III
•f Dans cette situation , le roi Joseph examine les mesures à prendre. M. *** consulté est persuadé (s'il en est temps encore) qu'il n'y a point un instant à perdre, pour ordonner l'exécution de toutes les mesures ajournées. Le général Maurice Matliieu, chef d'état-major du roi, lui présente avec franchise, toutes les considérations qui peuvent influer sur sa détermination. Le roi se détermine à ordonner ou requérir les mesures suivantes: i**. le ministre de l'intérieur ouvrira, sur la taxe de défense, un premier crédit de quinze mille francs: 2° sur ce crédit, le général Dejean fera de suite murer les portes , barrer les rues ou chemins, exécuter les coupures et les petits travaux nécessaires pour que les faubourgs extérieurs ayent une enceinte continue, à l'abri d'une surprise, qui se rattache à l'enceinte de Paris, et forme en avant une première ligne de défense. En même temps, le général Dejean fera tracer les batteries autres ouvrages ou en terre et disposera tout pour qu'au premier ordre de l'empereur, on puisse en commencer l'exécution. 3**. Le général Hullin donnera au directeur de l'artillerie, l'ordre de faire de son côté, toutes lés dispositions nécessaires pour mettre en position à la tête des faubourgs et sur les points principaux des hau-
leurs quelques batteries de canons et â^ohusierSyen se conformant aux emplacements déterminés pour les batteries fortifiées , dans le projet du comité des fortifications. /\. Les habitants des faubourgs seront organisés en compagnies de gardes nationales et ces compagnies seront rattachées aux légions les plus voisines de la garde parisienne. 5^ Les troupes de ligne seront relevées par la garde nationale et la gendarmerie municipale dans le service des barrières. Ces mêmes troupes seront employées comme postes oivl*éserves,à garder et défendre les allées et avenues des faubourgs extérieurs. Elles y feront les patrouilles , les reconnaissances et le service de postes avancés, dans toute la rigueur des ordonnances sur le service des places et des troupes en campagne.
Le roi communique ce dispositif au général HuUin, et adresse copie de sa lettre au général De Jean. Celui-ci donne sur le champ des ordres pour toute la partie de ce dispositif qui le concerne, (i)
(i) Les travaux, ordonnés trop tard, ont été commencés,, mais ^ont pu être exécutés pour la bataille du 3o mars.
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Voici la lettre du roi Joseph à M. le général de division comte Hullin, commandant la I'^ . dis^ision militaire et la ville de Paris. (i)
Monsieur le comte,
Les opérations de Tempereur pourraient exiger que Paris fut dans le cas de se défendre pendant quelques jours, contre des partis, ou même contre un corps qui amènerait du canon.
Il est impossible de défendre contre du canon Fenceintede Paris, telle qu'elle est; c'est-à-dire fermée d'un simple mur et de palissades aux barrières, principalement sur les points où ces clôtures sont dominées de près par les hauteurs ou par les bâtiments des villages, et faubourgs extérieurs.
Un projet a été rédigé par les soins de M. le général comte Dejean et du comité des fortifications pour couvrir d'ouvrages en terre d'une exécution prompte et facile :
(i) Elle est transcrite snr une copie certifiée conforme par le gènértdde dmsioTty chef de P état- major de S, M, ierolJosêph^ei sîenée comte Maurice Mathieu,
I*. Les têtes et les flancs de ces villages et faubourgs et les points dominants de ces hauteurs :
2*. Les parties du mur et des barrières que les postes avancés ne couvriraient pas : un décret du i5 de ce mois a ordonné la levée d'une taxe de défense pour Pexécution de ces travaux qui serviront en même temps d'atelier de charité. Cette exécution commencera dès que Tempereur aura approuvé le plan du projet qui est sous ses yeux.
En attendant, il convient d'arrêter de suite le dispositif des troupes qui doivent servir à la défense de ces ouvrages et à la protection des travaux pendant t exécution. Ces postes extérieurs trouveront de premiers défenseurs dans les gardes nationales de ces villages et faubourgs qui doivent être organisés en compagnies et rattachés aux légions de la garde nationale sédentaire de Paris.
Mais il me parait indispensable que ces postes avancés soient gardés et défendus par des troupes de ligne qui fassent le service d'avant-poste avec toute la rigueur prescrite dans les cantonnements , etsoient continuellement employés aux patrouilles et reconnaissances extérieures.
Afin de rendre disponibles pour les postes extérieurs y les troupes de ligne qui sont actuellement
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employées à la garde des ba^ières,la garde nationale, à compter du 24 ^ midi, sera seule cbar« gée de garder Tenceinte de Paris.
Seulement d'après des ordres qui seront don,nés à cet efiet par M. le ministre de la police , la gendarmerie impériale de Paris, placera aux barrières où elle n'a point de poste et qui sont ouvertes, un brigadier ou gendarme, pour y remplir les fonctions de consigne, telles qu'elles sont déterminées par le décret du 24 décembre 181 1 et par l'ordonnance sur le service des places.
Au moyen de ces dispositions, les troupes de ligne qui occupaient des postes aux barrières, seront disponibles et occuperont de suite les villages et faubourgs extérieurs qui doivent être retranchés d'après le plan de défense et la légende annexée qui vous seront communiqués par M. le général-sénateur comte Dejean, i*'. inspecteur général du génie. Vous vous concerterez avec lui pour que les officiers du génie qui ont fait les projets, se trouvent avec les officiers d'état-major de la place, à l'établissement de ces postes avancés, et se concertent avec eux, de manière que le dispositif des troupes et les consignes à donner, soient coordonnées au dispositif de défense et servent à protéger l'assiette et l'exécution des travaux.
J'iavite M. le général Dejean à faire tracer de suite les ouvrages, et à tout disposer pour cpie les ateliers soient prêts et puissent mettre la main à Tœuvre au premier ordre.
Je Fautorisé à faire exécuter de suite les premiers travaux de clôtures pour fermer les murs des villages et faubourgs extérieurs qui aboutiront aux routes et chemins vicinaux ou d'exploitations , et pour faire murer les portes des murs de clôture des cours et jardins qui donnent sur la campagne, de manière que les garnisons de ces villages et faubourgs ajrent une enceinte continue fermée par ces murs et clôtures.
J'invite le ministre de l'intérieur à ouvrir d'urgence, pour ces premiers travaux, un premier crédit de quinze mille francs sur la taxe de défense et à donner de suite au préfet de la Seine l'autorisation d'en faire les avances sur la caisse municipale.
Gomme il est nécessaire qu'il y ait de suite de l'artillerie placée sur les points principaux des hauteurs et à la tête des faubourgs, je vous invite à vous assurer les moyens que peut avoir le directeur d'artillerie de Paris, pour faire mettre en position quelques batteries de canons et d'obusiers, en coordonnant de même la position de ces pie-
("7) ces au projet de défense et à la protection des tra-
vaux.
Je vous invite à vous concerter ^vec M. le maréchal duc de Conegliano, pour tout ce qui est relatif au service de la garde nationale.
Je crois aussi qu'il est nécessaire de prendre des mesures pour l'évacuation des prisonniers dangereux et des hôpitaux qu'il importe plus que iamais,non seulement de ne pas encombrer, mais de rendre disponibles, du moins en partie. Je vojis prie de prendre et de provoquera cet égard, les mesures qui vous concernent comme général commandant la première division et la place; et je vous engage, dans cette double qualité, à prévoir le cas où il faudrait en effet défendre Paris contre l'ennemi , ou contre des mouvements intérieurs et à prendre ou préparer toutes les mesures prévues, dans les cas extraordinaires, soit par les décrets qui ont institué la gendarmerie impériale de Paris et les états-majors de la place et de la division, soit par le décret-général du a4 décembre i8ii.)i
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ag Mars i8i4*
K Telles étaient, le soir du 28 mars, les pos^ tions respectives des armées ennemies et des corps de l'armée Française qui se dirigeaient sur Paris.
« Avant de suivre leurs manœuvres,ilest néces^ saire d'exposer la situation de la capitale.
« Le conseil de régence venait de changer cette situation. L'impératrice et le roi de Rome étaient partis. Les membres du conseil, les grands dignitaires, les ministres partaient ou préparaient leur départ. Le roi Joseph, le ministre de la guerre et le ministre-directeur restaient encore. Mais le gouvernement allait être transféré sur la Loire^ Paris n'était plus qa'une place^ une position militaire qui devait résister à une attaque.
« Sous ce rapport, c'est sa situation militaire qu'il importe surtout de développer.
« Le roi Joseph était lieutenant général de l'empereur, dans la première division militaire^ le général Maurice Mathieu, son chef d'état major, était chargé de l'expédition de ses ordres et de sa correspondance.
ff D'après les instructions de l'empereur, les attributions du roi étaient de deux espèces.
« Les unes étoient relatives à l'organisation des corps qui dévoient renforcer l'armée. Le roi, avec le concours du ministre de la guerre et du ministre -directeur devait hâter l'incorporation des levées dans les cadres, les passer en revue, et les diriger sur les corps de l'armée active. Le général Ornano était spécialement chargé de l'organisation des cadres de la garde impériale (i).
c Deux officiers généraux organisaient les cadres des troupes de ligne , le général Fririon (2) ceux de l'infanterie , le général Préval (3) ceux des troupes à cheval. Le général r^égro formait àYincennes, les batteries d'artillerie. Jusqu'à leur départ ces troupes et ces batte^ ries devaient au besoin concourir à la défense de Paris et de la division.
« Le reste des attributions était relatif à cette défense considérée en elle-même et dans ses
(i) Le gëoëral baron Faix, inspectear en chef aux reraes de la garde,^ maître des requêtes au conseil d^ëtat,.. section de la gnent , était charge de cette organisation dans les rapports administratif.
(a) Le général de division comte Fririon, inspecteur général dWanterie, frère da secrétaire général de la guerre.
(3) Le général de brigade Pré?al, inspecteur de cavalerie /maître des Mqoétes an conseil d^état, section de la guerre, commandant le dépôt des remontes k Versailles.
rapports avee les opérations militaires , et ces opérations embrassaient les forces disponibles, les travaux matériels de défense et le mouvement des armées dans ses rapports avec la défense de la division.
« hes forces disponibles étaient de trois espèces et chacune était placée sous un chef militaire qui venait tous les jours prendre les ordres du roL Le maréchal Moncej (i) , commandait la garde nationale de Paris et du département de la Seine. Le général Hullin (2) avait sous ses ordres les troupes de ligne et rartillcrie affectées au service de la division. Le général Ornano réunissait à Forganisation des cadres le commandement des réserves et de l'artillerie de la garde impériale.
« Le général comte Dejean (3) dirigeait sous Fautorité du roi^ les travaux de défense ordon-
(i]^M»le mavéchalMoQcey duc de Gônégliano, premier iaspectenr général de la gendarmerie^ major général commandant en second de la garde nationale.
(a) Le général de division comte Hullin, commandant la première division militaire et commandant d^armes de Pans.
(3) Le général comte Dejean sénateur , ancien ministi'e directeur de d^administration delà guerre, 1er inspecteur général du génie,, président d n comité de défense et du comité des fortifications.
nés autour de la capitale et pour les autres points de la division.
ir Enfin diaprés les instructions de Tempereur, le chevalier AUent, chef d'état-major de la garde nationale, devait « suivre les mouvements des « armées, les mettre sous les yeux du roi et lui en ir faciliter la connaissance. » Il avait, en outre,^ diaprés d'autres ordres. « A connaître les diffé- « rentes positions militaires de la première divi-^ « sion militaire sur les diverses avenues de « Paris. »
< Telles étaient en général les dispositions de Fempereur pour la défense de Paris.
ir Ces dispositions étaient empreintes d^une vue capitale : le roi Joseph n'avait comme militaire ni leurs connaissances positives ni le caractère qu'il fallait pour imprimer à ces rouages l'unité, la force et la rapidité d'action qu'eussent exigées les circonstances. Il n'était à cet égard suppléé par personne. Le seul des chefs qui eut, avec l'expérience du commandement en chef, le grade qu'il aurait exigé, le maréchal Moncey, n'était chargé que de la garde nationale et par une incohérence remarquable, les corps dans l'état de guerre où était Paris auraient dû prendre^^ aux termes des lois et ré-
glements (i) les ordres du général HuUin, qui se trouvait à la fois sous les ordres du maréchal, comme un des aides majors généraux de la garde parisienne et indépendant, comme commandant la division et la place.
,« Après le coup d'œil jeté sur l'ensemble de cette organisation, il est nécessaire de la considérer dans ses divers éléments.
«Nous exposerons d'abord en peu de mots les projets faits,, les ouvrages ordonnés, les travaux exécutés pour ta défense matérielle de Paris et les environs.
tf Nous examinerons ensuite pour la garde nationale , les troupes de ligne et la garde impériale, la force et la situation des corps, et le rôle qu'ils devaient jpuer , d'après les instructions de l'empereur pour la défense de la capitale.
«Après avoir établi de la sorte la position militaire de Paris au 2g mars , nous rappelerons succinctement quelques particularités de cette journée et ces particularités nous amèneront à compléter le tableau de la capitale seulement jusqu'à
( i) Décrets de i8i i sar la disdpline militaire.
l'arrivée des corps de Parmée française qui se repliaient sur Paris.
« Nous suivrons dans celte même journée les manœuvres des armées ennemies et des trois corps de l'armée Française jusqu'à Tinstant où ceux-ci, arrivés sous les murs de Paris, sont entrés comme forces principales dans les éléments et les combinaisons de sa défense.
« Cet exposé sera terminé par une courte analyse des ordres et des dispositions donnés par le roi et par les chefs militaires pour la journée du lendemain.
« Quels que soient mes efforts pour Pabréger, ce développement des ressources de la défense et des causes qui Pont abrégée, sera fort étendu. Mais il peut seul, en dégageant de détails qui embarrasseraient la description de la journée mémorable du 3o mars, expliquer les incidents variés qui la compliquent et cette apparente fatalité qui n'a amené Bonaparte sous les murs de Paris que pour assister à ce grand événement.