‹ Suite au mémorial de Sainte-Hélène, ou, Observations critiques, anecdotes inédites pour servir de supplément et de correctif a cet ouvrageChapitre 4 sur 33 · DÉF'ENSE DE PARIS · texte numérisé non relu

DÉF'ENSE DE PARIS

23 Décembre 181 3.

X^ 'empereur demande au comité des fortifications, un mémoire i"". sur la frontière de Suisse ou du Jura, 2*. sur les passages de la frontière des Vosges.

« D'après des explications données deviveyoix, le travail est urgent. Il faut le faire avec ce qu'on a de matériaux et de souvenirs. Il s'agit surtout de faire vite et de donner à l'empereur quelques bases pour ses combinaisons.

«r C'est la première fois depuis qu'il est à la tête des afiàires^ qu'on a lieu d'étudier sérieusement la défense du Jura et des Yosges. La plupart des officiers généraux ou supérieurs du corps du génie, n'ont pas eu l'occasion de les parcourir.

«f Le directeur du dépôt des fortifications recueille à la hâte les mémoires du général d'Ar-

çon , quelques autres mémoires rédigés à la fin du gouvernement directorial et au commencement du gouvernement consulaire pour Tassiette d'un système de défense de ces frontières. Les plus récents sont une des notices mises en tête de l'atlas des plans pour le i*'. consul (i), et quelques notes prises dans les années 7 , 8 et 9 sur les principaux débouchés des deux chaînes, dans leurs rapports avec les mouvements de Tartillerie et des troupes appartenant ou destinées aux armées de Mayence et du Danube, de réserve et des Grisons.

fc L'auteur de ces notes et de ces notices, membre du comité, se trouve aussi par ses fonctions antérieures, au courant des anciennes discussions et des matériaux à consulter et, malgré l'état de sa santé,il est chargé par le i*'. inspecteur, d'indiquer à la hâte, dans un rapport et sur une carte, les particularités des deux frontières qu'il importe le

(i) Cet atlas, en 4 Tolumes, est compose d^un plan et d^one note snr chaque place et de quatre notices sur les frontières du nord , de Pesf , de l'ouest et du sud. Ces notices offrent un exemple du système de défense d'un état discuté en prenant pour base la division naturelle des bastins, et en y rattachant les communicatioBS de terre et d'eàu, les places et les principales positions défensives.

(37) plus, pour le moment, de mettre sous les jeux de l'empereur.

« Le rapport et la carte doivent êti-e soumis le 27 au comité.

26 Décembre 181 5.

« En conformité des ordres de l'empereur, le ministre de la guerre ordonne la formation d'un conseil de défense de l'empire.

« Ge conseil est composé du premier-inspecteurgénéral du génie qui présidera ( le général Dejean) et de deux inspecteurs-généraux du génie, le général sénateur comte Chasseloup de Laubat le général comte Bertrand , grand maréchal du palais.

« Les dépôts de la guerre et des fortifications et les trois divisions des opérations militaires, lui donneront tous les renseignements dont il aura besoin.

« Le chef de la division du génie ( le colonel baron de Caux ) est adjoint au comité de défense pour toutes les communications entre le ministre et le comité, que le président ne se serait pas réservées.

« La situation, l'armement, l'approvisionne-

metit et la garnison des plates de guerre; les positions ou lignes à occuper d'après la marche de Pennemi; les instructions à donner en conséquence; tels sont Iqs objets de ses délibérations.

« Il doit se réunir tous les jours et commencer demain la première séance.

tf. Il se rassemblera dans la salle des séances du comité des for tifications , qui se tiendra dans une des salles de la bibliothèque et continuera de donner son avis sur les objets qui ne sont point attribués àii conseil de défense.

2^ Décembre i8i5.

fc Le cotùité des fortifications se réunit pour entendre la lecture du rapport à Fempereur sur l'es frontières des Juras et des Vosges. Ce rapport indique les routes qui peuvent sefyir comme ligne d'opération et aux mouvements latéraux de Fennemi; i**. à travers les Vosges; 2^. par la trouée cfntre les Vosges et les Juras; 3^ à travers les Juras.

« Il indique sur chacune de ces routes, les positions qui peuvent suppléer aux places, ou fermer les débouchés qu'elles ne maîtrisent qu'imparfaitement. Il distingue celles qui s'opposent à la mar-

C39) c&e directe de Fennemi et celles qui permettent d^agir sur ses flancs. Il établit la nécessité de les occuper , si les forces sont suffisantes et de les retrancher, ^il en est temps encore. Ces mots, deux fois répétés, indiquent assez les doutes du rapporteur sur ce point A ce rapport sont annexés une carte et des tableaux qui indiquent plus spécialement la direction des «hauies et des routes, le site et la situation des places.

* Le comité des fortifications adopte ce rapport comme exécution du travail qui lui était prescrit par Tordre du 23 et renvoie toute discussion sur les questions qu^il peut donner à résoudre, au comité de défense qu'elles concernent d'après Tordre du 26.

« Dans la même séance , le général Bertrand donne lecture d^une note dictée par l'empereur qui demande les rapports ou avis du comité de défense; il faut avoir, est-il dit dans cette note, à Paris , trente ou quarante^ mille hommes , indépendamment des gardes nationales, afin que l'armée puisse agir ( sur les flancs de l'ennemi, sans désarmer Paris et que la tranquillité de la capitale ne soit point troublée. )

I®. Sur la frontière des Alpes et sur les places de Grenoble et de Genève en particulier: 2*^. sur

le point de rassemblement d'une armée de trente mille hommes, en supposant que V ennemi inar-^ che surLangreSy de manière que cette arraée puisse vivre, couvrir lesflancs et Paris, autant que possible, et, suivant les circonstances, se porter sur Langres ou passer les Vosges et agir sur Colmar: 3o. sur les positions propres à former une espèce d'enceinte de quinze à vipgt lieues, telle que soixante ou quatre vingt mille gardes nationaux qui se retrancheraient dans cette ligne de défense, . puissent couvrir Paris, garder les passages et les rivières fet garantir le pays des incursions des trou* pes légères :4'>. sur les hauteursdes environs deParis qu'il faudrait occuper^ les espèces ' d'ouvrages à faire pour les saisir et ne laisser aucune position où l'ennemi puisse s'établir.

a Ces deux lignes de défense , exigeront des reconnaissances qu^ on fer a sans bruit: cela doit être secret. 11 faudra réunir au comité des officiers qui connaissent bien le pays.

a Le comité après un premier examen ajourne au lendemain, les trois derniers objets de la note de l'empereur , sur la frontière des Alpes. 11 examine l'état actuel de Grenoble, Auxonne etGe-» nève, et indique quelques mesures à prendre pour la défense de ces places.

(4«) 28 Décembre 181 5.

« La note de Pempereur et des instructions particulières autorisent le comité dedéfense à s'adjoindre des officiers dont les lumières, les talents et le caractère peuvent Faider dans l'importante mission qui lui est confiée; Le général baron de MaureiUan et le colonel Prost sont in\ités à présenter leurs vues sur les lignes de défense les plus propres à couvrir; i®. la Belgique entre la Meuse et FEscaut: 2\ les départements de la Seine, de Seine et Oise et de Seine et Marne. ,

<c M. **'*' est appelé au comité pour y donner des renseignements sur les positions, sur les reconnaissances et sur les anciennes discussions du comité des fortifications relatives à la défense des frontières, et sur les mesures d'organisation qui occupent ou doivent occuper le conjseil d'état II est, en outre , chargé de faire , avec le secret demandé par l'empereur, la reconnaissance des hauteurs à occuper auoc environs de Paris.

« Dans le reste de la séance, le comité contiiiue l'examen des places de la frontière de Suisse. Il appelle l'attention sur la manufacture d'armes de S\ Etienne qui est sans défense, même contre

les partis. Il discute enfin ^ mais sans Tarrêterv remplacement de Farmée destinée à se porter à Tolonte sur Langres ou Colmar»

29 Décembre 181 5.

«( Le général Maureiilan. et le colonel Prost font>au comité de défense, un rapport sur les lignes de défense qu'ils ont été chargés d'indiquer.

« M. de Maureillan désigne, pour couvrir la Belgique, une ligne d' Anvers à Maestrecht, passant par Lierro, Aerschott , Diest, Hasselt et Tongres. Cette ligne offrirait pour obstacle la Dj^le etleDemer, affluents de FEscaut et le Jaar, affluent de la Meuse. L^armée chargée de couvrir Bruxelles, serait placée entre Malines et Louyain , et couverte par le canal de Malines.

« M. Le colonel Prost indique entre la Loke et le reste, une ligne de défense qui suivrait i^. les canaux de Briare et de Loing; 2^. le cours de la Seine j 3®. la ligne d'obstacles qu'offrent, entre Seine et Marne, la forêt de Fraconne, les marais de Quendes , les marais de S^ Gond et ceux de Chàintrix à Jaalons: 4^- entre la Marne et le reste, la forêt et la montague de Rheims.

« Dans la même séance, le comité, sur le rapport de M.***, adopte les points d'Epiual et de Mirecourt comme ceux d'où une armée peut le mieux surveiller tous les débouchés des Vosges, les passer et agir sur Colmar, ou marcher à Langres,ou se porter rapidement sur les flancs de Tennemi entre Langres et Béfort '

« Mais le comité pense qu'il est nécessaire qu'une note explicative et un croquis des Vosges, mettent l'empereur à même de juger de ces propriétés. Le comité s'occupe aussi des places.

« Mais les événement!? qui se pressent rendent la plupart des mesures tardives ou inexécutables.

« La France est envahie: une campagne d'hiver commence. Huningue est investie: un corps ennemi cerne Béfort. Huningue est approvisionnée: mais d'après une note du bureau des vivres, l'approvisionnement de Béfort n'a été ordonné que le 22 décembre.

3o Décembre i8i3.

Le comité de défense s'occupe dans cette séance des garnisons et de l'approvisionnement:

« i**. Des places de l'ancienne ligne hollandaise

entre Hulst et l'Ecluse ^ qu'il propose de garder avec peu de inonde, et seulement pour ôter à l'ennemi cette ligne d'où il pourrait agir entre la mer du nord et l'Escaut

fc 2^ Des places de la Meuse et de la Moselle depuis Tou] qu'on va mettre à l'abri d'un coup de main jusques et compris Luxembourg. Pour ces places, le comité réduit aux ^ois quarts les garnisons, en laissant au général d'armée, le soin de les compléter dans celles qui seront menacées d'un , siège. Celte règle suppose une armée qui manœuvre entre les places et qui puisse s'afiaiblir.

5i Décembre i8i5*

M. *** présente la note et la carte demandées par le comité, sur les points d'Êpinal et de Mirecourt. La carte indique par une ligne bleue les crêtes de la chaîne des Vosges et de Morvaii qui séparent les bassins de la Saône des bassins de la Moselle, de la Meuse et de la Seine ^ et les cols ou passages par pu l'on peut descendre en Alsace ou dans la Franche-Comté.

5 Janvier 1814.

Le comité continue l'examen de la frontière

ûes Alpes. Il propose d'abandonner les placeis et forts de peu d'importance, pour concentrer les moyens de défense sur les points principaux es spécialement i°. sur Gènes, si l'empereur croit devoir conserver ce point d'appui : 2^. sur Alexandrie qui seule peut assurer les moyens de reprendre Toffensive en Italie.

« Un membre remarque en passant qu'un retour offensif suppose une défensive* qui précède : qu'à cette défensive se rattachent les obstacles à opposer à l'offensive de l'ennemi sur Lyon par la nouvelle route du Mont-Cenys. Il rappelle sur ce point, divers avis du comité des fortifications (i). Mais il convient en même temps que ce débouché, tant que le vice-roi gardera l'Italie, doit ex-

(t)Le comité des fortification», se& registres en font foi, a, dans le temps de la plus haute prospérité de Temperear, insisté sur la nécessité de ne point abandonner les anciennes frontières, et de ne point on- Yrir les Alpes ou les Pyrénées parde nouvelles routes, si Ton n'^exécutait, en même temps, les fortifications destinées k les oter k Pennemi. « G^est dans les temps de prospérité, disait-il dans un de ses avis, quHlfaut stipuler pour les temps malheareux. » Un jour, M. de Sénermont, chargé alors du matériel du génie , avertit le comité des fortifications, de la part du général Dejean qui avait le porte-feuille de la guerre, par intérim, que P empereur, au sujet d^nn avis de ce genre, avait dit avec un peu d^hnmeur, de quoi, dïMe, le comité se méie-t-il ? — De faire son devoir, repartit M***.

citer Fattention beaucoup moins que les débouchés de la Suisse qui appartiennent en ce manient à Fennemi.

<c En effet le comte, de Bubna s'est dirigé de Fribourg sur Genève où il est entré sans coup férir.

« Un ordre de Fempereur annonce son intention de partager la frontière de Fest en quatre grands commandements dont les quartiers-générau^s: seraient à Calmar, Épinal, Langres et Lyon.

« Une division de réserve destinée à couvrir Lyon et Grenoble, occuperait des points tels que Nantuaou Perouges, et s'opposerait aux mouvC'ments ultérieurs de Fennemi arrivant par Genève.

« L'empereur demande Favis du comité sur ces différents points. Le comité les discute et charge M. *** de préparer les projets de rapports à Fempereur.

4 Janvier i8i4-

« Les rapports demandés sont arrêtés et adressés à Fempereur.

K Dans le premier, on détermine, d'après la

(47) direc^ondes chaînes et des communications , le territoire des quatre grands commandements. On expose la nécessité d'an cinquième, dont le quartier-général serait à Dole, et qui aurait pour territoire la Franche-G)mté qu'on ne peut rattacher à aucun des quatre commandements, d'après la direction des lignes d'opérations principales que l'entiemî peut avoir adoptées — . On propose enfin pour l'emplacement du grand quartier-général Chaumonty si l'on veut agir sur Vesoul ou Colmar; Châtillon-sur-Seine ou Dijon, si l'on veut agir sur Genève

« Dans le second rapport , on propose de partager en trois corps, la division de réserve destinée à couvrir Ljon et Genève.

ff i^. Le corps de gauche posté sur les hauteurs entre la porte du Rhône et Chdtillonde Michaule, défendrait les routes de Genève à Lyon par ]!^antua et Seyssel

«r 2<>. Le corps de droite, posté aux échelles et au pont de Beauvoisin^ garderait les routes entre le Rhône et l'Isère , qui vont de Genève à Lyon et Grenoble, et les communications de ces deux places entre elles.

« 3^. Le cor^s du centre serait en réserve à Bcllejr aux nœuds des routes qui vont au pont de

Bellegardc sur la route de Genève à Ljon par le fort l'Écluse, et au pont de Beauvoisin où passe la route de Chambérjr à Lyon par les échelles.

<x Mais pour que la réserve puisse se porter plus facilement au soutien des corps avancés^ et se replier avec eux en cas de revers, il faut assurer le passage du Rhône sur les routes de Belley à Saint Genjs et au pont de Beauvoisin et aux Abrets.

5 Janvier i8i4-

«A l'ouverture de la séance, on lit deux lettres des ingénieurs Dejean fils et Blein.

« De ces dépêches et du reste de la correspondance, il résulte:

I®. Que le duc de Bellune forcé d'évacuer Colmar, le 3 janvier, se retire par Molsheim sur Saverne au débouché des Vosges :

2^. Que le duc de Raguse est également obligé de se retirer devant des forces supérieures par les défilés du Uundsruck.

« De ces mouvements de l'ennemi, M***iconclut que les corps d'armée opposés aux deux maréchaux , se dirigent sur Nancy où Us peuvent arri-

(49) ver sans trouver de places, et qu'il importe de transférer d^Épinalà Nancy, le centre du grand commandement des Vosges.

fc Dans l'ignorance des forces et des projets de Fennemi, l'on ne sait s'il peut et veut s'établir en Lorraine, ou mettre le pays à contribution.

« Mais cette direction tourne et nous ôte les deux, saillants que les cbaines des Vosges et du Hundsruck forment vers Béfort et Landau^ et les moyens d'agir sur les flancs des lignes d'opération de Baie à Langres et de Coblentz à Metz.

«f Sur la demande du président, M** rédige une note que le comité, après l'avoir examinée, est d'avis d'adresser à l'empereur.

<c Dans le reste de la séance, le comité s'occupe des places de l'ile d'Elbe, et de celles de la frontière de Rhin et Moselle. Mais ces dernières, telles que Juliers et Luxembourg, sont ou vont être dépassées par l'ennemi.

6 Janvier i8i4«

« Les tableaux des garnisons, de l'armement et de l'approvisionnement des places de P Escaut sont mis sous les yeux du comité de défense. II ne change rien aux fixations et toutefois, il remarque

qu'il faudrait porter de 3ooo à 5ooo hommes la garnisou de Berg-op-zoom, si cette place était menacée d'un siège.

« Le comité de défense s'occupe ensuite de la frontière du nord. Il adopte l'avis du comité des fortifications sur la nécessité de mettre à l'abri d'un coup de main, la place d'Ypres qui forme la trouée entre Lille et Newport ^*\

(( Il propose au contraire, tout en reconnaissant l'importance d'Ostende, d'en réduire la garnison à 4ooo hommes et de n'y placer que i5oo hommes.

« Le comité découvre, dans la situation du Quesnoy, un ejQTet du fâcheux abandon oii sont restées , depuis long-temps, les places de l'ancienne frontière. Deux fronts d'attaque y sont à peu près dans le même état où ils étaient après le second des deux sièges que la place a soutenus en 1793. Deux faces d'un bastion et la face d'une demi-lune sont dans un état de brèche ou de

(i) Ypres est, en arant da Mont-Cassel, Puniqae point d^appuî de œ contrefort qui sépare les bassins de la Lys, des bassins deTAr ef de TYper, et le cercle de Revers, ou canaux navigables dont les nœuds au point de jonction sont k Gand ou à S^ Orner.

dégradation tel que la place n'est point à l'abri d'un coup de main.

« En demandant qu'on mette le Quesnoj en état de défense, le comité pense que, dans son^ état actuel, on ne peut, sans les compromettre, y laisser d'artillerie ni d'approvisionnements.

fc Le comité passe à l'examen des places de la Toscane et des états romains. Livourne et Civita-Veccliia, comme places maritimes, le château de Florence et le château Saint Ange, comme citadelles, sont les seuls points qu'il propose de garder et d'armer. Tous les autres points seraient évacués, si l'armée était forcée d'abandonner l'Italie.

« Un ordre de l'empereur prescrit au ministre toutes les mesures à prendre pour mettre Langres à l'abri d'un coup de main , l'armer et en former la garnison j car ce point est important Le même ordre prescrit d'autres mesures pour la défense d'Auxonne et des autres ponts de la Saône. Il affecte à ces défenses, les contingents d'activité des gardes nationales de la Haute-Marne et des Vosges et de la Côte d'or , et des officiers et soldats d'artillerie en retraite dans la Bourgogne ou la Franche-Comté. Il annonce l'intention de mettre en activité la manufacture d'armes deTuUes

(Corrèze) : d'employer celle de Versailles aux armes de guerre, et d'en créer des fabriques en Bretagne et en Normandie. Il ordonne la translation du dépôt des prisonniers de guerre qui sont à Verdun. Il approuve Favis du comité de n'armer en pièces de guerre que les citadelles de Verdun, Sedan et Mézières et de mettre les places à Fabri d'insultes en les armant de quelques pièces de campagne.

ic Cet ordre et surtout les mesures prises pour la défense provisoire de Langres et des ponts de la Saône, semblent indiquer que Feunemi, qui était le 3 à Montbéliard , se dirige sur Langres, et» peut y arriver avant le duc de ïrévise dont les troupes viennent de Rheims et ne peuvent guères être vers Langres, que du 9 au lo.

12 Janvier i8i4*

« L'empereur demande le travail qu'il a prescrit sur la défense de Paris. A dix heures, un billet pressé du général Dejean, invite M. ** « à « se rendre au comité de défense à deux heures « précises et le prévient qu'il est nécessaire qu'il m veuille bien apporter le plan des environs de « Paris, et les reconnaissances qu'il a pu faire.

« A deux heures. M, ** met, sous les yeux du comité, la carte des chasses et deux rapports: i^ Sur les hauteurs à occuper aux environs de Paris : !2<*. Sur la défense immédiate de Paris.

« Le premier de ces rapports , que le rédacteur n'a pas eu le temps de revoir et de terminer, déve^ loppe les mouveinents des armées , sur les lignes d'opération que Tennemi peut prendre à la droite de la Marne, entre Seine et Marne, ou à la gauche de la Seine : les positions qui lui appartiennent dans les environs de Paris; celles qui

nous appartiennent et qu'on peut fortifier. C'est une reconnaissance première générale, desti< née, après la décision de l'empereur, à servir de base aux reconnaissances de détails.

k Dans le second rapport que le rédacteur vient d'écrire à la hâte, il arrive immédiatement aux positions que l'ennemi, slil trouvait Paris sans défense, prendrait sur les deux rives de la Seine, avant de pénétrer dans la capitale.

fc II détermine les crêtes qu'il pourrait couronner de ses troupes et de ses batteries pour dominer les faubourgs intérieurs, la rivière et les quais.

ce II indique les espaces par lesquelles il pourrait pénétrer, en trouvant du terrain pour ses développements. Il passe aux moyens de lui ôter cet avantage. •

fc II parcourt les sotnmités qui constituent sur les hauteurs des saillants naturels et les villages ou faubourgs extérieurs qui,tenant aux barrières de Fenceinte par une extrémité, vont former d'autres saillants, sur les hauteurs ou dans la plaine.

< Il fait voir cju'en occupant ces saillants avec solidité, l'on place de grandes parties de l'enceinte en des rentrants inattaquables.

« De cette idée fondamentale, il cherche à déduire un système de défense qui exige un minimum d'ouvrages, de troupes et d'artillerie.

« I**. Occuper les saillants i c'est à dire les sommités et les têtes des villages ou faubourgs extérieurs et adjacents à l'enceinte, par des voûtés ou batteries fermées capables de contenir et de protéger des batteries de gros calibre destinées à battre les avenues principales, à prendre des revers sur les rentrants, à protéger la sortie et la rentrée des troupes chargées de la défense native.

« 2*. Barricader et créneler les flancs des villages et faubourgs extérieurs y fermer , dans les rentrants, les portes ou trouées de l'enceinte; confier la défense locale de ces flancs et de ces courtines à la garde nationale dont l'empereur vient d'ordonner l'organisation, mais avec des réserves d'artil-

krie et d^infanterie destinées à se porter partout où l'ennemi menacerait de pénétrer.

« D'après une idée que le rapporteur se réserve de développer, la garde nationale des faubourgs et villages ainsi retranchés, serait détachée des arrondissements de Sceaux et de S^ Denys et réunie aux légions les plus voisines de la garde parisienne.

fc Paris défendrait ses murs dans ces postes qui en éloigneraient l'ennemi , et sa garde nationale soutiendrait, dans cette garde auxiliaire, une partie d'elle-même.

« Tel est, en peu de mots, le système de défense indiqué dans les deux rapports et développé par le rapporteur. L'effet qu'il en attend n'est pas celui qu'on peut espérer d'un camp retranché dans les règ;Ies.

« Mettre Paris à l'abri des partis et hors de l'insulte d'un corps d'armée qui arriverait devant ses murs avec quelque artillerie: empêcher que quelques boulets ou obus ne brisent ses barrières et ne livrent la ville au pillage ou à l'incendie: gagner le temps que l'ennemi perdra à reconnaître les défenses, à préparer les attaques, à discuter une capitulation: laisser enfin à l'armée active, le temps d'agir sur ses flancs ou sur ses derrières: tel est l'u-

nique objet qu'il soit nécessaire ou possible d^atteindre.

« Le rapporteur laisse entrevoir un des motifs qui le détermine à écarter toute idée de soutenir une plus longue défense. Elle exigerait dans cette grande population , des sentiments qui Pexaltent et la rendent supérieure aux fatigues, aux privations, aux soufirances. Le renvoi du corps législatif qui ôte à Fempereur un moyen d'agir sur Fopinion , semble aigrir encore les esprits. La garde nationale, si elle n'est composée que de propriétaires ou de gens établis, secondera les troupes contre un coup de main^ mais Paris veut échapper à un désastre et n'est pas disposé à soutenir un siège.

(( La discussion est ouverte. Le comité adopte les bases de ce système dé défense, et détermine les principaux points à occuper: mais sur Fobservation du général Bertrand, il décide que le rapport sur la défense immédiate de Paris, pour être mis sous les yeux de Fempereur, doit être accompagné, i^ d'un résumé qui présente en peu de mots les idées fondamentales du projet: îi*. d'une carte sur laquelle des redoutes indiqueront les saillants à occuper et Faction de ces points solides, sur les avenues principales et sur les rentrants

(57) intermédiaires. Le lendemain (i 3) ces pièces furent jointes au rapport

i4 Janvier i8i4«

« Le pripce de Neuf-diâtel, major-général, a demandé dans une lettre du 12: i^ quel a été le projet fait en 179a pour la défense de Paris: a*, s'il n'a pas été question à cette époque, â^un camp à Soissons: 3". quelles sont les meilleures positions à prendre pour couvrir.Paris.

« Le général Dejean a chargé M. ** de faire un rapport sur ces questions. M. ** lit la première partie de ce rapport relative au projet de 1792, pour la défense de Paris.

<c Ce projet consistait dans une ligne de défense ou position retranchée dont la droite s'appuyait àNogent,surlaMarneetlagauclieàS\Ouen sur la Seine. Cette ligne, depuis Nogent, suivait ta crête des hauteurs de Fontenay-aux-Bois j Romainville et BelIeviUe; entre ces hauteiys et Montmartre, une suite de redoutes liées par des retranchements, enveloppait les villages de la Villette et de la Chapelle: à la gauche de ces redoutes, la position suivait les crêtes de Montmartre et la croupe qui descend de cette hauteur à S*. Oueni

« On fortifiait comme postes avancés de cette ligne de défense, à la gauche S'. Denys etPontoise: à la droite, Villeneuve.-S'.-Georges et Corbeil.

«f Après cette courte indication , le rapporteur renvoie , pour le motif et le tracé des ouvrages , aux notes historiques qui ont été demandées à M. le général Dabadie, inspecteur-général et membre du comité des fortifications qui était employé sous Paris en 1 792.

cr Le rapporteur passe à la comparaison de ce projet avec celui qu'il a présenté avant-hier, dans son rapport, sur la défense immédiate de Paris.

€ Dans ce dernier|projet, il proposede défendre Paris comme les villes qu'on fortifie à la guerre pour servir de dépôts, ou de points d'appui à une armée, qui peuvent être attaquées et doivent se défendre sur tous les points, et peuvent arrêter quelques jours un corps d'armée qui marche avec son artillerie.

ff Dans le projet de 1792, au contraire, on couvre Paris par une ligne de défense étendue, disposée pour une grande armée, contre un ennemi qui n'a de ligne d'opération que par les routes du nord , entre les rives droites de la Marne et de la Seine

ff Mais comme le rapporteur l'a fait voir daus

(59) les dernières séances, Fennemi peut, dans la ligne actaelle d'opération , arriver devant Paris à la droite de la Marne et à la gauche de la Seine.

« Bien donc que sa marche à la droite de la Marne, soit le plus probable, puis qu'elle le conduit sur les hauteurs qui dominent immédiatement Paris, et lui donne les meilleurs postes qu'il puisse occuper pour réduire, contenir, évacuer en sûreté la capitale, il faut que la défense embrasse le côté sud de l'enceinte , comme le côté nord , puisque les obstacles qu'on lui opposerait sur ce dernier côté seulement, le ramèneraient à pénétrer par le coté négligé.

« Le comité examine cette assertion. Un membre demande si la difficulté d'un passage de rivière, ne balancerait pas la difficulté que lui opposerait l'attaque des hauteurs.

« Le rapporteur répond à cette observation que cette difficulté est ici moins considérable qu'on ne pense, parceque le terrain favorise le passage de l'ennemi. Il rapporte à ce sujet la manœuvre de Turenne, lorsque le Grand Condé occupait la position de S'. Cloud; l'armée du roi trouvait à Epinay où la rive droite domine la plaine de la rive gauche, un point de passage qu'on ne pouvait lui disputer; mais à peine Turenne avoit-il jeté quel-

ques troupes dans la plaine de Geneyillers que le Grand Condé se vit déposté de S*. Cloud et, pa** la singularité de sa position (i) forcé d'effectuer devant Turenne, cette marche de flanc qui amena le combat de la porte S^ Antoine.

« Une note de Fempereur, dictée dans la matinée, dispense le comité d'une plus ample discussion. Cette note décide la question dans un sens également éloigné des deux projets.

« L'empereur veut que Paris soit fermé sur les deux rives, mais seulement contre de la cavalerie. Cette note commence ainsi: ce Le comité de dé- (c fense a présenté le projet d'une quarantaine de le redoutes sur les hauteurs de Paris. Cela ne me « paraît pas admissible. »

« A ce projet, l'empereur substitue un disposi-

(i) Paris était aux froudears qui avaient alors à leur tête le duc d^Orléans( Gaston, frèfe de Louis XIII ) et qui refusaient également le passage k Turenne et k Gondë.

Le maréchal de Pnjr-Sëgur discute la marche du Grand Condé par les bouleyards da nord et la trouve contraire aux règles. Mais le duc d^Orléans qui occupait le Luxembourg, s^était opposé k la marche de Condé parla rive gauche de la Seine, de peur que Parmée daroi, achevant de passer k Épinay, ne suivit celle de Condé et n^engageàt la bataille dans le faubourg S^ Jacques. (Mémoires de Puy-Ségur, de Le Rochefbucault , etc. }

tifdont voici les bases: « i^ acheter, s'il se peut, le mur d^enceinte dans les points qui ne sont encore fermés que par des palissades (l'entrée de la rivière de Bièvre, la barrière des Rats, etc.): a*, murer les portes inutiles: 3". couvrir les portes conservées, par des tambours en charpente avec une porte solide, de manière que ces tambours ayent des flancs sur les murailles et soient percés de créneaux qui servent à fusiller la cavalerie sams avoir rien à craindre et de quelques embrasures pour des pièces de campagne destinées à battre les routes principales: 4^ reconnaître les faubourgs extérieurs qu'on peut barricader, et, sur les hauteurs, les maisons à occuper et créneler contre de la caçalerie.

« Ce dispositif suppose que Tempereur ne voit d'entreprise à redouter sur Paris, que celle d'un corps de cavalerie qui n'aurait pas même d'artillerie légère.

ir L'empereur parait aussi ne pas vouloir que ces travaux donnent à Paris, la crainte de cette entreprise. « Il faut, est-il dit dans la note, se « contenter d'avoir des moyens tout prêts, pour « quùen trois Jours, on puisse fermer les bar- « rières.

fc Cette condition et le petit nombre d'officiers

du génie que le service des armées laisse disponible, exigeait qu'en ordonnant ce dispositif, l'empereur fit concourir à son exécution , le corps des ponts et chaussées: le directeur-général, M. le baron Costaz, est appelé à la séance.

« Il résulte des renseignements fournis au comité, que les tambours, construits en palissades, les barrières et les chevaux de frise nécessaires à l'exécution de ce dispositif de défense exigeront, pour l'achat et la main d'œuvre, une somme de deux cent cinquante mille francs.

« Le comité pense qu'il serait plus facile de dissimuler le but de ces travaux^ si la somme qu'ils nécessitent était mise à la disposition du ministre de rintérieur.

« Dans la même note , l'empereur demande aussi qu'on fasse reconnaître les meilleures positions à occuper depuis Châlons jusqu'à Paris, sur les différentes routes, à la droite et à la gauche de la Marne ^ dans l'hypothèse où une armée de cinquante mille hommes, prendrait sur les différentes routes, plusieurs positions intermédiaires qu'on désignerait.

« Cet objet rentre dans les questions adressées par le prince de Neuf-Châtel, et ces positions sont indiquées dans la suite du rapport dont le

«comité vient d'entendre la première partie. Le comité s'ajourne au lendemain pour entendre le reste de ce rapport

i5 Janvier i8i4*

L'intervalle entre le 6 et le 1 1 janvier, est employé à la rédaction des tableaux de garnison, d'armement et d'approvisionnement; Ce travail est exécuté avec autant de zèle que de talent, par M M. Tessier ef Bajard, le premier directeur, et le second sous-directeur du dépôt des fortifications. Malheureusement ce qu'il faudrait pour armer, approvisionner, et défendre un si grand nombre de places , suppose des ressources que nous n'avons pas. Mais l'empereur paraît tenir à garder, même au loin, des points d'appui favorables à ses opérations, si , comme il l'espère, il parvient à ressaisir l'offensive et à maîtriser encore la fortune.

(T Toutefois, ses vues se portent aussi sur le danger présent, et le président du comité presse la reconnaissance des hauteurs à occuper autour de Paris , travail que retardent l'état de santé de M. '*'*', les rapports que lui a demandés le comité, le mauvais temps, et la difficulté de pénétrer dans

les parcs 9 en gardant, sur le but de ces Visites, le secret recommandé par Fempereur.

« Dans la séance du quinze , le comité ne discute que la réponse à faire au ministre de la guerre sur quelques places dont il lui a recommandé de s'occuper.

« Ces places s'étendent de Breskenz au golfe de la Spezzia. Mais le comité s'attache à celles qui peuvent jouer un rôle immédiat dans l'invasion de la frontière de l'Est. Il propose de reconnaître Vitrf et les moyens d'en faire un poste. Il croit utile de mettre à l'abri d'insulte Marsal qui se lie à Metz et, s'il ne défend, protège au moins Nancy.

« Il croit qu'on peut différer de meïtreA^^esnes en état de défense, si, comme on Fa fait remarquer , cette place est le seul obstacle entre Beaumont et Laon^ elle est en seconde ligne, par rapport à Maubeuge et^ d'après les mouvements connus de l'ennemi, la frontière de l'est paraît être la seule qui soit sérieusement menacée.

« Les événements semblent confirmer cette opi^ nion. En effet, d'après les dernières nouvelles du maréchal Macdonald, il occupait encore le département de la Roër. Un corps ennemi refoulé vers Coblentz, se portait sur la Moselle, et ce qu'il a

d'ennemis devant lui, est encore sur la rive droite du Rhin.

«( Tous les mouvements des alliés se dirigent au contraire sur les bassins de la Moselle et de la Saône Le maréchal Marmont est forcé de se repher par Hambourg, sur la Sarre. Le maréchal Yictor a repassé les Yosges. Il est à Baccarat et reçoit l'étape, couvrant Luné ville et observant les débouchés de Saverne et de Sainte-Marie aux mines:

ce L'armée ennemie qui a débouché par Basle, Béfort et Montbéliard, est arrivée le 7 à Vesoul. Un corps est à Dole et y rétablit le pont: d'autres corps occupent des postes sur plusieurs routes & quelques lieues de Besançon; suivant Fex pression d'un membre du comité, Forage vient de Pest et menace Paris et Lyon.

16 Janvier i8i4*

« Le cpmité de défense s'occupe des places d'Arras et de Cambray. Il applique à ces forteresses le système de défense qu'il a proposé pour Verdun, Sedan et Mézières: mettre les citadelles en état de soutenir un siège et les villes à l'abri d'une insulte. /

« La grande duchesse de Toscane a ordonné Tapprovisionnement de Sienne, Livourne et Monte-Argentaro. Le ministre-directeur demande sur ce point Tavis du comité qui précédemment proposait de ne garder que Livourne et le château de Florence. Mais les mesures sont prises : l'approvisionnement de la citadelle de Sienne est peu considérable. Le comité se borae à demander qu'on réduise les approvisionnements de Monte^Agentaro.

« Le général Déjean chargé, en sa double qualité de président du conseil de défense et de premier-inspecteur-général du génie , de diriger l'exécution du dispositif ordonné par l'empereur pour la défense de Paris contre la cavalerie, fait part au comité, des mesures prises pour l'approvisionnement des bois et pour la confection des ouvrages en charpente.

« La note de l'empereur semblait indiquer que les tambours en avant des barrières devaient être exécutés en pans de bois avec des portes pleines, percées d'embrasures et de créneaux réguliers. Mais on peut, avec moins de régularité, obtenir plus de promptitude et d'économie dans l'exécution, si l'on construit les tambours avec des palissades et barrières qui ne laissent d'intervalle que les percées des créneaux et des embrasures.

. (6?) <r On commencera, demain 17, les barrières et les chevaux de frise. On espère que les barrières seront terminées sous dix jours. Mais il n'jr a point à Pari s 9 de bois propre à faire des palissades, et les forêts de la couronne sont les plus voisines de •celles qui peuvent en fournir. Il «est nécessaire que l'empereur autorise Tintendant de ces forêts à y faire abattre vingt-mille palissades. Pour ce quMl sera possible d'obtenir des forêts de l'état, le général Dejean se concertera avec M. le comte Bergon , directeur-général des forêts.

« La coupe des bois, la préparation des charpentes, la construction des tambours, le plantage des palissades, exigeront un gi*and nombre d'outils. Il est bon d'ailleurs qu'il y ait à Paris un dépôt pour quatre mille outils qu'on tirera des magasins du génie; et des ateliers pour remplacer les outils trop faibles (comme ceux de Bou- Ipgne) et pour entretenir ceux que les travaux mettront hors de service. Ce compte et ces mesures seront l'objet d'une lettre au ministre et d'un rapport à l'empereur,

«( Le comité reprend l'examen des questions adressées le 12 janvier par le prince de Dcuf-chateL La pretuière, relative aux projets de 179a, pour la défense de Paris, se trouve résolue parla

Bote de Fempereur. M. ***** lit au comité les deuxième et troisième parties de son rapport concernant le camp de Soissons en 1 79!^ et les positions à prendre pour couvrir Pari&

* i^. Camp de Soissons en 1792. Le rapporteur rappelle en peu de mots qu'en 1 792 , on avait déterminé cinq points de rassemblement destinés à recevoir et à exercer les bataillons de gardes nationales.

f( Ces points de rassemblement étaient Paris, Meaux, Soissons, Rheims et Châlons-sur-Marne;

« A Paris on avait reconnu trois camps, Genevillers. S*. Maur et S*. Denys. Ce dernier s'étendait jusqu'aux pentes de Romainville, derrière le ruisseau de Rouillon : c'est le camp du maréchal de Pujr-Ségur dans son plan de campagne autour de Paris.

« Mais ce n'étaient que descamps de rassemblement et de manœuvres, indépendants de la ligne de défense ou position retranchée, entre Neuillf et St. Ouen^ décrite dans la première partie du rapport

« Meaux et Rheims n'étaient que des camps de passage entre Châlons et Soissons. Chdlons était le camp de réunion et de départ des troupes destinées à défendre les défilés de l'Argonne. Il

(69) était en avant de cette ville, à Notre-Dame de l'Epîne, sur la Vesle. Soissons était un camp de rassemblement intermédiaire entre les points me* nacés des frontières du Nord et de la Meuse.

fc Cest encore aujourd'hui, dit le rapporteur, le meilleur point qu'on puisse choisir comme position défensive entre la Marne et l'Oise et sur les flancs de l'ennemi.

« A ce sujet, le rapporteur expose les propriétés que Soissons, dans une tournée qu'il a faite en 1812 (i), lui paraît avoir conservées comme poste de guerre. « Cette ville est, dit-il, fortifiée sur les « deux rives, par une enceinte bastionnéedont les ft remparts sont larges et les revêtements presque « partout assez hauts et assezbien conservés pour « qu'il n'y ait qu'un petit nombre de points et les « portes à mettre à l'abri d'insulte. »

« Le rapporteur insiste sur la propriété de ce

(i) Ordre du i5jum 1812, pour une tournée dans la iir«. dmsioo militaire. Cet ordre n^ëtait qu^un passeport pour un voyage que l'état de santé de cet officier supériear lui rendait nécessaire. Mais il en profita pour yisiter les points qui «raient été le théâtre d'événements militaires, dans nos anciennes guerres et au commencement de celles de la révolution. C^est, comme le dit le rapport, diaprés les notes prises sur les lieux, qu^il a douué la plupart des indications qu^ii renferme.

(70) point qui tient le nœud des routes de Rheims^ Château-Thierry, G)mpiègne, Noyon, eta

ce II indique un dispositif de défense posant sur rhypothèse qui est celle des questions à résoudre,^ que Pennemi prendra sa ligne d'opérations de Châloi^s sur Paris, et qu'il dirigera au moins par la rive droite de la Marne, un corps destiné à rejeter sur rOise, les troupes qui menaceraient son flanc droit.

ce Tous ces mouvements sur le flanc de Fennemi reposent eux-mêmes sur la supposition que l'empereur, dans son système de défense, adoptera ridée déjà présentée par le rapporteur, d'avoir constamment sur les deux côtés de la ligne d'opération que suivra l'ennemi, deux corps organisés et réservés pour agir sur ses flancs ou ses derrières, tomber partout où il est faible, et se retirer partout où il arrive en force et sans jamais engager d'action , même à force égale; tandis que l'armée principale, prenant des positions successives sur la ligne d'opération , retarderait par une défense active les progrès de l'ennemi et attendrait ses fautes pour eii profiter, sans compromettre les dernières ressources de la France, (i)

(i) Daosane séance prëcédeute, le général B et M étaient

« 2°. Des positions à prendre pour couvrir Parts. Le rapporteur passe à la troisième partie de

assis aux deux ooîns de la cheisioée ; et lé géocral B.... supputant

dWe part les forces de ^ennemi, d^ Taotre celles de la FraDcer « Allons, dit-il , en se levant, il reste encore k ^empereur de quoi don-> ner une ou deux batailles — Et s^il n'en donnait pas ? lui dit

M. '^**< — Gomment Teutendez-vous , lui demande le général B

ëtDOoédece que la queslioa avait de paradoxal dans les termes et d^afErmatif dans le ton de Tinterloculeur. Là dessus M. '*^'*^'*^ lui dit avec franchise qu^il ae voyait de salut que dans une guerre défensive dans laqaeUe, en déployant tous les moyens dlB retard^sr les progrés de rennemi,etne risquant de batailles on de grands combats que quand ses fautes auront rendu la victoire sûre et peu sanglante. M. ^'^' exposa quelques idées sur ce système de guerre dont le but était de gagner du temps, pour réunir les nouvelles levées, ranimer Pesprit public et associer la nation entière k la défense du territoire^ Car il est évident que les mesures politiques et militaires doivent marcher de fronty pour tirer la France d^uu aussi grand danger. Mais les objections et le souris du général Bv... ont du convaincre M cemnie œux-

des D»embres du comité qui ont pris part à la conversation, que Tem. pereur a d'^auires vues, et peut-être d'autres ressources. M. ** luimême convient "{ue ce système de guerre ne s'accorde pas avec le ca< ractère dePempereur, dont les campagnes n^offrent qu^un petit nombre d'actions, telles que les affaires de Lorado et de Castiglione, où, dans Tattaque, il ait suivi des principes applicables k la guerre défensive. Dans son plan d^ailleurs, les mesures militair(>s devraient être soutenues par des mesures politiques propres k ramener Pesprit public et prouver que l'empereur est plus frappé du danger de limitée sou pouvoir que du besoin de ramener Topiniou qui , surtout a[>rès le renvoi du corps législatif, tend k ne plus regarder la guerre que cttfunwB la querelle partieulière de L'empereur.

son mémoire qui traite des positions à prendre pour couvrir Paris. Il renvoyé aux reconnaissances que le colonel Prost et le major Paulin font, en ce moment^ des positions de la Haute^ône, de TYonne et du Loing; et il se borne à indiquer les positions de la Marne entre Châlons et Paris; et celles de la Seine, de Paris à Fontainebleau.

« Positions de la Marne. Avant d^examiner celles qui s*appuyent àcette rivière, le rapporteur jette un coup d'œil sur les défilés de l'Argonne et sur les positions qu'on peut y prendre contre un corps qui prendrait sa ligne d^opérations par Verdun.

* Il fait voir qu'à Cbâlons, la position de Notre- Dame de Vesle, bonne pour un corps qui doit se porter en avant, ne vaut rien pour un corps qui se retire, parcequ'elle lui donne dans la traversée de la ville, un passage de défilé: il propose de prendre la position défensive en arrière et de ne garder la ville que comme poste avancé.

« Cest dans le même esprit qu^il détermine,, sur les hauteur s en deçà des villes, les positions principales de Château-Thierry , La Ferté et Meaux. La position intermédiaire est, entre Château-Thierry et la Ferté celle de Montreuil-aux^ LjronSj en surveillant, au bac de Lusancy, les routes de traverse de Château-Thierry à la Ferté.

« Le rapporteur , en se référant de vive voix à la reconnaissance que le colonel Prost doit faire de la lignc/des marais, entre la Seine et la Marne ^ indique sur la route de Mont-Mirail, les positions intermédiaires de Vieux^Maisons, Basse-Ville et Bussières. Château-Thierrjr, point important, garde le nœud des roules de Soissons et d'Allemagne. Mais La Ferté-sous-Jouarre, tient seule le nœud des deux routes de Châlons.

« Après cette position centrale, S*. Jean-lesdeux-jumeaux offre une position intermédiaire qui a Finconvénient, en cas de retraite, de donner au pontdeTrilport (ou Frilport) un passage de défilé.

« Meaux vient ensuite j autre position qui tient le noîud des routes de Châlons par la Ferté-sous- Jouarre, et de Vitry par Sezanne, laJFerté-Gaucher et Coulommiers, et qui permet d'agir, dans plusieurs directions , à la gauche de la Marne, si l'on gardeàCouilljjlenœud des routes de Lagnj, Melun et Coulommiers.

<r Sur les positions entre Meaux et Paris, le rapporteur renvoyé au premier des deux mémoires qu'il a présentés dans la séance du 1 2 pour la défense des environs de Paris.

«c Positions de la Seine. En débouchant de Fontainebleau, l'ennemi ne trouve d'obstacle, et

notre armée n'a de position cjue sur la rivière

d'Essonne et sur celles d'Oge et d'Yvette. A la

position d'Ëssonnes se rattachent les postes de

Corbeil et du Moulin à poudre. La position des.

rivières d'Orge et d'Yvette est celle du maréchal

de Puységur,etl'on peut j rattacher comme poste,

à Id gauche de la Seine, celui de Yilleneuve-S^-

Georges.

« On a vu (i*". part, du rapport) que le poste.

de Corbeil, fameux dans les guerres de la ligue

et delà fronde, et celui deViUeneuve-Saint-Geor-.

ges, si bien occupé par Turenne, étaient aussi en

1792, les postes avancés de droite de la ligne de

défense de Paris ^ entre Nogent-;sur-Marne et

Saint-Ouen sur la Seine.

(c Après Juvisjr, l'ennemi arrivant par la route de Fpntainebleau, peut se. porter sur les barrières, de Paris, par la plaine haute de Long-Boyau et par la plaine basse d'Ivry. 11 ne reste pour menacer son flanc gauche ou ses derrières, que les. positions latéralesd'Antony, au coude de la rivière de Bîèvre^et deFontenaj-aux-Roses^enà^i^db du vallon de Plessis-Piquet.

« Le comité de défense y après avoir examiné sur !a carte les positions indiquées, adopte l'avis du rapporteur, de les considérer et de les traus-

(75 > mettre an prmce de Neuf-châlel, comme de pre*miers renseignemfeiits à vérifier et compléter par ks recoimaissancesi Mais l'empereur, par sa note,, prescrivant en outre au comité de défense, défaire reconnaître les positions à occuper entre Châlons et Paris, le président annonce quM se propose d'envoyer des officiers sur les lieux et charge le rapporteur de préparer de suite leurs instruc^ tions..

i6 Janvier i8i4«

« Le président du comité de défense est informé que le prince de Neuf-châtel ayant, par un ordre du i3, demandé à M. le colonel Bonne, commandant les ingénieurs-géograplies attachés au major général, un projet de reconnaissances sur la route de Châlons à Meaux,a^ dans la journée d'hier, approuvé Texécution du projet

« Cet ordre réduit les reconnaissances à exécuter^sousla direction du général Dejean, à celle des routes qui sont à la gauche de la Marne. Mais il importe^ dans cette double direction, d'éviter les doubles emplois et surtout les lacunes. Le général Dejean invite M. ** à rédiger .en conséquence

(76) les projets d'instruction et à partager le terrain entre les deux officiers que le ministre a désignés pour ce travail. Ce sont MM. les capitaines Eynard et Lapie du corps des ingénieurs-géographes.

« M. ** soumet en conséquence au général Dejean deux projets d^instruction pour les officiers et une note pour le colonel Bonne.

«L'instruction pour le capitaine Eynard, embrasse les positions a reconnaître; i^ sur la route de la Ferté-sous-Jouarre à Châlons, par Montmirail : 2^ sur la ligne de défense entre la Marne et la Seine depuis les marais de Jaalons jusqu'à ceux d'Anglure : 3'. sur la route de Vitrjr à Meaux et Lagny, par Sezanne, la Ferté-Gautier et Coulommiersj Finstruction lui recommande de reconnaître en passant les positions de Bussières, Basse- Ville, Vieux-Maisons et Montmirail; d'arriver le plutôt possible à la position d'Etoges sur la ligne de défei4se :là, il s^abouchera avec l'ingénieur que le colonel Bonne aura chargé de reconnaître les marais de Somme-Soude et les débouchés qui peuvent servir à tourner la position de Jaalons. Il parcourra ensuite la ligne des marais et observera surtout les trouées entre les marais de Somme- Soudé et de S*. Gond > la foret de Fratonne et les

(77) marais d'Anglure. A son retour il reconnaîtra, sur la route de Vitrj à Meaùx par Sezanne , les positions du Grand-Morin et spécialement celles de Coulommiers qui tient le nœud des routes de Sezanne à Meaux et Lagny; de CouîUy qui est à la croisière des routes de Meaux à Coulommiers, Lagny et Melun. Sur cette ligne, il liera ses reconnaissances à celles que le capitaine Lapie doit faire sur la route parallèle de Paris à Nogent par Provins.

<s Par ses instructions, le capitaine Lapie devait aussi se lier avec le capitaineEymard , observer sur sa route les postes de Brie-Comte-Robert, Nangis et Provins 5 les positions qu'on peut prendre avec plus ou moins d'obstacles naturels , à Ozouër-le- Voulgis, à la Haye de Nangis, à la petite Bretoche, à Provins, dans la forêt de Sourdun. Mais il doit arriver le plutôt possible à Nogent pour reconnaître les passages et les positions qui peuvent servir à. la défense de la Seine, de Troyes à Montereau. Sur la route de Nogent à Paris par Melun, il reconnaîtra surtout les débouchés que présentent les divers passages de la Seine. Le passage de Bray donne à reconnaître les débouchés sur Provins et Nangis et les positions d'Everly-aux-Ormes, de Luisetaines et de Donnemarie. Le pas-

sage de Montereau offre à décrire les débouchés sur Donnemarie, Nangis et Melun; la position de Surville au sortir de Montereau j celle des bois de Montigny, à la division des routes de Naugis et Donnemarie; celles du Chatelet et de Mdun où finira la reconnaissance.

« La reconnaissance dirigée par le colonel Bonne a pour objet, i*. de coordonner les diverses reconnaissances; 2^ d'indiquer quelques points à reconnaître qui ne sont pas énoncés dans l'instruction générale j 3*. de s'entendre sur les principes d'après lesquels on déterminera les positions défensives. On a déjà vu (instruction pour le capit. Ëymard) que les reconnaissances doivent se lier surtout entre les marais de Somme-Soude et de SS Gond. L'instruction du colonel Bonne indique, sur la ligne de ces marais, les points de Jaaions, Champigneul et Chaintrix, où ils sont traversés par la grande route, par la route d'Avize à Châlons et par celle de Cbâlons à MontmiraiL Mais il importe aussi que le colonel Bonne fasse reconnaître les points de Bienge, Bussy et Villeseneux, Sondé etSpmmesons, où ces marais sont traversés par les routes de Châlons à Vertus, de Vitrjr à Épemay, de Vitry à Fère-ChampenoisC) d'où l'on regagne par la traverse les deux premières routes.

(tM. le colonel Bonne prescrit de reconi^ître une position sur la rive droite du Surmelin entre cette rivière et la Marne. On fait observer que cette position, bonne pour l'ofifensive, serait dangereuse en défensive, puisqu'elle donnerait, en cas de revers, à descendre et à remonter ks rampes du vallon de Crésancy. A ce sujet, la note rappelle cette maxime déduite de l'expérience: « Les positions, en avant des défilés, ne convien- <c nent qu'à des armées fortes et dans l'offensive : « quand elles sont faibles et sur la défensive, les K défilés doivent toujours être en avant de la po- K sition. » On propose en conséquense, d'établir en principe que les positions défensives seront déterminées en deçà des vallons ou défilés, Iç front couvert par les ruisseaux et autres obstacles du vallon; en occupant comme postes avancés ^ les villes et villages situés dans le vallon ou sur la berge opposée.

K La note appelle aussi l'attention du colonel Bonne sur les deux positions qu'on peut prendre à Château-Thierry, à la droite et à la gauche du vallon de Yincelles, pour garder les routes de La Ferté ou de Soissons, en tenant, comme postes avancés , la ville et le faubourg de Marne. Dans la position de Montreuil-aux-Lions, on lui signale

■ (8o), les moyens qu'aurait Fennemi de la tourner par la gauche.

tf Le colonel Bonne ne croit pas qu'il y ait de position à La Ferté et regrette que la ville ne soit pas fortifiée. La note appelle son attention: i*. sur l'obstacle qu'opposent à l'idée de fortifier cette ville, les hauteurs qui la dominent à la droite de la Marne: 2*.'sur la position défensive qu'offrent les hauteurs de la rive gauche, en deçà du Petit- Morin. Mais ce qui paraît mériter surtout la sollicitude du colonel, ce sont les routes par lesquelles on peut se porter sur le flanc gauche des positions entre Château-Thierry et Meaux.

« En effet, l'ennemi peut, de Châlons, diriger un corps sur Rheims et de ce point sur Compiègne, par la traverse de Fère-en-Tardenois et Yillers- Goterets, en coupant les routes de Soissons à Château-Thierry , Meaux , Dammartin et Senlis. De Château-Thierry, l'ennemi peut aussi se portei*par des traverses praticables à Crouy-sur-Ourcq, d'où il peut se diriger sur Meaux par le vallon , ou en gagnant la route de Villers-Coterets. Ces routes transversales tournent ou éludent les positions de Château-Thierry à Meaux, et vont couper toutes les routes, entre la Marne et l'Oise, qui rayonnent sur Paris comme centre.

« De ces considérations et de toutes celles qui sont déduites dans le cours du mémoire, ou qui ont déterminé les reconnaissances du colonel Prost, on conclut que le système des reconnais^ sances, d'après la direction actuelle que Tenuemi peut donner à son armée et à des corps détachés , devrait embrasser; i* pour ce qui s'exécute sous les ordres du prince de Neuf-châtel, le'pays entre la droite de la Marne et la gauche de V Aisne et de VOise: 2*. pour ce qui s'exécute sous les ordres du général De Jean, le pajs compris entre la Loire et la Marne. Pour établir l'unité entre ces reconnaissances, un membre du comité serait chargé de se concerter avec le colonel Bonne , sur tous les points qui n'exigeraient pas de communications directes du général Dejean avec le prince de Neuf-châteL

« Le général Dejean approuve; i^ les instructions pour être jointes à s^^ ordres aux capitaines Eymard et La pie: aMs^ note pour être jointeà une copie des instructions et transmise avec ces copies, au prince de Neuf-châtel.

i^ Janvier i8i4*

« Le colonel Prost adresse au président du comité de défense, le rapport de la reconnaissance (ju'il a été chargé de faire, sur la ligne de défense indiquée dans la note qu'il a lue au comité* le 29 décembre dernier. Cette ligne de défense s'étend , comme ou l'a vu, de la Loire à la Vesle. '

« I^ Entre la Loire et la Seine, elle suit la direction des canaux de Briare et de Loing. Le colonel Prost fait voir que les communications qui se dirigent de la vallée de l'Yonne sur ces canaux, sont dans un état plus ou moins grand de dégradation et traversent un pays peu favorable à l'offensive. Il ne dissimule pas que les écluses qui n'ont entre les deux murs que 20 à 3o pieds de largeur, n'offrent à l'ennemi des points de passage faciles et nombreux , difficiles à surveiller, mais surtout à défendre. Il croit que cette imperfection est compensée par la double ligne qu'ofireut presque partout les canaux de Briare et d'Orléans, le canal et les bras de Loing. Il indique sur cette ligne, les postes à occuper et les positions à défendre* Il insiste sur la nécessité de défendre la

Loire, comme appui de la droite, en coulant les bacs, en retranchant la tête ou en coupant les arches des ponts de Gien et d'Orléa&s. Enfin dans l'hypothèse où Fenneml dirigerait son oiSensiye, de la vaUée de F Yonne sur Fontainebleau, par la route de Moret et de Nemours, le colonel Prost indique les positions qu'on peut prendre pour défendre Ventrée de la forêt, en deçà de Moret et au dessus du village de Bouron sur la route de Nemours: positions qui se lient, et dont la gauche s'appuye à la Seine un peu plus bas que lé confluent du Loing.

ce 2^ Depuis le confljaent de Loing jusqu'au ma-, rais d'An^lure, la Seine n'est guéable nulle part ^n hiver et n'ofire, au dessous de Nogent, que des ponts de bois qu'on peut détruire: ce qui réduit les points de passage aux ponts en pierre de Notent, Bray et Montereau. Bray ne tient que deux communications secondaires de Nogent à Montereau et de Sens à Nangis. Le colonel Prost croit qu'on peut l'abandonner.

« Mais Nogent et Montereau tiennent le nœud des grandes communications qui, de Paris, se dirigent par Sens, Troyes, Mery-sur-Seine et Bar-sur- Aube, vers Dijon, Langres et Nancy.

te A Montereau, le colonel Prost indique la po-

(84) sition de Surville ^ plateau où est situé le château de ce nom et qui domine le faubourg S\ Nicolas, Jia ville et les vallées delà Seine et de l'Yonne. A Nogent, la nature du terrain et Timportance de ce poste, lui paraissent exiger un camp retranché. Si Tarmée était forcée de Pabandonner, iljui serait facile d'assurer sa retraite , en coupant les chaussées sur lesquelles les routes de Paris et de Sezanne traversent les marais qui séparent la Seine des collines de la rive droite,

ic 3^ Entre la Seine et la Marne, le colonel Pr os t détermine les obstacles qu'on peut opposer à l'ennemi qui choisirait pour ligne d'opération , la route de Vitfy à Paris par Sezanne, ou celle de Châlons par Château-Thierry et Montmirail. La route de Sezanne impraticable l'hiver de Vitry à Sommesons est presque terminée de Sommesons à Sezanne, et bonne de Sezanne à Paris. Enfin cette route est coupée à Sommesons, par la grande route de Châlons à Ards-sur-Aube et Troyes. La route de Nogent à Éperi|iay, coupe à Sezanne celle de Vitry à Paris: mais cette route ferrée ou pavée en partie, non terminée, en mauvais état, est très dangereuse en hiver. La route de Châlons à La Ferté par Montmirail est bonne et terminée à deux lieues près. Celle de Châlons par Chât^eau-Thierry est en bon état.

« L'ennemi peut donc marcher par ces trois routes, en partant de Châlons et d'Arcis-sur-Aube. Mais elles traversent la ligne de défense formée par les marais de Quendes ou d'Anglure, de S^ Gond et de Chaintrix à Châlons. On peut détruire ou défendre ayec facilité les routes et chaussées qui traversent les marais. Des coupures suffisent Mais les routes qui traversient à droite et à gauche des marais de S\ Gond, les trouées de Sezanne et d^Etoges, exigent un autre genre de défense. Sur la trouée de Sezanne, on trouve comme obstacle naturel la forêt de Fraconne,la position de Brojes et Allemand, celle des hauteurs, à la gauche de la vallée de Sezanne et , pour position de retraite , le plateau de Meurr, entre Meix et Pont-S'-Prix. Sezanne n'est point un bon poste, mais on peut jr former les magasins, la manutention et autres établissements d'un corps d'armée. .

« Sur la trouée d^Etoges^ les obstacles naturels sont le bois de S^^ Maure, les belles positions de Coisardà Vertus ^ et, en position de retraite, les hauteurs qui dominent Etoges et Congy.

« En gardant ces sommités, notre armée aurait derrière elle, les plaines les plus fertiles de la Brie, et tiendrait l'ennemi dans la plaine crayeuse de la Champagne où il manquerait de vivres et d'abris.

K 4*. Entre la Marne et la Seine, l'ennemi peut se porter de Châlons sur Rheims , en passant la /^e^feàSilIery; ou cfÉpemajr sur Rheims. Outre ces routes, il peut, en s'emparant de Louvois, se porter à volonté sur Épernay ou Rheims. Cette dernière communication est en mauvais état. Le contrefort qui sépare la Marne et la Vesle, forme, entre Rheims et Épernay^lamontagne de Rheims, couverte de hois sur les sommets et fie vignobles sur les pentes. Les sommités boisées sont faciles à défendre. Sur les pentes, le colonel Prost indique deux positions. La première coupe la route de Châlons à Rheims; la droite à Villers-Marmery , la gauche à Commeljr, solidement appuyées aux marais impraticables de la Vesle. La deuxième est en avant de Bourj sur les hauteurs, un peu au delà de la ligne qui va de Louvois à Bapeuil. ^

« Le comité de défense trouve que le rapport du colonel Prost renferme des indications prises ou vérifiées sur les lieux, et qui sont précieuses, soit comme matériaux po^ir les combinaisons de Fempereur, soit comme bases des reconnaissances qui s'exécutent sous les ordres du prince de Neufchâtel et du général Dejean.

i8 Janvier i8i4*

fc Un ordre de Tempereur dicte au* général Flaiiaut^ un de ses aides de camp, détermine les bases du dispositif de défense à prendre sur le Rhône, si Lyon est occupé par Fennemi.

. « Le maréchal Augereau, avec une division de la réserve de Lyon et les gardes nationales des 19, et 2i^. divisions militaires, évaluées à seize mille hommes, garderait les routes de Lyon à Paris par Maçon et Tarare, et ferait occuper le pont S*. Esprit.

« Le général Marchand^ avec le reste de la réserve et les gardes nationales des 7* et 8*. divisions militaires ( évaluées à douze mille hommes) , occuperait Chambéry, Grenoble et Vienne, point sur lequel on pourrait aussi diriger la division de Nismes.Dans cette position, le général Marchand se lierait avec l'armée d'Italie iful va se rapprocher des Alpes; les communications seraient ainsi assurées, soit avec Turin, Alexandrie et Gênes, soit avec Avignon, Marseille et Toulon. Les quatre vingts bouches àfeudirigées sur Avignon, auraient leur retraite sur Toulon. Du côté de l'ennemi, le général Marchand, en se tenant sur la route de

( 88) Chambérjr et de Vienne, menacerait Bourg et la retraite de reniietni sur la Suisse et l'ennemi ne pourrait tenir à Lyon.

ce Le but commun du maréchal Augereau etdu général Marchand serait de rentrer à Lyon, et alors les deux armées n'en feraient plus qu'une.

(c L'empereur prescrit d'adresser d'abord des instructions au maréchal Augereau. Il consulte le comité de défense sur cette question: ic Est-ce à Grenoble , Chambéry ou Vienne que doit se réunir la partie de la réserve de Lyon qui doit rester du coté de Tlsère ? 9

19 Janvier i8i4-

Le comité de défense adopte les réponses à faire à la question précédente. Il croit qu'il faut choisir Grenoble pour centre et pivot de la défense, en occupant comme point d'appui le/or tBarrault et la citadelle de Valence, qui couvrirait le pont S\ Esprit où l'onne ferait qu'un tambour en charpente. En prenant ainsi l'Isère pour ligne de défense, on occuperait en ayant Chambéry, Bourgoin, les Échelles et le pont de Beauvoisin.

< Le comité appelle l'attention sur la perte du Rhône^ point important par 011 l'on peut toujours

(89) se porter^ au delà du fleuve, sur le flanc de Vennemi* Telles seraiezKt les dispositions de défense et d'offensive du corps aux ordtes du général Marchand.

tf Le comité indique les débouchés de la chaîne qui sépare les bassins du Rhône et de la Loire qu'il importe que le maréchal Augereau occupe ou fasse surveiller. Quant à la division qui doit défendre la route de Ljon à Paris , le comité désigne Mdcon et Autun en seconde ligne ^ comme le meilleur point de rassemblement,

« Enfin, d'après le mouvement retrc^p*ade de l'armée d'Italie vers les Alpes , le comité appelle l'attention de l'empereur sur Fenestrelle. Il faut l'approvisionner, si on le peut, ou te faire sauter^ en profitant des fourneaux faits autrefois dans ce but. Le comité décide que ces diverses observations consignées en marge de l'ordre de l'empereur et dans un résumé delà séance, seront transmises de suite au ministre de la guerre.

20 Janvier i8i4*

Le rapporteur rectifie une erreur grave qui pourraitinduire le général Marchand à une fausse mesure. 11 s'agit de la perte du Rhône. Ce n'est

(90) point comme position à occuper que ce point devait être désigné, mais comme nn pont nature t qui assure indépendamment des ponts du Rhône ^ l'action du général Marchand au delà du fleuve et sur la ligne d'opérations de l'ennemi. Mais en supposant même qu'on puisse l'occuper en ce moment, on ne pourrait s'j maintenir après la perte de Lyon contre l'ennemi maître de Nantua et du fort l'Écluse. Il faudrait même ne faire sur ce point ni démonstration, ni reconnaissances qui inquiètent l'ennemi sur ce débouché et le déterminent à s'y retrancher. Si l'on a besoin de détails sur ce passage, on le trouvera dans une reconnaissance faite sur les lieux. Le comité adopte ces observations, les fait consigner dans un résumé de sa séance, pour être mises de suite sous les yeux de l'empereur.

22 Janvier i8i4*

« Le moniteur contient aujourd'hui un détail des mouvements et de la marche des armées depuis l'invasion (i). Ce détail, les nouvelles parti-

(i) Une |>articulBritc digne de remarque, est (jue le eomilé de de-

culières,et ce qu'on sait des ordres qui viennent d'être expédiés donne les résultats suivants:

« Deux corps ennemis, celui dé Bulow dans la Belgique et de Bubna dans le bassin du Rhône, sont contenus, te premier par le général Maison,, et le second par le marécbal Augereau. Ces deux corps ne paraissent destinés qu'à des entreprises secondaires ou collatérales, et subordonnées au succès âes opérations sur Paris.

(c Mais si l'on en juge par la directit^n de nos corps d^armées, trois armées ennemies sous le titre d^année du nord, d^armée de Silésîè, et de grande armée, doivent ou peuvent agir sur Paris.

« A ces trois, armées sont opposés cinq corps commandés par les maréchaux Macdonald, Marmont, Yîctor , Ney et Morlier:

fense qui, diaprés ses fonctions et le bat de son organisation, semblerait deyoir être ayerti le premier des mesures d^ attaque prises par Pennemi» n'en soit instruit que par le moniteur et en même temps que le public. S'il est vrai, comme on Ta prétendu, que Napoléon crût k la destinée ou à la fatalité, sa propre expérience a dû le confirmer dans cette opinion désolante : on dirait qu'il s'attachait k eu faire la démonstration en refusant de faire tout ce qu'il fallait pour reculer sa chute et l'événement a prouvé que la reculer c'était s'en garantir, puisqu'il ne hii a fallu que vingt quMre heure? v.. .

«Le maréchal Macdonald qui était le i8 à Namur , a Tordre de se porter à Châlons-sur-Marue.

<x Les maréchaux Marmont et Victor, qui sont encore àVerdun et Void sur la Meuse, seront d'àprès les forces qu'ils ont en tête, obliges de se replier aussi sur la Marne.

« Le maréchal Ney est à Bar-le-Duc sur l'Ornain affluent de la Marne. Le maréchal Mortier s'est retiré de Langres sur Chaumont, dans la vallée de la Seine.

« C'est donc sur la Marne et la Seine que va s'opérer la concentration des armées. C'est par ces vallées que va se diriger la ligne d'opérations sur Paris. « Dès lors ce qu'il y avait d^incertain dans les mouvements disparaît, et> d'après l'offensive, on peut déterminer la défense.

ce L'empereur, d'après tout ce que le moniteur publie, tend à présenter l'invasion, comme également menaçante pour son trône et pour l'îndé« pendance de la France. Mais ses efforts ne produisent quelque effet que dans les pays menacés ou voisins des départements qui éprouvent lesmaux de la guerre.

«c Les esprits exaspérés par les fautes ou les torts qu'on reproche au gouvernement, se refusent à de nouveaux sacrifices: d'autres sont dans une

(93) perplexité qui les empêche d'agir et de concourir efficacement à la défense. A leurs jeux , l'indépendance même de la France est menacée par Tinvasion, mais si l'empereur triomphe, la France a tout à redouter; au dedans le gouvernement absolu: au dehors d'interminables guerres sans aure but que de substituer au^^ vieilles dynasties -une famille nouvelle, au prix de la fortune et du sang de tous les peuples.

« Cette disposition des esprits ne permet de compter qu'imparfaitement sur le concours de la population et de ces masses qu'il est si difficile de mouvoir et pour lesquelles d'ailleurs nous manquons d'armes.

« Toutes les ressources de la défense sont donc uniquement dans ce qui nous reste de troupes régulières, et dans les nouvelles levées , soit des classes de la conscription, soit des contingents d'activité des gardes nationales. Mais il faut le temps d'encadrer et de former ces nouvelles levées et d'appeler à la défense du centre, toutes les troupes qui ne sont point indispensables à la défense des extrémités. Ce temps, on ne peut l'obtenir que par une guerre purement défensiçe et qui n'expose pas nos faibles corps et l'armée, à être détruits dans une ou deux batailles.

« Quel^st, dans l'état actuel des affaires^ le :5ystème de guerre défensive, qu'il est {)ossible d'établir, en profitant de tous les obstacles naturels -ou artificiels que présentent le terrain et les places ?

« C'est afin d'offrir quelques matériaux pour la solution de ce problème que M. *** dans une note de peu d'étendue, examine les propriétés que peuvent offrir dans la défense: i^ le saillant que forment vers Autun., les chaînes qui s^pdi^ent le bassin de la Loire du bassin de la Saône et de celui de l'Yonne , et les communications, qui , de cet angle saillant, divergent et conduisent à volonté, dans les bassins du Rhône et de la Seine, sur les derrières de Pennemi: a*, les points iï appui que présentent, pour ^gir ^ur ses flancs, dans lebassin de la Seine 3 d'une part la chaîne du Morvan, entre la Loire et l'Yonne^ d'autre part, la ligne des places des Ardennes et de la Meuse,

« Mais pour tirer parti de ces propriétés, il faudrait que ces corps fussent organisés pour agir constamment sur les flancs et les derrières de l'ennemi, tandis que les corps d'armée qui lui seraient opposés dé front, feraient uneguerre active, opiniâtre, mais défensive et dirigée dans le but de gagner du temps, d'affaiblir l'ennemi et de nous fortifier.

« <De plan exigerait surtout qu'on évitâtles combats trop hasardés, jusqu'à ce que nous pussions, par nos efforts ou en profitant des fautes de l'ennemi, l'obliger à la retraite,^ où l'attaquer avec des forces supérieures et «ans mettre au hasard d'une bataille , les destinées de la France La note finit en ces termes :

«( Sans doute une victoire suivie de la déroute « des ennemis, déciderait la question avec plus de f( promptitude et d'éclat. Mais si leur armée n'est « pas rompue , le succès même augmentera notre « faiblesse s'ils nous battent, même sans nous rom- « pre, il faut à l'affaiblissement ajouter le discrète dit de l'opinion. Userait trop affligeant de calcule 1er les suites d'une grande défaite. Les journées « d'Azincourt et de Poitiers ont conduit le roi « Jean à Londres et Henri V à Paris. Une défen- « sive ferme ^ prudente et active, a quatre fois « sauvé la France ». M. *** remet cette note au général Dejean avec prière de la mettre ou de la faire parvenir sous les yeux de l'empereur.

24 Janvier 18 14-

L'approvisionnement en bois des places de guerre éprouve, sur quelques points des difficultés

(96) dont le colonel Decaux, chef de la division du génie, entretient le comité de défense. Ces difficultés ne sont pas Pobjet d'une délibération, mais d'une simple conférence.

« Le général Dejean regrette que l'empereur, déférant sur ce point à l'avis du conseil d'état ( i ) ait rejeté le projet de décret présenté par M. le comte Bergon , directeur-général des forêts , pour autoriser le ministre de la guerre à prendre l'approvisionnement en bois des places de guerre, dans les forêts des particuliers, lorsque les forêts de l'état sont trop éloignées. Il réfute une des considérations qui ont été alléguées dans le conseil, sur ce que certaines parties de la frontière, comme les Pyrénées orientales, n'étaient pas menacées. Elles le sont ou vont l'être, et alors il sera trop tard d'adopter la mesure proposée. M. *** craint qu'on ait rendu un compte inexact au général Dejean, des motifs qui ont déterminé quelques membres du conseil d'état et lui-même à combattre le projet de décret présenté par M. le C. Bergon. Le

(i) Ces mots, sur ce point y permettent de croire que Napoléon n^avaitpas toujours une granule déférence pour son conseil; ce qui ne rend que plus méritoire celle qu'il eut dans la circonstance dont il est question, et qui prouve son respect pour les propriétés.

(97) fait, alors constant, que certaines frontières n'étaient pas menacées, n'a été allégué que comme une indication du mauvais effet qu'y produirait une mesure générale et appticable à toutes les frontières.

fc On a craint avec raison quecette mesure n'allarmât tous les propriétaires, même ceux qu'elle ne devait pas atteindre et qu'elle n'augmentât ainsi la disposition fâcheuse des esprits. Mais ce qui surtout a paru décisif comme point de législation, c'est que l'autorisation demandée pour le ministre de la guerre, par le projet de décret, se trouve déjà donnée par l'article gS du décret du 24 décembre 181 1, sur le service et la défense des places qui, dans toute place en état de guerre, autorise le ministre ou le général alarmée à donner V ordre défaire rentrer dans la place les matériaux et autres moyens de tra-i^ail nécessaires à la défense. La mesure générale est donc dans ce décret, et le ministre peut, par mesures particulières ou d'application, ordonner pour chaque place, l'approvisionnement en bois, non seulement dans les forêts, mais dans les chantiers des particuliers. Il est évident qu'avec cette latitude pour les mesures particulières, il est avantageux de s'appuyer sur un ancien régle-

(98) ment, plutôt que sur un décret de circonstances. Le conseil d'état n'a donc pas mis en question, la nécessité même de Fapprovisionnement sur lequel M. le G Bergon s'appuyait avec raison de l'avis du général Dejean. Le conseil n'a été déterminé que par des motifs de législation , ou par des considérations politiques qui ne diminuent en rien de sa déférence pour l'opinion du général Dejean en semblable matière, ni de la confiance qu'inspirent sa grande expérience, ses talents et ses vertus, (i). Le résultat de cette explication, dont le colonel Decaux rendra compte au ministre, est d'inviter S. E. à donner des ordres particuliers pour l'approvisionnement de toutes les places menacées, en s'appuyant sur l'article qS du décret du 24 décembre 181 1.

25 Janvier i8i4*

tf L'empereur est parti pour l'armée. L'impératrice va, comme régente, diriger le gouvernement.

(i) On ne saurait trop faire Péloge da général Dejean. Mais dans la ciroonstance dont il est question, c'eit-k-dire quand il s'agissait du

« Le roi Joseph, comme lieutenant-général de Tempereur, commandera la garde nationale de Paris, les cadres et Fartillerie de la garde impériale, et les troupes stationnées dans la première division militaire: il correspondra pour la défense de Paris et de la première division , avec les généraux des corps chargés de la couvi'ir.

« Le roi , lieutenant-général , aura sous ses ordres immédiats: i^ le maréchal Moncejr, majorgénéral et commandant en second de la garde nationale de Paris: 2". le général Ornano, commandant la garde impériale: 3^ le général Hullin, commandant la première division militaire. La garde nationale de Paris, aura un corps d'artillerie et un corps du génie. Le général Chasseloup est désigné pour diriger le corps du génie de la garde nationale, qui sera composé des ingénieurs des ponts et chaussées, et chargé de l'exécution du dispositif de défense contre la cavalerie.

« M. *** nommé le 22,chef-d'état"major de la

salut de Pétat, il avait donblement raison de vouloir tout ce qui pouvait coutribuer k sauver l'ëtat. Dans une pareille crise, Xoaê les motifs de /e^is/atzon qui contrarient ont peu de valeur. Ici, le conseil d^ëtatn^a pas tort, parcequHl doit toujours protéger les lois; mais le général Dejean a raison parcequ^il vent sauver la patrie.

garde nationale de Paris, a été hier , en outre, désigné par Fempereur, pour être chargé près du roi de Pexpédition de tous les ordres relatifs à la garde nationale, aux troupes de ligne et à la défense de Paris; de suivre et de mettre souS sesjreux les mouvements des armées.

« Ces deux destinations et le départ du général Bertrand pour Farmée, désorganisent le comité de défense^ dont le travail perd d'ailleurs de son importance, par Fabsencede Fempereur qui lui en fournissait le sujet et les bases.

2 Février i8i4-

Le comité de défense détermine les approvisionnements et les mesures de défense relatives aux places de la Manche, de Toulon, de FEscaut et de la Somme.

« Il propose de créer, dans les gardes nationales des places de guerre, des compagnies de sapeurs-ouvriers, destinées à seconder ou suppléer dans la défense, les sapeurs de la ligne; de même que les compagnies de canonniers de ces gardes urbaines secondent etsuj)pléentFartillerie de ligne*

(lOl)

4 Février 1814.

te Le comité de défense entend la lecture de plusieurs ordres ou décrets de Fempereur datés de Brienne le premier février: à ces ordres et décrets est joint un ordre du jour qui détermine la ligne d'étapes. Sézanne est le grand quartier-général. De Sézanne, la ligne d'étapes se dirige^ sur la Marne a Épernay, Château-Thierry et La Fertésous-Jouarre. De ces trois points, tous les convois de vivres, habillement et d'artillerie se dirigeront sur Sézanne: toutes les évacuations se feront sur ces trois points, et de là, sur les dépôts de l'Aisne et de Seine et Oise.

« De Sézanne à l'armée active, la ligne d'étapes se dirige sur Brienne par Plançy, Luistre et Dampierre.

tt ha ligne (^opération est de Paris à Meaux , LaFerté-sous jouarre, Sézanne et Brienne. Sézanne dpit être mis, s'il se peut, à l'abri de la cavalerie. Le comité de défense est chargé d'étudier le pays , afin d'établir deux débouchés au lieu d'un.

« Le général Dejean prendra la direction du corps du génie de la garde parisienne et du dispositif de défense des barrières contre la cavalerie;

et le général Chasseloup ira diriger et surveiller tous les travaux de défense de la Seine, depuis Nogent et des canaux de Loing et de Briare. Telles sont les dispositions qui se rapportent au service du comité de défense.

« Le comité de défense, qui n*a sous les yeux qu'un ancien plan de Sézanne, ne peut indiquer les ouvrages qu'il convient d'y faire, et renvoyé pour les renseignements à donner, au colonel Prost, chef d'état-raajor du génie de l'armée, qui a reconnu dernièrement cette ville et les positions qui la défendent. Le comité pense en général ,^ qu'il sùflSt , tant que Sézanne sera couvert par Tarmée, de mettre cette ville à l'abri des partis, et de multiplier les ponts sur le grand et le petit Morin : si Sézanne était menacée, le comité croit que le quartier-général, placé à Mont-Mirail, serait plus facile à fortifier et à défendre.

'^ Février i8i4»

« Le comité de défense donne son avis sur Fap* provisionnement de la citadelle de Blaye, que M. le maréchal Soult propose de mettre en état de défense, parcequesi l'ennemi reprend l'offensive du côté de Bayonne^il est probable qu'une flotte

(io3)

Anglaise, cherchant à pénétrer dans la Gironde, tâchera de s'emparer de cette citadelle qui protège Bordeaux. Le comité partage l'opinion de M. le maréchal.

« M. le capitaine Lapie adresse au général Dejean, un mémoire, des plans et deux cartes qui présentent l'ensemble de son travail sur les routes de Nogent et sur la Seine: ce travail complette les rapports adressés par cet officier et par M. le capitaine Eynard, sur la reconnaissance qu'ils ont faite du pays entre Seine et Marne, d'après les instructions du i6 janvier. Ces reconnaissances vérifient ou rectifient et complètent les indications imparfaites de ces instructions. Les premiers documents ont été transmis et les autres vont l'être, par le général Dejean au prince de Neufchâtel.

12 Février i8i4-

« Le comité de défense donne son avis sur les travaux ordonnés au port de Cette , par M. le comte Pelet , commissaire extraordinaire de l'empereur dans t^la neuvième divison militaire. Ces travaux j qui ont pour objet la défense de la côte de Cette et dont la dépense est évaluée à quatorze

(io4)

mille neuf cent cinquante francs consistent: i*.en une batterie qu'on propose de construire au grau de Palavas: 2**. en une batterie de position qu'on prqposed'établir entre le retranchement de la Pey rade et le fort du Môle: 3*. à mettre en état les redoutes et les retranchements des Salins. Le comité remarque que les batteries désignées çî-dessus ^ ayant été ordonnées dans Tintérêt du commerce et ne faisant point partie du système général de défense des côtes , on peut ensuspendi'e Texécution» en ce moment Surtout où il est nécessaire de conserver les fonds disponibles pour des ; travaux plus urgents*

« Cette séance du comité est la dernière qui soit consignée au registre de ses séances.

< Depuis le départ du général Chasseloup, c'est le général Dejean qui dirige Pexécution du dispositif de défense contre la cavaleria

« Le comité des fortifications arrête le tracé des tambours et les autres bases du travail. Des officiers du génie (MM. Morlet, Bayart, Le jeune ) font les tracés. Les ingénieurs des ponts et chausr sées font exécuter les ouvrages.

i4 Mars 1814.

« Dans une reconnaissance que le roi, lieute*nant de l'empereur, a faite des travaux qui s'exécutent aux barrières de Paris, les officiers gêné raux et supérieurs qui Paccompagnaient, ont exprimé leur avis sur Finsuffisance de ce dispositif, si, comme les événements peuvent donner lieu de le craindre, un corps ennemi se portait sur Paris avec de Partillerie.

« M . *** , consulté par le roi Joseph , lui a rendu compte du premier projet, présenté le 12 janvier, pour rétablissement d'uii système de défense plus solide; et de la décision du i4 janvier, par laquelle l'empereur, en rejetant les ouvrages en terre, a ordonné les tambours et palissades qu'on achève d^exécuter. Il ne dissimule point que ce dispositif qui suffit contre la cavalerie, ne peut résister à quelques coups de canon ou d'obusier. Par le projet même du 12 janvier, on ne proposait que les ouvrages en terre indispensables pour résister aux premiers effets de l'artillerie ,. arrêter l'ennemi quelques jours et donner à l'empereur le temps de dégager la capitale. Si les résultats de la campagne, ou les mouvements que

médite l'empereur, exposent Paris à être attaqué^ par un corps d'armée qui ait de l'artillerie, il faut pour revenir au projet du 12 janvier, que les probabilités d'attaque soient assez éloignées pour qu'on puisse déterminer sur le terrain, tracer ,„ exécuter et armer les ouvrages en terre. Dans tous les cas il sera prudent de simplifier ces ouvrages de manière à en rendre l'exécution plus prompte et de les déterminer d'après la nature des troupes de ligne qu^on peut employer à leur défense. Enfin cette même défense lui paraît exiger qiûon organise les habitants des faubourgs extérieurs en compagnies de gardes nationales attachées aux légions les plus voisines de la garde Parisienne; idée qu'il avait émise en janvier j qu'il a reproduite comme chef d'étatmajor de la garde nationale et qui se trouve indéfiniment ajournée par des difficultés résultant de l'obligation de coordonner cette organisation avec

la jurisdiction que la loi donne aux maires de ces communes, et aux sous-préfets des arrondissements dont elles font partie, (i)

(i) Un tel scrapule, sous un gouvernement absolu et dans de pareilles cirooDstanoeSy est singulier. Diaprés ce princifie il aurait fallu 1^

K En se réservant de statuer sur cette dernière vue, le roi s'est déterminé à demander au général Dejean de faire reconnaître le système d'ouvrages c[ui lui paraîtrait le plus propre à augmenter en peu de temps la défense de l'enceinte. Des ôflSciers du génie ont fait cette reconnaissance et déterminé sur le terrain le tracé des ouvrages. Leurs travaux réunis et coordonnés au dépôt des fortifications, sont examinés par le comité dans sa séance de ce jour, d'après le renvoi et sous la présidence du général Dejean.

(c Ce projet consiste^ comme celui du 12 janvier: i^ à barricader et à lier aux murs de l'enceinte, les faubourgs extérieurs, de manière qu'ils soient à l'abri d'insulte, et forment une première enceinte en avant des murailles et de grands saillants qui placent en des rentrants inattaquables, les parties intermédiaires des murs de Paris: 2*". à occuper les sommités par des ouvrages en terre qui forment d'autres saillants et qui écartent l'ennemi de la partie des murailles que ces sommités dominent

permission da maire de Ssinte-Escobille, ou de ôeloi de S*. Oue» pour sau?er Paris par une mesure (jui rentrait dans leur jaris^ dictioo!

« Mai$ ce même projet diffère de celui du 1 2 janvier dans les points suivants: i^ Les ouvrages en terre qui défendent les sommités et les têtes des faubourgs ne seront pas, comme dans le projet du 12 janvier, des redoutes isolées, mais des batteries fermées à la gorge y et leurs entredeuoc par des coupures ou tranchées en terre ^ dont le relief peu élevé rendra l'exécution facile, assurera les communications et formera une espèce de retranchement destiné à inspirer plus de sécurité aux troupes peu aguerries qui le défèadraient. 2^ Les batteries fermées de la tête des faubourgs et des sommités , viendront se rattacher également aux murs d'enceinte par de longs flancs qu'on formera en profitant de toutes les clôtures qui existent, et en y suppléant par des coupures ou tranchées en terre. 3^ Les parties de l'enceinte de Paris qui pourront être battues de la campa^ gne, seront couvertes par un masque ou glacis en terre, dont le fossé formera un premier obstacle et dont le relief ne permettra que d'écraser les murs, ou du moins en laissera subsister sur une hauteur assez grande pour former un deuxième obstacle contre la surprise et l'insulte.

« Le comité des fortifications adopte ce projet dans un avis succinct auquel il fait annexer:

i'. une légende explicative des ouvrages; a*, une feuille de profils et détails^ déterminés de manière que Fexécution des ouvrages soit prompte,, facile et peu dispendieuse: 3°. un plan de Paris et de ses environs qui donne Fensemble et le tracé de ces ouvrages. Cet avis et ces pièces sont remises au roi Joseph par le général Dejean.

« Le roi ne croit pas devoir ou pouvoir prendre sur lui d'en ordonner l'exécution, (i) mais il les adresse sur le champ à l'empereur, en lui rendant compte des motifs qui l'ont déterminé à le faire rédiger. Ces motifs portent sur la probabilité d'une attaque par un corps ennemi marchant avec de l'artillerie et sur le peu de confiance qu'inspirent les tambours et palissades, non seulement aux troupes , mais encore et surtout aux généraux chargés de les défendre.

i5 Mars i8i4*

«En même temps que le comité des fortifications déterminait ce projet, le conseil d'état examinait

(i) Remarquons cette pdsillammité qui arrête dans les moments les plus critiques: ce qui suppose la crainte de l'empereur, le danger de prendre llnitiatiye, etc. Ailleurs nous ayons tu et nous ?errons cet empereur , s^arrêter loi-méme, indéds et résister aux inspirations qui le sauveraient»

celui cPune taxe de défense à imposer sur la ville de Paris, pour les dépenses de la garde na- • tionale et pour les travaux extérieurs de défense qu'exige la sûreté de la capitale. Le décret vient d'être signé. Ces travaux serviront à former des ateliers de charités que rend nécessaire, la stagnation des ouvrages et cette disposition du décret donne un but moins allarmant à des travaux que prescrit un danger trop réel. »

25 Mars i8i4*

« L'empereur, dans une de ses dernières dépêches, annonce l'aifaiblissement de l'armée par les fatigues, les maladies et les combats, «f La vieille « garde, dit-il, se soutient j le reste fond comme la « neige. » Mais l'empereur, d'après des dépêches ultérieures , n'en paraît pas moins déterminé à des mouvements offensifs sur les derrières de l'ennemi. Les maréchaux Mortier et Marmont ont ordre de suivre ce mouvement. Toutes ces dispositions ajoutent à la probabilité d'une attaque sur Paris par l'un des corps ennemis qui ne seront pas contenus. Cependant Napoléon n'a rien décidé sur le projet d'ouvrages adopté le i4 parle comité des fortifications.

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