‹ Suite au mémorial de Sainte-Hélène, ou, Observations critiques, anecdotes inédites pour servir de supplément et de correctif a cet ouvrageChapitre 3 sur 33 · LA DÉFENSE DE PARIS · texte numérisé non relu

LA DÉFENSE DE PARIS

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L'histoire n'offre peut-etfô dans aucun temps ^ une époque plus intéressante. Jamais spectacle plus imposant ne frappa les regards de Tobseryateur. Il s'agit de la chute presque instantanée^tant elle fut rapide, du pouvoir le plus colossal qui jamais ait existé»

Un heureux hasard a mis à notre disposition des matériaux authentiques sur cet événement Us consistent dans le journal d^in personnage que ses talents ) son instruction, l'activité de son esprit, l'étendue de ses aperçus, la facilité de son tra-

yail, la beauté de son caractère, eussent incontes* tablement placé dans un rang plus élevé que celui dans lequel il s'est tenu, sans une trop grande modestie, le goût de l'étude et Tamour des sciences: obstacles peu communs dont il ne faut pas se plaindre. . .

19 Octobre— 19 Décembre.

Exposé de la situation de la France au moment de TinvasioD.

« Le désastre de Leipsick ne laissait à Fempereur que des débris d'armée qui suffisaient à peine pour assurer sa retraite. Il se détermina à marclier par Er f urt sur Mayence , renversa devant Hanau, les corps Autricbiens et Bavarois qui vouloient lui couper la retraite, et le 2 novembre il repassa à Cassel le Rhin qu'il ne devait plus franchir.

« Les armées victorieuses des alliés séparaient l'empereur des corps d'armée qu'il avait laissés à Dresde et Hambourg et de cette foule de garnisons qu'il avait jetées dans les places depuis Erfurt jusqu'à Dantzig. Il n'était plus temps d'évacuer ces lignes de forteresses qu'il ménageait comme

(3) àes points d^appui dans un retour offensif: objet constant des batailles qu'il avait données sous Dresde et sous Leipsick. Quand il eut renoncé à garder ritalie et regardé Tinvasion du midi comme moins périlleuse cpe celle du nord^ les détache, ments qu'il en pouvait tirer n'eussent olSfert qu'un secours tardif contre une invasion immédiate, et les seules ressources qu'il eut sous la main ne consistaient que dans les restes de son armée.

« L'empereur se hâte de les organiser. II requiert la garde nationale, pour suppléer ou seconder les garnisons et rendre les troupes de ligne disponibles.

« Trois corps d'armée se forment à Strasbourg Mayence et Cologne, sous les ordres des ducs deBellune, de Raguse,et de Taren te, et défendent, du moins en apparence, la ligne du Rhin entre la Suisse et la Hollande. Le général Bertrand tient encore en avant de Cassel les hauteurs de la rive droite, et le duc de Valmy va prendre à Metz, sous le nom de réserçes le commandement des dépôts. Cette organisation et le péril d'une attaque immédiate eussent exigé sur le Rhin la présence du chef de l'armée, mais de plus grands soins et d'autres périls peut-être à prévenir, ap-

pelaient à Paris le chef de l'état Le 7 novembre, il signe le travail de l'armée, part le 8 deMajence et le 9 il couche à S^ Cloud.

« Cependant les Alliés se rapprochaient du Rhin, et Favant-garde que l'empereur avait laissée en avant de Cassel, sous les ordres du général Bertrand , est bientôt rejetée dans Mayence. Elle y augmente l'encombrement Les troupes, les ambulances, les équipages y âont entassés ries germes du typhus se développent et cette funeste épidémie vient encore affaiblir l'armée.

« Les alliés de leur côté sont forcés de garder au centre de l'Allemagne des corps en état de réduire ou de contenir les corps d'armée du prince d'Eckmûlh et du maréchal Saint-Cyr. Le reste de leurs armées vient prendre des cantonnements sur la rive droite du Rhin,' tandis que les souverains délibèrent sur la suite des opérations.

« Le désastre deLeipsick,en achevant de soustraire l'Allemagne à la domination de l'empereur Napoléon, donnait un libre essor à tous les ressentiments qu'elle avait ei^cités. Les peuples, et sous le nom de Lan d ver h, la partie de cette population récemment appelée à l'armée , aspirait à rejeter sur la France les maux de la guerre dont

(5) l'Allemagne était depuis si long-temps accablée. Les troupes souhaitèrent la vie abondante et licencieuse qu'elles trouvent en pays ennemi. Les souverains ne trouvaient que dans l'afiaiblissement de la France, le gage de Findépendance européenne : soit quHl fut possible de réduire Fem* pire aux anciennes limites du royaume, soit qu'on put, du moins, lé contenir dans les anciennes limites que donnaient aux Gaules le Rhin , les Alpes et les Pyrénées. Enfin dans cet intérêt général, Pintérêt de chaque puissance avait sans doute aussi ses combinaisons.

« En reculant vers la France les limites de PAllemagne, l'Autriche et la Prusse pouvaient laisser à la Russief et peut-être à la Suède des établissements plus solides dans le nord de l'Allemagne. Si le Hanovre à recouvrer n'était aux yeux des Angloîs qu'un intérêt particulier de la maison régnante, l'Angleterre trouvait, à tenir la balance entre tous les intérêts, le moyen d'assurer, parmi tant de combinaisons, la prépondérance de sa marine et la prospérité de son commerce.

«Mais pour atteindre ce but , il fallait ôterà l'empereur Napoléon le temps de se faire une armée et de développer les ressources de la France. Il importait surtout de lui ravir la première de

ces ressources en séparant sa cause de la cause publique. Les alliés résolurent donc tous ensemble, d'envahir la France dans une campagne d'hiver y mais de ne marcher à travers Fempire que contre l'empereur , et de le mettre par les négociations, dans l'alternative de sacrifier à la paix sa puissance ou son orgueil, ou de se rendre odieux à la France , en la sacrifiant elle-même à ses intérêts ou à ses passions.

« Tandis que les ministres profitaient, pour engager les négociations, d'un incident sur lequel nous aurons occasion de revenir, les généraux d'armée discutaient sous les jeux des souverains le plan d'invasion , et se décidaient parmi plusieurs projets à pénétrer dans la France , à ti^avers les chaînes du Jura, des Vosges et des Hundsruck, pour se réunir dans le bassin de la Seine, vers les sources de la Seine et de la Marne, pour n'avoir plus qu'à suivre jusqu'à Paris que le cours même des rivières qui s'y réunissent,

« Paris cependant était frappé coup sur coup des désastres de l'armée. Le moniteur publiait le a8 octobre les malheurs de Leipsict j le 5 novembre, sous le nom de victoire, un combat glorieux mais sanglant et qui sacrifiait encore une parlie de

(7) notre faible armée au salut du reste. Des lettres particulières apprenaient à démêler sous les couleurs officielles la faiblesse et Paccablement des troupes, la désorganisation du matériel, le désordre de l'administration, l'impossibilité nou> seulement de tenir encore un point de la rive droite, mais de garder la gauche, si Pennemi, au lieu de préparer une grande invasion, faisait de suite une incursion sur nos frontières.

«r Enfin le moniteur du 8 et un bulletin des lois du même jour, publient un décret daté de Gotha le 2 5 octobre, qui convoque pour le 2 décembre la session du corps législatif, et cette date même en rapprochant la mesure du désastre de Leipsick, annonce assez que ce corps est desûxké, en votant les impôts, à consacrer des sacrifices moins que celui des hommes, mais pour lesquels le sénat ne suffît point encore.

« C'est au milieu des vives impressions que produisent ces nouvelles que le moniteur du lo annonce à la fois la nouvelle organisation que l'empereur ^ient de donner à l'armée, son départ de Mayence et sou arrivée à Saint-Cloud. Cette arrivée excite des sentiments divers , les uns le blâment dans un si grand péril d'avoir quitté Ja frontière et l'armée: les autres l'approuvent

(8) d*avoir avant tout ressaisi les rênes du gouverne^ ment. Mais parmi ces derniers, les opinions se divisent : les partisans du pouvoir absolu ne voient de salut que dans la dictature. D'autres pensent que Napoléon ne peut se sauver avec la France qu'en liant la cause publique avec la sienne, ni réunir ces deux causes qu'en sacrifiant un peu de son ambition à la paix, un peu du pouvoir arbi* traire à la liberté publique.

ff L'empereur Napoléon instruit dès long-temps par sa double p(dicede ces vœux émis jusque dans les cercles de sa cour, de seâ ministres et de ses conseillers, était trop habile encore pour ne rien donner à l'opinion, et pour ne pas essayer d'en tirer les ressources qu'avec tant d'art et de succès, il en avait obtenues avant d'avoir décelé dans l'extension de mesure de son empire , des vues étrangères et funestes à la prospérité de l'ancienne France. Mais en remettant ce qu'il veut faire à cet égard à la session prochaine du corps législatif, il applique aux mesures du gouvernement son ordinaire activité. C'est pour lui tout à la fois un moyen de hâter ces mesures et d'agir jsur l'opinion par les journaux qui les annoncent. Dès le lendemain de son arrivée, il réunit et préside le conseil de ses ministres, et un conseil des

(9) Iiiitances. Le lendemain 1 1 il assemble un conseil d'administration de la guerre; le conseil d'état lui succède et à ces délibérations celles d'un conseil privé.

«. On délibère dans le conseil d'état et l'empereur signe de suite le décret du 1 1 novembre, qui ajoute trente centimes aux contributions foncières, des portes, fenêtres et patentes, et deux décimes par kilogramme au prix du sel. On y discute, pour être soumis au sénat, une nouvelle levée de3oo, ooo hommes et des mesures dont l'objet est de proroger pour la session prochaine du corps législatif, les pouvoirs de la 4** série qui expirent au I*'. janvier i8i4» d'appeler en corps le sénat et le conseil d'état à l'ouverture et aux séances impériales du corps législatif et de supprimer dans le choix du président les listes de candidats, pour en déférer à l'empereur seul le choix libre et absolu.

tf Mais le conseil d'état n'était pas seulement pour l'empereur , un moyen de consulter des hommes vieillis dans l'étude et la pratique des affaires ou de la législation. Dans ces nombreuses séances auxquelles étaient appelés les conseillers d'état, les maîtres des requêtes, et une partie des auditeurs, l'empereur agissait sur l'o-.

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pinion, soit en justifiant les mesures actuelles, soît en préparant celles qu'il méditait, par de longues et souvent par d'habiles excursions, dans lesquelles la vivacité des traits et l'originalité des expressions rachetaient ce qui manquait de pureté au langage et ce que l'accent avait d'étranger. Le secret juré de ces délibérations ne servait à se& jeux qu'à donner du crédit aux indiscrétions qu'il permettait, aux dépens des auditeurs, à de graves personnages, dont il faisait souvent à leur insçu les organes et les défenseurs de ses volontés. Ce fut dans ce but qu'il se fit avant la séance présenter le conseil d'état, et que dans une allocution préparée, il leur fit, comme à des interprètes indirects de ses pensées, un appel au patriotisme des Français pour défendre l'indépendance et l'intégrité du territoire. Mais dans cette allocution, comme dans la séance, il ne fut question que des sacrifices à leur demander. Un silence absolu fut gardé sur les sacrifices à faire à la paix et à la liberté publique. Ceux des membres du conseil que la faveur n'aveuglait pas, et ceux qui avec moins de faveur conservaient plus d'indépendance, revinrent tristement à Paris, en se communiquant leurs réflexions: « Le malheur, disaient-ils, ne l'a « point changé: il ne renonce à rien j il ne recon-

ir naît de limites nécessaires ou naturelles» ni au 1" pouvoir de l'empereur, ni au territoire de Pem- « pire. La France périra par Pempereur , s'il ne ff se perd ayant qu'elle ait perdu tout moyen de «( salut. »

ic Cependant l'empereur hâte l'exécution de ses mesures; et les trois sénatus-consultes, discutés le II dans le conseil d'état, portés le 12 au sénat, votés et promulgués le i 4» sont publiés le .17 avec les discours des orateurs du gouvernement et les rapports faits au sénat par les commissions.

tf Le premier des sénatus-consultes met à la disposition du ministre de la guerre, trois cent mille conscrits ^vis sur les classes de i8i4 et des années antérieures jusques et compris l'an XI: la moitié complétera les corps, et le reste formera « des armées de réserve à Bordeaux, Metz, « Turin, Utrecht, et dans tous les autres points où « elles seront nécessaires pour garantir l'inviolatf bilité du territoire de l'empire »: mais déjà ce territoire est violé, etle préambule du sénatus-consulte annonce: « que l'ennemi a envahi les fron- « tières de l'empire du côté des Pyrénées et du « nord; quecellesduRhin et au delà des Alpessont « menacées ». Déjà le sénatus-consulte du g octo-

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bre, provoqué par les pertes de Parmée devant Dresde ) avait livré cent soixante mille conscrits sur la classe de i8i5 et cent vingt mille sur les classes de i8i4 et des années antérieures. Mais les restes de ces classes n^étaient plus tels que les avaient laissés les anciennes levées. Trois sénatusconsultes des 1 1 janvier, 3 avril et ^4 août dernier, avaient appelé sur ces dépôts, outre la classe de i8i49 les cent quatre vingt mille hommes du i"^. ban de la garde nationale, les dix mille gardes d'honneur et trente mille hommes destinés à renforcer l'armée d'Espagne. Le nouveau sénatusconsulte , étendait jusques et compris l'an XI, c'est-à-dire sur !e second ban de 1^ garde nationale, une levée que l'appel du i*'. ban limitait à 1 809.

« Les sénatus-consultes des 9 octobre et i5 novembre aUaient donc demander cinq cent quarante mille conscrits tant de la classe anticipée de 181 5 que des classes épuisées ou réduites par d'ancien- ' nés ou récentes levées; et les dispositions des nouveaux départements aux approches de l'invasion , annonçaient assez qu'il ne fallait compter que sur l'ancienne France. Le public cherchait du moins dans les discours des orateurs du gouvernement et des rapporteurs du sénat, si de si grands sacri.

iices seraient employés non à défendre ou reconquérir les limites démesurées de Fempire, mais à rendre à la France avec la paix ses frontik'es naturelles qui, bien ayant le consulat, avaient fondé sur des bases étendues mais raisonnables sa force et sa stabilité. Mais on cherche en vain dans les discours animés de Torateur du gouvernement quelque chose de positif sur le but et sur le terme des sacrifices qu'il y demande aux vieux Français: jusqu'où faut-il, se demande-t-on , avant d'avoir la paix, que nous ayons éloigné et rejeté l'ennemi loin de notre territoire ?

« Les deux autres sénatus-consultes consacrent des mesures politiques d'un moindre intérêt en ap^ parence , mais qui révèlent aussi les pensées secrètes de l'empereur. En prolongeant pour la prochaine session du corps législatif, les pouvoirs delà 4* série, il craint dans la réunion des collèges électoraux , l'effçrvescence des esprits, et le choix des nouveaux députés semble lui promettre plus de résistance que de soumission. C'est pour honorer des corps plus soumis qu'il appelle aux séances impériales de cette assemblée le sénat et le conseil d'état tout entier. C'est pour être plus maître encore de ses délibérations qu'il veut que rien ne le gêne dans le choix de l'homme qui doit

y présider. On sourit du motif puisé dans lanéce^ sitéde mettre à la tête du corpsiégislatif, un homme versé dans l'étiquette du palais: mais la mesure en elle-^même excite du mouvement et ramène dans les esprits de fâcheux souvenirs, k ]N'est-ce pas assez, « s'écrie-t-ron , des prisons d'état, des commissions « militaires, et de l'atteinte portée à la liberté civile « dans le sénatus-consulte du 28 août dernier. a Quand le jury même est frappé dans ses bases; ff quand l'arbitraire attaque ou mine sourdement « les institutions civiles: n'est-ce pas nous ra- <c vir jusques à l'ombre de nos institutions politi- « ques que d'écarter comme un embarras du pouce voir une liste de candidats formée jusqu'ici par flc un corps sans action et sans voix. »

tf. C'est en vain que le sénat donne des hommes et rend plus facile encore le vote des contributions, il est impossible d'attendre ce vote légal. Les impôts décrétés le 1 1 novembre sont mis en recoùvfement: un décret du 16 affecte une portion de leur produit au payement des réquisitions faites pour l'approvisionnement des places fortes, les subsistances, les remontes, les transports et autres services matériels de la guerre. Mais un décret du 27 restreint cette application aux créaiv ces admises par un bureau spécial de liquidation

et lui prescrit de prendre pour base de son travail 5 non la valeur factice que les circonstances donnent aux denrées et objets requis , mais leur valeur réelle que le décret laisse à Parbitraire de l'administration.

« L'exécution de ces mesures et quelques autres considérations amènent un changement remarquable dans le ministère et dans les grandes charges de l'administration ou du palais. Le comte Mole cède au baron Costaz la direction générale des ponts «t chaussées, et remplace au ministère de là justice le duc de Massa appelé à la présidence du corps législatif. Le duc de Vicence reçoit le porte-feuille des relations extérieurs, le ■ducde Bassano revient à la secrétairerie d'état, et le comte Daru succède dans l'administration de la guerre au comte de Cessac qui reprend au conseil d'état la présidence de la section de la guerre. "Le maréchal duc d'Albuféra devient un des colonels généraux de la garde impériale, et le général comte Bertrand vient comme grand maréchal du palais occuper une place où personne encore n'avait été jugé digne ou capable de remplacer Duroc De nouvelles décorations accordées à des généraux distingués, tels que les comtes Régnier et Maison semblent destinées à ramener l'émulation

dans Pannée et de nouveaux chambellans, patml lesquels on remarque le baron de Montmorency et le comte delaRiboissière,montrentquerempereur poursuit au milieu des plus grands soins ses yues sur l'éclat de sa cour et la fusion des deux noblesses. « Mais il cherche en même temps à captiver l'opinion des classes inférieures. Il visite les monuments publics, résultats de son règne, si ce n'est plus glorieux, du moins plus utiles et plus durables que ses conquêtes. Mais jusques dans sa cour on trouve un peu d'affectation dans le choix des lieux qu'il a^ parcourus et une exagération mala^ droite dans les acclamations maladroites et les si-* gnes de joie dont le moniteur est l'écho.

« Le moniteur publie le rapport du maréchal Saint-Cyr sur la défense de Dresde et la convention du 1 1 novembre , qui donne à la France un espoir trop-tôt déçu, de voir concourir à sa défense ce corps d'armée, ses braves généraux et son illustre chef On se ûatte trop-tôt de voir une de nos frontières confiée à ce guerrier consommé dans la science du terrain et dans les combinaisons savantes et difficiles de la guerre défensive. L'ennemi craint trop ce que la France espère et des difficultés imprévues aboutissent pour le maréchal et ses compagnons d^armes à une captivité qui les enlève àla patrie.

v Un décret du premier décembre proroge jusqu'au 19 Pôuverture de la session du corps législatif. Et le jnoniteur du lendemain publie le programme (Pune fête, celle du 5 , anniversaire du couronnement de l'empereur. Cette fête est célébrée sans éclat et le conipte en est comme le programme ^ simple et tel que le prescrivent les circonstances. En effet la surprise de Neuss, annonce que la frontière du Rhin n'est plus intacte et les efforts du duc de Wellington sur la Nive donnent lieu de craindre que le duc de Dalmatie ne soit bientôt forcé d'abandonnerBayonne et de chercher derrière TAdour un autre point d'appuL Cette artnée ne s^alimente que par des réquisitions et tout annonce qu'elles seront l'unique ressource de la guerre. L'empereur s'efforce de les régulariser. Le conseil d'état rejette un projet compliqué qui donnait droit de plainte aux livranciers contre les gardes-magasins et rendait ceux-ci justiciables d'une cour prévôtalej il y substitue et l'empereur adopte un projet d'après lequel un commissaire du préfet recevra les réquisitions, délivrera les récépissés et protégera les particuliers contreles vexations des gardes-magasins. D'autres mesures tendent à réprimer d'autres abus. On diminue les équipages, on réduit le nombre des personnes à la suite de

Varmée et les femmes des généraux ou officiers qui avaient suivi leurs maiis en Allemagne reçoivent ordre de quitter les cantonnements.

« La nécessité d'approvisionner les places de guerre en palissades et en blindages 9 détermine le ministre de la guerre à présenter un projet de décret, qui autoriserait de requérir le bois dans les forêts des particuliers, quand les forêts nationales seraient trop éloignées des places. Mais le projet éprouve dans le conseil d'état de vives oppositions. On représente et l'empereur adhère à cet avis que cette mesure générale répandra sans nécessité des inquiétudes parmi les propriétaires et que le décret proposé ne donnera pas plus de force au gouvernement que ne lui en donne le décret du 24 décembre 181 1 , qui autorise le ministre de la guerre et les gouverneurs mêmes à faire toutes les réquisitions locales nécessaires à la défense des places menacées d'un siège.

« Mais l'empereur cherche principalement à rendre les troupes et les nouvelles levées disponibles pour la guerre de campagne et cherche dans la garde nationale le moyen de les remplacer pour la garde des places et ]^ maintien de la tranquillité publique. Bien avant que le désastre de Leipsick lui eut donné la France même à défen-

(»9) ^le, les sénatus-consultes et décrets des 3 et 5 avril 1 8 1 3 avaient pour la défense des frontières de l'ouest et du sud et spécialement pour celle des chantiers de marine groupé les départements de ces frontières en six grands arrondissements, dans chacun desquels des sénateurs avaient été chargés d'organiser des cohortes de gardes nationales jusqu'à concurrence d^une force de quinze à trente mille hommes, et de former des contingents d'activité,4jui dans chacun devaient être de mille cinq cents à cinq mille grenadiers ou chasseurs, susceptibles d'un senrice de campagne et réunis ou prêts à se porter sur les points menacés. Le décret du 5 avril avait en outre créé trente sept cohortes urbaines pour la défonse spéciale des places maritimes, un décret du 17 décembre, long-temps délibéré dans le conseil d'état, étend cette mesure aur autres places de guerre et aux villes de l'intérieur et porte a près de cent soixante mille hommes la force des gardes urbaines appelées à seconder ou suppléer les garnisons.

« Tandis que l'empereur préparait ainsi la guerre, il négociait avec les alliés et les négociations étaient, du moins en partie, la cause de la prorogation du corps législatif, sous les yeux duquel, il était utile à sa politique qu'il put établir par quelques résultats la sincérité de ses efforts

pour la paix. Le hasard avait ouvert ces négocia* tions.

« Le baron de S^ Aignan, un des ministres de Fenipereur près des! cours d'Allemagne ^ arrêté comme prisonnier y réclamait près du prince de Metternich contre cette infraction du droit des gens.

« Dans ses entrevues il reçut du prince de Metternich, du comte de Nesselrode et de lord Aberdea des ouvertures faites comme une sorte dé réponse à celles dont Tempereur Napoléon av^t chargé M. de Merfeld, lorsqu'il l'avait renvoyé sur parole. Sur le rapport de M. de SS AL gnan le duc de Bassano, dans une lettre du i6 novembre au comte de Metternich, propose l'ouverture d'un congrès à Manheim pour y discuter la paix « Sur la base de l'indépendance de toutes « les nations, tant sous le point de vue continental «( que sous le point de vue maritime, j» Le comte de Metternich dans une lettre du 25 novembre répond que ce principe un peu vague ne peut remplacer les bases générales et sommaires données à M. de S*. Aignan, savoir: la France tess^rée dans ses limites naturelles entre le Rhin , les Alpes et les Pyrénéesj l'Espagne sous son ancienne dynastie j l'Italie, l'Allemagne, la Hollande

rétablies comme états indépendants de la France et de toute puissance prépondérante.

« Le duc de Y icence , réplique le a décembre que l'empereur adhère à ces bases générales et sommaires, et sous la date du lo, le prince de Metternicfa annonce que les souverains, réunis à Francfort, ont reconnu avec satisfaction que « S. « M. Vempereur des Français avait adopté des « bases essentielles au rétablissement d'un état € d'équilibre et à la tranquillité future de l'Eu. « rope. » Qu'en voulant que « cette note fut porte tée sans délai à la connaissance de leurs alliés, € ils ne doutaient point qu'après la réception des « réponses^ les négociations ne pussent s'ouvrir».

« Cette réponse suspendait les négocialîons, mais eUe était un gage que l'empereur pouvait donner de ses intentions pour le rétablissement de la paix. Kien ne l'obligeait donc à différer davantage l'ouverture du corps législatif. 11 lui importait d'ailleurs et le discours d'ouverture lui en offrait le moyen, de combattre indirectement la déclaration des alliés datée de Francfort le 2 décembre et publiée dans le cours même de ces négociations.

a I] exposé desmotifs ^àvL sénatus-consulte du i5 septembre sur la levée de trois cent mille hom-

mes, avait peint kous les plus fortes couleurs les ré-^ sultats de riuvasion: « La Pologne avilie, parta- « gée, détruite, opprimée est une leçon terrible et « vivante pour la France ^ menacée par les mêmes « puissances qui se sont disputé les lambeaux tf de la monarchie Polonaise. » Le rapporteur de la commission avait aussi rappelé ces mots de l'impératrice au sénat dans la séance du 7 octobre: « Je connais mieux que personne ce que nos peu- « pies auraient à redouter s^ils se laissaient jamais » vaincre. ;» Soit que ces mots parussent aux puissances, ou que la politique leur conseillât d'y yoÎT y nue provocation; « elles se trouvent appe- « lées à promulguer à la face du monde les vues « qui les guident dans la présente guerre, les prin- « cipes qui font la base de leur conduite^ leurs « vœux et leurs déterminations. » En conséquence les souverains alliés y proclament ce Çu^ils ne iijbnt point la guerre à la France^ quûils désice rent que la France soit grande, forte et heu-- <c reusCj que le commerce y renaisse; que les arts « y refleurissent; que son territoire conserve une « étendue qu'elle n'a jamais connue sous ses rois j « parcequela puissance Française grande et forte, K est en Europe une des bases fondamentales de l'é- « difice social; parce qu'un grand peuple ne sau-

« rait être tranquille qu'autant qu'il est heureux ; fc parce qu'une nation valeureuse ne déchoit pas « pour avoir à son tour éprouvé des revers dans ff une lutte opiniâtre et sanglante, où elle a corn- « battu avec son audace accoutumée. C^est à l'em- « péreur seul qu'ils font la guerre ou plutôt à cette « prépandéBance qu'il a trop long-temps exercée « hors des limites de son empire pour le malheur « de PEurope et de la France. » Ainsi tout dans cette déclaration tendait à séparer les causes de la France et de l'empereur.

19 Décemb. i8i5.— 9 Janv. i8i4.

« Le corps législatif se réunit le 19 décembre. Le séoaïy siège avec le conseil d'état; le discours de l'empereur y produit sur les députés et sur le public des impressions diverses. La censure y cherche à blâmer jusqu'aux expressions: onyre* prend ces mots d* éclatantes victoires qui le commencent sans préparation et ces défections sans exemple dont trop d'exemples se montrent dans rhistoire. On demande s'il n^a jamais été même à Moscou séduit par la prospérité. Il a, dit-on, élevé des trônes pour des rois qui les abandonnaient ! Pourquoi les élevait-il ? Et qu*imporlaient

ces trônes à la France ? Comment veut-il d'ailleurs qu'ils restent ses alliés, quand il ne peut plus^les défendre ? Sans doute les emprunts consument V avenir et le papier monnaje est lejléau des sociétés, mais quel mérite y a-t-ilde renoncer aux emprunts quand on a détruit le crédit; au papier monnaye quand on n'a plus de gages à oiTrir pour en retarder du moins le discrédit ou la chute ? Mais au milieu de ces censures plus ou moins graves, on remarque avec intérêt les passages où il annonce que des négociations onte^é en-tamées avec les puissances ^ qu'il adhère aux bases préliminaires qu'elles ont présentées; que les retards apportés au congrès de Manheim ne sont, pas attribués à la France ^qn^enûn^ rien ne s^ oppose de sa part au rétablissement de la paix^ qu'il sait tout ce que la paix ajoute à la sé^ curité des trônes et au bonheur des familles. On applaudit à la communication qu'il doit faire au corps législatif, par l'intermédiaire d'une commission, de toutes les pièces originales qui se trouvent au porte-feuille des relations extérieures» On convient que les nations ne traitent avec sécurité qu'en déployant toutes leurs forces. Et les sacrifices ne coûteront rien à la France, lorsqu'ils auront la paix pour objet. '

« L'effet de ce discours fut d'affaiblir l'impressiou qu'avaient produite la déclaration des puissances, dont quelques copies commençaient à circuler et des bruits sur un projet de Fempereur de se faire déclarer dictateur et d'établir des sous^iotateurs/dans les divisions militaires. Ces bruits étaient inexacts, mais produits par un autre projet La dictature ne pouvait que donner un autre ncmi au pouvoir absolu qu'exerçait de fait l'em« pereur: mais il voulait avoir en effet des espèces de sous-dictateurs dans les divisions militaires. C'était le but d'un projet de décret qui fut publié le 26 décembre. Des sénateurs etdes conseillers d'état, sous le titre de commissaires extraordinaires, furent investis de la baute administration, de la baute police et du droit terrible de créer des commissions militaires. Mais leur mission fut bornée aux mesures nécessaires à la défense du territoire. Ce but, le choix du moment où le corps législatif était encore tout plein de l'espoir debâter la paix et d'obtenir quelques garanties contre le pouvoir arbitraire, mais surtout le choix des hommes que des liens nombreux n'attachaient pas moins à la société qu'au gouvernement, diminua l'effroi qu'avait causé d'abord la mesure; et le décret, quand il parut ne fit espérer ni craindre, Péner-

gie 9 OU rextravagance des représentants en missf o n.

« Un premier décret ajoute aux espérances qu'avait données le discours d'ouverture. Il crée dans le sénat et dans le corps législatif, la commission destinée à recevoir la communication des pièces diplomatiques; elle est composée, dans chacun des corps, du président et de cinq autres membres nommés chacun par un scrutin séparé, à la majorité absolue des voix. Ce décret est porté le fendemain au sénat et au corps législatif.

H Un des orateurs envoyés au corps législatif y retrace dans un discours mesuré, les guerres qui se sont succédé depuis 1792 j y défend la France du reproche d'agression j y développe les espérances de paix, et les puise dans la déclaration même des alliés,dontil cite les expressions favorables à la France. Mais ce discours ne paraît dans le moniteur du lendemain, qu'affaibli, tronqué, sans couleur. Les dispositions de l'empereur à la paix y sont peintes en traits moins prononcés. Le passage du discours relatif à la déclaration des puissances a disparu. La défiance renaît parmi les députés au milieu des plaintes et des murmures. Cette défiance influe sur le choix des commissaires. On rejette les listes qui circulent et qui portent le. nom d'hommes placés dans la dépendance du gouverne-

(^7) ment. On accueillie avec empressement les assiH rances données par quelques députés que l'empereur ne veut point d'hommes à lui dans la commission et désire même qu'on exclue un député^ d'ailleurs estimé de la chambre, (M. Faget de Baure ), parce qu'il est le beau-frère d'un miiiistre ( le comte Daru ).

« Le plus grand nombre s'accorde dans les con* férenoes, à choisir des hommes indépendants, sans place 9 pris dans les professions libres , qui n'aient point marqué dans les partis contraires de la révolution , d'un caractère toutefois et d'un mérite assez reconnu pour voir et proposer ce qui pourra contribuer à la paix et alléger pour la France le joug du pouvoir arbitraire. Les choix sont faits dans cet esprit 9 et tombent sur MM. Rajnouard ,' Laine Flaugergues, Le Gallois, et Maine de Biran. Une semblable commission se forme avec moins d'efforts dans le sénat et le choix désigne pour la former, avec le président, MM. de Fontanes, de Taleyrand, de Saint Marsan et de Beurnonvilleet la commission désigne immédiatement M. de Fontanes pour rapporteur. Le rapport est adopté le 27 par le sénat. Il offre le tableau des négociations, il en tire l'induction que l'empereur veut la paix, mais qu'il faut pour l'obtenir l'aider dans

la guerre; il tend en définitive à porter les peuv pies à tous les sacrifices en prouvant qu^ils auront la paix pour but et pour résultat

ce Mais le rapport au corps législatif est l'objet d'une longue discussion chez Farcbichancelier entre la commission et les commissaires du gouvernement. On s'accorde enfin, et le rapport est fait dans la séance du 28 décembre.

« Tout en communiquant à la commission les pièces diplomatiques, on lui avait caché les bases générales et sommaires. Il importait que ces bases fussent secrètes pour ne pas décourager les habitants des pays qu'on devait abandonner et que nos armées occupaient encore. Le motif avait paru plausible à la commission, qm d'ailleurs avait trouvé dans la dernière lettre du prince de Metternich un gage irrécusable dç l'adhésion de l'empereur aux bases ^e ies alliés eux-mêmes avaient posées. En présentant le résultat des communications qu'elle avait reçues, la commission^ comme celle du sénat insistait sur la nécessité de préparer la guerre pour avoir la paix : mais elle contenait de plus le vœu que l'empereur opposât à la déclaration des puissances une déclaration propre à désabuser la France et l'Europe du projet qu'on lui prêtait de vouloir conser-

(>9) ver un territoire trop étendu ou une prépondérance contraire à l'indépendance des nations. « Mais, ajoutait la commission » ce n'est pas pour « ranimer le peuple lui-même et le mettre en état « de défense, c'est, d'après les lois, au gouverne* « ment à proposer les moyens qu'il croira les plus cr prompts et les plus sûrs your repousser l'en- « nemi et asseoir la paix sur des bases durables. « Ces moyens seront efficaces, si les Français sont ne convaincus que leur sang ne sera versé que «pour défendre une patrie et des lois proteC' « trices iaidiis ces mots consolateurs de paix et de « patrie retentiraient en vain, si Von ne garantit « les institutions qui promettent les bienfaits de «f l'une et de l'autre. »

« Il parait donc indispensable à votre commis- « sion, qu'en même temps que le gouvernement « proposera les mesures les plus promptes pour la « sûreté de l'état, S. M. soit suppliée de maintenir <c l'entière et constante exécution des lois, qui gaie rantissent aux Français les droits de la liberté, <c de la sûretéi de la propriété, et à la nation le « libre exercice de ces droits politiques. »

« C'était surtout cette fin du rapport, qui avait été l'objet de longues discussions de la commission avec les commissaires du gouvernement. Les

tléputés avaient insisté sur la nécessité où était le corps législatif de défendre en ces gi*andes circons* tances les libertés publiques, soit pour recouvrer quelqu'ascendant sur Topinion , soit pour réunir les causes delà France et de l'empereur et lui assurer dans les sacrifices de tous genres qu'il était forcé d'exiger ,1e concours d€touteslesvolontés.L'archi-. chancelier, le duc de Massa, les commissaires du gouvernement avaient reconnu la justesse de ces motifs et ne s'étaient plus occupés qu'à ôter du rapport les expressions qui eussent montré l'empereur comme un tyran. C'était ainsi qu'en substituant dans le dernier paragraphe le mot de maintenir k celui de réprimer , ils avaient essayé de rejeter sur les agents du pouvoir, les torts et les maux de l'arbitraire.

ce Ce rapport remplit son but dans le corps législatif. Il y calma les députés impatients des lenteurs de ia commission ^'^ et qui déjà l'accusaient de s'être laissé gagner par le gouvernement. Après de vifs débats, l'impression du rapport est votée à la majorité de 2 2 3, voix contre 3i.0n

(i) Nous donneroDs h la fin de ce volume, un journal curieux de Tun des membres de cette oommissiou. On y trouvera des particularité s trèsintéressantes.

charge le rapporteur de préparer Fadresse. Mais le duc de Rovigo, ministre de la police, se faitr émettre une épreuve du rapport et la porte à l'empereur: tout change à Tinstant. Les commissaires du gouvernement sont taxés de faiblesse, ceux du corps législatif sont traités de factieux, les portes de la salle des séances sont fermées aux députés dans la matinée du 3o décembre. L'empereur convoque le 3i son conseil d'état. 11 y parle avec amertume du rapport comme d'une œuvre séditieuse. II accuse les députés de vouloir rétablir les maximes de 1793. «Veut-on, s'écrie-t-il , rétablir la (c souveraineté du peuple, eh bien! si le peuple est « souverain, je me ferai peuple, car je veux être là « où est la souveraineté. » On propose en même temps et Tempereur, sans discussion, adopte le décret qui ajourne le corps législatif, par le motif que les pouvoirs de la troisième série expirent au premier janvier. On saisit ce prétexte à défaut d'autres, et bien qu'il dût paraître frivole après le séuatus-consulte qui prorogeait les pouvoirs plus anciennement expirés de la quatrième série. « Dans cette même journée du 3i décembre on publie l'adresse du sénat conforme au rapport de k commission et la réponse de l'empereur qui annonce que le Béarn , ^Alsace , la Franche- Comté, le Brabant sont entamés.

« Le lendemain premier janvier, les députés > avertis que Fempereur recevra leurs hommages, se présentent en petit nombre et leur présencey sert de texte à ce discours trop connu et dont luimême, en revenant de la ^esse, essaya d'atté* nuer la violence.

<« Mais le coup était porté. L^invasion qui venait de s'effectuer et dont Paris avait les premiers détails, consterne moins que le renvoi du corps législatif, à Finstant même où il commençait à se montrer le défenseur des libertés publiques. Uopinion ne vit plus dès lors dans Fempereur qu'un homme qui ne voyait dans la France que luimême, et dans qui Fesprit de conquêtes n'était pas plus enraciné que lé génie du despotisme. Dès ce moment tous ceux, qui voulaient que des institutions durables posassent des limites au pouvoir arbitraire, ne virent de salut que dans l'excès du mal et n'espérèrent plus qu'en ses revers. ^'^

«A ce nombre d'ennemis secrets se joignirent et les fournisseurs ruinés par les liquidations et les acquéreurs de domaines nationaux dépouillés en

(i) C^est une «ngolière logique qae celle qai fait voir dans Pexcès du mal , le remède au mal. Diaprés un pareil principe il n^est rien qu^on ne souffre.

apparence par les décomptes. Ge fut en vain que des hommes éclairés s'opposèrent avec plas de forceà ces mesures fiscales, (c L'empereur > disait-on fc d'euî> remue un fumier qui renferme la peste» » Mais les besoins du fisc aveuglaient sur le danger politique et Pémpereur armait , contre sa puissance née de la révolution, tous les intérêts qui avaient la même origine. ( i )

<c Cependant il fallait pourvoir aux besoins de l'état , au recouvrement des contributions. Le budget préparé pour le corps législatif fut discuté le 7 dans le conseil d'état, signé le 9 par l'empereur et pour la première fois, dans cette matièresi législative, un décret tint lieu de loi.

« Cependant les alliés efièctuaient le projet d'invasion qu'ils avaient adopté.

Voyons maintenant les mesures de défense adoptéespour les arrêter ou les repousser. Celui qui va prendre ces mesures , gâté par la victoire qui Fabandonne, au moment où il a plus besoin d'elle, avait, jusqu'à l'époque critique où nous sommes, su plutôt attaquer que se défendre.

C'est la capitale qu'il s'agit de garantir, par-

(1) Ainsi il s*est perdu. LMdifîce n''ayant de base ni sur rtncien ui sur le nouyeau régime, s^est écroulé.

c€ que rexpéri^ce acquise depuis doute ans semble prouver que le sort d'un empire est tout entier dans sa capitale. Les ennemis le savent; ils Tout appris à leurs dépens: les leçons qu'ils ont reçues leur coûtent assez cher pour qu'ils en profitent

Passons donc au système de défense de Paris. Dans cette ville, où tous les intérêts de l'état sont concentrés existait depuis long-temps un comité desfort0ication$^ composé d'ofiîciers du génie instruits dans Fart des Vauban et des Cormontaingne: art utile, puisque son principal objet est de mettre le pays à Fabri des invasions et des conquêtes.

C'est à ce comité que Napoléon s'adresse. Nous allons mettre sous les yeux du lecteur le journal inédit des travaux de ce comité et du conseil de défeinse formé d'une partie de ses membres.

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