confia cet ennui au comte de M^ qui était auprès. de sa personne, et aussitôt celuvci fit chercher le prophète indiscret i qui était Tenu si mal à pro^ po& mêler des soupçons et du noir à ce& riants ta-^ Ueaux de la folie parisienne^ Mais ces recherches furent vaines et le mot de Fénigme ne fut connu qu'aux jours de Leipsick, de LaviUette et de Fontainebleau.

« 27. Après cinq ans il fut trahi !.. cinq ans encore il était rnortL. et sur le roc de S^*. Hélène il n^avait plus, celui qui #vaît gouverné le monde ^ il n'avait plus, pour assister à sa dernière heure,^

€(iie quelques amis éprouvés...^», et un vatet de chambre inebraolable.

<n 2& J^âi parlé de Marescakhi et ce nom me fappelle une anecdote que je veux rapporter ici^ pour tempérer l'austérité du document que je viens de fournir. A cette même fête où fut dite à Bonaparte sa bonne ou, si Ton veut, sa mauvaise aventure, les voitures des invités se rendaient par les bernes ou les banquettes ferrées. La diaussée était réservée k leurs altesses et k leurs fnofestés. L'affluence était considérable, on arrivait diffici-* lement, quelques personnes descendaient dans les contr'allées et terminaient à pied la course, au ris-* que des éciaboussures; mais d'autres, plus entreprenants, et pour écbapper aux lenteurs de la file, prenaient le pavé résolument Le cocher ou le Ia« quais nommait vaguement un roi, celui-ci ou celui-là, n'importe, et la sentinelle, apparemment un peu novice, laissait passer. Cette supercherie s'était renouvelée plusieurs fois , lorsqu^à son tour le roi de Saxe se présenta. Le soldat at>jant, à la fin, qu'on se jouait de lui, arrête brusquement Uk^ voiture, en s'écriant avec humeur: « Encore un «r roi ? en voilà déjà vingt cinq que je compte,. « c'est aussi par trlDp fort, vous ne passerez pas. » Cette sévérité tardive, qui s^adressaità un vrai roi.

(aSo)

ii^en eut pas moins son plein effet. Car c'est ainsi volontiers que se distribue la justice et que s^exéoutent les consignes. Le pauvre conscrit aurait pu en être pour quelques mois de prison^ mais le roi, sur les chevaux duquel il avait croisé la bajonnette, était un modèle de patience et de modération ; il ordonna qu'on pint la fik et comme, dans les salons du bal, on ne le voyait point arri** ver, peu s'en fallut qu'on n'attribuât ce retard h Fun de ces accidents diplomatiques assez fréquents à cette époque et sur lesquels les curieux et les intriguants étaient alors, comme ils ^ont eiv core^ si portés à faire des conjectures. »

œMPLOTS, INTRIGUES, COMITÉ- DIRECTEUR, etc.

Ces causés secondaires, connues du chef bien avant sa chute et tantôt surveillées, tantôt méprisées parlui,selonles conseils qu'il suivait, les dangers simulés ouréels dont on lui rendait un compte plus ou moins exact, plus ou moins confDrme à la vérité: ces causes, disons-nous, eurent moins d'influence sur la chute du gouvernement impérial que sur l'ordre de choses qui lui succéda. Elles ne suffisaient pas pour renverser ce^ouvernement.

puisqu'il à fallu, pour y parvenir» le soulèvement de l'Europe entière » y compris tous les alliés de k France qui se rangèrent parmi ses ennemis: mais elles furent d'un grand secours au moment décisif, parcequ'en employant la trahison, elles firent tourner contre Bonaparte, les moyens sur lesquels il devait naturellement compter. On faisait ainsi plus qu'ajouter des forces à celles de ses ennemis ; on diminuait les siennes et l'on assurait le succès des leui's. On \^s faisait agir à coup sûr.

Il y a deux manières de renverser un gouvernement. La première est de le faire sans avoir recours aux étrangers; la seconde est de les appeler et de souiller le sol de la patrie de leur odieuse pre~ sence: quelque fort, quelque despotique que soit un gouyerâement militaire, sa chute peut dépens dre de la circonstance la moins prévue et la moins importante en elle-même j témoin l'affaire de Malet. Qu'un homme conçoive en prison le projet de renverser l'empereur j qu'après avoir fait un plan hien combiné , il obtienne sa translation dans une maison de santé , d'où il s'évade pour faire sortir delà force deux de ses complices et les y remplacer par les deux seuls fonctionnaires à qui , par mesure de sûreté, le droit de priver les citoyens de leur liberté, est exclusivement accordé ; certes,, c'est un spectacle singulier»

ff Dans la nuit du ^3 au ^4 octobre^ Malet se « présente aux casernes et aBoonee aux soUats. « la mort du tyran: il fait swtirdela Fbree tes gé- « nérauz Guidai et la Horie» preocdi^ les armes st « un bataillon de la garde de Parî& dont le com- « mandement lui était dévoué ^ divise cette petite- « troupe en plusieurs pdiotons ; et tandis que « Fabbé Lafon se dirige sur la préfecture de po- « lice avec quelques oompa^ies» il se reiitd lui- « même à Tétat-major de la place pour s'emparer « du général Hutlin* Malet lui fit part de la mort « de Bonaparte et de la création d'au gouverne^ « ment provisoire. Mais M. HulUn,^ ayant témoi- « gné quelque méfiance , Matet» pour qui tous les « instants étaient si préciei»^ lui tira un coup de « pistolet» et il en armait un second quand il fut « saisi parFadjudant La Borde» qui voyait tous ses K mouvements dans une gtace. Conduit en prison « et traduit devant une commission militaire » « il montra dans les débats une fermeté et une « présence d^esprit peu communes. Le président « lui ayant demandé quels étaient ses complices^: « si faisais réussi^ répondit-il ^ fauraù pour « complices la France^ V Europe et vous^iné-^ •c me. Il entendit la lecture de son jugement' « avec le même sang firoid et marcha à la mort

te avec un courage héroïque. Malet fut fusillé à la « plaine de Grenelle, airec ses deux compagnons^ « le agoctobre iSia^ >• (i)

On a depuis cet événement rattaché ce coraplot à la cause des royalistes, pareeque Fabké La fou secondait Malet, mais celui-ci était républicain par système. Détenu pendant long-temps, déte»* tant Napoléon, il fit cause commune avec un royaliste, pour renverser le gouvernement et recouvrer sa liberté. Tout moyen, dans une pareille situation,paraîtbon,s'il fait parvenir au but Avecquelques hommes de plus, Malet pouvait sVmparer du trésor et dès lors Fempire était mis en ques^ tion. QuoiquHl ait échoué, il n'en est pas moins vrai que son entreprise était aussi bien conçue que le permettaient les éléments dont il disposait Ses actes, ses proclamations, toutes les mesures qu'il prit avec une étonnante rapidité, prcMivent qu'il n'aurait rien négligé; qu'à Instar de Bonaparte, il aurait envoyé des courriers dans tous les départements, y porter la nouvelle de la mort de Pempereur et du changement arrivé dans le gouvernement Beaucoup de préfets auraient

(i) Article Malet dans la Biographie universelle.

ajouté foi , comme celui de Paris. Napoléon était alors à Moscow: il commençait cette retraite fatale qui perdit son armée :ses ennemis auraient été ins^ truits de ce qui se passait en France. Il y ramenait ses troupes pour reconquérir son propre pays: ils les y poursuivaient Soit que Malet eut rappelé les Bourbons, comme on Ta cru: soit qu'il eut réveillé les partisans de la révolution, comme je le crois, les étrangers qui ne voulaient que détrôner l'empereur, l'auraient secouru^....

Plusieurs écrivains prétendaient que les roj-alistes de Pintériefir n'avaient point secondé ceux du dehors. 11 est possible même que ces derniers eussent la même pensée. EUe fut exprimée clairement dans quelques ouvrages. Cette espèce de reproche ou d'accusation était propre à faire naître des révélations j et ces révélations avaient leur danger ou leur inconvénient, parcequ'elles pouvaient justifier un homme qu'on avait résolu d'accabler de tous les genres d'imputations, et le représenter comme n'ayant agi dans plusieurs circonstances, que pour sa défense personnelle, au lieu d'avoir été toujours hostile et toujours ombrageux , comme on avait voulu le faire croire. Entre cet inconvénient et celui de passer pour indifférent à sa propre cause, le choix fut bientôt

fait, parceque l'honneur le prescrivit et que Thonneiir ne transige point. Nous avons donc eu des révélations et nous en aurons encore.

Il en est une dont nous croyons devoir rendre

un compte succinct: c'est celle que fit en 1817,

M. de Gain-Montaignac, gouverneur du qhâteau-

royal de Pau (1). Elle fut publiée d'après le motif

que nous' avons indiqué. «Le singulier accord,

« dit Fauteur, de plusieurs écrivains français à

If vouloir prouver que les royalistes de France

« n'ont tenté presque aucUn effort pour travailler

€ au rétablissement du pouvoir légitime dans

«leur pays; et qu'avant le 3i mars ils ne s'en

« étaient guère occupés, m'a paru une imputa-

« tion trop grave pour être laissée sans réponse. »

Au commencement de son récit M. de M ontagnac suppose que, du champ de bataille. Napoléon suivait dé Vœil tous les mouvements secrets de Paris; qu'il trompait par de fausses nouvelles, ceux à qui il avait confié son pouvoir, enfin que les hommes les moins instruits de ce qui se passait au delà des barrières, étaient les membres du gou-

(1) Journal d^un Français depuis le 9 marsjiis^u'*au i3 ai^ril 18 14» in-8*. Paris, 1817,

vernement Cette supposiiioa «dus paraît liasar* dée, en ce que Napoléon aurait évidemment agi contre ses intérêts. Il faut avouer queks fausses nouvelles et l'ignorance du gouvernement sera jen t ou paraîtraient inexplicables satts des intelligences et des manœuvres; mais comme il est prouvé que Tun des membres de ce gouvernement les plus influants correspondait avec les «Iliés, tout s^explique. U serait par trop injusie de mettre sur le compte de celui qu^on trahit > les moyens dont otà se sert contre lui. Continuons ; «r On crojrait dams « les premiers îours de mars que le roi de Suède « était rame de là coalition et qu'il invitait la «c France à rentrer sous ses vrais princes. (i ) Les'

(t) On a pféUodm depuis > ^c renpereur dt ftaim avaH le pnjet. de le propoier pour successeur de I^apoIéDo et de feodre k GosUv» le iroiMT de Suède. L^engagement que prit œ prince de suii^re le vœu de$ FnutfMis, pomrnit iefaireteroire, en supposant qu^ii crut que Bernado^U sefaîl riib]el de œ v«u. Soppotilim qui iMait nullèmit probable : mais Popinion d^ou roi se forme sur les ra|^rU de ceux qui rentourent. Ce qu'il y a de certain,, c^est qu^il était impossible que le pnaœ da Suéde Ail appelé par on tobu librement «primé. Dés Toccupation de, Paris, il ne fut plus question de celui que les royalistes croyaient être tome de la coalition. On se demandait oa qu^il était devenu. Il parut cependant cSiez les souverains : mais rien ne peut faire prr\umer que le projet de le placer sur le trâne ait caqtialque f>Hde' lutnt.

te royalistes étaient en rapport avec monsieur» K alors à Vesoul : il demandait par M« Eugène de « Chabannes qu'on lui envoyât de Paris une x< pérson^ue qui connût les hommes et les cho* « ses(i).Dans l'assemblée des royalistes > il fut dé^ fc cidé qu'on nommerait un député qui se rendrait « de suite à Ldon près du prince de Suède, pour « lui faire sentir et juger comment on se trouvait « à Paris en mesure d'éclater et de faire proclamer * le roi et comme ce mouvement ne pouvait avoir « lieu que le jour où l'on saurait que Bonaparte V était coupé de Paris > le prince devait engager « les généraux alliés à manœuvrer dans ce sens(2).

(i) Ce prince ooorut quelques chances qui diépendaient de celles de la campagne des alliés et des négociations qn^ik entretenaient toajou^ ayec Napoléon. Tantqa^Blles daraient,ils ne ponyaieut reconnaître on prince français. Malgré ces précautions de la politique , un Franc- Comtois j déyoné aux Bourbons, nommé Viecent dTcqucvilly, vendit son bien pour le donner k Monsieur , lui servit de garde avec ses beauiL-frères et commanda les égards qui lui étaient dus. Gela fit de TefTef.

(i) On a vu que le ntonvement n'eut pas lieu, non seulement quand on ne put douter que Jiàpoléonjut coupé de Paris^ mais encore quand les alli^ devinrent maîtres de cette capitale. Au lieu de précéder le parti que prendraient les vainqnears, ce moQ?ement le -suivit et fut même imprimé pAr des personnages dont le dévouement poni!9it pa» raitre équivoque on intéressé, k cause des faveurs que les uus avaient reçues et que les antres avaient en vain sollicitées du chef qu^l s^agis- Aait de renverser.

( 258 ) « Cette mission remplie, le députe devait avoir « pour instruction d^aller soumettre à monsieur « le succès de la négociation et la connaissance « entière de l'état des choses k Pari$. Dans Tas- « semblée du 6 mar^ on me nomma (l'aqteur) « pour remplir cette double mission : mais comme « il importait beaucoup de prouver aux alliés « Paccord qui existait entre une partie des « homtnes du gouvernement et les royalistes, on « décida qu'ils seraient invités à nommer de leur « côté une ou deux personnes pour se rendre de « concert avec moi, au quartier-général du prince « de Suède. Monsieur Maine de Biran consentit « à partir. Mais, dans une entrevue qui eut lieu à « ce sujet, on calcula que le départ simultané de « plusieurs personnes connues., donnant trop « d^ombrage à la police, augmenterait les difficul- « tés du voyage et Vos^ pens^a qu'il serait à la fois « plus facile et meilleur de sortir de Paris séparé- « ment et de ne se réunir qu'à Laon. Dçs circons- € tances particulières qu'il ne m'appartient pa$ « d'expliquer^ apportèrent obstacle au voyage de « M. Maine de Bir^n, Un de mes amis d'enfance, « M- Yinç^on de QuémoAt, suir d^ ouvartuires « qui lui avai«ntété faites, du dessein formé pour fk le rétablissement de la maison de France , avait

« donné > dès le mois de février, ta, démission dt « capitaine de gardes d^honneur. Il connaissait le « prince de Suède: il savait P'Allemand, ce qui « pouvait être très utile pour traverser les lignes. K Je fis valoir ces raisons au conseil ^ et demandai K quHl lui fut offert de partir avec moi. On lui en «fit la proposition et jaloux d^être uti}e à son « pays» M. Yinchon aècepta sans balancer. Nous « employâmes la journée du 8, en courses pour K nous procurer quelques moyens d^être légitimés c auprès des alliés. Nous avions reconnu que la K seule manière de voyager, était de n^avoir en « rien l'apparence de voyageurs. :»

Les particularités du voyage, étrangères à notre

but, doivent être omises; mais il n^en est pas de

même des observations relatives à la situation des

esprits. Telle est celle-ci que Fauteur fait à propos

des plaintes qu^il entendait: « La souffrance pré-

« sente, dit-il, avait un grand empire sur Pimagi-

« nation de ces honnêtes-gens: mais de remonter

« aux causes de cette guerre, d^en maudire le vé-

« ritable auteur, c'est ce qu'ils ne pouvaient

« faire: et de là j'admirais combien il est difficile

« au chef d'un état de perdre tout crédit sur la

« masse qu'il gouverne. Le peuple, dans uneguerre

« d'invasion, ne voit d'ennemi que l'étranger, et

( îi6o )

W toujours il est facile de le porter à la défense du « territoire, surtout, dans uh pays où l'habitant « des villes et le paysan trouvaient alors également « étrange et nouvelle, l'audace de gens de guerre « qui osaient venir chez eux s'établir et prendre « leurs provisions et leurs denrées, (i)»

En cas d'événement, le voyageur qui avait des lettres de crédit de M. de Saint-Fère, administrateur de la manufacture impériale des glaces, visita celle de Chauny , pour avoir un prétexte plausible à donner, si la cause qu'il servait ne triomphait pas. Le directeur de cet établissement venait d'être pillé par les Prussiens. Arrivés à La Fère, M. Vinchon et M. de Montagnacy voyent le général Bulow auquel ils rendent compte de leur mission auprès du P. de Suède. <c Mais êlesvous bien sûrs, leur dit ce général, de son zèle pour les intérêts de la maison de Bourbon et pourquoi vous adresser à lui? Cette question les confondit et leur surprise augmenta, quand ils apprirent que Bernadotte était à Liège, qu'il ne

( i ) Ce téraoigaage auquel la position . la circonstance donnent enooiv un poids tout particulier , vient k Tappui de Topinion que nous svons exprimée sur le parti que pouyait tirer le gonyerncment de la |)Opnlation. .

paraissait pas disposé à as^anéer^ et qù!û rf était rien dans lu coalition. Bulow, de son côte, demande des renseignements aux voyageurs qui l'assureFent qti'il n'y avait qiùun vœu dans le parti des hommes attachés au gouvernement comme dans celui des royalistes^ ei q«e ce vœu était contre Napoléon (i)^

Les voyageurs passent!:» nuità la Fère: ils entendent passer les. Prussien^^ et les Russes: m La voiaE « de ces hommes du nord troublait leursommeiL yt ci tout eu ne doutant poinide la bonté de leur cause , regrettant avec raison que le succès en soit confiée des étrangers', ils s'éerient: « Un instinct If secret nous fait prendre parti pour le sol qui noits c( a nourris. Quand la France est envahie-, W rai- « son se trouble: Français, on regarde comme sa- « crée la cause de la France. » L'expression dece sentiment généreuse devait être retracée;

M^inis d^ule lettre d'un général Prussien pour le P^ Wolkonski, major-général de l'armée russe,

(i) GëU se disait le xa mars et le 3 i , quand les allies- eDlrèTent dans PlBitiSjCe vœa ncse manifesta^pa&. anec la promptitade «t Pnmimiiiîléqudevaient ré3ulter du capport de rhistorien. Du veste les termes, impliquent coatradicliou , les hommes attachés au gouvernement civ «îUkut fort détadics^ sHls formaient les mêmes vœux que les rojalisteF^

HOSYoyageurs continuent leur route,traTersentRe« thel, décrivent les horreurs dont ils sont témoins j, troayent les communes armées contre Pennemi ainsi que les gardes nationales; partout sur U route» la population animée contre ks alliéa Cest ineme d'aprèa cette dispesition qu^on fait des difficultés aux; deux voyageurs, et qu^t^n les arrête plusieurs Sois» parcequ^ou les prenait pour des Angolais d^uisés. Ils reviennent sur leurs pas et remarquent que , toujours on ignorait du lieu où Us* se trouvaient^ ce qui se passait à une légère distance et si la ville voisine était occupée par de& alliés ou par des Français: ce qui explique et |us^ tifie le long silence de Napoléon dont les estaiieltes étaient enlevées par des cosaques.

Us rentrent le aomarsà Paris» oùronfutétoni^ de lea voir sitôt de retour et plus encore d'ap» prendre que le prince de Suède ne faisait p<^nt partie de la coalition et qu^au lieu d'être à Laon,, il était à Liège. Us surent alors que le parti roya-^ liste n'était pas mieux servi en nouvelles que Vaulre. Ils voyent MM. de Boisgelin et deFiti^ James» au|ottrd'hui pairs de France et par le moyen du pemier» ils font voir la lettre pour le prince Walkonski à M. de Talleyrand a^ec tecfuei

ils ne pouvaient communiquer que par l^iutermédiaire d^uriefemme..

« Il importait d'être vu de peu de personnes et H* de Fitz-|améâ, ditM.de Bf onfagnac,jse chargea de ptétênir \cè principaux de nos amis. Ce que j'âfpportais ,. ajoûte-t-il^ n^était sans dont e^' un renseignemeiii plus exact et d^es espérances, mais enfin c'etâii un^ espérance. » Ce mj^tère dans Te» communicationâ et ce langage font voir qu^l fallait rabattra un.^ pétr de rïmanimité et de Fàccord tant des royalistes que de ce qui était attaché au gouterûement dont il a parlé plus haut. Le conseil setitantHinportance d'arriver àPempereurAlexandbre, les deux voyageurs consentent à repartir le lendemain poui: alkr trouver ce prince et se mettant «B route le 21-: dix jours avant Tentrée de ce souveram a Paris. Us sont reconnus à la barrière du Maine par M. Blondel d^Aubert, cotiseiller à lacour de cassatibnv auquel ils ne s'ouvrent pas bien qu^ilfût dans les m^êtnes sentùnents. Arrivés à. Orléans îe 23 au matin, ils veulent s'adresser à M. delà Toanne,ehef de leurs amis-rojralistes dans cette viHe et leur point de eoprespondance. Mais il était à la campagne: à son défaut ils ont uneen^ trevue avec un abbé qui avait la confiance du parti. « Le coniité de Paris dirigeait tout sue

cette ligne: ils. transmirent Içs ordures du conutiS, en invitant à conserver et à multiplier le$ points de correspondancç entre Orléans etBourges« Dans cette dei:nièrç ville, ils s'a1;)oucIient avec M. de Kivière <jui commandait toute la province du Berrjret celle du Nivernais. ANevers^ilsvoyent les principaux de leurs amis, MM. Berthier de Bizjj, M. Clément, M. Arthur de Bouille. « Le préfet; a était alors M. Fievéequi, sans se prononcer en:^ « core ouvertement, fermait les yeux sur Iqs dér « marches des royalistes. ».

H y eut conseil chez M. de Berthier aîné. Plus, de vingt royalistesde marijue s'y trouvèrent réunis^ On examine s'il serait pjossihle de faire déclarer quelques villes du Nivernais en faveur du roi, ainsi que les campagnes. Les ayis sont partagés^ t< Il n'y a pas, dit M. de Berthier jeune, un lieu, (c ou le roi n'ait des amis; mais, c'est plus dans la, « haute classe que dans la moyenne, et partout Iq « peuple est encore dans l'ignorance. Il n^aime pas « Bonaparte^, il redoute les étrangerisj voilà tout^ « Si nous voulions l'exciter à pren(^re les armes « contre l'étranger, en un instant il se lèverait^ « parcequ'il sent la présence de ce genre d^ennemi: « mais de lui faire prendre les arm.es pour son roi « qu'il ne connaît pas encore, pour une famille

ff cju'il a oubliée, voilà ce dojit Une faut pas se « flatter. » M. de Saint Georges confirme ce renseignement, ainsique M. de Ghabannes^et comme il étîiit question de savoir si l'on devait donner à Monsieur, le conseil d'arriver, on conclut qu'il nç serait pas prudent d'engager ce prince à une dé^ niarche aussi hasardeuse. M. de Montmorency ajoute que, « quoiqu'il SQraiii fort désirable que. Monsieur pût sortir du demi-esclavage dans lequel il se trowej il faut d'abord bien juger la force des royalistes, dans le pays avant de soumettre un pareil conseil à son altesse. M. de Montaignac fait voir que ce serait exposer le prince et s?ins aucun fruit ^/^arce^i/'à la manière dont se fait la guerre en ce moment , on ignorerait à Cosne queMonsieur est à Nesiers, De cette dernière ville ils se rendent chez M., de Pracontal^ dont le château était devenu le quartier-général des royalistes qui allaient à Vesoul. Ils passent ensuite à Moulins-Engilbert dont le maire était du parti Ils gagnent Autun,^ puis Beaune et Dijon. C'est là qu'ils trouvent l'empereur d'Autriche et c'est dans les conférences que le$ deux voyageurs ont avec le ministre de ce prince que nous trouvonsdes dpcum^ents précieux sur les inteutiQii3d.es.

puissances^ leur but^ leurs moyens» ainsi que sur Tesprit général de la population»

L'empereur d^Autriche arriva à Dijon le 26^ mars à six heures du matin ^ suivi bientôt de ses ministres, de tout le corps diplomatique, de la commission impériale générale derarmée.L^eure à laquelle François II entrait à D^on, prouve que ce prince ne Tarait paschoisie^et qu'il y avait eu nécessité de marcher toute la nuit. « En efièt tf il avait été coupé de Fiempereur de Russie pai- « Napoléon; le congfrès se trouvait dissous etlo « Corps diplomatique avait fait sagement de se re^ et tîrér sur DijoiL » On affiche sous les yeux de lïos voyageurs îa déclaration des alliés surità rupture âti côtfgtès de Cliâtiltos. Elle leur donne beaucoup à pensei'^ettfeuF apprenant i*. quête i5 mars Napoléon avait refti^éla paix, avec le territoire entier de la France .et la totalité de ses colômesj îi*. que les sotiteraînps tenouvefaieïit leur sei'ment de ne pas déposer les armes avant d'avoir cAitetm la paix générale de FEurope: 3". cfu'ënfin ils déclaraient à la France (jumelle ne p^oiêç ait ien prendre qtih elle-même des mcmaè qu'elle soufffOà: c*e5<-à-^ire ett s'bbstinant à gardai* I^apoléôn pour chef. Ces faits étaien-É loin de venir à Tappui des idées de nos deux voyageurs,, soit sur

la situation désespérée de Bonaparte » soit sur la disposition des esprits. Ce qui les afiècta le plus» àest qiHon ne se prononçait pas contre Vexis^ tence du gouvernement de Napoléon et quHl n^ était encore parlé en rien de la maison de Bourbon.

L'empereur d^Autriehe et le corps diplomatique n'avaient plus de communication avec les au* très souverains alliés, parceqne des corps Français se trouvaient interposés entre le quartier de l'armée combinée et Dijon. Napoléon yenséparant ainsi des alliés j, le père de Marie-Louise se porta pvobablement un coup mortel en se privamtd'un défenseur puissant

M. de Montaignstc voyant qu'il lui était impds^ sîble de rejoindre ^empereur Alexandre» se détermine à faire àes démarches auprès du corps diplomatique réu«î à Dijon.

Il voit successivement M. de Slein^ M* de Havdenberg , Lord Castlereagh f M. de Metter^eh enfin ^ qu'il tâchait d'éviter, le supposant presque Bonapartiste. C'étaient autant de rois de fait f puisqu'ils avaient lespleins^poavoirs de leurs rots.

Exposer et leur persuader que « la fore^da « parti rojalisteetait devenue considérableà PkriS; « que le partit des hommes qui cint cfo part i V^t-

« tion du gouTerncmciit depuis la résolution se « trouvait d^accord avec les royalistes, sur le point tf capital: c'est-à-dire le renversement de l*aulo- « rite deBonaparte; mais tant que celui-ci nesera « pas coupé de Paris , qu'on ne tentera rien : en* « fin que tout était préparé pour un mouvement- « par lequel on devait rappeler les Bourbons sur «( le trône ji : tel est le thème du voyageur répétéà chacun des représentants des hautes-puissances.

M. de Stein,par lequel il commence, tui de*mande « s'il ne se fait pas illusion sur la force d& fc son parti j s'il ne prend pas le vœu d'un certain <c nombre d'individus pour celui de Paris et de la « France, ajoutant que jusqu'ici il avait bien vu « des individus royalistes dans chaque ville , mais « nulle part aucune population se déclarer. » M. deMontaignac,pour détruire l'impression que ce fait produisait sur M. de Stein , répond que les alUés ne doivent s'en prendre qu'à eux, puisqu'en eontinuant denégoci^r avec Napoléon , qui étaità la tête d'une armée, que toutes les leurs^ réunies pou« y aient à peine vaincre , ils anhonçaient le reconnaî-^ tx^e encore; mais que s'ils déclaraient solennellement ne plus vouloir traiter avec lui; s^ils le coupaient de Paris, ils verraient aussitôt quUl existait

en France unparti pour la maison de Boutbon.Cel argument, le seul en effet par lequel M. de Mon* taignac pouvait répliquer à Fobservation de M. de Stein , eut le résultat qu^il en attendait. Le minis* tre devint plus communicatif , dit que jusqu^au 1 5 mars, la paix avait été entre les mains de Napo^ léon, et s'écria avec chaleur qu'il importait surtout de persuader l'empereur Alexandre.

M. de Hardenberg arrêta le voyageur à chaque phrase de son exposé, s'informant des noms des principaux personnages du parti royaliste. M. de Montaignac les indique. « J'entrai, dit-il ensuite, ic dans quelques détails sur l'union d'une partie « des hommes employés dans le gouvernement, c< avec nous. Je lui parlai du projet qu^ avait eu ^ K M. Maine de Biran de se rendre au quartier du « prince de Suède, pour porter aux alliés l'cxpres- « sion de vœux pareils à ceux que jeme trouvais « chargé de faire connaître au nom des royalistes^ <c afin qu'on vît quel était l'accord des partis en K cette grande circonstance. » M. de Hardenberg presse M. de Montaignac de se rendre chez Lord Castlereagh et chez M. de Metternich: il témoigne sa répugnance à voir le dernier ministre. M. de Hardenberg l'assure qu'il se trompe et que l'empereur d'Autriche, ayant annoncé qu'il abandonnait

'( 270 ) son gendre, M. de Metternich était dans les m<> mes sentiments.

Dans Fentrevue avec Lord Castlereagti , M. de Montaignac développe le plan de son parti avec plus de détails* « M. de Talleyrand» dit-i]» entrait « dans Tentreprise avec la réserve que comman* « dait sa poâition: je nommai ceux du sénat sur « lesquels on croyait pouvoir compter; ceux qui « étaient incertains et qui céderaient au jour de « Févénement: je parlai du parti de la régence « créé par Gambacarès, Regnaut, Savarj et quel* «c ques autres. Je montrai que ce parti n^avait « pour lui Tappui d'aucune masse à Paris et K encore moins dans les provinces. Je parlai de « la mani^ dont nous avions fait le recensement « de nos forces dans la garde nationale: je naat^ « mai eeux des che£s sur lesquels nous pouvions « compter: plusieurs maires et adjoints étaient à ic nous >iu)us avions Blajorité dans le conseil de la « ccmimiwe et dans celui du départem^at M. de « Hardieiiberg ne me laisse pas achever, et se le- « vantfilfaut^dit^il, que mon^ur vienne avec « ROUâ chez monsieur de Metternicli. » Ils se rendevLt éàsi ce prince où M. de Mo&taignac répèle ses eomttiunications avec beaucoup piusdedét^ikb; en y ajoutant de nouveau^L faits ou en exagérant ceux qu'il avait déjà exposés.

(^70 « Il n^j a réellement, dit-il, que deux masses: u celle des hommes qui ont pris part à la réyolu- « tiou depuis vingt-cinq aps, et c^lle des royai- « listes. Elit bien, ces deux partis n'en font qu'un fc aujourd'hui et s'accordent également à youloir « le renversement de Bonaparte et le retour de « Louis XVIII (i). Tout e4 préparé: la majorité «( de la gî^rde nations^le est à nous (3); la moitié «c du sénat es^ dans nQ$ intérêts ^t M. de T^Ilejrrwd

(i) Il est bien ëncU$iU qjau» |i çelAa aiae^^ eut ét^ na^^aii n^oméat dont le foyageur parle, il n*y avait besoin de personne, car la France notait composée que de ces deux masses. Pour prouver ce qu^il dit, sur les hommes de la révolotioo, il sVippaie une troisième fois cor M. Maine de Biran qui, comme on Ta va, ne sortit point de Paris, d^tiprhs des circonstances parlicidieres qu'Une m'appartient pas d*expliquer, nous a dit M. de Montaignac On conviendra facilement sans doute, que M. Maine de Biisa ne pouvait k lui acnl wpiésenler la masse d(B^ bpmm^ qui a:faiçnt pci^ pA^> U rëvolal»» : et défait il ne représenta personne , pnisqu'api:ès at>oir consenti à partir, il n^ bougea point. Il nVn est pas moins vrai que M. de Montaignac joue bien son rMe. Il aurait pn avoir bewiiQoap d^inenee» ai pendant qn^il plaidait sa cause avec tant de succès, le grand drame ne s'était dénoué brusquement.

(a) On a va dans le récit que sur les douze l^ons, ûz seulement prirent ^ cocarde blMi|ch« «& qne l^ six antres oonserrérent la cocaide tcioolore jaiqa]an ip^^n^entoii Tord^^ d Vbpîoçi: If pveinièrf fnt donné> Onpent remarqua qWk i9«ias4 qn9 l'hiM^idaii rfimnimRçaît t^ ««' posé il devenait plus posjitif: il ajoutait Après ctiui qu'il fit à M* de Mcttemich, il ne pouvait plus augmenter.

Yt en répond ». Il presse avec beaucoup d'instances îes membres de ce véritable congrès formé à Pim^ proviste, de ne plus traiter avec Bonaparte; annonçant que, s'ils tardaient, lu nation toute entière allait se le^er contre eux; représentant les paysans déjà armés; et déclarant enfin que les royalistes sa mettraient à la tête de la nation pour leur faire la guerre^ ainsi ijiûà Bona^ parte; et que si dans quinze jours la guerre n'estait pas terminée, elle deviendrait nationale. Le résultat de cette conférence importante fut de dé« tourner M.* de Montaignac du projet de se rendre auprès de Monsieur: de Penvoyer à l'empereur Alexandre avec un carré de papier ^ sur lequel étaient écrites avec de l'encre sympathique les signatures de M. de Metternich , de lord Castlereagh , et de M. de Hardenberg: ce qui suffisait pour ac^* créditer auprès d'Alexandre le porteut de cette triple signature. Tout cela se passait le 3i mars, jour de la reddition de Paris (i). Cet événement

(i) M. de Montaignac raconte ensuite que M* Ito baron de Vittolled s^était rendn qnelijae temps auparavant auprès des ministres des puissances; il était Tenu k tempA, lui et c^est diaprés ses eoramnnications q«i'*on s^était avancé sur Paris. M. de Montaiguac et son conseil nVn savaient rien \ malgré taacorcl qui régnait.

rendît inuliles toutes les démarches et toutes les peines de M. de Montaignac. A son retour dans la capitale, il \ît M. de Talleyrand, lui retnit le papier. Après avoir fait reparaître les trois signatures, le prince le lui rendit en disant: « Quelques jours plutôt et cela eut été capital. » En revenant à Paris, il avait rencontré M.* Eugène de Chabannes <jui lui avait fait voir une lettre de Monsieur datée de Nancy le 26 mars 181 4. Elle était adressée aux généraux Vendéens^ à qui le prince ordonnait de continuer à correspondre avec le point central de Vorganisation, à Paris. Nous ne rapportons cette circonstance que pour faire voir qu'il y avait, malgré la police de Napoléon, un système organisé contre lui

Le récit de M. de Gain-Montaignac donne lieu à plusieurs observations qui ne spnt pas indifférentes. La première est la marche qu'il suit: à mesure qu'il recommence son exposé, il devient plus positif dans ses assertions; il ajoute quelque circonstance; il anticipe en quelque sorte: son récit va toujours crescendo. Après avoir vu M. le C. de Metternich^ il ne pouvait plus inventer, il ne restait plus, pour ainsi dire, qu'à présenter la chose comme faite. C'était ainsi qu'il devait agir: îl sentait combien il était important de déterminer

les puissances, n'importe par quels moyens, puisque sans elles rien n'arrivait et que par elles tout ce que l'auteur ayançait serait réalisé.

La seconde est la disposition hostile contre les alliés, de la population qui s'armait, s'animait, s'indignait et allait finir par rendre la guerre nationale. Ce sentiment était si naturel que l'auteur même le partage, quoique l'invasion fit triompher sa cause. Il l'exprime même avec toute l'amertume d'un bon Français. Lorsqu'il revient à Paris, et qu'il voit l'ennemi dans les environs de cette ville, il dit: « J'observais tout ce mouvement d'un paj^s

« si nouvellement conquis... conquis! Ce mot me ic trouble encore, car c'était du mien qu'il s'agis- K sait. La vue de ces cosaques foulant en vain- « queursces riantes campagnes, avait tout à coup ¥ chassé cette grande Joie que m^avait causée le « triomphe de la cause, j»

La troisième est que le i5 mars encore, la paix, conséquemment l'évacuation du tenitoire , était entre les mains de Napoléon, si l'on en croit le té»moignage de ceux qui l'assurèrent à monsieur de Montaignac.

La quatrième est qu'il paraîtrait, de son récit, qu'il j avait plusieurs comités ^royalistes qui agissaient sans ce concerter. M. de VitroUes avait

(^75) rempli peu de jours avant Fauteur, une mission pareille à la sienne , sans que ce dernier ni le comité dont il faisait partie en fussent instruits. Il parait que tous les fils se réunissaient entre les mains du même directeur, invisible à l'un de ces comités, visible à l'autre. Aussi demande-t-on à M. de Montaignac quelles sont ses relations avec ce prince.

Il y avait depuis long-temps un comité qui devait être connu du gouvernement, puisque le public en savait l'existence. Trois membres étaient désignés par leurs noms: c'étaient MM. l'abbé de M**, R C, et B**. Une fois la semaine ils correspondaient avec Hartwel. M. B. rédigeait les notes , les faisait soigneusement copier par M.

Vand , qui cachetait le paquet et le portait le

mercredi, ouïe samedi entre neuf et dix heures du matin, sur le boulevard de la Magdeleine.* Il y trouvait toujours une vieille femme qui vendait des allumettes. Coiffée d'un grand chapeau noir bordé d'un vieux voile à m'oitié déchiré qui tombait sur ses genoux, elle attendait M. V. et n'attendait jamais en vain. Il arrivait, échangeait son paquet contre un autre, sans dire mot et se retirait aassitôt La bonne femme en faisait autant, ne reparaissait que le huitième jour et ne vendait des allu-

mettes qu'une lieure par semaine au plus. M. V,... n'a jamais pu lui voir la figure entière et n'o«ït jamais le soft de S9.yoix. C'eut été p^iqe peridue <pie de les confcQuter Fi» avec ïautee; et même en le* prenant sur le fait, ils ne se seraient. pan i:ecx)n»its. Il serait impossible de douftor non seulement une histoire, mais une énuméiiation caactô: d« tous ces comités. Les uns étaient autorisés par le ^xmcfi dpnt ik ^irvaiqnt les, i»itai;êts; leSf autres se formaient à» spn insuc: tou^ a;v:^ient sion. approbation. Des mptjfe opposés, c^ng^ge^iopt égaieii^ni, q«*and

il n'y eut plus et ^«pî^//?//:Aiir^«^/?'«tf^^^^'^^'^^ aprè« 1§ succès, àipubUeïlou.à.taire fe^révéUtipns. Il,y,a^des| nuances qjii influa^tisur ropinion: Qtl'on mettra toujours unqgpande digerenc^ enti^ celui, q^i, fidèle à son prince, conspire pour lui. en courwijtr 4€p dangers, refusant de rwevoin des fay^^rs; d^ chef contre lequel il con^ire.et.c4^i qniiS^rfe cechftf»,enîr^çoitides g^ces,des honneur^ de;lft fqr.t,u;ne; et 1§ trafeitv h^ succès, les r^floiftp^n^^» q^^qilS JbjçiUafttmqji'^Ute spimU MiwiFWfate$:««r.

vepir^ç an Ueu,d^le$,déftrnir^ lïloi^Sr^FQW.dit^qnril n'éjtoitignàreftip^sfiadfedfr

dçHines un. lws*pisiqAfi cpiçplôt. A^-om «w*éi^

rojiaUstefri Vftifôiqçuifc dttnjf MMt Blifibftud ,, àlax0ï leur biograpthip d^rfi^QTm^fèesff^^ i^^étk

l'existence.

x^. À rarticle de M. Dahdré on Itt ce qui suit : «..». Il ise rendit en ABemàghe eu 1796; et Louis v XVÏÏI yetà les yeux sartùi,)pour la direction it*d*iïne coirespondance avec Pihtérieur de la « ÏVatice. M.. Dandté eut le courage dé venir à « tatis avec les mstrucliôns et le pouvoir dé ce <f prince en: 1797.... H rctourtia^après te iSfruc- « tidor^en Attemagne, où il continua d^àgb pour « les âitérêtâ de la maison de Bourbon. En 1800, il « fui désigné dans plusieurs correspondances et « Botâmmeùt dans celle ^ue le roi de Prusse fit ic saisir à Bayreuth , en avril 180 r. 11 est certain « qa^il reçut alors du roi, des moyens considéra-- « ble^ pour faire insurger lé midi; mais il ne put y K opérer quedeâ àoutévements partiels. Son agence « embrassait tôul: lé midi et Touest ^e la France : il « avait aus^i à^aîis des agents et des corrèsponir dants. jr

2*. A Pàrticlé -S^^K^, le Biographe is'éxpriiùe en ces termes: « En 1812 ( sous le gouvernement « impérial) il futnômmé conseiller de Puniversîlé. « lï paraît que, db long- temps, il avait ttavàîlîé « en secret^ avec beaucoup de coura^ et de zèle, « au rétablissement de la maison des Bourbons, et « qu'il fut en relation, pour cet objet, avec les comte missaire3 du roi dans Tétranger^ notamment « avec M. Dandré. »

3^ A l'article de M. Royer-CoUard, on trouve los particularités salivantes: », Après le i8 fructi- « dor, il fut du nombre des personnes qui s'occuff pèreift, dans Fintérieur, à préjparer le retour du « souverain légitime^ et fut membre d'un conseil « du roi en France , avec MM. le marquis de Cler- « mont-GalIerande^ l'abbé de MontesquiouetBec- « quey , depuis 1799, jusqu'en i8o4 , époque « à laquelle M. Royer CoUard vécut dans la rc- (( traite jusqu'en l'année 181 1 , où il fut nommé « doyen de la faculté des lettres de Paris et proie fesseur d'histoire et de philosophie à l'école <( normale. »

En général ces divers comités n'eurent d'autres résultats que de tenir les princes au courant de ce qui se passait, d'entretenir des espérances qui, après avoir été long-temps déçues^ se réalisèrent par un tout autre moyen que celui sur lequel on avait cru pouvoir compter: c'est-à-dire par Napoléon lui-même qui, le quinze mars encore (quinze jours avant sa chute) tenaitencore entre ses mains ^ une destinée qui renvoyait toutes ces espérances aux Calendes grecques.

SrÉGE DE PARIS. ^ FAITS PARTICU-

LIEBS ('t

« Le cardinal de Retz, a dit dans ses. mémoires que les Parisiens -de son temps u^aîmaient point a^ se dèsheurer..

« Us sont de même encore à présent. Ils ne veulent pas (ju^on les dérange. C'est un peuple à.^ la fois intrigant et indolent: il ne veut être gêné ni. dans ses affaires ni dans ses plaisirs. Fermez la halle, la bourse, les guinguettes ou le jardin des tuUeries pendant un jour et vous aurez une émeute. Haute et basse classes j, toutes deux ont leurs habitudes qu'elles ne veulent point romprej.. elles se sont créé des besoins qn'il faut avant tout satisfaire.

« Tant que la guerre de Bonaparte n'a point empêché la toilette et les spectacles, Paris est resté de son parti On se battait dans la Champagne, mais on remportait des victoires, cela faisait faire des bulletins , ceux-ci faisaient tirer le

(i) Par i*Âulcitr du ckapitre sur le» gardés dliouneur.

(aSo)

canon, l6 soir aux théâtres on chantait des couplets, rieu de mieux, l'empereur était digne du trône et la France allait à merveille.

« Mais quand le houra des cosaques retentit la nuit jusqu'aux barrières, la tournure des esprits, changea. On craignit pour ses amusements, pour sa fortune, pour sa vie, et cela devint sérieux. Lts émotions douces se transformèrent en émotions vivres, l'indolence un moment disparut, mais la toilette ne diminua point.

« Les boulevards n'avaient jamais été si brillants^ les fleurs, les plumes ornaient tous les chapeaux et je ne sais quelle exaltation qui régnait sur tous les visages, donnait aux promenades un attrait jusques là inconnu. Les femmes étaient infiniment plus communicatives depuis qu'elles étaient effrayées, et des liens qui avaient été jusques là froids et insignifiants , devinrent fort tendres et fort aimables. Dans les grandes circonstances l'imagination se déploie, dans les dangers la confiance s'établit, les déclarations passionnées se font au bruit des armes et l'on voit se vérifier cette fable de Mars et l'Amour, de Mars et Vénus que nous légua l'ingénieuse antiquité.

c< Les 27, 28, 29 mars, on vit arriver des charrettes chargées de meubles qui revenaient de

Boissy ,de Snssy, de Brévannesv de Saint Maur et de cent auti^es villes «oia villages des environs. Les «»éuhle& du x&dbe etceux dn pauvre rentraient légalement à Pasis potatt éviter Hatovr et les Kalmoi^ks. £^s iradies^ des moutons, et des troupeaux de *toute e£^èœ simvaîent les voiiares sur lesquelles étaiemt de laa&eureiises femmes allais tant leurs enfants et épmisées de fatigue et d«i^ faim.

fc £& même temfs arrivaient des convois de prisonniers co&duîAs par la garde nationale. Je me souvisms d'^en avoir vu nm pur six mille désarmés, «dépouillés^ nii-pieds, poudreux, Poedl morne et le front pentj^ vers la terre. Us passerait devant Tiortoaii^oà nous étioias en foule arrêtés , sav la terrasse. Une centaine d'officiers Prussiens, Autricliiens x^u B»sses , étaiait en tête , deux à deux, et cet aspect et cette humiliation me reportant vers 4des maux pareils que nos braves aTaient plus d'une îms subis dans les capitales é^angères , je ne pus retenir mes larmes.

tf Yoîlà donc le fruit de tant de combats et le . prix de tant de courage. Les hommes se précipitent les uns sur les autres comme des animaux féroces et puis accablés par le nombre , entourés par la cavalerie, mitrailléspar une artillerie meurtrier».

ils renoncent à la victoire, ils renoncent à laKberté.. La fuite est devenue impossible, et bien tôt comme de vils esclaves, ils vont traverser les cités au milieu d'une populace inquiète» prête à les insulter ou à les plaindre, selon qu'elle tremble ou qu'elfe espère pour elle ou pour ses propres enfî^nts.

« Ces prisonniers stationnèrent sur la place Vendôme et quand ils virent ce monument fait avec les bronzes pris à Austerlitz, à Ulm, à Vienne, je me rappelle qu'ils vomirent des imprécations et qu'ils firent contre nous des vœux qui trop tôt hélas! se devaient réaliser^ J'étais sorti du café et je m'appliquais à suivre les mouvements et les impressions des officiers surtout qui étaient maintenant dans les fers. .Je gémissais sur leur malheur et j'étudiais leur physionomie. Us. montraient plus de dignité à mesura que notre curiosité s'excitait davantage. Honteux de leur position, ils murmuraient contre leurs gardiens et ceux des premiers rangs , qui étaient aussi les plus élevés en grade, auraient voulu voir terminer une existence, qui semblait devoir être désormais vouée à l'opprobre.....

« Ils passèi^ent^ on leur fit prendre le chemin de Versailles et delà Bretagne: d'autres scènes attirèrent notre attention et celle-là fut totalement

( 283 ) oubliée. Nos soldats blessés traversaient à leur tour

les boulevards. On en mettait dans tous les hôpitaux, à Saint l^ouis, à Baujon^ à la Charité et partout. Il y en avait dans les maisons particulières et chacun recevait ceux qu'il connaissait ou même ceux qu'il ne connaissait pas. On en voyait à pied, à cheval, en voiture. Le manteau des dragons était teint de sang j les casques des cuirassiers étaient fracassés; la joued'un grenadier n'était retenue que par un mouchoir qu'on avait noué derrière sa tête et je crois encore avoirdevant les yeux ce petit conscrit plein d'héroïsme, qui sorti à peine de chez sa mère était entré dans la jeune garde. Blessé à Claye, il était sauté sur un âne, et avec une balle à la jambe, il s'en était venu sans quitter son fusil, jusqu'au boulevard bonne nouvelle. Là il tombe, on s'assemble autour de lui, un médecin paraît, c'était Alibert, il se met aussitôt à la besogne, seul, sans aide et avec une dextérité admirable, il extirpe le plomb cruel, panse la blessure avec du linge que de tous côtés on apporte et s'enfuit aussitôt vers Saint Louis où d'au-» très travaux l'attendaient

«( Les dames (i) rentraient à peine chez elles à

( i) A Paris il y a dames et Dames, L^assertioD est trop générale. Il y

l'heure des repas. La plupart dînaieRt chez les restaurateurs et le soir on allait à Fop^a et aux Fraxhçaisy comme si Ton eut été <lans les plus beaux temps de la république. Le 29 au soir^ on donna Iphigénie et ce bel air de la victoire est à nous fut couvert d'applaudissements , j'y étais et l'en sais bien le compte. J'^étais désœuvré comme tant d'autres et quoiqu'assurément fort occupé du sort de mon pays, je n^en allais pas moins avec la foule quêtant les nouvelles; discutant sur les événements, et cherchant tous les genres de dis^traction.

K Si le plus grand nombre des Parisiennes étaient restées , une quantité considérable de femmes toutefois étaient parties. Les rapports des auditeurs au conseil d'état, avaient jeté l'épouvante dans les âmes. Ils disaient que les cosaques faisaient main basse sur les beautés jeunes et vieilles. Les amants où les maris étaient fort empressés de soustraire celles qu'ils aimaient à ce traitement funeste. Toutes les diligences étaient

^n eut et beaucoai» qui ne sortirent point <Ie <^ez eUes ; occupées dc^ tUn^^en d« h patrie etpioi pr^ dé prendie le deuil que dnil4erà Topera (N).

pleîaes^ La poste n'jr suffisait pas. On partait en. bateau, eafouxgoa, à pied,. les routes, étai^at couvertes dja fiagitife etlaNonuaadie, la Touraiise se remplir.eoA.de personnes efiarouchées, qjui allaient chercher un asyle poux leurs diamants ou leur pudeur.

« Cependant le 3o au matin, entre quatre et cinq, heures^ le rappel battit dans tous les. q^artiecs; Ce. rappel équivalait à la générale , et lescoups de fusil, le ronflemeait. des boulets qui se faisait entendre au^loin^ et qui se mêlait au bruit du tambour, fit dresses en ixxl moment, bien des oreilles,

fc JjGi me levai à la hâte", jeLpns mon habit d'uniforme et: je m?en allai chez Tortoni^ car (tétait là le centre de mes. relations et le quartier général d'où partaient tous nos ordres^ C'étaitlàoù.seréu)nissaiwttous les gêna bien informé&^tous. les mer neurs de3' diverses, coUterie&et.sui;^antletQn qjiii dominait prèsi du comptoir,, ou. autonr dapoëU, oi). jugeait du^.parti. que l'onidevaitvprendre;et.du système, qnei Con devaijiadopten

«(Xe.pluSiyBleureux,.à Paris., ne veut pas i!être a cp^tresen&^^et juscpies dansile point. d'Jxomieur,. ouj( r«dout9 le^ridjicule. MaifiTxvtoiû,. cette rài^^ nion deshommes d!élite, se détermina pour la dé«-

fense armée et dès lors il y eut eu de la mauvaise grâce à ne pas se battre comme un carabinier. M'. P* se montra fort bien en cette circonstance, il rassura quelques esprits faibles qui balançaient à se rendre aux points de rendez-vous indiqués et l'élan une fois donné fut imité dans toutes les légions.

«( Cinquante hommes de ma compagnie furent placés à la barrière de l'étoile. J'étais du nombre. Nous étions commandés par M'. Barillon , banquier^ M"", le C** de Thiard était notre lieutenant j M. Carette, négociant distingué, était notre sergent major. Nous avions pour simples grenadiers M', de Girardin, et les deux Hypolite et Gaston d'Audi***. M'. le C*''. de Remusa t, premier chambellan, vint nous inspecter comme chef de bataillon. Quand nous arrivâmes à la barrière, nous y trouvâmes des troupes de ligne qui durent en faire lé service avec nous. Nos pièces de 8 étaient servies par des invalides, qui avaient ou des bras de moins ou des jambes de bois, mais ils n'en montraiebt pas moins d'ardeur et d'adresse.

«Blucher ou plutôt sous ses ordres les généraux Rleist et Yorck s'élancèrent dans la plaine saint Denis et prirent successivement Saint Ouen et Clichy la garenne, tandis que le général Lan-

( ^87 ) geroD montait à Montmartre dont il tourna les tan ons contrôla ville: triste rôle pour un gentilhomme de France !

« Ces mouvements ne s'opéraient pas sans obstacles. Les Russes furent au premier choc renversés et culbutés dans les ravines. Le champ du repos qu'ils voulaient envahir devint leur sépulchre et l'on se disputa quelque temps le sabre à la main, ce dernier asyle de la mort La barrière CHchy devint célèbre parle dévoûment qu'y montra la garde parisienne, que les ennemis prirent plus d^une fois pour la garde impériale. Fitz James périt dans ce faubourg. Ventriloque infortuné, qui ne s'attendait pas, quand il fawsait ses scènes de moines dans l'enclos des capucines, qu'il terminerait cette bouffonne carrière par la lance d'un Italinsky.

« Les plus nobles traits signalèrent cette journée et il faut ici conserver le mot d'un artilleur près d'expirer : ^ils sont tropl »

« En effet nos braves ne cédèrent qu'aux masses et ils ne reculèrent que quand ils furent enveloppés de toutes parts. Deux mille Saxons s'avançaient le long de la Seine. Leurs coureurs pénétraient dans le hameau de La Planchette. On nous avait fait sortir en avant des palissades et ce fut à

notre tour d'entrer en ligne. Plusieurs des nôtres firent preuve d'une rare intrépidité. Le jeune de B*. entr'antres, son fusil en l'air et, badinant avec sou arme comme avec une canne, se porta seul eu avant au milieu des guérets, et se mit à narguer les obusiers ennemis qui étaient en batterie près de la porte Maillot Un colonel prussien luttant avec lui de témérité, mais bien appuyé par derrière, s'avançait à cheval, caracolant et jouant avec un lévrier qu'il faisait courir devant lui.

« Ainsi ce n'est pas assez de la mort qui se présente à vous sous toutes les faces. Il faut encore y joindre la raillerie et accroître à plaisir le péril par une audacieuse imprudence! Il y £(vait au pont deNeuilli quatre vingts vétérans delà vieille garde qui valaient à eux: seuls une armée. Ils avaient barricadé la route avec des charrettes et se retranchant au bas dé Courbevoye sur la rive gauche du fleuve, ils faisaient des feux de peloton qui res- ' semblaient à des pièces de quatre. La décharge partait avec une étonnante précision , et ces vétérans d'un côté', dès invalides de l'autre, puis quelques gardes nationaux au milieu* arrêtèrent pendant long-temps ces Saxons et les Pfiissiens bard'éis d^e fër et chargés de munitions. Us ne pénétrèrent pas ce soir-là dans le bois de Boulogne, et

Passy dans qes premiers moments, fut du moinss préservé du pillage.

«En i8i5 il y eut bien d'autres combats à Nauilly. Les troupes Anglaises et Françaises se portèrent, sur ce point, de rudes coups. Cette fois nos troupes étaient sur la rive droite, et l'ennemi, à qui des traîtres avaient facilité le débouché par S«iint Germain-en-Layç et Nan terre, s'avançait sur la rive gauche. Plusieurs fois les Anglais aidés des Prussiens occupèrent le pont de Neuilly , plusieurs fois ils en furent repoussés. Notre artillerie était formidable et elle fit tout céder devant elle. L'ennemi fut contraint de renoncer au passage et ce ne fut qu'en vertu du traité du 3 juillet que ce poste glorieux fut abandonné aux troupes alliées^ Wellington qui arrivait par Puteauxetle Calvaire, vint établir soii quartier général dans la maison de Sainte James ^ qui appartient aujourd'hui au duc d'Orléans , mais qui était à cette époque habitée par la princesse Borghèse. Lucien s'y était rélugié avec elle pendant le second siège de Paris et tous deux ils n'en partirent qu'après la signature des capitulations.

« Mais revenons à i8i4- Les hostilités, le 3o mars, durent cesser à ciiiq heures du soir. Les Prussiens tirèrent long-temps encore après que ]e

( ^90 ) drapeau' blanc eut été arboré sur le haut de Parc de l'étoile. Pour faire cesser le feu , M. Bar i lion s^en alla en ayant, lui cinquième, avec une cràvatte blancbe au haut d'un fusil. Afin d'arrêter l'effasion du sang, il risqua fort généreusement de faire verser le sien. Car ceux à qui il s'adressait, furieux de la résistance qu ils avaient d'abord éprouvée, ne voulaient pas, dans leur brutalité, reconnaître la paix que leurs souverains avaient consentie.

c( A la fin on s'entendit et même des politesses furent échangées. Car il n'y a rien qui soit plus prompt que ce passage de la colère aveugle aux démonstrations les plus affectueuses: la meilleure intelligence règne tout de suite entre des gens qui s'attaquaient tout à l'heure avec acharnement. On s'aborde les yeux pleins de rage, et l'on^ermine l'entrevue en chantant le verre en main des hymnes à la concorde et au bonheur des nations. Les hommes sont de vraies marionnettes qu'on fait mouvoir à volonté , et ceux qui tiennent les fils sont bien coupables quand, au lieu d'employer ces acteurs à des fêtes et à des danses, ils les engagent dans le désordre des guerres, des ravages, des perfidies et des désolations.

« La nuit du 3o' au 3i mars fut une des plus

.(^90 belles que j'afe vues^ il semblait que le ciel se jouait de nos désastres et restait indifférent à nos revers. Nous passâmes cette nuit sur les ruines d*un moulin et que de réflexions se présentèrent alors à notre esprit!

« Batignoles fumait encore au delà de la barrière du Roule. On valsait dans les cabarets de l'extérieur . Les sentinelles françaises et ennemies étaient en face Fune de l'autre sur l'avenue, deux arbres abattus les séparaient et les patrouilles des différentes nations se heurtaient dans leurs rondes nocturnes. Le pavillon aux trois couleurs n'était pas encore proscrit et il flottait auprès des guidons noirs et verts des soldats du nord. Paris était dans un morne silence. La lune qui en éclairait les édifices leur donnait une teinte mélancolique, qui jamais ne convint mieux à sa * situation.

«c Le roi Joseph était parti. L'impératrice l'avait précédé et les ministres, à l'exception du prince Talley rand étaient à Blois bien embarrassés de leur contenance. Chacun avait emmené avec lui quelques uns de ses commis fidèles. De petits personnages, qui firent à quelque temps de là grand bruit de leur amour pour la cause royale, étaient sur les bords de la Loire, fulminant des arrêtés coijftre les Bourbons et semant le pays de

circulaires où l'on cherchait à couvrir par la fori^nterie des paroles , la pusillanimité des actions.

« Paris pouvait être sauvé. Les alliés devaient échouer sous ses murs. Il ne faUait pour cela qu'une résolution forte de la part de ceux qui y commandaient. Ils avaient les moyens d^échaufier la population. Uélite de cette population était armée et quoiqu'on eut fait pour que (par maladresse ou par trahison) «lie n'eut pas disponible la fqrce qu'elle aurait . pu présenter, elle pouvait offrir encore de suffisantes ressources, et sans armes même, par se& seules démonstrations , elle aurait arrêté un e&nemi qui avait sur ses derrières Napoléon et ses guerriers.

(( Mais le soil en était jeté et le mal sans remède j et tout moyen de salut, inutile ou paralysé. Tout fléchissait à la fois. To\}S les liens se rompaient, toutes les idées se tournaient vers de nouvelles combinaisons. L'empereur était déjà pi*es<qu'oublié, les ministres du blésois étaient tournés ^^ ridicule (i) et la capitale humiliée, n'atten^ 4 ait plus que ses vainqueurs.

■*IÉ*l<ll

( i) Le ministère en fuite était en afict toarné eu ridicnle , et le mé • ritait, parée quUl devait subir le sort commun, ^ais il j a de l'exagératton dans lés antrèl d'étail% ift «UHOnt dàd» 'N#(>tbe àe tStêâffR^vm Supposé It récit. Ils sont anticipes

i< il fallait voir cette grande cité, le matin dû Si mars. Les troupes Françaises n'y e'taient plus, les étrangers n'y étaient pas encore. Elle était veuve de ses défenseurs et elle allait accueillir ses ennemis. Livrée aellc-môme, sans chefs, sans police, elle garda une attitude sombre jusqu'à 8 ou 9 heures. Les rues étaient solitairesj ceux qui serencontraientsur les placespubliques, s'abordaient sans se parler.

ic Vers dix heures on ^fit apparaître (Juelqués petits groupes ànœuds de rubansqui eurent assez peu de succès* A midi vinrent apleins boulevards les empereurs et les rois alliés avec leur état-major, suivis de soixante mille hommes de gardes a cheval et à pied et d'un immense train d'artillerie.

a J'étais à la porte Montmartre, appuyé sur la croupe d'un cheval blanc, et attendant que le passage fût libre pour gagner le faubourg Saint- Denis. Quels sentiments pénibles et afiieux se pressaient dans mon âme, et quels regards sinistres lançaient autour d'eux quelques autres gardes nationaux qui étaient près de moi dans la foule^ sur la haie ! Paris vaincu, Paris livré , Paris ouvert a l'ennemi ! La victoire arrachée a nos armes^ nos conquêtes perdues, nos trésors pillés, nos monuments détruits ^motre gloire décolorée!...

(^94) «Voyez CCS femmes cependant qui s'agitent aul fenêtres. Elles crient : viV^ Alexandre ! et les nobles iraiis de son visage deviennent le sujet de l'entretien de tous les salons de la bonne société. J'allai chez B*... trois de ses frères avaient fait les dernières campagnes : l'un avait été emporté par un boulet à léna; l'autre avait perdu la cuisse a Wagram; le troisième était dans quelque chaumière blessé et prisonnier. Malgré cela B* est dans la joie , et dans sa maison tout le monde est paré comme un jour de noces.

«De quel côté se retourner? où fuir, où se cacher? celte ville n'est plus a nous* cette cqcarde n'est plus la nôtre. Nos vieux bulletins sont déchirés : nosmœursvontêtre boule versées. Je suis né dans la nouvelle France^^ je ne connais que son langage, et il faut que je refasse mon éducation, que j'efFace de ma mémoire tous les principes qu'on y avait gravés. Il y a un vocabulaire nouveau qu'il faut que j'étudie pour y être souffert, pour n'être pas exilé (i).

(( Les modes, les titres, les façons de Tancien régime renaissent tout-a-coup de leurs cendres; des gens que je ne connais pas , dont je n'ai ja-

(i] « L'auteur , né avec la révolutioa , exprime les seolioieiite, «u'il éprouvait alors et qui ont fait place à d^autres. »

mais ouï parler 9 se placent au de^aat de moi décorés d'ordres, de cordons^ et m'étalànt des brêh vêts pour des grades militaires gagnés dans le mystère des sociétés secrètes. Ceux que j'avais cru nos amis> étaient nos eanemis. Toutes les manœuvres étaient dévoilées. On faisait parade de sa fourberie j on disait effrontément /ai été parjure ^ fai menti y fat épié les côtés faibles pour y enfoncer le poignard..,^

fc Maubreuid déjeunait au milieu de nous. Il ^vait accroché sa croix d'honneur à la bride de son cheval et il bravait le mépris qu'il pouvait liredans tous les yeux. Provoqué rudement» il allait plus loin affidier un« conduite qui a été plus tard dignement récompensée..

« M^ le marquis» de S* se- mit à la^tête de quelques fous qui voulaient fake sauter à terre la star tue de Napoléon. C'était le plus bel ouvrage du sculpteur Chaudot. Elle avait été fondue ea bronze et elle pesait douze ou treize milliers. O scia les pieds et avec des cables on voulait la faire rouler par terre. La place-Vendôoie était remplie de spectateurs qui haussaient les épaules ou qui applaudissaient, selon l'opinion qu'ils professaient. Mais l'opération fut masquée. L'empereur tint bon ou du moins sa figure et ce fut un pouvoir trèssur

(=»96) balterne qui^ interyenant dans cette affaire, prit des mesures pour que FenlèveiDent eut lieu sans scandale et que les derniers de\^oirs fussent rendus à cette image d'un homme que chacun pou-« vait iugo' diversement, mais qui ne méritait pas d'être traité ayec tant d'indignité.

« Cette figure,disait l'un, m'a étédonnée pour m'indemniser des frais de descente. INon, s'écriait un autre, elle esta moi et elle m'est due pour d'anciens comptes que j'ai à régler avec le gouvernement C'était une proie que chacun prétendait dévorer. Slucher en voulait faire des canons; Sacken ta demandait pour orner son palais; elle fut soustraite à toutes ces avidités et plus tard , au lieu de l'abandonner à cette rage ennemie, on la fit fondre pour entrer dans la composition de la figare de Henri IV. On imita les premiers habitants de l'Inde orientale, qui au rapport de Marco Pauk), le célèbre voyageur Vénitien, mettaient en pièces , faisaient bouillir et mangeaient leurs pa-. rents et leurs amis morts, plutôt que de les laisser souiller ou ronger par les vers.

* Un papier écrit à la raaiîa , fut colié avec des pains à cacheter sur un arbre en face du café Hardy. 11 cotttèuftit les titres de S. A. R. Monseigneur le côfnfted'Artois, frère du roi, lieutenant gé-

( 297 ) ^évs\ du royaume. Ce fut le premier avis d'une autorité protectrice pour succéder à celle de Napoléon. Le procès-verbal du corps de la ville fut iinprimé et parut ensuite. On répandit au même instant la fameuse brochure de M. de Châteaubriand, de Bonaparte et des Bourbons* Elle était composée d'avance. M. N*ne s'était pas ar^ rangé avec l'auteur pour la publication. Les frères M*^ s'en chargèrent et encoururent le risque. Vingt fois ils suspendirent le travail, vingt fois le noble écrivain fut sur le point d^ retirer son maïiuscrit j il y avait des chevaux sellés pour décamper avec les Russes, si l'empereur revenant de Fontjainebleau eût reparu soudain dans Paris. Mais enfin la chance se détermina pour la cause de la r:oyauté. L'impérialisme s'éclipsa , et par ordonnance du 4 avril les emblèmes, les insignes, les couleurs naguères en faveur, furent déclarées anti-françaises.

H Je note légèrement ces choses et je n'ose donner de l'importance a des événements qui sont déjà si loin de nous. Les hommes qui agissaient alors et réglaient la marche des affaires ont fait place à d'autres , qui déjà eux-mêmes sont* remplacés. Les générations de ministres et de conseillers se succèdent rapidement chez nous, et

(«98) 4ans ces familles du pouvoir , nous voyons en 1824 les arrière-pelits-lils et petits-neveux de ceux qui éblouissaient nos regards en 181 4-

(c Le baron P* qui e'tait pre'fét de police; le comte B* qui était commissaire de l'intérieur ; le prince de *** qui maniait toutes ces intrigues de Cliàtillon et de S*-Ouen j le duc de R* dont le nom devenait proverbe dans les régiments; le baron de V** qui au sortir de faire sa barbe , dans la cliambremême oûdepuis estaccoucliée S. A. R, madame laduchesse de Berry, allaient présenter à la signature de monsieur le programme de la fête de l'entrée du roi; tous ces grands seigneurs de la restauration et cent autres avec eux sont en vain cherchés par moi sûr la scène du monde : ils n'y sont plus, ils ont perdu leur peine , et après la bourrasque passée, leur zèle a été remercié et leur aptitude mise au rebut (i),

(( O vanité de nos calculs ! ô caprice de nos destinées! quels pas ont été faits depuis dix ans ! et qui aurait cruquç ces porte-feuilles reconquissur lot roture au nom de la noblesse , par un million de

(i) Icil'àulcur s^a^eniiire un peu j il confoniMî^serwe H Rebut.

bayoniiettes, le seraient au profit de la société de Montrouge !

a Quoi I c'était pour un semblable résultat que l'auteur du génie du christianisme prenait la plume et qu'employait son éloquence un évêque diplomate et rusél ».

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