‹ Suites de couches normales et pathologiques [microforme]Chapitre 35 sur 62 · NOTIONS GENERALES · texte numérisé non relu

NOTIONS GENERALES

En présence d’une élévation de température, si légère soit-lle ou d’une accélération marquée du pouls dans les suites de couches, il faut toujours avoir présent à l'esprit cet axiome: il y a infection sûrement. si l’on ne peut trouver aucune autre cause pour expliquer cette élévation de température ou cette rapidité du pouls. Il faut donc pratiquer un examen méthodique, systématique, non seulement pour établir le diagnost: dune infection puerpérale ou, d'une autre affection, mais même pour dépister le début de l'infection, afin d’instituer un traitement rapide et opportun.

D'une part, c’est non-seulement inutile, irrationnel, d’instituer un traitement local, de pratiquer certaines manœuvres sur un utérus nommal, c’est même dangereux: car on ne touche pas impunément cet organe dont la surface interne n’est qu’une vaste plaie

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toute prête à devenir un bon milieu de culture, une étuve pour la pullulation des germes, et dont la masse totale ou le corps tout entier, qu’on peut comparer facilement à une éponge à cause de ses nombreux vaisseaux sanguins et lymphatiques, est tout prêt aussi à absorber rapidement ces germes, D'autre part, traiter, pour toute autre chose, pour une toute autre maladie, comme on a malheureusement trop de tendance à le faire, une infection puerpérale ignorée, méconnue soit volontairement soit pas in-nffisance de recherches où d’examen, soit par crainte qu qu'en dira-t-on, c'est courir au-devant d’un désastre irréparable, On ne tâtonne pas, on n'hésite pas en présence d'une infection puerpérale: on ne fait pas semblant de l'ignorer dans l'es. bérance qu'elle guérira seule et sans tapage, ignorée au

moins de l'entourage: il faut avoir le courage de la feconnaître et surtout de la traiter.

Pourquoi tant de femmes meurent-lles d'infection puerpérale ? Bien souvent parce que le médecin n'a pas voalu reconnaître l'infection, même quand elle était manifeste dans ses symptômes: bien souvent parce que e médecin, pris de fausse honte ou de crainte d'être accusé de négligence, de faute grossière, ne l’a ni avouée aux intéressés, ni voulu se l'avouer à lui-même. Reconnue à temps, prise à temps et combattue rapidement, elle avorte dans son ébauche: mais ignorée, méconnue où traitée mollement, indifféremment, elle se dé veloppe, grandit, se généralise et devient sérieuse, grave, mortelle,

Ce n’est pas tout de diagnostiquer une infection nuerpérale, il faut encore en établir la localisation. Il ne faut pas prendre trop au sérieux cette affirmation

presque unanime des auteurs: la forme la plus commu ne de l'infection puerpérale, c'est l'endométrite; il ne faut pas croire qu’il faille de suite envahir l'utérus lorsqu'on se trouve en présence d'une infection puerpérale. Peut-être, mes élèves se rappellent-ils que, dan: mes cours et mes cliniques, j'ai souvent insisté dans li but de corriger la fausse impression sous laquelle ja très grande majorité des accoucheurs nous ont laissés malheureusement. J’ai souvent répété: on nous di! que à forme la plus commune de l'infection puerpérale, c'est l'endométrite; eh bien! moi je vous dis que ce n'est pas l'endométrite, mais la vaginile. En tout cas, avant de traiter, assurez-vous de la localisation ou du point d départ de l'infection; vous ne ferez ras fausse routr et vous n'aurez pas propagé à l'utérus une infection qui n'avait comme siège qu'un vagin éraillé, déchiré.

Les suites de couches doivent être absolument afébriles. La température moyenne prise dans la bouche. doit osciller entre 36.8° et 37.2°, en présentant son élévation de 2 à 5 dixièmes de degré ver le soir. [La température doit être prise avec le thermomètre an moins deux fois par jour, à 8 heures le matin et à heures l’après-midi. On ne doit jamais se contenter de la main pour constater l’état de la température. Ce dernier procédé est infidèle et trompeur, et laisse passer inaperçues des ascensions légères de 38° à 38.5°: escensions qui ont une signification précieuse pour qui connaît la marche des suites de couches, le début et l’évolution des différentes variétés de l’infection puer pérale; ascensions qui peuvent modifier la ligne de conduite immédiate du médecin et lui permettre de porter de bonne heure un pronostic à longue portée,

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Rappelons une chose sur laquelle j'ai insisté mainles et maintes fois dans mes cours et mes cliniques, chose que j'ai prouvée tant de fois au-delà de tout doute: 1! n'y a pas de fièvre de lait; la fièvre de lait n'existe que pour les médecins qui ne veulent pas chercher ou reconnaître la cause de l'élévation de température, Cette prétendue fièvre de lait s’explique foujours, oui toujours, autrement que par la montée du lait, Cependant la température des douze premières heures, qui suivent la délivrance, est influencée par le travail et !à durée de ce dernier, sa marche plus ou moins normale. la quantité de sang écoulé, le moment de la journ‘e on ce la nuit, “L'élévation de la température, pendant les douze premières heures des suites de couches, est surtout évidente quand elle coïncide avec celle qui se produit chaque jour vers le soir, de quatre à huit heures par exemple (Tarnier et Budin).” Cette fièvre de travail, qu’elle soit causée par la fatigue, par un peu ‘linfection amniotique ou par suite de la résorption léléments thermogènes (sans infection) ne dure pas Plus de douze heures. Puis la température retombe audessous de la normale, c’est-à-dire qu'elle ne doit pas dépasser 37° degrés, même le soir. Ribemont Dessaignes et Lepage résument parfaitement Venseignement de tous les bons accoucheurs en disant: “Ce n’est que vers le cinquième ou le sixième jour que la température remonte à la normale 37.2°, Il est rare que chez une accouchée bien portante la température atteigne ou dépasse 37.5°, de telle sorte qu'à moins de cas exceptionnel, c’est-à-dire de femme chez laquelle la température fxillaire est normalement supérieure à 37.2°, il faudra considérer comme l'indice d'une complication légère, ou

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même comme le début d'une infection pouvant devenir sérieuse, toute température dépassant 37.2°.°

Tous les accoucheurs nous le répètent, Tarnier «1 Budin entre autres: ‘Dès que le thermomètre sera «u dessus de la normale (37.2°) on devra immédiatemen! penser à la possibilité d'une infection puerpérale.” Voil pour léiévation de la température, si minime soit-ell( Est-ce bien compris ?

Le pouls doit se ralentir après la délivrance + pendant les cinq ou six premiers jouns des couche:. Dans les cas d’hémorragie abondante, le pouls sera rapide (110, 120) après l’aceouchement ou la délivrance. puis il baissera progressivement pour atteindre la normale vers de huitième jour. Dans ce cas la températnre est à la normale ou au-dessous. Hors le cas d’une hémorragie, un pouls quelque peu rapide (85-90) es lui aussi l’indice d’une infection ou d'une complication quelconque. Voilà pour le pouls.

En deux mots, dans les suites de couches, une température au-dessus de 37.2° et un pouls at sus de 80, sont des indices d’une infection on d’une complication quelconque dont il faut absolument faire le diagnostic. En effet: la parturition ne met pas la femme à l'abri de l'invasion d’une pyrexie (fièvre typhoïde. grippe, etc), ne la soustrait pas aux accidents d'une maladie chronique (tuberculose pulmonaire par exemple), n’empêche pas le réveil d'une intoxication ancienne comme l’impaludisme, ou récente comme l’hydrargirisme (diarrhée, éruptions, ete).

I1 ne faut pas oublier que linfection puernérale peut aisément se greffer sur une autre affection intercurrente à la puerpéralité, ou venir la compliquer. +:

maladies qu'on peut asséz facilement confondre avec Pinfection puerpérale sont: la grippe, la fièvre typhoïde la malaria, la granulie, la pyélonéphrite, la cholécystite, l’appendicite, les inflammations articulaires, les angines, la pneumonie, la suppuration d’une tumeur abdominale, le réveil d’une suppuration ancienne paraissant guérie au niveau des annexes, la scarlatine, certaines affections cutanées, érythème, etc.

Il ne faut pas oublier non plus que toutes les maladies infectieuses peuvent, en contagionnant une nouvelle accouchée, devenir la cause d'accidents puerpétaux; le fait a été particulièrement observé pour la grippe, la pneumonie, la scarlatine, l'érysipèle, l’ozène et toutes les angines. On a signalé dans les maternités, des petites épidémies d’infection puerpérale dont ie point de départ avait été des angines.

C’est par l’interrogatoire, l'inspection, le palper, le toucher, l'exclusion, l'examen des lochies, du sang et des crachats qu’on dépistera certaines affections qui ont plutôt l’air d’infections ou vice versa.

On doit tout d’abord rechercher par anamnèse les causes probables d'infection au moment du travail: rupture prématurée des membranes, touchers multiples, interventions, délivrance incomplète. On s’enquerra soigneusement auprès de la patiente des malaises (frissons, fièvre, toux, etc), qu’elle a pu ressentir pendant les jours qui ont précédé l'accouchement où même pendant la parturition. Localement, on examinera l’utérus et on y recherchera les signes que peuvent nous donner son volume, sa consistance, sa sensibilité, «a posi-, tion; on palpera les annexes ; on se renseignera eur Pétat des plaies vulvo-vaginales ou cervicales, sur les ca-

ractères de la sécrétion lochiale (abondance, couleur, aspect, odeur), sur la persistance anormale de la perméabilité du col. ‘Cette perméabilité du col est quelquefois le seul signe qui nous permette d'établir le diagnostic de l’infection puerpérale.

Que l’examen des organes génitaux nous donn des résultats certains, douteux ou négatifs, il faut encore passer en revue tous les autres différents organes, pour s'assurer que les organes génitaux sont seuls en cause, qu’ils ne le sont pas du tout ou qu’ils le sont avec complication du côté d'un ou de plusieurs autres organes, On examinera tout particulièrement et bien soigneusement les seins, pour y rechercher les crevasses ou la rougeur diffuse, symptôme de la lymphangite:

parfois il faudra faire l’expression du sein pour y re-

chercher la galactophorite, ete. On portera aussi une attention particulière à l’intestin, car souvent la rétention des matières fécales s'accompagne d’élévation de température. Les affections du sein et Ja stercorémie sont les complications du post-partum le plus souvent confondues avec l’infection puerpérale.

ARTICLE IT

DIAGNOSTIC DIFFERENTIEL.

A. CONSTIPATION. — STERCOREMIE. — La constipation est une cause d’élévation de la tempérüture pendant les suites dé couches: c’est un fait d'obsérvation journalière dans la pratique des médecins qui mont pas l'habitude de prescrire les laxatifs, tous les

jours et dès le premier jour, chez leurs accouchées, Cette élévation de température est due en partie à une irritation réflexe partant de la distension de l'intestin et des malaises qui en découlent, et en partie à une toxé-

mie, comme l'indiquent la céphalée et les autres trou-

bles.

Les symptômes de la constipation opiniâtre ou de ‘a stercorémie sont: la fièvre parfois élevée (40°) et précédée de frissons violents, la céphalalgie, Pinappétence, les douleurs dans l'abdomen, surtout une douleur sur le trajet du gros intestin: les traits sont tirés, la langue est saburrale, l’haleine est fétide, Pabdomen est distendu par des gaz; mais l’utérus est silencieux, les annexes ne sont pas plus sensibles qu'à la normale, le col est fermé, les lochies sont normales : cependant elles peuvent présenter une odeur fécale, Parfois la tension et la douleur abdominales sont telles que l’on peut croire à une péritonite, l'administration de purgatif ou de lavement produira une véritable débâcle de matières noires, fétides et très abondantes, La fièvre peut tomber immédiatement ou être marquée par une nouvelle exacerbation due à la dilution des matières fécales par le liquide introduit et à la résorption des produits intestinaux; puis la fièvre tombera progressivement.

I1 ne faut pas oublier que la stercorémie peut, secondairement, donner naissance à une véritable infection puerpérale ; alors à ces symptômes d'infection intestinale se joindront les symptômes propres à l'infection puerpérale, avec manifestation du côté de Putérus, des annexes, du péritoine, des lochies, etc: même ! fection peut se généraliser. Une simple indigesi

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peut aussi donner des troubles généraux: frissons, éléxation de la température, rapidité du pouls.

B. INFECTIONS MAMMAIRES. — Les infections mammaires peuvent quelquefois donner le change pour une infection puerpérale de sourcæ vaginale ou utérine, Il faut donc bien examiner les seins, y rechercher les érosions, les crevasses, la lymphangite superficielle ou profonde, la galactophorite, les abcès, etc.

C. HEMORROIDES.—Les hémorroïdes qui sont d’une occurrence assez fréquente après l’accouchement, s’accompagnent quelquefois de malaises généraux, de nausées, avec lumbago, dysurie, épreintes, ténesme et élévation de la température. Si l'on n'y prend garde, on peut mettre facilement ces symptômes sur le compte de l'infection, d’autant plus aisément qu’après des acevuchements difficiles, on peut rencontrer les mêmes symptômes locaux. Si les hémorroïdes sont externes, ou si, encore, elles sont internes et vienuent s’étrangler au dehors du sphineter externe, le diagnostic en est plus facilement reconnaissable; mais si elles sont internes, on peut errer pendant quelque temps dans le diagnostic.

Pour se bien rendre compte de cette possibilité d’erreur de diagnostic on n’a qu’à lire les cliniques de Budin.

“Le surlendemain de l’accouchement, dit Budin, nous avons té frappé de l'état d'agitation dans lequel se trouvait la malade. Son facies était inquiet, souffreteux : elle se plaignait de douleurs vives qui duraient sans s'atténuer depuis :a veille et avaient empêché tout sommeil... La malade a souffert autant que la veille;

l'état d’agitation et d'inquiétude persiste; elle n’a pas dormi depuis son accouchement ; le pouls est fréquent ; le température axillaire est de 38.7°... N’était la localisation précise de la souffrance au voisinage de l’anus, n’était aussi l’indolence des organes génitaux internes et l'absence de toute manifestation inflammatoire au niveau ou à côté de l'utérus, on pourrait songer à l’invasion d’accidents puerpéraux, tant l’affaissement de l’état général peut être marqué de par le seul fait de la douleur”.

D.—VERS INTESTINAUX —J ‘ai déjà eu l’occasion d'observer six où sept cas d’helminthiase intestinale qui m'ont fait croire, pendant quelques jours, à de Finfection puerpérale,

Permettez-moi de vous relater le dernier en date, Un matin du mois de février, 1916, je vois, à la Maternité, une malade qui offre certains symptômes assez curieux. Elle est enceinte d’un peu plus de huit mois. Elle parait hébétée, répond difficilement à mes questions, présente des fuliginosités aux lèvres et aux dents, Ses intestins sont plus ou moins réguliers; la langue est saburrale: pas de température: pas d'albumine É pas d’œdème. Je porte le diagnostic d'intoxication gravidique. Je prescris un purgatif, la diète hydrique et la limonade de erème de tartre.

Le soir, la patiente accouche. Le lendemain l’hébétude est plus marquée: le ventre hallonné est plus ou moins sensible; il v a de la diarrhée; les fuliginosités sont très prononcées aux lèvres et aux dents; il y a de l’inappétence; les lochies sont normales ; le pouls est rapide, la température élevée. Comme traitement,

je prescris la glace sur le ventre, l'ergot, les douches vaginales chaudes, fréquemment répétées, les antiseptiques de l'intestin, la diète lactée.

Les mêmes symptômes persistent pendant six ou sept jours, avec une température oscillant entre 38° et 39.5". Les lochies sont toujours normales et l’involution utérine se fait bien: il n'y a rien d’anormal du côté des seins. Je remarque une teinte sub-ictérique à la sclérotique. Je pense alors à l’helminthiase intestinale et je prescris du calomel et de la santonine, Le soir, la malade passe neuf ascarides lombricoïdes. Le lendemain, je constate un peu d’amélioration dan: les symptômes. Le surlendemain la malade passe encore deux vers. Je répète le calomel et la santonine. A la suite de l'administration de ces médicaments, la

malade rejette seize autres ascarides. Les symptômes

s’amendent alors: le ballonnement disparaît, ainsi que a sensibilité abdominale; la langue se nettoie; les fuliginosités disparaissent complètement: l’hébétude fait place à de la sérénité; la. température et le pouls tombent à la normale et voilà notre malade guérie. Voyons maintenant si les symptômes de la lombricose qui apparaissent durant le post-partum ne peuvent nous faire croire à une infection puerpérale ou au moins à une infection colibacillaire, Dès le début, les phénomènes gastro-intestinaux prédominent; inappé tence, haleine fétide, langue saburrale, vomissement:. diarrhée variable, ballonnement très marqué du ventre avec sensation de gonflement ; à ces phénomènes se joignent des troubles nerveux assez accentués consistant en somnolence, abattement, pouvant aller jusqu’à l’hé bétude; parfois vertiges où même convulsions, aspect

ET

misérable du visage, La céphalalgie, sans être très violente, se montre en général d’une façon assez nette, La fièvre est assez vive, sans cependant dépasser 40°, car C:uinairement la température vespérale est comprise «tre 39° et 39.5° ; la température du matin est moins élevée et est comprise entre 38° ot 39°. Dans l’helminthiase intestinale on peut aussi observer de l’ictère, Le tænia peut donner les mêmes symptômes que les ascarides lombricoïdes,

Ne sont-ce pas là des sYmptômes qui, se montrant pendant les suites de couches, peuvent facilement nous induire en erreur, surtout quand là malade n’a jamais rejeté de vers où qu’elle n'en n'a jamais soupçonné la présence ?

E. EMOTIONS. — IRRI TATION REFLENXE, — Comment agissent les émotions et l'irritation psychique pour élever la température chez l'accouchée ?

Est-ce par simple stimulation nerveuse où par pertur-

bation dans Péquilibre des centres nerveux cérébraux qui contrôlent la température ? peu m'importe : je constate le fait, c’est suffisant.

La nouvelle accouchée est d'autant plus exposée À faire de la température à la suite d'émotions qu'elle st d’un tempérament plus nerveux Dans les suites de couches, on ne doit pas oublier ni méconnaître cet état d'âme, cette irritabilité toute spéciale du caractère qui à déjà commencé à se faire sentir pendant la grossesse, Je lai dit souvent à ma clinique, l’accouchée est une vraie sensitive que les moindres chose blessont où effarouchent, J'en pourrais citer des centaines d'exemples, T1 m'est arrivé souvent à la Maternité, après avoir constaté une température normale chez certaines

malades avant la clinique, de reprendre la température pendant on après la clinique, et de la trouver montée de quelques degrés. (Cette jeune fille, partie précipitamment de chez elle pour venir cacher sa faute et sa honte à la Maternité, croyez-vous qu'elle ne sera pas troublée par le remords ou le souvenir de ses bons parents qui ignorent sa retraite et son forfait? Quan

elle regarde le passé, pensez-vous que sa température ne monte pas? Et cei:e autre qui, anxieuse, inquiète, attend une lettre qui ne vient pas où tarde à venir. ou vient lui apporter :e mauvaises nouvelles, <ruyezvous qu'elle repose tranquille, en paix, dans la parfaite insouciance de la femme heureuse à qui tout vient À souhait? Et cette autre, mère de famille, honnête

celle-ci, mais malheureuse, qui, tout le jour dans son lit, s'inquiète à propos de son mari qui arrivera, le soir, ivre, de mauvaise humeur, croyez-vous qu'elle n’aura pas parfois une élévation de température ?

Ainsi, la colère, la crainte, la peur, l'inquiétude, la surprise, la joie même, peuvent être une cause d’élévation de température; mais cette élévation de température n’est que passagère et dure le temps que dure l'émotion ou l’irritation psychique. Il faut se défier de ces élévations de température survenant après une émotion et ne pas les mettre trop rapidement sur le compte de ces impressions passagères; il faudra reprendre souvent la température et chercher sil y 4 pas coïncidence avec une infection légère.

L'irritation physique, de même que l’irritation psychique ou morale, peut avoir un effet marqué sur là température du corps, pendant les suites de couches. Tous les accoucheurs ont certainement fait cette obser-

vation. Tous savent que les conditions ou particularités propres à la grossesse, à l'accouchement ou aux suites de couches, tendent, surtout chez la prédisposée par son tempérament nerveux, à exagérer l’excitabilité nerveuse réflexe, et, par suite, à faire monter la température et à augmenter la rapidité du pouls.

La fièvre d'origine réflexe est causée par une douleur ou un malaise de source purement physique et non infectieuse, D'après les auteurs aiéticains, la cause la plus fréquente des troubles de la température dans cet ordre d'idée serait la surdistension des seins pat la montée du Juit. Certains avivars français partagent quelque peu cette opinion, “]1 nest pas moins vrai, disent Ribemont-Dessaignes et Lesage, que chez certaines femmes la fluxion mammaire s'accompagne de céphalée, d'accélération du pouls et même exceptionnellement d’une légère élévation de température.” Le mot exceptionnel mérite d’être souligné, parce que d’aprés beaucoup d’accoucheurs et d’après mon expérience, il »st tout À fait exceptionnel d'observer une élévation de température par suite de tension exagérée des seins.

Il faut être très prudent en portant un diagnostic dans ce sens. Combien de fois, en effet, j'ai vu des températures jlus où moins élevées, coïncidant avec un gouflement énorme et douloureux des seins et pouvant faire croire à de la fièvre par irritation réflexe ; et dans tes cas, j'étais tout prêt, comme la plupart des médecins, à établir un diagnostie de fièvre par irritation, quand invariablement un examen attentif des parties cénitales me faisait découvrir une petite plaie à la vulve, au vagin, plaie recouverte d’une couenne blanchâtre, 11 faut si peu pour infecter ce vagin qui a été tiraillé,

éraillé et déchiré, et si peu pour augmenter la température: la moindre fissure est une porte ouverte à l’infection et à l'absorption. Et que dire de l’utérus; rappelons-nous encore ce que disent Ribemont-Dessaignes et Lepage: “il faut, en outre, signaler ces cas d’infection très légère de la muqueuse utérine, qui ne provoquent après l’accouchement qu’un léger frissonnement avec une faible élévation de la température. Cette fièvre modérée a été souvent appelée fièvre de lait, parce qu'elle survient au moment où la sécrétion lactée s’établit” J’ajouterai: si cette fièvre modérée a été souvent appelée fièvre de uit autrefois, elle est aujourd’hui trop souvent appelée fièvre par irrilation réflexe. D’après Budin et Demelin, “il est absolument rare qu’il surgisre des symptômes fébriles par suite de distension des seins”. En somme, il faut être sur ses gardes et rechercher minutieusement une autre raison pour ex"#iquer l'élévation de température quand les seins sont très tendus: la chose en vaut la peine.

La douleur que la femme éprouve quand elle aljnite son enfant peut élever la température dans certaines circonstances (femmes très nerveuses). La rétention d’urine chez une patiente nerveuse, ou la douleur produite par des hémorroïdes peuvent aussi produire une élévation de la température.

F. LE FROID.—D’après Hirst, on pourrait observer une réaction fébrile chez l’accouchée qui s’expose au froid. Dans son traité, il cite un cas, avec carte d'observation à l'appui, dans lequel lélévation de la température est due à ve que la malade s’est levée, malgré une défense expresse, en costume de nuit et pieds nus, et s’est exposée au froid. J’y crois plus ou moins!

G. EMPOISONNEMENT.—Certains empoisonnements peuvent nous faire croire à de l'infection puerpérale grave quand, en réalité, elle n'existe pas, ou que de fait elle est légère, Je prends comme exemple l'intoxication par le mercure.

“Les symptômes de l'intoxication par le sublimé, nous dit Tarnier, sont assez variables, et se groupent quelquefois d’une facon si bizarre, qu'à un premier examen il est souvent bien difficile de soupçonner l'intoxication mercurielle, (est que, pour la plupart, ces signes ne sont pas caractéristiques : ils se retrouvent, en effet, dans beaucoup d'états pathologiques, et ne con tituent en quelque sorte que des indices capables de mettre sur la voie du diagnostic. Celui-ci est donc loin de s'imposer au début, et ordinairement on ne pense guère à un empoisonnement qui, somme toute, est rare, et sur lequel l'attention n’est pas attirée, Ce qu'il fant done, avant tout, pour faire ce diagnostic, c'est d‘y penser.”

Voyons quels sont les symptômes de V’intoxication par le sublimé, et voyons s'ils n’offrent pas beaucoup d’analogie avec les symptômes de certaines variétés d’infection puerpérale. Disons tout d’abord que dans l'intoxication légère par le sublimé, il n’y a pas ordinairement de réaction générale: mais quelquefois, il y. a du malaise, de la céphalalgie, de la surexcitation nerveuse, des sueurs abondantes, une fièvre modérée et une augmentation de rapidité du pouls.

La diarrhée et la gingivite ne sont pas caractéristiques d’une intoxication. On peut les rencontrer toutes deux chez une accouchée: la diarrhée dans linfection puerpérale et dans l’infection intestinale ; la gin-

MICROCOPY RESOLUTION TEST CHART (ANSI and ISO TEST CHART No. 2)

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