‹ Suite au mémorial de Sainte-Hélène, ou, Observations critiques, anecdotes inédites pour servir de supplément et de correctif a cet ouvrageChapitre 17 sur 33 · GOUVERNEMENT IMPÉRIAL · texte numérisé non relu

GOUVERNEMENT IMPÉRIAL

I^ Journal et notes sur ce qui s^est passé de secret dans la commission extraordinaire du corps législatifs en décembre i8i3 et janner 1814. (J^oyez page 3o de ce volume.^

19 Décembre.

OuvERTUREducorps législatif. — Discours de rempereur. — Annonce de la communication au corps législatif par Fintermédiaire d'une comiùission ^ de toutes les pièces originales du porte-feuille des affaires étrangères.

Ce discours détruit les bruits relatifs à la dictature, aux sous-dictateurs, etc.

11 excite plus de curiosité ,. qu'il ne donne d^espoir de paix.

20 Décembre.

Décret qui ordonne la formation de la conrmi»sion.

2 1 Décembre.^

M. Regnault de Saint Jean d'Angeljr apporte le décret

Il parle aTec éloge de la déclaration des puissances en date du premier décembre, il doiuie de» espérances de paix» ( i )

(1) Mais du reste il ajoute : entourée de débris, la Fraooe lè^e une » tête encore menaçante. Elle était menus puissante, moins forte, moin» » riehe, moins léccdde en ressources en 1 79a ,. quand ses levées eu » mauie déli?rérent la Champagne !^ en Tan sept quand la bataille de » Zurich arrêta une nouvelle invasion de tottte TEuropeK^-en Pan huit » quand la tiutailte de Marcngo ackera de sauver la patrie !.. » Le baron F. qui cite ce disoours dans ses mémoires fait la réflexion sui- Tante: Napoléon tenait dans ses mains les mêmes ressorts^ y mais ilsf atf aient perdu leur trempe républicaine.

22 Décembre.

Distribution de ce discours avec suppression des passages relatifs à la déclaration des puissan-

ces et aux espérances de paix. >__ Etonnement

Plaintes.

a5 Décembre.

Lettre dans laqitelle on regarde comme authentique la déclaration des puissances Nomination

de la commission. Liste distribuée, hommes

plus que dévoués au gouvernement. Méfiances— Assurances contraires.l-L^E mpereur désire , dans ia commissioB, des hommes indépendants — Il y verrait avec peine un homme d'ailleurs recom^ mandable mais beau frère d^un de ^f^% ministres ( M. Faget de Baure , ancien avocat général à

Pau.) Importance attachée à la commission. Par

elle, peut-être, on pourra rendre la paix et un

peu de liberté à la France. — Listes écartées

Choix dirigés sur des hommes d'un caractère vrai et indépendant, d^une condition privée, adonnés à rétude , aux lettres et aux lois. — On élit MM. Rajrnouarddu Var,Lainé de la Gironde, Flaugergues de FAveyron , le Gallois , Maine

(394) de.Biran de la Dordogne — Annonce d'une couk mission semblable dans le sénat — ^M. de Fontanes rapporteur, (i)

24 Décembre.

Les cinq membres de la commission se réunis-

(1) C'était le goayenicmeDt qai demandait la fonnaftion d^une coinmissiouetilayait tort, dau» son propre système. Puisqu'il ayait commencé par marcher seul, il fallait qu^il continuât de même. Ces communications tardives, incomplètes firent plus de mal c[ue de bien. Ces concessions annoncèrent de la faiblesse, parcequ^ellea ne semblèrent pu faites de bonne foi; elles ne le furent pas du moins sans une répugnance très yisiblf. Elles amenèrent des résistances, et bientôt elles furent suivies d^une mutuelle aigreur qui finit par causer une «apture toUle.

Un an auparavant il avait été question entre de«ï députés de demander an corps législatif un comité secret où Ton eut tenté de faire ce qui ne fut exécaté que 'plus tard. L\u!i de ces députés parlait avec chaleur des mairx du pays et des moyens d^y apporter r«niède; TautEe-, plus calme, jugea que le moment n^était pas venu. On ajourna toute disoussiou. Quand la commission fut formée en décembre 181 3, les deux députés se trouvèrent en être membres. Après le dépouillement du scrutin, se rencontrent entre deux portes, ils se prirent la main et Tun dit il rautre:« Vous souvenez vousd^il y a un an ?.. — Oui, sans « doute il m^en souvient ... — Eh bien ! voilk le moment. — Sans tarder « il faut donc agir, -* A la vie et k la mort ... »

Lk dessus on se sépare. L^un entre dans la salle d^assemblée; Pautre fMisse dans la salle des conférences, et tons deux acceptent la mission délicate et périlleuse qui. venait de leur âtre confiée.

sent dans une des salles du corps législatif, le matin. — La confiance s'établit entr'eux, des vœux communs s'expriment: Donner la paix à la nation: réclamer une partie de ses droits.

Un huissier annonce le président (duc de Massa). — ^ On se promet attention et réserve jusqu'après examen de la communication. — A midi, séance chez l'aTchichancQUer , M. Regnault et un conseiller d'état présents. Ce dernier lit une analyse des pièces. Idée dominante de son travail: déclarer à la nation que l'empereur accepte les conditions des puissances, et l'encourager à tous

les sacrifices Lecture des pièces au nombre de

neuf:

i". Notes des ministres de France et d'Autiiehe qui remontent aux 1 3 et 24 avril.

2°. Discours du régent au parlement d'Angleterre en date du 5 novembre. « Il n'est, dit ce » prince, ni dans les intentions de S. M. ni dans » celles des puissances alliées, de demander à la » France aucune concession qui puisse être in- » compatible avec son honneur et ses justes » droits. »

y. Papiers et documents de la négociation actuelle, savoir:

Bases générales et sommaires sur lesquelles

(396) on peut négocier, apportées en France par un de nos ministres en Allemagne, témoin d'un entretien entre les ministres d'Autriche, de Russie et d'Angleterre ( cette pièce n'est pas communicpiée à la commission) (i).

Réponse de M. le duc de Bassano, en date du i6 novembre, à cette communication du ministre 4Ï Autriche : « Une paix fondée sur la base de l'indépendance générale des nations, est l'objet

« des desseins et de la politique de Fempereur. »

Proposition d'un congrès à Manheim:

Réponse du ministre d^Autriche en date du 25 novembre : « Les principes énoncée dans la lettre » du i6, quoique généralement partagés par tous » les gouvernements, ne peuvent tenir Ceu de » bases. » Mais LL. MM. IL et le roi de Prusse sont prêts à négocier, dès-que Fempereur des Français aura admis les bizses générales et sommaires (2},

(i) CetU pièce et toates celles de k négociation pKmière inrent imprimëes dans un moniteur qui devait paraUn le 20 janiF^ier , mais qui fut supprimé.

Ces piéœs se retrouyeat dans les méowires des contemporaitis , deuxihmelwraison, (Bossange).

(2) Les salons de Paris accusèrent le duc de Bassano de oes lenteurs qui avMenlfatt perdre le mois de novembre. Ou aficcfùt de dcsesp»-

Réplique du 2 décembre de M. le duc de Yicence : « En rappelant les principes généraux )) de la lettre du 16, il annonce que Fempereiir n adhère aux bases proposées^ qu'elles entraînent » la France à de grands sacrifices , mais qu'elle les » fait sans regret à la paix d/e l'Europe. »

Réponse du ministre d'Autriche en date du i o décembre. « LI^. MM. ont reconnu avec satisfac- » tion que l'empereur avait adopté des bases essen- » tieUes du rétablissement de l'équilibre et de la » tranquillité de FEurope. » -^ Elles Vont communiquer cette pièce à leurs alliés et elles ne doutent pas que les négociations ne puissent s'oayrir après leur réponse.

^\ Gazette de Francfort publiée pendant cette correspondance et contenant une déclaration des

rer da saocég de tonte BëgcMiiatioa tant cpe ce ministre resterait aux affaires étrangères. Ceci tenait k des intrigues qui commençaient ii agiter la hante société et <pii n^enrent c[ue trop d^influenoe sur les éyénenmts de x8i 4 «••-• Napoléon n'ignore pas qne c^est contre sa personne que se dirigent les censnres qui semblent ne s^adresser qa% son ministre. Mais... il cède .m et par cette concession faite an retour de la confiance, il prélode aoat eoneesnons plus importantes qn^il reut faire k la paoifi. cation générale.. Il rappelle le dac deBatsano k la secrétairerie d^état ... G^est le duc de Vicence que ^empereur de Russie et Temperenr d^Âutriche semblent demander pour négociateur. Cest k lui qne Napoléon confie le porle^emlle des rdattotts extérieures. (Baron F.)

(398) puissances, en date du premier décembre, relative au passage :

« Les souverains alliés désirent que la France » soit grande^ forte et heureuse, parceque la puisït sance française grande et forte attend des bases « fondamentales de Tédifice social. Ils désirent » que la France soit heureuse, que le commerce » Français renaisse^ que les arts, ces bien&its de » la paix, refleurissent parce qu'un grand peuple n ne saurait être tranquille, qu'autant qu'il est » heureux. Les puissances confirment à l'empire » Français une étendue de territoire que n'a jamais D connue la France sous ses rois^ parce qu'une naît tion valeureuse ne déchoit pas pour avoir à son » tour éprouvé des revers, dans une lutte opinia- » tre et sanglante, où elle a combattu avec son » intrépidité accoutumée. »

Les commissaires s'attendaient à trouver un plus grand nombre de pièces et à recevoir plus de détails.

L'archichancelier expose ce qui s'est passé dans la commission du sénat M. de Fontanes jr avait lu les bases de son rapport : -« Rendre témoignage des dispositions pacifiques de l'empereur, et porter les Français à tous les sacrifices. La commission doit se réunir chez lui le 26 pour entendre le rapport.

M Raynouard peint les désordres et le découragementdesprbvinces (i), demande qu'on éclaire sur ce point l'empereur: « Nous devons requérir « S. M. de défendre les peuples. »

M. Laine dit que les plaintes sont accessoires, que le but est la paix , qu'il faut pour l'obtenir une grande impulsion, et que le corps législatif tend à rendre la guerre nationale si la paix est refusée.

Résultat: montrer aux puissances dans un rapport, que la nation et son chef sont inséparables^ à la France, qu'elle ne combattra plus que pour la paix et la patrie.

25 Décembre.

Longue discussion.

On reconnait (2) que cette communication a quelque chose de la confidence que Louis XIV fit à ses peuples des démarches faites pour obtenir la paix^ qu'il s'agit dans l'intention du gouvernement, de prouver au peuple la volonté de sacrifier

(i) Un ami particalier de M. R'*'. s^écriait : « Dans cette peinture il » fat sublime!... »

(a) Ce fat M. R. qui le fit remarquer.

( 4oo)

à la pak pour en obtenir des sacrifices, qu'il importe dans le but, de rassurer TEurope contre les conquêtes de la France, contre Toppression; mais qu'avant tout il faut relever le corps législatif dans Fopinion; écouter les députés disposés à faire entendre les cris des peuples pour la paix et contre l'oppression et dans ce but, mêler à son rapport,

quelques doléances M. Rajrnouard est chargé

de coUiger les idées communes.

26 Décembre,

M. Rajnouard n'avait pas eu le temps de donner au résumé le tour et l'étendue nécessaires. La discussion est reprise.

Un membre la résume (M Laine), il est cbargé du rapport.

2 y Décembre,

Le rapport est lu en présence du président — Corrections et suppressions. Regrets desrédacteurs dans la partie la plus propre à relever l'espit des peuples. — Espoir que les mêmes idées se reproduiront dans l'assemblée générale.

On convient d'abord que le projet sera refondu

le 28 et lu le 29 chez l'archicKancelier. Les ment, bres de la commission descendent dans la salie. Ils annoncent le résultat. -^Inexprimable impatience de leurs collègues. Anxiété des députés sur la cession des départements réunis sur les départements exposés à Pinvasion. -^ Questions sur les bases— ^ Accusations: « ils se sont aussi laissés séduire etc. »

La commission Èe l'éunit Le l'apport ^ra i*ëvu pour le lendemain. Le président demande une heure à rarchichancelier. Il y Consent — Heure prise pour le 28 à midi

28 Décembre.

La commission se féunit y à onze heures dans Une des salles du corps législatif.

Observations du président Légères corrections.

A midi, conférence chez l'archichancelier eii présence des conseillet's d'état.

Première lecture sans désapprobation.

Seconde lecture — Discussion détaillée.

Déclaration de l'empereur à la nation sur Tacceptation des bases générales et sommaires : Approuvée en elle-même DiflScultés sur les termes'

et sur les limites^ 26

La commission voulait que l'empereur exprimât la pensée de défendre le territoire qu'il avait juré de pro léger quand le sceptre fut remis en ses vaillantes mains. • — M. Regnault trouve que c'est exclure Gênes et le Piémont.

On supprime tout ce qui restreint la faculté d'étendre ou de resserrer dans les négociations l'échelle des limites.

Le rapport ajoutait: « Mais ce n'est pas assez tf pour ranimer le peuple lui mêma » G)rame transition aux mesures intérieures. Un membre de la commission propose de dire : « Mais ce n'est peut-être pas assez. » — M. Regnault se lève et dit avec chaleur : « Ne mettez point de peutétre^ etc.

La lecture est continuée — Mais on réclame contre l'expression des vœux tendant à obtenir un peu de liberté; à montrer aux provinces que les voix de leurs députés s'élevaient en faveur de leurs droits et contre les actes arbitraires.

Les conseillers d'état trouvent que ces vœux montrent aux puissances la nation mécontenté et divisée d'avec son chef

L'archichancelier achève de disposer au sacrifice de ces choses particulières. — Un membre le remplace par le vœu général : Que S. M. soit sup-

« pliée de maintenir Teulièj'e et constante exécuw tion des lois favorables à la liberté civile et paie blique. >i^

La phrase fut rédigée sur le buréaa de Farchichancelier. — S. A. dit alors: « Au surplus» si «f vous croyez de votre devoir d'en agir autrecr ment , le gouvernement entend vous laisser « libres. »

Les membres de la commission crurent lire dans les yeux de Farchichancelier et des conseillers d'état « que leurs consciences étaient ravies « de trouver un porte voix pour faire entendre les « premiers accents de paix et de vérité. »

On se quitte avec une mutuelle satisfaction. M. D**** conseiller d'état prit à part M» Lainé, dans l'embrasure de la fenêtre et lui demanda la suppression d'une phrase, dans l'analyse des pièces diplomatiques , dont la publication lui paraissait dangereuse. M. Laine croit pouvoir la promettre et de son propre mouvement il efiace la phrase. Avant d'être lu à la tribune, le rapport est relu à la commission. Celle-ci s'aperçoit delà suppression et demande que la phrase soit rétablie. Toutes les corrections adoptées dans la conférence sont d'ailleurs faites et maintenues^

A trois heures, lecture au corps législatif*.

Satisfaction générale. Impatience calmée. Exagérations.

Questions d'ordre — Discussion tout de suite Fera-t-on uni seconde lecture — Imprimera-t-on?

Renvoi au lendemain.

Rapports inexacts au gouvernement — Chaleur de la séance. — Dispositions séditieuses.

Ministres, Sénateurs, Conseillers d'état menacent les députés. On leur recommande concert et modération. Méfiance des membres de la commis* sion et leur désir de célébrité (i).

M. D**, conseiller d'état £ait écri|:e au rapporteur qui répond : « Je vous laisse à juger si un €( seul membre de la commission peut se rendre « chez un conseiller d'état 'f ». M. D*** répond qu'il sera charmé de trouver chez M. le rapporteur plusieurs de ses ooUégues. — Il y vient II lui remet une note écrite qu'il développe de vive voix. — Cette note était en partie relative aux doléances supprimées la veille. M. Laine le lui fait observer et lui annonce qu'il soumettra la note à ses collègues. — La note est lue à la commission: par déférence pour M. D*** mais non sans peine

(i) Propos rapporte & M . L. par madame de Cbat«nai«

on acquiesce à supprimer: i*. Dans l'analyse des pièces, la phrase dont la publicité lui semblait dangereuse^ 2^ à la fin du rapport un passage où se trouvent les mots de gémissements des peu* pies.

29 Décembre.

Le rapport est relu. ' .

Les suppressions sont remarquées et déplaisepit à plusieurs membres. La discussion d'ailleurs est calme et prolongée. On vote sur l'impression. Un petit nombre la rejette. Et l'autre l'adopte avec des suppressions. La majorité paraît la vouloii* en entier. La délibération est légalement renvoyée au lendemain sur cette simple question: Imprimera-t-on le rapport, oui ou non ?

30 Décembre,

Le corps législatif va aux voix sur l'impression. Elle est arrêtée à la majorité de deux cent vingt trois voix contre cinquante une. On nomme la commission pour rédiger l'adresse. Le président annonce que la séance s'ouvrira le lendemain à onze heures. — Il prévient les députés de la troi-

stème série que leurs pouvoirs étaient continués de droit pour le mois de janvier, puisque la session était commencée* — Le rapport est remis à un des secrétaires et transcrit dans le registre des procès-verbaux. — Il est ensuite donné à l'impression. A neuf heures et demie du soir on apporte les épreuves au rapporteur. On lui donne avis en même temps qu'un agent de police est à l'imprimerie mais qu'on ne lui donnera un exemplaire du rapport que sur l'ordre du ministre. — L*ordre est donné. — Le ministre croit voir dans le rapport, des projets de sédition, etc. — Il court chez l'empereur qui l'arrête. , — Un conseil privé est convoqué. On y décide le renvoi du corps législatif.

Cependant les membres de la commission se réunissent pour poser les bases de l'adresse. Ils conviennent.

« I «. Qu'on fera une adresse bonne à publier dans laquelle on dirait: « Plutôt la guerre qu'une m honteuse paix. »

a'*. Qu'on déposerait particuHèrement dans les mfains de l'empereuï le cahier des doléances, pour y faire droit à la paix. «^ Chacun des membres de Ja commission doity travailler la nuit

3 1 Décembre.

A midi les membres delà commission allaient se réunir pour fondre leurs idées particulières.

On leur remet individuellement à chacun un billet de la part de M. le ministre de la police générale pour se rendre à l'instant près de lui.

Ils se rendent d'abord à la salle de la commission« Ils veulent aller conférer de cette invitation avec les membresducorpslégislatif qu'ilscroyaient en la séance. Ils trouvent la porte de la salle fermée , des affiches annoncent qu'il n'y aura pas de séance. On l'avait annoncé aux membres à mesure qu'ils se présentaient Un des membres delà commission (M. riaugergnes) propose de ne point se rendre auprès du ministre, (i) Les autres observent que l'invitation est individuelle, qu'il faut éviter l'ombre d'un tort, et le prétexte d'une censure de rigueur. On convient d'aller au ministère sans costume. Quelques-uns y vont en bottes. Ils annoncent formellement au ministre qu'ils viennent comme simples particuliers. Il leur demande assez brus*

(i) M* FUugergnei se couchait pas chez lui dcpniB oa tamulte.

quemeot leurs noms et quand le rapporteur eut

dit le siçn.

fc Comment se fait-il, monsieur, que toute la ^ malveillance prononce votre nom pour signe do tf ralliement? »

, fc Je ne peux croire, monseigneur, que le

fc nom assez ohseur d'un homme privé et laborieu:^ « ait pu tout à coup acquérir cette importance. »

. « Tous les rapports de police vous signalent

« à moi, et, quand on écrit comme vous, ce n^est « point innocemment que les partis s'emparent de «( votre nom,

, ce Monseignepr, ma conscience me parle plus

« haut que vous» j»

( Le ministre se radoucit )

« Je vous estime tous à part. Je ferais volontiers « ma société de. chacun de vous, mais en corps « vous ètesi dangereux. L'empereur est courroucé.

Longue allocutiou de squ excellence; entr'auires choses il dit:

«Yous^TQzvoulusinger Rassemblée constituante « Je ne sais pas ce que Fempereur fer^ du corps « législatif, mais comme il a besoin d'être à la tête (c de ses armées il ne peut vous laisser là.... vous « le détrôneriez. Vous avez outré votre mission ^ ^ Est-cçbîen lorsqu'il y. a un Bourb^on à çHeva.l

« qu'il fallait dire tout cela 7 L'empereur a dit? « Eh bien ! si les Français veulent faire une transac* « tion avec les Bourbons qu'ils la fassent Mais (c je sais mon devoir. Il y aura encore des batailles « d'Ivry, Vous avez eu tort de croire que les puis^ « sances étrangères voulaient la paix de bonne « foi. L'empereur de Russie a bu de l'essence de « laurier, il est ivre de gloire. Il n'y a pas dans tout « l'empire de Russie plus de 600,000 hommes qui <c méritent ce nox/k. Tous les autres sont des ins- « truments de guerre. Il j a long-temps qu' Alexan- « dre rêve son entrée en France. Il m'a dit à moi «c même: Le faible de la France est du côté * de la Suisse et Von peut pénétrer à Beff sancon, »

Conversations particulières avec chacun des membres. Un d'eux lui dit: « H est bien étonnant, que le rapport excite tant de rumeur , il a été ap* prouvé par divers conseillers de S. M.

Le ministre rejette la faute sur eux.

Fïouslui dîmes: <c Au reste y monseigneur^ noui& « avions annoncé que si on ne nous laissait pas « faire un rapport digne du corps législatif, nous « n'en ferions pas du tout. »

Puis le ministre se tournant vers le rapporleur.

— ¥ Où voule^vous donc en venir? (i).

— «r C'est à la commission et au corps lé^latif à répondre. Quant à moi^ monseigneur, (jui partage leur opinion , j'avais eu la folie d'espérer de concourir à sauver ma patrie^ nous nous disions: Une déclaration digne d'un grand monarque peut d'une part faire faire halte aux armées ennemies et de l'autre lever une nouvelle armée de Français pour conquérir la paix.

— « Vous ne voulez rien de plus!

— « Je voua demande pardon, monseigneur, la commission espérait de la grandeur de S.. M. qu'elle tendrait la main pour relever une nation trop prosternée f elle a pensé que plus les sujets sont grands, plus les souverains sont élevés.

— ce Gela se fera à la paix , il faut à présent réunir les efforts. Des princes, voyez vous bien, sacrifieraient la gloire nationale et se contenteraient du royaume d'Aquitaine. Vous êtes tous estima^

(i)Le ministre n^anrait pasea besoin de fiiîre cette qoestioa s^ «Tait pa a?oir connaissance d^nne chanson qai^ composée par un député , était déjà toute prête k être jetée dans le public en cas de soulé- Tement.

Les chansons jouent toujours un rote dans notre histoire, et il n^^ a y point de bonne révolution sans elles.

(4iO

bleSy Fempereur vous croit en particulier de fort braves gens. Mais il est à propos de vous sépa*

Cependant Fempereur s'occupait au conseil d'état du rapport de la commission et rendait un décret pour le renvoi du corps législatif, motivé sur l'expiration des pouvoirs de la troisième série, qu'il avait fait déclarer coùtinuée et réélue.

I*' Janvier i8i4«

Avis inséré an moniteur portant que malgré le décret de la veille, les députés seront reçus le premier janvier aux Tuileries.

Une grande partie s'jr rend.

L'empereur leur fait une vive mercuriale dans laquelle on a remarqué les idées suivantes: « Je « vous avais appelés pour me donner des consolafc tions et vous m'avez abreuvé d'amertume. Oui, « l'advçrsité a pesé sur moi, mais elle ne m'acca- « blera pas. Il fallait me faire vos observation£J,il « y a quatre mois ( i ). Sans doute j'ai de l'orgueil

(i) Cp n'est pAK qn^îl les eut mîeiii reçues, maîa il y aurait eu plot de courage, quoiqu'on n'en ait pas manqué.

« et )e m'en glorifie L^esprit de légèreté a sont-

« fié sar lecorps législatiE — Que sont devenus tes « Yei^iaud et les Guadet? ils sont morts. Cest ir aujourd'hui M. Laine' qui veut les remplacer; ir un factieux qui s'est fait nommer à toutes les <r commissions; un traître qui est en correspon- « dance avec l'Angleterre par l'intermédiaire de K l'avocat de Sèze: j'en ai la preuve. Il ne fait « qu'une analyse sèche et artificieuse des pièces ir diplomatiques... C'est un méchant homme. — (c Les onze douzièmes du corps législatif sont anic( mes d'un bon esprit II y en a un douzième de flc très mauvais. J'en ferai surveiller les membres. « S'ils bronchent je les ferai punir d'une manière « terrible. J'aurais mieux aimé perdre deux baie tailles. Vous m'avez barbouillé la figure.... — « Il y avait dans cette commission un Raynouard « calomniateur d'un homme , l'une des premières « colonnes de l'empire. Pt Vt-il pas osé dire que le ff maréchal Masséna avait volé dans un hôtel des

tf serviettes et des couverts Au reste je ne suis

« pas un de ces hommes qu'on déshonore. Je suis » « de ces hommes qu'on tue , et j e suis encore assez « puissant pour n'être pas méchant Si les Fran- . « çais veulent transiger avec les Bourbons, ils en <r sont les maîtres*.. Mais je fais mon devoir. — ..

Cela dit, Fempereur est allé à la messe.

Après la messe rencontrant encore quelques députés, il leur dit: « Je y pus ai bien grondés au'^ fc jourd'hui. Il faut que )e dise tout ce qui me «c passe par la tête et ensuite je suis sans rancune.»

M. Laine est instruit de cette sortie vers qua^ tre heures.

On lui conseille d'aller à Tempereur.

Il croit d'abord le pouvoir, et après réflexion, ne le trouve pas convenable.

2 Janvier.

M. Laine écrit au ministre de la police. ^ — Il établit d'abord qu'il n'est ni un factieux ni un traître ni un méchant homme. Il le prie d'ordonner de son sort « Dois- je rester ou retourner « dans ma famille que je ne voulais pas quitter. »

Il rencontre la voiture du ministre, fait signe d'arrêter, ouvre la portière, lui remet la lettre en disant: « J'attends vos ordres, j»

— Je vous les ferai connaître , nous nous re^ verrons.

5 Janvier.

Un agent de police invite M. Laine à se rendre

au ministère Le ministre le reçoit avec cordialité. < Vous pouvez vous en aller, dit-il, et sans lui rien ordonner il lui fait entendre nettement quUl convenait (ju'il profitât de la permission le plutôt possible»

4 Janvier.

M. Laine devait partir. Il écrit au ministre à midi qu'il diffère son départ jusqu'au lendemain à 6 heures du matin.

Explications de M. Laine avec M. D**** en présence de M. Maine de Biran. M. D**** avait dit à plusieurs personnes notamment au sénateur GoTu udet que M. Laine n^avait pas présenté ses observations à la commission, et qu'il avait mis de la fausseté dans ses relations avec lui.

M. Laine lui rappelle les faits, lui montre le brouillon du rapport, indique M. Maine de Biran qui confirme les assertions de son collègue.

M. D**** regarde le brouillon, écoute M. de Biran et paraît persuadé qu'il a mis trop de précipitation dans ce qu'il a dit.

5 Janvier.

Départ de M. Laine. « M. le sénateur Cornudet

S » envoyé en mission es:traordiiiaire dans la onziè-

i » me division militaire , avait fait entendre qu'il

» ne convenait pas que M. Laine arrivât avant » lui. Il resta deux jours à Orléans, avant de sV » cheminer vers Bordeaux, où il ne s'est arrêté » que quelques heures pour de là se rendre dans » son domicile à Sauvade où il est arrivé le i4 » janvier » (i).

(i)On lit dans ^histoire de i8i4 par M. De Beauchamp : « Depais le mois de mars i8i3 une coafédération royaliste s^ëtait » organisée au centre de la France. Les dacs de Duras, de la Tr<'- » mouille et de Fitz James, MM. de PolignacFerrand, Adrien de » Montmorency, Sosthène de La Rochefoucauld, de Ses-Maisons,et M Larochejaquelain en étaient Pâme. On se réunissait au chàtenu »d^Ussé. Le préfet de Nantes lui même était de ces conciliabules..., » M. Tassard de Saint Germain était k Bordeaux, à la tête d^une asso- » ciation composée d^un grand nombre de personnes de toutes les clas- » ses.... Le comte Lynch en novembre i8i3 avait fait un voyage k Paris* » Après s*être concerté avec M. Labarthe,il était reparti plein de la « ferme volonté de servir le roi... Depuis long- temps cette secrète in- » tention germait dans son coeur (il était maire de Bordeaux )m.. Le » député Laine lié avec le comte de Lynch ayait reçu ses oonfidenees » et partageait ses projets.,..

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