‹ Suites Proches et Lointaines de l'Opération Césarienne Conservatrice ClassiqueChapitre 16 sur 27 · COMPLICATIONS GÉNITALES · texte numérisé non relu

COMPLICATIONS GÉNITALES

De la valeur fonctionnelle de l’utérus hystérotomisé

Le but de l'opération césarienne conservatrice classique est de respecter dans la mesure du possible l'intégrité de l'appareil reproducteur pour sauvegarder son importante fonction. Nous pensons qu'il est intéressant de rechercher ici dans quelle mesure elle répond au but qu'elle se propose et quel est l’avenir génital des césarisées. Nous envisagerons d’abord leur fécondité.

Nous trouvons notre réponse dans un très intéressant article qu'a fait paraître sur ce sujet Plauchu (1), où il démontre que toute femme opérée de césarienne est, par ce seul fait, frappée dans l'avenir d’une restriction considérable de sa fécondité.

Sur 24 femmes opérées par Plauchu, 3 étaient des filles-mères qui, par conséquent, n'étaient pas dans des conditions sociales normales de reproduction; une dut subir d'emblée une opération de Porro pour fibrome enclavé dans le pelvis.

« J'ai pu, dit-il, avoir des renseignements précis sur la fécondité ultérieure des 20 autres opérées, et voici les résultats :

» Une femme eut deux grossesses ultérieures, subit deux nou-

(4) Pravcau, Bulletin de la Soc. d’obst et de gyn., 1912, p. 976.

Soie velles césariennes et dut être stérilisée à cause de l’amincissement de l'utérus.

» Une femme eut une nouvelle grossesse après une période de stérilité de neuf ans, subit une césarienne ilérative sans stérilisation.

» Une troisième opérée par Fochier, en 1902, redevint enceinte seulement en 1909 et subit une césarienne itérative sans stérilisation.

» Une quatrième redevint enceinte deux ans après, mais avorta au troisième mois.

» Les 16 autres opérées, au nombre desquelles une mourut de tuberculose cinq ans après sa première opération, n'eurent pas de grossesse consécutive. +

» En tenant comple de ce fait que 3 d’entre elles ont été opérées dans ces deux dernières années et pourront ultérieurement avoir une ou deux grossesses, on peut admettre cependant que les trois quarts des opérées restent frappées de stérilité ultérieure.

» La statistique publiée par Marioton, bien que ne visant pas ce point, donne des chiffres très instructifs et confirmatifs dans le même sens.

» L'opération césarienne a été pratiquée par Bar, 135 fois sur 104 femmes.

Soit 2 fois sur 16.

à fois sur 6, HAROIS SUN

» 81 femmes sur 104 ne subirent pas de nouvelle opération. En tenant compte de qnelques rares grossesses qui ont pu se terminer autrement que par une intervention itérative et de quelques opérées qui ont pu quitter Paris, on retrouve une proportion considérable que l’on peut fixer à environ 75 pour 100 de femmes qui n’ont pas porté de nouveau fruit. »

Pais Plauchu fait remarquer que l'opération césarienne peut ne pas être la seule cause directe de celte extinction rapide de la fécondité de la flemme, car il est certain que la majorité des opérées, ellrayées par les perspectives d’une nouvelle césarienne,

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meltent en jeu tous les moyens anticonceptionnels pour éviter de nouvelles grossesses.

Cependant, il est possible que le traumatisme utérin qui empèche le reditus ad integrum, qui laisse sur l'utérus une cicatrice plus ou moins anfractueuse de 4 à 5 centimètres, puisse considérablement gêner les conditions normales de la greffe de l'œuf. Nous savons, d’après l'observation que Fabre présenta à la Sociélé de chirurgie de Lyon en 1907, qu'il est possible de trouver dans la cavité utérine des anses de fil de soie, en partie libres, en partie intra-musculaires, et flottant dans la cavité utérine. Ces corps étrangers, bien tolorés, et sans doute plus fréquents qu'on ne le suppose, peuvent agir comme facteur gênant les conditions normales favorables à la fécondation.

Quoi qu'il en soit, pour une cause ou pour une autre que nous ne pouvons supprimer, on peut admettre que la femme qui subit une première fois la section césarienne est désormais frappée d’une restriction considérable de sa fécondité, puisqu’elle a 75 chances pour 100 de ne plus redevenir enceinte.

Commandeur partage complètement la manière de voir de Plauchu, 1l a fait les mêmes constatations. De toutes ses opérées de césarienne, trois seulement ont fait de nouvelles grossesses. Une dans un temps assez court après l'opération, mais les deux autres dans un temps beaucoup plus long : six et dix ans plus tard. Celles-ci considéraient leur nouvelle gravidité comme un état fâcheux que les circonstances ne leur avaient pas permis d'éviter.

Malgré tout l'effort que l’on peut faire pour démontrer la bénignité de la césarienne, celles qui l'ont subie ont conscience d'avoir supporté une grave intervention et mettent tous leurs moyens en œuvre pour ne pas courir de nouveau les mêmes risques. Ce sont peut-être les raisons qui font que l’accouchement prématuré artificiel ne porte pas atteinte à la fécondité comme la césarienne.

Baron, Planchard, Fieux, de Cotret, Marieu, Mercier, Harwood, Ethier, etc., n’ont que très rarement vu des césarisées redevenir

enceintes.

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Mais, si la fonction de reproduction est amoindrie, elle n'est pas annihilée, 25 pour 100 des césarisées sont encore susceptibles de redevenir mères. Quelle est la valeur de leur produit ? devons-nous nous demander maintenant. Le muscle utérin, qui a subi un traumatisme important, est-il encore apte à remplir convenablement ses fonctions.

Milænder (1) a déjà remarqué que la valeur de l’utérus hystérotomisé n’est pas conservée intégralement et qu'il perd de ses qualités d’organe gestateur par suite des modifications qu'il a subies, soit du fait de l'intervention elle-même, soit du fait de ses séquelles.

Bent (2) constate que, le plus souvent, l'enfant ne peut pas atteindre un développement parfait dans un utérus qui n’a plus la consistance et l’élasticité normales. Les produits des césarisées sont, en général, des enfants débiles.

Ferguson est encore plus affirmatif. Le produit des césarisées rachiliques, prédisposé héréditairement lui-même au rachitisme, est un débile congénital, à son avis. Et de cette opinion il tire le droit de pratiquer des opérations mutilatrices telles que la stérilisation, si la mère veut se soustraire au danger d’une nouvelle césarienne, qui, au risque de sa vie, ne pourrait lui donner qu'un enfant débile et maladif.

Mais à ces opinions pessimistes nous devons opposer celles du parti adverse.

Pierre Benoît (3) a présenté un travail dans lequel il démontre que les césarionnes itératives modernes permettent la venue d'enfants d’un poids qui va progressivement en augmentant, comme c’est la règle chez les autres femmes.

Fruhinsholz (4), partisan de la même théorie optimiste, pense que la qualité des produits justifie la césarienne itérative et rapporte le cas très intéressant d’une femme qui, opérée une première lois de césarienne, eut un enfant de 2.980 grammes.

(1) Mizænper, Zeitschrift für Geb. und Gyn., XXII, 1898.

(2) Bent, Thèse de Toulouse 1912.

(3) Pierre Benorr, Thèse de Montpellier 1912.

(4) Frumnsuozz, Annal. de gyn. et d'obst., 1906, p. 135 et 1907, p. 83.

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